Stiffelio de Verdi

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFrance 2. VERDI : Stiffelio, jeudi 24 janvier 2019, minuit. Même en ses années «  de galère » (de 1842 à 1850) comme il le dit lui-même, le jeune Verdi maîtrise comme personne la coupe frénétique et dramatique, réussissant à régénérer par son nerf et sa fougue virile, le genre opératique dans l’Italie romantique, bientôt libérée du joug autrichien. Tous ses opéras, avec leur action qui porte la volonté et l’autodétermination des peuples révoltés, trouvent un écho immédiat auprès du peuple italienne, cette nation qui n’est pas encore unifiée mais qui est sur le point de l’être. On insistera jamais assez sur la modernité et l’actualité prééminente des ouvrages verdiens à leur époque. Verdi est en phase avec la vibration de son temps et répond, entretient, nourrit l’élan libertaire et l’esprit révolutionnaire des Italiens.
En 8 années, le compositeur génial compose près de 14 opéras, depuis le triomphe de Nabucco, son premier succès.
Conçu en 1850, quasi simultanément à Rigoletto, Stiffelio évoque les souffrances d’un Pasteur trompé par sa femme. Le sujet, scandaleux, déclencha les foudres de la censure : Verdi dut revoir sa copie originelle. L’amour, le devoir… y forment un terreau fertile en confrontations et situations conflictuelles, entre Stiffelio (vrai ténor verdien, à la fois passionné et tendre, d’une nouvelle épaisseur psychologique) et son épouse Lina. Au couple principal (Stiffelio / Lina), Verdi imagine aussi, celui du père et de sa fille, Stankar / Lina, tout autant fouillé et bouleversant : leurs scènes très ciselées, révélant une relation profonde et complexe, annoncent sur le même thème, – père / fille, Rigoletto (Gilda), ou Simon Boccanegra (Amelia)… ne relation essentielle dans les opéras de maturité de Verdi, lui-même, ayant été particulièrement foudroyé par le destin car il perdit son épouse et ses deux filles…
A Venise, la mise en scène de Johannes Weigand, dans cette production présentée en 2016 à La Fenice, reste claire et intense, réduite à un immense portail métallique, ouvert ou fermé selon les séquences dramatiques, évoquant le temple où prêche Stiffelio, le cimetière, l’intérieur du château…

________________________________________________________________________________________________

Argument / Synopsis :

Le pasteur Stiffelio prône la vertu et l’amour fraternel, alors qu’il est trahi par son épouse laquelle aime passionnément le jeune aristocrate Raffaele. Le père de Lina est personnellement affecté par la déloyauté de sa fille Lina : il assassinera son amant. Confrontés à ce crime désastreux et injuste pour la victime, Stiffelio et Lina se retrouvent, savent se pardonner… dans l’amour de Dieu.

________________________________________________________________________________________________

France 2: “Au clair de la lune” – “Stiffelio” de Giuseppe Verdi – jeudi 24 janvier 2019 à minuit

Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi
sur un livret de Francesco Maria Piave,  d’après Le Pasteur ou l’évangile au foyer d’Émile Souvestre et Eugène Bourgeois,  créé le 16 novembre 1850 au Teatro Grande de Trieste.

Orchestre et chœur de La Fenice de Venise
Direction musicale : Daniele Rustioni
Chœur et Orchestre du Teatro La Fenice
Mise en scène : Johannes Weigand

Distribution
Stiffelio : Stefano Secco
Lina : Julianna Di Giacomo
Stankar : Dimitri Platanias
Raffaele : Francesco Marsiglia
Jorg : Simon Lim
Federico di Frengel : Cristiano Olivieri
Dorotea : Sofia Koberidze

Enregistré en janvier 2016, au Teatro La Fenice

________________________________________________________________________________________________

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402NOTRE AVIS. Nul doute que le nerf du jeune chef Daniele Rustioni apporte à cette production de Stiffelio, opéra méconnu mais superbe en intensité, l’énergie idéale. Dans cette version de 1850, et sur le livret de Piave, qui écrit aussi celui de Rigoletto contemporain, la partition éblouit par sa coupe dramatique, faisant se succéder duos, trios, quatuor (jusqu’au septuor), sans interruption et avec une réelle gradation expressive et musicale, que permet quand elle est servie parfaitement, l’écriture continue d’un Verdi peu adepte des airs fermés. Comme Luisa Miller d’après Schiller, Stiffelio est un drame noir, où les passions s’embrasent et crépitent. Vivant, percutant, à l’aise dans le rôle-titre, le ténor Stefano Secco relève le défi de la passion noire qui traverse l’esprit impuissant du prêtre démuni (même s’il est missionné par Dieu). On note un léger manque de naturel chez la Lina de Julianna Di Giacomo et chez le Stankar de Dimitri Platanias dont le bronze vocal cependant emporte l’adhésion. Leur couple vocal gagne en vraisemblance et intensité. Production réalisée à la Fenice en janvier et février 2016. Durée : 2h

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, opéra. PALERME, 16 oct 2018. VERDI : Rigoletto, Teatro Massimo. Stefano Ranzani / John Turturro

Compte-rendu, opéra. PALERME, 16 oct 2018. VERDI : Rigoletto, Teatro Massimo. Stefano Ranzani / John Turturro… Les femmes y sont réduites à des objets de convoitise, les courtisanes, évidemment, mais aussi Gilda, Maddalena, Giovanna comme la Comtesse de Ceprano. L’histoire du Roi s’amuse, reprise par Piave et Verdi, est connue. Gilda est broyée entre l’amour possessif et oppressif de son père et son premier amour pour un libertin débauché. Mais le personnage essentiel, qui a donné son nom à l’opéra, est bien Rigoletto, le bouffon complice du dépravé duc de Mantoue. Ironie du sort, l’instigateur de l’enlèvement de la Comtesse de Ceprano sera celui de sa propre fille. Fascinant par les multiples composantes de sa personnalité, complexé par sa difformité, amuseur cynique, entremetteur, Triboulet-Rigoletto est aussi un père aimant, qui nous émeut par ses souffrances.

 
 

RIGOLETTO-VERDI-1-opera-cd-critique-opera-classiquenews-Ayon-Rivas-Enkhbat-©Franco-Lannino-IMG_9967  
 

Le Teatro Massimo de Palerme, pour cette nouvelle production, a fait appel à John Turturro, dont le nom est attaché au cinéma, qui réalise ici sa première incursion dans le domaine lyrique. Brillante et sobre, humble, propre à satisfaire tous les publics, sa mise en scène respecte les cadres souhaités par Piave et Verdi , sans pour autant tomber dans une reconstitution datée. Classique, mais jamais redondante, c’est toujours un plaisir pour l’oeil. Le premier acte se déroule dans un palais à l’abandon. Quelques uns des cadres monumentaux qui ornent le mur de fond de scène sont tombés, l’un d’eux est brisé. La déconstruction lente du monde réaliste va concentrer l’attention sur les personnages. Le castellet de la chambrette où Gilda est recluse, comme le bouge de Sparafucile et Maddalena, d’un réalisme cru, s’oublient vite, comme le recours fréquent à l’opacité des fumées qui captent la lumière.

 
   
 

Un opéra des hommes ?

 
 
RIGOLETTO-3-gilda-rigoletto-cd-review-critique-cd-classiquenews-Iniesta-Enkhbat©Franco-Lannino-IMG_0107  
 

L’ensemble fonctionne. Les costumes portent la marque d’une aristocratie ancienne, sans pour autant être datée. Leur beauté, sans ostentation, leur simplicité, leur caractérisation, qui permet d’identifier chacun des personnages, tout concourt à la compréhension du drame dont nous sommes les témoins. Le choix des couleurs n’y est pas étranger. Ainsi le rouge de la cape de Monterone, qui porte la malédiction, se retrouve-t-il dévoilé progressivement lorsque Gilda va mourir dans les bras de son père. Jamais la moindre vulgarité, malgré la débauche du Duc et de ses compagnons, malgré la violence de telle scène. Le melodramma n’est pas du grand guignol. La direction d’acteur, particulièrement soignée, respecte le naturel tout en composant des ensembles plus beaux les uns que les autres. A cet égard, il faut souligner la participation opportune du corps de ballet, aux deux premiers actes, qui s’intègre habilement à la suite du Duc.
Plusieurs distributions sont offertes, dont les premiers rôles se combinent, pour les huit représentations (en 9 jours). Rigoletto connaît ainsi trois de ses meilleurs interprètes : Leo Nucci, dont la santé physique et vocale force l’admiration, George Petean et Amarturshwin Enkhbat, le benjamin déjà consacré. Ce sera ce dernier que nous écouterons, avec Ruth Iniesta en Gilda, et Ivan Ayon Rivas comme Duc de Mantoue. Singulièrement, aucun chanteur italien pour les trois premiers rôles, mais, rassurons-nous : leur italien est en tous points parfait et les chanteurs de la péninsule se partagent les dix autres rôles. La distribution de ce soir se distingue par sa jeunesse et son engagement.
Enkhbat Amartuvshin est un baryton mongol, consacré par de nombreux et prestigieux prix. Familier du rôle sur les grandes scènes italiennes, il est peu connu en France, où on finira bien par le découvrir. Sa voix est sonore, colorée et trouve toutes les inflexions pour traduire toutes les expressions du personnage. L’aigu est facile, puissant sans jamais sentir l’effort, le legato admirable, assorti d’un phrasé noble et d’une émission où la plainte est sincère. Un très grand baryton verdien, du plus haut niveau. Ses qualités dramatiques nous valent un Rigoletto crédible, juste et émouvant. Ivan Ayon Rivas, ténor péruvien, a la prestance, la projection, les aigus faciles qui lui permettent de camper un Duc de Mantoue, assuré, séducteur et jouisseur désinvolte. La voix est puissante, jeune, lumineuse. Son physique de jeune premier renforce sa crédibilité dramatique. « La donna è mobile », a la vaillance attendue. Le « Questa o quella », morceau de bravoure, soulève l’enthousiasme. Gilda est espagnole. Ruth Iniesta, a la légèreté, la fraîcheur, l’agilité et les colorature qui font oublier les caricatures que donnent certaines sopranos dramatiques de cette adolescente. Son « Caro nome », où elle rêve de son bien-aimé Gualtier Maldé, traduit à merveille sa pureté comme sa sensualité naissante. Luca Tittolo, le tueur à gages Sparafucile, est remarquable et fait forte impression. La voix est ample, profonde, tranchante et agile, sa large tessiture lui permet une aisance constante. Le beau contralto de Martina Belli et son physique à ensorceller le diable nous valent une Maddalena plus vraie que nature. La voix est sonore, chaude, corsée. On regrette presque que Verdi attende les ensembles du dernier acte pour nous l’offrir. Aucune faiblesse n’est à relever dans les seconds rôles que l’on ne détaillera pas. Les choeurs sont superbes d’aisance vocale et dramatique, de cohésion et de précision.

 
 
rigoletto-geneve-critique-classiquenews-2-Amartuvshin-Enkhbat-Ruth-Iniesta-©-rosellina_garbo-2018_GRG7413  
 

C’est à Stefano Ranzani, grand chef lyrique dont le nom est attaché à celui de Verdi, que l’on doit ce grand moment d’émotion partagée. Familier de l’oeuvre, dont il connaît chaque phrase comme la construction dramatique, il nous offre un modèle de direction, fine, racée, intense. Tout est là, les progressions, les textures, les phrasés, avec une attention portée à chacun. On imagine le plaisir des interprètes à chanter et jouer sous sa conduite. Le geste, clair, précis, démonstratif, est efficace, sécurisant dans son accompagnement de chacun, mais surtout communique une incroyable énergie qui nous vaut la plus large palette de nuances, assorties d’une élégance rare.
Une captation de cette réalisation exceptionnelle est visible sur OperaVision, avec un autre trio de solistes (Georges Petean, Stefan Pop et Maria Grazia Schiavo), moins jeunes, mais tout aussi valeureux.
La production migrera au Teatro Regio de Turin, à l’opéra de Shanxi, puis à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, coproducteurs. A ne pas rater !

 
   
 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, opéra. PALERME, 16 oct 2018. VERDI : Rigoletto, Teatro Massimo. Stefano Ranzani / John Turturro

 
   
 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille. 14 avril 2016. G. Verdi : Rigoletto. Olga Peretyatko, Claus Guth,Nicola Luisotti

Retour de Rigoletto de Verdi à l’Opéra Bastille ! Premier volet de la trilogie dite « populaire » de Giuseppe Verdi, la nouvelle production signée Claus Guth, faisant ses débuts à l’Opéra, compte avec une distribution d’étoiles montantes du firmament lyrique international, notamment la soprano Olga Peretyatko faisant également ses débuts dans la maison parisienne. Le chef toscan Nicola Luisotti assure la direction musicale, sans doute l’un des apports les plus réussis de l’événement fortement attendu mais finalement décevant… ma non troppo !

Rigoletto et Gilda très convaincants

« Je ne suis pas ce que je suis… » ou rien du tout !
Rigoletto rigolo, ma non tanto...

verdi rigoletto epure efficace avril 2016 review critique classiquenewsl-opera-bastille,M324734On a tendance à insister sur l’aspect novateur de l’opus, avec son penchant pour les scènes plus que pour les airs, ainsi que par son inspiration historique et littéraire d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. En vérité, l’œuvre, créée à Venise au printemps de l’année 1851, bien que d’une efficacité insolente en ce qui concerne la caractérisation musicale des personnages -le don de Verdi s’il fallait n’en choisir qu’un seul-, orbite autour du duo (et non de l’air, ni de la scène véritablement), et le texte, si étonnant soit-il, écrit par Francesco Maria Piave, a dû être remanié au millimètre près, à la demande du compositeur. Dans le programme de l’opéra l’attention est portée sur les changements imposés par la censure, fait anecdotique indéniable et tout à fait intéressant, mais question quelque peu banale compte tenue de sa fréquence au XIX ème siècle. N’est pas abordé le fait que Verdi, si novateur fut-il en 1851, sollicite son librettiste, exigeant des changements extrêmement formels comme l’usage des hendécasyllabes obligés et des décasyllabes (vers de 11 et 10 syllabes respectivement).

En l’occurrence, la production du metteur en scène allemand Claus Guth, paraît suivre tout naturellement ce même cheminement du formalisme en guise d’innovation. Nous avons donc le droit a une transposition scénique modeste qui paraît ne pas être ce qu’elle est, qui brille par des clichés so has been d’une impressionnante banalité. Une production dont la modernité se démontre par l’usage d’un décor unique, un carton, le domaine du clochard qu’est devenu Rigoletto, et par des petites touches on ne peut plus galvaudées comme la revue cabaret toute paillettes, toute trivialité lors de l’archicélèbre morceau du ténor « La Donna è mobile », entre autres. S’il fallait choisir une qualité de la proposition scénique, remarquerons le travail d’acteur, poussé et réussi dans la plupart des cas. Or, nous n’expliquons toujours pas la perplexité du fait que l’équipe artistique de la mise en scène, 100% importée, au passage, soit composée de 7 collaborateurs, y compris un dramaturge (!)… Tant de monde pour si peu ? Bien que nous ne cautionnons pas les huées du public au moment des saluts, nous sympathisons avec leur insatisfaction.

Heureusement il y a la musique. Olga Peretyatko dans le rôle de Gilda est tout à fait exemplaire ! Outre l’agilité vocale virtuose et son style belcantiste irréprochable, elle se montre aussi belle et bonne actrice, et réussit à remplir l’immensité de Bastille avec son chant, merveilleusement agrémenté de trilles et autres effets spéciaux, dans l’aigu comme dans le médium. Son air au premier acte « Caro nome », est un sommet d’expression et de virtuosité. Le Rigoletto du baryton Quinn Kelsey est une révélation ! Excellent acteur, il est tout aussi touchant dans sa caractérisation musicale, et ses duos avec Gilda sont d’une grande intensité. Le jeune ténor américain Michael Fabiano interprète le rôle du Duc. Bien qu’il soit charmant ; son attitude, espiègle – laquelle convient au personnage, il réussit beaucoup mieux le côté presque swing de sa partition lors du « Questa o quella… » au 1er acte, avec une bonne science du rythme, que le trop populaire air « La donna è mobile » au 3 ème, où il fait preuve d’une affectation … insupportable. Cependant, lors du quatuor concertato au 3 ème acte (« Bella figlia dell’amore »), l’un des moments forts du drame, sinon le plus fort de la représentation, son timbre et son style ne sont plus désagréables. Les rôles secondaires sont eux plutôt équilibrés et réussis. Remarquons particulièrement la Maddalena de Vesselina Kasarova avec un je ne sais quoi de velouté dans sa voix, ou encore le fantastiquement macabre Sparafucile de la basse polonaise Rafak Siwek, faisant des heureux débuts à l’Opéra National de Paris.

L’Orchestre de l’Opéra sous la direction du chef Nicola Luisotti est d’une précision étonnante et participe au maintien d’une certaine cohérence musicale (la seule qui fut, moins le ténor…). Bien que Verdi ait composé l’orchestration de l’œuvre pendant les répétitions (!), elle est d’une grande efficacité et la phalange parisienne l’interprète avec soin et limpidité, éloquence et habilité. Une production dont la musique, que ce soit l’orchestre ou les heureuses performances d’un Rigoletto ou d’une Gilda, cautionne le déplacement !

A voir à l’Opéra Bastille encore les 17, 20, 23, 26 et 28 avril 2016 ainsi que les 2, 5, 7, 10, 14, 16, 21, 24, 27 et 30 mai 2016, avec différentes distributions (consulter le site de l’Opéra national de Paris, Opéra Bastille).

 

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille. 14 avril 2016. G. Verdi : Rigoletto. Olga Peretyatko, Quinn Kelsey, Michael Fabiano… Orchestre et choeur de l’Opéra de Paris. Claus Guth, mise en scène. Nicola Luisotti, direction musicale.

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille. Le 11 avril 2016. Verdi : Rigoletto. Olga Peretyatko, Claus Guth.

rigoletto-claus-guth-opera-critique-review-582FLASHBACK glaçant. Rigoletto inaugure le sommet du théâtre verdien, réalisé au début des années 1850, soit au milieu triomphant du siècle romantique, soulignant combien l’Italie aux côtés de la France et son temple lyrique Paris, reste le rgand foyer de la création d’opéras. Ainsi Rigoletto marque en 1851, cette trilogie mythique avec Il Trovatore et La Traviata (1853), où Verdi redéfinit à la fois le trio vocal soprano / ténor / baryton, jouant pour chaque à modifier la donne psychologique, et aussi réinvente la notion même de drame musical. Rigoletto respecte en tous point la force et la violence de la pièce de Hugo qui est sa source (La Roi s’amuse) : la malédiction primordiale (par le courtisan exilé banni Monterone), l’insouciance écourante du prince et de ses courtisans, la relation père-fille… tout cela est présent, sublimé, transfiguré dans la machinerie théâtrale verdienne.

Claus Guth relit aussi le thème selon une vision rétrospective, en un flashback où le vieux bouffon, Rigoletto, revit les grands moments de sa vie, en fait les plus tragiques puisqu’il s’agit de réactiver ce moment traumatique où par aveuglement et manipulation, il oeuvre pensant se venger de son ennemi, à l’assassinat de sa propre fille, Gilda. Ici baryton et soprano sont les victimes du ténor (le Duc de Mantoue). Comme Losey imaginait un double – mais un ange noir- présente permanente aux côtés de Don Giovanni, Guth conçoit un double pour Rigoletto, présentant dès le départ les 2 signes obsessionnels de cette tragédie de la malédiction (ou de l’aveuglement) : 2 habits, le costume du bouffon et la robe ensanglanté de la victime Gilda.
Guth donne à voir tout ce qui hante l’esprit concentré, secret des personnages : la machine infernale qui enserre pau à peu sa victime (Rigoleto) dont elle fait malgré lui un criminel ; les fantasmes érotiques et parfaitement anecdotiques du jeune prince mantouan, figure artificielle et sans consistance, pervers pourtant forcené, tout hanté et piloté par sa sexualité frénétique (avec scène du Crazy horse où pavanent des filles dénudés emplumés comme des cygnes blancs).
Rigoletto gagne de toute évidence par cette épuration visuelle, une profondeur propre au traitement musical car le Triboulet de Hugo n’exprime pas une telle déroute morale, un tel effondrement tragique en fin d’action, comparable à la douleur du père tenant dans ses bras, le corps de sa fille morte, sacrifiée sur l’autel du cynisme humain.
Seule véritablement le soprano expressif (moins angélique) d’Olga Peretyako insuffle une vraie épaisseur au rôle de Gilda dont elle fait une âme déterminée à rompre le silence du père vis à vis de son passé : les vraies raisons de l’émancipation – fatale- de la jeune fille, seraient donc liées non à la séduction du prince pervers, mais à la volonté de Gilda de fuir l’omerta du foyer paternel; la vision est intéressante et restitue au drame verdien, la puissance de sa structure souterraine qui en fait un vrai drame psychologique. La Maddalena de Vesselina Kasarova, en figure noire et meneuse de revue pour les filles du Crazy, se distingue elle aussi. On le voit cette nouvelle production à l’Opéra Bastille vaut surtout pour la cohérence de sa mise en scène et la valeur expressive des chanteuses. Les hommes (Rigoletto et le Duc) sont encore trop frêles vis à vis de leurs personnages. On attend une reprise prochaine de la production avec un casting plus équilibrée, et virilement, plus convaincant. Le chef Nicola Luisotti dirige lui aussi trop sagement une partition pourtant éblouissante, nerveuse que d’autres chefs mieux inspirés et plus constants ont su conduire vers une juste incandescence.

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille. Le 11 avril 2016. Verdi : Rigoletto. Michael Fabiano, Quinn Kelsey, Olga Peretyatko, Rafal Siwek, Vesselina Kasarova, Isabelle Druet, Mickail Kolelishvili, Michael Partyka, Christophe Berry, Tiago Matos, Andreas Soare, Adriana Gonzalez, Florent Mbia. Pascal Lifschutz. Orchestre et ChÂœoeurs de l’Opéra national de Paris. Nicola Luisotti, direction. Mise en scène : Claus Guth.

Nouveau Rigoletto signé Claus Guth à l’Opéra Bastille

RIGOLETTO-hoempage-582-390-verdi-rigoletto-presentation-nouvelle-production-opera-classiquenews-582-390Paris, Bastille. Nouveau Rigoletto par Claus Guth : 9 avril-30 mai 2016. D’après Le roi s’amuse de Hugo, Verdi aborde le thème du politique et de l’arrogance punies dans leur propre rouage : ceux qui, intrigants crapuleux et méprisants, maudissent, punissent, invectivent ou ironisent, agressent ou ridiculisent, feraient bien re réfléchir à deux fois avant de dénigrer. Le bouffon nain Rigoletto paie très cher son arrogance : sa propre fille sera même sacrifiée, détruite, immolée. Et le pauvre nain en son pouvoir dérisoire n’aura en fin d’action que ses larmes pour réconforter le corps refroidi de Gilda, la fille qu’il aurait du protéger avec plus de discernement. Mais Verdi surprend ici moins dans le traitement de l’histoire hugolienne dont il respecte presque à la lettre la fureur barbare, l’oeil critique qui dénonce l’horreur humaine à vomir, que dans sa nouvelle conception du trio vocal romantique. Dans Rigoletto, le ténor n’est pas la victime mais le bourreau inconscient, ou plutôt d’une insouciance irresponsable qui reste effrayante : le Duc de Mantoue s’il considère la femme comme volage (souvent femme varie) chante en réalité pour lui-même ; en paon superbe et narcissique, volubile et infidèle, séducteur collectionneur, il viole la pauvre vierge Gilda, tristement enamourée ; la horde de serpillères humaines qui lui sert de courtisans conclut le portrait de la société humaine : une arène d’acteurs infects où règne le désir d’un prince lascif et inconsistant. Dans ces eaux opaques, Rigoletto pense encore s’en sortir.  Mais le stratagème qu’il met en œuvre en sollicitant le concours du tueur à gages, Sparafucile, pour tuer le Duc se retourne indirectement contre lui : sa fille Gilda sera la victime d’une nuit de cauchemar (dernier acte).  Fantastique, musicalement efficace et même fulgurante, la partition de Rigoletto impose définitivement le génie dramatique de Verdi, un Shakespeare lyrique.

Aux côtés du ténor inconsistant, le baryton et la soprano sont les deux victimes expiatoires d’une tragédie particulièrement cynique : emblèmes de cette relation père / fille que Verdi n’ a cessé d’illustrer et d’éclaircir dans chacun de ses opéras : Stiffelio, Simon Boccanegra,…

Passion Verdi sur ArteRigoletto à l’opéra… ce n’est pas la première fois qu’un naif se fait duper et même tondre totalement sur l’autel du pouvoir … Dans l’ombre du Duc, pensait-il qu’en singeant les autres, c’est à dire en invectivant et humiliant les autres, il serait resté intouchable ? Le nain croyait-il vraiment qu’il avait sa place dans la société des hommes ? La Cour ducale de Mantoue, le lieu où se déroule le drame, semble incarner la société toute entière : chacun se moque de son prochain, et celui qui ridiculise, de moqueur devient moqué, nouvelle dupe d’un traquenard qu’il n’avait pas bien analysé… Que donnera la nouvelle production qui tient l’affiche de l’Opéra Bastille à Paris, signée Claus Guth (réputé pour sa noirceur et son épure théâtrale – en particulier ses Mozart à Salzbourg) ? Cette nouvelle production remplace le dispositif scénographié par Jérôme Savary, créé  in loco en 1996 et repris jusqu’en 2012… Réponse à partir du 9 avril 2016 et jusqu’au 30 mai 2016. A ne pas manquer, car il s’agit de la nouvelle production événement à Paris au printemps 2016.

 

 

 

Rigoletto de Verdi à l’Opéra Bastille à Parisboutonreservation
Du 9 avril au 30 mai 2016 — 18 représentations
Claus Guth, mise en scène
Nicola Luisotti, direction musicale

 

Toutes les infos, les modalités de réservations sur le site de l’Opéra Bastille à Paris

 

 

 

Compte rendu opéra.Toulouse. Théâtre du Capitole, le 17 novembre 2015 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto ; Opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après le drame de Victor Hugo Le Roi s’amuse créé le 11 mars 1851 au Teatro La Fenice, Venise ; Production du Capitole de 1992 ; Nicolas Joel, mise en scène ; Carlo Tommasi, décors et costumes ; Vinicio Cheli, lumières ; Avec : Ludovic Tézier, Rigoletto ; Saimir Pirgu, Le Duc de Mantoue ; Nino Machaidze, Gilda ; Sergey Artamonov, Sparafucile ; Maria Kataeva, Maddalena ; Cornelia Oncioiu, Giovanna ; Dong-Hwan Lee, Le Comte Monterone ; Orhan Yildiz, Marullo ; Dmitry Ivanchey, Matteo Borsa ; Igor Onishchenko, Le Comte Ceprano ; Marie Karall, La Comtesse Ceprano ; Marga Cloquell, Un Page ; Orchestre National du Capitole ; Chœurs du Capitole, chef de chœur : Alfonso Caiani ; Direction : Daniel Oren.

Repris à Toulouse, un Rigoletto de bon aloi. Pour la troisième fois depuis 1992 cette production de Rigoletto remporte un franc succès à Toulouse. Prouvant une nouvelle fois que ce qui compte à l’opéra, c’est le respect de l’ouvrage, d’avantage qu’une vision révolutionnaire du chef d‘œuvre. La production capitoline est classique : beaux costumes, décors habiles avec toiles peintes efficaces, lumière élégantes. La mise en scène réduite au minimum n’empêche pas les chanteurs de développer leur personnage à leur guise. C‘est ainsi que Gilda et le Duc sont agréables à regarder mais que le Rigoletto de Ludovic Tézier appartient d’avantage à une version de concert.

Cette reprise permet de bénéficier de la lecture énergique et dramatique du chef Daniel Oren. L‘orchestre du Capitole a tenu sa réputation d‘excellence.

La distribution n’est pas la meilleure des trois vues depuis 1992 mais a semblé équilibrée. Les voix sont toutes larges et rendent hommage à la superbe partition. Toutefois la Gilda de la soprano russe Nino Machaidze a un timbre un peu sombre pour le rôle, le vibrato ample souligne peut-être l’usure due à une fréquentation de rôle trop larges. Le ténor albanais Saimir Pirgu que nous avions connu Mozartien stylé en 2011, a ce soir un timbre ingrat.  Pourtant un phrasé et une conduite du chant nuancé en font un Duc stylé. La Maddalena bien sonore et habile comédienne de Maria Kataeva est remarquable. La voix d‘airain du Sparafucile de Sergey Artamonov impressionne. Les autres petits rôles sont bien tenus sans faiblesse. Une mention particulière pour le chœur d‘homme très nuancé et efficace dans la légèreté comme le drame, admirablement préparés par Alfonso Caiani.

Rigoletto ludovic tezier capitole toulouseReste le grand triomphateur de la soirée, le baryton Ludovic Tézier qui fait une prise de rôle remarquable. Il a la voix idéale du rôle, le phrasé est impeccable et la conduite du son, verdienne, est parfaite. Vocalement c’est superbe de bout en bout. L’acteur est comme chaque fois avec le baryton français absent. Un Rigoletto qui ne sait pas boiter ni se baisser, jamais ne grimace ni ne semble touché, n’est pas le personnage attendu. Mais la magie de la partition superbement écrite a fonctionné et c’est bien Verdi que le public a applaudi à tout rompre. Il faut dire que l‘actualité barbare avait touché chacun.

La Marseillaise avait ouvert la soirée, créant un sentiment particulier. Le public debout comme un seul homme avait entonné le chant guerrier avec ses paroles terribles. En fin de soirée, chacun a été  bien conscient de sa chance d’avoir pu jouir en paix et en sécurité de cette partition aimée et l‘a manifesté dans de longs applaudissements.

Ludovic Tézier chante Rigoletto à Toulouse

Giuseppe VerdiToulouse, Opéra.Verdi : Rigoletto. Du 17 au 29 novembre 2015. D’après Victor Hugo, Rigoletto impose sur la scène verdienne, un nouveau réalisme. La trame resserre ses filets sur chaque protagoniste rendu dépendant du sort des autres : Rigoletto, l’amuseur de la cour du duc de Mantoue, voit son arrogance atrocement punie, sur la personne qui lui est la plus chère : sa propre fille. Le duc, volage, irresponsable, séduit la belle (Gilda) à la barbe du bouffon. Mais il y a pire : la jeune femme trop crédule et bien naïve s’éprend profondément de ce séducteur professionnel et accepte de mourir à sa place, dans le piège qu’avait organisé Rigoletto, de sorte qu’à l’acte III, en une sorte de scène shakespearienne où souffle la tempête, le tueur à gages Sparafucile ne tue pas le Duc mais bien la pauvre Gilda qui se présente à sa place, à la porte de l’auberge. tel est punit celui qui se riait de tous (la malédiction du comte Monterone, au début de l’opéra, qui s’adresse face au boufflon, s’est accomplie) : la morale est cynique et barbare, au diapason de l’humanité qui est dépeinte. Mais à trop moquer l’autre, on pourrait s’en mordre les doigts. A la fin de l’ouvrage, Rigoletto a tout perdu et doit regretter d’avoir tant railler les autres…

Toulouse : Rigoletto, le nouveau défi de Ludovic TézierLe tragique qui sert de fond narratif s’accompagne ici de grotesque mordant, d’humour inhumain, de ce grotesque que Hugo aimait user pour dresser le portrait du genre humain. Ainsi en s’inspirant du Roi s’amuse de Hugo, Verdi déploie une maestrià unique jusque là, dans la fusion des genres : comique et légers (le Duc), cynique et barbare (la foule des courtisans), grotesque sanguinaire et fantastique (Sparafucile et la scène du meurtre de Gilda au III)… Intense, brûlante, âpre et étonnement juste, la lyre de Rigoletto fixe une nouvelle esthétique réaliste et fantastique, tragique et cynique à la fois (l’ouvrage est créé à La Fenice de Venise le 11 mars 1851), une réussite éblouissante, expressionniste et poétique, qui place désormais Verdi, au devant de la scène opératique en Europe. La production toulousaine est la reprise de la mise en scène créée par Nicolas Joel en 1992. L’argument de poids du spectacle en novembre 2015 au Capitole, demeure l’incarnation du baryton français Ludovic Tézier qui pourrait affirmer une profondeur blessée et tragique convaincante, s’il force un peu sa vraie nature… A voir à partir du 17 novembre 2015.

 

 

 

boutonreservationRigoletto de Verdi au Capitole de Toulouse
5 représentations
Les 17, 20, 22, 26 et 29 novembre 2015

Durée : 2h50 (avec entracte)
Production du Capitole de Toulouse, reprise, créée en 1992

Daniel Oren, direction
Nicoals Joel, mise en scène

Ludovic Tézier, Rigoletto
Saimur Pirgu, Le Duc
Nino Machaidze, Gilda
Sergey Artamonov, Sparafucile
Maria Kataeva, Maddalena…

Diffusé en direct sur Radio Classique, le 26 novembre 2015 à 19h30

 

 

 

 

Annonce. Nouveau Rigoletto à Clermont-Ferrand

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitClermont-Ferrand, Opéra. Verdi : Rigoletto. Le 17 janvier 2015. Le bossu maudit. En jouant l’arrogance des courtisans infects, le fou du Duc (de Mantoue) croit tirer les ficelles : mais en devenant le dindon trompé, il perd jusqu’à la vie de son bien le plus précieux : sa fille Gilda… âme trop angélique sacrifiée dans l’arène d’une humanité parfaitement barbare et cynique. Le ton est donné et la musique de Verdi suit à la lettre, la plume acerbe et touchante, critique, voire satirique et brûlante du grand Victor Hugo qui lui a soufflé sa trame (l’opéra de Verdi reprend le sujet du Roi s’amuse). Sous couvert d’un drame de cour, Verdi brosse le portrait d’une assemblée de politiques ignobles et railleurs, parfaits libertins, dont le seul souci est de meurtrir les cÅ“urs surtout purs. Voyez comment Gilda, jeune femme innocente et trop naïve, se fait dévorer par cette humanité corrompue.
De la pièce hugolienne, Verdi et son librettiste Piave font un huit clos à 3 : le Duc prédateur ; le bouffon dépassé ; sa fille manipulée, sacrifiée ; soit le ténor, le baryton, la soprano. A trop avoir raillé, on est raillé et perdu soi-même : voilà la triste fable de Rigoletto, bossu amuseur à Mantoue qui sans le savoir, offre au Duc son patron, sa propre fille comme offrande sacrificielle.
L’acte I débute par la malédiction de Rigoletto par l’une de ses victimes, Monterone, que le bossu a raillé alors que le Duc a déshonoré sa fille… un tel sort attend le bossu. Mais il ne le sait pas encore.
Au II, Rigoletto à qui on vient d’enlever sa fille Gilda, la découvre sortant (dépucelée) de la chambre du Duc. Dans un air final, Rigoletto jure de se venger.
Au III, le Duc magnifique s’enflamme à l’évocation de ses conquêtes et de la légèreté des femmes (air fameux : la donna è mobile...). Mais Rigoletto lui a préparé un piège en payant le service du tueur Sparafucile et de sa sÅ“ur Maddalena. En une nuit de terreur où Verdi fait souffler la violence d’une tempête, Rigoletto croit tenir le sac qui contient le corps assassiné du Duc impi : c’est sa fille Gilda qui s’est présentée à sa place sous la lame vengeresse. L’agneau a sauvé le décadent.

 

 

 

Un père maudit et meurtri

 

Vague verdienne en juin 2014En une action violente et terriblement efficace, Verdi aborde la barbarie humaine, surtout la souffrance d’un père qui pleure difficilement la perte de sa fille (dès la fin de l’acte I, quand les courtisans ont enlevé Gilda pour la livrer au Duc ; surtout dans la scène finale où le père découvre le corps de son enfant sacrifié dans son sac/linceul…). La force de Verdi vient de la justesse et de la profondeur des sentiments qu’il est capable d’exprimer : n’a-t-il pas lui-même été particulièrement frappé par la perte de ses filles et de son épouse ? Apreté cynique, tendresse éperdue, barbarie noire… l’opéra manière Verdi atteint un souffle et un réalisme jamais vu avant lui, d’une violence grotesque à la mesure de sa source hugolienne. Après Macbeth et Luisa Miller, – inspiré par Shakespeare et Schiller, Rigoletto, créé à La Fenice en mars 1851, incarne avec Le Trouvère et La Traviata, la trilogie de la maturité triomphante : un sommet à trois couronnes qui scelle définitivement le génie de Verdi sur la scène lyrique italienne et européenne.

 

 

Lars_Fosser-rigoletto-clermont-ferrandRigoletto de Verdi à l’Opéra de Clermont-Ferrand
Opéra en 3 actes. 
Livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. Création : Venise, 11 mars 1851. Les 14 (20h) et 17 janvier 2015 (15h).

Direction musicale / Amaury du Closel
Mise en scène / Pierre Thirion-Vallet
Décor / Frank Aracil
Création Costumes / Véronique Henriot
Réalisation Costumes / Véronique Henriot, Céline Deloche,
Laure Picheret et Charlotte Richard
Lumières / Véronique Marsy
Surtitrage / David M. Dufort

Le Duc de Mantoue / Alex Tsilogiannis
Rigoletto / Lars Fosser
Gilda / Mercedes Arcuri
Sparafucile / Federico Benetti
Maddalena / Juliette de Banes Gardonne
Le Comte Monterone / Ping Zhang
Marullo et un huissier de la cour / Matthias Rossbach
Matteo Borsa / Pablo Ramos Monroy
Comte Ceprano / Ronan Airault
Giovanna / Emmanuelle Monier
Comtesse Ceprano et un page / Héloïse Koempgen-Bramy
Hommes de cour / Renaud de Rugy et Joseph Kauzman

Orchestre Opéra Nomade

Représentations:
boutonreservationOpéra-Théâtre de Clermont-Ferrand
Mercredi 14 janvier 2015 / 20h00

Samedi 17 janvier 2015 / 15h00


De 10 à 48€
2h30 entracte compris
Chanté en italien, surtitré en français

 

 

Illustration : Lars Fosser, interprète à Clermont-Ferrand de Rigoletto (DR)

 

Nouveau Rigoletto à Clermont-Ferrand

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitClermont-Ferrand, Opéra. Verdi : Rigoletto. Les 14 et 17 janvier 2015. Le bossu maudit. En jouant l’arrogance des courtisans infects, le fou du Duc (de Mantoue) croit tirer les ficelles : mais en devenant le dindon trompé, il perd jusqu’à la vie de son bien le plus précieux : sa fille Gilda… âme trop angélique sacrifiée dans l’arène d’une humanité parfaitement barbare et cynique. Le ton est donné et la musique de Verdi suit à la lettre, la plume acerbe et touchante, critique, voire satirique et brûlante du grand Victor Hugo qui lui a soufflé sa trame (l’opéra de Verdi reprend le sujet du Roi s’amuse). Sous couvert d’un drame de cour, Verdi brosse le portrait d’une assemblée de politiques ignobles et railleurs, parfaits libertins, dont le seul souci est de meurtrir les cÅ“urs surtout purs. Voyez comment Gilda, jeune femme innocente et trop naïve, se fait dévorer par cette humanité corrompue.
De la pièce hugolienne, Verdi et son librettiste Piave font un huit clos à 3  : le Duc prédateur ; le bouffon dépassé ; sa fille manipulée, sacrifiée ; soit le ténor, le baryton, la soprano. A trop avoir raillé, on est raillé et perdu soi-même : voilà la triste fable de Rigoletto, bossu amuseur à Mantoue qui sans le savoir, offre au Duc son patron, sa propre fille comme offrande sacrificielle.
L’acte I  débute par la malédiction de Rigoletto par l’une de ses victimes, Monterone, que le bossu a raillé alors que le Duc a déshonoré sa fille… un tel sort attend le bossu. Mais il ne le sait pas encore.
Au II, Rigoletto à qui on vient d’enlever sa fille Gilda, la découvre sortant (dépucelée) de la chambre du Duc. Dans un air final, Rigoletto  jure de se venger.
Au III, le Duc magnifique s’enflamme à l’évocation de ses conquêtes et de la légèreté des femmes (air fameux : la donna è mobile...). Mais Rigoletto lui a préparé un piège en payant le service du tueur Sparafucile et de sa sÅ“ur Maddalena. En une nuit de terreur où Verdi fait souffler la violence d’une tempête, Rigoletto croit tenir le sac qui contient le corps assassiné du Duc impi : c’est sa fille Gilda qui s’est présentée à sa place sous la lame vengeresse. L’agneau a sauvé le décadent.

 

 

 

Un père maudit et meurtri

 

Vague verdienne en juin 2014En une action violente et terriblement efficace, Verdi aborde la barbarie humaine, surtout la souffrance d’un père qui pleure difficilement la perte de sa fille (dès la fin de l’acte I, quand les courtisans ont enlevé Gilda pour la livrer au Duc ; surtout dans la scène finale où le père découvre le corps de son enfant sacrifié dans son sac/linceul…). La force de Verdi vient de la justesse et de la profondeur des sentiments qu’il est capable d’exprimer : n’a-t-il pas lui-même été particulièrement frappé par la perte de ses filles et de son épouse ? Apreté cynique, tendresse éperdue, barbarie noire… l’opéra manière Verdi atteint un souffle et un réalisme jamais vu avant lui, d’une violence grotesque à la mesure de sa source hugolienne. Après Macbeth et Luisa Miller, – inspiré par Shakespeare et Schiller, Rigoletto, créé à La Fenice en mars 1851, incarne avec Le Trouvère et La Traviata, la trilogie de la maturité triomphante : un sommet à trois couronnes qui scelle définitivement le génie de Verdi sur la scène lyrique italienne et européenne.

 

 

Lars_Fosser-rigoletto-clermont-ferrandRigoletto de Verdi à l’Opéra de Clermont-Ferrand
Opéra en 3 actes. 
Livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. Création : Venise, 11 mars 1851. Les 14 (20h) et 17 janvier 2015 (15h).

Direction musicale / Amaury du Closel
Mise en scène / Pierre Thirion-Vallet
Décor / Frank Aracil
Création Costumes / Véronique Henriot
Réalisation Costumes / Véronique Henriot, Céline Deloche,
Laure Picheret et Charlotte Richard
Lumières / Véronique Marsy
Surtitrage / David M. Dufort

Le Duc de Mantoue / Alex Tsilogiannis
Rigoletto / Lars Fosser
Gilda / Mercedes Arcuri
Sparafucile / Federico Benetti
Maddalena / Juliette de Banes Gardonne
Le Comte Monterone / Ping Zhang
Marullo et un huissier de la cour / Matthias Rossbach
Matteo Borsa / Pablo Ramos Monroy
Comte Ceprano / Ronan Airault
Giovanna / Emmanuelle Monier
Comtesse Ceprano et un page / Héloïse Koempgen-Bramy
Hommes de cour / Renaud de Rugy et Joseph Kauzman

Orchestre Opéra Nomade

Représentations:
boutonreservationOpéra-Théâtre de Clermont-Ferrand
Mercredi 14 janvier 2015 / 20h00

Samedi 17 janvier 2015 / 15h00


De 10 à 48€
2h30 entracte compris
Chanté en italien, surtitré en français

 

 

Livres. Rigoletto (Avant Scène Opéra n°273)

Livres. Verdi : Rigoletto (Avant Scène Opéra n°273) …

Il reste surprenant que l’opéra Rigoletto (créé en 1850) comme sa source littéraire (Le Roi s’amuse de Hugo, 1832) suscita un énorme scandale et les foudres du public comme de la critique : est-il décent sur un scène lyrique de représenter les vilénies d’un bouffon complexe, retors, laid, pernicieux, surtout dissimulateur, qui de surcroît concentre toute l’attention d’un Verdi finement psychologue : jamais emploi de baryton n’avait suscité une écriture aussi fouillée, ambivalente, d’une âpreté corrosive inouïe et d’un réalisme exemplaire : si Falstaff est un rire, Rigoletto en serait la grimace la plus hideuse, cynique, mordante, barbare. Il renvoie à la Cour et au milieu ducal, une image hideuse, déformée et pourtant … vraie. Les courtisans menés par l’ivresse immorale du Duc de Mantoue forment une clique écÅ“urante que Rigoletto aime à épingler et moquer, et dont il sera aussi  indirectement la première victime…   touché dans sa chair (sa fille est démasquée puis sacrifiée), le vilain nabot est la proie d’une dérapage schizophrénique qui menace de fait la bienséance du genre.

La grimace du bouffon

verdi_rigoletto_avant_scene_operaPour l’année du bicentenaire Verdi 2013, l’Avant Scène Opéra édite une nouvelle publication sur l’opéra phare de Verdi, un jalon dans sa maturité, premier volet d’une trilogie qu’on aime mettre en avant dans le processus créatif du maître, relié au Trouvère et à La Traviata, emblématiques d’un point d’accomplissement exceptionnel au début des années 1850 ; c’est que le compositeur y perfectionne sa quête d’efficacité et d’intensité dramatique (posizione ou plutôt situazione), ne trahissant en rien l’esprit de la pièce de Hugo, d’un réalisme cynique rare… L’exhaustivité des chapitres, surtout la traduction annotée et commentée du livret original et intégral, le diversité complémentaire des regards font de ce Rigoletto 2013, un nouvelle bible verdienne incontournable.

Ce que nous avons aimé :
- la notion de posizione, révélatrice chez Verdi, d’un souci génial de vérité et d’expressivité dramatique
- la définition offerte du terme ” baryton Verdi “ : avec Rigoletto se précise en effet l’emploi de baryton, un caractère particulièrement développé et fouillé sur le plan psychologique : si Rigoletto annonce les Boccanegra ou Falstaff à venir, le rôle hugolien lui permet d’approfondir les personnages antérieurs de Macbeth et surtout de Stankar dans Stiffelio dont le profil, contemporain de Rigoletto, reste méconnu du grand public. Chaque personnages (mis à part Macbeth) met en lumière la relation spécifique du père à sa fille, une facette clé dans les ouvrages de Verdi.
- éloquent, le dossier sur la discographie et les dvd aujourd’hui disponibles rend compte d’une déferlente Rigoletto : tous les chefs d’envergure et les chanteurs majeurs se sont tôt ou tard emparés du fascinant et complexe Rigoletto.

sommaire détaillé du Rigoletto 2013 de L’Avant Scène Opéras

points de repère
Jean Cabourg : Argument
Emmanuel Reibel : Introduction et Guide d’écoute
Francesco Maria Piave : Livret original intégral
Yvelaine Duault : Traduction française  (complétée par  E. Soldini et C. Cazaux)

regards sur l’Å“uvre
Jean-Michel Brèque : Du théâtre de Hugo au mélodrame lyrique
Victor Hugo : Préface au Roi s’amuse (extrait)
Michel Lehmann : Le Drame, la trilogie et les posizioni
Olivier Rouvière : La controverse du baryton Verdi
Louis Bilodeau : La malédiction de la laideur
Victor Hugo : Le Crapaud

écouter, voir, lire
Jean Cabourg : Discographie comparée
Pierre Flinois et Chantal Cazaux : Vidéographie comparée
Chantal Cazaux : Bibliographie

L’Å“uvre à l’affiche
La création : La Fenice, Venise 1851
Les grandes productions 2001-2013

Sélection CD, DVD et Livres
par Louis Bilodeau, Jean Caboug, Alfred Caron, Chantal Cazaux, Pierre Flinois, Pierre Michot, Didier van Moere, Pierre Rigaudière et Olivier Rouvière;

Bravi… Bravissimi !
Chantal Cazaux : La Petite Renarde rusée à l’Opéra national du Rhin

• Parution : 28/02/2013
• 162 pages
• ISBN 978-2-84385-301-2
Editions L’Avant Scène Opéra

Acheter Rigoletto de verdi sur le site de L’Avant Scène Opéra (ASO)