COMPTE RENDU, concert. VIENNE. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019)

COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN. A 59 ans, le wagnĂ©rien et straussien (Richard), Christian Thielemann, plus habituĂ© de Dresde et de Bayreuth que de Vienne, affecte un geste un rien prussien, 
 possĂšde-t-il rĂ©ellement le sens de l’élĂ©gance viennoise, celle des Johann Strauss fils et pĂšre, Josef et Edouard aussi ? Car les valses et Ă©pisodes symphoniques de Johann fils, vedette viennoise majeure pour cet esprit lĂ©ger, et davantage, appellent un caractĂšre spĂ©cifique entre abandon et allusion, suggestion et subtilitĂ© qui doit Ă©blouir non pas dans cette « lĂ©gĂšreté » partout annoncĂ©e (qu’est ce que cette musique dite “lĂ©gĂšre” en rĂ©alitĂ© ? Le vocable comprend une infinitĂ© d’acceptations
). Ici, dans l’écrin dĂ©signĂ© du rituel Straussien, le Musikverein, il ne doit ĂȘtre question que de finesse, subtilitĂ© mĂ©lodique, orchestration raffinĂ©e, ivresse Ă©vocatoire


 

 

 

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AprĂšs les Welser-Möst, Dudamel, Jansons, … voici Thielemann : cravatte rayĂ©e, le directeur du festival de PĂąques de Salzbourg (les directeurs du Festival estival autrichien Ă©taient prĂ©sents dans la salle), qui est aussi le directeur musical de la Staatskapelle de Dresde, retrouve le Wiener Philharmoniker pour ce programme festif. Les connaisseurs retrouvent dans la disposition typiquement viennoise de l’orchestre, les 6 contrebasses placĂ©es en fond, face au chef sous l’orgue du Musikverein de Vienne, vĂ©ritable colonne sonore assurant une structure et une carrure emblĂ©matiques. Le chef a dĂ©jĂ  dirigĂ© les Wiener Philharmoniker : on ne peut donc pas parler de baptĂȘme orchestral. Le programme d’emblĂ©e est trĂšs classique : rien que des valses et des polkas ; pas d’étrangers, ni de chanteurs invitĂ©s (comme l’a fait Karajan Ă  son Ă©poque, Ă  la fin des annĂ©es 1980). Mis Ă  l’honneur aux cĂŽtĂ©s des frĂšres Strauss (Johann II, Josef et Edouard), une autre dynastie de compositeurs et musiciens viennois, les Hellmesberger, pĂšre et fils


Thielemann : UN GESTE UN RIEN MARTIAL ? Le programme annoncĂ© rĂ©solument austro-hongrois, commence par la Schönfeld March op. 422 de Carl Michael Ziehrer: le ton est donnĂ©, martial et un rien sec et tendu dans la scansion rythmique. Ziehrer a composĂ© opĂ©rettes et ballets (comme Johann Strauss II) : l’écriture est assez quelconque, dĂ©ployant un caractĂšre ronflant, fort en panache dĂ©monstratif, Ă  la façon d’une marche militaire, ou d’une parade appuyĂ©e, rythme et accents prussiens Ă  l’envi; baguette Ă©paisse et ronde, d’une martialitĂ© trop revendiquĂ©e, Thielemann n’est guĂšre dans le style Ă©lĂ©gantissime qui a fait les meilleurs fait qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© dans cet exercice. Pourtant le Musikverein est plus connu pour l’élĂ©gance de sa programmation et la finesse des auteurs programmĂ©s. On craint le pire pour la suite


strauss josef portrait classiquenewsHeureusement, le chef respecte le code et l’esprit du rituel de l’an neuf Ă  Vienne avec la trĂšs belle valse qui suit, la premiĂšre du programme : « Transactions Waltz » op. 184 de Josef Strauß: Josef est le premier cadet malheureux de Johann : mort en 1870 (Ă  43 ans) : l’ingĂ©nieur qui rejoint l’entreprise familiale et orchestral en 1850 (Ă  23 ans car son ainĂ© Johann est lui-mĂȘme Ă©puisĂ©) – mort Ă©reintĂ© en tournĂ©e en Pologne
  Or le gĂ©nie de Josef musicalement est aussi Ă©levĂ© que celui de Johann : on s’en aperçoit Ă  chaque session de ce concert du nouvel an. Josef serait mĂȘme souvent plus sombre et ambivalent, riche et profond que son ainé  De fait, Transactions Wazl s’affiche immĂ©diatement plus sombre, et grave au dĂ©but, pour mieux faire surgir le thĂšme principal, dans le raffinement des timbres des bois, Ă©noncĂ© par les cordes et des flĂ»tes aĂ©riennes : la finesse s’invite enfin, enivrĂ©e dans cette sĂ©quence, qui s’avance Ă  pas feutrĂ©e en pleine magie
 saluons l’intelligence des climats, le raffinement de l’orchestration, la caresse de la mĂ©lodie principale, dĂ©licate nostalgie grĂące Ă  un Ă©quilibre trĂšs subtil entre cordes et les bois
 avec la harpe, d’une ineffable nostalgie. Soulignons la profondeur et la sensibilitĂ© Ă©tonnante de Josef Strauss fauchĂ© trop tĂŽt, son aptitude spĂ©cifique pour le dĂ©veloppement symphonique, Ă  la fois dramatique et allusif, et aussi de façon gĂ©nĂ©ral, une rĂ©flexion sur le sens mĂȘme de la valse, entre dĂ©sir et mort. Josef nous paraĂźt plus sombre encore que Johann II. Un maĂźtre Ă  mieux connaĂźtre et plus Ă©couter assurĂ©ment.

Thielemann nous rĂ©serve ensuite une surprise qui pourrait ĂȘtre rĂ©vĂ©lation : de Josef Hellmesberger (fils): Elfin Dance. ImmĂ©diatement saisissante, la finesse Ă©tincelante grĂące aux nuances aiguĂ«s, vibrĂ©es, rondes du « xylophone »d’une partition inscrite dans les nuages. Hellmesberger fut professeur de violon au Conservatoire de Vienne et aussi fondateur avec son fils du Quatuor Hellmesberger (1849). Avouons que le compositeur ne manque pas d’inspiration ni de subtilitĂ©. ÉthĂ©rĂ© et aĂ©rien est cet elfe, un pur esprit – le style et l’écriture sont trĂšs sensuels (pizz des cordes, doublĂ©es par les flĂ»tes) – comme Mendelssohn dans Le Songe d’une nuit d’étĂ© (envol et boucle aĂ©rienne de Puck)? Thielemann est dans son Ă©lĂ©ment : ambassadeur d’une musique pleine d’élĂ©gance et de finesse, rĂ©solument et littĂ©ralement « lĂ©gĂšre ».

Enfin voici le premier morceau du compositeur vedette : Johann STRAUSS II (fils): sur un rythme effrĂ©nĂ©, l’Express, polka schnell op. 311 est bien une Polka rapide – on regrette cependant la nervositĂ© un peu sĂšche ; un rien hystĂ©rique (lĂ  encore systĂ©matique et trop appuyĂ©e) de Thielemann qui dirige comme un prussien, vif, nerveux, droit. de toute Ă©vidence, et dans ce tableau prĂ©cis, il manque de souplesse comme de retenue.

Du mĂȘme Strauss fils, « Pictures of the North Sea », waltz op. 390 / Images de la mer du nord dĂ©veloppe Ă©criture et texture orchestrales. L’épisode symphonique Ă  l’essence poĂ©tique et chorĂ©graphique dĂ©bute dans le sombre 
 dĂ©roulant un premier tapis envoĂ»tĂ©, quasi tragique, puis un souffle profond grave pour que surgisse enfin l’éblouissante mĂ©lodie (wagnĂ©rien dans sa houle et ses phrases continues : d’emblĂ©e Thielemann le wagnĂ©rien est Ă  son affaire ici) : on admire le mĂ©tier du chef, capable d’heureux Ă©quilibres sonores, la finesse des flĂ»tes, le chant ciselĂ© des clarinettes parfaitement dĂ©taillĂ©es, comme enivrĂ©es, caressantes

Pourtant Ă  l’inverse, et dans le mĂȘme temps, regrettons quelques Ă©carts de conduite dans la direction : des contrastes trop marquĂ©s, et appuyĂ©s : la frĂ©nĂ©sie du geste empoigne la valse avec une duretĂ© prussienne propre au chef berlinois : il n’a pas la finesse de son aĂźnĂ© le regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt (nĂ© en 1929 et dĂ©cĂ©dĂ© en 2016), spĂ©cialiste et passionnĂ© de valses viennoise qui dirigea le Wiener en de nombreuses occasions les Philharmoniker et le Concert du Nouvel An, Ă  2 reprises : 2001 et 2003. Ronflant, sec, Thielemann déçoit globalement, malgrĂ© les trouvailles sonores Ă©voquĂ©es prĂ©cĂ©demment. Sa baguette manque de fluiditĂ© malgrĂ© le sujet aquatique de la valse choisie.

Autre frĂšre, pas assez connu et mis dans l’ombre de Johann, leur ainĂ© : Eduard Strauß: « Post-Haste », est une polka schnell op. 259, pour laquelle Thielemann cisĂšle la coupe et l’esprit de syncope (Ă©vocation de la course de la diligence) ; ici encore, on remarque les limites du chef car Thielemann dĂ©taille certes l’instrumentation mais manque de prĂ©cision comme d’imagination: sa direction relĂšve d’un systĂšme mĂ©trique, militaire dans cette cadence au galop, trĂ©pidant, trop mĂ©canique

STRAUSS eduard edouard classiquenews valses de viennes concert nouvel an vienne 2019 220px-EduardStrauss edouard syraussFotoUn petit mot sur Edouard, le dernier fils Strauss et l’hĂ©ritier de la dynastie. Il est mort en 1916, en pleine guerre, trouve sa voie spĂ©cifique, comparĂ©e Ă  celle de ses deux frĂšres ainĂ©s, par une Ă©criture plus frĂ©nĂ©tique, qui s’est spĂ©cialisĂ© dans les polkas rapides / ainsi cette « Polka-schnell ». RongĂ© par le ressentiment contre ses frĂšres, et pourtant hĂ©ritier enviable de la dynastie familiale (et orchestrale), il dissout cependant en 1901, l’orchestre Strauss et, surtout, pendant trois journĂ©es (honteuses) d’octobre 1907, brĂ»le nombre de papiers, manuscrits et forcĂ©ment partitions de ses frĂšres Strauss : destruction catastrophique d’un hĂ©ritier insensĂ© devenu fou. Nombre de documents et de partitions de Josef et de Johann seraient ainsi partis en fumĂ©e.  L’histoire de la famille Strauss relĂšve d’un roman feuilleton, et l’on s’étonne malgrĂ© le succĂšs populaire de leurs valses et mazurkas, qu’aucune sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e ne soit encore emparĂ© de leur saga. A suivre


AprĂšs la pause de la mi journĂ©e (le concert a commencĂ© Ă  11h), reprise avec l’évocation du Johann compositeur d’opĂ©rettes : c’est Offenbach qui pourtant son rival en France, aurait exhortĂ© le Viennois Ă  composer des opĂ©rettes. Grand bien que cette proposition confraternelle et constructive. Ainsi l’ouverture du Baron Tzigane
 la plus cĂ©lĂšbre avec celle de La Chauve Souris, 
 ainsi le motif de la valse dĂ©passe la seule occurrence Ă©pisodique, pour atteindre une Ă©vocation pleine de nostalgie 
 tzigane et purement symphonique (par le motif ourlĂ© de la clarinette) ; dans cette piĂšce de caractĂšre, Ă  l’ambition dramatique manifeste, Thielemann soigne le panache sombre et grave, avec un trĂšs bel effet de texture caressant chaque motif, en particulier au hautbois, sinueux et pastoral. LĂ  encore on peut regretter le geste un peu lourd du chef plus prussien que viennois.

Pourtant, se dĂ©tache ensuite finesse et lĂ©gĂšretĂ© dans « La Ballerine » opus 227 de Josef Strauß, polka française, et ses fin de phrases, suspendues en deux accents, dĂ©tachĂ©s, retenus
 vĂ©ritable hymne Ă  la souplesse Ă©lastique. Avec La vie d’artiste opus 316, de Johann II, le ballet de l’OpĂ©ra de Vienne s’invite au concert : comme un rĂ©veil au matin, le premier couple du corps de ballet de l’OpĂ©ra (Wiener Staatsballet) s’ébranle sur la terrasse et dans les couloirs et circulations du bĂątiment : l’élĂ©gance et la facĂ©tie (gestuelles des mains) des 5 couples en blanc et noir imposent une leçon de souplesse acrobatique, – un moment de raffinement collectif magnifiĂ© Ă©videmment pas la somptueuse musique, moins allusive que descriptive, dans la cadre des dĂ©cors et intĂ©rieurs de l’OpĂ©ra viennois. L’institution fĂȘte ses 150 ans en 2019, ayant Ă©tĂ© inaugurĂ© en 1869. Prestige revendiquĂ© et histoire cĂ©lĂ©brĂ©e au moment oĂč ce sont deux français qui dirigent la Maison, Dominique Meyer, intendant gĂ©nĂ©ral et l’ex danseur Ă©toile Ă  Paris, Manuel Legris, directeur de la danse. Johann Strauss redouble de tendresse feutrĂ©e dans cette page trĂšs raffinĂ©e qui est l’objet d’une rĂ©alisation tĂ©lĂ©visuelle audacieuse (plans inclinĂ©s de la camĂ©ra dont jouent les danseurs, trĂšs complices).

Puis, d’Eduard Strauß: « Opera SoirĂ©e » / Une soirĂ©e Ă  l’opĂ©ra est une polka française op. 162 (Ă  deux temps), polka assez lente, au rythme plus appuyĂ© que la polka mazurka qui est encore plus lente et ralentie avec des temps suspendus
  : Une soirĂ©e Ă  l’opĂ©ra semble mieux convenir Ă  la carrure prussienne de Thielemann – sans Ă©carter facĂ©tie ni dĂ©licatesse avec une palette de nuances (piccolo) trĂšs finement dĂ©taillĂ©es ; voici la sĂ©quence oĂč le chef dĂ©voile une direction plus nettement enjouĂ©e, pleine de sous entendue comme d’élĂ©gance.

De Johann STRAUSS II (fils): « Eva Waltz », la valse d’Eva extrait de l’opĂ©ra Le Chevalier Pazman se distingue en un dĂ©but magnifique (somptuositĂ© profonde et noble des cors, puis en dialogue avec les contrebasses – valse attĂ©nuĂ©e comme un rĂȘve, une rĂ©itĂ©ration onirique liĂ©e au personnage d’Eva dans l’opĂ©rette de Johann II. C’est Cendrillon rĂ©inventĂ©e, sa prĂ©sentation au bal
 puis du mĂȘme opĂ©ra, Thielemann a sĂ©lectionnĂ© une nouvelle piĂšce de caractĂšre, extrait du mĂȘme opĂ©ra : « CsĂĄrdĂĄs ». Comme celle de la sublime Chauve Souris, celle qui permet Ă  la comtesse hongroise de s’alanguir jusqu’à la pĂąmoison, et aussi Ă  la soprano requise, d’éblouir par sa virtuositĂ© profonde, voici une autre facette du gĂ©nie de Johann II, pleine de facĂ©tie heureuse, d’intelligence sauve et lumineuse, de grĂące et de finesse. Le Concert tĂ©lĂ©visĂ© Ă©tant aussi une carte postale soulignant les trĂ©sors patrimoniaux autochtones, voici les danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, soit dans un chĂąteau de basse Autriche, un couple de touristes, parodique, dĂ©calĂ© qui s’ennuie puis s’éveille Ă  la pure danse, en rejoignant 3 autres couples de danseurs dans la galerie haute Renaissance. LĂ  encore reconnaissons que la rĂ©alisation comme l’alliance de Strauss et de la danse sont idĂ©alement complĂ©mentaire, dans un tableau qui s’achĂšve en extĂ©rieur, sur une collection de rythmes et de folklores bien trempĂ©s, oĂč rĂšgne la noblesse du thĂšme hongrois principal (la czardas est de style aristocratique), jouĂ© selon la tradition par les paysans pour les moissons ou les noces villageoises.

Johann fils rĂšgne en maĂźtre absolu avec la Marche Ă©gyptienne op. 335 : festival de timbres et d’effets orientalisants et rutilants, parfaitement caractĂ©risĂ©s et utilisĂ©s Ă  bon escient : d’abord grosse caisse, clarinette mystĂ©rieuse, cordes voluptueuse : c’est une sĂ©quence entonnĂ©e comme une marche militaire, mais enchantĂ©e – panache onirique des trompettes et des cors, au souffle inouĂŻ, qui Ă©gale le meilleur Saint-SaĂ«ns, celui oriental de l’orgie / bacchanale dans Samson et Dalila. Thielemann est chez lui, dirigeant sans baguette avec une dĂ©contraction affichĂ©e, assumĂ©e ; lorsque les instrumentistes viennois entonnent en « la la la », le chƓur du motif Ă©gyptien (qui rappelle aussi Verdi dans ses ballets d’Aida). Tout s’achĂšve dans le lointain en second plan, superbe effet de spatialisation : festif et interactif, le tableau suscite l’enthousiasme de la salle, et la joie des musiciens, heureux d’avoir ainsi surpris l’audience internationale.

Enfin, aprĂšs “la Valse entracte” de Joseph Hellmesberger fils: d’une dĂ©licatesse soyeuse et enivrante (les pizzicati dĂ©licats des violons), celle d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, auquel Thielemann rĂ©serve son attention la plus nuancĂ©, ce sont deux pages parmi les plus raffinĂ©es des fils Strauss, Johann II, l’incontournable : « In Praise of Women », polka mazur op. 310 / Eloge des femmes : hymne fĂ©ministe qui tombe Ă  pic aprĂšs nos hontes contemporaines (cf les mouvements #Metoo, et #balancetonporc) oĂč rĂšgnent flĂ»tes, piccolo, clarinettes et bassons : (finesse d’élocution, irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance et souveraine retenue
 en un Ă©quilibre impeccable cordes et cuivres)
 et le rythme trĂšs lent, le plus lent, de la polka mazurka ; puis la musique des sphĂšres opus 235 du cadet tout aussi gĂ©nial, Josef : grande valse, et la plus inspirĂ©e du compositeur, oĂč flĂ»tes / harpe se dĂ©tachent, signifiant lĂ  aussi une aube qui se lĂšve
 pourtant, le bas blesse : Ă  la dĂ©licatesse suggestive de la partition, nous regrettons l’enflure qui finit par ĂȘtre ennuyeuse, et mĂȘme agaçante du chef, 
 trop pompier, ignorant volontaire de toute lĂ©gĂšretĂ©. Quel dommage.
nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1Enfin c’est le rituel de fin, pour tout concert du nouvel An qui se respecte. AprĂšs proclamer les vƓux de l’Orchestre, chef et musiciens jouent d’un seul tenant et sans interruption – quand les prĂ©dĂ©cesseurs commençaient les premiĂšres mesures, puis prononçaient les vƓurs, enfin reprenaient Ă  son dĂ©but la partition : voici l’extase fluviale promise et tant attendue, emblĂšme de l’art de vivre viennois : Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils) : avouons que Thielemann sait Ă©carter toute Ă©paisseur et boursoufflure, instillant ce climat du rĂȘve qui fait briller les cors, recherche les effets de textures moins la transparence, d’oĂč ce sentiment d’opulence, de grain sensuel (les clarinettes) – sommet de naturel et de grĂące – la partition d’abord chorale, finit ainsi sa course d’une Ă©loquence et sublime maniĂšre, comme chant lĂ©gitimement cĂ©lĂ©brĂ© de l’élĂ©gance viennoise Ă  l’international.

Oui certains nous rĂ©torquerons : pourquoi boudez ainsi son plaisir ? Le Beau Danube Bleu suffit Ă  rĂ©pondre et militer finalement en faveur de la baguette explicitement symphonique de Thielemann. Nous ne parlons pas sciemment de La marche de Radetsky de Johann Strauss le pĂšre : bonus pour amuser un public qui souhaite participer en claquant des mains, soulignant encore et encore la frĂ©nĂ©sie rythmique d’un tube plus que cĂ©lĂ©brĂ©. Daniel Barenboim avait bien raison de bouder cette sĂ©quence car la partition fut composĂ©e pour cĂ©lĂ©brer la victoire sur des manifestants et Ă©tudiants tuĂ©s outrageusement contre leur appel Ă  libertĂ©. Qu’on se le dise.

Carrure prussienne mais sensibilitĂ© instrumentale d’un gourmand gourmet, Christian Thielemann nous ravit quand mĂȘme, dans ce concert qui sans ĂȘtre mĂ©morable – ceux de Georges PrĂȘte, Nikolaus Harnoncourt, Gustavo Dudamel, Mariss Jansons (2016) l’ont Ă©tĂ© – , nous permet de marquer dans la lĂ©gĂšretĂ© moyenne, Ă  dĂ©faut d’exquise finesse, ce 1er jour de l’annĂ©e nouvelle 2019.

Retrouvez le cd et le dvd du CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE, 1er janvier 2019, sous la direction de Christian Thielemann, Ă  paraĂźtre mi janvier chez Sony classical.

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philhamroniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019) : Valses, polkas, extraits d’opĂ©ras, ouverture de Johann STRAUSS II, Josef STRAUSS, Edouard STRAUSS, Josef Hellmesberger…

 

 

 

 

 

 

 

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 Nos autres comptes rendus et critiques des CONCERTS DU NOUVEL AN à VIENNE :

 

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel


mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An rĂ©alise un rĂȘve cathodique et solidaire : succĂšs planĂ©taire depuis des dĂ©cennies pour ce rendez vous diffusĂ© en direct par toutes les chaĂźnes nationales du monde et qui le temps des fĂȘtes, rassemblent toutes les espĂ©rances du monde, en une trĂšs large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues Ă  un prix exorbitant destinĂ© aux fortunĂ©s de la planĂšte) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette annĂ©e c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (rĂ©sident Ă  Saint-PĂ©tersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempĂ© qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’évĂ©nement cĂ©lĂšbre l’insouciance par la finesse et l’élĂ©gance, celle des valses des Strauss, Johann pĂšre et fils bien sĂ»r, ce dernier particuliĂšrement Ă  l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frĂšres (tout aussi talentueux que leur ainĂ©), Eduard dont 2016 marque le centenaire.

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les tĂ©lĂ©visions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilĂ  assurĂ©ment Ă  un moment important de cĂ©lĂ©bration collective, le moment musical et symphonique le plus mĂ©diatisĂ© au monde. En plus des talents dĂ©jĂ  avĂ©rĂ©s des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est Ă©videmment le nouvel invitĂ©, pilote de la sĂ©quence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques). A presque 36 ans, ce 1er janvier 2017, le jeune maestro vĂ©nĂ©zuĂ©lien a concoctĂ© un programme pour le moins original qui en plus de sa jeunesse – c’est le plus jeune chef invitĂ© Ă  conduire l’orchestre dans son histoire mĂ©diatique, crĂ©e une rupture : moins de polkas et de valses tonitruantes, voire trĂ©pidantes, mais un choix qui place l’introspection et une certaine retenue intĂ©rieure au premier plan ; pas d’esbroufe, mais un contrĂŽle optimal des nuances expressives, et aussi, regard au delĂ  de l’orchestre, comme habitĂ© par une claire idĂ©e de la sonoritĂ© ciblĂ©e, une couleur trĂšs suggestive, mesurĂ©e, intĂ©rieure qui s’inscrit dans la rĂ©flexion et la nostalgie
? VoilĂ  qui apporte une lecture personnelle et finalement passionnante de l’exercice 2017 : Gustavo Dudamel dont on met souvent en avant la fougue et le tempĂ©rament dĂ©bridĂ©, affirme ici, en complicitĂ© explicite avec les musiciens du Philharmonique de Vienne, une direction millimĂ©trĂ©e, infiniment suggestive, d’une subtilitĂ© absolue, qui colore l’entrain et l’ivresse des valses, polkas et marches des Strauss et autres, par une nouvelle sensibilitĂ© introspective. De toute Ă©vidence, le maestro vĂ©nĂ©zuĂ©lien, enfant du Sistema, nous Ă©pate et convainc de bout en bout. Relevons quelques rĂ©ussites emblĂ©matiques de sa maestriĂ  viennoise. En lire PLUS

 

 

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Zubin Mehta / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2015
L’hommage au gĂ©nie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/

 

Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/

 

Mariss Jansons / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/

 

Georges PrĂȘtre / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2010

 

ONL,VALSES de STRAUSS par l’Orchestre National de Lille

©matheuz_328px_18-19LILLE, NORD, les Valses des Strauss, ONL,13 dĂ©c>5 janv 2019. Le pĂšre nĂ© en 1804, le dernier fils mort en 1899
 la famille STRAUSS couvre ainsi tout un siĂšcle, que l’on dit romantique et qui fut aussi marquĂ© par l’essor formidable de l’écriture orchestrale, adaptĂ©e au cadre stimulant de la Valse. La Vienne fin de siĂšcle, semble donner le ton et le diapason de l’élĂ©gance et du raffinement social et mondain.

 

 

 

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Parfum impĂ©rial et fanĂ©, mais terriblement raffinĂ©, comme singuliĂšrement sensuel – malgrĂ© un puritanisme de façade, comme en Angleterre (autre Empire), oĂč le corsetĂ© des robes et des costumes masculins se devaient de craquer, dans la danse sublimĂ©e par les Strauss, pĂšre et fils : la sulfureuse valse Ă  trois temps s’impose toujours Ă  nous comme une ivresse irrĂ©sistible, codifiĂ©e mais sublimĂ©e par les timbres de l’orchestre symphonique.
Pour donner corps Ă  cette jubilation des sens, en couleurs et en rythmes contrastĂ©s et spĂ©cifiques, selon l’écriture du pĂšre ou des fils (Johann, Edouard, Josef
), l’Orchestre National de Lille invite le chef Diego Matheus pour un cycle enivrant de concerts festifs et raffinĂ©s, qui comprend 3 dates Ă  Lille, les 13, 16 et 18 dĂ©c (Auditorium du Nouveau SiĂšcle), et aussi rayonnant en rĂ©gion, pour 6 dates, les 14 (Carvin), 15 (Sainghin-en-MĂ©lantois, 19 (Valenciennes), 20 dĂ©cembre (Maubeuge), puis 4 janvier (Sin-le-Noble), et 5 janvier 2019 (Longuenesse). Illustration : Johann II Strauss (DR)

 

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Cycle BAL DE L’EMPEREURboutonreservation
La Marche de Radetzky (Johann pĂšre)
Le Beau Danube bleu (Johann fils)
Valses et polkas des Strauss, pĂšre et fils
(Johann, Josef, Eduard, Hellmesberger, Lanner, Suppé, Waldteufel
)

LILLE, Nouveau SiĂšcle
jeudi 13 déc 2018, 20h
dim 16 déc 2018, 17h
mardi 18 déc 2018, 20h

Toutes les infos sur le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/bal-de-lempereur/

 
 
 
 
PUIS,
 
 
 
SIN LE NOBLE, Salle Henri Martel, vendredi 4 janvier 2019, 20h

LONGUENESSE, Scenen, samedi 5 janvier 2019, 20h  
 
   
 
 

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A NOTER
ThĂ© dansant, dim 16 dĂ©c 2018, 15h (Lille, Nouveau SiĂšcle). Pour danseurs tous niveaux, chevronnĂ©s, amateurs, novices : « partagez un tour de piste » – accĂšs gratuit selon disponibilitĂ© (rĂ©servations, informations conseillĂ©es)

Pour la billetterie des concerts en rĂ©gion, consultez la page BAL DE L ‘EMPEREUR sur le site de l’Orchestre National de Lille : les rĂ©servations se font directement auprĂšs des salles

Orchestre National de Lille
30 Place MendĂšs France BP 70119 / 59027 Lille cedex
+33 (0)3 20 12 82 40
Accueil-billetterie : 3 place MendĂšs France
Ouvert du lundi au vendredi de 10h Ă  18h

 
 
 
 
 

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UNE AFFAIRE DE FAMILLE… D’un gĂ©nie orchestrateur, Ă©mergent les pĂ©pites du fils (Johann II) : Le Beau Danube bleu (1867), La valse de l’Empereur : vĂ©ritable manifeste esthĂ©tique de la Vienne impĂ©riale de François-Joseph et de son Ă©pouse « Sissi ». Si les trois temps assurent le rebond et l’élan (du dĂ©sir ainsi amorcĂ©, cultivĂ©, porté ), le quatriĂšme qui en est dĂ©duit, se fait toujours attendre
 car il ne vient pas. Cette irrĂ©solution cristallise la pulsion premiĂšre, viscĂ©rale d’une danse – transe, Ă  l’érotisme Ă©vident et qui en son temps, fut taxĂ© d’abord, de perversitĂ©, d’immoralitĂ©, d’indĂ©cence.

Mais le fils bĂ©nĂ©ficia de la gloire dĂ©jĂ  Ă©tablie du nom Strauss, affirmĂ© par son pĂšre avant lui (Johnn I); aprĂšs avoir enfantĂ© d’un chef d’oeuvre qui Ă©voque aussi l’esprit de toute une Ă©poque, la fameuse Marche de Radetsky (pour la fĂȘte de la rĂ©conciliation, le 22 sept 1849, pour le retour d’Italie du fameux marĂ©chal), Johann pĂšre meurt le 25 septembre 1849 Ă  
 45 ans. Une gloire chasse l’autre,
 c’est ensuite dans la seconde moitiĂ© du XIXĂš, que le fils dĂ©trĂŽna le pĂšre, redoublant de raffinement orchestral, de verve et d’imagination ciselĂ©es (Ă  partir d’un concert tremplin au Casino Dommayer, le 15 octobre 1844), rĂ©Ă©crivant dĂ©sormais le roman familial aussi, car c’et bien Johann Strauss II qui supplanta tous les autres, obligeant mĂȘme son frĂšre Josef Ă  reprendre la direction de l’orchestre du clan, pilotant les tournĂ©es de plus en plus Ă©reintantes, il devait mourir de surmenage Ă  43 ans


 

 

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LIRE aussi notre critique complùte de l’excellent ouvrage JOHANN STRAUSS (Actes Sud / oct 2017)

http://www.classiquenews.com/livre-critique-compte-rendu-johann-strauss-le-pere-le-fils-et-lesprit-de-la-valse-par-alain-duault-collection-classica-actes-sud/

 
 
 
 
 

LILLE, VALSES de NoĂ«l par l’Orchestre National de Lille

©matheuz_328px_18-19LILLE, NORD, les Valses des Strauss, ONL,13 dĂ©c>15 janv 2019. Le pĂšre nĂ© en 1804, le dernier fils mort en 1899
 la famille STRAUSS couvre ainsi tout un siĂšcle, que l’on dit romantique et qui fut aussi marquĂ© par l’essor formidable de l’écriture orchestrale, adaptĂ©e au cadre stimulant de la Valse. La Vienne fin de siĂšcle, semble donner le ton et le diapason de l’élĂ©gance et du raffinement social et mondain.

 

 

 

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Parfum impĂ©rial et fanĂ©, mais terriblement raffinĂ©, comme singuliĂšrement sensuel – malgrĂ© un puritanisme de façade, comme en Angleterre (autre Empire), oĂč le corsetĂ© des robes et des costumes masculins se devaient de craquer, dans la danse sublimĂ©e par les Strauss, pĂšre et fils : la sulfureuse valse Ă  trois temps s’impose toujours Ă  nous comme une ivresse irrĂ©sistible, codifiĂ©e mais sublimĂ©e par les timbres de l’orchestre symphonique.
Pour donner corps Ă  cette jubilation des sens, en couleurs et en rythmes contrastĂ©s et spĂ©cifiques, selon l’écriture du pĂšre ou des fils (Johann, Edouard, Josef
), l’Orchestre National de Lille invite le chef Diego Matheus pour un cycle enivrant de concerts festifs et raffinĂ©s, qui comprend 3 dates Ă  Lille, les 13, 16 et 18 dĂ©c (Auditorium du Nouveau SiĂšcle), et aussi rayonnant en rĂ©gion, pour 6 dates, les 14 (Carvin), 15 (Sainghin-en-MĂ©lantois, 19 (Valenciennes), 20 dĂ©cembre (Maubeuge), puis 4 janvier (Sin-le-Noble), et 5 janvier 2019 (Longuenesse). Illustration : Johann II Strauss (DR)

 

diego-matheuz-concert-orchestre-national-de-lille-concert-annonce-classiquenews-582

 

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Cycle BAL DE L’EMPEREURboutonreservation
La Marche de Radetzky (Johann pĂšre)
Le Beau Danube bleu (Johann fils)
Valses et polkas des Strauss, pĂšre et fils
(Johann, Josef, Eduard, Hellmesberger, Lanner, Suppé, Waldteufel
)

LILLE, Nouveau SiĂšcle
jeudi 13 déc 2018, 20h
dim 16 déc 2018, 17h
mardi 18 déc 2018, 20h

Toutes les infos sur le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/bal-de-lempereur/

 

 

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A NOTER
ThĂ© dansant, dim 16 dĂ©c 2018, 15h (Lille, Nouveau SiĂšcle). Pour danseurs tous niveaux, chevronnĂ©s, amateurs, novices : « partagez un tour de piste » – accĂšs gratuit selon disponibilitĂ© (rĂ©servations, informations conseillĂ©es)

Pour la billetterie des concerts en rĂ©gion, consultez la page BAL DE L ‘EMPEREUR sur le site de l’Orchestre National de Lille : les rĂ©servations se font directement auprĂšs des salles

Orchestre National de Lille
30 Place MendĂšs France BP 70119 / 59027 Lille cedex
+33 (0)3 20 12 82 40
Accueil-billetterie : 3 place MendĂšs France
Ouvert du lundi au vendredi de 10h Ă  18h

 

 

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UNE AFFAIRE DE FAMILLE… D’un gĂ©nie orchestrateur, Ă©mergent les pĂ©pites du fils (Johann II) : Le Beau Danube bleu (1867), La valse de l’Empereur : vĂ©ritable manifeste esthĂ©tique de la Vienne impĂ©riale de François-Joseph et de son Ă©pouse « Sissi ». Si les trois temps assurent le rebond et l’élan (du dĂ©sir ainsi amorcĂ©, cultivĂ©, porté ), le quatriĂšme qui en est dĂ©duit, se fait toujours attendre
 car il ne vient pas. Cette irrĂ©solution cristallise la pulsion premiĂšre, viscĂ©rale d’une danse – transe, Ă  l’érotisme Ă©vident et qui en son temps, fut taxĂ© d’abord, de perversitĂ©, d’immoralitĂ©, d’indĂ©cence.

Mais le fils bĂ©nĂ©ficia de la gloire dĂ©jĂ  Ă©tablie du nom Strauss, affirmĂ© par son pĂšre avant lui (Johnn I); aprĂšs avoir enfantĂ© d’un chef d’oeuvre qui Ă©voque aussi l’esprit de toute une Ă©poque, la fameuse Marche de Radetsky (pour la fĂȘte de la rĂ©conciliation, le 22 sept 1849, pour le retour d’Italie du fameux marĂ©chal), Johann pĂšre meurt le 25 septembre 1849 Ă  
 45 ans. Une gloire chasse l’autre,
 c’est ensuite dans la seconde moitiĂ© du XIXĂš, que le fils dĂ©trĂŽna le pĂšre, redoublant de raffinement orchestral, de verve et d’imagination ciselĂ©es (Ă  partir d’un concert tremplin au Casino Dommayer, le 15 octobre 1844), rĂ©Ă©crivant dĂ©sormais le roman familial aussi, car c’et bien Johann Strauss II qui supplanta tous les autres, obligeant mĂȘme son frĂšre Josef Ă  reprendre la direction de l’orchestre du clan, pilotant les tournĂ©es de plus en plus Ă©reintantes, il devait mourir de surmenage Ă  43 ans


 

 

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LIRE aussi notre critique complùte de l’excellent ouvrage JOHANN STRAUSS (Actes Sud / oct 2017)

http://www.classiquenews.com/livre-critique-compte-rendu-johann-strauss-le-pere-le-fils-et-lesprit-de-la-valse-par-alain-duault-collection-classica-actes-sud/

 

 

LILLE, l’Orchestre national de Lille joue les Valses de Vienne

©matheuz_328px_18-19LILLE, NORD, les Valses des Strauss, ONL,13 dĂ©c>15 janv 2019. Le pĂšre nĂ© en 1804, le dernier fils mort en 1899
 la famille STRAUSS couvre ainsi tout un siĂšcle, que l’on dit romantique et qui fut aussi marquĂ© par l’essor formidable de l’écriture orchestrale, adaptĂ©e au cadre stimulant de la Valse. La Vienne fin de siĂšcle, semble donner le ton et le diapason de l’élĂ©gance et du raffinement social et mondain.

 

 

 

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Parfum impĂ©rial et fanĂ©, mais terriblement raffinĂ©, comme singuliĂšrement sensuel – malgrĂ© un puritanisme de façade, comme en Angleterre (autre Empire), oĂč le corsetĂ© des robes et des costumes masculins se devaient de craquer, dans la danse sublimĂ©e par les Strauss, pĂšre et fils : la sulfureuse valse Ă  trois temps s’impose toujours Ă  nous comme une ivresse irrĂ©sistible, codifiĂ©e mais sublimĂ©e par les timbres de l’orchestre symphonique.
Pour donner corps Ă  cette jubilation des sens, en couleurs et en rythmes contrastĂ©s et spĂ©cifiques, selon l’écriture du pĂšre ou des fils (Johann, Edouard, Josef
), l’Orchestre National de Lille invite le chef Diego Matheus pour un cycle enivrant de concerts festifs et raffinĂ©s, qui comprend 3 dates Ă  Lille, les 13, 16 et 18 dĂ©c (Auditorium du Nouveau SiĂšcle), et aussi rayonnant en rĂ©gion, pour 6 dates, les 14 (Carvin), 15 (Sainghin-en-MĂ©lantois, 19 (Valenciennes), 20 dĂ©cembre (Maubeuge), puis 4 janvier (Sin-le-Noble), et 5 janvier 2019 (Longuenesse). Illustration : Johann II Strauss (DR)

  

 

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Cycle BAL DE L’EMPEREURboutonreservation
La Marche de Radetzky (Johann pĂšre)
Le Beau Danube bleu (Johann fils)
Valses et polkas des Strauss, pĂšre et fils
(Johann, Josef, Eduard, Hellmesberger, Lanner, Suppé, Waldteufel
)

LILLE, Nouveau SiĂšcle
jeudi 13 déc 2018, 20h
dim 16 déc 2018, 17h
mardi 18 déc 2018, 20h

Toutes les infos sur le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/bal-de-lempereur/

 

 

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A NOTER
ThĂ© dansant, dim 16 dĂ©c 2018, 15h (Lille, Nouveau SiĂšcle). Pour danseurs tous niveaux, chevronnĂ©s, amateurs, novices : « partagez un tour de piste » – accĂšs gratuit selon disponibilitĂ© (rĂ©servations, informations conseillĂ©es)

Pour la billetterie des concerts en rĂ©gion, consultez la page BAL DE L ‘EMPEREUR sur le site de l’Orchestre National de Lille : les rĂ©servations se font directement auprĂšs des salles

Orchestre National de Lille
30 Place MendĂšs France BP 70119 / 59027 Lille cedex
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Accueil-billetterie : 3 place MendĂšs France
Ouvert du lundi au vendredi de 10h Ă  18h

 

 

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UNE AFFAIRE DE FAMILLE… D’un gĂ©nie orchestrateur, Ă©mergent les pĂ©pites du fils (Johann II) : Le Beau Danube bleu (1867), La valse de l’Empereur : vĂ©ritable manifeste esthĂ©tique de la Vienne impĂ©riale de François-Joseph et de son Ă©pouse « Sissi ». Si les trois temps assurent le rebond et l’élan (du dĂ©sir ainsi amorcĂ©, cultivĂ©, porté ), le quatriĂšme qui en est dĂ©duit, se fait toujours attendre
 car il ne vient pas. Cette irrĂ©solution cristallise la pulsion premiĂšre, viscĂ©rale d’une danse – transe, Ă  l’érotisme Ă©vident et qui en son temps, fut taxĂ© d’abord, de perversitĂ©, d’immoralitĂ©, d’indĂ©cence.

Mais le fils bĂ©nĂ©ficia de la gloire dĂ©jĂ  Ă©tablie du nom Strauss, affirmĂ© par son pĂšre avant lui (Johnn I); aprĂšs avoir enfantĂ© d’un chef d’oeuvre qui Ă©voque aussi l’esprit de toute une Ă©poque, la fameuse Marche de Radetsky (pour la fĂȘte de la rĂ©conciliation, le 22 sept 1849, pour le retour d’Italie du fameux marĂ©chal), Johann pĂšre meurt le 25 septembre 1849 Ă  
 45 ans. Une gloire chasse l’autre,
 c’est ensuite dans la seconde moitiĂ© du XIXĂš, que le fils dĂ©trĂŽna le pĂšre, redoublant de raffinement orchestral, de verve et d’imagination ciselĂ©es (Ă  partir d’un concert tremplin au Casino Dommayer, le 15 octobre 1844), rĂ©Ă©crivant dĂ©sormais le roman familial aussi, car c’et bien Johann Strauss II qui supplanta tous les autres, obligeant mĂȘme son frĂšre Josef Ă  reprendre la direction de l’orchestre du clan, pilotant les tournĂ©es de plus en plus Ă©reintantes, il devait mourir de surmenage Ă  43 ans


 

 

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LIRE aussi notre critique complùte de l’excellent ouvrage JOHANN STRAUSS (Actes Sud / oct 2017)

http://www.classiquenews.com/livre-critique-compte-rendu-johann-strauss-le-pere-le-fils-et-lesprit-de-la-valse-par-alain-duault-collection-classica-actes-sud/

 

  

 

Ariadne auf Naxos Ă  Budapest

hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussBudapest. Hungarian State Opera (Hongrie). Strauss: Ariadne auf Naxos. Les 20,22,27,29 mars 2015. CrĂ©Ă© juste avant la premiĂšre guerre (crĂ©ation Ă  Stuttgart en octobre 1912, puis dans sa version dĂ©finitive Ă  Vienne en octobre 1916 pendant le conflit), Ariadne est d’abord une comĂ©die dĂ©licatement irrĂ©vĂ©rencieuse, oĂč le duo Strauss et son librettiste Hugo von Hofmmansthal rivalise avec l’intelligence Ă  quatre mains de MoliĂšre et Lully. Les deux germaniques ont toujours cultivĂ© leur admiration pour le Baroque Français : ils y ont puisĂ© une source formellement crĂ©ative pour jouer avec les forme thĂ©Ăątrales et lyriques.

Il s’agit d’associer une troupe de comĂ©diens italiens plutĂŽt comiques, Ă  l’action tragique d’Arianne abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ăźle de Naxos puis ressuscitĂ©e Ă  la vie grĂące Ă  sa rencontre avec Bacchus… le lamento d’Arianne rencontre l’insouciance ivre et Ă©chevelĂ©e de Zerbinette ; voici deux figures fĂ©minines apparemment opposĂ©es et contradictoires mais pas tant que cela : Ariane reste inconsolable aprĂšs avoir Ă©tĂ© trahie par ThĂ©sĂ©e ; Zerbinette l’exhorte Ă  jouir de l’instant prĂ©sent et de multiplier les aventures tant que le coeur le lui inspire. Seul le vĂ©ritable amour se fera connaĂźtre…

La Femme sans ombre de Richard StraussThĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, les auteurs imaginent la prĂ©paration de l’opĂ©ra dans les coulisses, brossant une galerie de portrait dĂ©jantĂ© des interprĂštes hors scĂšne : la primadonna, les acteurs secondaires, surtout le compositeur (sorte de jeune Mozart), passionnĂ© et dĂ©fenseur radical de son art… La premiĂšre version de 1912 Ă©tait encore maladroite : il s’agissait de faire succĂ©der Ă  la piĂšce du Bourgeois gentilhomme de MoliĂšre, le divertissement chantĂ© conçu par Strauss et Hofmannsthal. Dans le version finale de 1916, les deux fusionnent totalement et l’opĂ©ra reprend ses droits infĂ©odant Ă  l’architecture globale, ses rĂšgles de dĂ©veloppement habituel.  Mais avec un sens du timing recouvrĂ© : Monsieur Jourdain devenu le plus riche mĂ©cĂšne de la ville, ordonne que la reprĂ©sentation commence sans dĂ©lai afin que l’on donne le feu d’artifice programmĂ© de la longue date et Ă  l’heure annoncĂ©e. Soit un prologue qui rĂ©unit tous les artistes de la troupe avant la reprĂ©sentation, puis la soirĂ©e lyrique proprement dite oĂč trouvaille gĂ©niale, troupe comique et personnages tragiques sont imbriquĂ©s avec une rare science poĂ©tique.

boutonreservationAriadne auf Naxos / Arianne Ă  Naxos de Strauss Ă  l’OpĂ©ra d’Ă©tat de Budapest
Budapest. Hungarian State Opera (Hongrie).
Les 20,22,27,29 mars 2015

Der Haushofmeister – Franz Tscherne
Die Music Master – TamĂĄs Busa
Der Komponist – ViktĂłria Vizin
Der Tenor, Bacchus – IstvĂĄn KovĂĄcshĂĄzi
Die Dancing Master – ZoltĂĄn Megyesi
Der PerĂŒckenmacher – RĂłbert RezsnyĂĄk
Ein Lakai – TamĂĄs Szule
Zerbinetta – Erika MiklĂłsa
Die Prima Donna, Ariadne – TĂŒnde SzabĂłki
Harlekin – Csaba Szegedi
Scaramuccio – DĂĄniel VadĂĄsz
Truffaldin – KrisztiĂĄn Cser
Brighella – IstvĂĄn HorvĂĄth
Najade – Zita VĂĄradi
Dryad – Atala Schöck
Echo – Eszter Wierdl

Illustrations : Hofmannsthal et Strauss, duo miraculeux Ă  l’opĂ©ra (DR)

Nouveau Chevalier Ă  la rose Ă  Baden Baden

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"Baden Baden. Strauss : Der Rosenkavalier, les 27,30 mars, 2 avril 2015. Dans le cadre de son festival de PĂąques du 27 mars au 6 avril 2015. Simon Rattle et le Berliner Philharmoniker jouent l’opĂ©ra de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal : le Chevalier Ă  la rose. L’Ɠuvre crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1911 quelques annĂ©es avant la premiĂšre guerre synthĂ©tise toute la grĂące mozartienne dont est capable Strauss, Ă  laquelle il ajoute l’anachronisme des valses, emblĂšme de la Vienne de Johann Strauss quand Le chevalier Ă  la rose se dĂ©roule au XVIIIĂš Ă  l’époque de l’impĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse. Protagoniste, La MarĂ©chale amour amant Quinquin, c’est Ă  dire Octavian (magnifique emploi travesti pour mezzo); mĂȘme trentenaire, la jeune princesse doit renoncer bientĂŽt face Ă  la jeunesse insouciante et volage : Octavian aimera bientĂŽt Sophie, plus jeune, plus jolie. Ochs, le cousin de La MarĂ©chale est son double masculin : moins rustaud caricatural comme on le voit souvent dans nombre de productions, que trentenaire lui aussi, dĂ©passĂ© par les intrigues des femmes qui le piĂšgent toujours. Le trio final met en scĂšne les trois voix fĂ©minines de l’opĂ©ra : La MarĂ©chale, Octavian, Sophie en une scĂšne d’un flamboiement sensuel, au spectre instrumental, littĂ©ralement iridiscent. Alors que le Phiharmonique de Vienne est souvent Ă©coutĂ© et plĂ©biscitĂ© dans une Ɠuvre emblĂ©matique de l’OpĂ©ra d’état, il est plus rare d’écouter le Phiharmonique de Berlin. C’est l’ex chanteuse vedette dans le rĂŽle travesti d’Octavian, Brigitte Fassbaender qui rĂ©alise la mise en scĂšne de cette nouvelle production straussienne Ă  Baden Baden.

Vanités des plaisirs, illusions de la vie


Nattier jeune femme Jean-Marc-Nattier-8759561-1ComĂ©die de moeurs Ă  la façon des peintures de William Hogarth (lequel inspirera aussi Igor Strawinsky pour son Rake’s progress), mais aussi Ă©vocation nostalgique de la Vienne baroque Ă  l’époque de l’ImpĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse, le Chevalier Ă  la rose, est surtout, un opĂ©ra nĂ© de l’accord exemplaire entre un compositeur et son librettiste: Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal. Ce dernier n’hĂ©site pas Ă  solliciter la connaissance des convenances aristocratiques de l’Ancien RĂ©gime auprĂšs du Comte Harry von Kessler, afin de renforcer la vraisemblance de la fresque historique. Mais l’art transcende l’anecdote et mĂȘme si la remise d’une rose d’argent Ă  la jeune fiancĂ©e Sophie, Ă©lue par le Baron Ochs, n’est que pure fiction, la partition et le livret produisent un ouvrage d’une rare subtilitĂ© psychologique. Les auteurs interrogent les rapports des ĂȘtres les uns vis Ă  vis des autres, la fuite du temps et la quĂȘte (vaine) de chacun pour s’en dĂ©faire et trouver un (impossible) bonheur, bien Ă©phĂ©mĂšre.

 

 

 

hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussVanitĂ© des plaisirs, illusion de la vie, tout en ciselant chaque tableau social, la musique exprime la quĂȘte Ă©perdue et dĂ©jĂ  futile d’une identitĂ© fragile. “Qui suis-je rĂ©ellement? Que suis je pour les autres? Tout passe et tout s’efface”, semble se dire Ă  elle-mĂȘme La MarĂ©chale. MĂȘme jeune, tout juste trentenaire, la jeune femme exprime la vanitĂ© de toute chose, y compris l’amour ardent que lui voue son jeune amant, “Quinquin” (Octavian). Son cousin le Baron Ochs est lui aussi un aristocrate assez “rustique” mais moins Ă©pais qu’on veut bien le chanter ordinairement. Reste, le portrait en triptyque de La MarĂ©chale, Octavian et Sophie qui sous la plume du compositeur demeure le plus bouleversant trio final, Ă©crit pour trois voix de femme, portĂ© sur la scĂšne d’un thĂ©Ăątre lyrique.

 

 

 

rose-nattierJean-Marc-Nattier-8759561-1Le Chevalier Ă  la rose, crĂ©Ă© Ă  Dresde le 26 janvier 1911, est le cinquiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss, aprĂšs Guntram, Feuersnot, SalomĂ© et Elektra. C’est le second ouvrage nĂ© de la collaboration avec le poĂšte Hofmannsthal. Du mĂȘme duo crĂ©ateur naĂźtront ensuite, Ariane Ă  Naxos (1912), La Femme sans ombre (1919), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928) et Arabella (1933)


 

 

 

boutonreservationLe Chevalier Ă  la Rose de Strauss Ă  Baden Baden
3 dates au Festival de PĂąques de Baden Baden

Le 27 mars 2015 Ă  18h
Le 30 mars 2015 Ă  18h
Le 2 avril 2015 Ă  18h

Sir Simon Rattle, direction musicale
Brigitte Fassbaender, mise en scĂšne

Anja Harteros, la Maréchale
Peter Rose, Ochs
Magdalena KoĆŸenĂĄ, Octavian
Anna Prohaska, Sophie
Carole Wilson, Annina
Clemens Unterreiner, Faninal
Elisabeth-Maria Wachutka, Marianne
Lawrence Brownlee, un chanteur

Philharmonia Chor Wien
Berliner Philharmoniker

Illustrations : Richard Strauss, portrait de jeune femme par Nattier, Hofmannsthal (DR)

 

 

 

Paris, Bastille : Karita Mattila chante Ariadne auf Naxos

strauss-hofmansthal-ariadne-auf-naxos-ariane-a-naxos-opera-bastille-paris-laurent-pelly-janvier-fevrier-2015Paris. OpĂ©ra Bastille. Strauss : Ariane Ă  Naxos : 22 janvier>17 fĂ©vrier 2015. Karita Mattila. Si l’on regrette le manque de poĂ©sie de la mise en scĂšne de Laurent Pelly (l’une des moins inspirĂ©es qu’il ait faite : oĂč se lisent ici les rĂ©fĂ©rences si subtiles au baroque de Lully et de MoliĂšre voulues par Hofmannsthal et Strauss ?), la reprise de cette produciton dĂ©jĂ  vue, offre des promesses sĂ©duisantes grĂące Ă  la prĂ©sence de la soprano incandescente Karita Mattila dans le rĂŽle de la primadonna au I, puis d’Ariadne au II. Aucun autre opĂ©ra, sur le mode chambrisme et parodique, n’illustre le mieux le thĂšme de l’identitĂ© et de la mĂ©tamorphose : abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ăźle de Naxos, la belle Arianne s’abandonne Ă  la mort jusqu’Ă  ce qu’elle croise le chemin du sensuel et hypnotique Bacchus dont la transe est gage de rĂ©surrection. Les romains avaient fait de l’ivresse bacchique la voie de l’Ă©ternitĂ© aprĂšs la mort… Dans l’opĂ©ra de Hofmannsthal et de Strauss, Arianne Ă©prouve chaque Ă©tape d’une longue quĂȘte rĂ©gĂ©nĂ©ratrice : depuis sa caverne solitaire, grĂące Ă  la complicitĂ© de l’insouciante mais subtile Zerbinette (pour laquelle chaque instant est une promesse amoureuse), par la rencontre finale avec le dieu de lumiĂšre, Bacchus, l’hĂ©roĂŻne retrouve enfin l’appĂ©tit de vivre. Un miracle dramatique qui la fait renaĂźtre et s’ouvrir au monde plutĂŽt que de s’en Ă©carter pour mourir. VoilĂ  une hĂ©roĂŻne qui rĂ©aise un itinĂ©raire contraire Ă  celui de DaphnĂ© (pĂ©trifiĂ©e donc absente au monde et aux autres, comme l’Empereur dans La Femme sans ombre, en fin de parcours) : Ăąme condamnĂ©e, languissante au dĂ©but, Ariane vit une renaissance : peu de cantatrices aujourd’hui peuvent offrir une telle expĂ©rience sur la scĂšne, avec la conscience de ce qui se joue profondĂ©ment. Sous l’univers dĂ©jantĂ© de la comĂ©die du I (oĂč l’on assiste aux prĂ©paratifs de la troupe rĂ©unie avant l’opĂ©ra proprement dit), Strauss et son librettiste Hofmannsthal Ă©crivent l’un des drames les plus significatifs de leur travail Ă  quatre mains : s’y interpĂ©nĂštrent les notions diffuses d’art, de culture et de nature, d’Eros et de Thanatos, de dĂ©sir et de mort : si Ariane est d’emblĂ©e tragique et gĂ©missante, opposĂ©e par effet recherchĂ© des contrastes Ă  la figure de la piquante Zerbinette (qui malgrĂ© ce qu’on lit d’elle ici et lĂ , a mesurĂ© toute la profondeur de l’amour), Strauss rĂ©serve Ă  la diva tĂ©nĂ©breuse et trahie, une rĂ©mission : la promesse et la rĂ©alisation de sa rĂ©surrection.

 

 

 

le nouveau dĂ©fi de Karita Mattila Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Arianne Ă  Naxos par karita

 

Il n’en faut pas moins pour inspirer la soprano Karita Mattila dans un rĂŽle que l’on attend Ă  Paris comme un Ă©vĂ©nement : son timbre intense et introspectif devrait Ă©clairer d’une ferveur tendre nouvelle le personnage d’Arianne, l’un des plus captivants imaginĂ©s par Strauss et Hofmannsthal.

mattila-karita-soprano-diva-ariadne-auf-Naxos-home-portrait-582-594A Paris, la cantatrice nordique, Ă©lĂšve de la Sibelius Academy, fut Elisabeth (Don Carlo de Verdi) puis Lisa dans La Dame de Pique de Tchaikovsky : deux rĂŽles rĂ©vĂ©lant / confirmant son sens de la performance vocale autant que corporelle. Sa silhouette de star hollywoodienne (celle des films de Cukor par exemple car son blond mĂ©tallique sait particuliĂšrement bien capter la lumiĂšre… : mĂȘme effet magnĂ©tique sous les feux de la rampe lyrique). AthlĂšte autant que diva fine et vĂ©hĂ©mente (!), “La Mattila” devrait comme pour le rĂŽle voluptueux et fĂ©lin de SalomĂ© (du mĂȘme Strauss), redĂ©finir un standard vocal pour Ariane : blessĂ© mais sublime amoureuse. Saluons la diva finnoise pour sa prise de position contre Gergiev et ses dĂ©clarations douteuses sur la question homosexuelle. Elle ne chantera plus sous sa direction. en plus d’ĂȘtre artiste admirable, Karita Mattila est une diva humaniste, aux engagements exemplaires.

 

 

 

Pourquoi ne pas manquer la reprise d’Ariane Ă  Naxos Ă  l’OpĂ©ra Bastille en janvier et fĂ©vrier 2015 ?

Les 2 plus de la reprise d’Ariadne auf Naxos (1916) Ă  l’OpĂ©ra Bastille en janvier et fĂ©vrier 2015 :

1- Sophie Koch dans le rĂŽle du compositeur Ă  l’acte I (la mezzo française aura indiscutablement marquĂ© le rĂŽle)

2- le duo sublime et donc trĂšs prometteur de Klaus Florian Vogt  et de Karita Mattila dans les rĂŽles respectifs de Bacchus et d’Ariane pour une rencontre… miraculeuse ?

 

 

 

Paris. Opéra Bastille. Strauss : Ariane à Naxos : 22 janvier>17 février 2015.  Avec Karita Mattila.

 

 

DVD. Strauss : Ariadne auf Naxos, 1912 (Kaufmann, Harding, 2012)

strauss ariadne 1912 salzbourg sazlburg 2012, jonas kaufmann emily magee dvd Sony classicalDVD. Strauss : Ariadne auf Naxos, 1912 (Kaufmann, Harding, 2012). Salzbourg 2012. Sous la direction articulĂ©e trĂšs fluide et rĂ©solument chambriste de Daniel Harding, la rĂ©alisation du metteur en scĂšne, Sven-Eric Bechtolf, dĂ©ploie d’indiscutables arguments, au service de la version originale d’Ariadne (1912) qui diffĂšre de celle plus tardive et plus familiĂšrement choisie de 1916 : perceptible entre autres pour les connaisseurs, dans les interventions insolentes et brutales du commanditaire perruquĂ© pendant le lamento d’Ariadne (qu’il juge ennuyeux et lisse), mais aussi dans les Ă©poustouflantes variations dĂ©volues Ă  l’air de Zerbinette, vocalises impressionnantes et interminables qui se terminent en orgasme vocal dĂ©lirant, des plus Ă©lĂ©gants, et enchanteurs.

 

 

 

 

Ariadne, somptueuse version de 1912

 

CLIC_macaron_2014Toute la verve des deux auteurs (Strauss et son librettiste Hofmannstahl, rappelons le, fondateurs du festival autrichien en 1922) est lĂ  : entre comique bouffon (premiĂšre partie savoureuse entre thĂ©Ăątre et scĂšne chantĂ©e) et dĂ©clamation tragique (l‘opĂ©ra proprement dit dans la seconde partie), deux mondes qui cependant, malgrĂ© leur antinomie, faisaient contraste, rĂ©alisent un thĂ©Ăątre jubilatoire, et mĂȘme ici d’une irrĂ©sistible cohĂ©rence. Hofmannsthal est d’ailleurs prĂ©sent sur scĂšne accompagnant les chanteurs acteurs comme s’il s’agissait en prĂ©sence du commanditaire, d’une rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale.
ariadne auf naxos kaufmann magee salzbourg sazlburg 2012Saluons la tenue excellente des comĂ©diens italiens, quatre chanteurs impeccables ; de mĂȘme,  la Zerbinette parfois vocifĂ©rante et imprĂ©cise dans sa coloratoure infinie, mais prĂ©sente et puissante d’Elena Mosuc dont l’habit entre la fraise tagada et le pouf Second Empire restera mĂ©morable ; l’Ariane d’Emily Magge, dont les basses absentes, et la ligne lisse, empĂȘchent une pleine incarnation troublante et rĂ©ellement dĂ©chirante de l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e, sur son rocher de Naxos. L’attente se fait sentir quand paraĂźt finalement l’époustouflant Bacchus de Jonas Kaufmann : le libĂ©rateur, le salvateur, prototype du hĂ©ros providentiel, celui dont le chant dionysiaque et exaltĂ©, fĂ©lin, animal, assure la rĂ©surrection d’Ariadne tragique qui s’était vouĂ©e Ă  la mort. Leur rencontre est un instant magique, inscrit au coeur de la mythique hofmannsthalienne. Les spectateurs s’accordent Ă  la langueur pĂąmĂ©e de la princesse : ils se laissent totalement hypnotiser par le chant ardent et voluptueux, tendu, viril, osons le dire… Ă©rotique, du tĂ©nor germanique. L’impact est total. Et la rĂ©ussite de son apparition, suprĂȘme. C’est en dĂ©finitive par un subtil jeu de mise en abĂźme tout au long du spectacle, une rĂ©fĂ©rence allusive Ă  la relation trouble d’Hoffmannsthal et de la jeune veuve Ottonie von Degenfeld, liaison ou attraction que rĂ©vĂšle la correspondance de l’intĂ©ressĂ©.

 

 

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Ariadne auf NaxosL’engagement de tous les interprĂštes (les 3 nymphes accompagnant  et contrepointant Adriadne sont d’une rare Ă©clat vocal comme scĂ©nique), la version retenue ici (donc celle des origines soit 1912), les couleurs somptueuses du Wiener Philharmoniker, le plateau vocal globalement passionnant, rĂ©vĂšlent dans la scĂ©nographie trĂšs efficace de Sven-Eric Bechtolf, le raffinement de cette comĂ©die douce amĂšre qui renoue avec le Cosi fan gutte de Mozart, entre verve dĂ©lirante, dĂ©licieuse ivresse, profondeur poĂ©tique.  Une remarquable production salzbourgeoise heureusement transfĂ©rĂ©e en DVD.

DVD. Strauss / Hofmannsthal : Ariadne auf Naxos, 1912. Emily Magge, Elena Mosuc, Jonas Kaufmann
 Wiener Philharmoniker. Daniel Harding, direction. 2 dvd Sony classical.  EnregistrĂ© au festival de Salzbourg Ă  l’étĂ© 2012.

L’amour de DanaĂ© de Strauss Ă  Frankfurt

Kimt danaeFrankfurt, OpĂ©ra. L’Amour de DanaĂ© de Strauss: 7,9,10 juin 2014. L’avant dernier opĂ©ra de Strauss, avant DaphnĂ©, L’amour de Danae permet Ă  Strauss de renouer avec la lyre mythologique qu’il a si magistralement illustrĂ©e entre registre poĂ©tique, comique, tragique, hĂ©roĂŻque dans Ariane Ă  Naxos : comme HĂ©lĂšne Ă©gyptienne, le compositeur entend y dĂ©velopper une comĂ©die antique, d’une Ă©criture libre et inventive avec ce sprĂ€chgesang (parlĂ© chantĂ© continu, proche de la parole) qui exprime la palpitation de la vie elle-mĂȘme. La lĂ©gĂšretĂ© est inscrite dans l’écriture de la partition dont Strauss voulait faire une opĂ©rette. Le compositeur et son librettiste (Gregor) reprennent une ancienne idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal (le librettiste disparu du Chevalier Ă  la rose ou de La Femme sans ombre
) : un scĂ©nario mĂȘlant des destins sĂ©parĂ©s, – selon une formule allopathique magnifiquement appliquĂ©e dans La Femme sans ombre-, ici (chaque sort est liĂ© Ă  la rĂ©ussite de l’autre) : DanaĂ©, Midas, Jupiter. Gregor n’ayant pas les mĂȘmes facilitĂ©s que Hofmannsthal (ce que Strauss ne manquera pas de lui reprocher), deux actions se superposent sans vraiment s’accorder : l’action entre DanaĂ© et Midas qui forment un couple fusionnel malgrĂ© les pĂ©ripĂ©ties ; DanaĂ© et Jupiter : le dieu des dieux, sur la fin (portrait de Strauss lui-mĂȘme ?) exprime ses Ă©tats d’ñmes dans un monde qui lui Ă©chappe d’autant plus qu’il doit renoncer Ă  la belle DanaĂ©e, que jadis il a visitĂ© Ă  son insu (la fameuse fĂ©condation sous la forme d’une pluie d’or que tous les peintres, de Titien, Tintoret Ă  Klimt ont illustrĂ©). Pourtant, en dĂ©pit de la diversitĂ© irrĂ©solue des intrigues confrontĂ©es, la vivacitĂ© et l’esprit de comĂ©die s’imposent dans cette oeuvre aussi symphonique que celles antĂ©rieures. Strauss fait chanter ses protagonistes comme les personnages d’un drame contemporain. FidĂšles Ă  l’esprit d’Hofmannsthal, malgrĂ© les avatars de la composition du livret, le compositeur soigne le principe de la mĂ©tamorphose : DanaĂ© et Jupiter y vivent et Ă©prouvent un changement profond de leur ĂȘtre : par amour pour Midas qui dĂ©possĂ©dĂ© de son don de tout changer en or, est devenu finalement un pauvre muletier, Danae est guĂ©rie de sa soif primaire d’or et de mĂ©tal prĂ©cieux ; Jupiter lui aussi dĂ©couvrant le miracle de l’amour humain reconnaĂźt ĂȘtre impuissant face au phĂ©nomĂšne dont il est tĂ©moin, et accepte de renoncer Ă  l’objet de son dĂ©sir.

Richard Strauss
L’Amour de DanaĂ©
Die liebe der Danae
Frankfurt, Oper
Les 15 et 19 juin 2014
Sebastian Weigle, direction. Marco Buhrmeister, Marsch, Gibson, Schwanewilms, Vuong, Ryan (version de concert)

http://www.oper-frankfurt.de/

Lire aussi notre dossier Les femmes dans les opéras de Richard Strauss

 

Feuersnot de Richard Strauss Ă  Dresde

150 Ăšme anniversaire de Richard StraussDresde. Semperoper. R. Strauss: Feuersnot. 7,9,10 juin 2014. Munich, Ă  une Ă©poque indĂ©terminĂ©e. L’histoire pourrait ĂȘtre une anecdote : Kunrad, l’hĂ©ritier du magicien Reichart, profite de la nuit de la Saint-Jean oĂč les enfants recueillent le bois du grand feu, de maison en maison, pour dĂ©clarer sa flamme Ă  la jeune Diemut, qu’il embrasse en public. Pour se venger d’une telle audace, la jeune fille le piĂšge et le fait suspendre depuis le balcon de sa chambre, oĂč le jeune homme espĂ©rait bien la conquĂ©rir.‹Usant de ses pouvoirs, Kunrad plonge la ville (Munich) dans l’obscuritĂ©, disposĂ© Ă  rĂ©tablir l’ordre que si Diemut lui ouvre son cƓur 
 ce qui advient en fin d’action. Strauss poursuit musicalement la leçon de Wagner, exploite toutes les ressources dramatiques du livret pour enflammer son orchestre et profite ici des situations pour Ă©pingler la pensĂ©e Ă©troite des munichois bien conformes (n’avaient-ils pas chassĂ© Wagner et Cosima ?) De sorte que l’on voit en gĂ©nĂ©ral une allusion et dĂ©fense de Wagner dans le personnage du maĂźtre de Kunrad, Reichart.

Kunrad, le double vengeur de Richard Strauss 

Comme dans son (premier) opĂ©ra antĂ©rieur, Guntram, le hĂ©ros de Feuersnot (crĂ©Ă© Ă  Munich en novembre 1895), Kunrad, apprenti magicien, exprime sa relation aux forces sublimes et supĂ©rieures de la nature en un chant admiratif cĂ©lĂ©brant le miracle du printemps – comme d’ailleurs Wagner dans ses MaĂźtres Chanteurs, faisait chanter son propre hĂ©ros Walter, initiĂ© par Hans Sachs – le dĂ©tenteur du savoir et de l’art-, «  la loi du printemps ». De fait, proche de l’esprit nietzschĂ©en de Till l’EspiĂšgle (ample et savoureux poĂšme symphonique), Kunrad, vĂ©ritable double du compositeur, comme investi d’une mission remarquable, Ă©pingle aussi sans les mĂ©nager, l’imbĂ©cilitĂ© crasse des « honnĂȘtes » et bourgeoises gens du bourg de Munich. Comme Verdi dans La Traviata et Wagner dans ses mĂȘmes MaĂźtres-Chanteurs, Strauss rĂ©ussit un portrait satirique et vitriolĂ© de la bĂȘtise collective humaine Ă  son Ă©poque ou de toutes les Ă©poques : Strauss y rĂšgle ses comptes avec les Munichois qui avaient si mal accueilli Guntram
 ; une dĂ©nonciation sociale qu’exacerbe la construction de l’ouvrage qui confronte le hĂ©ros et le reste de la sociĂ©tĂ©.
Strauss s’est dĂ©clarĂ© trĂšs proche de ce deuxiĂšme ouvrage lyrique dont il a aimĂ© soulignĂ© la part autobiographique. D’autant que Kunrad serait la face comique sarcastique de la tragique silhouette de Guntram. En somme au dĂ©but de l’oeuvre lyrique de Strauss, dĂ©jĂ  un portrait ambivalent et complet de lui-mĂȘme. Comme Guntram, Kunrad oppose le destin de l’individu contre la sociĂ©tĂ© des hommes, et mĂȘme s’il rĂ©ussit en fin d’action son intĂ©gration supposĂ©e, elle relĂšve plus d’un effet propre au canevas comique que d’un accomplissement psychologique naturel et longuement muri.
AprĂšs l’échec de Guntram, Strauss espĂ©rait se refaire une rĂ©putation comme auteur lyrique
 grĂące Ă  Feuersnot. Rien n’y fait : le second opĂ©ra est taxĂ© de wagnĂ©risme excessif, trop parsifalien, trop lourd et pompeux, maladroit mĂȘme dans son schĂ©ma dramatique. Un nouvel Ă©chec.
Feuersnot est une farce certes, habilement tissĂ©e dont le climat nocturne (acte unique le temps de la Saint-Jean) ressuscite l’acte II des MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner (qui se dĂ©roule la nuit). En fait le propos drĂŽlatique est l’écrin d’un hymne trĂšs sĂ©rieux voire acerbe pour l’art comme moteur de dĂ©passement de la sociĂ©tĂ©. La malĂ©diction que le jeune Kunrad rĂ©alise contre les Munichois (superbe et ample air dramatique, l’épine dorsal de l’opĂ©ra) est la vengeance de Strauss – et de son librettiste, Wolzogen-, Ă  l’endroit d’un auditoire sourd Ă  ses conceptions lyriques et dramatiques. Kunrad/Strauss y dĂ©fend le principe d’un art libre et moralement exigeant qui Ă©lĂšve la fange collective vers un destin et une conscience supĂ©rieure. Les rĂ©fĂ©rences du modĂšle Wagner y sont Ă  peine masquĂ©es. Feuersnot est donc plus qu’une simple comĂ©die : la partition d’un compositeur qui y transmet sa connaissance profonde de Wagner, en particulier du sens philosophique et esthĂ©tique des MaĂźtres Chanteurs


Dresde. Semperoper
R. Strauss: Feuersnot
Les 7,9,10 juin 2014

Daphné de Strauss à Toulouse

strauss_richard_570_richardsreauss-592x333Toulouse. DaphnĂ© de Strauss. Les 15,19,22,25,29 juin 2014. Temp fort de l’annĂ©e Strauss en France, le Capitole de Toulouse prĂ©sente une nouvelle production de l’opĂ©ra antique mythologique de Richard Strauss, DaphnĂ©. L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  l’aube de la guerre (1938) confirme l’inspiration classique du compositeur bavarois, entre Mozart et Wagner : une maniĂšre inspirĂ©e esthĂ©tiquement atemporelle et pourtant investie d’une conscience morale trĂšs aiguĂ«. La musique orchestrale y est d’une raffinement Ă©blouissant, synthĂšse entre le chambrisme ardent d’Ariane Ă  Naxos et le psychisme flamboyant, crĂ©pusculaire, de Capriccio. Sur le thĂšme lĂ©guĂ© par Ovide (Les MĂ©tamorphoses), Strauss au sommet de sa carriĂšre lyrique aborde le thĂšme de l’identitĂ© profonde des ĂȘtres hors de l’amour : pourtant aimĂ©e par le bouvier Leucipos et Apollon lui-mĂȘme (qui va jusqu’Ă  tuer son rival mortel), la nymphe DaphnĂ© choisit de s’abstraire du monde des hommes et des dieux, de renoncer Ă  l’amour en une forme incarnĂ©e palpitante… elle choisit d’ĂȘtre pĂ©trifiĂ©e : changĂ©e en laurier (anecdotiquement pour Ă©chapper aux assauts d’Apollon selon la reprĂ©sentation du sculpteur gĂ©nial Bernin).  En rĂ©alitĂ©, culpabilisant aprĂšs avoir tuer Leucippos, Apollon regrette son crime indigne d’un dieu : il concĂšde Ă  l’aimĂ©e d’exaucer son voeu le plus cher : devenir laurier pour Ă©chapper au monde du dĂ©sir. A l’inverse des hĂ©roĂŻnes qui choisissent d’ĂȘtre finalement intĂ©grĂ©es au monde, tel l’ImpĂ©ratrice de La Femme sans ombre, d’Ariane, d’HĂ©lĂšne, DaphnĂ© rĂ©alise le chemin Ă  rebours… rompre le lien avec l’humanitĂ© et la chair, le dĂ©sir et l’amour. En une page symphonique inouĂŻe, Strauss dĂ©veloppe toutes les ressources de l’orchestre pour exprimer la lente mĂ©tamorphose de DaphnĂ©, d’ĂȘtre dĂ©sirĂ© mais souffrant Ă  celui d’une souche vĂ©gĂ©tale sans Ăąme…. mais dĂ©sormais dĂ©livrĂ© des souffrances du sentiment.

Richard Strauss : Daphné
Toulouse, Capitole
Les 15,19,22,25,29 juin 2014

TragĂ©die bucolique en un acte, op. 82 sur un livret de Joseph Gregor ‹crĂ©Ă©e le 15 octobre 1938 Ă  la Staatsoper de Dresde. Diffusion sur France Musique

Hartmut Haenchen, Direction musicale
Patrick Kinmonth, Mise en scÚne, décors, costumes
Fernando Melo, Chorégraphie
Zerlina Hughes, LumiĂšres

Franz-Josef Selig, Peneios
Anna Larsson, GĂŠa
Claudia Barainsky, Daphne
Maximilian Schmitt, Leukippos
Alfred Kim, Apollo
Patricio Sabaté, Premier Pùtre
Paul Kaufmann, DeuxiĂšme PĂątre
Thomas Stimmel, TroisiĂšme PĂątre
Thomas Dear, QuatriĂšme PĂątre
Marie-Bénédicte Souquet, PremiÚre Servante
HĂ©lĂšne Delalande, DeuxiĂšme Servante

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole ‹Alfonso Caiani Direction

Toutes les modalités de réservation, les informations sur le site du Capitole de Toulouse

logo_francemusiqueDiffusion sur France Musique, soirée lyrique dÚs 19h, samedi 28 juin 2014 (représentation enregistrée du 15 juin 2014)

 

 

Daphné de Strauss sur France Musique

 

 
Illustrations : Richard Strauss, Daphné métamorphosé par Nicolas Poussin (DR)

Concerto pour hautbois de R. Strauss et RhĂ©nane de Schumann par l’Orchestre de chambre de Paris

schumann_robertParis, TCE. Orchestre de chambre de Paris. Strauss, Schumann : le 26 avril 2014, 20h. Suisse, Automne 1945 : au moment de la capitulation nazie, Strauss un temps instrumentalisĂ© par le rĂ©gime hitlĂ©rien, exprime son chant personnel, regrettant les dommages infligĂ©s par la guerre. Pour l’orchestre de la Tonhalle de ZĂŒrich, le compositeur Ă©crit son Concerto pour hautbois (crĂ©Ă© le 26 fĂ©vrier 1946), rĂ©miniscence du style classique viennois, Ă  la fois mesurĂ© et rococo. L’instrument soliste y dialogue en batifolant avec l’orchestre en effectif rĂ©duit. Les trois mouvements s’enchaĂźnent : dĂšs le commencement, le hautbois est particuliĂšrement sollicitĂ©, alliant fantaisie, humeur burlesque, vraie Ă©lĂ©gance de ton (Allegro moderato) ; l’Andante, de forme lied, dĂ©ploie un chant cantabile d’une tranquillitĂ© (alliant tendresse et parfois gravitĂ©) toute mozartienne ; dans le dernier Ă©pisode (Vivace-allegro), le soliste est invitĂ© Ă  dĂ©montrer toute sa brillante Ă©locution, versatilitĂ© et libertĂ© Ă©tant de mise, en particulier dans la Sicilienne finale.

Symphonie n°3 RhĂ©nane de Robert Schumann. L’Orchestre de chambre de Paris poursuit son cycle Schumann avec la RhĂ©nane, l’une de plus lyrique et exaltante du corpus des 4 Symphonies composĂ©es par le Romantique. CrĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1851, la partition s’écoule comme un fleuve impĂ©tueux, riches en images et en couleurs qui affirme encore et toujours, un esprit rageur et combattif. Celui d’un Schumann dĂ©miurge Ă  l’échelle de la nature. Les indications en allemand soulignent la germanitĂ© du plan d’ensemble dont la vitalitĂ© revisite Mendelssohn, et l’ambition structurelle, le maĂźtre Ă  tous : Beethoven. Paysages d’Allemagne honorĂ©s et brossĂ©s avec panache et lyrisme depuis les rives du Rhin, la RhĂ©nane doit s’affirmer par son souffle suggestif. En particulier, le Scherzo : la houle gĂ©nĂ©reuse des violoncelles, aux crĂȘtes soulignĂ©es par les flĂ»tes, y Ă©voquerait (selon Schumann lui-mĂȘme) une « matinĂ©e sur le Rhin », comme l’indique le superbe contrechant des cors dialoguant avec les hautbois aux couleurs Ă©lĂ©gantes dont l’activitĂ© gagne les cordes. Le Nicht schnell baigne dans une tranquillitĂ© pastorale qui met en lumiĂšre le trĂšs beau dialogue dans l’exposition des pupitres entre eux, surtout cordes et vents. Le point d’orgue de la RhĂ©nane demeure le 3Ăšme Ă©pisode « Feierlich » (maestoso): Schumann inscrit comme un emblĂšme la grave noblesse et la solennitĂ© majestueuse de l’ensemble. L’ampleur BeethovĂ©nienne de l’écriture impose une conscience Ă©largie comme foudroyĂ©e 
 et ce n’est pas les fanfares souhaitant renouer avec l’aisance triomphale par un ample portique qui effacent les langueurs Ă©teintes comme dĂ©composĂ©es. Le caractĂšre du mouvement est celui d’un anĂ©antissement, aboutissement d’un repli dĂ©pressif extĂ©nué  avant que ne retentissent, comme l’indice d’un salut recouvrĂ©, les accents haletants, dansants, irrĂ©pressibles du Lebahft final.

Orchestre de chambre de Paris
saison 2013-2014

Samedi 26 avril 2014, 20h
Paris, Théùtre des Champs Elysées TCE

Philippe Manoury: Strange Ritual
Strauss : Concerto pour hautbois et orchestre en ré majeur
Schumann : Symphonie n°3 «  Rhénane » en mi bémol majeur

Thomas Zehetmair, direction
François Leleux, hautbois

illustration : Robert Schumann

L’incandescente Elektra de ChĂ©reau sur Arte

TĂ©lĂ©,  Arte. Strauss : Elektra par ChĂ©reau. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. Dans une arĂšne dĂ©pouillĂ©e qui laisse tout voir du mouvement des figures sur la scĂšne, l’action tragique aux accents expressionnistes hystĂ©riques se dĂ©voile retrouvant la noblesse Ă©purĂ©e et la grandeur austĂšre des drames d’Eschyle et de Sophocle. Patrice ChĂ©reau nous laisse une vision personnelle et trĂšs engagĂ©e de la mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra. Il reste l’un des plus rĂ©cents rĂ©formateurs du thĂ©Ăątre lyrique. Dans cette production du troisiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss (et son premier ouvrage avec l’immense poĂšte Hugo van Hofmannsthal), ChĂ©reau travaille le corps de ses interprĂštes comme s’il s’agissait d’une facette de l’ñme. Sans a priori le metteur en scĂšne redĂ©finit les enjeux psychologiques de chacun des protagonistes, en fouillant en particulier le livret parvenu, en interrogeant chaque mot du texte d’Hofmannsthal.

 

 

 Télé, Arte. La fulgurante ELEKTRA de Patrice Chéreau

 

 

Patrice ChĂ©reau laisse avec Elektra (crĂ©Ă© en 1909),  son ultime scĂ©nographie Ă  l’opĂ©ra,  l’une de ses rĂ©alisations les plus abouties.  Fille tiraillĂ©e entre le dĂ©sir de vengeance de celui qui lui a donnĂ© l’amour -son pĂšre Agamemnon-, et la volontĂ© de tuer celle qui ne lui a rien donnĂ©,  sa mĂšre Clytemnestre (qui a tuĂ© le pĂšre), la pauvre fille crie son impuissante volontĂ©, elle hurle sa douleur solitaire (car sa sƓur ChrysostĂ©mis elle veut tourner la page et vivre), c’est d’abord une victime blessĂ©e,  une ombre errante en quĂȘte d’identitĂ©;  en s’appuyant sur les intentions de Strauss et de son librettiste, ChĂ©reau brosse un nouveau portrait d’Elektra en Ă©clairant sa relation avec la mĂšre
 InterprĂšte familiĂšre et qui connaĂźt idĂ©alement le rĂŽle de Clytemnestre, la mezzo incandescente Waltraud Meier rĂ©pond magnifiquement au travail de ChĂ©reau. .. c’est aussi aux cĂŽtĂ©s de la fille,  la figure ambiguĂ« et bouleversante de la mĂšre qui frappe immĂ©diatement.
CrĂ©Ă©e Ă  l’étĂ© 2013 (festival d’Aix en Provence juillet 2013), la production d’Elektra que diffuse Arte montre combien Chereau dĂ©cĂ©dĂ© en octobre 2013, plaçait l’humain au centre de son travail avec un sens de l’économie et du rythme sans Ă©quivalent (sauf peut ĂȘtre Pina Baush, celle du Sacre du printemps
.). MĂȘme ivresse fulgurante, mĂȘme fascination pour le chant du corps embrasĂ© dont la danse/transe relaie la vocalitĂ© de la musique quand cette derniĂšre ne suffit plus. Production Ă©vĂ©nement d’autant plus opportune pour l’annĂ©e 2014 du 150 Ăšme anniversaire de Strass et aussi comme hommage Ă  l’apport de Patrice Chereau Ă  la scĂšne lyrique. En lire +, lire notre critique du spectacle Elektra de Strauss par ChĂ©reau (Aix 2013)

 

Télé,  Arte. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. 

 

 

R. Strauss : Ariadne auf naxos. Le portrait d’Ariane

Ariane_zerbinette_bacchus_785px-Bacchus_Ariane_and_Venus-Domenico_Tintoret_mg_9990Ariane : le miracle de la renaissance. LĂ  oĂč Elektra incarnait la tragĂ©die d’une Ăąme solitaire pĂ©trifiĂ©e par son enchaĂźnement Ă  l’image d’un seul ĂȘtre : Agamemnon, le pĂšre mort Ă  venger, Ariane est de la mĂȘme façon emprisonnĂ©e par le seul amour de sa vie (croĂźt-elle), ThĂ©sĂ©e, qui l’obsĂšde d’autant plus qu’il l’a abandonnĂ©e. Trahie, dĂ©truite, Ariane erre depuis la caverne des origines, rĂ©gression symbolique oĂč elle attend la mort. Sur l’Ăźle de Naxos, l’humiliĂ©e solitaire, sombre et impuissante, dĂ©sespĂšre …
C’est en croisant la figure de Bacchus que l’amoureuse tragique renaĂźt d’elle mĂȘme. Hofmannsthal exploite le symbolisme de l’ivresse bacchique comme l’Ă©noncĂ© et la rĂ©alisation de la mĂ©tamorphose : la promesse d’une nouvelle vie. La rencontre avec le dieu juvĂ©nil du vin marque dans la vie d’Ariane un miracle salavateur.
Pour accentuer encore l’Ă©tat vĂ©gĂ©tatif dans lequel demeurait Ariane, Strauss et Hofmannsthal imaginent la figure opposĂ©e (jusque dans sa tessiture) de Zerbinette, Ăąme volage et mobile de soprano coloratoura, quand Ariane, tragique et esseulĂ©e est un soprano dramatique plus sombre.
Captivant, le duo fĂ©minin agit comme la double face d’une mĂȘme idĂ©al car chacune aspire finalement Ă  l’excellence morale : fusionner avec cet autre qui satisfasse leur attente psychique et spirituelle. Et fidĂšle Ă  ses thĂšmes chers, Hofmannsthal n’omet pas le pouvoir rĂ©dempteur de la rencontre : en croisant le chemin de Bacchus, le destin d’Ariane est profondĂ©ment modifiĂ©, comme Zerbinette elle aussi au contact du visage tragique d’Ariane se modifie : volage certes au I (face au compositeur, elle prĂŽne l’oubli, le mouvement perpĂ©tuel et l’irresponsabilitĂ©), Zerbinette gagne une profondeur nouvelle ensuite dans son grand air de plus de 10 mn de flamboyantes vocalises : elle chante l’amour le plus pur tout en espĂ©rant rencontrer elle aussi celui qui lui inspirera une fidĂ©litĂ© totale… En dĂ©finitive l’itinĂ©raire d’Ariane prolonge le destin d’Elektra : lĂ  oĂč la fille d’Agamemnon ne pouvait concevoir de vivre pour elle-mĂȘme, Ariane apporte la preuve qu’il est possible de dĂ©passer ce qui semblait insurmontable. L’autre est un salut. Et la rencontre, l’expĂ©rience la plus exaltante qui puisse se prĂ©senter, que l’on puisse vivre.

 

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Illustrations : Ariane et Bacchus par le Tintoret (DR). Dans le second tableau de Tintoret, le peintre Ă  travers l’oeuvre de Bacchus, rend Ă  Ariane blessĂ©e, sa dignitĂ© psychique, honore sa beautĂ© et lui permet de renaĂźtre Ă  elle mĂȘme. L’Ă©pisode peint les noces des deux ĂȘtres grĂące Ă  l’entremise de Venus, volant dans le ciel, tandis que le dieu d’amour tient l’anneau de leur union.

Richard Strauss : HĂ©lĂšne Ă©gyptienne (1928-1933)

Poussin_la-sacre-d-apollon_strauss-helene-egypteLa quĂȘte d’HĂ©lĂšne Ă©gyptienne … Dernier opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss, HĂ©lĂšne Ă©gyptienne crĂ©Ă© en 1928 confirme l’AntiquitĂ© comme une source rĂ©guliĂšre et inĂ©puisable : aprĂšs Elektra, Arianne, voici donc HĂ©lĂšne mais dans un Ă©pisode moins connu, celui indirectement lĂ©guĂ© par Euripide. HomĂšre retrouve HĂ©lĂšne et MĂ©nĂ©las, heureux comme rĂ©conciliĂ©s, malgrĂ© la sĂ©quence d’HĂ©lĂšne enlevĂ© par Paris jusqu’Ă  Troie… Or selon Euripide, soucieux d’expliquer les retrouvailles des Ă©poux, imagine qu’en rĂ©alitĂ©, PĂąris aurait enlevĂ© le fantĂŽme d’HĂ©lĂšne ; la vraie HĂ©lĂšne se serait enfuie en Egypte Ă  la cour du ProtĂ©e oĂč l’Ă©poux dubitatif et d’abord trompĂ©, la retrouve ; elle lui aurait toujours Ă©tĂ© loyale.
HĂ©lĂšne Ă©gyptienne raconte l’histoire d’une femme en quĂȘte de son Ă©poux, cherchant Ă  rĂ©tablir la confiance dans leur couple en dĂ©pit d’une rĂ©putation tronquĂ©e mais nĂ©faste… en dĂ©pit de l’infidĂ©litĂ© dont elle s’est rendue coupable. Contre la fatalitĂ© et le poison du soupçon, HĂ©lĂšne veut croire au serment du mariage : ĂȘtre fidĂšle Ă  son Ă©poux, c’est enfin accomplir son destin. Il n’est jamais trop tard. Voici encore une fois, la figure d’une femme admirable qui souffrante dĂ©sire ĂȘtre sauvĂ©e.

 

 

Vaincre le soupçon, honorer la vérité

 

Pour Hofmannshtal l’idĂ©e des retrouvailles est excellente mais il n’accepte pas le truchement (artificiel) du fantĂŽme. Quand commence l’opĂ©ra, les deux Ă©poux voguent sur un bateau, MĂ©nĂ©las est prĂȘt Ă  tuer sa femme : l’enchanteresse AĂŻthra par solidaritĂ©, suscite une tempĂȘte, et fait Ă©chouer les hĂ©ros sur son Ăźle ; grĂące Ă  ses philtres, elle fait croire Ă  MĂ©nĂ©las que HĂ©lĂšne pendant la guerre de Troie, est toujours demeurĂ©e avec elle hors des conflits, sur son Ăźle…
Ainsi se rĂ©alise l’action de l’acte I. Mais pour HĂ©lĂšne qui regrette sa dĂ©loyautĂ©, il s’agit de reconquĂ©rir MĂ©nĂ©las sur un pacte de vĂ©ritĂ© ; cette exigence morale structure tout le second acte. Tout charme est annulĂ© et HĂ©lĂšne veut affronter les reproches de son Ă©poux… qui furieux menace de la tuer, puis renonce et lui pardonne. La vĂ©ritĂ© a payĂ© et HĂ©lĂšne est rachetĂ©e.

FidĂšle Ă  ses valeurs, le librettiste nourrit l’action de ce qui n’aurait pu ĂȘtre qu’une comĂ©die lĂ©gĂšre : plus opĂ©rette que grand opĂ©ra, HĂ©lĂšne d’Egypte (ou HĂ©lĂšne Ă©gyptienne) est d’abord une conversation en musique Ă  la façon de ce que sera Capriccio ; le drame, le verbe, la psychologie avant toute Ă©vocation grandiose. Mais Strauss ne sacrifie pas pour autant les accents furieusement et sensuellement orientaliste de la partition qui inscrit dans la comĂ©die lyrique les parfums d’une Égypte bien prĂ©sente. L’AntiquitĂ© sous le filtre des deux concepteurs est un huit clos domestique, souvent proche d’un vaudeville. Mais la finesse de l’orchestration, l’architecture des scĂšnes et la progression des Ă©pisodes comme l’Ă©volution des caractĂšres, MĂ©nĂ©las transfigurĂ©, HĂ©lĂšne mĂ©tamorphosĂ©e entre espĂ©rance et culpabilitĂ©, portĂ©e par la complicitĂ© d’AĂŻthra … composent in fine une oeuvre maĂźtresse dans la carriĂšre lyrique de Strauss… hĂ©las constamment absente des scĂšnes d’opĂ©ras en raison de la difficultĂ© du rĂŽle titre (n’est pas Gwyneth Jones qui veut… l’auditeur se reportera ainsi avec bĂ©nĂ©fice sur le seul enregistrement disponible et valable chez Decca).

AidĂ© de Klemens Krauss, Strauss opĂšre une nouvelle version pour l’acte II en 1933 : plus directe moins circulaire et rĂ©pĂ©titive, l’action psychologique se resserre sur la relation complexe des deux Ă©poux vers leur rĂ©conciliation salvatrice; au final, MĂ©nĂ©las efface toute aspiration vengeresse et stĂ©rile, accepte d’ĂȘtre sauvĂ© de sa folie meurtriĂšre… HĂ©lĂšne rĂ©ussit dans son Ɠuvre d’expiation. De beautĂ© fatale et Ă©gocentrique, souhaitant le pardon de son mari, la jeune femme tend vers l’humanitĂ©, l’amour, l’humilitĂ©. C’est de ce point de vue l’une des mĂ©tamorphoses fĂ©minines la plus aboutie dans le thĂ©Ăątre de Strauss et Hofmannsthal. Ici le salut de chaque Ă©poux ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© sans l’accord des deux dans le processus parallĂšle de leur salut progressif. Pour qu’HĂ©lĂšne soit sauvĂ©e, il faut que MĂ©nĂ©las accepte de l’ĂȘtre aussi. Une thĂ©rapie Ă  deux en quelque sorte. C’est Ă  nouveau l’application du principe allomatique dĂ©jĂ  abordĂ© dans La Femme sans ombre, oĂč lĂ  aussi, le salut des quatre protagonistes ne peut se produire que si tous sont sauvĂ©s, car leur destin est indissociable.

DVD. R. Strauss : La Femme sans ombre (Gergiev, 2011)

Frau-ohne-schatten-richard-strauss-valery-gergiev-dvd-mariinskyDVD. R. Strauss : La Femme sans ombre (Gergiev, 2011). Qui a dit que La Femme sans ombre, l’opĂ©ra fĂ©Ă©rique et fantastique de Strauss et Hofmannsthal Ă©tait impossible Ă  monter et produire ? Il est vrai que son sujet qui relĂšve de la fable philosophique et initiatique (le principe allomatique y est souverain, reliant les destins croisĂ©s du couple impĂ©rial aux simples mortels composĂ© par le teinturier Barak et son Ă©pouse…) se prĂȘte mal Ă  une adaptation scĂ©nique et thĂ©Ăątrale classique, un peu comme La damnation de Faust (moins opĂ©ra, plus ” lĂ©gende dramatique ” selon les propre termes de Berlioz). OpĂ©ra humaniste, conte magique et spirituel, La femme sans ombre reste pourtant une formidable expĂ©rience musicale et lyrique. VoilĂ  une production emportĂ©e par la rage flamboyante de Gergiev qui mĂȘme dans sa rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle emporte l’adhĂ©sion. Depuis sa direction au Mariinski en 1996, Gergiev s’est fait une spĂ©cialitĂ© des oeuvres complexes qui exigent surtout un flamboiement Ă©ruptif voire sauvage Ă  l’orchestre et des voix puissantes mais articulĂ©es.

Flamboiements du Gergiev straussien

CrĂ©Ă© en novembre 2009, la production passe sans problĂšme ni faiblesse le transfert de la scĂšne au petit Ă©cran : dans la mise en scĂšne de Jonathan Kent, les images fĂ©Ă©riques du monde de l’Empereur et de l’ImpĂ©ratrice  voisinent par leur decorum mesurĂ© et orientalisant Ă  cet univers russe, bigarrĂ© et hautement colorĂ©, citant ici le Sacre (dans la version du ballet originel), ou les opĂ©ras asiatiques et fantastiques  Sadko ou  KitĂšge. Le contraste avec la cuisine plĂ©bĂ©ienne d’un HLM miteux, propre au couple mortel du Teinturier fonctionne Ă  merveille : la femme desperate housewife dĂ©sespĂšre dans les tĂąches mĂ©nagĂšres ; sa coquetterie Ă©goiste l’empĂȘche d’Ă©couter son mari qui ne souhaite que de la voir heureuse en mĂšre de leurs enfants qui tardent Ă  venir…  cette lisibilitĂ© donne Ă  comprendre parfaitement la juxtaposition des mondes, qui doivent dialoguer, s’entendre et se comprendre pour ĂȘtre sauvĂ© chacun.
Allusivement, Hofmannshtal conçoit une vĂ©ritable dĂ©fense du couple en exhortant l’auditeur Ă  dĂ©tecter ce qui dans le couple de Barak bat de l’aile : l’absence d’une vĂ©ritable entente.

Pour sauver l’empereur condamnĂ© Ă  ĂȘtre pĂ©trifiĂ©, l’ImpĂ©ratrice et sa gouvernante doit approcher le monde humain, surtout s’Ă©mouvoir du sort de Barak : sans cette compassion salvatrice pas de salut, ni de rĂ©mission pour l’ImpĂ©ratrice comme pour la teinturiĂšre.
Les chanteurs de la troupe, dans cette captation de dĂ©cembre 2011 font montre d’un bel engagement, d’autant plus mĂ©ritoire que les rĂŽles sont redoutables. August Amonov (L’Empereur) peine dans les aigus, comme le Barak de Edem Umerov dont le chant et le style manque de subtilitĂ©. Plus Ă©vidente les deux femmes protagonistes: l’ImpĂ©ratrice de Mlada Khudolev aux aigus faciles, au chant soyeux, mais manquant de contrĂŽle, ses fins de phrases restent floues et jamais parfaites, et la gouvernante ardente, fiĂ©vreuse, incarnĂ©e avec intelligence et plus sĂ»re techniquement de Olga Savova.
Orchestre sauvage et flamboyant (Gergiev rĂ©ussit Ă  combiner foudres guerrriers et accents chambristes), scĂ©nographie claire et onirique, plateau engagĂ© Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre parfait, voici assurĂ©ment un dvd tout Ă  fait recommandable dans la dvdthĂšque straussienne pas si importante que cela s’agissant de La Femme sans ombre (Die Frau Ohne Schatten).

Richard Strauss (1864-1949) : Die Frau ohne Schatten / La femme sans ombre, opĂ©ra en trois actes. Mise en scĂšne : Jonathan Kent. ScĂ©nographie et costumes : Paul Brown. LumiĂšres : Tim Mitchell. VidĂ©ographie : Sven Ortel et Nina Dunn. ChorĂ©graphie : Denni Sayers. Distribution : Avgust Amonov : Der Kaiser ; Mlada Khudoley, Die Kaiserin ; Olga Savova, Die Amme ; Edem Umerov, Barak, der FĂ€rber ; Olga Sergeeva, Sein Weib ; Evgeny Ulanov, Der Geisterbote ; Liudmila Dudinova, Der HĂŒtter der Sshwelle des Tempels ; Alexander Timchenko, Erscheinung eines JĂŒnglings ; Tatiana Kravtsova, Die Stimme des Falken ; Lydia Bobokhina, Eine Stimme von oben ; Andrei Spekhov, Nikolai Kamenski et Andrei Popov, Des FĂ€rbers BrĂŒder. ChƓurs, chƓur d’enfant, ballet, figurants et orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg, direction : Valery Gergiev. RĂ©alisation pour la captation video : Henning Kasten. EnregistrĂ© les 5 et 6 dĂ©cembre 2011 au ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg. Format image : NTSC SD (720×480) – 16:9. 2 dvd Mariinsky MAR0543. DurĂ©e : 136’19’’ + 67’13’’.

Evasion Ă  Salzbourg

Salzbourg_KulturGrossesfestspielhausEvasion Ă  Salzbourg pour l’annĂ©e Richard Strauss 2014. DĂ©couvrez la citĂ© mozartienne traversĂ©e par la Salz Ă  l’occasion de l’annĂ©e Richard Strauss (nĂ© en 1864)… Pour le 150Ăšme anniversaire de la naissance de Richard Strauss, offrez-vous un sĂ©jour dans la ville de naissance de Wolfgang Amadeus Mozart. L’idĂ©e n’est pas si saugrenue si l’on se rappelle que Richard Strauss, – avec le poĂšte et librettiste Hugo von Hofmannsthal et l’homme de thĂ©Ăątre Max Reinhardt ont fondĂ© en 1922, le festival d’Ă©tĂ© de Salbourg : y rĂšgnent l’opĂ©ra et le thĂ©Ăątre, surtout Mozart Ă©videmment et les opĂ©ras de Strauss, depuis toujours interprĂ©tĂ©s par l’orchestre idoine, le Wiener Philharmoniker qui fait le dĂ©placement attendu, espĂ©rĂ© chaque Ă©tĂ©, de Vienne Ă  salzbourg : rien n’Ă©gale le raffinement hĂ©doniste de l’orchestre viennois dans Aridane auf Naxos ou justement (programmĂ© cette annĂ©e : lire notre agenda ci aprĂšs), Le chevalier Ă  la rose (Der rosenkavalier. Cf l’admirable version de Solti chez Decca en 1968, dĂ©jĂ , avec le miracle viennois des Wiener Philharmoniker).
EvĂ©nement majeur de l’agenda musical et lyrique en Europe, le festival de Salzbourg, l’un des plus anciens et des plus prestigieux, offre chaque Ă©tĂ© une programmation Ă©blouissante. L’annĂ©e Strauss peut ĂȘtre un excellent moyen d’en dĂ©couvrir toutes les facettes et les nombreux attraits (certes musical, mais aussi patrimonial et touristique, gastronomique et culturel : les plus enhardis profiteront par exemple de leur escapade Ă  Salzbourg pour aller aussi Ă  Hellbrunn, merveille baroque et son jardin d’eau qui fut l’Ă©crin de l’Orfeo de Monteverdi dĂšs le dĂ©but du XVIIĂšme siĂšcle). L’Autriche est une nation mĂ©lomane : les deux sites de Salzbourg et Hellbrunn, facilement accessible le temps d’un long week end (4 jours par exemple) vous le dĂ©montreront. Pour cĂ©lĂ©brer son co fondateur, le festival estival de Salbzourg 2014 affiche plusieurs Ă©vĂ©nements Richard Strauss que classiquenews rĂ©capitule ici:

 

 

 

5 événements Richard Strauss à Salzbourg

du 1er au 31 août 2014

 

 

Les MĂ©tamorphoses : Metamorphosen
pour sextuor de cordes
Mozarteum, grosser Saal, le 1er août 2014, 19h30
Gringolts Quartett & friends

Der Rosenkavalier
Le chevalier Ă  la rose
Grosses Festpielhauss, les 1,5,8,11,14,17,20 et 23 août 2014
Avec Krassimira Stoyanova, Sophie Koch, Mojca Erdmann, GĂŒnther Groissböck, Wiebke Lehmkuhl… Wiener Philharmoniker. Zubin Mehta, direction. Harry Kupfer, mise en scĂšne

Quatre derniers lieder
Grosses Haus, le 7 août 2014, 20h
Eva Maria Westbroek, soprano. Philharmonia Orchestra. Christoph Eschenbach, direction
Couplés avec la Symphonie n°9 de Bruckner

Concerts Symphoniques

Mort et transfiguration, Also sprach Zarathustra.
Grosses Haus, les 23 et 24 août 2014 à 11h
Wiener Philharmoniker. Gustavo Dudamel, direction

Une vie de héros : ein Heldenleben opus 40
Grosses Haus, le 31 août 2014, 11h
Concertgebouw Amsterdam. Mariss Jansons, direction

les infos et les modalités pratiques, billetterie sur le site du festival de Salzbourg 2014

 

 

Strauss : HĂ©lĂšne d’Egypte (1928)

STRAUSS_R_moustache_juene_golden_age_composer_straussDossier opĂ©ra. Richard Strauss : HĂ©lĂšne d’Egypte (1928). GenĂšse, enjeux, synopsis. HĂ©lĂšne d’Egypte ou HĂ©lĂšne Egyptienne … Avec Elektra, DaphnĂ©, L’Amour de DanĂ©e,  HĂ©lĂšne Ă©gypienne raconte un Ă©pisode (inĂ©dit voire imaginaire) de l’histoire antique. Strauss n’a cessĂ© d’illustrer la force et la violence des mythes inspirĂ©s par l’AntiquitĂ© et la mythologie grecque. Mais dans deux directions apparemment antinomiques qui ne manquent pas d’enrichir la tension de chaque ouvrage : d’une part, la flamboyance d’une orchestre suractif, philharmonie permanente exprimant, commentant, infirmant parfois le chant des protagonistes sur la scĂšne ;  d’autre part, l’intimisme ardent d’une Ă©criture ciselĂ©e qui, mettant en avant le verbe (au point d’ĂȘtre taxĂ© souvent de bavardage), sert surtout les dialogues entre les hĂ©ros. Entre comĂ©die verbale oĂč rĂšgne le chambrisme du chant, et de superbes Ă©vocations orchestrales qui convoquent la profondeur de sentiments sertis ou qui rendent tangibles souffle et spectaculaire de l’Ă©popĂ©e hĂ©roĂŻque et lĂ©gendaire, chaque chef doit trouver le juste Ă©quilibre comme la bonne dynamique pour prĂ©server,  la solennitĂ© des tableaux, l’intelligibilitĂ© du texte et la continuitĂ© de l’action thĂ©Ăątrale.

 

 

HĂ©lĂšne d’Egypte,
opéra psychologique

 

Hofmannsthal_portraitEn outre, au moment de la conception thĂ©Ăątrale, Strauss et son librettiste entendent Ă©clairer la cohĂ©rence psychologique de chaque personnage et aussi servir un thĂšme que le compositeur aime illustrer sous l’influence du poĂšte Hugo von Hofmannsthal avec lequel il a constituĂ© un duo miraculeux : la mĂ©tamorphose qui rĂ©vĂšle le hĂ©ros ou l’hĂ©roĂŻne Ă  leur vĂ©ritable identitĂ©, dyonisienne ou apollinienne, introspective et solitaire ou compatissante, altruiste et fraternelle. Exclusion ou intĂ©gration, chaque protagoniste fait l’expĂ©rience d’une ” catastrophe ” qu’il partage avec le spectateur tout au long du drame jusqu’Ă  l’accomplissement de la scĂšne finale qui en est la rĂ©solution ultime. Le cas le plus flagrant ici en est la derniĂšre scĂšne de DaphnĂ© oĂč la nymphe fusionne avec la nature en se mĂ©tamorphosant en arbre laurier, car depuis le dĂ©but pourtant sollicitĂ©e par le dĂ©sir du berger Leucippe et d’Apollon dans un premier temps, DaphnĂ© n’aspire qu’Ă  rĂ©aliser sa nature contemplative et apollinienne, Ă©cartant dĂ©finitivement toute sensualitĂ© charnelle. En fin d’action, elle rĂ©alise parfaitement son essence solitaire et abstraite. Elle se pĂ©trifie (au sens premier du terme) : quittant son enveloppe humaine et organique pour un Ă©tat non Ă©motionnel.

 

révélation de sa nature profonde

Il s’agit dans tous les cas d’effacer l’oeuvre des artifices et des intrigues pour affronter en un rituel irrĂ©versible et dĂ©cisif voire salvateur, la vĂ©ritĂ© pour chacun. Cette rĂ©vĂ©lation ne peut se rĂ©aliser sans le concours de l’autre : rencontre, confrontation, comprĂ©hension profonde …  Tel serait le sens profond de l’opĂ©ra HĂ©lĂšne d’Egypte, une  clĂ© de comprĂ©hension qui explique la structure et la dramaturgie de l’opĂ©ra conçu par Hofmannsthal et Strauss. L’ouvrage sera ensuite rĂ©visĂ© par le chef Clemens Kraus avec l’aval du compositeur en 1933.  Il s’agit de la derniĂšre oeuvre recueillant les fruits d’une prodigieuse collaboration, celle de Strauss et de son librettiste, le poĂšte Hofmannsthal qui devait mourir en 1929.

 

le salut d’HĂ©lĂšne passe par la conscience de MĂ©nĂ©las

Poussin_muse_apollon_sireneHofmansthal choisit de faire d’HĂ©lĂšne une anti Isolde, femme sĂ©ductrice (douĂ©e de toutes les sĂ©ductions orientales) tournĂ©e non vers la nuit extatique, en une ivresse nocturne qui dissout toute conscience (Isolde au II)Ăše acte de Tristan und Isolde de Wagner), mais vers la lumiĂšre pour affronter le regard de l’Ă©poux qu’elle a trompĂ© (avec Paris) : MĂ©nĂ©las voit ainsi sa femme revenir Ă  lui : saura-t-il lui pardonner ? La volontĂ© d’assumer sa faute fait d’HĂ©lĂšne une figure admirable de loyautĂ© recouvrĂ©e ; elle permet surtout Ă  MĂ©nĂ©las d’Ă©voluer au delĂ  de ses propres limites. Le couple se trouve sublimĂ© et transfigurĂ© par cette expĂ©rience dĂ©sormais vĂ©cue Ă  2. Les deux concepteurs inventent l’Ă©pisode d’HĂ©lĂšne en Egypte (aprĂšs l’Ă©pisode homĂ©rique qui Ă©voque surtout le siĂšge de Troie pour y dĂ©livrer la belle retenue captive).
Revenue de son amour pour PĂąris jĂ  Troie, HĂ©lĂšne paraĂźt ici comme coupable et fautive, souhaitant s’amender vis Ă  vis de son Ă©poux de l’infidĂ©litĂ© qui la ronge et la dĂ©truit. L’Ă©pisode Ă©gyptien est pour HĂ©lĂšne, l’histoire de sa rĂ©demption non plus comme sirĂšne sensuelle mais comme Ă©pouse et femme loyale.

 

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A ses cĂŽtĂ©s, MĂ©nĂ©las (qui incarne comme l’ordre moral un rien psychorigide : la raison, le mariage, les lois de la famille) Ă©prouve aussi les Ă©tapes d’un itinĂ©raire en mĂ©tamorphoses qui le mĂšne du mari cocufiĂ© pĂ©trifiĂ© dans son humiliation vers un ĂȘtre nouveau capable de se rĂ©gĂ©nĂ©rer et de pardonner Ă  HĂ©lĂšne. Strauss et Hofmannsthal permettent donc deux carriĂšres simultanĂ©es et presque parallĂšles dont l’une permet la rĂ©demption de l’autre, et vice versa. MĂ©nĂ©las tente de se dĂ©faire de la collectivitĂ© masculine (conforme, absente au changement) pour atteindre cette individualitĂ© absente au dĂ©part, qui lui permet ensuite d’exprimer et de vivre enfin le salut du pardon. HĂ©lĂšne, l’HĂ©lĂšne polygame de l’Orient, sĂ©ductrice collectionneuse d’aventures et de conquĂȘtes souhaite elle aussi un nouveau statut ou une nouvelle conscience, appartenir entiĂšrement Ă  son Ă©poux, ĂȘtre reconnue de lui, ĂȘtre pardonnĂ© de ses fautes passĂ©es.
Il y a bien un parallĂšle avec La femme sans ombre : contrairement Ă  l’Empereur, MĂ©nĂ©las ici Ă©volue et change spirituellement, passant de la pĂ©trification psychique au pardon, MĂ©nĂ©las peut enfin comprendre son Ă©pouse et l’aimant pour ce qu’elle est viscĂ©ralement, refonder leur mariage contre le mensonge d’une frivolitĂ© sensuelle. De mĂȘme, les personnages clĂ©s de l’ImpĂ©ratrice comme de la TeinturiĂšre illustrent ce passage de l’Ă©goĂŻsme narcissique (la premiĂšre veut une ombre, la seconde veut s’enivrer au bras du jeune homme fantomatique) Ă  l’amour pur rĂ©conciliant les Ă©poux. C’est aussi l’application du principe de l’allomatie : chaque destin se trouve dĂ©pendant les uns des autres. Aucun ĂȘtre ne peut rĂ©aliser son salut sans le concours de l’autre. Une belle allĂ©gorie de la compassion et de la fraternitĂ©.

 

LĂ  encore, la fresque antiquisante sert un drame construit comme l’approfondissement d’une reconnaissance partagĂ©e (qui s’achĂšve par l’apologie du couple comme La Femme sans ombre), d’un humanisme individuel aussi (car la rĂ©ussite des deux dĂ©pend de la transformation individuelle de chaque) ; une rĂ©vĂ©lation vĂ©cue Ă  deux qui prend souvent la forme d’un thĂ©Ăątre domestique car comme c’est le cas de beaucoup d’opĂ©ras de Strauss, contredisant la flamboyance symphonique de la fosse (ou plutĂŽt la complĂ©tant et l’enrichissant), l’ouvrage est trĂšs bavard, imposant toujours la force et la tension du texte, un verbe souvent symbolique et spirituel, propre Ă  l’idĂ©al fraternel et humaniste de Hugo von Hofmannsthal.  Ici le mythe rejoint le rĂ©alisme d’un fait divers.

 

 

Synopsis

Acte I. Les sortilĂšges d’AĂŻthra sauve HĂ©lĂšne de MĂ©nĂ©las. Sur son Ăźle non loin du littoral Ă©gyptien, AĂŻthra attend le retour de son amant PosĂ©idon. La conque omnisciente lui dĂ©voile alors ce que se trame sur l’ocĂ©an : sur un navire proche de l’Ăźle, MĂ©nĂ©las furieux tente de tuer son Ă©pouse traĂźtresse HĂ©lĂšne. AĂŻthra suscite une terrible tempĂȘte pour sauver la femme ; le couple fait naufrage sur l’Ăźle. AĂŻthra pour tromper MĂ©nĂ©las lui fait boire la coupe de l’oubli : la magicienne l’informe que la guerre de Troie reprend et qu’HĂ©lĂšne l’attend toujours en son palais Ă©gyptien. En outre, HĂ©lĂšne rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e (Ă  qui AĂŻthra a fait boire un filtre de jouvence !) paraĂźt dans toute sa beautĂ© saisissante : MĂ©nĂ©las pense alors avoir rĂ©llement tuer HĂ©lĂšne et Paris ; son Ă©pouse fidĂšle l’attend toujours, alors qu’Ă  Troie, il s’agissait d’une illusion fantomatique.

 

Acte II. Une oasis dans une palmeraie de l’Atlas. MĂ©nĂ©las et HĂ©lĂšne sont accueillis par les vassaux d’AĂŻthra : AltaĂŻr, prince de l’Atlas et son fils Da-ud ; ces deux derniers Ă©blouis par la beautĂ© d’HĂ©lĂšne lui font aussitĂŽt une cour assidue. MĂ©nĂ©las qui pense cependant avoir tuĂ© HĂ©lĂšne et Paris, doute de l’identitĂ© de celle qui prĂ©tend ĂȘtre HĂ©lĂšne. La jeune beautĂ© dĂ©cide alors d’affronter son destin : elle fera boire le philtre du souvenir Ă  son Ă©poux soupçonneux pour qu’il comprenne ce qu’elle a fait, pour qu’il lui pardonne, comprenant enfin son dĂ©sarroi et sa volontĂ© refonder leur couple dans la fidĂ©litĂ© et le mariage. Le miracle se produit : MĂ©nĂ©las reconnaĂźt sa femme et l’accepte par amour. MĂ©nĂ©las tue Da-ud et AlthaĂŻr doit se soumettre aprĂšs l’intervention de PosĂ©idon priĂ© par AĂŻthra. Apologie du couple refondĂ©, le tableau final voit leur fille, Hermione, conduire ses parents pacifiĂ©s, MĂ©nĂ©las et HĂ©lĂšne jusqu’Ă  Sparte.

 

CD
strauss_helene_egypte_egyptienne_decca_cdLa seule version digne d’intĂ©rĂȘt demeure la lecture d’Antal Dorati, Ă  la tĂȘte du Detroit Symphony Orchestra (dont il fut directeur musical de 1977 Ă  1981), enregistrĂ©e Ă  Detroit en 1979. Inimaginable aujourd’hui depuis la crise financiĂšre, le projet s’avĂšre aussi somptueux que pertinent, Ă  la mesure d’une partition autant vocale que symphonique. La distribution Ă©tonne par sa fine caractĂ©risation : Barbara Hendricks (AĂŻthra fĂ©minine et complice d’HĂ©lĂšne, entre amoureuses, le courant passe  et cette Aithra est bien une fidĂšle protectrice pour la jeune grecque ; en dĂ©pit d’un piĂštre allemand, la soprano offre d’Aithra un portrait tendre et ardent); Ă  ses cĂŽtĂ©s, l’HĂ©lĂšne de Gwyneth Jones est stupĂ©fiante, d’embrasement lyrique, une muse hollywoodienne qui se montre de plus en plus proche de MĂ©nĂ©las (honnĂȘte Matti Kastu aux aigus trop faibles et savonnĂ©s). DĂ©jĂ  l’Altair de Willard White accroche l’Ă©coute par sa noblesse dĂ©bordante : arrogance et nervositĂ© du prince oriental, vite Ă©conduit. Les mille couleurs de l’orchestre offrent une fresque toute en accents, vitalitĂ©, rugissements, mais aussi ivresse flamboyante (les deux finals) sont ici passionnants. Une nuance d’humanitĂ© cependant manque Ă  cette intĂ©grale trĂšs recommandable. 2 cd Decca.

 

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Ariane Ă  Naxos de Strauss Ă  Toulon

toulon_582_ariane_toulonToulon, OpĂ©ra. Ariane Ă  Naxos : 14, 16, 18 mars 2014. Sur son rocher (sur l’Ăźle de Naxos), la belle mais tragique Ariane, abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e (qu’elle a pourtant sauvĂ© du labyrinthe et des griffes du Minotaure) se lamente: coeur Ă©perdu, trahi, sans espoir, sans avenir ; Ăąme vouĂ©e Ă  la mort.

 

 

Richard Strauss
Ariane Ă  Naxos
Toulon, Opéra
Les 14, 16, 18 mars 2014

Direction musicale :  Rani Calderon
Mise en scÚne  : Mireille Larroche
Décors :  Nicolas de Lajartre
Costumes :  DaniÚle Barraud
LumiÚres :  Jean-Yves Courcoux

Ariane,  Jennifer Check
Zerbinetta,  Julia Novikova
Le compositeur,  Christina Carvin
Naïade,  Léonie Renaud
Dryade,  Charlotte Labaki
Echo,  Marion Grange
Bacchus,  Kor-Jan Dusseljee
Arlequin / Le maßtre de musique,  Charles Rice
Truffaldino,  Pierre BessiÚre
Le maßtre de ballet / Brighella,  Cyrille Dubois
Scaramouche,  Loïc Félix
Un laquais,  Fabien Leriche
Un perruquier,  Jacques Catalayud
Le majordome,  Martin Turba

 

 

 

 

Amour tragique, amour comique

 

 

Strauss richardA ses cĂŽtĂ©s, Zerbinette sa suivante qui ne partage pas cette vision sombre et grave de la vie et s’amuse des peines amoureuses, prĂ©fĂ©rant cultiver les aventures, collectionne amants et rencontres d’un jour, avec cette lĂ©gĂšretĂ©, bouclier et masque contre l’angoisse et la dĂ©pression… Strauss et Hoffmansthal mĂȘlent les genres : sĂ©rieux, hĂ©roĂŻque et comique badin. Heureusement, Ariane rencontre Bacchus qui l’invite Ă  une ivresse salvatrice : la princesse affligĂ©e ressuscite enfin, illuminĂ©e par l’amour du jeune dieu du vin. Saine mĂ©tamorphose d’une amoureuse rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

Dans l’ouvrage, Strauss et son poĂšte librettiste Hugo von Hoffmansthal, l’un des duos opĂ©ratiques les plus miraculeux de l’histoire de l’opĂ©ra, comme l’incarnent aussi Mozart et Da Ponte, ou avant au XVIIĂš, Monteverdi et Busenello; pour l’heure, Strauss et Hofmannsthal imaginent la reprĂ©sentation dans la maison du plus riche parti de Vienne : c’est la premiĂšre partie de l’ouvrage, un thĂ©Ăątre dans l’opĂ©ra oĂč les trĂ©teaux sont plantĂ©s pour que, auprĂšs des hĂ©ros antiques, s’aiment et rient les acteurs italiens de la Commedia dell’arte.

Jamais opĂ©ra ne fut plus subtil, plus riche, plus subtil et poĂ©tique: hommage aux comĂ©dies-ballets de MoliĂšre et de Lully, Ariane Ă  Naxos (Ariadne auf Naxos) est rĂ©visĂ©e aprĂšs sa crĂ©ation, recoupĂ©e, retravaillĂ©e : au prĂ©lude, le compositeur imagine la prĂ©paration des acteurs et chanteurs pour la reprĂ©sentation proprement dite (agitation, heurts entre artistes, dĂ©lire et angoisse mais aussi manifeste esthĂ©tique du jeune compositeur sur la scĂšne); puis, dans l’opĂ©ra proprement dit : action mythologique Ă  laquelle Strauss et Hoffmannsthal associent le rire rĂ©enchanteur des comĂ©diens comiques (Arlequin, Zerbinette, Truffaldino, Scaramuccio…) autant de gentils clowns dont le chant contraste avec le lamento d’une Ariane en crise dĂ©pressive…  mais heureusement pas pour longtemps car Hofmannsthal sait cultiver un thĂšme particuliĂšrement cher : la salut des Ăąmes douloureuses, la mĂ©tamorphose qui peut encore sauver les hommes et le monde. Beau message humaniste. Le rĂ©sultat est Ă©clatant.

 

 

Elektra de Richard Strauss

elektra_opera_bastille_2013Elekra de Strauss … Paris, OpĂ©ra Bastille, jusqu’au 1er dĂ©cembre 2013  …   La piĂšce de Wilde, Elektra cimente l’une des collaborations les plus fructueuses Ă  l’opĂ©ra, aprĂšs celle de Mozart et Da Ponte ou avant eux, Monteverdu et Busenello, Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal : ils se rencontrent pour produire d’aprĂšs la piĂšce de thĂ©Ăątre de Oscar Wilde, un opĂ©ra efficace, fulgurant, sauvage, dĂšs 1906.
Orchestre gigantesque, voix poussĂ©es dans leurs derniers retranchements, le post-wagnĂ©risme flambe une derniĂšre fois dans cette tragĂ©die en un acte d’une violence et d’une noirceur inouĂŻes. Dans Elektra, les forces de la psychĂ© sont Ă  l’oeuvre : comment une fille peut-elle rompre le lien Ă  la mĂšre ? C’est Ă  dire achever de rĂ©aliser sa vengeance sur celle qui a fait assassiner son pĂšre pour en Ă©pouser un autre… Ivre d’impuissance, Ă©prouvant Ă  son comble le sentiment de l’injustice, l’hystĂ©rique ne parvient pas Ă  surmonter l’horreur d’un drame familial. Et tout est lĂ , dans les rugissements fauves d’un orchestre apocalyptique qui pourtant expriment l’insoutenable folie d’une seule Ăąme Ă©prouvĂ©e. Un orchestre ocĂ©an, miroir d’une solitude apeurĂ©e… Avec Elektra, Richard Strauss dĂ©montre qu’il est dĂ©sormais possible de composer un opĂ©ra aprĂšs Wagner.

Richard Strauss (1864-1949)
Elektra, 1909
LIVRET DE HUGO VON HOFMANNSTHAL
TRAGÉDIE EN UN ACTE, OP. 58 (1909)

Robert Carsen, mise en scĂšne

Paris, Opéra Bastille, du 27 octobre au 1er décembre 2013.

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