DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Berlioz-Beatrice-et-Benedict-Glyndebourne-DVD opus arte critique dvd dvd review doustrac sly manacorda-362x512DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. D’Oustrac, Appleby… Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte). EnregistrĂ© Ă  Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2016, voici une nouvelle production de l’opĂ©ra le plus malaimĂ© de Berlioz, objet d’une incomprĂ©hension persistante, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict, rĂ©alisĂ© par une Ă©quipe britannique dont on sait les affinitĂ©s Ă©videntes avec le Romantique Français. Le spectacle de Glyndebourne est alors produit pour le tricentenaire de la mort de Shakespeare (Ă©videmen t l’opĂ©ra s’inspire de sa comĂ©die, heureux marivaudage, « Beaucoup de bruit pour rien »). La partition, contemporaine de son travail colossal sur Les troyens, concentre les dernières Ă©volutions du style ; de fait, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict est son ultime opĂ©ra.
Deux Français s’imposent ici : Stéphanie d’Oustrac en Béatrice et Laurent Pelly pour la mise en scène. On évite le côté comique déluré, pour s’attacher au caractère onirique et psychologique du drame berliozien ; pour se faire les dialogues ont été réécrits et modernisés : en somme, une lecture shakespearienne de l’opéra, qui ailleurs manque de finesse et de profondeur. Rien de tel ici, tant les anglais se montrent d’excellents connaisseurs de la lyre d’Hector, cultivant la cohérence de l’action dans l’enchainement des scènes et des situations. Ce premier DVD de Beatrice et Bénédicte labellisé Glyndebourne est indiscutablement une réussite. Pelly a troqué la soleil de Sicile (l’action se passe en Italie méridionale), contre un paysage plus brumeux et opaque, celle de la guerre des années 1940, une période que le metteur en scène semble décidément affectionner. Dans une société permissive, qui tend à étiqueter chaque individu et le mettre en boîte (au sens littéral du terme) pour mieux l’asservir, les deux amants qui s’ignorent, observent cette neutralité blafarde, collective jusqu’au moment où ils ne peuvent plus se cacher l’un à l’autre.

Un marivaudage shakespearien
servi par le très convaincant duo D’Oustrac / Appleby

Béatrice fière et sensible, vocalement impériale, Stéphanie d’Oustrac fait merveille, car elle est diseuse et excellente actrice : en elle prennent vie bien des facettes d’un amour qui s’égare, se ment à lui-même puis se libère enfin. Le Bénédict du ténor américain Paul Appleby assure sa partie avec tempérament lui aussi, jusqu’à son léger accent dans un français qui semble toujours émaillé de facétie. Mésentente, jalousie, soupçons, puis retrouvailles et pardon, réconciliation enfin après moult accrocs : les deux cœurs trouvent le chemin de la juste humanité.
Autour d’eux, les seconds rĂ´les, peu Ă  leur aise, ou n’ayant pas travaillĂ© leur rĂ´le… n’atteignent pas une telle Ă©vidence, parfois surjouent ou chantent droit ; le duo HĂ©ro / Ursule si fameux et Ă  juste titre, est terne, Ă  peine Ă©clairĂ© par une once maigre de sentiment… ; il est vrai que la direction d’Antonello Manacorda reste pauvre en nuances et en imagination. C’est que, comme chez Rossini, la comĂ©die de Berlioz, exige une finesse voire une subtilitĂ© constante. Les Choeurs sont excellents. Comme le Don Pedro de FrĂ©dĂ©ric Caton Ă  l’allure gaullienne. Encore une rĂ©fĂ©rence au paris de l’Occupation…Globalement une belle rĂ©ussite qui mĂ©rite d’être connue, d’autant plus recommandable pour les 150 ans de la mort de Berlioz en mars 2019, car l’ouvrage est très peu jouĂ© et encore moins enregistrĂ©.

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DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Hector Berlioz (1803-1869) : Béatrice et Bénédict, opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Lumières : Duane Schuller. Avec : Stéphanie d’Oustrac, Béatrice ; Paul Appleby, Bénédict ; Sophie Karthäuser, Héro ; Philippe Sly, Claudio ; Katarina Bradić, Ursule ; Frédéric Caton, don Pedro ; Lionel Lhote, Somarone. Chœur de Glyndebourne, London Philharmonic Orchestra / Antonello Manacorda, direction. Enregistré à Glyndebourne en août 2016. Livret en anglais, français et allemand. Durée: 1h58 + bonus (11 min). 1 DVD Opus Arte.

Béatrice et Bénédicte à Toulouse

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980TOULOUSE. Berlioz :BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. 30 septembre – 11 octobre 2016. COMEDIE AMOUREUSE D’APRES SHAKESPEARE. Quand il n’est pas inspirĂ© par Goethe (La Damnation de Faust), Berlioz reste indĂ©fectiblement inspirĂ© par son cher William Shakespeare. OpĂ©ra en deux actes ou plutĂ´t comĂ©die dramatique d’après Beaucoup de bruit pour rien, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte est crĂ©Ă© en 1862 (Baden Baden) par un compositeur quinqua (58 ans), mĂ»r et sĂ»r de ses capacitĂ©s lyriques et dramatiques. C’est son dernier opĂ©ra, un ouvrage loin des Ă©vocations oniriques et spectaculaire des Troyens : une comĂ©die pour un ultime adieu Ă  la scène théâtrale (comme verdi dans Falstaff).
Le Romantique exploite toute la verve aigre douce d’un Shakespeare faussement badin : Béatrice / Bénédicte ont trop de tempérament et d’électricité quand ils se croisent pour n’être pas entichés l’un de l’autre : ce rapport haine / amour permet aux auteurs d’aborder l’émergence amoureuse, sentiment étranger et absent au début du drame. S’ils se disputent sans limites, les deux adolescents s’aiment trop inconsciemment pour être indifférent à l’autre. Belrioz, grand lecteur de mythes et de légendes (comme Wagner), adapte lui-même la trame de la comédie shakespearienne avec une furià orchestrale (proche de son Benvenuto Cellini) qui éclate dans ses scintillements instrumentaux, dès l’ouverture. A l’agacement succède la tendresse et l’attachement. Et le grand Hector, dont la fougue n’ a jamais tari, de la Fantastique aux troyens, éblouit ici par sa grâce attendrie… Nouvelle production au Théâtre du Capitole de Toulouse (production précédemment présentée à Bruxelles au printemps 2016). LIRE aussi notre grand dossier William Shakespeare 2016 : William qui êtes vous ?

BeatriceEtBenedict-2Béatrice et Bénédicte de Berlioz au Capitole de Toulouse
6 représentations
Durée : 2h20
vendredi 30 septembre 2016 Ă  20h00
dimanche 2 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 4 octobre 2016 Ă  20h00
vendredi 7 octobre 2016 Ă  20h00
dimanche 9 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 11 octobre 2016 Ă  20h00

Opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur
d’après Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare
créé le 9 août 1862 au Théâtre Bénazet, Baden-Baden

Distribution

Tito Ceccherini, direction musicale
Richard Brunel, mise en scène

Julie Boulianne, BĂ©atrice
Joel Prieto, Bénédict
Lauren Snouffer, HĂ©ro
Gaia Petrone, Ursule
Aimery Lefèvre, Claudio
Bruno Praticò, Somarone
Thomas Dear, Don Pedro
Pierre Barrat, LĂ©onato
SĂ©bastien Dutrieux, Don Juan

Orchestre national du Capitole
Chœur du Capitole

RESERVEZ VOTRE PLACE
Réservations : billetterie : place du Capitole, BP 41408 Toulouse Cedex 6 ; par tél.: 05 61 63 13 13 ou sur internet : service.location@capitole.toulouse.fr / page dédiée à Béatrice et Bénédicte de Berlioz sur le site du Capitole de Toulouse

TĂ©lĂ©, ARTE. L’Ă©nigme SHAKESPEARE. DOcu Ă©vĂ©nement Ă  22h30

shakespeare william portrait 400 ans 2016 classiquenewsarte_logo_2013TĂ©lĂ©. ARTE. SHAKESPERE, SHAKESPEARE : qui ĂŞtes vous ? Etes vous l’auteur des pièces qui portent votre nom ? L’Ă©nigme Shakespeare en cette annĂ©e 2016 marquant le 400ème anniversaire de sa disparition, poursuit son cours ; elle accompagne mĂŞme toute biographie sĂ©rieuse… Shakespeare mis Ă  nu … Dimanche 24 avril 2016 : 22h45. Shakespeare mis Ă  nu, biographie. Quels sont les mystères autour du nom de Shakespeare. Arte fait le point sur les hypothèses tentant Ă  percer Ă  jour l’identitĂ© du poète dramaturge… Et si Shakespeare Ă©tait un prete nom et dĂ©signait un prince de la haute noblesse londonienne, fou de littĂ©rature et de théâtre ?90 mn. Incontournable.

arte_logo_2013Shakespeare mis Ă  nu … Dimanche 24 avril 2016 : 22h45. Dossier Shakespeare centenaire 2016. PrĂ©sentation complète : les Ă©lĂ©ments du dossier Shakespeare, quelle est l’enigne Shakespere / Shakespeare ? Dossier Shakespeare 2016 sur Classiquenews

 

Dossier Shakespeare : SHAKESPERE, SHAKESPEARE, qui ĂŞtes vous ?

shakespeare william portraitSHAKESPERE, SHAKESPEARE : qui ĂŞtes vous ? Etes vous l’auteur des pièces qui portent votre nom ? L’Ă©nigme Shakespeare en cette annĂ©e 2016 marquant le 400ème anniversaire de sa disparition, poursuit son cours ; elle accompagne mĂŞme toute biographie sĂ©rieuse… Le portrait rĂ©cemment dĂ©couvert dĂ©tone du reste de son iconographie connue : il s’agirait (enfin) du seul (et premier ?) portrait rĂ©alisĂ© du vivant de l’Ă©crivain. LĂ©gende devenue enfin visage incarnĂ©… Comme pour sa correspondance ou les tĂ©moignages de son activitĂ© poĂ©tique, pas de documents autographes, que des tĂ©moignages indirects. Le problème reste entier et les questions, multiples… toujours sans rĂ©ponses : William Shkespeare a-t-il Ă©tĂ© rĂ©ellement Ă©crivain, poète, dramaturge ? Qui se cache derrière ce qui pourrait ĂŞtre un patronyme… ?
Qui Ă©tait prĂ©cisĂ©ment William Shakespeare ? Le nom pourrait ĂŞtre un prĂŞte nom ou un pseudonyme cachant en rĂ©alitĂ© plusieurs auteurs ou un aristocrate, qui dĂ©vorĂ© par le dĂ©mon et le gĂ©nie de l’Ă©criture ne put accepter de renoncer Ă  sa passion poĂ©tique et littĂ©raire : Ă©crire des pièces et des poèmes, surtout des drames qui allusivement (ou pas) composent une satire incisive du genre humain et aussi de la Cour ElizabĂ©taine. Pour ne pas ĂŞtre poursuivi, l’auteur, – un prince pourtant connu (on verra ci après pour quelles raisons, l’identitĂ© cachĂ©e de Shakespeare pourrait ĂŞtre de naissance princière…), prit soin de se camoufler derrière une machinerie complexe le rendant indĂ©tectable ou intouchable. Car pour les 36 drames Ă©crits par misterX dit Mr Shakespeare, il ne reste aucune trace permettant d’identifier sĂ©rieusement l’auteur.
Shakespeare est le seul Ă©crivain poète qui au carrefour des XVIè / XVIIè siècles, n’a laissĂ© aucune correspondance tĂ©moignant directement de son activitĂ© littĂ©raire, dramatique, Ă©pistolaire. Rien qu’environ 100 documents signĂ©s de sa main et relevant de tractations immobilières plutĂ´t terre Ă  terre.
En outre, Ă  Stadford, oĂą il meurt et oĂą il est nĂ©, aucune trace de William “Shakespeare” mais plutĂ´t William Shakespere (sans “a”). Etrange orthographe qui accrĂ©dite la thèse d’une identitĂ© masquĂ©e. Quoiqu’il en soit, dans les archives de Stadfort oĂą il est censĂ© avoir vĂ©cu, il n’existe pas de famille “Shakespeare” mais bien Shakespere.

shakespeare_portraitOr comment expliquer autrement l’incroyable et captivante justesse d’un théâtre qui dĂ©peint mieux que quiconque les passions humaines ? Les portraits d’Hamlet (ce vellĂ©itaire qui tue par hasard, en vrai lâche magnifique habitĂ© par la procrastination…), Otello, RomĂ©o et Juliette, Shyllock (Le Marchand de Venise), sans omettre le monde enchantĂ© des fĂ©es et des lutins, des ĂŞtres mi hommes mi bĂŞte (l’esprit malicieux de Puck dans Le Song d’une nuit d’Ă©tĂ©… agent des catastrophes et quiproquos…), entre autres attestent dans chaque pièce une Ă©rudition universelle unique Ă  son Ă©poque; surtout pour un londonien dont on ne connaĂ®t pas de voyages en Europe, attestĂ© par des sources historiques. L’Ĺ“uvre théâtral de Shakespeare dĂ©note une culture pharaonique et encyclopĂ©dique couvrant de très nombreuses spĂ©cialitĂ©s (droit, navigation, botanique, gĂ©ographie…). Ce qui est le plus dĂ©routant peut-ĂŞtre c’est l’exactitude topograhique qui se rĂ©vèle dans les pièces italiennes de Shakespeare ; si l’on pense aujourd’hui que pour mieux Ă©chapper Ă  la critique et Ă  la police royale, l’auteur dĂ©plaça toutes ses actions de l’Angleterre Ă  l’Italie (VĂ©rone, Padoue, Florence, Milan…), pour chaque situation Ă©voquĂ©e, l’Ă©crivain rĂ©vèle par des dĂ©tails mentionnĂ©s dans son texte, une connaissance parfaite et très prĂ©cise des lieux de chaque action. Shakespeare a t il voyagĂ© en Italie ? Au regard de tant d’indications justes, la question doit ĂŞtre posĂ©e ? Pourtant rien de moins sĂ»r.
L’hypothèse la plus sĂ©rieuse penche donc vers l’identitĂ© d’un noble masquĂ©, ayant soit une bibliothèque parmi les plus documentĂ©es de son temps – donc forcĂ©ment dans un palais de la très haute noblesse, Ă©rudite voire savante ; soit grand voyageur en Europe, soucieux de signaler sa connaissance rĂ©elle des sites, associĂ©e Ă  la prĂ©cision du dramaturge.

Finalement quelle importance ? A-t-on raison de vouloir percer absolument le mystère de l’identitĂ© rĂ©elle de Shakespeare ? Seule importe la qualitĂ© passionnante de son Ĺ“uvre. L’une des plus inspirantes pour les compositeurs, en particulier, les Romantiques, Berlioz et Verdi au premier chef…
A son Ă©poque, Mr Shakespeare a pris soin de mĂ©nager des intermèdes musicaux pour cultiver la tension de chacune de ses pièces : musiques de scène qu’il a intĂ©grĂ©es Ă  son Ĺ“uvre scĂ©nique et qui ont Ă©tĂ© diversement reconstituĂ©es. De nombreux Ă©diteurs ont publiĂ© en cycles thĂ©matiques, ces partitions retrouvĂ©es. Bilan Ă  venir.
BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte, Hamlet, Macbeth, Otello, Falstaff, Lear, Le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ©… voici quelques situations et personnages inventĂ©s par sir William dont le profil ainsi ciselĂ© a particulièrement inspirĂ© opĂ©ras ou ballets… Bilan Ă  venir sur classiquenews.com

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Dossier Shakespeare 2016
shakespeare william portraitA VENIR : Shakespeare mis en musique : la passion de Berlioz et Verdi ; musiques de scène, musiques pour le théâtre de Shakespeare ; opĂ©ras et ballets inspirĂ©s par S hakespeare : de Berlioz et Gounod, Ă  Mendelssohn et Verdi, sans omettre Prokofiev ou NicolaĂŻ…

 

 

 

arte_logo_2013Shakespeare à la télé
TELE. ARTE, Journées spéciale Shakespeare sur Arte pour les 400 ans de la mort de William Shakespeare

Dimanche 24 avril 2016, 11h40. Docu portrait : Tout est vrai ou presque : Shakespeare

Dimanche 24 avril 2016 : 17h35 : L’usine Ă  rĂŞves de Shakespeare : Ă©vocation du théâtre elizabĂ©thain

Dimanche 24 avril 2016 : 22h45. Shakespeare mis Ă  nu, biographie. Quels sont les mystères autour du nom de Shakespeare. Arte fait le point sur les hypothèses tentant Ă  percer Ă  jour l’identitĂ© du poète dramaturge… Et si Shakespeare Ă©tait un prete nom et dĂ©signait un prince de la haute noblesse londonienne, fou de littĂ©rature et de théâtre ?90 mn. Incontournable.

Le mercredi 27 avril 2016, 5h20 : il faut ĂŞtre matinal pour suivre le chef allemand, fĂ©ru d’interprĂ©tation sur instruments d’Ă©poque, prĂ©senter, expliquer, raconter le mythe de RomĂ©o et Juliette d’après Shakespeare. Illustrations musicales Ă  la clĂ©, signĂ©es Berlioz, Gounod, Prokofiev, Tchaikovski… Avec l’orchestre symphonique de la NDR.

 

 

The Tempest par La TempĂŞte au festival Contrepoints 62

contrepoints festival 62 10 eme edition presentation compte rendu review CLASSIQUENEWSFestival Contrepoints 62. Samedi 10 octobre 2015, 20h30. Shakespeare: La Tempête par La Tempête.  Pas de Calais, Festival Contrepoints, 9 octobre 2015. L’appel des orgues.Tout près des terres flamandes, au carrefour des cultures, le festival Contrepoints 62, revisite pour sa dixième année  le patrimoine du Pas de Calais en musique. Pour ce dernier week-end (9 et 10 octobre 2015), c’est la très historique Saint-Omer qui accueillera dans la monumentale Eglise des jésuites, l’ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon. Succombez à la beauté du Pas de Calais, l’appel sublime de ses orgues vous invite à mille surprises! Déjà 10 ans pour le festival Contrepoints qui rayonne actuellement comme chaque automne, sur le territoire du Pas de Calais. Cette année, le festival se concentre sur le territoire de l’Audomarois : d’Aire-sur-la-Lys à Saint-Omer en passant par Tournehem-sur-la-Hem, Houlle et Nielles-lès-Ardres, un vaste périmètre imprégnés des influences flamandes, espagnoles, anglaises et françaises. Outre la qualité des programmes présentés et leur adéquation dans les sites écrins qui les accueillent et dialoguent naturellement avec eux, c’est surtout de la part du Département, la volonté de rendre accessible la musique classique et le spectacle vivant au plus grand nombre (grâce des prix au billet particulièrement attractifs). Les curieux souhaitant en savoir plus sur le patrimoine historique du Pas de Calais ont tout loisir pour suivre lors de leur séjour sur le territoire les ballades « Patrimoine » organisées avec Pays d’Art et d’Histoire et les Offices de tourisme (relais, soutiens, partenaires familiers du Festival). Temps fort du dernier week end musical au Pays de Calais, la jeune compagnie La Tempête occupe l’ancienne chapelle des Jésuites de Saint-Omer dans un spectacle chorégraphique et musical autour de Shakespeare qui a fait l’objet d’une remarquable disque, salué d’un CLIC par la rédaction de classiquenews ; cette traversée en terres shakespeariennes  fait ainsi écho à la récente découverte d’un des rares exemplaires du First folio dans les rayonnages de la bibliothèque de Saint-Omer. “Une découverte qui enrichit le patrimoine d’un territoire bien vivant”, souligne Sébastien Mahieuxe, directeur artistique du festival le plus actif au nord de la France chaque automne. Les 3 concerts ultimes du dernier week end du Festival Contrepoints mettent en avant l’originalité et la jeunesse : Raphaël Pichon, Maude Gratton, les instrumentistes et chanteurs de La Tempête. Soit quelques uns des tempéraments les plus intenses de la nouvelle générations de musiciens.

 

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Festival Contrepoints au Pas de Calais
Samedi 10 octobre 2015

 

Samedi 10 octobre 2015, 20h30

SAINT-OMER / CHAPELLE DES JESUITES

THE TEMPEST

Purcell, Locke, Martin , Hersant, PĂ©cou

Ensemble La TempĂŞte

Simon-Pierre Bestion, conception et direction musicale

Stéphanie Roussel, chorégraphie, scénographie et mise en scène

Roman Bestion, composition et improvisation Ă©lectro-acoustique

 

 

 

the-tempest-locke,-purcell,-martin-hersant-pecou-alpha-the-tempest-simon-pierre-bestion-1-cd-critique-complete-compte-rendu-CLIC-de-classiquenews-avril-2015The Tempest, ultime opus de William Shakespeare (1564-1616) créé en 1611, semble réunir dans une sorte de testament artistique et théâtral, les thèmes fondateurs et la philosophie du maître anglais. Cette oeuvre explore toutes les facettes de l’Homme et s’inscrit dans la démarche d’ouverture à l’autre et à soi-même : l’image de ces naufragés sur une île déserte étant à la fois le témoignage d’une quête initiatique et le symbole des comportements humains. “Masks des temps mêlés” : ” The Tempest de 1611 de Shakespeare inspire La Tempête, projet collectif porté par son créateur Simon-Pierre Bestion (ex créateur d’Europa Barocca et de Luce Del Canto) : un cercle variable d’artistes dont les individualités associées composent une manière d’arène vivante, une compagnie cohérente et pourtant fourmillant de personnalités distinctes. Joignant toujours le geste et le mouvement à la précision très habitée du chant, accompagné par un groupe d’instrumentistes remarquablement mordants et palpitants, le groupe La Tempête nouvellement né (1er janvier 2015) subjugue ici de facto dans un spectacle où c’est essentiellement la vie et l’exclamation agissante qui s’affirment. La réussite de l’offre s’appuie sur un formidable groupe de chanteurs : percutants, diseurs inspirés et donc un continuo qui est précisément ce que le jeune chef annonce dans sa note d’intention sur son projet : ambassadeurs de sons chauds, colorés, incarnés. C’est donc en plus de son expressivité, une esthétique sonore spécifique. Ajoutons surtout la présence du théâtre : tout l’enregistrement tend vers la scène, et l’auditeur pense constamment au prolongement visuel – incarné- de la sélection de partitions ainsi assemblée. Carter Chris Humphray pour classiquenews)”

 

LIRE la critique complète et la présentation du cd The Tempest par La Tempête, Simon-Pierre Bestion, élu CLIC de classiquenews en avril 2015.

 

Dans une exploration des répertoires, des époques et des disciplines, les pièces de compositeurs français et anglais des XVIIe et XXIe siècles s’assemblent ici, les musiciens deviennent danseurs et les mots parlent autant que les esprits, donnant à la pièce un visage protéiforme, un souffle universel, à l’image de son auteur. Depuis 2015, La Tempête réunit sous la direction de Simon-Pierre Bestion l’ensemble Europa Barocca et le choeur Luce del Canto, fondés en 2007 et 2008.

Durée : 1h40

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca)

Otelo verdi renee fleming semyon bichkov metropolitan opera dvd decca 2012 critique compte rendu operaDVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca). Le dernier Verdi sait crĂ©er de sublimes atmosphères psychologiques dont profite Ă©videmment son Otello. Suivant son cher Shakespeare dans l’expression d’un drame noir et Ă©touffant, le compositeur outre le rĂ´le d’Otello confiĂ© Ă  un tĂ©nor stentor (au format wagnĂ©rien) offre surtout au rĂ´le de Desdemona, l’Ă©pouse abusivement outragĂ©e d’Otello, par son mari mĂŞme, un sublime personnage lyrique pour les sopranos, qui tire sa dignitĂ© et sa profonde loyautĂ©, sa bouleversante sincĂ©ritĂ© dans l’air du saule et sa prière au IV, avant que le maure ivre de jalousie (et manipulĂ© par Iago) ne la tue en l’asphyxiant dans l’oreiller de sa couche. Verdi offre sa meilleure intrigue : resserrĂ©e, nuancĂ©e, contrastĂ©e et profonde. Avec Boito, il a rĂ©visĂ© son Boccanegra (1881) et s’apprĂŞte bientĂ´t Ă  composer Falstaff. CrĂ©Ă© en 1887 Ă  La Scala, Otello est un immense succès. Au cĹ“ur du sujet, portĂ© par les vers taillĂ©s, ciselĂ©s de Boito, Verdi rejoint l’arĂŞte vive et sanglante des drames abrupts et profonds, pourtant poĂ©tiques de Shakespeare.

DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e en fĂ©vrier et mars 2008, cette production a montrĂ© ses qualitĂ©s, classiques certes mais efficaces et claires. Les vertus viennent surtout des chanteurs (en l’occurrence de la diva que l’on attendait et qui n’a pas déçu). Si sous la direction du mĂŞme chef (Semyon Bychkov), RenĂ©e Fleming (Desdemona), Johan Botha (Otello) rempilent ici en octobre 2012, le reste de la distribution a changĂ© Ă  commencer par le pĂ©ril dans la demeure, l’infâme intriguant Iago (Falk Struckmann) et Cassio (Michael Fabiano).

Fleming : bouleversante Desdemona
otello-fleming-verdi-opera-metropolitan-opera-new-york-octobre-2012-dvd-decca-classiquenews-renee-fleming-desdemona-johan-botha-otelloAu I, RenĂ©e Fleming sait revĂŞtir sa couleur vocale d’une rĂ©elle candeur, celle d’une adolescente encore pure, d’une sensualitĂ© lumineuse sans l’ombre d’aucune pensĂ©e inquiète (“GiĂ  nella notte”). La diva nuance avec habiletĂ© l’Ă©volution de son personnage, de la beautĂ© lisse Ă  l’inquiĂ©tude de plus en plus sombre enfin vers la rĂ©signation suicidaire (IV). La façon dont elle construit son personnage et le colore progressivement de prĂ©monition noire, demeure exemplaire : la chanteuse sait ĂŞtre une actrice. C’est bien ce que souhaitait Boito comme Verdi : le dernier râle de la victime Ă  l’adresse de sa suivante Emilia (Addio) rejoint la grandeur tragique et intimiste du théâtre : voilĂ  la force de Verdi et l’intelligence de RenĂ©e Fleming. L’ouvrage aurait Ă©videmment pu s’intituler Desdemona : la performance de la diva amĂ©ricaine le dĂ©montre sans rĂ©serve.
Le sens des nuance et l’intelligence intĂ©rieure de la soprano contraste de fait avec le style sans guère de finesse du sud africain Johan Botha qui a la puissance mais pas la sincĂ©ritĂ© du personnage d’Otello. Quel dommage. Certes au III, son monologue ( “Dio mi potevi scagliar”) exprime l’intensitĂ© de ses dĂ©chirements intĂ©rieurs mais le style comme la projection (faciles) demeurent unilatĂ©raux, sans ambiguitĂ©, avec force dĂ©monstration.
Il y a du Scarpia dans le Iago verdien : vivacitĂ© noire, manipulation, perversitĂ© rationalisĂ©e et donc dĂ©monisme efficace … Falk Struckmann se tire très honnĂŞtement des dĂ©fis d’un personnage aux apparitions courtes mais denses qui exigent une franchise et une subtilitĂ© crĂ©pitante immĂ©diates. Pari relevĂ© car lĂ  aussi on s’Ă©tonne de dĂ©masquer chez lui, des trĂ©fonds de souffrances silencieuses, un abĂ®me de ressentiments illimitĂ©s, en somme ce qui a intĂ©ressĂ© Shakespeare avant de fasciner Verdi et Boito : les vertiges et tourments que cause la folie humaine.
Dans la fosse Bychkov Ă©claire les orages et les passions d’une partition essentiellement shakespearienne. Du nerf, du muscle, mais peu de nuances au diapason de Fleming, pourtant souvent les brĂ»lures tragiques sont bien lĂ  et entraĂ®nent le spectateur jusqu’au choc tragique final.




DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Johan Botha · RenĂ©e Fleming, Falk Struckmann… The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Semyon Bychkov, direction. Elijah Moshinsky, mise en scène.  Enregistrement live rĂ©alisĂ© au Metropolitan Opera de new York en octobre 2012. Parution internationale le 4 mai 2015. 1 dvd 0440 074 3862 6. DurĂ©e : 2:42. 1 dvd Decca

Hahn à Saint-Etienne : recréation du Marchand de Venise, 1935

HAHN reynaldo_hahn_2015_Saint-Etienne, OpĂ©ra. Hahn : Le Marchande Venise, 27-31 mai 2015. Mini festival Reynaldo Hahn en France, Ă  l’OpĂ©ra Comique en mai : reprise de Ciboulette ; c’est aussi le Marchand de Venise Ă  Saint-Etienne (dans le cadre de son Cycle Massenet dont Reynaldo Hahn fut l’élève), ouvrage clĂ© crĂ©Ă© en mars 1935, dans lequel le compositeur ami de Proust et de Sarah Bernhardt s’essaie au grand genre … L’usurier assidu pratiquant des taux extravagants (la garantie est la propre chair de ses dĂ©biteurs) et qui surtout a la haine de ceux qui le mĂ©prise (Antonio justement aristocrate mĂ©lancolique et chrĂ©tien), tire un malin plaisir Ă  Ă©prouver ses “proies” par l’argent. Ainsi Shylock Ă  Venise est-il le pilier de l’action du Marchand de Venise dans la pièce de Shakespeare. Donc Antonio emprunte 3000 ducats au Juif pour les prĂŞter Ă  son ami Bassanio lequel a besoin ainsi de liquiditĂ©s pour sĂ©duire la belle Portia (rĂ´le Ă©crit pour Mary Garden, qui avait crĂ©Ă© auparavant en 1902, l’Ă©crasant rĂ´le de MĂ©lisande dans PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy).

Entretemps d’autres prétendants attentent à l’intimité de Shylock en enlevant la propre fille du vieillard soupçonneux : Jessica (comme les intrigants de la Cour du Duc de Mantoue enlevant la fille de Rigoletto, Gilda dans l’ouvrage de Verdi)… conspiration, séduction, sadisme aussi par l’argent et évidemment haine souterraine (entre juifs et chrétiens). Tout cela enrichit l’action de l’opéra de Reynaldo Hahn dont la complexité raffinée et l’élégance mozartienne subjuguent toujours.

shylock jessica venise shakespeare reynaldo hahnL’auteur de Ciboulette redĂ©finit ici la langue de l’opĂ©ra – au moment oĂą Enesco livre son Oedipe, fresque nĂ©matique, austère et un peu raide. Ni wagnĂ©riste, ni debussyste ni faurĂ©en, ni rien du tout, … seul et puissamment original, Reynaldo Hahn prĂ©fère renouer avec la comĂ©die de Wolfgang, celle de Don Giovanni oĂą les sĂ©quences de pur enchantement amoureux n’empĂŞchent pas l’accomplissement du drame le plus noir (la pièce de Shakespeare est un procès contre la figure du juif avare, paranoĂŻaque, certes implantĂ© Ă  Venise mais qui cultive sa dĂ©testation des vĂ©nitiens, et sait se faire dĂ©tester d’eux). Alternant le lĂ©ger et le cynisme parfois aigre et tragique (vertiges des couples amoureux, solitude amère de l’usurier : sous la baguette de Philippe Gaubert, c’est la basse lĂ©gendaire AndrĂ© Pernet, acteur subtil, qui crĂ©e le rĂ´le de Shylock), Hahn, dans sa langue spĂ©cifique, aquarellĂ©e, aĂ©rienne, subtile et colorĂ©e, d’un fini instrumental souvent irrĂ©sistible, retrouve le rythme mĂŞme de l’opĂ©ra mozartien : dans les contrastes entre les Ă©pisodes, il exprime la nature contradictoire et troublante de la vie elle-mĂŞme qui fusionne indistinctement dĂ©fis, Ă©preuves, souffrance et solitude, mais aussi extase, entente, espoir.

Les critiques de Hahn lui reprochent son inconsistance, sa superficialitĂ© : lui, l’amoureux de l’ordonnance versaillaise serait-il de facto incapable de profondeur ? C’est bien Ă  cette question essentielle que nous conduit la recrĂ©ation du Marchand de Venise en mai 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. Pièce anodine mais bien ficelĂ©e, ou drame mozartien, shakespearien et romantique… tout Ă  la fois ? RĂ©ponse Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne les 27, 29,31 mai 2015.

 

 

 

 

boutonreservationLe Marchand de Venise à l’Opéra de Saint-Etienne
Saint-Etienne, Opéra. Les 27, 29, 31 mai 2015
Durée : 3h45mn (entracte compris)

 

 

Avec : Gabrielle Philiponet (Portia), Isabelle Druet (Nerissa), Pierre Yves Pruvot (Shylock), Bassanio (Guillaume Andrieux)…
Orch. Symphonique Saint-Etienne Loire
Franck Villard, direction. Arnaud Bernard, mise en scène

La distribution solide, promet de belles caractérisations, surtout viriles : Pierre-Yves Pruvot est l’un des meilleurs barytons dramatiques actuels, il devrait incarner un superbe Shylock (haineux et humain), et le jeune Guillaume Andrieux, encouragé entre autres par Jean-Claude Malgoire vient de chanter Pelléas à Tourcoing en mars 2015, comme il avait recréé le rôle d’Aben Hamet avec le même JC Malgoire en mars 2014…

Illustrations : Reynaldo Hahn ; Dessin représentant Shylock et Jessica (DR)