VERSAILLES, PsychĂ© de Lully et MoliĂšre (1671), Ă  l’OpĂ©ra royal

VERSAILLES. OpĂ©ra royal. PsychĂ©, dim 30 janv 2022. MOLIERE / LULLY : PsychĂ© – Aux origines de l’opĂ©ra français. Avant que l’opĂ©ra français n’existe rĂ©ellement, du moins que son cadre formel ne soit prĂ©cisĂ©ment fixĂ© (par Cadmus et Hermione de Lully, premiĂšre « tragĂ©die en musique » en 1673), la Cour de Louis XIV applaudit des essais prĂ©liminaires, au carrefour des genres: de la comĂ©die, de la danse, du chant. Lully et MoliĂšre s’entendent dans PsychĂ© pour amuser le roi en inventant Ă©tapes par Ă©tapes le thĂ©Ăątre royal en gestation

Ainsi pour répondre à la demande du souverain en 1671, la légende de Psyché réunit MoliÚre, Corneille et Philippe Quinault (futur librettiste de Lully, auteur de Cadmus) pour le livret
 A Lully revient la musique et surtout les ballets et la création des récitatifs.

 

 

 

VERSAILLES, Opéra royalboutonreservation
Dim 30 janvier 2022, 15h
PsychĂ© (tragĂ©die-ballet, 1671 – en version de concert)
MoliĂšre (acte I) / Pierre Corneille et Quinault / Lully
Les Talens Lyriques

INFOS & RÉSERVATIONS
directement sur le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles :
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/lully-psyche_e2480

 

 

 

Aux Tuileries en 1671


psyche-amour-et-psyche-lully-moliere-opera-classiquenews-400-ans-de-naissance-de-moliereVoici une action tragique (mais à la fin heureuse, précisément une tragédie-ballet)) dont la beauté des effets scéniques grùce aux machineries des Tuileries, enchante la Cour et Louis XIV (lors de sa création dans la Grande salle des machines du Palais des Tuileries, le 17 janvier 1671), et dont la magie concurrence sérieusement le théùtre parlé de Corneille et de Racine

Et la partition connut une 2Ăš vie
 PortĂ© par le succĂšs de ce premier coup d’essai, Lully reprend la matiĂšre de cette premiĂšre PsychĂ© pour en faire une tragĂ©die lyrique en 1678, selon le modĂšle nouveau qu’il a crĂ©Ă©, en 1673 (avec Cadmus grĂące Ă  la complicitĂ© du poĂšte Philippe Quinault). Exit les paroles et le texte originel de MoliĂšre
 Lully fĂąchĂ© contre le dramaturge, a sollicitĂ© pour cette PsychĂ© II de 1678, Thomas Corneille et Fontenelle (pas de Quinault car il est en disgrĂące depuis le scandale d’Isis de 1677).
C’est un cas unique dans l’Ɠuvre lullyste : PsychĂ© concrĂ©tise et fixe une premiĂšre forme hybride et d’autant plus passionnante (entre thĂ©Ăątre, ballets, chant), et aussi le genre nouveau de la tragĂ©die en musique, voulue par le Surintendant de la musique, l’incontournable et unique Lully.

 

 

 

PsychĂ© « en machines », l’opĂ©ra du Roi

pshyche-amour-lully-UNE-582La partition fait avancer l’idĂ©e de la fusion entre intermĂšdes et parties vocales en liaison avec l’action thĂ©Ăątrale, pour une totalitĂ© organique plus cohĂ©rente, toutes les disciplines Ă©lucidant la marche du drame. Le sentiment de mosaĂŻque et d’assemblage s’efface ici. Aucun chant s’il ne fait pas progresser la piĂšce. En 1671, pressĂ© par Louis XIV, MoliĂšre fait appel Ă  Corneille pour les vers rĂ©citĂ©s ; et Quinault pour les vers chantĂ©s. L’idĂ©e du Roi sur le sujet a Ă©tĂ© « imposĂ©e » par sa volontĂ© de rĂ©utiliser les dĂ©cors des enfers, Ă©lĂ©ment marquant de l’opĂ©ra Ercole Amante (dĂ©but du V) du VĂ©nitien Cavalli, crĂ©Ă© en 1662, dans lequel le jeune Louis XIV, rĂ©cemment intronisĂ©, avait dansĂ© les intermĂšdes. Le Roi voulait aussi rĂ©utiliser la machinerie des Tuileries (oĂč le gĂ©nie de Vigarini s’était affirmĂ©). La jauge permettait aussi d’inviter en plus de la Cour, une partie du peuple de Paris, comme bon nombre de correspondants et visiteurs Ă©trangers, capables de tĂ©moigner de la splendeur louislequatorzienne.
PsychĂ© est une tragĂ©die en machines, ou « tragi-comĂ©die » avec ballet qui permet Ă  Vigarini de renouveler ses effets comme magicien ; le modĂšle avait Ă©tĂ© donnĂ© par Torelli pour l’Orfeo de Rossi en 1650. Corneille conçoit un drame en 6 parties, changeant de dĂ©cor pour chacune. Les intermĂšdes et ballets y sont dansĂ©s par des danseurs professionnels.
Les moyens sont spectaculaires : 10 flĂ»tistes (dont les membres Hotteterre) sont sur scĂšne (IntermĂšde I, plainte italienne) ; mĂȘme 91 instrumentistes « concertants » dans des nuages volant (machinerie rĂ©glĂ©e par Vigarini), pour le final, pour les Suites d’Apollon, Bacchus, Mome et Mars. L’orchestre est impressionnant : 40 violons, 9 trompettes, 3 flĂ»tes, 6 hautbois, 5 bassons, 1 sacqueboute, 1 timbalier, mais aussi pour le continuo : thĂ©orbes, luths, clavecins
 PsychĂ© synthĂ©tise les fĂȘtes de Cour tout en servant une unitĂ© dramatique nouvelle.

 

VERSAILLES : Psyché de MoliÚre et Lully (1671) à l'Opéra royal

L’Amour quitte PsychĂ© endormie (Picot, 1817 – DR)

5 intermĂšdes de Lully

Drame servant la propagande monarchique, le Prologue met en scĂšne flore qui loue les apports de Louis XIV, prince belliqueux, mais aussi pacifique ; dans les bois et les eaux, sylvains, fleuves, dryades, naĂŻades s’accordent et admirent le Roi-Soleil. VĂ©nus exhorte Amour Ă  faire chuter PsychĂ©, sa rivale ; le drame de MoliĂšre peut commencer, jalonnĂ©s par les 5 intermĂšdes composĂ©s par Lully ; ce dernier soigne l’équilibre entre chant et danse, avec un souci particulier pour le dernier tableau, majestueux et grandiose, conclusion en apogĂ©e comme se terminaient prĂ©cĂ©demment Georges Dandin, Les Amants magnifiques, le Bourgeois Gentilhomme : (IntermĂšde I, plainte italienne) PsychĂ© dans sa solitude ; (II : air de Vulcain, entrĂ©e des fĂ©es) les cyclopes construisent le riche palais d’Amour qui doit y dĂ©clarer sa flamme Ă  PsychĂ© ; III : L’amour inspire ZĂ©phyrs et amours ; IV : intermĂšde infernal (qui rĂ©utilise donc les machineries et dĂ©cors d’Ercole Amante) : PsychĂ© aux enfers oĂč dĂ©mons, lutins et furies, suscitĂ©s par VĂ©nus, la torturent ; enfin l’intermĂšde V qui triompher l’empire d’Apollon, de Mars, Mome et surtout Bacchus appelant Ă  la rĂ©jouissance pacifique, au bonheur que permet la guerre en apportant la paix. En filigrane, si Louis XIV guerroie partout en Europe, c’est pour diffuser la paix.
Lully_versailles_portraitPour Lully, le succĂšs est Ă©clatant ; aprĂšs la crĂ©ation de 1671, Ballard publie plusieurs airs sĂ©parĂ©s (« trĂšs galants »), sur les vers de Quinault ; il a rĂ©ussi Ă  imposer son gĂ©nie musical propre, tout en rĂ©ussissant la fusion de la musique et de l’action. A travers l’élĂ©gance de l’ouverture Ă  la française, la fameuse plainte italienne du I (avec trio dans le style ultramontain), les chansons cĂ©lĂ©brant la beautĂ© de la jeunesse contre l’affreuse vieillesse, Lully offre Ă  Louis XIV, la musique dont le Roi-Soleil avait rĂȘvĂ©.

Iconographie :
PsychĂ© et l’amour : A G Lanzirotti : HymĂ©nĂ©e de l’Amour et PsychĂ©
PsychĂ© et l’Amour : Baron GĂ©rard, 1798 (DR)
L’Amour et PsychĂ© par Canovas, 1793 (DR)
Psyché seule marchant : Paul-Alfred de Curzon
L’amour quitte PsychĂ© endormie par Picot, 1817

LIRE aussi notre DOSSIER CYCLE MOLIERE Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (janvier 2022)
http://www.classiquenews.com/cycle-moliere-au-chateau-de-versailles-des-le-4-janvier-2022/

 

 

VendĂ©e : William Christie joue l'Ă©ternelle comĂ©die de MoliĂšreVERSAILLES, OpĂ©ra royal. CYCLE MOLIERE – 400 ANS : 1622 – 2022. Le 15 janvier 2022 marque les 400 ans de la naissance de M le Magnifique : Jean-Baptiste Poquelin, nommĂ© MoliĂšre en hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (mort en 1688) qu’il admirait. Le dramaturge redĂ©finit l’art thĂ©Ăątral et la comĂ©die pour Louis XIV Ă  Versailles, participant de prĂšs Ă  l’édification du mythe versaillais et donc de la propagande monarchique, Ă©levĂ© au rang d’art total. PrĂ©sentĂ© au Roi dĂšs 1658, MoliĂšre participe aux divertissements royaux, mĂȘlant enchantements spectaculaires et nature, oĂč le roi danse en 1664 pour le grand divertissement (Le mariage forcĂ©), oĂč il applaudit la crĂ©ation de Tartuffe dans les jardins. BientĂŽt MoliĂšre et Lully collaborent comme en tĂ©moignent les comĂ©dies-ballets dĂ©sormais emblĂ©matiques du raffinement versaillais : GEORGES DANDIN (1668), LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670), surtout PSYCHÉ, tragĂ©die-ballet de 1671 qui produit aussi leur rupture ; leur duo Ă©labore un genre nouveau expĂ©rimental entre thĂ©Ăątre, chant, danse
 prĂ©figurant le futur opĂ©ra Ă  la française, fixĂ© avec Cadmus en 1673. Mais du seul Lully, quand MoliĂšre avec Charpentier crĂ©e son Malade imaginaire, ultime piĂšce crĂ©Ă©e en 1673. Le ChĂąteau de Versailles propose Ă  partir du 4 janvier, un cycle MoliĂšre incontournable, Ă©voquant les jalons de sa carriĂšre gĂ©niale entre thĂ©Ăątre et musique. SĂ©lection par classiquenews.

 

 

La version jouĂ©e Ă  Versailles dim 30 janvier 2022, est celle tardive de 1678 – donnĂ©e prĂ©cĂ©demment Ă  Vienne (Autriche, Theater an der Wien, le jeudi 27 janvier 2022, 19h) :
https://www.lestalenslyriques.com/event/psyche/

 

Tragédie lyrique en un prologue et cinq actes, sur un livret de Thomas Corneille et Bernard Le Bovier de Fontenelle.
CrĂ©Ă©e le 19 avril 1678 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, Ă  Paris.

Ambroisine Bré : Psyché
DĂ©borah Cachet : Aglaure
Eugénie Lefebvre: Flore, Cidippe
Bénédicte Tauran : Vénus
Cyril Auvity : Amour
Robert Getchell : Mercure, Vertumne, Vulcain
Nicholas Scott : Apollon
Fabien Hyon : Palémon, SilÚne, Bacchus
Philippe EstĂšphe : Jupiter
Anas Seguin : Lycas, le Roi, Momus
Matthieu Heim : Mars

Les Talens Lyriques
Chr. Rousset, dir.

 

 

CD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise, 1 cd Chùteau de Versailles, fév 2020)

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise, 1 cd ChĂąteau de Versailles, fĂ©v 2020). DĂšs 1669, Madeleine de ScudĂ©ry tĂ©moignait de l’enchantement de Versailles, les charmes et Ă©blouissements de son parc, bosquets Ă  surprise, palais de verdure et autres grottes enchantĂ©es. Avait-elle en tĂȘte la Grotte de ThĂ©tis, construite en dur dans les jardins (lĂ  oĂč se trouve actuellement le vestibule de la Chapelle royale) et qui servit d’écrin comme de dĂ©cor naturel au divertissement de Lully : La grotte de Versailles, ici restituĂ© dans son Ă©tat originel de 1667 / 1668? La galanterie pastorale rĂšgne sans partage : nĂ©e de la premiĂšre coopĂ©ration Lully / Quinault, la partition Ă©voque l’accueil par la Titanide ThĂ©tys, d’Apollon (le Soleil) le soir, harassĂ© par sa course diurne. L’eau coulante, le dĂ©cor de coquillages et de nacre, l’orgue jouant des chants d’oiseaux recrĂ©ent un univers poĂ©tique dĂ©diĂ© au repos, au sommeil, Ă  l’abandon vers le rĂȘve et la langueur
 Girardon a sculptĂ© le fameux groupe d’Apollon servi par les nymphes (1670). A Lully revenait dĂ©jĂ  le privilĂšge d’exprimer musicalement ce rĂȘve absolu qui ajoute au mythe solaire de Louis XIV.

 

Inspirés, Marguerite Louise et Gaétan Jarry ressuscitent la collaboration
Lully et Quinault, Lully et MoliĂšre,
faiseurs de fĂȘtes Ă  Versailles…

La musique Ă  Versailles avant l’opĂ©ra

 

 

C’est une sĂ©rie d’entrĂ©e et de danses (rĂ©alisĂ©es par le Roi lui-mĂȘme en 1668), entre la Pastorale et le ballet, propre aux divertissements crĂ©Ă©s par Lully pour la Cour, avant l’avĂšnement de l’opĂ©ra français en 1673. L’amour des bergers et bergĂšres (dont Sylvandre, Coridon) chantent le retour du roi victorieux ; Daphnis et les nymphes, des pĂątres grotesques, Iris langoureuse et l’écho de la grotte
 ponctuent l’action de leurs pĂ©ripĂ©ties Ă  peine dramatiques. La Grotte reste jusqu’en 1674 (oĂč elle est encore jouĂ©e pour le Grand Divertissement de Versailles), l’emblĂšme du Louis XIV, guerrier amoureux et victorieux, qui va bientĂŽt fixer la Cour Ă  Versailles (1682). Les interprĂštes savent exprimer la douce nostalgie d’une partition Ă  la fois dialoguĂ©e (compĂ©tition MĂ©nalque / Coridon) et surtout suave et trouble (plainte d’Iris Ă  laquelle rĂ©pond l’écho de la grotte).

CLIC D'OR macaron 200Les musiques des intermĂšdes et de la Pastorale pour la comĂ©die Georges Dandin de MoliĂšre prĂ©cise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modĂšle pour l’opĂ©ra français. Ici rayonnent dĂ©jĂ  la puissance onirique des instruments, habiles Ă  suggĂ©rer cet accord rĂȘvĂ©, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergĂšres disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyĂ©s) ; les interprĂštes (surtout les femmes aux accents d’une langueur plaintive voire funĂšbre) veillent Ă  ce chant droit, non vibrĂ©, aux ornements prĂ©cis, sans prĂ©ciositĂ© aucune qui rĂ©tablit l’exactitude et l’intelligibilitĂ© du verbe français (« Ah qu’il est doux, belle Sylvie
 »). A cĂŽtĂ© du drame de MoliĂšre, dĂ©jĂ  perce la force opĂ©ratique de Lully qui Ă©chafaude une pastorale en musique indĂ©pendante de la piĂšce. Les Choeurs prĂ©cis et mordants rĂ©tablissent la verve pastorale et presque hĂ©roĂŻque de l’action ; en soulignant l’empire final de Bacchus, le chant collectif (jouant de l’écho dans la coulisse) vivifie la tendresse et l’ardeur des sens, un Ă©panchement particulier propre au Roi amoureux et vainqueur qu’est Louis XIV dans les annĂ©es 1660 et 1670. RĂ©vĂ©lateur des divertissements Ă  Versailles avant l’opĂ©ra (tragĂ©die en musique), l’album est un incontournable.

 

 

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CD, critique. LULLY : La Grotte de Versailles, Georges Dandin (Marguerite Louise / Gaetan Jarry, 1 cd Chùteau de Versailles, enregistré en février 2020).

CD baroque Ă©vĂ©nement, annonce. LULLY : ISIS, 1677 – les talens lyriques, Ch Rousset (2 cd ApartĂ©)

LULLY isis ROUSSET critique cd opera classiquenewsCD baroque Ă©vĂ©nement, annonce. ISIS, 1677 / les talons lyriques / Ch Rousset (2 cd ApartĂ©). 5Ăš tragĂ©die en musique conçue par Lully et Quinault, ISIS tĂ©moigne Ă©videmment des faits marquants du royaume de Louis XIV : le prologue et son contenu encomiastique fait rĂ©fĂ©rence Ă  la guerre de Hollande, aux victoires de la marine royale (Neptune paraĂźt) ; c’est somme toute un prĂ©alable « ordinaire » et habituel pour une tragĂ©die en musique, comme bientĂŽt Ă  Versailles, la vaste Galerie des glaces a son plafond peint de toutes les batailles du roi guerrier. Sur le plan esthĂ©tique et lyrique, Isis qui n’a rien d’égyptien (sauf Ă  l’Ă©noncĂ© final de l’avatar de Io en … Isis, nouvelle dĂ©esse honorĂ©e sur les rives du Nil) , marque un tournant tout en prolongeant les opus prĂ©cĂ©dents (Cadmus et Hermione, 1673, ; Alceste, 1674 ; ThĂ©sĂ©e, 1675 et Atys, 1676). CrĂ©Ă© devant le Roi Ă  St-Germain en Laye, le 5 janvier 1677, Isis est l’une des premiĂšres tragĂ©dies lyriques nĂ©cessitant les machineries (comme plus tard et dans des proportions plus amples et spectaculaires : PersĂ©e)
 L’acte IV regroupe les Ă©pisodes les plus spectaculaires : ceux des supplices inventĂ©s par la jalouse et sadique Junon contre Io : frimas glaçants, forges brĂ»lantes, puis arrĂȘt des Parques, elles aussi inflexibles quant Ă  la souffrance de la pauvre et si dĂ©munie nymphe aimĂ©e de Jupiter… La salle d’opĂ©ra de St-Germain, dessinĂ©e par Carlo Vigarini (qui en l’occurrence dessine machineries et dĂ©cors), permet les changements Ă  vue, les vols divins et son parterre peut contenir jusqu’à 650 spectateurs.

 

 

 

ISIS, 1677 :
JUNON ATHENAIS FURIEUSE
PROVOQUE L’EXIL DE QUINAULT

 

 

Le site est alors puisque Versailles n’existe pas encore, le lieu des reprĂ©sentation royales par excellence. ThĂ©sĂ©e et Atys y ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©s. Ayant abandonnĂ© la pratique de la danse, le Roi Ă  37 ans, se passionne surtout dĂšs 1675 pour l’opĂ©ra. Chaque ouvrage est prĂ©sentĂ© devant le souverain trĂšs interventioniste (participant au choix des sujets voire aux situations dramatiques), pendant le Carnaval puis repris Ă  Paris. AprĂšs Isis, paraĂźtront encore Proserpine (1680), Le Triomphe de l’Amour (1681), PhaĂ©ton (1683) et Roland (1684).
Lully rĂ©serve le rĂŽle titre Ă  Marie Aubry, dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre car elle fut Sangaride dans Atys l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. A Mlle de Saint-Christophle, ailleurs dĂ©esse ou sorciĂšre colĂ©rique – elle fut CybĂšle dans Atys, revient le personnage rival d’Isis, la fiĂšre et haineuse voire barbare Junon.
Comme tous les opĂ©ras prĂ©sentĂ©s devant Louis XIV, chaque discipline n’a qu’un but : incarner le prestige et la grandeur de la Cour de France, celle du Roi-Soleil ; l’orchestre d’Isis est important, rien Ă  voir avec les petits ensembles baroqueux dont le public contemporain est familier. Il regroupe jusqu’à 100 instrumentistes, dont les trompettes de la Grande Écurie (qui accompagnent la RenommĂ©e et sa suite dans le prologue) et les membres du clan Hotteterre (Louis, Jean, Nicolas, Jeannot) cĂ©lĂšbres flĂ»tistes particuliĂšrement exposĂ©s dans le divertissement de l’acte III qui Ă©voque la nymphe Syrinx. A la puissance dĂ©clamatoire de l’orchestre rĂ©pond le luxe et le raffinement des costumes dessinĂ©s par Jean BĂ©rain.

En rĂ©pĂ©titions, Ă  Saint-Germain dĂšs le moins de novembre 1676, soit 2 mois avant la crĂ©ation, Isis est au cours de sa genĂšse et des sĂ©ances prĂ©paratoires, promis Ă  un grand succĂšs : en dĂ©cembre, Quinault lit en avant-premiĂšre son texte d’aprĂšs Ovide (livre I) ; le poĂšte baroque français Ă©carte l’épisode oĂč Jupiter amoureux change Io en gĂ©nisse ; il prĂ©fĂšre plutĂŽt traiter l’épisode oĂč le dieu de l’Olympe cache sa maitresse Io, dans une nuĂ©e, afin de la protĂ©ger des foudres de son Ă©pouse, l’irascible et jalouse Junon. Les auditeurs sont enthousiastes. Rien ne laissait prĂ©sager l’accueil final de l’opĂ©ra dĂ©clamĂ©, en dĂ©finitive plutĂŽt rĂ©ticent, ni l’exil dont allait ĂȘtre victime Quinault. La Montespan se reconnaissant dans le figure de Junon, et ici Io / Isis incarnant la derniĂšre proie du roi Ă©grillard, Isabelle de Ludres, dans les faits historiques, vraie rivale de la maĂźtresse en titre, obtint du Roi la disgrĂące du poĂšte. On ne se moque pas de la Favorite officiel du Soleil : AthĂ©naĂŻs rĂšgne sur le cƓur de Louis. Isis fut un opĂ©ra rapidement remisĂ© dans les placards du scandale et de la honte.

 

 

 

 

  

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. Lully: Isis, LWV 54 – Hubeaux, Tauran
 Les Talens lyriques / C Rousset (2 CD ApartĂ©) – prochaine critique complĂšte d’ISIS de Lully par les talens lyriques dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

 

 

 

 

Armide de Lully

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Lully_versailles_portrait OpĂ©ra d’Ă©tĂ©. Armide de Lully. Beaune, le 3 juillet. Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015. Devant Damas oĂč rĂ©sident les musulmans, Armide et son pĂšre Hidraot, l’armĂ©e de croisĂ©s chrĂ©tiens commandĂ©e par Godefroy de Bouillon, a Ă©tabli son siĂšge. La magicienne Armide a conquis et soumis tous les chevaliers chrĂ©tiens grĂące Ă  ses pouvoirs… C’Ă©tait compter sans le pouvoir de l’amour : possĂ©dĂ©e, dĂ©munie, impuissante, l’enchanteresse doit bien se rĂ©soudre Ă  accepter la souveraine domination du chevalier Renaud car il a conquis son coeur. L’opĂ©ra expose la mĂ©tamorphose de la magicienne en amoureuse bouleversante, dĂ©faite, impuissante. La musique de Lully et le livret de Quinault explicitent l’emprise que Renaud exerce peu Ă  peu sur la sublime musulmane…
AprĂšs le Prologue oĂč la Gloire et la Sagesse chantent les vertus du Roi (Louis XIV), place Ă  l’action proprement dite.
A l’acte I, les musulmans cĂ©lĂšbrent la toute puissance d’Armide et d’Hidraot : la belle magicienne dĂ©clare Ă©pouser celui qui saura vaincre le plus valeureux de leurs ennemis : le chevalier Renaud.
Au II, Renaud exilĂ© par Godefroy, s’endort au bord d’une riviĂšre. Les esprits malins suscitĂ©s par Hidraot et Armide en font leur prisonnier et Armide, s’apprĂȘtant Ă  le tuer, tombe d’impuissance face au visage du beau chevalier : l’amour est plus que son devoir guerrier. Elle emporte Renaud ensorcelĂ© dans les airs…

 

 

 

Armide, l’opĂ©ra passionnel et tragique de Lully

 

L’Acte III est dĂ©volu Ă  la guerre intĂ©rieure qui saisit le coeur d’Armide : cet a mour pour Renaud faisant sa honte doit devenir haine pour la libĂ©rer. Mais la femme amoureuse se dĂ©voile et ne pouvant haĂŻr celui qu’elle aime, elle chasse la Haine venue rĂ©aliser ses premiers desseins.
Acte IV. Le compagnons de Renaud, Ubalde aidĂ© du chevalier Danois partent Ă  la recherche de Renaud pour le dĂ©livrer d’Armide : ils doivent Ă©prouver les charmes de Melisse, Lucinde, sĂ©ductrices destinĂ©es Ă  les perdre. Les hĂ©ros parviennent Ă  se libĂ©rer des enchantements.
Acte V. L’impuissance tragique d’Armide. Dans son palais Armide s’inquiĂšte toujours de la domination de Renaud dans son cƓur. Surviennent Ubalde et le chevalier Danois : Renaud prend conscience du charme dont il est victime et s’enfuit quittant Armide malgrĂ© ses plaintes. Armide de fureur, d’amoureuse devenue haineuse impuissante et dĂ©munie, dĂ©truit son palais et s’enfuit elle aussi sur son char.

 

Armide lully livret_front_BallardL’opĂ©ra en peignant surtout le dĂ©chaĂźnement des passions qui suscite un amour artificiellement provoquĂ© (Renaud tombe amoureux d’Armide par envoĂ»tement), cible l’impuissance de la magicienne. L’opĂ©ra s’achĂšve sur l’abandon d’Armide par Renaud qui a recouvrĂ© la raison et sur la haine solitaire de la musulmane qui s’enfuit (elle aussi) dans les airs, de rage et d’impuissance (ce parti final est aussi retenu par Noverre dans sonballet cĂ©lĂšbre, sujet Ă  un dĂ©cor et des machineries spectaculaires Ă  l’Ă©vocation de l’Ă©croulement du palais d’Armide et de l’Ă©lĂ©vation de la magicienne sur son char cĂ©leste). L’ouvrage de Lully crĂ©Ă© en 1686 prĂ©sente une telle intensitĂ© Ă©motionnelle, Ă©quilibre avec soin, scĂšnes de tendresse et d’enchantement (ballets et divertissements ponctuent l’action guerriĂšre proprement dite) qu’il devient un modĂšle dans l’imaginaire des compositeurs. Sacchini prĂšs d’un siĂšcle aprĂšs Lully en 1783, adaptera pour Marie-Antoinette et Louis XVI, le sujet d’Armide : son Renaud illustre une rĂ©ussite exemplaire du mythe d’Armide au temps des LumiĂšres, avec une diffĂ©rence importante dans le traitement du sujet : si Lully et Quinault achĂšvent leur ouvrage sur une issue passionnĂ©e et tragique, l’opĂ©ra de Sacchini, gluckiste napolitain Ă  paris, prĂ©fĂšre, goĂ»t du temps oblige, rĂ©soudre l’intrigue par les retrouvailles heureuses des deux protagonistes, aprĂšs avoir longuement offert Ă  Armide (mezzo soprano), de sublimes airs d’ivresse, de vertiges passionnels affine le portrait de la femme qui dĂ©voile avec une profondeur dĂ©jĂ  prĂ©romantique en pleine pĂ©riode classique, une sincĂ©ritĂ© de ton irrĂ©sistible (Ă  l’acte II aprĂšs le duo avec Renaud, brunoProcopio dirige Renaud sacchinil’air fameux “barbare amour”). AprĂšs Christophe Rousset Ă  Metz (avec marie Kalinine dans le rĂŽle titre, c’est rĂ©cemment le claveciniste et chef d’orchestre, lui-mĂȘme ancien Ă©lĂšve au clavecin de Rousset, Bruno Procopio qui a assurĂ© les 21 et 22 mars 2015, la crĂ©ation du Renaud de Sacchini Ă  Rio de Janeiro au BrĂ©sil (Sala Cecilia Meireles), dans une rĂ©alisation exceptionnelle oĂč perce tel un diamant imprĂ©vu, l’Ă©clat indicible et troublant de la mezzo brĂ©silienne Luisa Francesconi.

 

  

 Armide de Lully, opĂ©ra pour l’Ă©tĂ© 2015

 

 

Armide de Lully reprend du service au fil des festivals de l’Ă©tĂ© 2015. Beaune et Innsbruck affichent chacun dans des productions diffĂ©rentes, le chef d’oeuvre tragique et passionnel de Lully.

 

  

 

Beaune, festival
Le 4 juillet 2015, 21h
Rousset. Henry, PrĂ©gardien, Schroeder, van Wanroij, Chappuis, Mauillon, VĂ©ronĂšse, Guimaraes, Bennani…

AprĂšs PersĂ©e, PhaĂ«ton, BellĂ©rophon nous clĂŽturons avec le chef Christophe Rousset le cycle d’opĂ©ras de Lully avec Armide, son dernier opĂ©ra, considĂ©rĂ© par Rameau comme son plus grand chef-d’oeuvre. Il est jouĂ©, acclamĂ© et encensĂ© sur la scĂšne francaise tout au long du 18e siĂšcle. Dans sa dĂ©dicace au roi, Lully Ă©crit : “Sire, de toutes les tragĂ©dies que j’ay mises en musique voicy celle dont le Public a tesmoignĂ© estre le plus satisfait: c’est un spectacle oĂč l’on court en foule, et jusqu’icy on n’en a point veu qui ait receu plus d’applaudissements”. Le Cerf de La ViĂ©ville, contemporain de Lully et auteur de la fameuse “Comparaison de la musique italienne et de la musique française” (1704), dĂ©crivait dans cet ouvrage l’effet que produisait sur ses auditeurs le cĂ©lĂšbre monologue d’Armide qui clĂŽt l’acte 2 (“Enfin il est en ma puissance”), considĂ©rĂ© comme un des clous de la partition : « J’ai vu vingt fois tout le monde saisi de frayeur, ne soufflant pas, demeurer immobile, l’Ăąme tout entiĂšre dans les oreilles (…) puis, respirant lĂ  avec un bourdonnement de joie et d’admiration ». Au cinquiĂšme acte, l’impressionnante passacaille avec choeur et solistes est Ă©galement l’un des sommets de la partition.

 
 

 
 

Innsbruck, festivalEVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015
Les 22, 24, 26 août 2015
Avec les chanteurs lauréats du Concours de chant baroque coorganisé avec le Centre de musique baroque de Versailles
39Ăšme Festival international de musqiue ancienne d’Innsbruck / Festwhchen der Alten Musik. Innsburck, Innenhof der Theologischen FakultĂ€t)
C-Akenine, Colonna
Hache, Cabral, Skorka, Albano, di Bianco, Lavoie, Francis, de Hys

(au moment oĂč nous publions, la date du 24 aoĂ»t est dĂ©jĂ  complĂšte)

 

 

Illustration : les amours de Acis et Galate par Nicolas Poussin : sensualitĂ© crĂ©pusculaire et vĂ©nitienne (XVIIĂšme – DR)

Beaune 2015 : Armide de Lully

lully_gravure_450Beaune. Lully : Armide. Le 3 juillet 2015, 21h. La Cour des Hospices cĂ©lĂšbre en 2015 le gĂ©nie lyrique de Lully, dramaturgenĂ© pour exprimer les vertiges de la passion amoureuse ; on pense Ă  CybĂšle, furie dĂ©chaĂźnĂ©e dans Atys, qui rend fou le pauvre berger au point qu’il tue sa propre aimĂ©e, Sangaride puis revenant Ă  la raison, mesure l’horreur de son geste insensĂ©. Terrifiante vengeance de la part de la dĂ©itĂ©… Dans Armide, Lully et son librettiste, le poĂšte Philippe Quinault … atteignent aussi un sommet du terrifiant ; le dernier opĂ©ra du Florentin crĂ©Ă© le 15 fĂ©vrier 1685, fut admirĂ© de Rameau qui se gardera bien d’aborder aprĂšs lui, la geste hĂ©roĂŻque, guerriĂšre et malĂ©fique des amours de Renaud et Armide. InspirĂ© du Tasse (La JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e), le livret de Quinault traite de la folie qui guette les choeurs Ă©pris. Le drame doit Ă  sa concentration psychologique, – laquelle contraste tant avec les ballets que les divertissements qui en ponctuent rĂ©guliĂšrement le dĂ©roulement, sa force tragique ; une maniĂšre lyrique qui Ă©gale sinon surpasse les tragĂ©dies parlĂ©es et dĂ©clamĂ©es de Corneille et surtout Racine. Pour Gluck, et avant lui Rameau, le cĂ©lĂšbre monologue dĂ©clamĂ© d’Armide clĂŽturant l’acte II (“Enfin il est en ma puissance”) reste un modĂšle de noblesse naturelle, de chant souple et racĂ©, idĂ©alement “Lullyste” et tragique. La nostalgie, la tendresse, l’abandon des Ăąmes sur l’autel de l’effusion la plus pure comme la plus intense sont aussi les offrandes admirables de Lully Ă  la musique versaillaise du XVIIĂšme. Un accomplissement servi Ă  Beaune par Les Talens Lyriques et Christophe Rousset qui y ont dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©, en un cycle “opĂ©ras de Lully” : PersĂ©e, BellĂ©rophon, PhaĂ«ton… Du XVIIĂšme, l’Armide de Lully garde sa violence sauvage et passionnelle : l’enchanteresse malgrĂ© ses magies qui captivent et capturent un temps le beau Renaud, ne parvient pas Ă  retenir le chevalier chrĂ©tien : il y a la voix du cƓur, inaccessible et mystĂ©rieuse et celle du pouvoir… La Sarrazine doit le laisser partir au V, non sans libĂ©rer une violence barbare qui dĂ©truit son palais, se vouant dĂ©sormais aux dĂ©mons de la haine vengeresse.
Avatar, de Lully Ă  Sacchini… Il en va tout autrement dans les reprises postĂ©rieures du mythe, en particulier, l’Armide ou plutĂŽt le Renaud de Sacchini de 1783 (qui fait suite Ă  Gluck) : le Napolitain Sacchini, invitĂ© par Marie-Antoinette Ă  Paris, souligne plutĂŽt la tendresse amoureuse de la femme sous le masque de la guerriĂšre magicienne. Il est vrai que le goĂ»t au temps de Louis XVI avait Ă©voluĂ© : plus de tragĂ©die en 5 actes mais en 3, et une fin heureuse qui unit les deux guerriers Renaud et Armide, aprĂšs avoir surtout soulignĂ© les faiblesses, doutes et tendresse d’une Armide plus amoureuse dĂ©sormais que vengeresse.