STREAMING, e-concert. LILLE, le 16 janvier 2021 : concert Escaich / Chausson. ON LILLE / Alexandre Bloch

STREAMING. LILLE, le 16 janvier 2021 : concert Escaich / Chausson. ON LILLE / Alexandre Bloch. Concert captivant depuis l’Auditorium du Nouveau Siècle de Lille et diffusé sur la toile dans le cadre de l’offre digitale de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille (Audite 2.0), élaborée en réponse au confinement des orchestres depuis la fin octobre 2019. La combinaison Escaich / Chausson, confirme que le National de Lille a à cœur de défendre le rayonnement de notre patrimoine musical français. On notera en particulier le caractère très dramatique voire cinématographique de la partition de Thierry Escaich ; ses éclairs fantastiques dès le début du Concert pour orgue n°1 : Escaich est un narrateur inspiré qui joue des antagonismes de couleurs, d’atmosphères et de rythmes aussi ; voilà qui crée dès son commencement, une ambiance électrique mais suavement articulée dès le premier mouvement du Concerto (Allegro moderato). Crescendos, séquences fortissimo, le compositeur à l’orgue lui-même offre une lecture complice avec chef et instrumentistes, riche en clarté et expressivité. De surcroît la réalisation de ce streaming est engageante et immersive, avec effet de grue au dessus de l’organiste, au dessus de l’orchestre. La conception est d’autant plus intéressante que ce dramatisme exige de tous les pupitres, et sait développer de somptueuses effets de texture souterraine, infiniment suggestive (la fin du même premier mouvement). Le début mystérieux, inquiétant de l’Adagio (orgue en dialogue mêlé avec les clarinettes), plante le décor ; c’est un lamento conçu comme un vaste crescendo, où l’orgue semble s’enivrer des riches vagues texturées de l’orchestre. Le compositeur ouvrageant le mouvement central tel un appel irrésistible, en un temps irrépressible et irréversible, en un dramatisme là encore exacerbé, …d’apocalypse ou de déluge.

 

 

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L’esprit de la catastrophe emporte tout l’orchestre et le chant de l’orgue halluciné, qui se termine sur une phrase suspendue, interrogative, irrésolue. Le solo de violoncelle cristallise cette mise sous tension générale (à 14’32) cédant la voie à l’orgue de plus en plus crépusculaire et finalement apaisé. Le dernier mouvement cite plusieurs épisodes en une course effrénée où scintillent l’accent des bois, vents et cuivres (somptueuses et mystérieuses clarinettes). La vitalité du discours orchestral qui dialogue avec l’orgue en fusions et oppositions achève la partition généreuse et flamboyante même, avec les mêmes crépitements et éclairs du début. De quoi aussi souligner la grande unité du propos qui refonde à sa façon, le propos cyclique d’un Franck. Ce qui frappe c’est la grande sensibilité quasi hollywoodienne d’Escaich pour la palette élargie, déployée de l’orchestre. Un bain spectaculaire de timbres et d’épisodes hautement contrastés qui respectent les équilibres de l’écriture symphonique.

Trentenaire, Chausson livre une splendide partition orchestrale lui aussi : sa Symphonie en si bĂ©mol majeur de 1891 (dĂ©but Ă  28’50), prolonge le souci symphonique de Saint-SaĂ«ns, Lalo, Franck Ă©videmment et aussi d’Indy qui dans le sillon ouvert par la crĂ©ation de la SNM – SociĂ©tĂ© nationale de musique (nĂ©e après 1870), cultivent l’essor de l’écriture symphonique française contemporaine. L’ampleur de Chausson sonne comme une apothĂ©ose mĂŞme : dès 1897, le Philharmonique de Berlin sous la direction d’Arthur Nikisch joue l’opus 20.
Wagnérien de la première heure (comme Saint-Saëns), Chausson intègre le choc de Parsifal (écouté à sa création à Bayreuth en 1883) : grandeur, majesté, poison fatidique et fatalisme irrépressible aussi s’entendent ici. Mais avec la clarté, la construction de Franck. Chausson sculpte la matière orchestrale avec une suavité intérieure qui lui est propre (bois caressants, caverneux, tendres). A l’instar de leur enregistrement discographique, chef et orchestre lillois savent amplifier la grandeur tragique de l’écriture (appel des trombones du premier mouvement) tout en se souciant des couleurs (la partition porte la dédicace au peintre Henry Lerolle, beau frère d’Ernest), de la délicate texture qui cite de fait souvent le Wagner de Parsifal, mais comme régénéré / coloré d’une transparence typiquement française (qui sollicite spécifiquement clarinettes, flûtes, hautbois en leurs éclats pastoraux annonciateurs de la fraîcheur impressionniste). D’ailleurs, la Symphonie opus 20 est parsemée d’une franche allégresse, bien absente ensuite des œuvres tardives, plus vénéneuses (Poème de l’amour et de la mer).

 

 

Symphonie en si bémol majeur de 1891

Accents wagnériens et franckistes de Chausson

 

 

Le mouvement central (Très lent), dirigé mains nues par le chef développe ce sentiment de langueur désespérée aux couleurs parsifaliennes ; énoncé en vagues longues, étirées comme le ferait Wagner. Chausson marqué par Bayreuth célèbre ici le génie qui dut l’émouvoir au cœur, balançant entre la caresse éperdue de la clarinette, la tendresse éthérée de la flûte, le flot létal des cordes… que confortent plus mystérieux et souterrains, les violoncelles. Le pessimisme pictural de Chausson se dévoile ici grâce au souci de clarté et à la grande flexibilité recherchée, atteinte par Alexandre Bloch. Le maestro ajoute aussi des résonances plus suggestives encore dans l’énoncé du 2è thème, inscrit comme une légende médiévale, aux circonvolutions amoureuses et maudites. Le sommet de la partition se révèle dans l’équilibre clair des pupitres où bois, cuivres et cordes s’approprient la dimension spectaculaire de la douleur et du tragique wagnérien. De sorte que nous tenons ici l’opus néo wagnérien mais français, le plus accompli. Ainsi Chausson dans le sillon de Wagner, se montre-t-il aussi pertinent et original, puissant et poète que César Franck. De fait, les années 1880 et 1890 marquent France l’apothéose du wagnérisme.
L’ultime mouvement (noté Animé) affirme davantage le tempérament héroïque et tragique de Chausson. Tout en réalisant le principe cyclique franckiste, Chausson éblouit par sa dimension là encore hautement dramatique, d’une coupe habile qui écarte la grandiloquence et les banalités ; l’Orchestre National de Lille cisèle un son large, aux crépitements précis et saillants, installant la noble élégie du choral final dont hautbois et Eblouissant symphonisme de Chausonclarinette solos dessinent le profil tendre ; Alexandre Bloch sait vivifier la texture généreuse et subtile tout en creusant l’ampleur grave, la tension du propos symphonique, qui entre espoirs et désillusions, est d’une étonnante maturité émotionnelle (franckiste). Et le chef apporte aussi ce dosage ineffable de grandeur pastorale (à la Dvorak), de tendresse enchantée, de mélancolie discrète et pleinement apaisée qui s’achève ainsi dans la douceur. Superbe lecture, puissante et détaillée, fine et colorée, que l’on retrouvera dans le disque précédemment paru (et critiqué sur classiquenews, distingué par notre CLIC de CLASSIQUENEWS, mars 2019).

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd CHAUSSON : Symphonie en mi bĂ©mol majeur – opus 20, 1891 par l’ON LILLE / Alexandre Bloch / CLIC de CLASSIQUENEWS (mars 2019) :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha-2018/

 

 

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Programme de salle ici
https://www.onlille.com/saison_20-21/wp-content/uploads/prog-salle-Chausson-Janv2021.pdf

 

 

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audito-2.0-Orchestre-National-de-lille-concerts-annonce-critique-classiquenewsREVOIR le concert Escaich / Chausson par l’Orcehstre National de Lille / Alexandre Bloch sur le site YOUTUBE de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille, Alexandre BLOCH : https://www.youtube.com/watch?v=FVkMKw1WSjY&feature=emb_logo

STREAMING Ă©vĂ©nement : CHAUSSON, ESCAICH par l’Orchestre National de LILLE

ESCAICH_thierry_448_escaich-6736-c-guy-vivienE CONCERT : LILLE, sam 16 janvier 2021, 20h. CHAUSSON, ESCAICH. Musique française romantique et contemporaine. Confinement du secteur oblige, L’ONLille poursuit son cycle de concerts digitaux (Audito 2.0). Le concert programmé le 14 janvier 2021 est proposé en STREAMING ce sam 16 janvier 2021 à 20h sur le site YOUTUBE de l’Orchestre National de Lille. La Symphonie de Chausson est un monument orchestral du romantisme français encore méconnu et même sousestimé. Après l’avoir enregistré au disque, l’Orchestre National de Lille la joue lors de ce premier concert 2021 rpésenté ainsi en streaming samedi prochain.

 

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E CONCERT, STREAMING : Samedi 16 janvier 20hboutonreservation
Symphonie de Chausson / Concerto pour orgue de Thierry Escaich
Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction)

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Eblouissant symphonisme de ChausonPremier rendez-vous digital de l’annĂ©e 2021, Alexandre Bloch dirige le compositeur français Ernest Chausson, gĂ©nie de la texture purement romantique et française, sa Symphonie en si bĂ©mol majeur est en 1891, le premier coup d’éclat d’un compositeur singulier. Voici la critique de notre rĂ©dacteur Lucas Irom Ă  propos du cd Symphonie de Chausson par l’Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch : « MĂŞme geste nuancĂ© pour le flux de la Symphonie en si bĂ©mol majeur (1891) qui dĂ©livre le mĂŞme sentiment d’irrĂ©pressible malĂ©diction. Le premier mouvement saisit par son souffle tragique (tchaikovskien : on pense Ă  la 4è symphonie) et Ă©videmment l’immersion dans la psychĂ© wagnĂ©rienne la plus sombre et la plus rĂ©signĂ© (avant l’essor de l’Allegro vivo). Chausson est un grand romantique tragique qui cependant Ă©gale par son orchestration scintillante et colorĂ©e, ses Ă©clairs rythmiques, les grands opus de Ravel comme de Debussy. VoilĂ  qui inscrit le compositeur fauchĂ© en 1899, – trop tĂ´t, dans un sillon prestigieux, celui des grands symphonistes romantiques français : Berlioz, Lalo, Ă©videmment Franck, mais aussi Dukas… Le « Très lent », volet central, s’immerge dans le pur dĂ©sespoir, fier hĂ©ritier des prĂ©ludes de Tristan und Isolde de chaussonWagner (mĂŞme couleur d’une douleur foudroyĂ©e), lĂ  encore. Comme s’il reprenait son souffle et sa respiration avec difficultĂ© (en un « effet » volontaire, maĂ®trisĂ©), l’orchestre, clair et prĂ©cis, fluide et ondulant, plonge en eaux profondes. Lamento de la douleur inĂ©narrable, l’épisode de presque 9 mn, Ă©tire sa langueur dĂ©sespĂ©rĂ©e que la parure orchestrale recharge et Ă©nergise cependant constamment : en cela, la direction du chef se montre très efficace : jamais Ă©paisse, toujours transparente : elle fait respirer chaque pupitre. DĂ©voilant des trĂ©sors d’harmonies rares, et d’alliages de timbres… d’une ivresse gĂ©niale. » – LIRE la critique complète : http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha-2018/

Le concert marque aussi les retrouvailles avec l’organiste et compositeur Thierry Escaich (né en 1965) – fidèle compagnon de l’orchestre et de son directeur musical Alexandre Bloch ; avec son premier Concerto pour orgue, Thierry Escaich, titulaire depuis 1997 des orgues à Saint-Etienne du Mont à Paris (comme Duruflé), confirme qu’il est l’un de nos grands compositeurs et organiste. Il enseigne l’écriture et l’improvisation au Conservatoire de Paris (CNSMD) depuis 1992. En 1995, Escaich a trente ans. Après de brillantes études au Conservatoire de Paris, il se fait très tôt remarquer par sa musique au lyrisme incandescent. Depuis l’enfance, l’orgue est l’instrument de prédilection du musicien dont il renouvelle en profondeur la palette expressive, l’imaginaire poétique. Fiévreux, brûlant et d’une clarté exceptionnelle, le Concerto pour orgue n°1 est l’un des chefs-d’oeuvre de son auteur et est l’une de ses pièces les plus jouées.

INFOS & RESERVATIONS :

www.onlille.com/saison_20-21/concert/la-symphonie-de-chausson

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A retrouver en février sur France Musique et BFM Grand Lille / Grand Littoral.
Retrouvez aussi en streaming gratuit les 8 premiers concerts de l’Orchestre dans l’Audito 2.0 – disponible depuis fin octobre 2020 : https://bit.ly/2INlAIg

L’Orchestre National de Lille joue la symphonie de Chausson

BLOCH alexandre ON LILLE metamorphosesLILLE, ONL, le 14 janv 2021. Chausson : Symphonie. Alexandre Bloch nous offre un somptueux concert de musique française en faisant dialoguer deux Ĺ“uvres importantes, la Symphonie du Romantique Ernest Chausson, et le Concert pour orgue de Thierry Escaich… (avec en soliste le compositeur lui-mĂŞme) Alliage rĂ©ussi entre romantisme et musique contemporaine. Après l’avoir enregistrĂ© au disque, L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch (directeur musical) jouent la Symphonie de Chausson, sommet orchestral du compositeur romantique français, avec son diptyque Ă©blouissant « Poème de l’amour et de la mer » opus 19.
Notre rédacteur Lucas Irom écrivait alors (au moment de la sortie du disque, en mars 2019) : « On y sent et le poison introspectif wagnérien et la subtile texture debussyste et même ravélienne dans un raffinement inouï de l’orchestration »…

 

 

Chausson : un symphonisme wagnérien…

Eblouissant symphonisme de Chauson« Même geste nuancé pour le flux de la Symphonie en si bémol majeur (1891) qui délivre le même sentiment d’irrépressible malédiction. Le premier mouvement saisit par son souffle tragique (tchaikovskien : on pense à la 4è symphonie) et évidemment l’immersion dans la psyché wagnérienne la plus sombre et la plus résigné (avant l’essor de l’Allegro vivo). Chausson est un grand romantique tragique qui cependant égale par son orchestration scintillante et colorée, ses éclairs rythmiques, les grands opus de Ravel comme de Debussy.
Voilà qui inscrit le compositeur fauché en 1899, – trop tôt, dans un sillon prestigieux, celui des grands symphonistes romantiques français : Berlioz, Lalo, évidemment Franck, mais aussi Dukas… Le « Très lent », volet central, s’immerge dans le pur désespoir, fier héritier des préludes de Tristan und Isolde de Wagner (même couleur d’une douleur foudroyée), là encore. Comme s’il reprenait son souffle et sa respiration avec difficulté (en un « effet » volontaire, maîtrisé), l’orchestre, clair et précis, fluide et ondulant, plonge en eaux profondes. Lamento de la douleur inénarrable, l’épisode de presque 9 mn, étire sa langueur désespérée que la parure orchestrale recharge et énergise cependant constamment : en cela, la direction du chef se montre très efficace : jamais épaisse, toujours transparente : elle fait respirer chaque pupitre. Dévoilant des trésors d’harmonies rares, et d’alliages de timbres… d’une ivresse géniale.
Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille ouvrent de larges perspectives dont l’ampleur nous terrifie comme elle nous captive : faisant surgir les guirlandes mélodiques sur un nuage brumeux de plus en plus menaçant et létal (après le motif du « temps des lilas » au cor anglais, réminiscence de Tristan). Le III applique à la lettre le principe cyclique de son maître Franck, récapitulation des motifs précédents mais harmonisés différemment, et dans un climat d’agitation voire de panique au début primitif. Alexandre Bloch exprime l’énergie brute, comme à vif, comme incandescente, son ivresse primitive, sa noirceur large et enveloppante (wagnérienne), tout en se souciant de l’intelligibilité de la texture (bois, cordes, cuivres sont d’une couleur toute française). » 

chaussonLa puissante écriture de Chausson (1891), son absence de tout formalisme ni révérences, affirme un tempérament original, qui inscrit la partition de l’auteur comme un jalon dans la riche et mésestimée histoire de la symphonie romantique française, portée par de compositeurs innovants, tous marquants pour leur audace formelle : Cherubini (1815), Berlioz (Symphonie Fantastique, 1830), Bizet (1855), Lalo (Symphonie espagnole, 1875), Saint-Saëns (5 symphonies dont la n°2 avec orgue, 1886), D’Indy (Symphonie Cévenole, 1887), enfin Franck (Symphonie en ré, 1889) ou Gounod (Symphonie n°2, 1890).

 

 

 

 

 

boutonreservationLILLE, Auditorium du Nouveau Siècle
Jeudi 14 janvier 2021, 20h
1h sans entracte

ESCAICH
Concerto pour orgue et orchestre n°1
CHAUSSON
Symphonie
Alexandre Bloch, direction
Thierry Escaich, orgue
Orchestre National de Lille

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RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/la-symphonie-de-chausson/

 

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Approfondir
LIRE notre critique complète du cd CD événement, critique. ERNEST CHAUSSON : Poème de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / Véronique Gens – 1 cd Alpha 2018) / CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019 :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha-2018/
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RETOUR SUR… Création de « Cris », le nouvel oratorio de Thierry Escaich (juin 2016)

cris-verdun-thierry-escaich-creation-mondiale-juin-2016-retour-sur-classiquenewsRETOUR SUR… CrĂ©ation de « Cris », le nouvel oratorio de Thierry Escaich (juin 2016). En juin dernier (17, 18, 19 juin 2016), l’organiste et compositeur Thierry Escaich a accompagnĂ© la crĂ©ation de son nouvel oratorio “Cris”, commĂ©morant le souvenir de la Bataille de Verdun dont 2016 marque le centenaire. Le compositeur français rĂ©pondait ainsi Ă  une commande destinĂ©e Ă  cĂ©lĂ©brer l’une des batailles de la Première Guerre parmi les plus longues et les plus meurtrières, qui s’est dĂ©roulĂ©e de fĂ©vrier Ă  dĂ©cembre 1916.
Pour commĂ©morer ainsi la “mère des batailles”, Thierry Escaich a conçu « Cris »  pour rĂ©citant, chĹ“ur, accordĂ©on, percussions et huit violoncelles. Le titre renvoie au roman « Cris » de Laurent GaudĂ© paru en 2005, dont il a empruntĂ© plusieurs textes . L’oratorio qui en rĂ©sulte ainsi, Ă©voque une Ă©popĂ©e militaire et tragique, mĂŞlant le destin de 7 poilus qui vivent l’enfer des tranchĂ©es. MalgrĂ© la difficultĂ© du sujet, le compositeur rĂ©ussit l’exercice : il sait transcender la souffrance tragique que chacun Ă©prouve, en un puissant et progressif appel humaniste et fraternel. Dans son dĂ©roulement, l’oratorio permet au rĂ©citant (Pierre Val) de dialoguer avec le choeur de chambre : Les Cris de Paris dirigĂ©s par leur chef et fondateur Geoffroy Jourdain, avec le concours de l’ensemble de violoncelles Nomos et le trio percussions / accordĂ©on, “KDM” trio qui est Ă  l’origine du projet.

La crĂ©ation mondiale “CRIS” a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e les 17 et 18 juin 2016, au Théâtre de Verdun,  puis le 19, au pĂ´le d’avenir d’Ecurey sur la commune de Montiers sur Saulx.

 

 

 

VIDEO : clip Ave Maria de Piazzolla par Thierry Escaich (orgue) et Christian-Pierre La Marca (violoncelle)

 

 

CD événement, compte-rendu critique. CANTUS : Christian-Pierre La Marca, violoncelle (1 cd Sony classical 2015)

CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. CANTUS : Christian-Pierre La Marca, violoncelle (1 cd Sony classical 2015). Ce qui frappe immĂ©diatement et qui assure la profonde cohĂ©rence d’un programme qui n’aurait paru qu’Ă©clectique voire dĂ©cousu, c’est la finesse Ă©lĂ©gantissime du son de Christian-Pierre La Marca (nĂ© Ă  Nice en 1983). L’interprète maĂ®trise totalement la puissance cuivrĂ©e et chaleureuse de son violoncelle Jean-Baptiste Vuillaume de 1856 : un chant Ă©videmment vocal (d’oĂą le titre “Cantus”), Ă  l’Ă©loquence pĂ©nĂ©trante et troublante qui affirme l’indiscutable musicalitĂ© de l’instrumentiste. Les plus rĂ©tifs Ă  ce genre d’exercice – panorama sacrĂ©-, resteront sur une impression mitigĂ©e, entre kitsch saint-sulpicien, ou kalĂ©idoscope autopromotionnel. Pourtant le concertiste qui joue dans les salles traditionnelles, les grandes Ĺ“uvres du rĂ©pertoire surtout concertantes et orchestrales, ose ici des choix (transpositions et associations de timbres) que permet le studio. Le choix rĂ©gulier des airs de Jean-SĂ©bastien Bach, prĂ©sence permanente comme s’il s’agissait d’une source continue, tout en rappelant l’inspiration religieuse du programme, offre des dĂ©fis nouveaux oĂą la voix originelle est remplacĂ©e par le chant du violoncelle. Sans le texte et la parole originels, l’instrument atteint pourtant Ă  une Ă©loquence souvent irrĂ©sistible. Ainsi il suffit de n’Ă©couter que les 3 premières plages – JS BACH (transcription de l’air si dramatique et exaltĂ© “Deposuit potentes”, du Magnificat BWV 243a), Pie Jesu du Requiem de FaurĂ©, “Erbarme dich, mein Gott” de la Passion selon Saint-Matthieu-, pour mesurer le style du violoncelliste français, d’une suavitĂ© intĂ©rieure jamais dĂ©monstrative ni calculĂ©e ; son clair souci de mesure, d’allusion suggestive, son articulation poĂ©tique, son Ă©loquence parlĂ©e, en un jeu d’une sĂ»re et mâle dĂ©licatesse.

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Dans Cantus, l’instrumentiste français signe un rĂ©cital personnel et ciselĂ©

Le violoncelle embrasé, aérien de Christian-Pierre La Marca

 

Le musicien sait cultiver l’exquise musicalitĂ© de son instrument dont il projette la formidable vocalitĂ©, respirant, soufflant mĂŞme comme une voix la mieux inspirĂ©e. Son chant fin, raffinĂ©, d’un tact contrĂ´lĂ© et fluide, entre naturel et pudeur, se rĂ©vèle bouleversant. On reconnaĂ®t la mĂŞme intelligence dans la transposition (signĂ©e Samuel Strouk) du “Funeral Ikos” de John Tavener, l’Agnus Dei et l’Adagio du Quatuor de Barber (pour violoncelle solo et quintette Ă  cordes) : un souci Ă©vident de l’articulation, de la caractĂ©risation habitĂ©e, sertie de nuances et de profondeur, et sans guère d’instruments autres que les cordes (sauf la flĂ»te de Alexis Kossenko), comme une grisaille scintillante dont les passages subtils, et les teintes tĂ©nues entre ombre, pĂ©nombre, Ă©clairs façonnent un festival de timbres d’une finesse inouĂŻe.
L’exigence artistique de Christian-Pierre La Marca a pilotĂ© le choix de toutes les pièces assemblĂ©es comme un collier de joyaux divers, Ă©clatants par leur profonde quiĂ©tude, leur Ă©panchement extrĂŞmement pudique : on est donc loin, dĂ©finitivement, de toute kitcherie.
Le violoncelliste français sait s’entourer de partenaires irrĂ©sistibles dont surtout son frère altiste Adrien (duo accordĂ©, souple et suave “Et Misericordia” du Magnificat de JS BACH ; mystĂ©rieux, habitĂ© pour “De torrente in via bibet” du Dixit Dominus HWV 232, sublimant la profondeur haendĂ©lienne ni plus ni moins).
LA-MARCA-TAVENER-FUNERAL-IKOS-Christian-pierre-La-Marca-video-clipD’une inflexible justesse, la rondeur grave et sobre, rayonnante du violoncelliste fait paraĂ®tre tout ce que la voix aigre et pincĂ©e du contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky a de mièvre et d’affectĂ©e en comparaison : hors sujet selon nous (le maillon faible, unique erreur de ce rĂ©cital qui frappe ailleurs par sa grande cohĂ©rence) ; le Panis angelicus de Franck en perd sa grâce originelle. Sommet expressif d’une rare et franche intelligence poĂ©tique, le triptyque enchaĂ®nĂ© : Vivaldi / Piazzolla / Vivaldi (preuve que sur le thème de leurs deux noms si harmonieusement fraternels, il n’y a pas que le prĂ©texte des Saisons comme seule carte musicale Ă  jouer) ; Christian-Pierre La Marca a bien raison d’enchâsser, comme une perle sertie de deux autres gemmes, l’Ave Maria de l’argentin entre deux extraits du Stabat mater vivaldien. Cet Ave Maria saisit immĂ©diatement par son intensitĂ© serrĂ©e, lumineuse pierre que le violoncelle fait briller de l’intĂ©rieur, comme l’expression contenue d’un secret intime.

S’associer Ă  l’orgue du compositeur contemporain Thierry Escaich est un gage d’extrĂŞme musicalitĂ© : retenons de leur entente ineffablement fusionnĂ©e, le sublime Ave Maria (tout recueillement) d’après Astor Piazzola dĂ©jĂ  citĂ© dans sa parure vivaldienne ; la prière de Saint-SaĂ«ns (vrai Ă©quilibre d’une rare plĂ©nitude entre Ă©loquence et profondeur, aux rĂ©sonances miraculeuses violoncelle / orgue). Christian-Pierre La Marca a mĂŞme commandĂ© une nouvelle partition au compositeur : d’oĂą “Enluminures” (avec la complicitĂ© de Patricia Petibon), presque 5mn d’aspiration incarnĂ©e Ă  l’Ă©tat de grâce auquel aspire le programme entier, Ă  travers ses facettes multiples. On y retrouve ce scintillement suractif propre Ă  l’Ă©criture de Thierry Escaich, qui sait aussi travailler comme peu, l’articulation du texte en latin, “Alleluia”, – voix quasi parlĂ©e, et plus lyrique quand elle exprime l’essence mĂŞme d’une prière primitive, toujours aĂ©rienne et cristalline qui s’achève- ultime miracle sonore, en un murmure suspendu, Ă©quivoque Ă  laquelle rĂ©pond le chant embrasĂ©, transfigurĂ© du violoncelle enveloppant. Le propre de ce rĂ©cital oĂą règne la souveraine musicalitĂ© du violoncelle de Christian-Pierre La Marca, est son goĂ»t. CiselĂ©, indiscutable. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2016.

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. CANTUS : airs sacrĂ©s transposĂ©s d’après JS Bach, Tavener, Haendel, Barber, Piazzolla, Saint-SaĂ«ns, Allegri. Enluminures de Thierry Escaich. Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Sony classical 88875098932 (enregistrement rĂ©alisĂ© en juillet et octobre 2015). Parution : le 26 fĂ©vrier 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2016.

Claude, l’opĂ©ra de Thierry Escaich et Robert Badinter sur Arte

Lyon claude boy escaich badinterTélé. Arte, dimanche 11 Mai,00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013). Opéra de Lyon, avril 2013. Pour l’Opéra de Lyon, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et le compositeur Thierry Escaich relisent Claude Gueux de Victor Hugo : il en découle un nouvel opéra sur l’univers concentrationnaire où les personnages sont en quête d’humanité. Comme tous les ouvrages de Hugo, Claude offre un portrait mordant et sans illusion d’une société gangrénée par ses propres errements : un monde écarté de toute lumière, celle du pardon, de l’égalité des chances, du droit au dépassement de ses fautes antérieures. Ici les tenants de l’autorité et de l’ordre moral sont les pires bouchers tortionnaires, et les condamnés, les victimes d’un ordre arbitraire totalement injuste.

Olivier Py dessine un climat oppressant dévoilant en multiples scènes simultanées le destin maudit, oublié des prisonniers de longues peines.  Au cœur de cette parodie satire de la société, la barbarie d’un monde sans culture et sans éducation qui se révèle évidemment plus ignoble et terrifiant que l’animal: l’homme est bien ce diable qui invente contre ses semblables, le pire des cauchemars collectifs (esclavage, torture… de ce point de vue rien n’est épargné aux spectateurs dans la première partie) : l’opéra prison, dans son écrin gestapiste, est rempli de cette terreur inhumaine qu’incarne magnifiquement le chant rien que bestial et inhumain du directeur de la prison, Jean-Philippe Lafont. Face à lui, l’affamé, victime du monde industriel qui prend le travail aux honnêtes gens comme lui, le canut Jean-Sébastien Bou (ouvrier de la filière tissus), l’honnête homme, conduit malgré lui à la duplicité… puis au crime par nécessité et sentiment d’injustice.

Claude, Albin: l’amour contre la prison

CLAUDEHumanité avilie, humiliée, soumise à l’autorité de gardiens exténués, la prison de Clairvaux (acutellement lieu d’un festival de musique chaque mois d’octobre) a des allures d’asile psychiatrique pour cafards sans espérance. Ces hommes détruits symbolisent l’avenir de toute l’humanité. Alors quelle issue dans ce trou des condamnés d’où l’espoir hugolien aime faire jaillir une flamme de bonté ? L’élan irrésistible d’un désir de fusion et d’amour entre les deux hommes incarcérés : Claude et Albin (le haute contre Rodrigo Ferreira), codétenu de son mitard de Clairvaux. Comme dans un opéra classique, la passion submerge les cœurs jusqu’au delà du raisonnable et parce qu’il a séparé les amants apaisés, le directeur de la geôle est assassiné par Claude. Ce dernier est guillautiné.

arte_logo_2013Efficace, suractive, la musique de Thiery Escaich (qui signe son premier opĂ©ra), paraĂ®t plus narrative et strictement illustrative que vraiment inspirĂ©e. Souvent bavarde Ă  force d’effets acadĂ©miques, sans suspensions, sans transe, sans fièvre comme l’aurait mĂ©ritĂ© le livret, lui très dense et cohĂ©rent, voire passionnant par les thèmes philosophiques qu’il soulève autour du salut des condamnĂ©s. «  Justice injustice », tel Ă©tait le thème retenu pour un cycle vaste et attendu par l’OpĂ©ra de Lyon. La rĂ©alisation visuelle et scĂ©nographie est Ă  la hauteur de la portĂ©e du livret : Jean-SĂ©bastien Bou s’y montre bouleversant entre fĂ©linitĂ© Ă©cĹ“urĂ©e et aspiration irrĂ©pressible Ă  un monde meilleur : en lui souffle la flamme ardente des hĂ©ros rĂ©volutionnaires, des visionnaires tragiques. Dommage que la musique soit aussi extĂ©rieure au sujet et finalement artificielle. Pourtant la dernière image convoquant au moment du supplice, une figure de danseuse exprime astucieusement l’idĂ©e de la justice qui doit faire son Ĺ“uvre et dont on attend toujours dans bien des cas, l’activitĂ© libĂ©ratrice…

Télé. Arte, dimanche 11 Mai, 00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013).