Falstaff de Verdi, d’aprĂšs Shakespeare

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402FRANCE MUSIQUE, sam 12 oct 2019, 20h. VERDI : Falstaff. France Musique diffuse la production londonienne du dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme : un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et mĂȘme enfantin, sainte et miraculeuse rĂ©gression

Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et Pistola, qui pourtant devant femme aguichante a gardĂ© son Ăąme de sĂ©ducteur, parfois crĂ©dule, toujours infantile. Se faire berner malgrĂ© lui, voilĂ  la trame de l’action. Mais au final, comme beaucoup de parodie humaine et de satire sociale, le chevalier fantasque bouffon et magnifique nous tend le miroir : une leçon de vĂ©ritĂ© Ă  l’adresse de tous. Qui peut dire qu’il n’a jamais Ă©tĂ© la proie de la vindicte, du mensonge, de la mauvaise foi ?
Cette victime placardĂ©e et vilipendĂ©e pourrait tĂŽt ou tard ĂȘtre chacun de nous. Falstaff dĂ©voile l’inhumanitĂ© et nous invite Ă  cultiver l’humanitĂ©.

Les bons bourgeois de Windsor, Ă©poux jaloux et pervers des fameuses commĂšres en prennent aussi pour leur grade. Electron honnis, Falstaff, inclassable dans la grille sociale, dĂ©fait tout un systĂšme oĂč rĂšgne la perfidie, l’hypocrisie, la stupiditĂ©, la duplicitĂ© et l’intĂ©rĂȘt (l’époux d’’Alice Ford aimerait bien voir sa fille Nannetta Ă©pouser le docteur CaĂŻus, mĂȘme si ce dernier pourrait ĂȘtre son arriĂšre grand pĂšre !
).

ComĂ©die dans la comĂ©die, la pseudo fĂ©erie du chĂȘne noir (dans le parc royal de Windsor), mascarade shakespearienne (acte III) oĂč la sociĂ©tĂ© semble recouvrer une Ăąme d’enfance
 fĂ©es, lutins, reine angĂ©lique Ă  l’appui-, instaure un climat fantastique et tendre.

Dans la fosse, hĂ©ritier des facĂ©ties mordantes et piquantes signĂ©es avant lui par Rossini et Donizetti, Verdi offre Ă  l’orchestre une partition constellĂ©e de joyaux comiques Ă  sens multiples.  Un feu crĂ©pitant qui danse et dĂ©nonce ; virevolte et scintille au diapason de cette comĂ©die qui est une farce aussi tendre qu’amĂšre. Un seul remĂšde Ă  cela : l’esprit du rire, la dĂ©rision et l’autocritique.
C’est un compositeur octogĂ©naire qui enfante ce Falstaff Ă  la fois lĂ©onin et enfantin, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en 1893. Jamais Verdi ne fut plus efficace dramatiquement ni mieux inspirĂ© musicalement. Un chef d’oeuvre de finesse, de vĂ©ritĂ©, de satire enivrĂ©e.

 

 

 

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Concert donné le 19 juillet 2018  au Royal Opera House de Londres

Giuseppe Verdi : Falstaff
Opera buffa en trois actes tirĂ© des Joyeuses CommĂšres de Windsor et Henry IV (parties I et II) de Shakespeare, crĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan le 9 fĂ©vrier 1893  -  Arrigo Boito, librettiste d’aprĂšs William Shakespeare

Bryn Terfel,baryton : Sir John Falstaff
Ana Maria Martinez, soprano : Alice Ford, Ă©pouse de Ford
Simon Keenlyside, baryton : Ford, un homme riche
Anna Prohaska, soprano : Nanetta, la fille des Ford
FrĂ©dĂ©ric Antoun, tĂ©nor : Fenton, l’un des prĂ©tendants de Nannetta
Marie-Nicole Lemieux, contralto : Mrs Quickly
Marie MacLaughlin, mezzo-soprano : Meg Page
Peter Hoare, ténor : Dr Caius
Michael Colvin, ténor : Bardolfo, serviteur de Falstaff
Craig Colclough, basse : Pistola, serviteur de Falstaff

Chorus of the Royal Opera House
Orchestra of the Royal Opera House
Nicola Luisotti, direction

DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Berlioz-Beatrice-et-Benedict-Glyndebourne-DVD opus arte critique dvd dvd review doustrac sly manacorda-362x512DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. D’Oustrac, Appleby
 Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte). EnregistrĂ© Ă  Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2016, voici une nouvelle production de l’opĂ©ra le plus malaimĂ© de Berlioz, objet d’une incomprĂ©hension persistante, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict, rĂ©alisĂ© par une Ă©quipe britannique dont on sait les affinitĂ©s Ă©videntes avec le Romantique Français. Le spectacle de Glyndebourne est alors produit pour le tricentenaire de la mort de Shakespeare (Ă©videmen t l’opĂ©ra s’inspire de sa comĂ©die, heureux marivaudage, « Beaucoup de bruit pour rien »). La partition, contemporaine de son travail colossal sur Les troyens, concentre les derniĂšres Ă©volutions du style ; de fait, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict est son ultime opĂ©ra.
Deux Français s’imposent ici : StĂ©phanie d’Oustrac en BĂ©atrice et Laurent Pelly pour la mise en scĂšne. On Ă©vite le cĂŽtĂ© comique dĂ©lurĂ©, pour s’attacher au caractĂšre onirique et psychologique du drame berliozien ; pour se faire les dialogues ont Ă©tĂ© rĂ©Ă©crits et modernisĂ©s : en somme, une lecture shakespearienne de l’opĂ©ra, qui ailleurs manque de finesse et de profondeur. Rien de tel ici, tant les anglais se montrent d’excellents connaisseurs de la lyre d’Hector, cultivant la cohĂ©rence de l’action dans l’enchainement des scĂšnes et des situations. Ce premier DVD de Beatrice et BĂ©nĂ©dicte labellisĂ© Glyndebourne est indiscutablement une rĂ©ussite. Pelly a troquĂ© la soleil de Sicile (l’action se passe en Italie mĂ©ridionale), contre un paysage plus brumeux et opaque, celle de la guerre des annĂ©es 1940, une pĂ©riode que le metteur en scĂšne semble dĂ©cidĂ©ment affectionner. Dans une sociĂ©tĂ© permissive, qui tend Ă  Ă©tiqueter chaque individu et le mettre en boĂźte (au sens littĂ©ral du terme) pour mieux l’asservir, les deux amants qui s’ignorent, observent cette neutralitĂ© blafarde, collective jusqu’au moment oĂč ils ne peuvent plus se cacher l’un Ă  l’autre.

Un marivaudage shakespearien
servi par le trùs convaincant duo D’Oustrac / Appleby

BĂ©atrice fiĂšre et sensible, vocalement impĂ©riale, StĂ©phanie d’Oustrac fait merveille, car elle est diseuse et excellente actrice : en elle prennent vie bien des facettes d’un amour qui s’égare, se ment Ă  lui-mĂȘme puis se libĂšre enfin. Le BĂ©nĂ©dict du tĂ©nor amĂ©ricain Paul Appleby assure sa partie avec tempĂ©rament lui aussi, jusqu’à son lĂ©ger accent dans un français qui semble toujours Ă©maillĂ© de facĂ©tie. MĂ©sentente, jalousie, soupçons, puis retrouvailles et pardon, rĂ©conciliation enfin aprĂšs moult accrocs : les deux cƓurs trouvent le chemin de la juste humanitĂ©.
Autour d’eux, les seconds rĂŽles, peu Ă  leur aise, ou n’ayant pas travaillĂ© leur rĂŽle… n’atteignent pas une telle Ă©vidence, parfois surjouent ou chantent droit ; le duo HĂ©ro / Ursule si fameux et Ă  juste titre, est terne, Ă  peine Ă©clairĂ© par une once maigre de sentiment
 ; il est vrai que la direction d’Antonello Manacorda reste pauvre en nuances et en imagination. C’est que, comme chez Rossini, la comĂ©die de Berlioz, exige une finesse voire une subtilitĂ© constante. Les Choeurs sont excellents. Comme le Don Pedro de FrĂ©dĂ©ric Caton Ă  l’allure gaullienne. Encore une rĂ©fĂ©rence au paris de l’Occupation
Globalement une belle rĂ©ussite qui mĂ©rite d’ĂȘtre connue, d’autant plus recommandable pour les 150 ans de la mort de Berlioz en mars 2019, car l’ouvrage est trĂšs peu jouĂ© et encore moins enregistrĂ©.

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DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Hector Berlioz (1803-1869) : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict, opĂ©ra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scĂšne et costumes : Laurent Pelly. LumiĂšres : Duane Schuller. Avec : StĂ©phanie d’Oustrac, BĂ©atrice ; Paul Appleby, BĂ©nĂ©dict ; Sophie KarthĂ€user, HĂ©ro ; Philippe Sly, Claudio ; Katarina Bradić, Ursule ; FrĂ©dĂ©ric Caton, don Pedro ; Lionel Lhote, Somarone. ChƓur de Glyndebourne, London Philharmonic Orchestra / Antonello Manacorda, direction. EnregistrĂ© Ă  Glyndebourne en aoĂ»t 2016. Livret en anglais, français et allemand. DurĂ©e: 1h58 + bonus (11 min). 1 DVD Opus Arte.

Béatrice et Bénédicte à Toulouse

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980TOULOUSE. Berlioz :BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. 30 septembre – 11 octobre 2016. COMEDIE AMOUREUSE D’APRES SHAKESPEARE. Quand il n’est pas inspirĂ© par Goethe (La Damnation de Faust), Berlioz reste indĂ©fectiblement inspirĂ© par son cher William Shakespeare. OpĂ©ra en deux actes ou plutĂŽt comĂ©die dramatique d’aprĂšs Beaucoup de bruit pour rien, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte est crĂ©Ă© en 1862 (Baden Baden) par un compositeur quinqua (58 ans), mĂ»r et sĂ»r de ses capacitĂ©s lyriques et dramatiques. C’est son dernier opĂ©ra, un ouvrage loin des Ă©vocations oniriques et spectaculaire des Troyens : une comĂ©die pour un ultime adieu Ă  la scĂšne thĂ©Ăątrale (comme verdi dans Falstaff).
Le Romantique exploite toute la verve aigre douce d’un Shakespeare faussement badin : BĂ©atrice / BĂ©nĂ©dicte ont trop de tempĂ©rament et d’électricitĂ© quand ils se croisent pour n’ĂȘtre pas entichĂ©s l’un de l’autre : ce rapport haine / amour permet aux auteurs d’aborder l’émergence amoureuse, sentiment Ă©tranger et absent au dĂ©but du drame. S’ils se disputent sans limites, les deux adolescents s’aiment trop inconsciemment pour ĂȘtre indiffĂ©rent Ă  l’autre. Belrioz, grand lecteur de mythes et de lĂ©gendes (comme Wagner), adapte lui-mĂȘme la trame de la comĂ©die shakespearienne avec une furiĂ  orchestrale (proche de son Benvenuto Cellini) qui Ă©clate dans ses scintillements instrumentaux, dĂšs l’ouverture. A l’agacement succĂšde la tendresse et l’attachement. Et le grand Hector, dont la fougue n’ a jamais tari, de la Fantastique aux troyens, Ă©blouit ici par sa grĂące attendrie
 Nouvelle production au ThĂ©Ăątre du Capitole de Toulouse (production prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©e Ă  Bruxelles au printemps 2016). LIRE aussi notre grand dossier William Shakespeare 2016 : William qui ĂȘtes vous ?

BeatriceEtBenedict-2Béatrice et Bénédicte de Berlioz au Capitole de Toulouse
6 représentations
Durée : 2h20
vendredi 30 septembre 2016 Ă  20h00
dimanche 2 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 4 octobre 2016 Ă  20h00
vendredi 7 octobre 2016 Ă  20h00
dimanche 9 octobre 2016 Ă  15h00
mardi 11 octobre 2016 Ă  20h00

Opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur
d’aprùs Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare
créé le 9 août 1862 au Théùtre Bénazet, Baden-Baden

Distribution

Tito Ceccherini, direction musicale
Richard Brunel, mise en scĂšne

Julie Boulianne, BĂ©atrice
Joel Prieto, Bénédict
Lauren Snouffer, HĂ©ro
Gaia Petrone, Ursule
Aimery LefĂšvre, Claudio
Bruno PraticĂČ, Somarone
Thomas Dear, Don Pedro
Pierre Barrat, LĂ©onato
SĂ©bastien Dutrieux, Don Juan

Orchestre national du Capitole
ChƓur du Capitole

RESERVEZ VOTRE PLACE
Réservations : billetterie : place du Capitole, BP 41408 Toulouse Cedex 6 ; par tél.: 05 61 63 13 13 ou sur internet : service.location@capitole.toulouse.fr / page dédiée à Béatrice et Bénédicte de Berlioz sur le site du Capitole de Toulouse

TĂ©lĂ©, ARTE. L’Ă©nigme SHAKESPEARE. DOcu Ă©vĂ©nement Ă  22h30

shakespeare william portrait 400 ans 2016 classiquenewsarte_logo_2013TĂ©lĂ©. ARTE. SHAKESPERE, SHAKESPEARE : qui ĂȘtes vous ? Etes vous l’auteur des piĂšces qui portent votre nom ? L’Ă©nigme Shakespeare en cette annĂ©e 2016 marquant le 400Ăšme anniversaire de sa disparition, poursuit son cours ; elle accompagne mĂȘme toute biographie sĂ©rieuse… Shakespeare mis Ă  nu … Dimanche 24 avril 2016 : 22h45. Shakespeare mis Ă  nu, biographie. Quels sont les mystĂšres autour du nom de Shakespeare. Arte fait le point sur les hypothĂšses tentant Ă  percer Ă  jour l’identitĂ© du poĂšte dramaturge… Et si Shakespeare Ă©tait un prete nom et dĂ©signait un prince de la haute noblesse londonienne, fou de littĂ©rature et de thĂ©Ăątre ?90 mn. Incontournable.

arte_logo_2013Shakespeare mis Ă  nu … Dimanche 24 avril 2016 : 22h45. Dossier Shakespeare centenaire 2016. PrĂ©sentation complĂšte : les Ă©lĂ©ments du dossier Shakespeare, quelle est l’enigne Shakespere / Shakespeare ? Dossier Shakespeare 2016 sur Classiquenews

 

Dossier Shakespeare : SHAKESPERE, SHAKESPEARE, qui ĂȘtes vous ?

shakespeare william portraitSHAKESPERE, SHAKESPEARE : qui ĂȘtes vous ? Etes vous l’auteur des piĂšces qui portent votre nom ? L’Ă©nigme Shakespeare en cette annĂ©e 2016 marquant le 400Ăšme anniversaire de sa disparition, poursuit son cours ; elle accompagne mĂȘme toute biographie sĂ©rieuse… Le portrait rĂ©cemment dĂ©couvert dĂ©tone du reste de son iconographie connue : il s’agirait (enfin) du seul (et premier ?) portrait rĂ©alisĂ© du vivant de l’Ă©crivain. LĂ©gende devenue enfin visage incarnĂ©… Comme pour sa correspondance ou les tĂ©moignages de son activitĂ© poĂ©tique, pas de documents autographes, que des tĂ©moignages indirects. Le problĂšme reste entier et les questions, multiples… toujours sans rĂ©ponses : William Shkespeare a-t-il Ă©tĂ© rĂ©ellement Ă©crivain, poĂšte, dramaturge ? Qui se cache derriĂšre ce qui pourrait ĂȘtre un patronyme… ?
Qui Ă©tait prĂ©cisĂ©ment William Shakespeare ? Le nom pourrait ĂȘtre un prĂȘte nom ou un pseudonyme cachant en rĂ©alitĂ© plusieurs auteurs ou un aristocrate, qui dĂ©vorĂ© par le dĂ©mon et le gĂ©nie de l’Ă©criture ne put accepter de renoncer Ă  sa passion poĂ©tique et littĂ©raire : Ă©crire des piĂšces et des poĂšmes, surtout des drames qui allusivement (ou pas) composent une satire incisive du genre humain et aussi de la Cour ElizabĂ©taine. Pour ne pas ĂȘtre poursuivi, l’auteur, – un prince pourtant connu (on verra ci aprĂšs pour quelles raisons, l’identitĂ© cachĂ©e de Shakespeare pourrait ĂȘtre de naissance princiĂšre…), prit soin de se camoufler derriĂšre une machinerie complexe le rendant indĂ©tectable ou intouchable. Car pour les 36 drames Ă©crits par misterX dit Mr Shakespeare, il ne reste aucune trace permettant d’identifier sĂ©rieusement l’auteur.
Shakespeare est le seul Ă©crivain poĂšte qui au carrefour des XVIĂš / XVIIĂš siĂšcles, n’a laissĂ© aucune correspondance tĂ©moignant directement de son activitĂ© littĂ©raire, dramatique, Ă©pistolaire. Rien qu’environ 100 documents signĂ©s de sa main et relevant de tractations immobiliĂšres plutĂŽt terre Ă  terre.
En outre, Ă  Stadford, oĂč il meurt et oĂč il est nĂ©, aucune trace de William “Shakespeare” mais plutĂŽt William Shakespere (sans “a”). Etrange orthographe qui accrĂ©dite la thĂšse d’une identitĂ© masquĂ©e. Quoiqu’il en soit, dans les archives de Stadfort oĂč il est censĂ© avoir vĂ©cu, il n’existe pas de famille “Shakespeare” mais bien Shakespere.

shakespeare_portraitOr comment expliquer autrement l’incroyable et captivante justesse d’un thĂ©Ăątre qui dĂ©peint mieux que quiconque les passions humaines ? Les portraits d’Hamlet (ce vellĂ©itaire qui tue par hasard, en vrai lĂąche magnifique habitĂ© par la procrastination…), Otello, RomĂ©o et Juliette, Shyllock (Le Marchand de Venise), sans omettre le monde enchantĂ© des fĂ©es et des lutins, des ĂȘtres mi hommes mi bĂȘte (l’esprit malicieux de Puck dans Le Song d’une nuit d’Ă©tĂ©… agent des catastrophes et quiproquos…), entre autres attestent dans chaque piĂšce une Ă©rudition universelle unique Ă  son Ă©poque; surtout pour un londonien dont on ne connaĂźt pas de voyages en Europe, attestĂ© par des sources historiques. L’Ɠuvre thĂ©Ăątral de Shakespeare dĂ©note une culture pharaonique et encyclopĂ©dique couvrant de trĂšs nombreuses spĂ©cialitĂ©s (droit, navigation, botanique, gĂ©ographie…). Ce qui est le plus dĂ©routant peut-ĂȘtre c’est l’exactitude topograhique qui se rĂ©vĂšle dans les piĂšces italiennes de Shakespeare ; si l’on pense aujourd’hui que pour mieux Ă©chapper Ă  la critique et Ă  la police royale, l’auteur dĂ©plaça toutes ses actions de l’Angleterre Ă  l’Italie (VĂ©rone, Padoue, Florence, Milan…), pour chaque situation Ă©voquĂ©e, l’Ă©crivain rĂ©vĂšle par des dĂ©tails mentionnĂ©s dans son texte, une connaissance parfaite et trĂšs prĂ©cise des lieux de chaque action. Shakespeare a t il voyagĂ© en Italie ? Au regard de tant d’indications justes, la question doit ĂȘtre posĂ©e ? Pourtant rien de moins sĂ»r.
L’hypothĂšse la plus sĂ©rieuse penche donc vers l’identitĂ© d’un noble masquĂ©, ayant soit une bibliothĂšque parmi les plus documentĂ©es de son temps – donc forcĂ©ment dans un palais de la trĂšs haute noblesse, Ă©rudite voire savante ; soit grand voyageur en Europe, soucieux de signaler sa connaissance rĂ©elle des sites, associĂ©e Ă  la prĂ©cision du dramaturge.

Finalement quelle importance ? A-t-on raison de vouloir percer absolument le mystĂšre de l’identitĂ© rĂ©elle de Shakespeare ? Seule importe la qualitĂ© passionnante de son Ɠuvre. L’une des plus inspirantes pour les compositeurs, en particulier, les Romantiques, Berlioz et Verdi au premier chef…
A son Ă©poque, Mr Shakespeare a pris soin de mĂ©nager des intermĂšdes musicaux pour cultiver la tension de chacune de ses piĂšces : musiques de scĂšne qu’il a intĂ©grĂ©es Ă  son Ɠuvre scĂ©nique et qui ont Ă©tĂ© diversement reconstituĂ©es. De nombreux Ă©diteurs ont publiĂ© en cycles thĂ©matiques, ces partitions retrouvĂ©es. Bilan Ă  venir.
BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte, Hamlet, Macbeth, Otello, Falstaff, Lear, Le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ©… voici quelques situations et personnages inventĂ©s par sir William dont le profil ainsi ciselĂ© a particuliĂšrement inspirĂ© opĂ©ras ou ballets… Bilan Ă  venir sur classiquenews.com

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Dossier Shakespeare 2016
shakespeare william portraitA VENIR : Shakespeare mis en musique : la passion de Berlioz et Verdi ; musiques de scĂšne, musiques pour le thĂ©Ăątre de Shakespeare ; opĂ©ras et ballets inspirĂ©s par S hakespeare : de Berlioz et Gounod, Ă  Mendelssohn et Verdi, sans omettre Prokofiev ou NicolaĂŻ…

 

 

 

arte_logo_2013Shakespeare à la télé
TELE. ARTE, Journées spéciale Shakespeare sur Arte pour les 400 ans de la mort de William Shakespeare

Dimanche 24 avril 2016, 11h40. Docu portrait : Tout est vrai ou presque : Shakespeare

Dimanche 24 avril 2016 : 17h35 : L’usine Ă  rĂȘves de Shakespeare : Ă©vocation du thĂ©Ăątre elizabĂ©thain

Dimanche 24 avril 2016 : 22h45. Shakespeare mis Ă  nu, biographie. Quels sont les mystĂšres autour du nom de Shakespeare. Arte fait le point sur les hypothĂšses tentant Ă  percer Ă  jour l’identitĂ© du poĂšte dramaturge… Et si Shakespeare Ă©tait un prete nom et dĂ©signait un prince de la haute noblesse londonienne, fou de littĂ©rature et de thĂ©Ăątre ?90 mn. Incontournable.

Le mercredi 27 avril 2016, 5h20 : il faut ĂȘtre matinal pour suivre le chef allemand, fĂ©ru d’interprĂ©tation sur instruments d’Ă©poque, prĂ©senter, expliquer, raconter le mythe de RomĂ©o et Juliette d’aprĂšs Shakespeare. Illustrations musicales Ă  la clĂ©, signĂ©es Berlioz, Gounod, Prokofiev, Tchaikovski… Avec l’orchestre symphonique de la NDR.

 

 

The Tempest par La TempĂȘte au festival Contrepoints 62

contrepoints festival 62 10 eme edition presentation compte rendu review CLASSIQUENEWSFestival Contrepoints 62. Samedi 10 octobre 2015, 20h30. Shakespeare: La TempĂȘte par La TempĂȘte.  Pas de Calais, Festival Contrepoints, 9 octobre 2015. L’appel des orgues.Tout prĂšs des terres flamandes, au carrefour des cultures, le festival Contrepoints 62, revisite pour sa dixiĂšme annĂ©e  le patrimoine du Pas de Calais en musique. Pour ce dernier week-end (9 et 10 octobre 2015), c’est la trĂšs historique Saint-Omer qui accueillera dans la monumentale Eglise des jĂ©suites, l’ensemble Pygmalion de RaphaĂ«l Pichon. Succombez Ă  la beautĂ© du Pas de Calais, l’appel sublime de ses orgues vous invite Ă  mille surprises! DĂ©jĂ  10 ans pour le festival Contrepoints qui rayonne actuellement comme chaque automne, sur le territoire du Pas de Calais. Cette annĂ©e, le festival se concentre sur le territoire de l’Audomarois : d’Aire-sur-la-Lys Ă  Saint-Omer en passant par Tournehem-sur-la-Hem, Houlle et Nielles-lĂšs-Ardres, un vaste pĂ©rimĂštre imprĂ©gnĂ©s des influences flamandes, espagnoles, anglaises et françaises. Outre la qualitĂ© des programmes prĂ©sentĂ©s et leur adĂ©quation dans les sites Ă©crins qui les accueillent et dialoguent naturellement avec eux, c’est surtout de la part du DĂ©partement, la volontĂ© de rendre accessible la musique classique et le spectacle vivant au plus grand nombre (grĂące des prix au billet particuliĂšrement attractifs). Les curieux souhaitant en savoir plus sur le patrimoine historique du Pas de Calais ont tout loisir pour suivre lors de leur sĂ©jour sur le territoire les ballades « Patrimoine » organisĂ©es avec Pays d’Art et d’Histoire et les Offices de tourisme (relais, soutiens, partenaires familiers du Festival). Temps fort du dernier week end musical au Pays de Calais, la jeune compagnie La TempĂȘte occupe l’ancienne chapelle des JĂ©suites de Saint-Omer dans un spectacle chorĂ©graphique et musical autour de Shakespeare qui a fait l’objet d’une remarquable disque, saluĂ© d’un CLIC par la rĂ©daction de classiquenews ; cette traversĂ©e en terres shakespeariennes  fait ainsi Ă©cho Ă  la rĂ©cente dĂ©couverte d’un des rares exemplaires du First folio dans les rayonnages de la bibliothĂšque de Saint-Omer. “Une dĂ©couverte qui enrichit le patrimoine d’un territoire bien vivant”, souligne SĂ©bastien Mahieuxe, directeur artistique du festival le plus actif au nord de la France chaque automne. Les 3 concerts ultimes du dernier week end du Festival Contrepoints mettent en avant l’originalitĂ© et la jeunesse : RaphaĂ«l Pichon, Maude Gratton, les instrumentistes et chanteurs de La TempĂȘte. Soit quelques uns des tempĂ©raments les plus intenses de la nouvelle gĂ©nĂ©rations de musiciens.

 

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Festival Contrepoints au Pas de Calais
Samedi 10 octobre 2015

 

Samedi 10 octobre 2015, 20h30

SAINT-OMER / CHAPELLE DES JESUITES

THE TEMPEST

Purcell, Locke, Martin , Hersant, PĂ©cou

Ensemble La TempĂȘte

Simon-Pierre Bestion, conception et direction musicale

Stéphanie Roussel, chorégraphie, scénographie et mise en scÚne

Roman Bestion, composition et improvisation Ă©lectro-acoustique

 

 

 

the-tempest-locke,-purcell,-martin-hersant-pecou-alpha-the-tempest-simon-pierre-bestion-1-cd-critique-complete-compte-rendu-CLIC-de-classiquenews-avril-2015The Tempest, ultime opus de William Shakespeare (1564-1616) crĂ©Ă© en 1611, semble rĂ©unir dans une sorte de testament artistique et thĂ©Ăątral, les thĂšmes fondateurs et la philosophie du maĂźtre anglais. Cette oeuvre explore toutes les facettes de l’Homme et s’inscrit dans la dĂ©marche d’ouverture Ă  l’autre et Ă  soi-mĂȘme : l’image de ces naufragĂ©s sur une Ăźle dĂ©serte Ă©tant Ă  la fois le tĂ©moignage d’une quĂȘte initiatique et le symbole des comportements humains. “Masks des temps mĂȘlĂ©s” : ” The Tempest de 1611 de Shakespeare inspire La TempĂȘte, projet collectif portĂ© par son crĂ©ateur Simon-Pierre Bestion (ex crĂ©ateur d’Europa Barocca et de Luce Del Canto) : un cercle variable d’artistes dont les individualitĂ©s associĂ©es composent une maniĂšre d’arĂšne vivante, une compagnie cohĂ©rente et pourtant fourmillant de personnalitĂ©s distinctes. Joignant toujours le geste et le mouvement Ă  la prĂ©cision trĂšs habitĂ©e du chant, accompagnĂ© par un groupe d’instrumentistes remarquablement mordants et palpitants, le groupe La TempĂȘte nouvellement nĂ© (1er janvier 2015) subjugue ici de facto dans un spectacle oĂč c’est essentiellement la vie et l’exclamation agissante qui s’affirment. La rĂ©ussite de l’offre s’appuie sur un formidable groupe de chanteurs : percutants, diseurs inspirĂ©s et donc un continuo qui est prĂ©cisĂ©ment ce que le jeune chef annonce dans sa note d’intention sur son projet : ambassadeurs de sons chauds, colorĂ©s, incarnĂ©s. C’est donc en plus de son expressivitĂ©, une esthĂ©tique sonore spĂ©cifique. Ajoutons surtout la prĂ©sence du thĂ©Ăątre : tout l’enregistrement tend vers la scĂšne, et l’auditeur pense constamment au prolongement visuel – incarnĂ©- de la sĂ©lection de partitions ainsi assemblĂ©e. Carter Chris Humphray pour classiquenews)”

 

LIRE la critique complĂšte et la prĂ©sentation du cd The Tempest par La TempĂȘte, Simon-Pierre Bestion, Ă©lu CLIC de classiquenews en avril 2015.

 

Dans une exploration des rĂ©pertoires, des Ă©poques et des disciplines, les piĂšces de compositeurs français et anglais des XVIIe et XXIe siĂšcles s’assemblent ici, les musiciens deviennent danseurs et les mots parlent autant que les esprits, donnant Ă  la piĂšce un visage protĂ©iforme, un souffle universel, Ă  l’image de son auteur. Depuis 2015, La TempĂȘte rĂ©unit sous la direction de Simon-Pierre Bestion l’ensemble Europa Barocca et le choeur Luce del Canto, fondĂ©s en 2007 et 2008.

Durée : 1h40

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca)

Otelo verdi renee fleming semyon bichkov metropolitan opera dvd decca 2012 critique compte rendu operaDVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca). Le dernier Verdi sait crĂ©er de sublimes atmosphĂšres psychologiques dont profite Ă©videmment son Otello. Suivant son cher Shakespeare dans l’expression d’un drame noir et Ă©touffant, le compositeur outre le rĂŽle d’Otello confiĂ© Ă  un tĂ©nor stentor (au format wagnĂ©rien) offre surtout au rĂŽle de Desdemona, l’Ă©pouse abusivement outragĂ©e d’Otello, par son mari mĂȘme, un sublime personnage lyrique pour les sopranos, qui tire sa dignitĂ© et sa profonde loyautĂ©, sa bouleversante sincĂ©ritĂ© dans l’air du saule et sa priĂšre au IV, avant que le maure ivre de jalousie (et manipulĂ© par Iago) ne la tue en l’asphyxiant dans l’oreiller de sa couche. Verdi offre sa meilleure intrigue : resserrĂ©e, nuancĂ©e, contrastĂ©e et profonde. Avec Boito, il a rĂ©visĂ© son Boccanegra (1881) et s’apprĂȘte bientĂŽt Ă  composer Falstaff. CrĂ©Ă© en 1887 Ă  La Scala, Otello est un immense succĂšs. Au cƓur du sujet, portĂ© par les vers taillĂ©s, ciselĂ©s de Boito, Verdi rejoint l’arĂȘte vive et sanglante des drames abrupts et profonds, pourtant poĂ©tiques de Shakespeare.

DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e en fĂ©vrier et mars 2008, cette production a montrĂ© ses qualitĂ©s, classiques certes mais efficaces et claires. Les vertus viennent surtout des chanteurs (en l’occurrence de la diva que l’on attendait et qui n’a pas déçu). Si sous la direction du mĂȘme chef (Semyon Bychkov), RenĂ©e Fleming (Desdemona), Johan Botha (Otello) rempilent ici en octobre 2012, le reste de la distribution a changĂ© Ă  commencer par le pĂ©ril dans la demeure, l’infĂąme intriguant Iago (Falk Struckmann) et Cassio (Michael Fabiano).

Fleming : bouleversante Desdemona
otello-fleming-verdi-opera-metropolitan-opera-new-york-octobre-2012-dvd-decca-classiquenews-renee-fleming-desdemona-johan-botha-otelloAu I, RenĂ©e Fleming sait revĂȘtir sa couleur vocale d’une rĂ©elle candeur, celle d’une adolescente encore pure, d’une sensualitĂ© lumineuse sans l’ombre d’aucune pensĂ©e inquiĂšte (“GiĂ  nella notte”). La diva nuance avec habiletĂ© l’Ă©volution de son personnage, de la beautĂ© lisse Ă  l’inquiĂ©tude de plus en plus sombre enfin vers la rĂ©signation suicidaire (IV). La façon dont elle construit son personnage et le colore progressivement de prĂ©monition noire, demeure exemplaire : la chanteuse sait ĂȘtre une actrice. C’est bien ce que souhaitait Boito comme Verdi : le dernier rĂąle de la victime Ă  l’adresse de sa suivante Emilia (Addio) rejoint la grandeur tragique et intimiste du thĂ©Ăątre : voilĂ  la force de Verdi et l’intelligence de RenĂ©e Fleming. L’ouvrage aurait Ă©videmment pu s’intituler Desdemona : la performance de la diva amĂ©ricaine le dĂ©montre sans rĂ©serve.
Le sens des nuance et l’intelligence intĂ©rieure de la soprano contraste de fait avec le style sans guĂšre de finesse du sud africain Johan Botha qui a la puissance mais pas la sincĂ©ritĂ© du personnage d’Otello. Quel dommage. Certes au III, son monologue ( “Dio mi potevi scagliar”) exprime l’intensitĂ© de ses dĂ©chirements intĂ©rieurs mais le style comme la projection (faciles) demeurent unilatĂ©raux, sans ambiguitĂ©, avec force dĂ©monstration.
Il y a du Scarpia dans le Iago verdien : vivacitĂ© noire, manipulation, perversitĂ© rationalisĂ©e et donc dĂ©monisme efficace … Falk Struckmann se tire trĂšs honnĂȘtement des dĂ©fis d’un personnage aux apparitions courtes mais denses qui exigent une franchise et une subtilitĂ© crĂ©pitante immĂ©diates. Pari relevĂ© car lĂ  aussi on s’Ă©tonne de dĂ©masquer chez lui, des trĂ©fonds de souffrances silencieuses, un abĂźme de ressentiments illimitĂ©s, en somme ce qui a intĂ©ressĂ© Shakespeare avant de fasciner Verdi et Boito : les vertiges et tourments que cause la folie humaine.
Dans la fosse Bychkov Ă©claire les orages et les passions d’une partition essentiellement shakespearienne. Du nerf, du muscle, mais peu de nuances au diapason de Fleming, pourtant souvent les brĂ»lures tragiques sont bien lĂ  et entraĂźnent le spectateur jusqu’au choc tragique final.

‹‹‹DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Johan Botha · RenĂ©e Fleming, Falk Struckmann… The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Semyon Bychkov, direction. Elijah Moshinsky, mise en scĂšne.  Enregistrement live rĂ©alisĂ© au Metropolitan Opera de new York en octobre 2012. Parution internationale le 4 mai 2015. 1 dvd 0440 074 3862 6. DurĂ©e : 2:42. 1 dvd Decca

Hahn à Saint-Etienne : recréation du Marchand de Venise, 1935

HAHN reynaldo_hahn_2015_Saint-Etienne, OpĂ©ra. Hahn : Le Marchande Venise, 27-31 mai 2015. Mini festival Reynaldo Hahn en France, Ă  l’OpĂ©ra Comique en mai : reprise de Ciboulette ; c’est aussi le Marchand de Venise Ă  Saint-Etienne (dans le cadre de son Cycle Massenet dont Reynaldo Hahn fut l’élĂšve), ouvrage clĂ© crĂ©Ă© en mars 1935, dans lequel le compositeur ami de Proust et de Sarah Bernhardt s’essaie au grand genre 
 L’usurier assidu pratiquant des taux extravagants (la garantie est la propre chair de ses dĂ©biteurs) et qui surtout a la haine de ceux qui le mĂ©prise (Antonio justement aristocrate mĂ©lancolique et chrĂ©tien), tire un malin plaisir Ă  Ă©prouver ses “proies” par l’argent. Ainsi Shylock Ă  Venise est-il le pilier de l’action du Marchand de Venise dans la piĂšce de Shakespeare. Donc Antonio emprunte 3000 ducats au Juif pour les prĂȘter Ă  son ami Bassanio lequel a besoin ainsi de liquiditĂ©s pour sĂ©duire la belle Portia (rĂŽle Ă©crit pour Mary Garden, qui avait crĂ©Ă© auparavant en 1902, l’Ă©crasant rĂŽle de MĂ©lisande dans PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy).

Entretemps d’autres prĂ©tendants attentent Ă  l’intimitĂ© de Shylock en enlevant la propre fille du vieillard soupçonneux : Jessica (comme les intrigants de la Cour du Duc de Mantoue enlevant la fille de Rigoletto, Gilda dans l’ouvrage de Verdi)
 conspiration, sĂ©duction, sadisme aussi par l’argent et Ă©videmment haine souterraine (entre juifs et chrĂ©tiens). Tout cela enrichit l’action de l’opĂ©ra de Reynaldo Hahn dont la complexitĂ© raffinĂ©e et l’élĂ©gance mozartienne subjuguent toujours.

shylock jessica venise shakespeare reynaldo hahnL’auteur de Ciboulette redĂ©finit ici la langue de l’opĂ©ra – au moment oĂč Enesco livre son Oedipe, fresque nĂ©matique, austĂšre et un peu raide. Ni wagnĂ©riste, ni debussyste ni faurĂ©en, ni rien du tout, 
 seul et puissamment original, Reynaldo Hahn prĂ©fĂšre renouer avec la comĂ©die de Wolfgang, celle de Don Giovanni oĂč les sĂ©quences de pur enchantement amoureux n’empĂȘchent pas l’accomplissement du drame le plus noir (la piĂšce de Shakespeare est un procĂšs contre la figure du juif avare, paranoĂŻaque, certes implantĂ© Ă  Venise mais qui cultive sa dĂ©testation des vĂ©nitiens, et sait se faire dĂ©tester d’eux). Alternant le lĂ©ger et le cynisme parfois aigre et tragique (vertiges des couples amoureux, solitude amĂšre de l’usurier : sous la baguette de Philippe Gaubert, c’est la basse lĂ©gendaire AndrĂ© Pernet, acteur subtil, qui crĂ©e le rĂŽle de Shylock), Hahn, dans sa langue spĂ©cifique, aquarellĂ©e, aĂ©rienne, subtile et colorĂ©e, d’un fini instrumental souvent irrĂ©sistible, retrouve le rythme mĂȘme de l’opĂ©ra mozartien : dans les contrastes entre les Ă©pisodes, il exprime la nature contradictoire et troublante de la vie elle-mĂȘme qui fusionne indistinctement dĂ©fis, Ă©preuves, souffrance et solitude, mais aussi extase, entente, espoir.

Les critiques de Hahn lui reprochent son inconsistance, sa superficialitĂ© : lui, l’amoureux de l’ordonnance versaillaise serait-il de facto incapable de profondeur ? C’est bien Ă  cette question essentielle que nous conduit la recrĂ©ation du Marchand de Venise en mai 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. PiĂšce anodine mais bien ficelĂ©e, ou drame mozartien, shakespearien et romantique
 tout Ă  la fois ? RĂ©ponse Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne les 27, 29,31 mai 2015.

 

 

 

 

boutonreservationLe Marchand de Venise Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne
Saint-Etienne, Opéra. Les 27, 29, 31 mai 2015
Durée : 3h45mn (entracte compris)

 

 

Avec : Gabrielle Philiponet (Portia), Isabelle Druet (Nerissa), Pierre Yves Pruvot (Shylock), Bassanio (Guillaume Andrieux)

Orch. Symphonique Saint-Etienne Loire
Franck Villard, direction. Arnaud Bernard, mise en scĂšne

La distribution solide, promet de belles caractĂ©risations, surtout viriles : Pierre-Yves Pruvot est l’un des meilleurs barytons dramatiques actuels, il devrait incarner un superbe Shylock (haineux et humain), et le jeune Guillaume Andrieux, encouragĂ© entre autres par Jean-Claude Malgoire vient de chanter PellĂ©as Ă  Tourcoing en mars 2015, comme il avait recrĂ©Ă© le rĂŽle d’Aben Hamet avec le mĂȘme JC Malgoire en mars 2014


Illustrations : Reynaldo Hahn ; Dessin représentant Shylock et Jessica (DR)