lundi 28 septembre 2026

CRITIQUE CD, événement. Luigi De Donato : POLIFEMO. Haendel, Alberti, Bononcini, Cesti, Caldara, Schürer, Porpora. Collegium 1704 / Václav Luks, direction – 1 cd Accent, 2024.

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Jean-François Lattarico
Jean-François Lattarico
Professeur de littérature et civilisation italiennes à l’Université Lyon 3 Jean Moulin. Spécialiste de littérature, de rhétorique et de l’opéra des 17 e et 18 e siècles. Il a publié de Busenello l’édition de ses livrets, Delle ore ociose/Les fruits de l’oisiveté (Paris, Garnier, 2016), et plus récemment un ouvrage sur les animaux à l’opéra (Le chant des bêtes. Essai sur l’animalité à l’opéra, Paris, Garnier, 2019), ainsi qu’une épopée héroïco-comique, La Pangolinéide ou les métamorphoses de Covid (Paris, Van Dieren Editeur, 2020. Il prépare actuellement un ouvrage sur l’opéra vénitien.
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Pour son premier récital solo, la basse italienne Luigi De Donato propose une superbe anthologie autour de la figure de Polyphème. Gravé par le label Accent, le programme, qui remporte notre CLIC de CLASSIQUENEWS, présente quelques pièces connues de Haendel encadrées d’une flopée de raretés toutes aussi passionnantes les unes que les autres qui donnent toute la mesure du talent exceptionnel du chanteur calabrais.

 

 

À la faveur d’une récente résurrection, à Bayreuth, puis reprise à Versailles, le Polifemo de Nicola Porpora, ce recueil original met en lumière les potentialités dramatiques du rival d’Acis, dans la célèbre histoire mythologique que l’on rencontre pour la première fois dans le chant IX de l’Odyssée, lorsqu’Ulysse et ses compagnons débarquent au pays des Cyclopes. On le retrouve également dans le livre XIII des Métamorphoses d’Ovide, creuset inépuisable des dramaturges et compositeurs d’opéras des XVIIe et XVIIIe siècles. Si Polyphème est associé à la figure du monstre baroque par excellence, un géant anthropomorphe, fils du dieu des mers Poséidon, doté d’un seul œil central, sa nature bucolique – c’est aussi un berger – passe souvent au second plan.

 

C’est tout le mérite de cet album passionnant d’apporter de la nuance dans le portrait de ce personnage plus complexe qu’il n’y paraît. L’une des premières apparitions lyriques de Polyphème est dans la Galatea de Loreto Vittori (1639), l’une des plus belles favole per musica, avec l’Orfeo montéverdien, aux dires de Romain Rolland, qui attend encore une résurrection digne de ce nom. Si le personnage est surtout connu grâce à la sérénade de Haendel, Aci, Glatea e Polifemo (« superbe « Sibillar gli angui d’Aletto », aria reprise dans Rinaldo), qui ouvre et clôt le programme, avec le redoutable « Fra l’ombre e gli orrori », la basse italienne nous fait redécouvrir des compositions de contemporains du Caro Sassone : deux magnifiques extraits de la Galatea de Domenico Alberti, sur un livret du poeta cesareo Métastase, le premier, parfait exemple d’aria di paragone qui compare ses tourments aux ondulations des océans, tandis que le second, splendide aria di sdegno, donne toute la mesure de sa fureur. Les extraits du Polifemo de Bononcini, célèbre rival de Haendel, montre un Polyphème comique à souhait dans ses deux arias au rythme plus enjoué. On ne peut, en outre, que louer le choix de Antonio Cesti, immense compositeur du Seicento, auteur prolifique d’opéras dans le goût vénitien, mais aussi de très nombreuses cantates, dont on peut découvrir ici Amante gigante, une merveille d’expressivité, dans sa concision même, dans laquelle le recitar cantando, forme musicale privilégiée du premier baroque, se mêle subtilement à un cantar recitando qui laisse poindre un chant mélodique sans jamais sacrifier l’intelligibilité du texte. Aux côtés de Luigi De Donato, les sopranos Tereza Zimková et Pavla Radostová concourent à la réussite magistrale de la pièce. L’autre rareté de l’album qui reprend le même livret de Métastase est la Galatea de Johann Georg Schürer, actif à Dresde, présente à travers deux superbes arias, « Dalla spelonca uscite », au style déjà galant, à la Graun, et le plus pathétique mais non moins véhément, aux graves caverneux, « Se scordato il primo amore », tandis que, précédent l’air conclusif du programme, l’autre rival important de Haendel, Nicola Porpora est présent à travers l’une des plus brillantes arias de son désormais célèbre Polifemo, « M’accendi in sen col guardo »

L’ensemble Collegium 1704 est l’écrin idéal, de précision, de nuances, d’efficacité dramatique, dans l’accompagnement toujours équilibré, comme dans ses parties solistes (roborative et étourdissante sinfonia in C major de Caldara), dirigé avec une maîtrise et un naturel confondants par Václav Luks. Un disque bienvenu qui mérite tous les éloges.

 

 

 

 

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CRITIQUE CD. Luigi De Donato : POLIFEMO. Haendel, Alberti, Bononcini, Cesti, Caldara, Schürer, Porpora. Collegium 1704 / Václav Luks, direction – 1 cd Accent, 2024. CLIC de CLASSIQUENEWS été 2025

 

 

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