CD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 DIVAS SUR LE RING : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 divas sur le ring : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIè, les deux divas vedette de l’Ă©curie Sony classical s’offrent comme Ă  l’Ă©poque du Haendel londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchĂ©rissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulĂ©es au XVIIIè Ă  Londres (Haymarket royal opĂ©ra) entre autres ce 6 juin 1727 dans un opĂ©ra : Astianatte de Bononcini … Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni s’y sont affrontĂ©es jusqu’au pugilat et crĂŞpage de chignons, ce malgrĂ© la prĂ©sence de l’assistance de la princesse de Galles : l’agilitĂ©, mais aussi l’Ă©tendue de la tessiture (aigus très haut perchĂ©s), l’habilitĂ© Ă  colorer et nuancer sa propre expressivitĂ© sont de rigueur. Pourtant outre la suprĂŞme virtuositĂ©, il faut surtout une justesse de ton, une expressivitĂ© et une style qui privilĂ©gient en particulier la finesse intĂ©rieure sur la seule carrure tapageuse et dĂ©monstrative. D’autant que pour se distinguer, le programme du cd Sony classical regroupe plusieurs airs d’opĂ©ras mĂ©connus voire inĂ©dits signĂ©s des Ă©milo-vĂ©nitiens : Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo, ou des compositeurs – plus connus, qui se sont formĂ©s Ă  Naples, tels Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…  Alors laquelle des deux s’impose en primadonna assoluta ? La Genaux-Bordoni, ou La Kermes Cuzzoni ? Vous saurez tout dans notre prochaine critique complète Ă  paraĂ®tre dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD, annonce. RIVAL QUEENS. 2 DIVAS SUR LE RING : La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD. Mozart : les nouvelles Noces de Figaro par Teodor Currentzis

Mozart_currentzis_nozzeCD Ă  venir. Mozart : Les Noces de Figaro. Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical. Un sang neuf nous viendrait-il de Russie ? Celui qui scrupuleux dans la prĂ©cision des options interprĂ©tatives restitue comme Harnoncourt depuis le dĂ©but de son aventure, chez Monteverdi hier … aujourd’hui chez Mozart, une frĂ©nĂ©sie suractive qui rĂ©tablit l’Ă©nergie sanguine, physique, organique de la musique, devrait se distinguer dans ces nouvelles Nozze de Mozart Ă  paraĂ®tre chez Sony classical en fĂ©vrier 2014. Teodor Currentzis (nĂ© en Grèce en 1972) s’attèle Ă  un projet ambitieux oĂą le chant mozartien a usĂ© maints baroqueux et des plus illustres. Le challenger de Gergiev, nouveau maestro initiĂ© aux approches historiquement informĂ©es,  inaugure son contrat nouvellement signĂ© avec Sony. L’Ă©lève d’Ylia Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (comme Gergiev et Byshkov), dont on a ici mĂŞme louĂ© Didon et EnĂ©e de Purcell (avec dĂ©jĂ  la dĂ©concertante Simone Kermes – laquelle aimerait tant rivaliser avec Cecilia Bartoli…), s’attaque  sur instruments anciens (ceux de son orchestre Musicaeterna), Ă  la trilogie mozartienne avec ce premier volet dĂ©diĂ© aux Nozze. Cosi puis Don Giovanni suivront ensuite chez le mĂŞme Ă©diteur, respectivement Ă  l’automne 2014, puis d’ici la rentrĂ©e 2015.

 

 

 

Teodor Currentzis signera-t-il pour Sony des Nozze décisives ?

RĂ©inventer les Noces

 

L’AthĂ©nien impĂ©tueux dĂ©fend ses conceptions musicales depuis Perm, ancienne citĂ© florissante grâce Ă  la fabrication des armes dont il fait depuis quelques annĂ©es (Ă  partir de 2011 prĂ©cisĂ©ment quand il fut nommĂ© directeur musical de l’OpĂ©ra local) un nouveau foyer lyrique et musical de premier plan… C’est Ă  Perm que le chef a rĂ©uni instrumentistes et chanteurs pour enregistrer Les Noces de Figaro de Mozart. RĂ©vĂ©lĂ© comme chef principal Ă  l’OpĂ©ra de Novosibirsk (2004-2010), Currentzis a affirmĂ© un tempĂ©rament intensĂ©ment dramatique avec son partenaire et homme de théâtre Dmitri Tcherniakov dont la scĂ©nographie expressionniste et âpre, dĂ©voilant les fissures profondes d’ĂŞtre dĂ©calĂ©s ou inadaptĂ©s a de facto renouvelĂ© la perception des oeuvres abordĂ©es avec le chef grec : Aida (2004), Macbeth (2008), Wozzeck (2009), Don Giovanni (2010, prĂ©sentĂ© Ă  Aix)…

En vĂ©ritĂ© sa première approche des Nozze remonte Ă  2008 : dĂ©jĂ  dĂ©poussiĂ©rĂ©es et comme rĂ©vitalisĂ©es par une direction palpitante voire haletante. Fougueux, prĂŞt Ă  toutes les audaces comme Ă  tous les dĂ©fis, le jeune maestro aime relire, dĂ©poussiĂ©rer, rĂ©inventer ce geste audacieux qui a fait la valeur des pionniers de la rĂ©volution baroque depuis les annĂ©es 1960. C’est pourquoi afficher son nom sur une production est souvent l’indice d’une rĂ©appropriation originale et personnelle de la partition concernĂ©e.
Pour autant, sa furie énergique est-elle juste et légitime dans ses choix ? Que vaut son Mozart et sa direction lyrique au regard des options et des choix esthétiques assumés ?

 

 

Currentzis, directeur Ă©lectrique

 

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CĂ´tĂ©s chanteurs, les variations et cadences improvisĂ©es sont rĂ©tablies (abellimenti – embellissements, usage familier Ă  l’Ă©poque) ; les vibrato Ă©videmment exclus sauf s’ils sont justifiĂ©s par la situation ; en chef esthète critique et analytique, Currentzis surprend surtout par l’activitĂ© de la musique, la palette dynamique d’un orchestre pĂ©tillant, pĂ©tulant, sĂ©millant oĂą la participation permanente du pianoforte (rĂ©citatifs et tutti orchestraux, comme si Mozart lui-mĂŞme dirigeait tout en improvisant et jouant de son forte-piano – hammerklavier-), la couleur fondante et liante du luth (plus inhabituel) … font la diffĂ©rence ; les cors redoublent de mordant, les cordes exultent souvent. Or il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de dĂ©tails. La vitalitĂ© fiĂ©vreuse qu’affirme et cisèle le chef quadra exprime souvent vertiges, aspirations, langueurs, la sauvagerie comme la spiritualitĂ© d’une partition essentiellement de rupture et rĂ©volutionnaire. Tout s’agence pour une relecture vive et haletante du chef d’oeuvre de Mozart et de Da Ponte. L’architecture et la gestion des contrastes, la pulsation, l’Ă©quilibre des balances, le jeu nerveux et hypersensible du chef pourrait bien signer une nouvelle rĂ©fĂ©rence de l’opĂ©ra mozartien. Contre les effets de la simplification, voilĂ  un geste engagĂ© qui rugit et murmure avec une intensitĂ© Ă©ruptive. Et les milles dĂ©tails s’invitant dans le tourbillon du geste comme du banquet orchestral prĂ©servent surtout la furieuse tension de la partition. De quoi nous mettre en appĂ©tit et annoncer ainsi une trilogie Ă  suivre… Tant de louables intentions et la rĂ©alisation dramatique sauront-ils nous sĂ©duire ?

 

 

RĂ©ponse dans le mag cd de classiquenews.com d’ici dĂ©but fĂ©vrier prochain. Parution des Nozze di Figaro par Teodor Currentzis : le 17 fĂ©vrier 2014 (3 cd Sony classical).

 

CD. Simone Kermes : Bel canto ( 1 cd Sony classical)

CD. Simone Kermes : Bel canto ( 1 cd Sony classical) …  Diva abonnĂ©e aux risques et aux rĂ©citals conçus comme de surprenants pots pourris (au sens du XIXème : combinant airs cĂ©lĂ©brimissimes et inĂ©dits Ă  fort potentiel), la diva Simone Kermes signe un nouvel album indiscutablement exaltant offrant dans ce panorama bel cantiste, – Ă  part Monteverdi, unique immersion baroque, et qui fait figure de très beau ressourcement aux origines-, une leçon de romantisme vocal ou de Bel Canto romantique.

Aux cĂ´tĂ©s des airs très connus et abordĂ©s (voire sublimĂ©s) par les plus grandes avant elle (dont Ă©videmment CaballĂ© pour ici Casta diva et I Masnadieri…), Simone Kermes Ă©claire plusieurs avatars du sentiment romantique selon les auteurs, de Rossini (extraits de Maometto II et Semiramide), Bellini (Norma, Adelson e Salvini), surtout Donizetti dont le piquant lui va Ă  ravir (lire ci après), enfin les Verdi de jeunesse, celui guerrier et très ouvertement patriote de I Masnadieri et particulièrement Attila : l’Ă©pĂ©e vocale qu’y brandit l’hĂ©roĂŻne Odabella, est pleine d’Ă©clat et d’esprit de conquĂŞte : une lame qui est comme la voix affĂ»tĂ©e, osant tout, y compris l’assurance d’aigus lumineux.
De toute évidence, sa voix blanche, de baroqueuse assumée, au vibrato très contrôlé, accordée à une technique de vraie coloratoure souvent insolente qui lui permet de vocaliser autant de variations libres, confirme un vrai tempérament vocal et dramatique.

 

 

Simone Kermes, bel cantiste accomplie

 

kermes_simone_bel_canto_sony_classical_bel_cantoL’excellent Mercadante (Virginia d’ouverture, Naples 1866) affirme sa nature idĂ©ale en coquette triomphante (un caractère très wĂ©bĂ©rien et aussi Straussien, celui de  La Chauve souris), associant du piquant et de la tendresse virevoltante. MĂŞme instinct musical remarquable pour ses Donizetti, frappĂ©s d’une belle audace (avec ce mordant expressif parfaitement Ă©noncĂ© pour  la rare et captivante Betly – Naples 1836-, dont les accents buffa annoncent l’astucieuse Norina de Don Pasquale de 1843) ; ses Bellini, sont tendres, et ses Verdi (I Masnadieri) plus intĂ©rieures et tragiques, dĂ©voilent une sensibilitĂ© aiguĂ« d’amoureuse plus grave, nous offrant comme variations, (et se distinguant de son aĂ®nĂ©e Montserrat CaballĂ© lĂ©gendaire ici), des cascades de vocalises parfaitement enfilĂ©es : l’indice d’une superbe actrice, n’hĂ©sitant pas Ă  la diffĂ©rence de nombre de ses consĹ“urs moins audacieuses, Ă  affirmer un vrai format dramatique qui passe essentiellement par une maĂ®trise technicienne impressionnante et un style prĂŞt Ă  en dĂ©coudre.

Moins convaincante cependant dans Mozart, Simone faiblit dans le plus classique des romantiques : sa Reine de la nuit patine surtout dans le second air, plus mitraillée voire mécanique.

Quoiqu’il en soit la diva Ă©merveille dans le choix des airs, très habilement enchaĂ®nĂ©s : une galerie d’hĂ©roĂŻnes romantiques dont elle maĂ®trise toutes les facettes tĂ©nues de ce bel canto synonyme grâce Ă  sa conception d’Ă©lĂ©gance lĂ©gère, de virtuositĂ© subtilement expressive. Au registre de la tendresse, Adelson e Salvini, ouvrage du premier Bellini (Naples 1825) fait rayonner la langueur crĂ©pusculaire portĂ©e Ă  son sommet dans Casta diva (Norma 1831) : sur la harpe enchantĂ©e, la voix de la soprano trouve ici et lĂ , pour Nelly comme pour Norma, le ton juste entre naturel et Ă©lĂ©gance : une Ă©vidente comprĂ©hension de l’art du bel canto, de nature extatique, sans jamais perdre le relief ni la tension articulĂ©e du texte (très beau legato pour le chant Ă©lĂ©giaque de la prĂŞtresse gauloise. De toute Ă©vidence, une superbe incarnation qui assoit si nous en doutions, la musicalitĂ© souveraine de la diva.

Quant au style rossinien, sa seule Semiramide (Venise 1823), d’un aplomb plus classique et d’une grâce Ă©thĂ©rĂ©e, avec ses cascades parfaitement filĂ©es elles aussi, confirme la très grande classe d’une pyrotechnicienne de haut vol. Son ” Bel raggio lusinghier “, modèle de dĂ©claration amoureuse princière classe d’emblĂ©e ” La Kermes ” parmi les plus habitĂ©es : musicalitĂ©, technique, style, surtout feu exaltĂ©/exaltant : d’une belle santĂ© vocale, la diva double sa maĂ®trise technicienne d’une incarnation stylĂ©e, d’un angĂ©lisme clair et cristallin qui foudroie. Quelle classe !

En Ă©gĂ©rie romantique, ambassadrice d’un rĂ©cital Ă©patant, la diva Simone Kermes convainc absolument entre haute virtuositĂ© coloratoure et incarnation dramatique subtilement nuancĂ©e. Prolongeant ses prĂ©cĂ©dents ” dĂ©lires ” baroques (Vivaldi), la muse romantique (qui s’affiche ainsi en couverture, nous promettant la lĂ©vitation) atteint Ă©videmment son objectif. Et ce n’est pas la complicitĂ© des instrumentistes du Concerto Köln qui dĂ©ment une telle rĂ©ussite musicale. Superbe rĂ©cital.

 

Simone Kermes, soprano. Bel canto. Bellini, Rossini, Donizetti, Verdi, Mercadante, Monteverdi …   1 cd Sony classical