Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Giordano : Andrea Chenier opra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprs la vie du poète AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard…

Lorsqu’il compose Andrea Chenier en 1896, Umberto Giordano (1867-1948) ne pensait certainement pas que son opĂ©ra en quatre actes, inspirĂ© de la vie du poète français guillotinĂ© pendant la terreur, serait plus connu pour certains de ses arias plus que dans sa totalitĂ©. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a confiĂ© la mise en scène Ă   David McVicar, un habituĂ© de la scène lyrique londonienne,  et le rĂ´le titre au tĂ©nor allemand Jonas Kaufmann.

 

 

 

trop lisse esprit révolutionnaire au Royal Opera House mais

sidérant Chénier de Jonas Kaufmann

 

 

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoDavid McVicar qui nous a habituĂ©  à des mises en scène hors-normes comme par exemple Rigoletto oĂą il n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă   introduire une courte scène sexuelle lors de la fĂŞte du duc de Mantoue ou Faust avec son cabaret L’Enfer, rĂ©alise lĂ  une mise en scène très, peut-tre trop, sage avec un premier acte terne Ă©trangement Ă  propice  l’endormissement. Les trois actes suivants  montrent une rĂ©volution française très Ă©dulcorĂ©e avec peu de mouvements de foules, aucun sans culottes et quasiment aucune chanson rĂ©volutionnaire sauf une carmagnole qui prĂ©cède de peu le procès de ChĂ©nier. Bien sĂ»r les costumes, les dĂ©cors et les lumières sont superbes mais il manque dans la mise en scène le brin de vie, voire l’accent de folie qui caractĂ©rise habituellement le travail de McVicar. Sur le plateau, la distribution est totalement dominĂ©e par l’Andrea de Jonas Kaufmann. Le tĂ©nor allemand qui effectuait une prise de rĂ´le s’est emparĂ© du personnage avec panache et profondeur faisant siens les sentiments contradictoires du rĂ´le titre. De sa voix particulière, rugueuse et ciselĂ©e Ă  la fois, l’artiste souligne toutes les audaces et les nuances psychologiques de la partition redoutable de Giordano; l’improvviso (Colpito qui m’avete  Un di all’azzuro spazio) au premier acte et Un bel di di maggio au quatrième sont interprĂ©tĂ©s avec Ă©lĂ©gance et intelligence.

Fine comdienne Eva Maria Westbroek  campe une Maddalena de Coigny à la fois provocatrice et sensuelle, sensible et aussi apeurĂ©e; mais vocalement la performance est inĂ©gale. Très Ă   l’aise dans le mĂ©dium, la soprano faillit cependant dans les extrĂ©mitĂ©s de la tessiture haute: ses aigus sont parfois tendus comme si, tĂ©tanisĂ©e par le dĂ©fi, Eva Maria Westbroek peinait Ă   se lâcher complètement; du coup l’aria de Maddalena “La mamma morta” manque de panache comme de souffle mĂŞme s’il est interprĂ©tĂ© avec un engagement mĂ©ritoire.

Le Carlo GĂ©rard de Zeljko Lucic, esprit vilain-, est certes vocalement un peu monochrome mais scĂ©niquement solide; si nous aurions apprĂ©ciĂ© d’Ă©couter un peu plus de nuances, notamment dans “Nemico della patria” chantĂ© de manière un peu brutale. NĂ©anmoins Lucic brosse un portrait touchant de Carlo dont l’amour pour Maddalena le fait changer de camp avec un certaine noblesse. Notons aussi la jolie Bersi de Denyce Graves et des comprimari intelligemment distribuĂ©s. Le choeur du Royal Opera House, bien prĂ©parĂ©, comme d’habitude, fait une prestation très honorable ; il aurait certainement pu mieux faire si David McVicar avait seulement Ă©tĂ© plus inspirĂ©.

Dans la fosse Antonio Pappano dirige l’orchestre du Royal Opera avec style. Il prend le chef d’oeuvre de Giordano à son compte travaillant en amont avec chacun, solistes, orchestre, choeur ciselant la partition avec la rigueur et la minutie qui le payent. Pendant toute la soirĂ©e,  Pappano, attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau,  tient son orchestre d’une main ferme.  La tenue est dramatique et la direction soignĂ© l’impact expressif de chaque scène,  intimiste ou collective.

C’est, malgrĂ© une mise en scène trop sage, une production qui a le mĂ©rite de mettre en avant une oeuvre mĂ©connue dont seuls quelques airs ont imprimĂ© les mĂ©moires grâce, notamment, à Maria Callas qui contribua à sortir nombre d’oeuvres de l’oubli. L’immense succès de la soirĂ©e est en grande partie du Ă  un Jonas Kaufmann mouvant et rayonnant, vocalement très en forme; nĂ©anmoins les partenaires du tĂ©nor allemand ne dĂ©mĂ©ritent absolument pas tant ils s’engagent  pour la dĂ©fense d’une oeuvre qui gagne grandement  être davantage Ă©coutĂ©e.

 

 

Jonas Kaufmann, le plus grand tĂ©nor du monde !Poitiers. Cinma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chenier opĂ©ra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’après la vie du poète AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard; Denyce Graves, Bersi; Elena Zilio, Madelon; Rosalind Plowright, Contessa di Coigny; Roland Wood, Roucher; Peter Colman-Wright, Pietro Fleville; Eddie Wade, Fouquier-Tinville; Adrian Clarke, Mathieu; Carlo Bosi, L’incroyable; Peter Hoare, l’abbĂ©; Jrmy White, Schmidt; John Cunningham, Major Domo; Yuriy Yurchuk, Dumas. Orchestre du Royal Opera House, choeur du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. David McVicar, mise en scène; Robert Jones, dĂ©cors; Jenny Tiramani, costumes; Adam Silverman, lumières.

 

 

 

Internet. Journée Portes Ouvertes au Royal Opera House, le 7 janvier 2013

Internet. Journée Portes Ouvertes au Royal Opera House, le 7 janvier 2013

Terfel_wotan

Royal Opera House

Immersion au Royal Opera House sur le net

le 7 janvier 2013 Ă  partir de 10h30 (GMT)

The Lirical day on the net. Le Royal Opera House se met Ă  l’heure numĂ©rique et propose en accès libre sur ses sites dĂ©diĂ©s : www.roh.org.uk ou thespace.org , une journĂ©e de dĂ©couvertes en direct (entre autres), immersion dans la fabrique Ă  rĂŞve qu’est aujourd’hui une maison d’opĂ©ra. Le Royal Opera House ouvre ses portes sur le net, via tout un cycle de retransmissions non stop (10 heures de programmation spĂ©cifique sur la toile) depuis 10h30, le 7 janvier 2013.

Au programme: rĂ©pĂ©titions de ballet, interviews divers, courtes sĂ©quences pendant les sĂ©ances de travail des productions maison (The Minotaur, Eugène Oneguine, La donna del Lago…): masterclass vocal et lyrique avec le maestro maison Antonio Pappano; prĂ©paration de Rolando Villazon pour le personnage de Rodolfo dans La Bohème de Puccini…
En combinant direct live sur le net et contenus dĂ©diĂ©s spĂ©cifiques, le ROH, Royal Opera House frappe un grand coup en ce dĂ©but d’annĂ©e 2013.Pour conclure la sĂ©rie de programmes inĂ©dits, les camĂ©ras Ă  disposition des internautes permettent de suivre le soir, la performance des acteurs chanteurs sur la scène, dans l’acte III de La Walkyrie de Wagner… mais depuis les coulisses… La production a Ă©tĂ© enregistrĂ©e plus tĂ´t dans la saison londonienne, mais avec plusieurs camĂ©ras qui permettent au moment de cette diffusion digitale difĂ©rĂ©e et en streaming de choisir l’angle de vue et la perspective favorite pendant le spectacle (3 angles de vue possibles). Ainsi, il sera possible de voir Bryn Terfel en coulisses se prĂ©parant Ă  rentrer en scène…RV incontournable: Ă  l’heure d’internet, les maisons d’opĂ©ras sont de plus en plus inventives pour ouvrir en grand la scène lyrique auprès du plus grand nombre.ROH, Royal Opera House, lundi 7 janvier 2013 Ă  partir de 10h30 (gmt) sur les sites dĂ©diĂ©s :

www.roh.org.uk
ou

thespace.org

Illustration: Bryn Terfel, Wotan magistral dans le dernier acte de La Walkyrie de Richard Wagner (DR)