Toulouse. Halle-aux-Grains. 20 octobre 2012. Concert Igor Stravinski (1882-1971) : Pulcinella, Symphonie de Psaumes… Orch Nat du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction

Rares sont les villes qui comme Toulouse peuvent espérer bénéficier d’un tel programme. Un concert tout Stravinski : tout en ballet français et des plus rares. Pulcinella, Symphonies de Psaumes et Noces avec des effectifs orchestraux si antinomiques ont véritablement ébloui un public enthousiaste. Ces œuvres seront reprises pour le grand ballet d’ouverture de saison de la danse à Toulouse dès le 24 octobre. Ce concert nous a permis de nous concentrer tout à loisir sur des partitions dont l’originalité est la moindre des qualités. Car combien le style est divers entre ces trois œuvres, que rien, hormis la danse, ne relie !
Stravinski fou de danse signe trois chefs d’œuvre qui interprétés avec cette énergie deviennent des moments rares.


Stravinski franco-russo-toulousain !

Pulcinella est un hommage au classicisme de Pergolèse avec des extraits d’airs interpolés entre les pastiches écrits avec gourmandise par le plus français des compositeurs russes de ce début de XX ième siècle.

Pulcinella est un hors d’œuvre de choix qui a été dirigé avec une rare élégance par Tugan Sokhiev qui en comprend chaque nuance. L’orchestre répond aux sollicitations du chef avec alacrité et humour dans une perfection instrumentale de tous les instants. Un petit bijou, un camé, une porcelaine fine. Il est juste regrettable que les trois chanteurs avec des moyens par trop hétérogènes n’aient pas su se mettre à cette hauteur d’interprétation. Un ténor timide et peu audible, une mezzo « éléphantine dans une porcelainerie » et une basse ligneuse ont semblé un brin prosaïques dans ce monde de finesse.

La symphonie de Psaumes a porté au plus haut un orchestre et des chœurs de toute première grandeur. Toulouse avec ses forces vives, fête Stravinski le sublime, mieux que nous en rêvions. Cette partition troublante est indescriptible tant les effets musicaux sont inouïs et porteurs d’un sens quasi mystique, bien au delà du religieux promis. Cette immense partition a été dirigée par Tugan Sokhiev avec des mouvements d’une grâce infinie, ses mains nues magnifiques sculptant les sonorités si nuancées du chœur. L’orchestre sans violon ni alto, mais avec bois et cuivres souvent par quatre, deux pianos et des timbales, offre des harmonisations délicates et des jeux d’association de timbres éternellement nouveaux. Le chœur du Capitole si admirablement préparé par Alfonso Caiani a semblé en grande forme. Les ténors rayonnant d’une splendide lumière et les mezzo au timbre riche et moiré ont offert une présence troublante. Nous avons connu les sopranos plus aériennes et moins métalliques et les basses plus rondes et sombres. Mais quel magnifique engagement de tous les instants, quelle réactivité immédiate aux demandes de Tugan Sokhiev !

Après un moment aussi transcendant de musicalité, l’entracte a permis d’installer la troisième formation orchestrale, certainement la plus insolite, avec quatre pianos à queue au milieu de la scène et des percussions en grand nombre au fond, le chœur divisé entre hommes et femmes se faisant face de part et d’autre de la scène. Cette farce sur le mariage est portée par une partition d’une virtuosité incroyable avec des onomatopées pour les chanteurs (pauvre ténor soliste). Plus d’un est resté pantois devant cette pétulance de tous les instants dont des percussions aussi audacieuses que dans le Sacre de Printemps. Les pianistes ont été impeccables de présence dans une partition qui leur demande beaucoup. Tugan Sokhiev domine ces pages hautes en couleurs sans ciller et sait galvaniser ses troupes. Le public est sorti ébloui et sonné par tant de force de conviction. Tugan Sokhiev est un immense chef de ballet et Stravinski avec sa folle inventivité trouve en lui un interprète proche de l’idéal. Toulouse a su s’ouvrir à cette musique de ballet si originale avec enthousiasme. Avec un tel orchestre, le spectacle de ballet du Capitole va certainement ravir le public le plus exigeant si les chorégraphies sont à ce niveau d’excellence.

Toulouse. Halle-aux-Grains. 20 octobre 2012. Igor Stravinski (1882-1971) : Pulcinella, ballet chanté en un acte ; Symphonie de Psaumes ; Noces, scènes chorégraphiques russes ; Romain Descharmes, Varduhi Yeritsyan, Guillaume Vincent, Florence Ciccolini, piano ; Anastasia Kalagina, soprano ; Olga Savona, mezzo-soprano ; Vasily Efimov, ténor ; Gennady Bezzubenkov, basse ; Chœurs du Capitole, directeur Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

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