mardi 29 septembre 2026

CRITIQUE, festival. 69e GSTAAD Menuhin Festival & Academy (Eglise de Saanen), le 5 août 2025. « Mediterraneo ». Alessia Tondo (chant), Between Worlds Ensemble, Avi Avital (mandoline et direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Si l’Eglise (baroque) de Saanen, avec ses parois peintes traversées par les siècles, pouvait parler, elle murmurerait encore ce soir le nom d’Alessia Tondo. Dans le cadre magique du 69e Gstaad Menuhin Festival & Academy, le chef et mandoliniste israélien Avi Avital et son ensemble « Between Worlds » ont offert une performance inoubliable, portée par la voix envoûtante de cette chanteuse apulienne, transformant l’édifice sacré en une taverne vibrante des Pouilles. Le programme « Mediterraneo« , dédié aux traditions musicales du Sud de l’Italie (Pouilles et Calabre), fut un voyage sensoriel absolu – une taranta électrique sous les voûtes de la petite église de l’Oberland bernois.

 

Dès les premières notes de la « Tarantella di Sannicandro », Alessia Tondo a ensorcelé l’auditoire. Originaire de Lecce, elle incarne la terre rouge d’Apulie : sa voix, tantôt rauque comme le vent des oliviers, tantôt douce comme l’huile d’argan, a épousé chaque mélopie ancestrale avec une authenticité déchirante. Dans « Na na na » (berceuse), son timbre velouté a enveloppé l’église d’une intimité bouleversante, tandis que dans « Virinedda”, sa puissance dramatique a soulevé les âmes. Son corps, mû par les rythmes hypnotiques, est devenu un pont entre sacré et profane – une prêtresse moderne des rites méditerranéens.

Avi Avital, virtuose visionnaire de la mandoline, a tissé une toile sonore où se croisent Orient et Occident. Son ensemble – percussions frénétiques (tamburello), cordes chaleureuses (luth, guitare) et vents envoûtants (ney, clarinette) – a défié la gravité dans « Pizzica di Aradeo ». Avital, tel un passeur de mondes, a sublimé la tension entre mélancolie et joie, notamment dans « Il Mare colore del vino » , où sa mandoline dialoguait avec la voix de Tondo en un duo céleste. L’acoustique miraculeuse de l’église a magnifié chaque timbre, des battements de pieds aux murmures des cordes.

Les fresques séculaires de Saanen semblaient s’animer sous les pulsions rythmiques. Dans « Greek », le public, d’abord médusé, a fini par frapper des mains en transe, emporté par la fièvre du salento. La pièce finale, « Beddah ci dormi », a déclenché une ovation debout – rare dans ces murs sacrés – scellant une communion entre artistes, patrimoine et spectateurs.

Ce concert n’était pas qu’un spectacle : c’était un rituel enraciné dans la boue et le soleil du Mezzogiorno. Alessia Tondo, force tellurique et poétique, a rappelé que le chant traditionnel est un acte de résistance. Et Avi Avital, en alchimiste génial, a prouvé que la musique « entre les mondes » est universelle. Dans cette église où résonnent habituellement les cantiques, les cris de la tarentule ont libéré les cœurs. Un moment d’éternité – comme une luminarie illuminant les Alpes !

 

 

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CRITIQUE, festival. 69e GSTAAD Menuhin Festival & Academy (Eglise de Saanen), le 5 août 2025. « Mediterraneo ». Alessia Tondo (chant), « Between Worlds Ensemble », Avi Avital (mandoline et direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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