Le concert récital de ce soir montre à quel point ce que l’on se refusait à reconnaître avant les baroqueux il y a 50 ans, s’impose comme une évidence, grâce entre autres à une maîtrise instrumentale désormais acquise : Vivaldi s’affirme sans réserve face à JS Bach, d’autant que ce dernier n’a cessé de souligner son admiration pour le Vénitien, réutilisant sans hésiter et en hommage, les mélodies de son prédécesseur. Collant parfaitement au thème générique du Festival 2025 (Bach, « que ma joie demeure« ), le programme mêle Vivaldi et Bach, éclairant l’énergie et l’irrésistible puissance poétique qui circulent de l’un à l’autre…
On applaudit donc au choix de Thibault Noally et des instrumentistes de ses pétillants et nerveux Accents, collectif dont la belle énergie ne manque ni de muscles ni de rebonds pour énergiser autant Vivaldi que Bach, passant de l’un à l’autre, ce soir avec la vitalité requise, sachant surtout chez Vivaldi, éclairer la sensibilité atmosphérique, la richesse suggestive du Vivaldi, génie des paysages et des évocations pastorales [n’est pas l’auteur des Quatre Saisons sans raison].
Prouesse d’autant plus méritante que sur le plateau se déploie la seule éloquence des cordes [ni vents ni bois pour étendre la palettes des nuances instrumentales].Telle approche fouillée et scintillante s’épanouit en totale fusion poétique avec la voix du contre-ténor Carlo Vistoli (1), en particulier dans le temps fort du récital, le sublime air » Sovvente il Sole » , hier défendu par Cecilia Bartoli ou Natalie Stutzmann. Ce soir l’accord violon solo [Thibault Noally] et chant se révèle suspendu extatique d’une justesse confondante où les deux timbres se répondent et s’enlacent dans la subtilité et la profondeur, exprimant un texte lui aussi très juste, aux nuances évocatrices emblématiques de l’imaginaire vivaldien.
Auparavant, le chanteur débute le récital avec un sommet de déploration, aussi intense et structurellement fouillé que Pergolesi sur le même sujet : le Stabat Mater.
Les Accents en expriment la force tragique et compassionelle dès son début ; ils éclairent la progression dramatique d’une œuvre sacrée conçue comme une cantate opératique avec sa séquence plus méditative sur le thème de Marie, abandonnée au vertige d’une douleur ineffable, infinie, au chevet de son Fils martyrisé [Eja Mater, fond amoris].
Le redoutable motet » In furore » montre à quel point Vivaldi sait être aussi fulgurant et acrobatique que le meilleur Haendel : Carlo Vistoli assume toutes les vocalises, dans l’intensité et l’agilité attendues, en exprimant la puissance et la miséricorde d’un Dieu qui sait rugir et… pardonner.
De surcroît, le soliste confirme son attention au texte, ses enjeux émotionnels, grâce à des récitatifs dont il soigne le relief comme les changements de caractères. Il souffle dans la salle du Centre Joël Letheule à Sablé un air vigoureusement lyrique et dramatique : les amateurs d’opéras, de vocalises tempétueuses comme attentifs aux inflexions recueillies et graves, sont comblés autant par la sureté vocale du soliste que l’impérieuse énergie de l’orchestre. Somptueuse soirée.
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CRITIQUE, concert. FESTIVAL DE SABLÉ. SABLÉ SUR SARTHE, le 21 août 2025 : Centre Joël Letheule. Vivaldi : Stabat Mater, in furore…, airs de L’Olimpiade, Andromeda liberata… Carlo Vistoli, contre-ténor. Les Accents, Thibault Noally [direction] – Photos : © Camille Boucher / Festival de Sablé 2025
(1) Carlo Vistoli fait paraître chez l’éditeur Naïve une nouveauté enthousiasmante, « La gloria e Imeneo », sérénade méconnue de VIVALDI (avec Teresa Iervolino, Abchordis ensemble, sous la direction d’Andrea Buccarella – 1 cd Naïve / Vivaldi Edition, vol. 73 – parution : septembre 2025).
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