Québec, Festival Classica 2020 : création mondiale de MIGUELA, joyau lyrique romantique et français de Théodore Dubois

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaQUÉBEC. Création mondiale de Miguela, l’opéra oublié de Théodore Dubois au Festival CLASSICA 2020. De fin mai à mi juin, CLASSICA est le premier festival québécois qui marque l’avènement de la belle saison, celle bientôt estivale et le cycle nouveaux des festivals d’été au Canada. CLASSICA fête l’année prochaine, au printemps 2020 ses déjà 10 ans. Son spectre est large (nouvel intitulé en 2019, « de Beethoven à Bowie ») ; il a su à l’instar des festivals rock fidéliser une très large audience, en variant l’offre musicale, de salles de concert fermées aux grandes scènes symphoniques en plein air…

Au printemps 2020, l’événement créé et conçu par Marc Boucher fête évidemment le 250è anniversaire de Beethoven, mais il sait aussi créer la surprise voire l’événement : le festival québécois annonce la résurrection (création mondiale) d’un opéra romantique français qui dormait dans le fonds de la BNF à PARIS et totalement oublié depuis lors…

 

 

 

MIGUELA de Théodore Dubois (1891)

création d’un joyau oublié de l’opéra romantique français

 

dubois_theodoreMIGUELA DE DUBOIS, UNE CRÉATION MONDIALE TRES ATTENDUE. CLASSICA comme tous les grands festivals internationaux cultive les genres symphoniques et populaires, les récitals chambristes, mais aussi le goût du chant, mélodies et opéra. CLASSICA n’est rien sans la présence de la voix. Les Festivaliers retrouveront la 4è édition du Récital-Concours de mélodies françaises (juin 2020, édition programmée comme chaque année comme conclusion de l’événement). Enfin, l’année prochaine est celle de tous les défis car y sera réalisée aussi la création du dernier opéra de Théodore Dubois, compositeur romantique français récemment ressuscité ici et là, mais de façon trop disparate pour juger pleinement de son écriture comme de son tempérament lyrique. Marc Boucher prolonge ainsi le travail pionnier, réalisé dans un véritable esprit de famille et de troupe, avec son mentor, le regretté chef, fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire. Le chef français avait le souci de jouer les œuvres de Dubois : à Tourcoing furent ainsi créés en première mondiale, l’oratorio Le Paradis perdu (dans une version orchestrale restaurée), puis l’opéra ABEN HAMET, éblouissante production qui réunissait Marc Boucher, Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Hasnaa Bennani, Nora Sourouzian…).

 

 

 

SOMMET LYRIQUE DU VERDI FRANCAIS

Rétablir la création de ce qui serait bien le dernier ouvrage de Théodore Dubois, Miguela, dans le sillon de ces œuvres déjà recréées est d’autant plus pertinent que son livret souligne les mêmes thèmes que Aben Hamet (1884) : l’élan amoureux ici entre une espagnole et un officier français (dans Aben Hamet, il s’agit d’un arabe et d’une princesse catholique) confronté à la violence de la guerre, du terrorisme, des armes. « Théodore Dubois est pour moi, le Verdi français », précise Marc Boucher. « Comme Verdi, Dubois connaît la voix ; il choisit les tessitures selon le profil dramatique des personnages ; sa prosodie est parfaite : chanter Dubois, c’est parler et respirer ; il n’y a aucun arrangement à concéder, aucune transposition à envisager : tout coule de source, en parfaite connexion avec la situation dramatique, et les ressources de chaque tessiture ».

Le baryton en parle avec d’autant plus d’assurance qu’il a interprété ses œuvres et chantera aussi lors de la création de Miguela (le rôle du méchant, Fernandes, l’agent de la barbarie et de la haine, celui qui ne cesse de rappeler Miguela à son devoir…). La haine des autres contre l’amour de tous. Voilà un schéma déjà passionnant qui suscite la plus grande attente d’ici au printemps 2020 au Québec. Déjà, le directeur de CLASSICA, heureux de poursuivre l’enthousiasme et la curiosité de Jean-Claude Malgoire par delà l’Atlantique, prépare le matériel musical laissé par Théodore Dubois. L’auteur du livret de Miguela est Jules Barbier, d’après les dernières découvertes : Dubois a pu ainsi s’appuyer sur un homme d’expérience.

C’est Marc Boucher qui dans les cahiers constituant l’inventaire des œuvres déposées à BNF avait repéré et identifié le dernier opus lyrique de Théodore Dubois, probablement composé en 1891 : un ouvrage ambitieux (en trois actes et six tableaux), dans le style du grand opéra français qui témoigne des dernières évolutions lyriques du directeur du Conservatoire, au début des années 1890.

Miguela serait-il ce grand opéra romantique oublié, jalon essentiel de l’opéra français de la fin du XIXè et au début du XXè, à l’époque du dernier Verdi et des opéras de Massenet ? L’idée est séduisante. Pour Marc Boucher, Miguela se rapprocherait « de Manon de Massenet, dans une forme en route vers Falstaff où le récit accompagné est prédominant et où l’intrigue bien qu’ayant ses protagonistes principaux, est soutenue par les rôles secondaires. »

A l’heure des résurrections plus ou moins heureuses révélant souvent de façon tronquée, des partitions exhumées que l’on croyait connaître, Marc Boucher a décidé de tout jouer : Miguela pourra ainsi être jugée dans sa continuité originelle. A la BNF, de fait, tout le matériel existait (le conducteur, la partie chant / piano, les parties d’orchestre…) ; ils attendaient d’être ressuscitées pour une création intégrale. Probablement pour une réalisation partielle décidée pour la Palais Garnier en 1916. « la genèse de l’opéra demeure mystérieuse ; beaucoup d’éléments de la genèse restent dans l’ombre » précise Marc Boucher. Et d’ajouter en interprète connaisseur :  « Il y a 12 rôles : 2 pour voix de femmes dont un soprano lyrique pour le rôle-titre ; et 10 voix masculines, le héros amoureux étant ici chanté par un ténor ; fait assez surprenant quand on sait le goût de Dubois pour la voix de baryton – comme Verdi : Aben Hamet est chanté par un baryton ». En somme, Miguela est le sommet lyrique de Théodore Dubois, et certainement une prochaine révélation majeure pour notre connaissance de l’opéra romantique français.

 

 

 

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classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaRéservez dès à présent votre séjour au Québec, au moment du festival CLASSICA : concerts chambristes, grands événements symphoniques en plein air, opéra en création, mais aussi le cycle Beethoven 2020… promettent une nouvelle édition mémorable, celle des 10 ans (« de Beethoven à David Bowie »). Le rendez-vous est d’ores et déjà pris.

TOUTES LES INFOS sur le site du FESTIVAL CLASSICA

https://www.festivalclassica.com

LIRE aussi notre compte rendu bilan de l’édition 2019 de CLASSICA : ” le festival-événement au Québéc, classique et populaire… ” :

https://www.classiquenews.com/festival-classica-levenement-au-quebec-classique-et-populaire-bilan-2019-et-10e-edition-en-2020/

 

Festivals 2020 : les 10 ans du festival CLASSICA (Québec), de Beethoven, Bowie à MIGUELA…

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaFESTIVALS 2020. Printemps 2020 (mai et juin 2020) : le Festival CLASSICA au Québec prépare une prochaine édition exceptionnelle pour ses 10 ans. Le succès est là (60 000 festivaliers chaque année) : il a fait de l’événement rayonnant à Saint-Lambert (Montérégie, rive sud du Saint-Laurent) le premier festival qui ouvre la saison estivale et le plus populaire au Québec. Intitulé « de Beethoven à Bowie », CLASSICA 2020 programme un vaste volet Beethoven (250è anniversaire oblige), mais aussi plusieurs grandes soirées symphoniques sous les étoiles, sans omettre son 4è Récital-Concours de mélodies françaises, et la création mondiale du dernier opéra de Théodore Dubois : Miguela (1891), emblème de l’écriture dramatique et mélodique du « Verdi français ».

 Québec : Festival CLASSICA 2019, jusqu'au 16 juin 2019

CLASSICA 2020, L’ANNÉE DE TOUS LES DÉFIS : 

De Beethoven à Miguela…

En 2020, un cycle supérieur en nombre devrait marquer la programmation (entre 3 et 5 grands concerts symphoniques sous les étoiles, alternant rock symphonique et programme purement classique), de quoi séduire de nombreuses phalanges, soucieuses de renouveler leur image et de conquérir de nouveaux spectateurs.

Mais l’édition CLASSICA 2020 élargit encore son champs d’activité. Intitulé de « Beethoven à David Bowie » (comme il y eut « De Schubert aux Rolling Stones » et « De Berlioz aux Bee Gees »)  : un très riche cycle BEETHOVEN est annoncé afin de célébrer l’anniversaire du grand Ludwig. Au programme d emai et juin 2020 : intégrale des Sonates pour piano, Sonates pour violoncelle, pour violon, lieder et aussi Bagatelles (joyaux méconnus), sans omettre en grand format justement et sur la grande scène en plein air : la Missa Solemnis, l’oratorio Le Christ au mont des Oliviers (en partenariat avec l’Atelier Lyrique de Tourcoing), les Symphonies n°3 et 5…

MIGUELA DE DUBOIS, UNE CRÉATION MONDIALE TRES ATTENDUE

 

dubois_theodoreCLASSICA comme tous les grands festivals internationaux cultive les genres symphoniques et populaires, les récitals chambristes, mais aussi le goût du chant, mélodies et opéra. CLASSICA n’est rien sans la présence de la voix. Les Festivaliers retrouveront la 4è édition du Récital-Concours de mélodies françaises (juin 2020, édition programmée comme chaque année comme conclusion de l’événement). Enfin, l’année prochaine est celle de tous les défis car y sera réalisée aussi la création du dernier opéra de Théodore Dubois, compositeur romantique français récemment ressuscité ici et là, mais de façon trop disparate pour juger pleinement de son écriture comme de son tempérament lyrique. Marc Boucher prolonge ainsi le travail pionnier, réalisé dans un véritable esprit de famille et de troupe, avec son mentor, le regretté chef, fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire. Le chef français avait le souci de jouer les œuvres de Dubois : à Tourcoing furent ainsi créés en première mondiale, l’oratorio Le Paradis perdu (dans une version orchestrale restaurée), puis l’opéra ABEN HAMET, éblouissante production qui réunissait Marc Boucher, Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Hasnaa Bennani, Nora Sourouzian…).

SOMMET LYRIQUE DU VERDI FRANCAIS

Rétablir la création de ce qui serait bien le dernier ouvrage de Théodore Dubois, Miguela, dans le sillon de ces œuvres déjà recréées est d’autant plus pertinent que son livret souligne les mêmes thèmes que Aben Hamet (1884) : l’élan amoureux ici entre une espagnole et un officier français (dans Aben Hamet, il s’agit d’un arabe et d’une princesse catholique) confronté à la violence de la guerre, du terrorisme, des armes. « Théodore Dubois est pour moi, le Verdi français », précise Marc Boucher. « Comme Verdi, Dubois connaît la voix ; il choisit les tessitures selon le profil dramatique des personnages ; sa prosodie est parfaite : chanter Dubois, c’est parler et respirer ; il n’y a aucun arrangement à concéder, aucune transposition à envisager : tout coule de source, en parfaite connexion avec la situation dramatique, et les ressources de chaque tessiture ».

Le baryton en parle avec d’autant plus d’assurance qu’il a interprété ses œuvres et chantera aussi lors de la création de Miguela (le rôle du méchant, Fernandes, l’agent de la barbarie et de la haine, celui qui ne cesse de rappeler Miguela à son devoir…). La haine des autres contre l’amour de tous. Voilà un schéma déjà passionnant qui suscite la plus grande attente d’ici au printemps 2020 au Québec. Déjà, le directeur de CLASSICA, heureux de poursuivre l’enthousiasme et la curiosité de Jean-Claude Malgoire par delà l’Atlantique, prépare le matériel musical laissé par Théodore Dubois. L’auteur du livret de Miguela est Jules Barbier, d’après les dernières découvertes : Dubois a pu ainsi s’appuyer sur un homme d’expérience.

C’est Marc Boucher qui dans les cahiers constituant l’inventaire des œuvres déposées à BNF avait repéré et identifié le dernier opus lyrique de Théodore Dubois, probablement composé en 1891 : un ouvrage ambitieux (en trois actes et six tableaux), dans le style du grand opéra français qui témoigne des dernières évolutions lyriques du directeur du Conservatoire, au début des années 1890.

Miguela serait-il ce grand opéra romantique oublié, jalon essentiel de l’opéra français de la fin du XIXè et au début du XXè, à l’époque du dernier Verdi et des opéras de Massenet ? L’idée est séduisante. Pour Marc Boucher, Miguela se rapprocherait « de Manon de Massenet, dans une forme en route vers Falstaff où le récit accompagné est prédominant et où l’intrigue bien qu’ayant ses protagonistes principaux, est soutenue par les rôles secondaires. »

A l’heure des résurrections plus ou moins heureuses révélant souvent de façon tronquée, des partitions exhumées que l’on croyait connaître, Marc Boucher a décidé de tout jouer : Miguela pourra ainsi être jugée dans sa continuité originelle. A la BNF, de fait, tout le matériel existait (le conducteur, la partie chant / piano, les parties d’orchestre…) ; ils attendaient d’être ressuscitées pour une création intégrale. Probablement pour une réalisation partielle décidée pour la Palais Garnier en 1916. « la genèse de l’opéra demeure mystérieuse ; beaucoup d’éléments de la genèse restent dans l’ombre » précise Marc Boucher. Et d’ajouter en interprète connaisseur :  « Il y a 12 rôles : 2 pour voix de femmes dont un soprano lyrique pour le rôle-titre ; et 10 voix masculines, le héros amoureux étant ici chanté par un ténor ; fait assez surprenant quand on sait le goût de Dubois pour la voix de baryton – comme Verdi : Aben Hamet est chanté par un baryton ». En somme, Miguela est le sommet lyrique de Théodore Dubois, et certainement une prochaine révélation majeure pour notre connaissance de l’opéra romantique français.

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classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaRéservez dès à présent votre séjour au Québec, au moment du festival CLASSICA : concerts chambristes, grands événements symphoniques en plein air, opéra en création, mais aussi le cycle Beethoven 2020… promettent une nouvelle édition mémorable, celle des 10 ans (« de Beethoven à David Bowie »). Le rendez-vous est d’ores et déjà pris.

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CD. compte rendu critique. Dubois : Aben Hamet (Malgoire, 2 CD ALT, mars 2014

aben-hamet-dubois-cd-jean-claude-malgoire-theodore-dubois-guillaume-andrieux-cd-CLIC-de-classiquenewsCD. compte rendu critique. Dubois : Aben Hamet (Malgoire, 2 CD ALT -  mars 2014). Il y a un an, Jean-Claude Malgoire dans l’esprit de troupe qui l’anime à la tête de l’Atelier Lyrique de Tourcoing osait reconstituer Aben Hamet d’après les Abencérages de Chateaubriand : un opéra orientaliste qui ne pouvait guère être monté car la partition orchestre était perdue (elle sera retrouvée à la BNF par un heureux hasard de circonstance, juste après les représentations de Tourcoing) : pas démonté, Jean-Claude Malgoire en proposait alors sa propre version orchestrale s’appuyant sur un solide travail d’orchestration d’après la partition connue chant et piano et d’après les traités d’orchestration de l’époque comme la manière contemporaine de Gounod, Massenet, Bizet…. Le fondateur de l’Atelier lyrique de Tourcoing s’inspirait aussi de son écoute attentive des autres partitions de Théodore Dubois mieux connues et éditorialement complètes (Symphonies, l’oratorio Le Paradis perdu…).
En découle une instrumentation colorée et parfois miroitante (comme peu l’être un tableau de l’excellent peintre Gérôme, lui aussi “institution” comme le fut Dubois), où règnent évidemment la harpe, les cors, et le saxo, – alors instrument nouveau presque incontournable-, et les accents proprement orientalisants aux percussions tels que clochettes, castagnettes, tambour de basque…

Dans un esprit de troupe, Jean-Claude Malgoire restitue l’opéra orientaliste de Dubois : Aben Hamet

Fatalité des guerres affrontées…

CLIC_macaron_2014Classiquenews avait souligné la réalisation de cette restitution lyrique, finement menée, bénéficiant comme toujours à Tourcoing d’une distribution solide qui combinait des tempéraments scrupuleusement caractérisés. Dans les rôles des amants maudits que leur religion respective écarte définitivement (leur duo à l’église au III scelle cette impossibilité tragique), Aben et Bianca, Guillaume Andrieux et Ruth Rosique incarnent avec ardeur deux profils éperdus rattrapés par la fatalité des religions affrontées.
Le dernier Abencérage soulève vainement les Maures de Grenade, contre les Espagnols, certainement sous la pression d’une mère (Zuléma), rien que revancharde et haineuse : Aben y sacrifie toute vie amoureuse avec la catholique Bianca (fille du Duc de Santa Fe, elle même descendante du Cid, vainqueur des Maures au XIè) : il y perd aussi la vie puisque l’action s’achève avec la mort du guerrier dérisoire dans les bras de Bianca… L’amour est impossible entre deux jeunes gens de religions opposées, ainsi que Chateaubriand le dit aussi dans son roman Atala. C’est aussi la folie des haines séculaires et transgénérationnelles que les parents transmettent à leurs enfants. Une sorte d’endoctrinement familial, stupide et destructeur. On voit bien que la partition ainsi n’est pas que décorative ni séduisante.

Le chef défend avec conviction l’une des partitions les plus habiles de Dubois l’académique (version rééquilibrée de 1888 conçue par l’auteur après la création de 1884), qui malgré les volontés ici et là de le réhabiliter, peine à être enfin reconnu : l’histoire dira si mon œuvre sera appréciée à sa juste valeur… on connaît l’adage. Persistent une réticence et le poids d’un soupçon tenace vis à vis des Académiques du XIXème, suspectés (à torts) de conformité crasse. D’autant que Dubois fut membre de l’Institut, Professeur et directeur du Conservatoire, auteur d’un traité d’harmonie…

L’engouement pour son style précis, souvent raffiné, et ici fidèle aux enjeux humanistes du sujet illustré avant lui par Chateaubriant, reste timide. Il revient à Jean-Claude Malgoire, chef toujours surprenant par ses choix et visionnaire, le mérite de ne jamais se tromper et servir des œuvres qui méritent absolument d’être révélées au grand public. Le coffret de 2 cd souligne les bénéfices d’un travail unique en France qui allie l’original raffiné et l’esprit de troupe dont la cohérence et l’énergie collective font si souvent défaut ailleurs.

aben-hamet-dubois-cd-jean-claude-malgoire-theodore-dubois-guillaume-andrieux-cd-CLIC-de-classiquenewsCD. Dubois : Aben Hamet (version 1888). Avec Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Nora Sourouzian, Hasnaa Bennani, Marc Boucher… Atelier lyrique de Tourcoing, La Grande Ecurie et la chambre du Roy. Jean-Claude Malgoire, direction. Enregistré à Tourcoing en mars 2014. 2 cd Atelier Lyrique de Tourcoing. LIRE aussi notre annonce de la parution du cd Aben Hamet de Dubois par Jean-Claude Malgoire...

Isabelle Druet chante les morts du Pays où se fait la guerre…

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concertPoitiers, TAP.  Le 14 décembre 2014, 17h.  Au Pays où se fait la guerre…. Saintes, Venise… les escales de ce programme hors normes sont déjà prometteuses mais pas uniques puisque le concert est l’objet d’une tournée en 2015. Privilégiant les compositeurs « romantiques français », le choix des partitions évoque surtout le destin d’un soldat de la grande guerre (1914-1918), centenaire oblige, à travers des témoignages directs ou par le regard de ses proches ou de sa famille. En vérité le prétexte martial et sanglant, intéresse aussi d’autres conflits et d’autres époques que le premier conflit mondial, remontant le curseur chronologique jusqu’aux événements de 1870… Voici assurément le meilleur spectacle spécialement écrit pour célébrer la Grande Guerre.

Ainsi de Jacques Offenbach à Nadia Boulanger, de très nombreux styles et auteurs sont sollicités : Cécile Chaminade, Benjamin Godard (sublime mélodies intitulée Les Larmes), Henri Duparc, Claude Debussy ou le désormais inévitable Théodore Dubois, académique audacieux que le Palazzetto Bru Zane à Venise a été bien inspiré de ressusciter récemment. Pourtant pas de référence à Albéric Magnard, auteur majeur qui a péri sous les armes (Tours en a fait heureusement un auteur favori régulièrement joué : Bérénice, Hymne à la justice)… Les quatre séquences du programme : le départ, au front, la mort, en paradis, évoquent le chemin de croix du guerrier par un chant instrumental préalable, celui de la formation requise : quatuor avec piano (Bonis, Fauré deux fois, enfin Hahn). Grande Duchesse de Gérolstein ou veuve d’un colonel (La vie parisienne), la mezzo Isabelle Druet endosse avec une verve mûre, les facettes de ses personnages; celle qui fut à Versailles, une Clorinde tragique et tendre chez Campra, retrouve dans ce programme romantico-moderne, les accents pudiques de l’hommage aux victimes sacrifiées sur les champs de bataille. Le titre du concert emprunte à la mélodie de Duparc « Au pays où se fait la guerre », sublime prière intérieure dont l’intensité égale la profondeur. Une traversée dans des paysages sombres mais dignes à laquelle les instrumentistes du Quatuor Giardini apportent des contours tout aussi suggestifs et recueillis.

Poitiers, TAP. Dimanche 14 décembre 2014, 17h. « Au pays où se fait la guerre ». Durée approximative : 1h15 (hors entracte).

 

 

avec

Isabelle Druet, mezzo soprano

Quatuor Giardini

David Violi, piano

Pascal Monlong, violon

Caroline Donin, alto

Pauline Buet, violoncelle

Programme

1/ LE DÉPART

Mel BONIS : Quatuor avec piano n°1 op. 69 : Finale

Jacques OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein

Ah que j’aime les militaires

Cécile CHAMINADE : Exil

Jacques OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein : Couplets du sabre

2/ AU FRONT

Gabriel FAURE : Quatuor avec piano op.45 : Allegro molto

Gaetano DONIZETTI : La fille du régiment : pour un femme de mon rang…

Benjamin GODARD : Les Larmes

Henri DUPARC : AU pays où se fait la guerre

Entracte

3/ LA MORT

Gabriel FAURE :  Quatuor avec piano opus 15. Adagio

Claude DEBUSSY : 5 poèmes de Charles Baudelaire, Recueillement

Henri Duparc : Elégie

Jacques OFFENBACH : la vie parisienne, Je suis veuve d’un colonel

4/ EN PARADIS

Reynaldo HAHN : Quatuor avec piano : Andante

Lili BOULANGER : Elégie

Théodor DUBOIS : En Paradis

Théodore DUBOIS : Quatuor avec piano en la mineur

Andante molto espressivo

Bis 1 : OFFENBACH : La Fille du Tambour major, Que m’importe un titre éclatant ?

Bis 2 : FAURE : Après un rêve…

 

 

 

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Patriotisme et guerres lointaines… Henri Duparc évoque la froide dépouille d’un soldat anonyme … tant de soldats morts au nom d’un patriotisme exacerbé, celui du XIXème et du XXème siècles. L’antagonisme primitif France  / Allemagne, revivifié encore sur la scène musicale dans le rapport radicalisé à Wagner fait aimer notre époque européenne où les nationalismes durcis ont heureusement été absorbés par la construction européenne. Prétexte à une relecture certes poétique mais surtout comique (Donizetti et Offenbach), la guerre est aussi l’acte ultime qui sacrifie le sang et la jeunesse. Les conflits de 1870 et de 1914 inspirent évidemment les compositeurs chacun bravant le sort, célèbre l’accomplissement du devoir, et le déchirement du départ. Au front, c’est l’angoisse née de l’attente et de l’horreur. Pourtant à peine adoucie par le souvenir de l’aimée, de la famille, du retour espéré… Courageux, le soldat n’en demeure pas moins homme : « mais les larmes qu’on peut verser, quand les têtes sont détournées, on ne les a pas soupçonnées… » Les Larmes de Banjamin Godard.

Et comme si le sujet trop brûlant ne pouvait être immédiatement compris, digéré, accepté, la plupart des auteurs usent du prétexte historique, font surgir une action empruntée au siècle antérieur plutôt que de s’inscrire dans la réalité contemporaine : ainsi Offenbach situe sa Grande Duchesse de Gerolstein au XVIIIè (vers 1720 ou « à peu près »), Henri Duparc dans Au Pays où se fait la guerre, ne peut évoquer les armes et les deuils que dans une distanciation pudique, qui renvoie à la conquête coloniale du … Second Empire ; même Donizetti, pourtant détenteur du truchement comique, élabore dans sa Fille du régiment de 1840, une action qui évoque des temps guerriers anciens eux aussi, ceux des campagnes de Bonaparte en Italie, Offenbach fait de même en 1879 pour La fille du tambour-major. Dans le programme, les adagios des Quatuors pour piano de Fauré (1887) ou Dubois (1907) éclairent le fond d’une époque tourmentée. Ils font retentir  mais allusivement dans les salons intimes, les déflagrations des guerres contemporaines.

 

 

Au pays où se fait la guerre. Après Poitiers le 14 décembre 2014, les autres dates de la tournée 2015 : 20 janvier à Aix-en-Provence, 22 janvier à Entraigues-sur-la-Sorgue, 25 janvier à Arles et 5 février à Périgueux.

 

 

 

VIDEO, reportage. Théodore Dubois : Aben Hamet, recréation par l’Atelier Lyrique de Tourcoing

ABEN-hamet-theodore-dubois-575-jean-claude-malgoireVIDEO, reportage. Aben Hamet de Théodore Dubois. Jean-Claude Malgoire implique ses troupes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing pour la recréation en version scénique de l’opéra oublié de Théodore Dubois : ABEN HAMET d’après Le dernier Abencérage de Chateaubriand. Après la Reconquista, Aben Hamet tente de reconquérir depuis Grenade, l’ancien Califat de ses ancêtres, poussé par sa mère Zulema… Mais accostant en Espagne chrétienne, il tombre amoreux de la fille du Conte de Santa Fe, Bianca. Il est musulman, elle est chrétienne : les rivalités religieuses auront elles raison de leur amour ? Grand reportage vidéo de la recréation réalisée à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire qui a réorchestré la partition en s’inspirant minutieusement des autres partitions autographes de Dubois… Grand reportage video CLASSIQUENEWS.COM, entretiens avec Jean-Claude Malgoire, Alita Baldi (mise en scène) et les chanteurs : Guillaume Andrieux (Aben Hamet), Marc Boucher (le duc de Santa Fe)…

Compte rendu, opéra. Tourcoing. Atelier Lyrique, le 16 mars 2014. Théodore Dubois : Aben Hamet. Guillaume Andrieux, Ruth Rosique, Nora Sourouzian, Hasnaa Bennani. Jean-Claude Malgoire, direction musicale. Alita Baldi, mise en scène

TOURCOING: Aben Hamet (1884) de Théodore Dubois, ressuscité!Initiative courageuse de la part de l’Atelier Lyrique de Tourcoing que de redonner vie au rarissime Aben Hamet de Theodore Dubois. Créé dans la langue de Dante au Théâtre Italien de Paris le 16 décembre 1884, avec dans le rôle-titre le légendaire Victor Maurel, créateur pour Verdi des rôles de Iago et Falstaff, et à ses côtés rien moins qu’Edouard de Reszké et Emma Calvé, cet ouvrage lyrique s’inspire du Dernier des Abencérages écrit par Châteaubriand. L’intrigue nous raconte comment Aben Hamet, fils du roi Boabdil, part vers Grenade pour soulever les musulmans demeurés en Espagne et reprendre le pouvoir. Suivi en secret par sa mère Zulema et sa promise Alfaïma, le jeune homme rencontre la belle Bianca, fille du Duc de Santa-Fe, dont il tombe instantanément amoureux. Mais elle est catholique alors qu’il est musulman, et leur amour demeure impossible, la barrière de la religion séparant leurs cœurs.

Le maure oublié

Elève de François Bazin et Ambroise Thomas, Théodore Dubois a développé dans cette œuvre un vrai talent de mélodiste, puisant dans la grande tradition française, où l’on reconnait parfois l’ombre de Gounod, l’air d’entrée d’Aben Hamet rappelant irrésistiblement Le Roi de Lahore de Massenet.
Quant à l’orchestration, demeurée perdue – du moins jusqu’à quelques jours avant la première représentation, la BNF annonçant qu’elle renfermait peut-être l’instrumentation originale –, elle a fait l’objet de toute l’imagination de Jean-Claude Malgoire et Vincent Boyer, tous deux ayant puisé dans les traits d’harmonie de l’époque de Dubois, afin d’en restituer les couleurs de la façon la plus plausible. Un travail de titan qui se doit d’être salué, tant le résultat se révèle probant, faisant la part belle aux cordes, ainsi qu’au saxophone et aux percussions orientales.
Après une version de concert de l’autre côté de l’Atlantique, à Saint-Lambert (Canada) en juin 2013, il était temps d’offrir un écrin scénique à cette redécouverte, utilisant la traduction française de l’original italien.
Alita Bladi fait de nécessité vertu, imaginant un cadre simple, délicatement orientalisant sans excès, laissant à la musique une place prépondérante.
Dans le rôle-titre, Guillaume Andrieux fait de son mieux, et met son baryton léger, presque ténorisant parfois, au service d’une vocalité qui, à notre sens, appelle un instrument plus large et plus vaillant – l’enregistrement qu’en a fait Jean Noté dans les années 1910 en donne un aperçu convainquant –, mais le jeune artiste se jette dans la bataille avec un enthousiasme communicatif et un beau sens musical.
Ruth Rosique incarne une sensible Bianca, le charnu et délicat soprano de la chanteuse espagnole convenant parfaitement à la vocalité du personnage, sensible sans mièvrerie.
En mère autoritaire, Nora Sourouzian fait fulminer son mezzo corsé et donne un beau relief à Zulema, notamment dans son arioso du premier acte, tandis que la douce Alfaïma apparaît sous les traits charmants et la vocalité pure de la jeune Hasnaa Bennani, dont nous suivons toujours de loin la carrière.
Aux côtés du Duc de Sante-Fe parfaitement à sa place de Marc Boucher, les chœurs participent avec passion à ce moment important pour l’Atelier Lyrique de Tourcoing.
Toujours seul maître à bord, Jean-Claude Malgoire galvanise les musiciens de sa Grande Ecurie et la Chambre du Roy, chacun mesurant l’enjeu de ce projet ambitieux.
Une redécouverte courageuse, qui donne envie d’entendre l’œuvre à nouveau, cette fois avec l’orchestration originale de Dubois et les formats vocaux pressentis, le rôle du Maure ne pouvant qu’intéresser les barytons de notre époque, ainsi que – pourquoi pas ? – dans la version initiale en italien.

Tourcoing. Atelier Lyrique, 16 mars 2014. Théodore Dubois : Aben Hamet. Livret de Léonce Détroyat et Achille de Lauzières. Avec Aben Hamet : Guillaume Andrieux ; Bianca : Ruth Rosique ; Zulema : Nora Sourouzian ; Alfaïma : Hasnaa Bennani ; Le Duc de Sante-Fe : Marc Boucher. Ensemble Vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing. La Grande Ecurie et la Chambre du Roy. Jean-Claude Malgoire, direction musicale. Mise en scène : Alita Baldi ; Scénographie : Alain Lagarde ; Costumes : Christine Rabot-Pinson ; Lumières : Enrico Bagnoli ; Orchestration : Jean-Claude Malgoire et Vincent Boyer ; Chef de chant : Martin Surot

VIDEO. TOURCOING: Jean-Claude Malgoire ressuscite Aben Hamet de Théodore Dubois (clip vidéo)

ABEN-HAMET_dubois_vignette_fond-noirTourcoing: Théodore Dubois, Aben Hamet, 1884.Les 14,16,18 mars 2014. CLIP VIDEO. D’après Chateaubriand (Le dernier Abencérage), l’académicien Théodore Dubois et ses librettistes abordent la passion amoureuse sur fond d’inquisition et de guerres religieuses. Aben Hamet poussé par sa mère Zuléma tente de reconquérir pour la foi de ses ancêtres l’Espagne depuis Grenade : restaurer l’ancien Califat dont son père était le roi. Chrétiens et musulmans s’affrontent mais le maure Aben tombe amoureux de la belle chrétienne Bianca : défiant la fatalité des antagonismes héréditaires, leur amour foudroyant sera cependant vaincu par l’opposition des religions.

 

 

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CLIC_macaron_2014Audace et raffinement harmoniques, subtilité mélodique avec un usage très subtil des leitmotiv, pureté stylistique et suprême élégance, l’opéra Aben Hamet (créé en 1884) nous est restitué dans une nouvelle orchestration, réalisée par Jean-Claude Malgoire d’après la version chant / piano originale. C’est l’occasion de savourer cet orientalisme français d’une irrésistible séduction (où rayonne le timbre de la harpe, du saxophone…) : Aben Hamet poursuit la claire et lumineuse vision de Carmen de Bizet. Mais Dubois y ajoute aussi sa parfaite connaissance de l’opéra hérité de Gounod, Fauré, Saint-Saëns, Massenet. Sa sensualité et sa finesse annoncent même Debussy. C’est dire l’importance de cette résurrection. A Tourcoing, Jean-Claude Malgoire  réunit une distribution convaincante où rayonne le timbre clair et juvénile du baryton Guillaume Andrieux dans le rôle-titre : à Grenade, le jeune prince découvre l’amour mais doit affronter l’extrémisme : il mourra sur le champ de bataille. Dans une mise en scène épurée, à la fois suggestive et abstraite (signée Alita Baldi), l’action lyrique suit son cours, sans faiblir jusqu’à la superbe scène finale d’un romantisme préservé. Production événement, Tourcoing les 14, 16 et 18 mars 2014. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

 

Lire notre présentation de l’opéra ABEN HAMET de Théodore Dubois (1884)

Toutes les infos sur le site de L’Atelier Lyrique de Tourcoing 

 

 

Théodore Dubois (1837-1924)
Aben Hamet, 1884
création mondiale
version réorchestrée (JC Malgoire)
livret en français

 

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Vendredi 14 mars 2014 à 20h
Dimanche 16 mars 2014 à 15h30
Mardi 18 mars 2014 à 20h
Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos

Billetterie / 03 20 70 66 66

Livret de Léonce Détroyat et Achille de Lauzières d’après la nouvelle de Chateaubriand : Les Aventures du dernier Abencèrage. Opéra créé au Théâtre Italien à Paris le 16 décembre 1884

Jean Claude Malgoire et Vincent Boyer, orchestration
Jean Claude Malgoire, direction musicale
Alita Baldi, mise en scène
Alain Lagarde, scénographie
Enrico Bagnoli, lumières
Christine Rabot-Pinson, costumes

Aben Hamet : Guillaume Andrieux, baryton
Bianca : Ruth Rosique, soprano
Alfaïma : Hasnaa Bennani, soprano
Zuléma : Nora Sourouzian, mezzo-soprano
Le Duc de Santa-Fe : Marc Boucher, baryton-basse

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

 

Théodore Dubois : Aben Hamet ressuscité

ABEN-HAMET_dubois_malgoire_atelier_lyrique-de-Torucoing_affiche-petite-246Tourcoing: Aben Hamet de Dubois, recréation. Les 14,16,18 mars 2014. Création mondiale en version scénique. Après en avoir proposé la version de concert au Canada (en juin 2013 à Saint-Lambert), Jean-Claude Malgoire et sa fidèle équipe (Atelier lyrique de Tourcoing, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy) proposent en 3 soirées la création en français et mise en scène de l’opéra Aben Hamet du compositeur classique académique Théodore Dubois. Le chant des amants contre la guerre religieuse. Le sujet brosse le portrait du dernier Abencérage (Aben Hamet, lui-même fils du dernier roi des Maures, Boabdil); prêt en accostant à Grenade a reconquérir l’Espagne (malgré la défaite des Maures depuis 1492). Sur fond historique, exhalant parfums, couleurs et décors orientalisants à la manière du peintre Gérôme (lui-même pompier et académique, ami proche de Dubois), le compositeur imagine vertiges et épreuves d’un amour impossible, celui du musulman Aben Hamet passionnément épris de la belle chrétienne Bianca, fille du gouverneur de Grenade… tout les sépare et pourtant ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. La loi des cœurs contre la fatalité des conflits séculaires… En mars 2014, Jean-Claude Malgoire ressuscite un opéra créé en 1884 qui eut un immense retentissement et dont le sujet polémique (le chant de deux coeurs amoureux contre les antagonismes politiques et la barbarie de la guerre) explique qu’il fut scrupuleusement écarté et mis dans l’ombre très vite. Le chef en propose sa version personnelle d’après un long travail de recherche et de mise en forme respectueuse de l’esprit de l’oeuvre. L’opéra créé en italien est ici chanté en français. Et la partition d’orchestre a été totalement réécrite à partir d’une version chant piano, seule manuscrit parvenu, transmis par l’arrière-petit fils du compositeur.

 

ABEN-HAMET_dubois_vignette_fond-noirRéorchester Aben. A partir des traités d’orchestration de Gounod et de Massenet, Jean-Claude Malgoire a rétabli une pâte sonore aux évocations orientales de Dubois ; le chef a aussi consulté la matière disponible aujourd’hui, c’est à dire les partitions des oratorios de Dubois : Le Paradis Perdu récemment ressuscité, Les Sept paroles du Christ en croix, de ses symphonies dont la Symphonie française. Théodore Dubois était alors plus connu comme compositeur à l’église qu’auteur lyrique. Autant de sources permettant aujourd’hui de mieux connaître l’orchestrateur élégant, sensible, raffiné et transparent que fut Dubois : une personnalité musicale du milieu parisien très estimée. Dans la fosse d’opéra, à l’époque de Dubois se distinguent les cordes (dont la harpe inévitable alors), mais aussi l’importance du pupitre des vents (saxophone) et des cuivres (ophicléide) sans omettre la richesse des percussions aux couleurs nettement orientalisantes (clochettes, castagnettes, tambour de basque …).

 

ABEN-HAMET_dubois_vignette_fond-noirL’amour ou le devoir. Jean-Claude Malgoire a resserré le livret français tout en adaptant les mots et les références religieuses selon notre propre sensibilité ; s’agissant d’un terrain toujours polémique, les choix linguistiques et lexicaux ont été particulièrement soignés afin d’inscrire le sujet et l’action de l’oeuvre de Dubois dans notre actualité. Pour se faire, la seconde version validée par l’auteur en 1888, – pour d’éventuelles reprises, après la création de 1884, a été adoptée, dont les tailles dans l’acte III, mais aussi l’ajout d’une scène ultime où la mère d’Aben, Zuléma, voix de la fatalité guerrière et de la vengeance suicidaire, exhorte son fils à réaliser par devoir, son destin politique : venger l’âme de son père en conquérant Grenade : or comment pourrait-il honorer son père le roi Boabdil s’il épouse une chrétienne ? La violence du sujet vient du choix que fait Dubois : montrer l’impossibilité des deux amants de vivre leur amour face à l’antagonisme religieux et politique hérité de leurs aînés.

 

 

Théodore Dubois (1837-1924)
Aben Hamet, 1884
création mondiale
version réorchestrée (JC Malgoire)
livret en français

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Vendredi 14 mars 2014 à 20h
Dimanche 16 mars 2014 à 15h30
Mardi 18 mars 2014 à 20h
Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos

Billetterie / 03 20 70 66 66

Livret de Léonce Détroyat et Achille de Lauzières d’après la nouvelle de Chateaubriand : Les Aventures du dernier Abencèrage. Opéra créé au Théâtre Italien à Paris le 16 décembre 1884

Jean Claude Malgoire et Vincent Boyer, orchestration
Jean Claude Malgoire, direction musicale
Alita Baldi, mise en scène
Alain Lagarde, scénographie
Enrico Bagnoli, lumières
Christine Rabot-Pinson, costumes

Aben Hamet : Guillaume Andrieux, baryton
Bianca : Ruth Rosique, soprano
Alfaïma : Hasnaa Bennani, soprano
Zuléma : Nora Sourouzian, mezzo-soprano
Le Duc de Santa-Fe : Marc Boucher, baryton-basse

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Recréation d’Aben Hamet de Dubois à Tourcoing

ABEN-HAMET_dubois_malgoire_atelier_lyrique-de-Torucoing_affiche-petite-246Tourcoing : Aben Hamet de Dubois, recréation. Les 14,16,18 mars 2014. Création mondiale en version scénique. Après en avoir proposé la version de concert au Canada (en juin 2013 à Saint-Lambert), Jean-Claude Malgoire et sa fidèle équipe (Atelier lyrique de Tourcoing, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy) proposent en 3 soirées la création en français et mise en scène de l’opéra Aben Hamet du compositeur classique académique Théodore Dubois. Le chant des amants contre la guerre religieuse. Le sujet brosse le portrait du dernier Abencérage (Aben Hamet, lui-même fils du dernier roi des Maures, Boabdil); prêt en accostant à Grenade a reconquérir l’Espagne (malgré la défaite des Maures depuis 1492). Sur fond historique, exhalant parfums, couleurs et décors orientalisants à la manière du peintre Gérôme (lui-même pompier et académique, ami proche de Dubois), le compositeur imagine vertiges et épreuves d’un amour impossible, celui du musulman Aben Hamet passionnément épris de la belle chrétienne Bianca, fille du gouverneur de Grenade… tout les sépare et pourtant ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. La loi des cœurs contre la fatalité des conflits séculaires…  En mars 2014, Jean-Claude Malgoire ressuscite un opéra créé en 1884 qui eut un immense retentissement et dont le sujet polémique (le chant de deux coeurs amoureux contre les antagonismes politiques et la barbarie de la guerre) explique qu’il fut scrupuleusement écarté et mis dans l’ombre très vite. Le chef en propose sa version personnelle d’après un long travail de recherche et de mise en forme respectueuse de l’esprit de l’oeuvre. L’opéra créé en italien est ici chanté en français. Et la partition d’orchestre a été totalement réécrite à partir d’une version chant piano, seule manuscrit parvenu, transmis par l’arrière-petit fils du compositeur.

 

ABEN-HAMET_dubois_vignette_fond-noirRéorchester Aben. A partir des traités d’orchestration de Gounod et de Massenet, Jean-Claude Malgoire a rétabli une pâte sonore aux évocations orientales de Dubois ; le chef a aussi consulté la matière disponible aujourd’hui, c’est à dire les partitions des oratorios de Dubois :  Le Paradis Perdu récemment ressuscité, Les Sept paroles du Christ en croix, de ses symphonies dont la Symphonie française. Théodore Dubois était alors plus connu comme compositeur à l’église qu’auteur lyrique. Autant de sources permettant aujourd’hui de mieux connaître l’orchestrateur élégant, sensible, raffiné et transparent que fut Dubois : une personnalité musicale du milieu parisien très estimée. Dans la fosse d’opéra, à l’époque de Dubois se distinguent les cordes (dont la harpe inévitable alors), mais aussi l’importance du pupitre des vents (saxophone) et des cuivres (ophicléide) sans omettre la richesse des percussions aux couleurs nettement orientalisantes (clochettes, castagnettes, tambour de basque …).

 

ABEN-HAMET_dubois_vignette_fond-noirL’amour ou le devoir. Jean-Claude Malgoire a resserré le livret français tout en adaptant les mots et les références religieuses selon notre propre sensibilité ; s’agissant d’un terrain toujours polémique, les choix linguistiques et lexicaux ont été particulièrement soignés afin d’inscrire le sujet et l’action de l’oeuvre de Dubois dans notre actualité. Pour se faire, la seconde version validée par l’auteur en 1888, – pour d’éventuelles reprises, après la création de 1884, a été adoptée, dont les tailles dans l’acte III, mais aussi l’ajout d’une scène ultime où la mère d’Aben, Zuléma, voix de la fatalité guerrière et de la vengeance suicidaire, exhorte son fils à réaliser par devoir, son destin politique : venger l’âme de son père en conquérant Grenade : or comment pourrait-il honorer son père le roi Boabdil s’il épouse une chrétienne ? La violence du sujet vient du choix que fait Dubois : montrer l’impossibilité des deux amants de vivre leur amour face à l’antagonisme religieux et politique hérité de leurs aînés.

 

 

Théodore Dubois (1837-1924)
Aben Hamet, 1884
création mondiale
version réorchestrée (JC Malgoire)
livret en français

 

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Vendredi 14 mars 2014 à 20h
Dimanche 16 mars 2014 à 15h30
Mardi 18 mars 2014 à 20h
Tourcoing, Théâtre Municipal R. Devos

Billetterie / 03 20 70 66 66

Livret de Léonce Détroyat et Achille de Lauzières d’après la nouvelle de Chateaubriand : Les Aventures du dernier Abencèrage. Opéra créé au Théâtre Italien à Paris le 16 décembre 1884

Jean Claude Malgoire et Vincent Boyer, orchestration
Jean Claude Malgoire, direction musicale
Alita Baldi, mise en scène
Alain Lagarde, scénographie
Enrico Bagnoli, lumières
Christine Rabot-Pinson, costumes

Aben Hamet : Guillaume Andrieux, baryton
Bianca : Ruth Rosique, soprano
Alfaïma : Hasnaa Bennani, soprano
Zuléma : Nora Sourouzian, mezzo-soprano
Le Duc de Santa-Fe : Marc Boucher, baryton-basse

Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

 

 

CD. Dubois : Frithiof, Concerto pour piano n°2 (Les Siècles, Roth, 2010)

CD. Théodore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (Roth, 2010-2011). “Les Siècles live” (1 cd Actes Sud). Superbe album qui révèle dans une sonorité historique (piano et orchestre d’époque) l’ardente et dramatique vitalité de Théodore Dubois (1837-1924), remarquable orchestrateur, doué d’une invention permanente en particulier dans l’ouverture de Frithiof, condensé  théâtral d’une épatante exaltation. La vrai révélation reste contre toute attente non pas le Concerto pour piano n°2, morceau de bravoure aux climats tendres et lyriques (le premier mouvement est de loin le plus réussi avec l’Adagio, et son sentiment “profondissimo” comme il est noté sur le manuscrit) mais cette ouverture Frithiof, pièce magistrale de moins de 10mn qui tient à la fois d’un superbe lever de rideau pour un opéra à redécouvrir, et aussi du poème symphonique… Dubois affirme son esprit synthétique et européen (comme tant aussi à le démontrer la Symphonie Française de 1908, qui n’en a que le nom: Les Siècles et leur chef viennent de la recréer lors d’une tournée mémorable dont la dernière date était à Venise pour le festival Théodore Dubois, proposé non sans pertinence par le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, ce 15 avril 2012); il s’y montre parfait assimilateur de cet éclectisme ambiant dont il recycle la richesse des thèmes et des idées avec cette finesse et cette élégance qui le caractérisent.

 

 

Superbe et flamboyante ouverture de Frithiof

 

 

Dubois_Les Siecles_François Xavier RothDe fait, Frithiof se distingue par la noblesse et la ligne éthérée du solo de clarinette dans un climat de bois profond (Rossini et Guillaume Tell ne sont pas loin; mais aussi le souffle des partitions de Liszt ou de Saint-Saëns) où domine le chatoiement grave et mystérieux des violoncelles, contrebasses … jusqu’aux trois tutti à 3’30, qui libèrent un dramatisme désormais exacerbé, une passionnante théâtralité qui mêle aussi Tchaikovski,  Wagner, et tant d’autres maîtres dont Dubois fait un miel régénéré. En 1880, inspiré par la légende scandinave, le style de Dubois se montre davantage qu’un exercice académique: l’écriture maîtrise et le sens de l’architecture et la finesse de l’orchestration. Quel bijou symphonique! Source d’une délectation renforcée, l’apport des instruments d’époque évite l’empâtement, la nébuleuse sonore ailleurs si néfaste. Saluons, sous le geste vif et musclé de François-Xavier Roth, la superbe pulsion dramatique sans boursouflure, détaillée et lumineuse grâce à la juste caractérisation des instruments, tous d’une articulation savoureuse; En outre la prise bénéficie d’une captation live réalisée au moment où l’orchestre présentait en première vénitienne, l’oeuvre si exaltante lors du festival présenté par le même Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française, en avril 2011: journée inaugurale “Du Second Empire à la IIIè République”, concert mémorable qui voyait aussi la récréation mondiale de la cantate de Paul Dukas, Velléda.
C’est une préparation idéale pour le Concerto pour piano n°2 déjà présenté par les mêmes interprètes à Venise lors du festival Du Second Empire à la IIIème République, précédemment évoqué. On y retrouve la même exaltation noble et souple, cette mesure et cette éloquence “académique” qui n’ont rien d’artificiel: l’adagio et son sentiment très profond donc… atteignent une sincérité surprenante qui enchante et élève l’âme,  proche en cela des récemment révélés adagios du Trio n°2 et du Quintette pour piano ( lire notre  compte-rendu  du premier week-end inaugural du festival Theodore Dubois  à Venise, 14 et 15 avril 2012). Avec de tels accomplissements, c’est le vocable “académique” qui gagne ses lettres de noblesse. Il s’agit bien d’une esthétique comme les autres très défendables, et non plus ce terme fourre aux allusions si péjoratives et réductrices.
Toujours plein d’ardeur et d’idées brillantes, Dubois redouble de franche et saine fantaisie dans l’allegro vivo, scherzando et surtout dans le dernier mouvement si justement intitulé “con molto fantasia”: Dubois apparaît bien ici tel l’apôtre le plus habile et le plus inspiré de la musique pure et de l’idéal académique.  Ce qui sauve l’écriture du Dubois classique, c’est un sens de la variation d’une ineffable pudeur, l’usage fédérateur du principe cyclique (reexposition des thèmes majeurs dans le final très libre d’agencement);  une conscience évidente du développement sans dilution ni écart gratuit. En somme, la marque d’un grand maître.
Les Siècles trouvent le juste équilibre pour faire briller cette musique élégantissime (auquel répond le jeu tout en sobriété de Vanessa Wagner), sans basculer dans la fadeur ou le sirop décoratif… L’époque est à l’éclectisme, au métissage des styles, au triomphe du néo, pourtant comme en architecture (voyez du côté de l’Opéra de Charles Garnier), le signe de la richesse n’exclut pas une structure superbement pensée. D’autant plus prenante que son écriture obéit toujours à un “plan” dramaturgique finement élaboré; tout  le génie de Théodore Dubois est là. Le nouveau disque vient opportunément renforcer l’oeuvre de réhabilitation opérée par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française qui présente jusqu’au 27 mai 2012, son festival monographique: “Théodre Dubois et l’art officiel”…
Théodore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (François-Xavier Roth, 2010-2011). “Les Siècles live” (1 cd Actes Sud).