samedi 17 octobre 2026

CRITIQUE, festival. 42ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 25 juin 2022. « 2019 » par Ohad NAHARIN et la Batsheva Dance Company

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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L’événement tant attendu du 42e Festival Montpellier Danse a enfin eu lieu, le 25 juin 2022, à l’Opéra Berlioz de Montpellier, et il a tenu toutes ses promesses. La présentation de la pièce *2019* par l’emblématique Batsheva Dance Company d’Ohad Naharin, après deux années d’attente dues à la crise sanitaire, s’est révélée être une expérience immersive et bouleversante qui a électrisé le public montpelliérain.

 

Le pari scénique est d’emblée audacieux. Le public, installé sur deux gradins se faisant face sur la scène même de l’Opéra Berlioz, ne se contente plus d’observer : il devient un acteur du spectacle, pris dans un dispositif bi-frontal imaginé par Gadi Tzachor. Entre ces deux rives de spectateurs, une longue et étroite passerelle, véritable « catwalk » ou « espace d’hospitalité« , sert de terrain de jeu aux interprètes. Cet espace évoque irrésistiblement l’étroite bande de terre entre le Jourdain et la Méditerranée, une métaphore puissante du territoire israélien qui imprègne toute l’œuvre.

Et sur ce fil, la Batsheva Dance Company déploie un feu d’artifice chorégraphique. La danse, nourrie par la mythique technique Gaga, est un torrent d’émotions où l’athlétisme le plus pur côtoie une sensualité envoûtante. Les seize danseurs, d’une diversité saisissante, s’emparent de l’espace avec une liberté absolue, passant de marches hypnotiques à des accélérations frénétiques, de poses d’une lenteur infinie à des contorsions défiant l’équilibre. Les claquements des talons aiguilles, les robes de drag-queen et les costumes éclectiques insufflent une énergie de défilé de mode glamour et subversif, tandis que les corps se frôlent, s’agrègent et explosent en solos habités.

La partition musicale, mixée par Ohad Naharin lui-même, est un personnage à part entière. Elle tisse une trame sonore incandescente, mêlant avec un art consommé chants traditionnels hébreux, mélopées arabes envoûtantes, textes du dramaturge Hanoch Levin et éclats de heavy metal. Cette mosaïque de sons crée des contrastes saisissants, des tableaux de joie explosive aux plongées dans une gravité oppressante, dessinant un portrait sensible et complexe de la culture israélienne, hanté par la mémoire de la guerre et la beauté du quotidien.

Mais le moment le plus intense survient lorsque les danseurs, brisant la frontière entre la scène et la salle, envahissent les gradins. Ils s’allongent sur les genoux des spectateurs, s’offrant un instant de réconfort et de vulnérabilité bouleversante. Ce geste d’une humanité crée une communion rare, comme une offrande de paix entre les deux rives du public et les artistes, scellant une expérience scénique inoubliable . *2019* s’avère une célébration vitale du chaos et un vibrant appel à la connexion qui n’aura laissé aucun spectateur indemne.

 

 

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CRITIQUE, festival. 42ème festival « Montpellier Danse ». MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 25 juin 2022. « 2019 » par Ohad NAHARIN et la Batsheva Dance Company. Crédit photographique (c) ASCAF

 

 

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