CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021)

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records 2021) - L’approche a Ă©tĂ© pensĂ©, conçue pour l’enregistrement studio : le rĂ©sultat est plutĂŽt convaincant. Les instrumentistes du Quatuor Alma / Alma Quartet, rĂ©habilitent l’auteur parmi les trĂšs grands faiseurs chambristes post romantiques du XXĂš.

korngold alma quartet korngold critique cd review clic de classiquenews 1627975576Korngold porte bien ici son 2Ăš prĂ©nom « Wolfgang », hommage et filiation toute artistique Ă  l’auteur de Don Giovanni : la subtilitĂ© versatile qui se dĂ©gage de ses Quatuors, leur expressivitĂ© toute en finesse (
 viennoise) indiquent clairement l’éloquente maturitĂ© d’EWK / Erich Wolfgang Korngold, compositeur prĂ©coce, surdouĂ©, capable de jouer avec les rĂ©fĂ©rences d’une culture et d’une mĂ©moire musicale hors normes. Le Quatuor N°2 (1933) Ă©crit au cƓur des annĂ©es folles, juste avant l’exil Ă  Hollywwod (oĂč il sera un auteur renommĂ©, recherchĂ©, inspirĂ© pour le cinĂ©ma), diffuse ce parfum Ă©clectique qui tend Ă  l’évanescence, entre hyperactivitĂ©, langueur, finale extatique. A l’époque oĂč Schoenberg façonne et perfectionne son sĂ©rialisme Ă  12 tons, le classique nĂ©o mozartien Korngold dĂ©montre a conrario la permanence et l’acuitĂ© des vertus tonales. Le 2Ăš mouvement »Intermezzo / Allegretto » rĂ©active et l’humour de Haydn et la nonchalance Ă©clairĂ©e de R Strauss, puis l’ample Larghetto / Lento creuse dans une gravitĂ© nocturne d’une infinie mĂ©lancolie, ce retour aux anciens ; quand la Valse du IV, rend hommage aux clans Strauss, les frĂšres Johann, Josef, Eduard.

ComposĂ© au sortir de la guerre (1945), le N°3 dĂ©ploie une tension inĂ©dite, une inquiĂ©tude viscĂ©rale qui recueillent l’expĂ©rience tragique, le dĂ©chirement de l’émigration, la dĂ©pression qui atteint Korngold au milieu des annĂ©es 1940. NĂ© en 1897, il est presque quinquagĂ©naire et incarne une toute autre vĂ©ritĂ©. Les instrumentistes du Quatuor Alma en exprime la lassitude Ă©cƓurĂ©e, les spasmes d’une noirceur active, approche d’autant plus juste que Korngold avoue l’avoir Ă©crit « pour lui-mĂȘme », partition miroir comme un autoportrait intime et direct. C’est le surgissement d’une maturitĂ© obligĂ©e, prĂ©cipitĂ©e comme contrainte, intensifiĂ©e encore par la maladie puis la mort de son pĂšre (qui comme chez Mozart est une figure essentielle Ă  sa vie).
CLIC_macaron_2014La fusion des Alma, leur Ă©coute intĂ©rieure, la quĂȘte d’une sonoritĂ© qui semble surgir de l’au-delĂ  et d’un passĂ© perdu, inapprĂ©ciable (« Sostenuto » aux phrases magnifiquement Ă©tirĂ©es chantantes), enrichissent la lecture d’une Ă©tonnante clairvoyance sur la sensibilitĂ© trĂšs juste de Korngold. Les 2 Quatuors fonctionnent ainsi comme un diptyque complĂ©mentaire, les deux faces d’une vie, celle d’une gĂ©nie musical marquĂ© par la guerre et la barbarie, enthousiaste et dĂ©primĂ©. Profondeur et tendresse, ombre et lumiĂšre. Et aussi vitalitĂ© mordante plus ambivalente (superbe cadence syncopĂ©e du dernier mouvement : Finale / Allegro aux saillies abruptes, Ă©nigmatiques). La prise de son remarquablement rĂ©alisĂ©e pour le studio en mars 2021 est magistrale. Comme l’interprĂ©tation. CLIC de CLASSIQUENEWS.

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. KORNGOLD : Quatuors n°2, n°3 (Quatuor Alma – 1 cd Challenge records – enregistrĂ© en mars 2021, Haarlem, Pays-Bas). PLUS d’INFOS sur le site du label Challenge records :
https://www.challengerecords.com/products/16288479592327

SINFONIETTA PARIS : 2 concerts du QUATUOR HANSON Ă  PARIS

PARIS, les 31 janv, 1er fĂ©v 2020. QUATUOR HANSON : Quatuors de Mozart et Haydn. Au Reid Hall (6Ăš ardt), puis Ă  la Fondation des Etats-Unis (14Ăš ardt), l’un des Quatuors rĂ©cents les plus prometteurs donne un programme rĂ©jouissant et subtil, dĂ©diĂ© au classicisme viennois, celui de Mozart et de Haydn, soit avant Beethoven qui les prolonge, les compositeurs les plus inspirĂ©s par le genre du quatuor


 

 

 

LES HANSON… 4 cordes Ă©blouissantes

 

 

 

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CrĂ©Ă© seulement il y a 6 ans (2003), le Quatuor HANSON (du nom du premier violon, primarius : le percutant et racĂ© Anton Hanson) a frappĂ© un grand coup dans la planĂšte chambriste avec un double cd dĂ©diĂ© aux Quatuors de Haydn (au total 6 quatuors – opus 20, 33, 50 : « la grenouille », 54, 76 et 77-, enregistrĂ©s en nov 2018, Ă©ditĂ© chez ApartĂ© en dĂ©c 2019 : lire notre critique du cd, lien au bas de cette page). L’éloquence du son collectif, le dĂ©tail de chaque partie rĂ©active ici l’esprit de la conversation en musique avec un relief souple, une acuitĂ© expressive qui souligne l’inventivitĂ© faite facĂ©tie et modernitĂ© (architecture des contrastes, des tonalitĂ©s, des chromatisme et des vagues harmoniques), du gĂ©nial Joseph Haydn (le fondateur du genre dans la seconde moitiĂ© du XVIIIĂš Ă  Vienne). Le titre du coffret « All shall not die / rien ne mourra » indique clairement l’apport dĂ©cisif du Viennois au genre du quatuor Ă  cordes : une leçon pĂ©renne et dĂ©cisive que prolongent aprĂšs lui, Mozart et surtout Beethoven, autre maĂźtre de la forme et de la construction.
Les Hanson nous parlent avant tout d’intelligence musicale par laquelle Joseph Haydn, le musicien le plus vĂ©nĂ©rĂ© de son temps, est Ă  la fois classique et romantique. Dans ce jeu lumineux d’un contrepoint dĂ©taillĂ© et fusionnel, les 4 instrumentistes du Quatuor Hanson se dĂ©lectent Ă  articuler la fine rhĂ©torique d’un Haydn, aussi facĂ©tieux que sincĂšre ; ils indiquent clairement un trĂšs haut niveau sonore et artistique, dans un noyau d’Ɠuvres qui forment dĂ©sormais leur territoire de prĂ©dilection, les quatuors de Joseph Haydn. Photo : Quatuor Hanson © R RiĂšre.

 

2 RAISONS pour lesquelles il ne faut pas manquer cet événement :

 

Le Quatuor HANSON regroupe 4 musiciens exceptionnels, douĂ©s d’une Ă©coute rare et d’une sonoritĂ© collective passionnante.

Le rĂ©pertoire jouĂ© concerne les premiers gĂ©nies du genre quatuor : Haydn en est l’inventeur Ă  Vienne, et Mozart lui offre une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle voire tragique jamais Ă©coutĂ©e avant lui.

 

 

 

 

 

 

Quatuor Hanson
Anton HANSON, Jules DUSSAP, violons
Gabrielle LAFAIT, alto
Simon DECHAMBRE, violoncelle

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Programme

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Quatuor no 15 en ré mineur, K 421 «en hommage à Haydn» (1783)

FRANZ JOSEPH HAYDN
Quatuor en sol majeur, op. 33 no 5, dit « Comment allez-vous ? » (1781)

Un cocktail dinatoire avec une dégustation de vin suivra le concert.

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Vendredi, 31 janvier 2020, Ă  20hboutonreservation
Reid Hall | 75006
4 rue de Chevreuse, 75006 Paris

 

Samedi, 1 février 2020, à 20hboutonreservation
Fondation des Etats-Unis | 75014
15 Boulevard Jourdan, 75014 Paris

Réservations par email à: reservations@sinfoniettaparis.org
Ou en ligne sur : www.sinfoniettaparis.org

€ 25 Plein tarif | € 15 Jeune (- 26 ans)

 

 

 

INFOS & RESERVATIONSsinfonietta-paris-music-by-the-glass-reif-hall-concerts-classiquenews
sur le site
www.sinfoniettaparis.org

 

 

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VISITEZ le site du Quatuor HANSON
https://www.quatuorhanson.com

LIRE aussi notre critique du coffret HAYDN par le Quatuor Hanson (2018 / 2019)
http://www.classiquenews.com/cd-critique-haydn-quatuors-quatuor-hanson-2018-2019-2-cd-aparte/

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Cd compte rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015)

Boccherini quatuors symposium 6 quatuors opus 26 review critique compte rendu CLASSIQUENEWS fevrier 2016 CoverCd compte-rendu critique. Boccherini : Quatuors G. 195-200 (Symposium, 1 cd Brilliant classics, 2015). Nouvelle phalange chambriste italienne, l’ensemble Symposium jouant ici en quatuor autour de son fondateur l’altiste Simone Longhi s’intĂ©resse Ă  Bocherini, rĂ©vĂ©lant 6 volets de l’opus 26, cataloguĂ©s G 195, 196, 197, 198, 199 et 200 (“G” pour Yves GĂ©rard qui a Ă©tabli l’inventaire et le catalogue de l’Ɠuvre en 1969). L’ensemble rĂ©unit des Quatuors en 2 mouvements, forme promise Ă  maints amĂ©nagements formels et une constante Ă©volution sous la plume de Joseph Haydn jusqu’en 1800. Les deux compositeurs ont d’ailleurs Ă©changĂ© une abondante correspondance qui reste Ă  retrouver et analyser… Le gĂ©nie de Boccherini, auteur improbable et jugĂ© secondaire pourtant entre Italie et Espagne Ă  l’Ă©poque de la premiĂšre Ă©cole de Vienne, y gagnerait en explicitation voire rĂ©habilitation.

 
 
 

Les Symposium, nouveaux ambassadeurs d’un Boccherini raffinĂ© irrĂ©sistible

 

boccheriniElĂ©gance, raffinement extrĂȘme, ornementation parfois surabondante mais d’une dĂ©licieuse Ă©loquence (entre Ă©quilibre et sophistication), l’Ă©criture du madrilĂšne “Luis” Boccherini mĂ©rite bien sa rĂ©putation de gĂ©nie chambriste, un Ă©gal de Haydn pour l’Italie et l’Espagne. NĂ© Italien (Ă  Lucca /Lucques en 1743) mais rĂ©sident quasiment toute sa vie Ă  Madrid Ă  la Cour des Bourbons d’Espagne – en particulier au service du frĂšre de Charles III, l’Infant Don Luis, grand mĂ©lomane et son protecteur jusqu’Ă  sa mort en 1785, Luigi Boccherini fut un virtuose du violoncelle et marque particuliĂšrement l’exercice si difficile de la conversation en musique, dans un cadre intimiste.
AprĂšs la mort de l’Infant, Boccherini se retrouve un mĂ©cĂšne Ă  distance (depuis l’Espagne et Madrid) en la personne du Roi de Prusse : FrĂ©dĂ©ric Guillaume II (1786-1796), joueur de violoncelle et lui aussi mĂ©lomane avisĂ© comme exigeant ; puis grĂące au goĂ»t de Lucien Bonaparte, ambassadeur de France Ă  Madrid qui se passionne pour l’Ă©lĂ©gance de ses partitions (1800-1801).

 

 

 

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PrĂ©cis, nuancĂ©s, et d’une Ă©quilibre subtil, les 4 musiciens de Symposium relĂšvent tous les (nombreux) dĂ©fis de 6 Quatuors jamais enregistrĂ©s au disque ; ces 6 Quatuors retenus ici, portent avec une rare intensitĂ©, le souci d’Ă©lĂ©gance mondaine pas creuse et d’Ă©loquence partagĂ©e mais pas bavarde, d’une musique d’un raffinement absolu. ProtĂ©gĂ© de l’Infant Don Luis, Boccherini vit dans les annĂ©es 1780 ses heures les plus heureuses dont tĂ©moignent les qualitĂ©s d’une musique extrĂȘmement bien Ă©crite qui exige prĂ©cision rythmiques, nuances dynamiques, complicitĂ© et surtout subtilitĂ© de chaque instrumentiste . Jamais l’art de Cour et le raffinement d’une vie sociale soucieuse d’esthĂ©tisme et d’Ă©ducation ne s’est tant manifestĂ© que dans l’art hautement complexe et exigeant du Quatuor Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Aux cĂŽtĂ©s de Haydn et de Mozart, Boccherini fait figure de pair, emblĂ©matique d’une sensibilitĂ© originale et formellement affinĂ©e, comme le fut aussi un Domenico Scarlatti pour le clavecin.
La facilitĂ© mĂ©lodique, l’entrain rythmique non dĂ©nuĂ© d’une insouciance amusĂ©e qui rappelle l’humour et la facĂ©tie Haydnienne (Minuetto con moto – Trio du 198), voire parfois la grĂące mozartienne approchĂ©e dans les derniers Quatuors de ce cycle (les G 199 et 200) s’offrent ainsi comme dĂ©fis aux interprĂštes de Symposium : mais les instrumentistes italiens y ajoutent comme ici ce mordant plus sombre, symptĂŽme d’une gravitĂ© sourde prĂ© schubertienne d’une ineffable tendresse nostalgique (Andante appasionato ma non lento du trĂšs subtil G 200 auquel va toute notre admiration). L’indice d’une rĂ©ussite Ă©clatante se mesure Ă  la maĂźtrise des accents, des nuances tĂ©nues qui basculent inĂ©luctablement chaque piĂšce de l’expression d’un grand raffinement au chant d’un esthĂ©tisme juste et naturel. Autant de qualitĂ©s expressives et d’une grande technicitĂ© habitĂ©e qui font les grands interprĂštes. La sensibilitĂ© et la complicitĂ© articulĂ©e et flexible des instrumentistes de Symposium suscitent donc le meilleur accueil. C’est Ă©videmment un CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Le cd serait l’amorce d’une nouvelle intĂ©grale Boccherini, passionnante, Ă  venir… A suivre de prĂšs donc.

 

 

 

CLIC D'OR macaron 200Cd compte rendu critique. Luigi Boccherini : Quatuors G. 195-200 opus 26. Ensemble / Quatuor Symposium – 1 cd Brilliant classics 95302, enregistrement rĂ©alisĂ© en aoĂ»t 2015, en Italie). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016

 

 

Illustration : TrĂšs judicieusement et avec un rare sens de l’exactitude artistique entre les disciplines, les concepteurs du cd reprĂ©sentent en couverture le portrait collectif par Goya, de l’Infant Don Luis et de sa famille, entourĂ©s par les artistes proches de sa cour, dont Ă©videmment “Luis” Boccherini lui-mĂȘme, debout en tunique rouge et de profil. Composition datĂ©e de 1783, soit 4 ans aprĂšs la composition des 6 Quatuors de l’opus 26 ici enregistrĂ©s.

 

 

CD. Coffret : 6 Quatuors dédiés à Haydn (Cambini-Paris, 3 cd Ambroisie)

cambini paris 6 quatuors de mozart dedies a Haydn 3 cd ambroisieCD. Coffret, compte rendu critique : 6 Quatuors dĂ©diĂ©s Ă  Haydn (Cambini-Paris, 3 cd Ambroisie). Les instrumentistes du Quatuor Cambini sont dĂ©jĂ  trĂšs expĂ©rimentĂ©s, participants aux formations connues tel Le Cercle de l’Harmonie (dont le violoniste Julien Chauvin a Ă©tĂ© premier violon), la plus rĂ©cente Loge Olympique (dont il est l’instigateur) ou Les Talens lyriques; c’est dire leur appĂ©tit et leur facilitĂ© dans l’interprĂ©tation informĂ©e sur instruments d’époque. DĂšs les premiĂšres notes, l’écoute fait entendre la cohĂ©rence sonore, l’élĂ©gance et aussi la suavitĂ© amusĂ©e d’un Mozart particuliĂšrement 
 viennois (en cela ils sont proches de leurs confrĂšres du Quatuor MosaĂŻque) c’est Ă  dire, courtois, Ă©duquĂ©, raffinĂ©; effectivement admirateur de Haydn auquel il rend hommage mais dĂ©jĂ  porteur de ses propres idiomes, profond et palpitant.

La prĂ©cision dynamique, la richesse des intonations et la ciselure agogique permettent de caractĂ©riser chaque mouvement saisi dans sa coupe et son rythme propre. Les 6 Quatuors mozartiens gagnent une ampleur, une profondeur, une sincĂ©ritĂ© (Ă©lĂ©ment central voire essentiel chez Mozart). InformĂ©s, les instrumentistes sont donc complets et offrent toutes les reprises, ce qui ajoute au dĂ©voilement de l’architecture de chaque opus : on y relĂšve une amplification du geste proche de la pensĂ©e mozartienne, 
 dĂ©jĂ  prĂ©beethovĂ©nienne ; ainsi les Quatuors La Chasse ou Les Dissonances, entre grĂące, profondeur voire gravitĂ© (dĂ©jĂ  romantique : n’oublions jamais que son opĂ©ra sedia de jeunesse Lucio SIlla est contemporain des Souffrances du jeune Werther de Goethe !), sont l’arĂȘte structurante du gĂ©nie mozartien qui sait ainsi transcender la forme quatuor.  L’allant lumineux (l’esprit des LumiĂšres) porte tout le dĂ©veloppement final des Dissonances, d’un souffle irrĂ©sistible. Aucun doute ce coffret s’impose par sa maturitĂ©, sa vision aiguisĂ©e, profonde, expressive. Le sentiment en reste le souci moteur. Juste et magistral. C’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015.

 

 

Mozart : 6 Quatuors dédiés à Haydn. Quatuor Cambini-Paris. 3 cd Ambroisie. Enregistré en 2013, 2014. Durée : 3h32.

CD. Reicha : 3 Quatuors (Ardeo 1 cd L’Empreinte digitale).

ardeo reicha quatuors cd empreinte digitale excellente realisationCLIC D'OR macaron 200CD. Reicha : Quatuors (Ardeo 1 cd L’Empreinte digitale). Anton Reicha exporte en France cette austĂ©ritĂ© heureuse du genre quatuor, fixĂ© Ă  Vienne par Haydn, enrichi par Mozart, incarnĂ© alors par Beethoven dont il reste le contemporain le plus talentueux. Entre Vienne et Paris, Anton Reicha qui devient professeur de fugue et de contrepoint au Conservatoire de Paris Ă  partir de 1818, fait figure de formidable passeur entre France et Allemagne, grands romantiques viennois et crĂ©ativitĂ© parisienne. Encore une preuve que le Paris romantique n’a pu se bĂątir sans les Germaniques : l’exemple d’Onslow, appelĂ© le Beethoven Français confirme une nette tendance historique : pas de romantisme français sans les Viennois d’Outre Rhin, et Ă  dĂ©faut pas d’avancĂ©e musicale notables sans une claire influence, assumĂ©e, admirative envers les auteurs outre-Rhin (le phĂ©nomĂšne est avĂ©rĂ© bien avant Wagner : songez Ă  Gouvy le lorrain si pĂ©nĂ©trĂ© par le symphoniste d’un Mendelssohn par exemple).

reicha-antoine-compositeur-portrait-Parmi les Ă©lĂšves  de Reicha Ă  Paris, rien de moins que les plus grands Ă  venir : Liszt, Berlioz, Gounod 
 L’intĂ©rĂȘt du prĂ©sent album est de restituer outre l’apport de Reicha au genre quatuor (18 opus quand mĂȘme : une rĂ©alisation au catalogue qui pourrait ambitionner de rivaliser avec Mozart et Beethoven
), d’éclairer ce en quoi sa maniĂšre Ă©volue sensiblement, dĂ©voilant un authentique crĂ©ateur, formidable tempĂ©rament taillĂ© de facto pour le chambrisme le plus Ă©loquent et le plus polissĂ© : fougueux, audacieux, imprĂ©visible, puissant et personnel. C’est dire la valeur du prĂ©sent enregistrement
 Il connaĂźt son Mozart Ă©videmment comme l’atteste le premier Quatuor ici sĂ©lectionnĂ© (Opus 49 n°1), avec citation et commentaire du thĂšme principal de Concerto pour piano n°24 du divin Wolfgang. Reicha en fait une paraphrase aussi originale et personnelle que 
 Liszt quand il compose d’aprĂšs
 Verdi ou Wagner.

ARDEO -quatuor-ardeo-2Si les deux premiers opus retenus sont trĂšs viennois, Mozartiens et Haydniens donc dans la facture et la construction, le dernier Quatuor opus 94 n°3 en fa mineur, nous saisit littĂ©ralement par sa verve, son idĂ©alisme tendre, une plĂ©nitude qui nous semble absente et magistralement assumĂ©e Ă  prĂ©sent. L’Andante montre Ă  quel point Reicha opĂšre une fusion des influences françaises et germaniques, juste mouvement de balancier qui vient fĂ©conder une sensibilitĂ© Ăąpre, vive, rĂ©flĂ©chie, mue autant par le dĂ©sir de plaire (vocalitĂ  et ligne chantante proche de la romance française) dans les deux premiers mouvements que l’esprit de la nĂ©cessitĂ© la plus incisive et la plus brĂ»lante. Le Menuet regarde Ă  nouveau du cĂŽtĂ© de Haydn (son menuet des sorciĂšres de l’opus 76 n°2). ElĂ©gance, prĂ©cision, fluiditĂ©, mais aussi grande aisance de la palette agogique, les quatre musiciennes d’Ardeo ne dĂ©roge pas Ă  leur rĂ©putation : elle portent mĂȘme bien leur nom, prĂȘtes Ă  brĂ»ler de mille feux et crĂ©pitements tĂ©nus pour que se consume une ardente et vive musicalitĂ©. Superbe rĂ©vĂ©lation
 qui nous laisse aussi impatient d’en entendre d’autres. NĂ© Praguois, viennois de style et naturalisĂ© français en 1829, Reicha concrĂ©tisant un rare exemple d’assimilation entre deux cultures, ne pouvait imaginer meilleures ambassadrices. Du pain bĂ©ni pour
 Arte, comme Gouvy : un prochain documentaire sur les deux compositeurs entre les deux rives du Rhin et inversement ? Pour l’heure dĂ©lectez vous de ce cd excellemment rĂ©alisĂ©.

Anton Reicha (1770-1836) : 3 Quatuors : opus 49 n°1 en do mineur, opus 90 n°2 en sol majeur, opus 94 n°3 en fa mineur. Quatuor Ardeo – 1 cd L’Empreinte Digitale ED13240