vendredi 18 septembre 2026

CRITIQUE, festival. SALZBOURG, Haus für Mozart, 14 août 2025. VIVALDI : « Hotel Metamorphosis ». C. Bartoli, P. Jaroussky, L. Desandre, N. Karyazina… Barrie Kosky / Gianluca Capuano

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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On nous avait prévenus que Cecilia Bartoli souffrait d’un rhume mais qu’elle chanterait malgré tout. Ouf ! Rhume mis à part, la célèbre mezzo-soprano a livré une performance exquise dans le pasticcio de trois heures conçu par le génial homme de théâtre australien Barrie Kosky, nommé « Hotel Metamorphosis« , concocté à partir d’ouvrages d’Antonio Vivaldi.

 

Sa prestation a été centrale dans le succès de ce spectacle-phare – donné en Création Mondiale au Festival d’été de Salzbourg (dans la Haus für Mozart) – qui entremêle des airs et des musiques de Vivaldi avec des extraits célèbres des Métamorphoses d’Ovide. Les scènes ont permis à Bartoli de démontrer sa capacité à chanter avec pathos et une émotion langoureuse dans la voix, à électriser le public par des feux d’artifice baroques, puis à enchanter par son hilarité. Ces styles variés sont tous contenus dans un pasticcio étonnamment cohérent, cousu ensemble par une idée d’une élégance simple : remodeler certains des airs les plus puissants de Vivaldi en cinq épisodes. Leur thème fédérateur est les transformations mythiques qu’Ovide a décrites. Nous avons commencé avec Orphée dans un débordement de frivolité et fini avec l’angoisse d’Eurydice. En chemin, l’arc dramatique passe d’idylle pastorale à un choc mythique, le tout ancré par une narration en allemand d’Angela Winkler qui maintient le récit alerte et accessible.

La dramaturgie de Barrie Kosky s’appuyait sur la transformation de la mythologie en archétypes reconnaissables : l’auto-création et le désir de Pygmalion, le travail provocateur du métier à tisser d’Arachné et son châtiment pour son Hubris, le désir dangereux et l’accomplissement sexuel de Myrrha, Écho et Narcisse, menant à Eurydice aux Enfers. Le texte parlé fournit un fil conducteur rapide et captivant, tandis que les airs – soigneusement catégorisés par humeur – livrent la couleur et le drame propres à Vivaldi. Le vocabulaire musical sélectionné utilisait des timbres et des textures instrumentales pour évoquer des états émotionnels : le délicieux hautbois pour les scènes pastorales, la flûte traversière pour le sommeil, les cordes et cuivres animés pour les tensions martiales, et la coloratura rapide pour la rage ou le désir. Kosky a utilisé les textes des airs pour permettre un langage théâtral moderne sans sacrifier l’élégance baroque. La scénographie de Michael Levine était intelligente et méthodique, chaque histoire étant racontée dans la même chambre d’hôtel moderne. La chambre d’hôtel était parfois surélevée pour permettre aux personnages d’être révélés dans les Enfers. La descente d’un monde à l’autre se faisait généralement à travers le grand lit de la chambre.

Le public de Salzbourg a accueilli avec raison Lea Desandre en Écho, une nymphe aux yeux brillants, jeune, gazouillante et rieuse, amoureuse de Narcisse qui était bien sûr amoureux de lui-même. Elle a chanté avec une clarté sans effort et un immense charme. Elle a également maîtrisé le rôle difficile de Myrrha avec sa rencontre incestueuse avec son père. Narcisse a été chanté avec une grande présence par Philippe Jaroussky, qui a aussi ravi en Pygmalion fringant, un homme élégant et ordinaire qui transforma la suite de l’hôtel en une étrange et intime chambre d’amour avec sa création d’amour, également chantée par Desandre. Nadezhda Karyazina fut fabuleuse en Minerva fière et aussi en Junon, les deux rôles chantés avec puissance et beauté par cette splendide mezzo moscovite.

L’Eurydice de Bartoli incarne cette présence finale et imposante aux Enfers, son autorité vocale et son charisme scénique intacts malgré ce rhume. Le moment de l’air d’Eurydice, dressé contre un sous-scène noir et austère peuplé de figures squelettiques, est l’un des climax visuels et sonores les plus frappants de la production. Dans cette performance en Eurydice et Arachné, Bartoli a démontré qu’elle restait une présence scénique et une force technique redoutables. Jaroussky a chanté avec une grande beauté de timbre et l’on a aussi perçu une maturité dans sa voix face à certaines exigences d’agilité juvénile pour un personnage. Karyazina, en particulier, n’a jamais failli à livrer avec ferveur et mordant.

L’orchestre en présence, Les Musiciens du Prince-Monaco, placés sous la direction de leur chef Gianluca Capuano, a joué avec une sensibilité « historiquement informée » : une articulation nette, des textures vives et un équilibre habile. Les soli étaient envoûtants.

Kosky ne manque jamais d’ambition, pour le meilleur ou pour le pire, et ici cela a fonctionné avec une virtuosité technique et un sens théâtral captivant. Ceci fut renforcé par des moments de ballet athlétiques et ludiques, ainsi que par beaucoup de kitsch théâtral et de dispositifs scéniques modernes. La production avançait avec une verve cinématographique et un instinct dramaturgique, soutenus par une virtuosité vocale et musicale consommée. Un spectacle vraiment jouissif !

 

 

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CRITIQUE, festival. SALZBOURG, Haus für Mozart, 14 août 2025. VIVALDI : « Hotel Metamorphosis ». C. Bartoli, P. Jaroussky, L. Desandre, Nadezhda Karyazina… Barrie Kosky / Gianluca Capuano. Crédit photographique © Monika Ritterhaus

 

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