Après une intégrale des Sonates de Beethoven particulièrement
inspirée et convaincante, Pierre Réach fait reparaître à l’automne 2025, un enregistrement qui remonte à … 1991 ; déjà idéalement abouti, aussi habité et investi que ses Beethoven récents, et ici dédié à la puissance si personnelle de Charles Valentin Alkan (1813 – 1888) dont l’interprète éclaire vertiges mystiques et audaces formelles. Il y a plus de 30 ans déjà, Pierre Réach affirmait dans la Sonate majeure « Les Quatre Âges de la vie », une compréhension impressionnante des cimes édifiées par Alkan, désigné comme le « Berlioz du piano », ses percées virtuoses délirantes, ses audaces et écarts entre facétie,rêverie, élans hautement spirituels. Mais le pianiste sait dévoiler tout ce qu’a de personnel, de poétique et de personnel, un Alkan prophétique qui a trouvé sa voie propre entre Beethoven justement et Liszt. D’autant que l’écriture du romantique français résonne de façon particulière dans sa vie personnelle…
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CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi d’enregistrer cet album ? Comment s’inscrit-il à ce moment de votre travail artistique ? En particulier vis à vis de vos enregistrements dédiés à Beethoven et à Liszt ?
PIERRE RÉACH : Je tiens à préciser que cet album a été enregistré pour la firme Vogue en 1991 et lorsqu’il m’a été proposé de le refaire paraître chez le même label que « mes » Beethoven, j’étais comblé de joie car mon intérêt pour l’oeuvre pianistique de Charles Valentin Morhange dit ALKAN est toujours aussi présent. D’autre part, c’est une manière particulière de faire « patienter » mon public avant le dernier coffret de l’intégrale des Sonates de Beethoven qui devrait paraitre début 2026. Alkan citait Beethoven dans sa présentation de sa Grande sonate opus 33 comme un exemple à suivre non seulement dans le travail mais aussi dans la vie et tout cela me paraît naturel et logique. Et Alkan a souvent des élans dramatiques beethovéniens (cf. « Prométhée enchaîné », quatrième « âge » de la Sonate).
CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez-vous choisi chaque pièce ? En quoi sont-elles représentatives de leur auteur ?
PIERRE RÉACH : J’avais commencé par la Grande sonate « Les Quatre Âges » que je jouais souvent en concert lorsque j’étais jeune, d’ailleurs en couple avec la transcription par Liszt de la Symphonie Fantastique de Berlioz. On avait appelé Alkan « le Berlioz du piano », et puis j’ai voulu jouer cette sonatine opus 61 plus tardive qui n’a rien d’une sonatine, mais reste d’une difficulté redoutable. Chez Alkan, il y a tout : la virtuosité omniprésente y est un élément poétique, elle fait partie du drame, elle s’inscrit dans la vision du « spectacle » lisztien. Mais que de tendresse aussi (thème de Marguerite dans le Quasi Faust de la sonate ou 3e mouvement de la sonatine). Ce sont des oeuvres narratives, elles racontent tout, avec violence comme
avec intimité, comme si elles nous prenaient à chaque
seconde à témoin. C’est cela le vrai romantisme.
CLASSIQUENEWS : Comment s’est déroulé l’enregistrement pour ce programme ? Une anecdote, un souvenir qui concentre l’ambiance, l’esprit de cette réalisation ?
PIERRE RÉACH : Oh là là, il y en a des souvenirs car Alkan a été l’accompagnateur musical de toute ma jeunesse. Je voudrais citer ici une anecdote qui est restée très vivante dans mon coeur : en 1992, la grande musicologue Brigitte François-Sappey m’invite à donner un concert avec la Sonate « Les Quatre Âges de la Vie » à Radio France, très exactement le 1er avril.
Malgré le grave état de santé de mon père j’accepte. Le 29 mars mon père décède des suite de son cancer et, comble d’horreur ses obsèques sont fixées au 1er avril après midi,
quatre heures avant de jouer! L’enterrement a lieu, ma famille était évidemment effondrée de chagrin et je trouve la force d’aller directement du cimetière à Radio-France. Le concert se déroule « normalement » mais l’histoire n’est pas finie: Quelques jours après Brigitte me téléphone, et très émue me dit: « Pierre, votre père est mort un 29 mars, Alkan est mort un 29 mars. Votre père a été enterré un 1er avril, Alkan a été inhumé un 1er avril, et la Sonate que vous avez jouée, Alkan l’avait dédiée à son père »!
Plus qu’une coïncidence! Depuis ce moment si fort, Brigitte François-Sappey et moi-même somme restés amis et je lui dois d’ailleurs beaucoup dans ma connaissance d’Alkan, et pas seulement lui.
CLASSIQUENEWS : Quelle représentation vous faites-vous d’Alkan, de son jeu, de ses goûts… de sa personnalité, à travers les pièces abordées ?
PIERRE RÉACH : Sans doute un personnage replié sur lui même, peut-être un peu colérique, en tous cas très authentique, brillantissime dans sa musique comme dans sa pensée, et c’est sans doute cela qui le relie à Beethoven.
Chopin avait demandé à ses élèves de continuer avec Alkan
après sa mort. C’est bien une des preuves de son génie.
CLASSIQUENEWS : Y a t-il des pièces / mouvements que vous appréciez particulièrement ? Pour quelles raisons ?
PIERRE RÉACH : J’aime tout de sa musique. On a forcément des préférences mais un tel génie s’exprime et se dévoile dans son oeuvre entier, je voudrais avoir le temps de continuer à le découvrir car son oeuvre pianistique est colossale.
Propos recueillis en août 2025
critique
LIRE aussi notre CRITIQUE du CD ALKAN par Pierre Réach : CRITIQUE, CD événement. ALKAN : Grande Sonate Opus 33 / Quatre âges de la vie / Sonatine Opus 61 – PIERRE RÉACH, piano (1 cd Anima, 1991)
Enregistré en 1991, le présent programme s’impose par sa grande justesse émotionnelle. C’est d’abord, la « grande Sonate » opus 33, dite « les 4 âges de la vie », vision ample et souvent crépitante d’une vie terrestre. Pierre Réach réalise les 4 mouvements avec une puissance et un feu impressionnant. « 20 ans » : le pianiste déploie alors un feu joyeux, une énergie impérieuse, une ivresse déterminée et conquérante dans l’esprit de Beethoven ; Pierre Réach ajoute aussi dans le séquençage, une facétie rossinienne qui pétille et explose, libre et jaillissante.
annonce
LIRE aussi notre annonce du CD Alkan par Pierre Réach : Grande Sonate Opus 33 / Quatre âges de la vie / Sonatine Opus 61 – PIERRE RÉACH, piano (1 cd Anima) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-alkan-grande-sonate-opus-33-quatre-ages-de-la-vie-sonatine-opus-61-pierre-reach-piano-1-cd-anima/
Alkan, grand architecte et grand magicien de la forme, transporte, saisit, enivre littéralement par son geste virtuose et… intensément mystique. Dans le sillon tracé par l’impétueux et conquérant Beethoven, animé par la flamme Lisztéenne, aussi inspiré, visionnaire, prophétique qu’un Scriabine à venir, Charles Valentin ALKAN (1813 – 1888) transcende la matière pianistique pour distiller l’essence pure, volatile, celle qui au-delà de la complexité pourtant ahurissante de la technique et des combinaisons sonores, exprime un idéal spirituel.
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