CD, critique. JS BACH : Cantates, Magnificat. La Chapelle Harmonique. Valentin Tournet (1 cd Château de Versailles, déc 2018)

tournet-valentin-chapelle-harmonique-js-bach-magnificat-cd-critique-concert-critique-review-par-classiquenews-chateau-versailles-spectacles-critique-concert-festival-classiquenewsCD, critique. JS BACH : Cantates, Magnificat. La Chapelle Harmonique. Valentin Tournet (1 cd Château de Versailles, déc 2018). Toutes les œuvres ici choisies ont été dirigées par Bach pour son premier concert de Noël à Leipzig, en 1723. Exaltation précise et fine, veillant aux équilibres instruments / chœur / solistes, le jeune chef est à la barre, cœur vaillant, précision et vivacité préservées. De sa direction, se déploie claire et vivante, l’activité du contrepoint exalté, incarné, contrasté, ce, dès la jubilatoire cantate BWV 63. Chef et musiciens en expriment idéalement la tension exclamative, dans une sonorité ronde, pleine, brillante, très allante et qui projette surtout la vitalité du texte, l’esprit de fête et de joie collective. L’air soliste pour sop et basse (et hautbois obligé) tempère cette ivresse par le jaillissement du doute ; Tout l’édifice de Bach est là, dans ce basculement alterné des élévations exultantes et des vertiges inquiets. La profondeur et la gravité surgissent quand texte et musique expriment crainte et inquiétude du fervent qui craint d’être abandonné : le relief des deux voix sculpte alors avec grande sincérité la charge affective du texte.

Soulignons dans les mêmes termes, la superbe vélocité expressive, à la brillance roborative du dernier choeur « Höchster, schau in Gnaden an », rondeur élastique suspendue et nerf des plus ciselés. En écoute en aveugle, sans minorer les qualités de timbre des jeunes chanteuses, leur projection du texte manque de nuances comme de précisions. Visiblement moins impliquées que leurs partenaires dans l’articulation du verbe, seul semble compter la beauté du chant. C’est oublier que Bach a écrit des cantates où les vers liturgiques pèsent de tout leur poids et que le sens des paroles ici compte plus tout. Voilà qui creuse la différence entre un texte liturgique et un morceau de concert. Ceci vaut évidemment pour le Magnificat, pièce ambitieuse et de très belle facture qui permet à Bach, nouvellement arrivé à Leipzig de démontrer sa verve et sa maîtrise du contrepoint. Les chœurs se succèdent nerveux et exclamatif, louant surtout la Vierge de miséricorde. S’il n’était la basse Stephan Macleod, on serait à nouveau réservé sur la tenue générale des airs des solistes. L’enthousiasme que la jeunesse prometteuse fait naître ne doit pas minimiser ici la part du doute, le relief du texte, le trouble de certaines lignes pour instrument solo : tout ce qui nourrit l’éloquente et grave ferveur de Bach… et qui sont souvent absents ici. Ce concert live, très honorable, souligne l’aplomb séduisant d’un jeune chef (22 ans), mais le manque de relief comme de précision dans l’articulation de certains chanteurs tempère l’évaluation générale. On attend un nouvel album pour confirmer ou infirmer ces premières impressions.

CD, critique. JS BACH : Cantates, Magnificat. La Chapelle Harmonique. Valentin Tournet (1 cd Château de Versailles, déc 2018)

Marie Perbost, Soprano I
Hana Blažíková, Soprano II
Eva Zaïcik, Alto
Thomas Hobbs, Ténor
Stephan MacLeod, Basse
La Chapelle Harmonique (Chœur et orchestre)
Valentin Tournet, direction