samedi 17 octobre 2026

CRITIQUE, festival. ALMADA, Festival de Musica dos Capuchos (Couvent des Capucins), le 26 juin 2022. Franz SCHUBERT. David Castro-Balbi (Violion), Isabel Villanueva (Alto), Jisoo Ok (Violoncelle), Tiago Pinto-Ribeiro (Contrebasse), Filipe Pinto-Ribeiro (Piano)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Après une première édition convaincante et réussie, la Deuxième édition du Festival de Musica dos Capuchos (à Almada, en face de Lisbonne, au Portugal) – concoctée par son infatigable directeur Filipe Pinto-Ribeiro – conforte son ambition en s’étalant cette année sur quatre week-ends, du 16 juin au 10 juillet 2022. Une ambition qui s’étend aussi aux formations et artistes invités, tels que l’Orchestre de Chambre de Vienne, le DSCH – Shostakovich Ensemble ou le fameux Orchestra Gulbenkian (pour ce qui est des formations), et Pierre Hantaï, Victor Julien-Laferrière, Konstantin Lischfitz ou encore Gérard Caussé, du côté des solistes instrumentaux. En lieu et place du certes magique parvis du couvent, mais soumis aux aléas climatiques (sans compter le couloir aérien juste au-dessus et les aboiements intempestifs des chiens des villas environnantes !…), c’est donc dans une belle salle emménagée à l’intérieur du couvent que se déroule désormais les concerts, aux côtés de l’Auditorium de la Faculté des sciences de Lisbonne (situé à quelques encablures du couvent).

 

Le concert du 26 juin était entièrement dédié à Franz Schubert, avec comme première pièce le célèbre Notturno D. 897, délivré par les cinq compères (dirigés au violon par le toujours excellent David Castro-Balbi) dans un climat méditatif particulièrement nuancé. Dans la non moins fameuse Sonate Arpeggione qui suit, l’altiste andalouse Isabel Villanueva et le pianiste lisboète Filipe Pinto-Ribeiro voient au-delà de l’aspect solaire et animé, et c’est un sentiment de lyrisme et de plénitude sonore, enveloppé d’une intense nostalgie même dans la plus grande effusion, qui se dégage de cette superbe interprétation. On reste assez subjugué par la maîtrise instrumentale ou l’épanchement mélodique de la jeune altiste tout au long de cet ouvrage, avec une intensité fervente culminant dans un Adagio quasi intemporel. Et au-delà de la parfaite entente entre les deux interprètes, avec une mention spéciale pour le splendide travail chambriste du pianiste portugais, c’est surtout la mise en valeur de l’« ambivalence » schubertienne, avec ses alternances de tensions et de répits, de sourires expansifs et de larmes rentrées que l’on trouve captivant.

Donnée sans entracte, la soirée se poursuit avec le roboratif Quintette pour piano et cordes en La majeur op. 114 D.667 (dit « La truite ») qui réunit – aux artistes déjà cités – la violoncelliste coréenne Jisoo Ok et le contrebassiste portugais Tiago Pinto-Ribeiro. Ce Quintette pour piano et cordes est certainement l’œuvre la plus populaire de Schubert : elle lui a été commandée par le violoncelliste Sylvestre Paumgartner qui suggéra au compositeur d’y insérer la musique du Lied « La Truite » écrite quelques années plus tôt. C’est un ouvrage gai, vivant et mélodieux qui reflète une époque qui paraît être la plus heureuse vécue par le compositeur, et on y sent en effet une joie de vivre et un optimisme plein d’allant. La lecture qu’en offrent ici les cinq joyeux drilles est à la fois brillante, enjouée, et généreuse, les cinq interprètes se complétant splendidement dans une unité exemplaire. Chaque mouvement, chaque motif, chaque thème est restitué avec efficacité, émotion, intelligence et tendresse. Le bonheur et la joie de faire de la musique ensemble se lit sur leurs visages qui n’ont pas de mal à faire vibrer une audience conquise, qui leur fait une ovation amplement méritée après le dernier accord !

Un mot également sur le beau concert de la veille, à l’Auditorium de la Faculté des sciences de Lisbonne : une soirée tango dirigée depuis son bandonéon par le musicien argentin Hector del Curto – qui était bien évidemment essentiellement consacré à Astor Piazzolla (mais pas que…). En plus du violoniste, de la violoncelliste et du contrebassiste précités, s’y sont adjoints la pianiste chilienne Rosa Maria Barrantes et le tout jeune (15 ans) clarinettiste argentino-coréen Santiago del Curto (fils du bandonéoniste et de la violoncelliste !). Dans chacune des œuvres ici retenues (Verano Porteño, Adiós Nonino, La Muerte del Angel…), Piazzolla alterne des mouvements vigoureusement rythmés, reprenant en litanies de courts motifs obsessionnels, à de grandes mélodies d’une mélancolie déchirante, tout en évitant toujours toute sensiblerie. Et avec de tels instrumentistes, le succès était assuré pour cette musique qui parle le langage du cœur.

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CRITIQUE, festival. ALMADA, Festival de Musica dos Capuchos (Couvent des Capucins), le 26 juin 2022. Franz SCHUBERT. David Castro-Balbi (Violion), Isabel Villanueva (Alto), Jisoo Ok (Violoncelle), Tiago Pinto-Ribeiro (Contrebasse), Filipe Pinto-Ribeiro (Piano). Crédit photo (c) Droits réservés

 

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