POITIERS, TAP. Création : HYPNOS par La Tempête

empete-poitiers-TAP-hypnos-critique-annonce-classiquenews-UNE-582POITIERS, TAP. Mar 4 janvier 2022, 20h30. La TEMPĂŠTE : Hypnos. L’emprise et l’envoĂ»tement des songes en texture polyphonique… La Compagnie La tempĂŞte insuffle nerf et contraste dans une dramaturgie qui recompose les Ă©lĂ©ments ordinaires de la liturgie musicale… Hypnos, dieu du sommeil, peut endormir aussi bien les hommes que les dieux, au point qu’HĂ©ra le nomme « maĂ®tre des hommes et des dieux ». Hypnos inspire la nouvelle crĂ©ation de La TempĂŞte, ensemble enchanteur, qui conçoit ici une magnifique traversĂ©e polyphonique de la musique religieuse, entre autres… Ici la musique s’entend comme baume des âmes et Ă©lĂ©vation spirituelle ! Simon-Pierre Bestion, leader du collectif, sĂ©lectionne dans onze siècles de musiques sacrĂ©es : Requiem du 15e et du 20e, Kyrie surgi de la Rome du 11e, parsemĂ©s de rebonds contemporains avec Da pacem Domine d’Arvo Pärt. La TempĂŞte, qui a enregistrĂ© Color Ă  l’automne 2020 au TAP, aime surprendre et faire chavirer les âmes des auditeurs dans un rapport sensoriel Ă  la musique. L’écoute se fait expĂ©rience… Dans ce nouveau projet, 8 chanteurs fusionnent leurs voix aĂ©riennes et incarnĂ©es, pour un appel entre deux mondes, spirituel et mystique, avec effets psychotropes des musiques nocturnes et funĂ©raires… Polyphonie suprĂŞme au royaume des songes…

POITIERS, TAP, création
HYPNOS par La TempĂŞteboutonreservation
Mardi 4 janvier 2022, 20h30
RĂ©servez directement au TAP, vos places
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/la-tempete/

Tarif M – Places numĂ©rotĂ©es

https://www.tap-poitiers.com/infos-pratiques/infos-pratiques-spectacles/tarifs-spectacle/#js-accordion-1

Durée : 1h20

Simon-Pierre Bestion, conception, arrangements et direction
Alice Kamenezky, Ileana Ortiz, sopranos
Cécile Banquey, Hélène Richaud, mezzo-sopranos
Édouard Monjanel, Samuel Zattoni-Rouffy, ténors
Eudes Peyre, Jean-Christophe Brizard, basses
Adrien Mabire, cornet Ă  bouquin
Matteo Pastorino, clarinette basse
Marianne Pelcerf, création lumières

> John Tavener (1944-2013)
Song for Athene – Composé en 1993, en mémoire et suite à la disparition de l’actrice Athene Hariades ;
> Pierre de Manchicourt (1510-1564)
IntroĂŻt, extrait de la messe de requiem ;
> Olivier Greif (1950-2000)
Requiem, extrait n°1 du Requiem ;
> Heinrich Isaac (1450-1517)
Quis dabit capiti meo aquam – Composé en 1492, en mémoire de Lorenzo de Medici, ami et employeur d’Isaac ;
> Ludwig Senfl (1486-1543)
Kyrie, extrait de la Missa Paschalis ;

Chant vieux-romain de l’église de Rome (XIe siècle)
Kyrie in natale Domini ;

> Giacinto Scelsi (1905-1988)
Requiem, extrait des Tre canti sacri ;
> Marcel Pérès (1956)
Gloria, extrait de la Missa ex tempore ;
> Chant vieux-romain de l’église de Rome (XIe siècle)
Alleluia. Pascha nostrum ;
> Pedro de Escobar (c.1465-1554)
Sanctus & Benedictus, extraits de la messe de requiem ;
> Marbriano de Orto (c.1460-1529)
Guimel, extrait des Lamentations Hieremiae prophetae ;
> Arvo Pärt (1935)
Da pacem Domine – Composé en 2004, en mémoire des victimes des attentats de Madrid ;

Chant ambrosien de l’église de Milan (XIIe siècle)
Tecum principium. Dixit Dominus ;

> Antoine de FĂ©vin (c.1470-1511)
Agnus, extrait de la messe du requiem.

HYPNOS, sommeil, mort, métamorphose…
Il est le fils de la déesse de la nuit, Nyx, et du fleuve des enfers, Erèbe. Son frère jumeau n’est autre que Thanatos, dieu de la mort, et il est lui-même le père de Morphée, dieu des rêves. Il est au centre d’une pentalogie divine de tout ce qui est lié au sens du caché, du mystère. Son domaine, dont Ovide fait une longue description dans les Métamorphoses, était silencieux, obscur et brumeux. Jamais les rayons du soleil ne le pénétraient : il était toujours minuit. Devant le palais coulait silencieusement Léthé, le fleuve de l’oubli. Il poussait dans les calmes jardins de nombreuses fleurs, et notamment des pavots, dont on tire de puissants somnifères. Hypnos aida à de nombreuses reprises son ami le dieu Dionysos, afin de séduire de nombreuses jeunes filles dans leur sommeil.

Les musiques de ce programme entretiennent un lien particulier avec ce monde complexe des forces cachées, voire obscures. La nuit, donc le sommeil, est le royaume des songes et des rêves. La mort est une sorte de long sommeil, et à la fois n’en est pas un.

Certaines musiques funèbres ont donc une utilité et une force beaucoup plus importante que ce pour quoi elles ont été composées, si on les cantonne seulement aux rites funéraires. Elles peuvent même, et dans de nombreux cas, procurer du plaisir à l’auditeur, si celui-ci accepte de fermer les yeux et de suivre aveuglement ses voix. On peut parler d’effets psychotropes, et bienfaisants pour le corps et l’esprit. On retrouve la conception antique de la musique, comme discipline thérapeutique au même titre que la danse ou la poésie, qui sont, de fait, associés à la musique.

« HYPNOS » cherche à retrouver les liens très forts qui unissent les vertus poétiques, mystiques et thérapeutiques de la musique au travers des oeuvres, pour la plupart sacrées, issues de plusieurs époques , échos d’une même pensée à travers les siècles: IXe siècle, XVe et XVIe siècles, XXe siècle. Le parcours est à la fois sensoriel, spirituel et émotionnel où le public est invité à suivre les mouvements physiques et poétiques des chanteurs dans l’architecture sonore des lieux et des espaces investis.

CD, événement critique. MONTEVERDI : VESPRO. La Tempête. Simon-Pierre BESTION (2 cd Alpha)

MONTEVERDI vespro tempete simon pierre bestion cd critique concert classiquenews la critique cd concert 5d7f7d2c3db53CD, Ă©vĂ©nement critique. MONTEVERDI : VESPRO. La TempĂŞte. Simon-Pierre BESTION (2 cd Alpha) – Comme un laboratoire collectif, La TempĂŞte insuffle souvent aux partitions choisies une nouvelle dynamique, un nouvel Ă©clairage voire une nouvelle signification ; d’autant plus rĂ©ussis et convaincants ici que le geste qui dĂ©cortique sans attĂ©nuer, qui enrichit sans diluer, offre une recontextualisation du monument montĂ©verdien ; les pièces ajoutĂ©es soulignent en rĂ©alitĂ© combien l’écriture de Claudio est moderne et en rĂ©alitĂ©, d’une sensualitĂ© irrĂ©sistible (nuance Ă  peine pensable alors dans un contexte « romain », liturgique). Cette comparaison implicite renforce le caractère audacieux de l’œuvre de 1610/11 dont l’esprit et la conception, telle une mosaĂŻque Ă©clectique, devait surtout convaincre sa cible (le pape lui-mĂŞme, Paul V) que Monteverdi Ă©tait bien le plus grand compositeur de l’époque ; peine et dĂ©fis perdus car Rome ne sera jamais le foyer du MaĂ®tre CrĂ©monais, … plutĂ´t la fastueuse et sensuelle VENISE, qui en fera son maĂ®tre de chapelle Ă  San Marco (1613).

Ainsi prenons pour exemple le cd2 : il s’ouvre par le « Sancta Maria Ricercar » de Frescobaldi : incertain, instable, d’une volubilité irrésolue. Tout cela prépare mieux à ce qui suit. L’autorité sensuelle, déclamée avec ampleur dans un souffle opératique qui rappelle Orfeo s’affirme dans l’Audi Caelum où le baryton soliste est doublé dans la coulisse par un ténor… effet de perspective et d’étagement propre au génie montéverdien et auquel les interprètes sans maîtriser totalement la souplesse et la précision des mélismes, expriment la courbe majestueuse (sur le mot « Maria »).
Aux options vocales nettement défendues répondent aussi les nuances et caractérisations apportées au continuo : le chef a ajouté le serpent ou le chitarrone, dont la vibration grave et souple, fortifie l’assise ; ce bourdonnement continu, fraternel.
« Omnes » est conçu comme un éclair, le coup de conscience qui rassemble toutes les troupes telle une armée d’anges armés, inspirés par une ardeur sensuelle renouvelée. Ce jaillissement collectif est alors conçu comme une ample arche sensuelle qui retourne dans l’ombre du mystère, comme un retable que l’on recouvre.
Le chef et ses interprètes jouent sur les climats contrastés, les différentes nuances de la ferveur mariale grâce ainsi aux
pièces intercalaires (antiennes grégoriennes, faux-bourdons du XVIIè,…) sur le même thème sacré (hymne virginal) et d’un caractère de profond recueillement.
La pertinence de ces combinaisons relance la tension sans atténuer les pièces montéverdiennes. L’éclat et le contraste qui en découlent, enrichit encore la réception du cycle montéverdien ; Ils soulignent sa géniale architecture qui creuse le mystère de Marie. Ces inclusions rétablissent aussi la réalisation du Vespro dans la réalité d’une messe et d’un rituel liturgique. Elles s’appuient entre autres sur la style des polyphonies orales encore manifestes en Corse, en Sardaigne, en Géorgie. Elles apportent une résonance populaire liée aux pratiques traditionnelles, toujours vivaces.

Les interprètes savent aussi jouer avec la liberté de certains tempos, dans, entre autres la « Sonata sopra Sancta Maria » où le choeur féminin sur les mêmes mots répétés déclament presque imperturbablement malgré la grande diversité des coupes rythmiques des cuivres par exemple qui frappent et martèlent la réalisation de la pièce, affectant (en apparence) l’ascension irrépressible de leur élan vers les hauteurs… C’est mieux exprimer en réalité le souffle de la prière et la lutte aussi pour l’affirmer, impénétrable et inexorable.

CLIC_macaron_2014Cette fusion du populaire et du sacrĂ©, soit du verbe incarnĂ© se rĂ©alise formellement dans 12 sĂ©quences du Magnificat qui referme le prodigieux Vespro : relief du continuo, particulièrement maĂ®trisĂ© et abouti, aux rythmes chorĂ©graphiques – ; vagues chorales qui plongent dans la poĂ©sie et le mystère, allant naturel et souple… le geste du groupe, portĂ© par une vision gĂ©nĂ©rale claire et fĂ©dĂ©ratrice, – celle du maestro fondateur du collectif, Simon-Pierre Bestion, restitue l’esprit de la crèche, le recueillement collectif, comme une Ă©piphanie simple et d’une Ă©tonnante vivacitĂ©.
Les conversations enchantées de « Esurientes » et de « Suscepit Israel » ; lumineuse chevauchée dans « Sicut locutus »… ) s’accomplissent ici avec une intelligence globale très touchante. Le « Gloria » qui s’ouvre dans une perspective infinie, vocalement par vagues successives (initié par le baryton soliste très souple) apporte une jubilation d’une ampleur qui berce, exalte, saisit. La Tempête atteint son meilleur dans cet ultime célébration de Marie. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’automne 2019.

CD, événement, critique. MONTEVERDI : VESPRO (1610). La Tempête, Simon-Pierre Bestion (2 cd Alpha).

 

 

 

 

 

 

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Paris, la compagnie La Tempête réécrit The Tempest

the-tempest-locke,-purcell,-martin-hersant-pecou-alpha-the-tempest-simon-pierre-bestion-1-cd-critique-complete-compte-rendu-CLIC-de-classiquenews-avril-2015Paris, Bernardins : The Tempest par La TempĂŞte, lundi 11 mai 2015, 20h. Le Collège des Bernardins Ă  Paris accueille le spectacle  The Tempest d’après Shakespeare. La compagnie artistique fondĂ©e par Simon-Pierre Bestion (en janvier 2015) relit avec maestriĂ  la pièce de théâtre qui Ă©voque les enchantements de Prospero sur son Ă®le : exilĂ© magnifique offrant un leçon de politique humaniste… Spectacle Ă©clectique dans sa forme, mĂŞlant geste, mouvement et chant, The Tempest associe les musiques baroques de Locke et Purcell, moderne et contemporaine de Frank Martin, Philippe Hersant et Thierry PĂ©cou… Outre l’intelligence des enchaĂ®nements ainsi recrĂ©Ă©s, la force suggestive du parcours  souligne les profils dramatiques (Ariel), tout en exprimant l’architecture de l’action et sa fin morale… Le disque vient aussi de paraĂ®tre. En voici, une brève prĂ©sentation, rĂ©digĂ©e par notre rĂ©dacteur Carter Chris Humphray : … “Joignant toujours le geste et le mouvement Ă  la prĂ©cision très habitĂ©e du chant, accompagnĂ© par un groupe d’instrumentistes remarquablement mordants et palpitants, le groupe La TempĂŞte nouvellement nĂ© (1er janvier 2015) subjugue ici de facto dans un spectacle oĂą c’est essentiellement la vie et l’exclamation agissante qui s’affirment. La rĂ©ussite de l’offre s’appuie sur un formidable groupe de chanteurs : percutants, diseurs inspirĂ©s et donc un continuo qui est prĂ©cisĂ©ment ce que le jeune chef annonce dans sa note d’intention sur son projet : ambassadeurs de sons chauds, colorĂ©s, incarnĂ©s. C’est donc en plus de son expressivitĂ©, une esthĂ©tique sonore spĂ©cifique. Ajoutons surtout la prĂ©sence du théâtre : tout l’enregistrement tend vers la scène, et l’auditeur pense constamment au prolongement visuel – incarnĂ©- de la sĂ©lection de partitions ainsi assemblĂ©e… La justesse du chant collectif, le murmure enchanteur des instrumentistes, la conception mĂŞme du spectacle dans l’enchaĂ®nement des tableaux des 5 actes ainsi reconstituĂ©s comme s’il s’agissait d’un pasticcio, forment ce mask contemporain des temps mĂŞlĂ©s ; des qualitĂ©s qui affirment bel et bien la maturitĂ© originale d’un nouvel ensemble dĂ©sormais Ă  suivre : La TempĂŞte ; sa proposition et son esprit titillent notre conception de la musique et du concert. Un collectif qui fait bouger les lignes, en somme. Ne manquez pas La TempĂŞte version spectacle cette fois, Ă  l’affiche en avril 2015 : lundi 11 mai 2015, 20h30 aux Bernardins Ă  Paris.

LIRE aussi la critique complète du cd The Tempest, inspirĂ© par Shakespeare. Musiques de Locke, Martin, Hersant, PĂ©cou, Purcell… La TempĂŞte. Simon-Pierre Bestion. 1 cd Alpha.

CD, compte rendu critique. The Tempest, inspirĂ© par Shakespeare. Musiques de Locke, Martin, Hersant, PĂ©cou, Purcell… La TempĂŞte. Simon-Pierre Bestion (1 cd Alpha, 2014)

the-tempest-locke,-purcell,-martin-hersant-pecou-alpha-the-tempest-simon-pierre-bestion-1-cd-critique-complete-compte-rendu-CLIC-de-classiquenews-avril-2015CD, compte rendu critique. The Tempest, inspirĂ© par Shakespeare. Musiques de Locke, Martin, Hersant, PĂ©cou, Purcell… La TempĂŞte. Simon-Pierre Bestion (1 cd Alpha, 2014). The Tempest de 1611 de Shakespeare inspire La TempĂŞte, projet collectif portĂ© par son crĂ©ateur Simon-Pierre Bestion (ex crĂ©ateur d’Europa Barocca et de Luce Del Canto) : un cercle variable d’artistes dont les individualitĂ©s associĂ©es composent une manière d’arène vivante, une compagnie cohĂ©rente et pourtant fourmillant de personnalitĂ©s distinctes. Joignant toujours le geste et le mouvement Ă  la prĂ©cision très habitĂ©e du chant, accompagnĂ© par un groupe d’instrumentistes remarquablement mordants et palpitants, le groupe La TempĂŞte nouvellement nĂ© (1er janvier 2015) subjugue ici de facto dans un spectacle oĂą c’est essentiellement la vie et l’exclamation agissante qui s’affirment. La rĂ©ussite de l’offre s’appuie sur un formidable groupe de chanteurs : percutants, diseurs inspirĂ©s et donc un continuo qui est prĂ©cisĂ©ment ce que le jeune chef annonce dans sa note d’intention sur son projet : ambassadeurs de sons chauds, colorĂ©s, incarnĂ©s. C’est donc en plus de son expressivitĂ©, une esthĂ©tique sonore spĂ©cifique. Ajoutons surtout la prĂ©sence du théâtre : tout l’enregistrement tend vers la scène, et l’auditeur pense constamment au prolongement visuel – incarnĂ©- de la sĂ©lection de partitions ainsi assemblĂ©e.

 

 

 

Associant Purcell, Pécou, Locke , Hersant et Martin, Simon-Pierre Bestion réécrit the Tempest de Shakespeare

Mask des temps mêlés

 

CLIC_macaron_20dec13La suggestion des atmosphères, l’approfondissement des situations nourrit un goĂ»t pour la caractĂ©risation par le groupe : chef et chanteurs alternent tout en suivant l’intrigue de The Tempest, pièces chantĂ©es surtout choralement, baroques ou contemporaines. Le chant solo n’est pas le fil conducteur, plutĂ´t un chĹ“ur qui expire, s’alanguit, peint constamment des paysages sonores dramatiquement ciselĂ©s. L’auditeur suit les enchantements du mage Prospero sur son Ă®le, d’abord inspirĂ© par l’esprit de vengeance ; puis, dĂ©voilant une Ă©tonnante leçon d’humanitĂ©. Entre temps, le profil captivant d’Ariel dont il a fait sa crĂ©ature dĂ©moniaque et aĂ©rienne, alterne avec la figure plus tendre de Miranda, jeune cĹ“ur d’amour Ă©pris dont la puretĂ© casse le fil des fatalitĂ©s fratricides.
On passe par exemple dans l’acte I, des superbes climats de Matthew Locke (Curtain tune), de l’hallucination purcellienne au Songs d’Ariel de Frank Martin (1950), ou Falling star de Philippe Hersant (2005). Ce passage d’un siècle Ă  l’autre, accusant les contrastes poĂ©tiques, confirment la disposition stimulante des interprètes ; tout l’enchaĂ®nement ensuite du V, associant Purcell, Frank Martin, Locke s’avère tout autant exaltant; et le chant soliste n’est pas exclu comme l’atteste au III, entre autres, Dorinda’s song du baroque James Hart par le soprano clair de Chantal Santon, accentuĂ© encore par le traverso qui lui est associĂ©… Sans omettre comme final du mĂŞme III, le veloutĂ© sombre de la mezzo Lucile Richardot et son formidable potentiel dramatique (Remember de You are three men of sin…).

Nostalgie chorĂ©graphique des baroques (Locke, Purcell, au final si lullystes dans cet abandon raffinĂ©), percutantes suggestions des “modernes” : Martin (dĂ©fenseur du baroque), PĂ©cou (aux accents amĂ©rindiens…), Hersant (et son goĂ»t pour l’anglais) font un formidable parcours sonore qui aiguise l’imaginaire et la conscience, excite l’esprit et le goĂ»t.

La justesse du chant collectif, le murmure enchanteur des instrumentistes, la conception mĂŞme du spectacle dans l’enchaĂ®nement des tableaux des 5 actes ainsi reconstituĂ©s comme s’il s’agissait d’un pasticcio, forment ce mask contemporain des temps mĂŞlĂ©s ; des qualitĂ©s qui affirment bel et bien la maturitĂ© originale d’un nouvel ensemble dĂ©sormais Ă  suivre : La TempĂŞte ; sa proposition et son esprit titillent notre conception de la musique et du concert. Un collectif qui fait bouger les lignes, en somme. Ne manquez pas La TempĂŞte version spectacle cette fois, Ă  l’affiche en avril 2015 : lundi 11 mai 2015, 20h30 aux Bernardins Ă  Paris.

The Tempest, inspirĂ© par Shakespeare. Musiques de Locke, Martin, Hersant, PĂ©cou, Purcell… La TempĂŞte. Simon-Pierre Bestion. 1 cd Alpha, enregistrĂ© en juillet 2014 en France (Choisy le roi). DurĂ©e : 1h20mn.