Chefs. Après Freibourg, François-Xavier Roth Ă  l’OpĂ©ra de Cologne

roth_francois_xavier-roth-maestro-chef-d-orchestreLe chef français François-Xavier Roth a Ă©tĂ© nommĂ© pour cinq ans directeur musical gĂ©nĂ©ral de la ville de Cologne Ă  compter de septembre 2015. Pour sa rĂ©ouverture le 1er septembre 2015, l’OpĂ©ra de Cologne, fermĂ© depuis 2012, a nommĂ© le chef français François-Xavier Roth, directeur musical pour 5 ans. Le fondateur de l’orchestre sur instruments d’Ă©poque, Les Siècles, Ă©galement  directeur musical du SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg (qui fusionnera avec le Stuttgart Radio Symphony Orchestra en 2016), n’est pas seulement l’une de baguettes les plus passionnantes de l’heure, c’est aussi l’un des interprètes rares, capable d’une curiositĂ© exceptionnelle pour les rĂ©pertoires, fouillant et ciselant les partitions classiques-romantiques sur instruments anciens et les partitions modernes et contemporaines, avec le mĂŞme souci de finesse et de vĂ©ritĂ©. L’Ă©tendue critique est exceptionnelle et couplĂ©e avec un sens peu commun de l’audace comme du dĂ©frichement, elle a permis de rĂ©aliser plusieurs jalons dĂ©cisifs au concert comme au disque. François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles ont ainsi rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© La Mer de Debussy, plusieurs joyaux orchestraux et lyriques de ThĂ©odore Dubois et Paul Dukas, surtout crĂ©ent l’Ă©vĂ©nement au printemps 2014 en publiant rĂ©cemment (6 mai 2014) Le Sacre du Printemps et Petrouchka de Stravinsky chacune dans leur instrumentation originelle, respectivement de 1913 et 1911 : c’est une contribution majeure pour notre connaissance de la sonoritĂ© historique des Ĺ“uvres ainsi recrĂ©Ă©es et un hommage Ă  l’excellence de la facture française comme des instrumentistes parisiens au dĂ©but du siècle dernier, quand Stravinsky participait Ă  l’Ă©popĂ©e des Ballets Russes en fournissant la musique pour la compagnie de Serge Diaghilev.

Après Freibourg, François-Xavier Roth Ă  l’OpĂ©ra de Cologne

Ce travail de recherche et d’une mĂ©thodologie appliquĂ©e annonce d’autres prochains accomplissements comme La Damnation de Faust de Berlioz (Ă  La CĂ´te Saint-AndrĂ© en aoĂ»t 2014) ; bientĂ´t, Le Vaisseau FantĂ´me de Wagner Ă  Cologne en 2015. Grand architecte symphonique, François-Xavier Roth est aussi un chef lyrique passionnant. C’est un artiste complet et dĂ©cidĂ©ment passionnant que classiquenews a choisi de suivre rĂ©gulièrement.
A l’OpĂ©ra de Cologne, le chef français – lĂ©gitimement distinguĂ©, succède ainsi aux interprètes prestigieux tels Otto Klemperer, Gunter Wand, Wolfgang Sawallisch.

CD. Dubois : Frithiof, Concerto pour piano n°2 (Les Siècles, Roth, 2010)

CD. ThĂ©odore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (Roth, 2010-2011). “Les Siècles live” (1 cd Actes Sud). Superbe album qui rĂ©vèle dans une sonoritĂ© historique (piano et orchestre d’Ă©poque) l’ardente et dramatique vitalitĂ© de ThĂ©odore Dubois (1837-1924), remarquable orchestrateur, douĂ© d’une invention permanente en particulier dans l’ouverture de Frithiof, condensé  théâtral d’une Ă©patante exaltation. La vrai rĂ©vĂ©lation reste contre toute attente non pas le Concerto pour piano n°2, morceau de bravoure aux climats tendres et lyriques (le premier mouvement est de loin le plus rĂ©ussi avec l’Adagio, et son sentiment “profondissimo” comme il est notĂ© sur le manuscrit) mais cette ouverture Frithiof, pièce magistrale de moins de 10mn qui tient Ă  la fois d’un superbe lever de rideau pour un opĂ©ra Ă  redĂ©couvrir, et aussi du poème symphonique… Dubois affirme son esprit synthĂ©tique et europĂ©en (comme tant aussi Ă  le dĂ©montrer la Symphonie Française de 1908, qui n’en a que le nom: Les Siècles et leur chef viennent de la recrĂ©er lors d’une tournĂ©e mĂ©morable dont la dernière date Ă©tait Ă  Venise pour le festival ThĂ©odore Dubois, proposĂ© non sans pertinence par le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, ce 15 avril 2012); il s’y montre parfait assimilateur de cet Ă©clectisme ambiant dont il recycle la richesse des thèmes et des idĂ©es avec cette finesse et cette Ă©lĂ©gance qui le caractĂ©risent.

 

 

Superbe et flamboyante ouverture de Frithiof

 

 

Dubois_Les Siecles_François Xavier RothDe fait, Frithiof se distingue par la noblesse et la ligne Ă©thĂ©rĂ©e du solo de clarinette dans un climat de bois profond (Rossini et Guillaume Tell ne sont pas loin; mais aussi le souffle des partitions de Liszt ou de Saint-SaĂ«ns) oĂą domine le chatoiement grave et mystĂ©rieux des violoncelles, contrebasses … jusqu’aux trois tutti Ă  3’30, qui libèrent un dramatisme dĂ©sormais exacerbĂ©, une passionnante théâtralitĂ© qui mĂŞle aussi Tchaikovski,  Wagner, et tant d’autres maĂ®tres dont Dubois fait un miel rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. En 1880, inspirĂ© par la lĂ©gende scandinave, le style de Dubois se montre davantage qu’un exercice acadĂ©mique: l’Ă©criture maĂ®trise et le sens de l’architecture et la finesse de l’orchestration. Quel bijou symphonique! Source d’une dĂ©lectation renforcĂ©e, l’apport des instruments d’Ă©poque Ă©vite l’empâtement, la nĂ©buleuse sonore ailleurs si nĂ©faste. Saluons, sous le geste vif et musclĂ© de François-Xavier Roth, la superbe pulsion dramatique sans boursouflure, dĂ©taillĂ©e et lumineuse grâce Ă  la juste caractĂ©risation des instruments, tous d’une articulation savoureuse; En outre la prise bĂ©nĂ©ficie d’une captation live rĂ©alisĂ©e au moment oĂą l’orchestre prĂ©sentait en première vĂ©nitienne, l’oeuvre si exaltante lors du festival prĂ©sentĂ© par le mĂŞme Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française, en avril 2011: journĂ©e inaugurale “Du Second Empire Ă  la IIIè RĂ©publique”, concert mĂ©morable qui voyait aussi la rĂ©crĂ©ation mondiale de la cantate de Paul Dukas, VellĂ©da.
C’est une prĂ©paration idĂ©ale pour le Concerto pour piano n°2 dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© par les mĂŞmes interprètes Ă  Venise lors du festival Du Second Empire Ă  la IIIème RĂ©publique, prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©. On y retrouve la mĂŞme exaltation noble et souple, cette mesure et cette Ă©loquence “acadĂ©mique” qui n’ont rien d’artificiel: l’adagio et son sentiment très profond donc… atteignent une sincĂ©ritĂ© surprenante qui enchante et Ă©lève l’âme,  proche en cela des rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©s adagios du Trio n°2 et du Quintette pour piano ( lire notre  compte-rendu  du premier week-end inaugural du festival Theodore Dubois  à Venise, 14 et 15 avril 2012). Avec de tels accomplissements, c’est le vocable “acadĂ©mique” qui gagne ses lettres de noblesse. Il s’agit bien d’une esthĂ©tique comme les autres très dĂ©fendables, et non plus ce terme fourre aux allusions si pĂ©joratives et rĂ©ductrices.
Toujours plein d’ardeur et d’idĂ©es brillantes, Dubois redouble de franche et saine fantaisie dans l’allegro vivo, scherzando et surtout dans le dernier mouvement si justement intitulĂ© “con molto fantasia”: Dubois apparaĂ®t bien ici tel l’apĂ´tre le plus habile et le plus inspirĂ© de la musique pure et de l’idĂ©al acadĂ©mique.  Ce qui sauve l’Ă©criture du Dubois classique, c’est un sens de la variation d’une ineffable pudeur, l’usage fĂ©dĂ©rateur du principe cyclique (reexposition des thèmes majeurs dans le final très libre d’agencement);  une conscience Ă©vidente du dĂ©veloppement sans dilution ni Ă©cart gratuit. En somme, la marque d’un grand maĂ®tre.
Les Siècles trouvent le juste Ă©quilibre pour faire briller cette musique Ă©lĂ©gantissime (auquel rĂ©pond le jeu tout en sobriĂ©tĂ© de Vanessa Wagner), sans basculer dans la fadeur ou le sirop dĂ©coratif… L’Ă©poque est Ă  l’Ă©clectisme, au mĂ©tissage des styles, au triomphe du nĂ©o, pourtant comme en architecture (voyez du cĂ´tĂ© de l’OpĂ©ra de Charles Garnier), le signe de la richesse n’exclut pas une structure superbement pensĂ©e. D’autant plus prenante que son Ă©criture obĂ©it toujours Ă  un “plan” dramaturgique finement Ă©laborĂ©; tout  le gĂ©nie de ThĂ©odore Dubois est lĂ . Le nouveau disque vient opportunĂ©ment renforcer l’oeuvre de rĂ©habilitation opĂ©rĂ©e par le Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française qui prĂ©sente jusqu’au 27 mai 2012, son festival monographique: “ThĂ©odre Dubois et l’art officiel”…
ThĂ©odore Dubois: Frithiof, Concerto pour piano n°2… Les Siècles (François-Xavier Roth, 2010-2011). “Les Siècles live” (1 cd Actes Sud).