Wagner: Parsifal, en direct de BayreuthArte, samedi 11 août 2012 à 17h

Richard Wagner

Parsifal
, 1882

Eté wagnérien et bayreuthien sur Arte. Suite de la programmation conjointe assurée par les descendantes actuelles du compositeur romantique: Eva Wagner-Pasquier et Katharina Wagner… Ce Parsifal devrait confirmer le
tempérament lyrique et théâtral du maestro suisse Philippe Jordan. Le chef, mozartien subtil et straussien voluptueux,
créera-t-il l’événement à Bayreuth avec ce Parsifal très attendu? Et qu’en sera-t-il des chanteurs? Verdict le 11 août 2012, à partir de 17h sur Arte, en léger différé de Bayreuth.


Samedi 11 août 2012 à 17h

en léger différé de Bayreuth 2012
Avec Detlef Roth (Amfortas), Diogenes Randes (Titurel), Kwangchul Youn, (Gurnemanz) Burkhard Fritz (Parsifal), Susan Maclean (Kundry), Thomas Jesatko (Klingsor)… Philippe Jordan, direction. Stefan Herheim, mise en scène (reprise à Bayreuth, 2012 de la production créée en 2008)

Notre avis. Bayreuth 2012: Depuis
l’inauguration en 1876 du premier festival wagnérien sur la Colline
Verte, l’édition actuelle n’offre pas de nouveautés remarquables. Le cru est habituel pour l’histoire du lieu mythique de la
musique et de la culture germanique: 2012 propose les opéras familiers de Wagner… du déjà vu, dans des mises en scènes souvent trop décalées, car à force de rajeunir l’image du festival, taxé d’élitiste et de snob, carrément inaccessible pour le commun des mélomanes (contraints d’attendre jusqu’à 5 ans voire plus pour obtenir une place… sans compter les prix prohibitifs), Bayreuth est devenu un lieu lyrique aussi connu qu’inatteignable… saluons Arte de décloisonner le théâtre élaboré par Wagner soi-même en proposant ce quasi direct (en réalité léger différé depuis Bayreuth).

Du Parsifal, opéra fleuve, composé deux ans avant la mort de l’auteur et créé en 1882, le metteur en scène norvégien Stefan
Herheim opte pour une lecture actualisée de la partition parmi les
plus vénérées de l’opéra allemand. L’action se déroule dans la maison
des Wagner à Bayreuth, la Wahnfried: la scénographie inscrit donc la
production comme une récapitulation de l’histoire de Bayreuth, et
Parsifal y paraît comme le champion des idéaux humanistes contre la
horde des… nazis qui lui font face. Mais à l’acte II, où le magicien
Klingsor suscite les forces du mal pour séduire et tromper l’élu,
Herheim choisit le cadre d’un hôpital où le mage en maître de revue, fait
basculer l’opéra dans… l’opérette. Au III, Parsifal sait soulager Amfortas
de ses plaies béantes, institutant une nouvelle paix politique. Et le
scénographe a pris soin d’apposer au décor la phrase que Wieland et
Wolfgang Wagner mirent en avant après la guerre (1945) quand il fallait
donner de Bayreuth, une image nettoyée de la honte, totalement
dénazifiée: “ici prime l’art”...

Dans la fosse, pendant près de 4h40mn, l’Amfortas de Detelf Roth et le Gurnemanz de Kwangul Young
tirent leur épingle du jeu par le relief mâle et noble de leur timbre. Blessé pour le premier, nourri d’un pur et indéfectible espoir, pour le
second. Ils sont déjà des familiers de cette mise en scène présentée en 2008… Philippe Jordan relèvera t il le défi d’une production critiquée où s’était enlisée la baguette de Daniele Gatti précédemment? Pas facile de cultiver et nuancer pendant 4 heures, tension et spiritualité,
d’approfondir une temporalité élastique et suspendue, sans sacrifier l’expressivité? car ce qui prime ici c’est moins l’évidence anecdotique d’une action héroïque et historique, que la métamorphose qu’éprouvent certains âmes: Parsifal évidemment “touché” par la souffrance d’Amfortas; mais aussi Kundry, laquelle animal manipulé sait transcender sa bestialité honteuse et gagner une âme nouvelle, révélée au contact de l’Elu… C’est pourquoi ce que dit la musique importe davantage que l’énoncé littéral des paroles.

Orchestre magicien

Le Festival scénique sacré en trois actes de Richard Wagner a été créé
en 1882, spécifiquement pour la salle de Bayreuth et son acoustique. La
fusion de la musique, (chorale, vocale et instrumentale) et du lieu
contribue grandement à la fascination de chaque représentation, à tel
point que certains spectateurs considèrent Parsifal comme un
opéra religieux qui exige l’absence d’applaudissement lors des
représentations, en particulier après la présentation du Saint Graal et
son dévoilement… Or rien ne stipule que Wagner ait souhaité une telle
ritualisation de son ouvrage. Il aurait même donné le signal des
applaudissements, le soir de la générale.
L’impact esthétique de la
musique, conçue comme un flux musical continu, poursuit son oeuvre
auprès des spectateurs: l’orchestre porte tout le spectacle, à la fois
jaillissement de la psyché, expression directe de l’action,
remémoration permanente des sentiments et des intentions… il dilate
la perception sensible, abolit les frontières, réalise l’assimilation
du temps et de l’espace… Wagner brosse le portrait d’une humanité
corrompue par le poids de ses fautes. Sa vision chrétienne fut le sujet
de sa brouille avec Nietzsche. Pourtant, Parsifal incarne le nouvel
homme, incrédule, loyal, constant dont la vertu morale sauve Amfortas
et Kundry, deux êtres voués au mal, possédé par la magie de Klingsor.
Sa compassion qui rétablit l’humanité dans un monde qui en avait perdu
l’activité, fait renaître l’espoir… L’action elle-même, comme la
musique, ne connaît pas de cadre ni de limites précis. Le compositeur
semble concentrer l’histoire de l’humanité. Il offre sa propre
philosophie, éprouvée à l’aune de la compassion et du renoncement.
Parsifal absorbe toutes les peines, s’émeut, comprend, apaise… c’est
l’élu que chacun de nous attend secrètement. Debussy profondément
marqué par le modèle wagnérien, se souviendra de Parsifal dans les
interludes orchestraux de Pelléas et Mélisande, comme Richard Strauss avait su renouveller le souffle onirique du théâtre wagnérien dans son opéra La Femme sans ombre, écrit avec Hugo von Hofmannsthal, dont le sujet traite tout autant du rachat de l’humnanité par la compassion…

Lire notre dossier Parsifal de Richard Wagner

Illustations: Portraits de Wagner (DR)

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