Motets de Fiocco à Amilly (45)

scherzi-musicali-bertali-antonio-la-maddalena-nicolas-achten-ricercar-review-classiquenews-critiqueAMILLY (45). Scherzi Musicali, le 3 fév 2019. Concert de musique baroque avec les Motets du bruxellois FIOCCO. Même s’il n’a pas encore tout à fait le mordant et cet esprit audacieux des premiers baroqueux, le goût du baryton Nicolas Achten (né en 1985), fondateur et leader du groupe, s’empare de noms méconnus quand ses confrères plus réservés prennent moins de risques. Ce programme à Amilly où le collectif s’était produit alors à ses débuts il y a 10 ans en 2009, affiche un ensemble encore vert vocalement parfois déséquilibré, mais instrumentalement plus cohérent et souverain dans nuances et accents. Joseph-Hector Fiocco (1703-1741) est le fils du premier directeur – italien – de l’opéra de la Monnaie : né à Bruxelles, le compositeur bruxellois termine sa courte carrière comme maître de chapelle de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Il excelle dans la musique sacrée, dont il fait une synthèse flamboyante entre les petits motets à la française et le style italien. Scherzi Musicali avait consacré un premier disque à ses débuts à Fiocco, rare sensibilité musicale Å“uvrant à Bruxelles ; son style sert une articulation heureuse des textes, loin de l’austérité pieuse nordique. AU début du XVIIIè, Fiocco prolonge l’exemple des Vénitiens, sensuels et linguistiques, dont évidemment Monteverdi et ses élèves. Nicolas Achten, pilote le programme, chantant et jouant du clavecin, du théorbe et de l’archiluth. AU programme entre autres : « Salve Regina », « Beatus Vir », « Libera me Domine », « Jubilate Deo », « Benedicam Dominum » …

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Dimanche 3 février 2019 à 18h
AMILLY (45), église Saint-Martin
Motets de Joseph-Hector Fiocco

 

Renseignements et réservations :
A l’Espace Jean Vilar Tél. : 02.38.85.81.96.
Au Service culturel de l’AME Tél : 02.38.95.02.15
Plein tarif : 18 € – Tarif réduit et de groupe : 13 €
Gratuit pour les élèves de l’école municipale de musique d’Amilly
Abonnements 5 concerts : 75 € / 3 concerts : 48 €

Rappel : de nouveaux tarifs pour les jeunes proposés pour cette saison Pour les jeunes jusqu’à 18 ans : Tarif junior à 5 € Pour les jeunes de 19 à 25 ans : Tarif découverte à 8 €

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LIRE nos critiques des CD ORFEO et BERTALI… et par Scherzi Musicali / Nicolas Achten

orfeo-pianto-scherzi-musicali-nicolas-achten-dhm-deutsche-harmonia-mundi-critique-compte-rendu-cd-classiquenewsCD. Il Pianto d’Orfeo (Scherzi Musicali, Achten 2013 – 1 cd DHM). Structuré comme un drame lyrique, le programme essentiellement dédié au premier baroque (XVIIè italien, Seicento) se compose de quatre épisodes entre un prologue (magnifique sinfonia de Luigi Rossi) et son épilogue (Lasciate Averno du même Rossi, auteur hier révélé par William Christie et décidément superlatif) : souhaitant démontrer que le genre opéra est né par le mythe d’Orphée et précisément dans le chant plaintif du berger thrace (il pianto d’Orfeo), instrumentistes et baryton directeur de Scherzi Musicali s’engagent ici pour l’articulation de la geste orphique illustrée par les intermèdes et premiers ouvrages composés par les premiers baroques : de Merula à Cavalieri, de Caccini à Monteverdi, de Rossi à Peri… EN LIRE +

CD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015). Enregistré en Belgique en février 2015, l’enregistrement de La Maddalena d’Antonio Bertali démontre les qualités expressives de l’ensemble Scherzi Musicali,… EN LIRE +

CD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015)

bertali scherzi musicali cd ricercare review presentation account of critique cd CLASSIQUENEWS 56cb0166a2e7bCD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015). Enregistré en Belgique en février 2015, l’enregistrement de La Maddalena d’Antonio Bertali démontre les qualités expressives de l’ensemble Scherzi Musicali, déjà constatées dans leurs gravures précédentes : Catena d’Adone de Domenico Mazzocchi, 2010 ; Il Pianto d’Orfeo, 2013). Mais ce nouveau travail affirme une nouvelle maturité du groupe. Caractérisation affûtée pour la langueur sombre et un certain dolorisme, autant aux instruments (cornets muets, basson, trombone…) que dans le chant des voix : l’oratorio fervent, construit comme une ample lamento que Bertali livre à Vienne en 1663 accrédite évidement le goût hautement italien de la Cour impériale Habsbourg. Le baryton Nicolas Achten (directeur musical de l’ensemble) met en regard les Å“uvres sur le même thème de la repentie, conçues par Monteverdi, Effrem, Guivizzani, Salomone Rossi et Domenicho Mazzochi (dont du Lagrime Amare de 1638, les larmes de Madeleine, exprimées en contournements harmoniques dissonants d’une ineffable langueur…).

 

 

L’intérêt du programme concerne aussi la figure d’Antonio Bertali (1605-1669) qui formé à Vérone, rejoint très vite la Cour impériale de Vienne, devenant après la mort de Valentini Kappelmeister dès 1649, au service de Ferdinand II. Le musicien est un violoniste aguerri, fondateur de l’école autrichienne, et doué d’un tempérament puissant comme compositeur pour le violon et dans la veine dramatique sacrée, exactement comme Schmelzer ou Biber.

 

CLIC_macaron_2014ORATORIO DU SEPULCRE. Il en ressort un programme dédié à la ferveur implorante du premier baroque italien à Vienne, à Rome, … L’Å“uvre de Bertali s’inscrit dans la tradition essentielle au moment de la Semaine Sainte, des Sepolcri, oratorios de douleurs, célébrant le Sacrifice de Jésus au moment de Pâques. De nombreuses gravures ont illustré la richesse de cette forme musicale et sacrée propre à la Vienne du XVIIè : Valentini, Sances, Draghi, et donc Bertali dont La Maddalena (l’un de ses 5 oratorios) est construite en trois parties : évocation allégorique, puis et c’est le plus réussi dans ce recueil défendu par Scherzi Musicali, confrontation, exaltation des deux Marie : Marie et Marie-Madeleine ; enfin, conversation, monologue, émois partagés des deux pêcheurs (excellents David Szigedvvari, ténor et Nicolas Achten dont le sens du texte articulé, ciselé offre une caractérisation vivante voire palpitante de la situation et de sa signification sacrée). La partition au moment de la représentation doit édifier l’auditeur et le spectateur (car ici, la scène représente à Vienne le Sépulcre et le miracle de la Résurrection qui y est central dans la méditation collective qui se précise de séquence en séquence…). Si l’on avait pu regretter un manque de certitude, un aplomb trop incertain voire imprécis, – individuel comme collectif-, dans certaines de leurs réalisations antérieures, chanteurs et instrumentistes des Scherzi Musicali atteignent dans ce programme Bertali une évidente maîtrise de la caractérisation linguistique et expressive ; le choix de chaque soliste pèse de tout son poids : Marie et Madeleine exhortant, hallucinées (Deborah Cachet, Lucina Mancini aux tempéraments suaves, incarnés, irrésistibles) ; duo palpitant entre les deux chanteurs ténor et baryton ci dessus nommés). Nicolas Achten choisit une sonorité riche mais détaillée où règne évidemment la résonance maîtrisée du consort de violes. Tout cela révèle comme s’il nous était donné de détailler la palette chromatique d’un retable baroque, le raffinement exceptionnel de la dévotion à la Cour impériale au début des années 1660 (1663 précisément). C’est pourtant le sens des textes choisis, leur succession aussi qui forment une rhétorique critique sur la mort et la vanité. Bertali soigne particulièrement l’articulation et l’intelligibilité des textes, précisément dans les récitatifs (cornets muets associés à la culpabilité des pêcheurs désireux de lumière dans le III). Voilà une éloquente esthétique forgée sur les contrastes ombre et lumière.  C’est de loin la meilleure réalisation des Scherzi Musicali.

 

CD, compte rendu critique : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Avec Deborah Cachet, Luciana Mancini, David Szigedvari… Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, enregistrement réalisé en Belgique en février 2015)

 

 

CD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015)

CD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015). Enregistré en Belgique en février 2015, l’enregistrement de La Maddalena d’Antonio Bertali démontre les qualités expressives de l’ensemble Scherzi Musicali, déjà constatées dans leurs gravures précédentes : Catena d’Adone de Domenico Mazzocchi, 2010 ; Il Pianto d’Orfeo, 2013. Mais ce nouveau travail affirme une nouvelle maturité du groupe. Caractérisation affûtée pour la langueur sombre et un certain dolorisme, autant aux instruments que dans le chant des voix : l’oratorio fervent, construit comme une ample lamento que Bertali livre à Vienne en 1663 accrédite évidement le goût hautement italien de la Cour impériale Habsbourg. Le baryton Nicolas Achten (et directeur musical de l’ensemble) met en regard les Å“uvres sur le même thème de la repentie, conçues par Monteverdi, Effrem, Guivizzani, Salomone Rossi et Domenicho Mazzochi (dont du Lagrime Amare de 1638, les larmes de Madeleine, exprimées en contournements harmoniques dissonants d’une ineffable langueur…). Autant de courtes sections qui pourraient bien avoir été intégrées dans la continuité d’une reprise de l’oratorio de Bertali à Mantoue…

 

 

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CLIC_macaron_2014ACUITE LINGUISTIQUE ET JUSTESSE POETIQUE DES SCHERZI MUSICALI… Il en ressort un programme dédié à la ferveur implorante du premier baroque italien à Vienne, à Rome, … L’Å“uvre de Bertali s’inscrit dans la tradition essentielle au moment de la Semaine Sainte, des Sepolcri, oratorios de douleurs, célébrant le Sacrifice de Jésus au moment de Pâques. De nombreuses gravures ont illustré la richesse de cette forme musicale et sacrée propre à la Vienne du XVIIè : Valentini, Sances, Draghi, et donc Bertali dont La Maddalena est construite en trois temps / parties : évocation allégorique, puis et c’est le plus réussi dans ce recueil défendu par Scherzi Musicali, confrontation, exaltation des deux Marie : Marie et Marie-Madeleine ; enfin, conversation, monologue, émois partagés des deux pêcheurs (excellents David Szigedvvari, ténor et Nicolas Achten dont le sens du texte articulé, ciselé offre une caractérisation vivante voire palpitante de la situation et de sa signification sacrée). La partition au moment de la représentation doit édifier l’auditeur et le spectateur (car ici, la scène représente à Vienne le Sépulcre et le miracle de la Résurrection qui y est central dans la méditation collective qui se précise de séquence en séquence…). Si l’on avait pu regretter un manque de certitude, un aplomb individuel comme collectif dans certaines de leurs réalisations antérieures, chanteurs et instrumentistes des Scherzi Musicali atteignent dans ce programme Bertali une étonnante maîtrise de la caractérisation linguistique ; le choix de chaque soliste pèse de tout son poids identitaire fort : Marie et Madeleine exhortant, hallucinées (Deborah Cachet, Lucina Mancini aux tempéraments suaves, incarnés, irrésitibles) ; duo palpitant entre les deux chanteurs ténor et baryton ci dessus nommés). C’est de loin la meilleure réalisation des Scherzi Musicali. L’appel des vanités en fin de partition, l’exhortation à l’humilité n’en ont que de plus âpres attraits : “Sache, ô mortel, qu’à la fin, il ne reste plus / Que pénitence, terreur, sépulcre et vermine“… concluent mes deux Pêcheurs, rejoints par les deux Marie en un quatuor saisissant. L’effroi soustend la langueur ; le lugubre, la sensualité rayonnante. Tout cela est très bien compris des solistes réunis autour de Nicolas Achten…

 

 

Critique complète et développée à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

CD. Il Pianto d’Orfeo (Scherzi Musicali, Achten 2013 – 1 cd DHM)

orfeo-pianto-scherzi-musicali-nicolas-achten-dhm-deutsche-harmonia-mundi-critique-compte-rendu-cd-classiquenewsCD. Il Pianto d’Orfeo (Scherzi Musicali, Achten 2013 – 1 cd DHM). Structuré comme un drame lyrique, le programme essentiellement dédié au premier baroque (XVIIè italien, Seicento) se compose de quatre épisodes entre un prologue (magnifique sinfonia de Luigi Rossi) et son épilogue (Lasciate Averno du même Rossi, auteur hier révélé par William Christie et décidément superlatif) : souhaitant démontrer que le genre opéra est né par le mythe d’Orphée et précisément dans le chant plaintif du berger thrace (il pianto d’Orfeo), instrumentistes et baryton directeur de Scherzi Musicali s’engagent ici pour l’articulation de la geste orphique illustrée par les intermèdes et premiers ouvrages composés par les premiers baroques : de Merula à Cavalieri, de Caccini à Monteverdi, de Rossi à Peri, se précise ainsi de l’un à l’autre, ce chant mi déclamé mi parlé, parlar cantando qui s’inspirant du souffle naturel de la parole, perfectionne un nouvel art d’explication du texte. En témoigne cet art du chant défendu avec plus de noblesse que de sensualité par le baryton et directeur de l’ensemble Nicolas Achten : la précision linguistique, l’intelligibilité, la justesse de l’intonation permettent concrètement de se plonger dans un bain de vertiges passionnels dont les plus grands champions sont moins les florentins Caccini et Peri que le romain Rossi d’une sensualité flamboyante qui parfois dépasse Monteverdi et annonce de facto Cavalli.

Aux origines de l’opéra : la prière d’Orphée

Hélas le soprano de Deborah York a perdu de sa chair : voix blanche et droite qui contredit l’opulence languissante d’un Rossi par exemple (Mio ben, teco’l tormento…).
On suit ainsi les étapes du drame orphique : amours d’Orphée et d’Eurydice (I), puis mort d’Eurydice (II), lamentation et déploration (III : c’est là que le chant du berger infléchit jusqu’au dieu des enfers : indiscutablement Achten maîtrise les registres de la langueur implorante, même si l’on peut regretter parfois de la dureté et un relâchement dans l’articulation. Les temps forts sont ici, la plainte confiée au seul cornet (la suave melodia) de Andrea Falconieri (scrupuleux, le cornet de Lambert Colosn reste linéaire) et surtout la prière d’Orphée à l’adresse de Pluton : Possente spirto de l’Orfeo de Monteverdi : style resserré et puissant du grand Claudio, véritable fondateur de l’opéra en 1607, avec ses effets d’échos entre violons et cornets, contrepoint lacrymaux du chant pur et agissant d’un Orphée, ardent, désirant et finalement victorieux, aux portes des Enfers. La projection du chanteur reste intense mais son chant aurait infiniment gagné à plus de simplicité et parfois d’atténuation, en servant davantage l’intelligibilité du texte (l’articulation est diluée au profit de la conduite vocale). Les instrumentistes se montrent plus inspirés encore dans l’intermède non vocal de Luigi Rossi “Les pleurs d’Orphée aillant perdu sa femme”, sommet déploratif d’un intensité et gravité expressive digne de Monteverdi (plage 24). Rossi composera bientôt son Orfeo de 1647 pour être joué à Paris à la demande de Mazarin.
Manquant là encore de souffle halluciné, d’urgence expressive, de relief mordant, Nicolas Achten semble bien peu inspiré dans le Landi final. Dommage mais on ne peut nier qu’il y manque encore une ferveur première, une impatience suave, surtout dans les couleurs de la voix, une diversité d’intentions qui aurait pu animer et habiter le texte autrement ; qualités ici manquantes qui font les grands Orphées à l’opéra. Pas sûr que le chanteur puisse demain supporter la tension permanente en chantant intégralement Orfeo de Monteverdi : il y faut de la subtilité, de l’imagination, de la profondeur…

Face à un répertoire qui s’affichait prometteur voire passionnant, les musiciens de Scherzi Musicali -pour leur premier cd chez DHM (le label baroque de Sony classical), sont encore un peu verts. Mansue de temps d’approfondissement, manque de vrai travail de compréhension des intentions des textes… le résultat est encore trop superficiel, rendant plus que valable l’approche plus enfiévrée et visionnaire des Harnoncourt, Christie, Stubs d’hier. Nos réserves ici et là n’empêchent pas de reconnaître un programme idéalement conçu, dont les facettes si ténues et nuancées méritaient une approche plus aboutie sur le plan vocal comme instrumental. Autre critique : pourquoi avoir mis sur le visuel de couverture les larmes d’une femme quand c’est bien le poète Orphée qui en s’exprimant a su émouvoir et convaincre : la plainte et la prière salvatrice dont il est question sont bien celles d’un homme, et non des moindres : l’inventeur du chant lyrique. Contresens et source de confusion pour le jeune public et les curieux non connaisseurs  (mais on y reconnait bien les promesses d’un marketing approximatif). En conclusion : voici un ensemble à suivre avec l’espoir, inspiré par un répertoire si exigeant, qu’il se perfectionne encore et encore.

CD; compte rendu critique. Il Pianto d’Orfeo (or the birth of opera). Luigi Rossi, Caccini, Peri, Monteverdi, … Scherzi Musicali. Nicolas Achten, baryton. Deborah York, soprano. 1 cd DHM Deutsche harmonia mundi. Enregistré en novembre 2013 en Belgique.