DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

purcell indian queen currentzis peter sellars dvd sony review comte rendu classiquenews CLIC de classiquenewsDVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical). PURCELL FRATERNEL, HUMANISTE, rĂ©actualisĂ©. Au coeur de la guerre imaginaire entre Incas du PĂ©rou et mexicains AztĂšques menĂ©s par le conquĂ©rant Montezuma, Purcell dĂ©veloppe et cultive les avatars de la guerre amoureuse ; ainsi l’astucieux Montezuma vainc la reine Zempoalla, le prince Acacis, son ami, et le gĂ©nĂ©ral Traxalla. Parmi les vaincus incas se distingue la belle Orazia qui aime d’un amour rĂ©ciproque le brillant vainqueur. ArrĂȘtĂ©s les deux amants issus des camps opposĂ©s sont sĂ©parĂ©s puis rĂ©unis grĂące Ă  Acacis. Zempoalla et Traxalla finissent par se suicider, et Montezuma peut simposer Ă  tous car il rĂ©unit les deux peuples du fait mĂȘme de son ascendance :  il est le fruit des amours entre la reine AztĂšque Amexia et un Inca. MĂȘme opposĂ©s, les peuples sont tĂŽt ou tard appelĂ©s Ă  pactiser. Une telle vision finalement pacifiste, humaniste, surtout fraternelle, ne pouvait que sĂ©duire et inspirer Peter Sellars. D’autant plus que le metteur en scĂšne a depuis longtemps le goĂ»t de la culture amĂ©rindienne, prĂ©colombienne, latine.

Purcell-portraitPURCELL COMPLÉTÉ. De la fantaisie exotique amĂ©rindienne inventĂ©e par John Dryden, Peter Sellars suit la direction du donneur d’ordre de cette production soit GĂ©rard Mortier, l’ex et regrettĂ© directeur de l’OpĂ©ra de Paris pour lequel l’opĂ©ra est d’abord du thĂ©Ăątre engagĂ©. Pour illustrer le choc entre les deux civilisations, Peter Sellars et Teodor Currentzis complĂštent The Indian Queen de Purcell, en choisissant les textes ajoutĂ©s extraits d’une nouvelle, ‘”La niña blanca y los pajaros sin pies” (La jeune fille blanche et les oiseaux sans pieds), Ă©crite par Rosario Aguilar, Ă©crivaine nicaraguayenne qui est devenue, en 1999, la premiĂšre femme membre de l’’Academia NicaragĂŒense de la Lengua”, cĂ©nacle motivĂ©e pour dĂ©fendre la langue espagnole au Nicaragua. La nouvelle Ă©voque le destin de six femmes, dont celles qui au XVIĂšme siĂšcle accompagnent les conquistadors dans l’épopĂ©e vers le Nouveau Monde, mais aussi l’histoire d’amour de deux journalistes, une jeune Nicaraguayenne et un reporter espagnol, chargĂ©s de couvrir la campagne Ă©lectorale de 1990 qui scelle la dĂ©faite du sandiniste Daniel Ortega. Toujours, la rencontre de deux nations, l’union espĂ©rĂ©e, Ă©prouvĂ©e, reportĂ©e de deux peuples… Ainsi toute la musique de Purcell originelle soit 50 mn est intĂ©grĂ©e Ă  un vaste cycle poĂ©tique et musical entrecoupĂ© de textes de Rosario Aguilar, lesquels traduits en anglais sont rĂ©citĂ©s par Maritxell Carrero, jeune actrice portoricaine, sorte de sybille moderne exprimant sur scĂšne, par la gestuelle exclamative, la forte tension passionnelle de chaque situation.

Il en dĂ©coule un spectacle total – avec danses conçues par le chorĂ©graphe Christopher William, de plus de 3h de durĂ©e avec ouverture et prologue.
DĂšs l’ouverture, les esprits de la terre accompagnent et manipulent chacun des protagonistes. L’intrusion du dĂ©but joue de la double lecture historique : les militaires en treillis qui surgissent en vĂ©hicule blindĂ©, accompagnĂ©s par le prĂȘtre incontournable qui donne la cou e ĂȘtre morale, sont autant les Espagnols d’Hernan Cortes qui dĂ©couvrent les Tlaxcalans, que les Marines dĂ©barquant au Nicaragua dans les annĂ©es 30 pour mater la guĂ©rilla conduite par le gĂ©nĂ©ral Augusto Sandino.

Le Prologue correspondant au I de l’Indian Queen de Purcell dĂ©nonce les dĂ©sastres de la guerre. Difficile ici d’accepter le timbre de soprano aigu et acide-aigre du corĂ©en Vince Yi ; la couleur est exotique Ă  souhaits mais l’ĂąpretĂ© de sa voix dĂ©range ; en revanche, Julia Bullock est l’indigĂšne Teculihuatzin, une figure brillante et profonde qui se distingue nettement.
Au I s’affirme alors Nadine Koutcher en Doña Isabel, sƓur Ă©mouvante  (O, solitude), d’une sincĂ©ritĂ© indiscutable. A la douceur voluptueuse des airs de Purcell tels donc : “O, solitude”, “I will sing unto the Lord as long as i live”, “Blow up the trumpet”, le sublime et tendure “Sweeter than roses” rĂ©pond sur le plan narratif la violence irrĂ©versible avec laquelle les Mayas sont convertis au catholicisme, menacĂ©s par les armes. De mĂȘme le gĂ©nĂ©ral favori de Cortes, Don Pedro de Alvarado (impeccable Noah Stewart), est prĂ©sentĂ© Ă  Teculihuatzin et l’épouse. Le II reprend tout le second acte d’Indian Queen oĂč se dĂ©tache Ă©videmment la nuit amoureuse des deux jeunes mariĂ©s. Christophe Dumaux offre une belle caractĂ©risation du prĂȘtre IxbalanquĂ©, lequel envoĂ»te et manipule Ă  souhaits le gĂ©nĂ©ral espagnol  Pedro. Saluons aussi la forte prĂ©sence du prĂȘtre maya dont le baryton noir, Luthando Qave, fait une incarnation trĂšs convaincante. Plusieurs airs complĂštent le dĂ©roulĂ© du II dont “See, even night herself is here”, “Music for a while”, “Il love and I must”,  surtout, l’implorante priĂšre “Hear my prayer, O Lord”, seule conclusion chorale imaginable aprĂšs le massacre des Mayas, perpĂ©trĂ© par le conquistador espagnol, gĂ©nocide aussi sanglant que celui commis, plus tard, par les marines au Nicaragua. Alors la rĂ©citante Maritxell Carrero, se place seule, devant une immense toile rouge sang au pied de laquelle repose le peuple abattu : image d’un massacre ignoble qui conclut comme un linceul obsĂ©dant l’acte II.
CLIC_macaron_2014Ce sont les deux femmes pacificatrices qui apportent la voie de la rĂ©conciliation fraternelle aprĂšs les exactions et violences perpĂ©trĂ©es par Alvarado. Loi des hommes, des armes contre douceur des femmes-mĂšres; L’engagement de chaque interprĂšte, chanteurs, orchestre, acteurs est saisissant et restitue Ă  la musique de Purcell, son charme et sĂ©duction irrĂ©sistible ; Ă  la lecture poĂ©tique et contextualisĂ©e de Sellars, sa force critique et satirique. Dans la fosse, Teodor Currentzis s’implique au delĂ  de l’habituel pour exprimer la part humaine et fraternelle de la musique. Un must.

DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

The Indian Queen (Henry Purcell)
Nouvelle version Peter Sellars (durée 3h05)
Représentation du 9 novembre 2013
Teatro Real de Madrid

Hunahpu: Vince Yi
Teculihuatzin: Julia Bullock
Doña Isabel: Nadine Koutcher
Don Pedrarias: DavilaMarkus Brutscher
Don Pedro de Alvarado: Noah Stewart
Ixbalanque: Christophe Dumaux
Sacerdote maya: Luthando Qave
Leonor: Maritxell Carrero
Tecun Uman: Christopher Williams
Leonor: Celine Peña
Dioses mayas: Burr Johnson, Takemi Kitamura, Caitlin Scranton, Paul Singh

Mise en scÚne: Peter Sellars
Scénographie: Gronk
Chorégraphie: Christopher Williams
ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra de Perm (MusicaAeterna)
Direction Musicale: Teodor Currentzis

Compte rendu, opĂ©ra. Grand Avignon, OpĂ©ra. Le 10 fĂ©vrier 2016. Purcell : The Fairy Queen. Pochon, Mutel, Caton… Les Nouveaux CaractĂšres. D’HĂ©rin  

LE SONGE (OU LE CAUCHEMAR) D’UNE NUIT D’ETE… PrĂ©sentĂ© comme semi-opĂ©ra, The Fairy Queen est, plus prĂ©cisĂ©ment ce que la tradition anglaise, depuis le XVIe siĂšcle, appelait masque ou mask, une suite de divertissements scĂ©niques musicaux, qui deviendront des intermĂšdes Ă  des piĂšces de thĂ©Ăątre parlĂ© au cours du XVIIe siĂšcle, et l’on connaĂźt la qualitĂ© de ceux de Purcell. Ainsi, la piĂšce fameuse de Shakespeare A Midsummer Nigth’s Dream, ‘Le Songe d’une nuit d’Ă©té’, fut dotĂ©e d’un livret (Elkanah Settle ?) en rĂ©sonance mais sans correspondance prĂ©cise avec l’intrigue de la piĂšce principale, ce qui eĂ»t Ă©tĂ© une redondance avec le texte principal, qu’il mit en musique. La premiĂšre eut lieu au Dorset Garden Ă  Londres, en avril 1692. La partition, perdue deux fois au XVIIIe siĂšcle (sans doute non imprimĂ©e) fut redĂ©couverte en 1901.

 

 

 

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RÉALISATION ET INTERPRÉTATION

Depuis la TĂ©tralogie de ChĂ©reau Ă  Bayreuth en 1976, dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©dĂ© par Ponnelle, depuis donc un demi-siĂšcle, nous sommes habituĂ©s –ou rĂ©signĂ©s– au rĂšgne des metteurs en scĂšne qui trouvent sans doute indigne de leur talent de  s’abaisser Ă  respecter la volontĂ© historique des auteurs et s’adonnent Ă  la « modernisation » arbitraire des Ɠuvres avec ce dĂ©sormais acadĂ©misme du prĂ©tendu non acadĂ©misme dans une naĂŻve surenchĂšre de l’originalitĂ© de leur « relecture », devenue un lieu commun des plus communs sur tous les thĂ©Ăątres. Certes, on peut difficilement dater les fantaisies oniriques de Shakespeare et Purcell, A Midsummer Night’s Dream (entre 1592 et 1595) et The Fairy Queen (1692)qui en Ă©tait des intermĂšdes : leur monde d’elfes et de lutins sans Ăąge laisse de la latitude temporelle au metteur en scĂšne. Tout en concĂ©dant la libertĂ© crĂ©atrice inaliĂ©nable de l’interprĂšte qu’est le metteur en scĂšne, le bond, –ou le gouffre– que lui fait franchir la par ailleurs talentueuse Caroline Mutel est sidĂ©ral, sidĂ©rant, en situant The Fairy Queen, cette ‘Reine des fĂ©es’, durant la Grande Guerre, mĂȘme couronnĂ©e par l’Armistice Ă  drapeau victorieux au vent ou fraternisation du soldat Ă  casque Ă  pointe couronnĂ©e d’une aigrette avec le Français, casque du coquettement parĂ© d’un plumet tricolore, trinquant allĂšgrement. En sorte que, Ă  deux ans des commĂ©morations du centiĂšme centenaire de la Grande Guerre, ou en plein anniversaire de la bataille, dix mois, de Verdun commencĂ©e en fĂ©vrier 1916, dans ce belliqueux contexte, le texte humoristique de la piĂšce ne prĂȘte guĂšre Ă  rire, ni mĂȘme Ă  un lourdingue Sourire d’une nuit d’étĂ© de Bergman et le Songe et sa fĂ©erique musique, dans un dĂ©cor de ruines (Denis Fruchaud et Analyvia Lagarde), des costumes d’époque (Pascale BarrĂ©) oĂč ne manquent ni l’infirmiĂšre des urgences inutiles ni le prĂȘtre, pour l’extrĂȘme-onction sans doute, s’engouffrent ici davantage dans le cauchemar de la terrible boucherie de 14/18.

Ainsi, Le poilu, uniforme couleur horizon, arrivant par la salle, fusil Ă  l’épaule (sans pacifique fleur), un fanal Ă  la main (souvenir de la lune de Pyrame et ThisbĂ© de la piĂšce originale ?), jouant ensuite, livre Ă  la main, le poĂšte ivre, dĂ©samorce par l’explicite connotation guerriĂšre du personnage, non son arme mais la plaisante chanson bachique bĂ©gayĂ©e qui est supposĂ©e faire rire malgrĂ© toute la beautĂ© du timbre sombre de FrĂ©dĂ©ric Caton (PoĂšte ivre / Sommeil / Hiver / Hymen). On a l’impression que tout est construit, passerelle un peu surĂ©levĂ©e pour le monde des elfes, qui descendent ou condescendent vers les humains, que tout converge sur le lamento magnifique « O, let me weep  », chantĂ© de façon dĂ©chirante par la mezzo Sarah Jouffroy (DeuxiĂšme fĂ©e / Le MystĂšre) sur le casque du soldat disparu. Mais la dĂ©ploration sur la perte d’un ĂȘtre cher est intemporelle et le drame individuel se relativise et s‘amoindrit  dans la tragĂ©die collective ou les pertes se comptaient par millions.

D’autre part, le livret de Purcell est trĂšs loin du texte de Shakespeare, et la distance que prend Mutel de celui-ci nous en Ă©loigne tant –d’autant que, pour compliquer l’affaire, presque tous les chanteurs interprĂštent plusieurs personnages– il faudrait une clĂ© des songes pour dĂ©crypter qui est qui et ce qui se passe sur scĂšne, ce qui devient, au critique un « cauchemar plein de choses inconnues » comme disait Baudelaire de Goya, et la nĂ©cessitĂ© laborieuse de recourir aux photos des « bios » du programme pour identifier les interprĂštes.

Occupant un vaste espace du plateau, l’orchestre des Nouveaux CaractĂšres est sur scĂšne Ă  jardin, trompette et percussions Ă  cour, tournant court forcĂ©ment les dĂ©placements des acteurs dans un espace rĂ©trĂ©ci, ouvert sur le fond, avec inĂ©vitable perte sonore pour les chanteurs selon leur place, la musique,  et encore plus les voix, que le veuillent ou non les mises en scĂšnes « modernes », Ă©tant toujours fatalement spatialisĂ©e. La fraĂźcheur du joli soprano de Virginie Pochon (premiĂšre fĂ©e) en fait les frais pour sa projection ainsi que le contre-tĂ©nor Christophe Baska (Le Secret / ÉtĂ©) trop distant. DerriĂšre un voile nocturne en fond de scĂšne, plus puissante, Caroline Mutel (La Nuit / PremiĂšre femme) dĂ©ploie le charme d’un soprano rond et voluptueux, dĂ©roulant ses belles et langoureuses vocalises. Mieux servi en ses dĂ©placements vers l’avant-scĂšne, le tĂ©nor Thomas Michael Allen, d’abord en insolite soutane (Automne / Un Chinois), s’impose agrĂ©ablement. La soprano dramatique Hjördis ThĂ©bault, campe une Seconde femme qui mĂ©rite d’ĂȘtre premiĂšre par la force et la souplesse d’un timbre sĂ©duisant, fruitĂ©, et d’une virtuositĂ© qui dĂ©fie la vertigineuse dentelle de vocalises de sa partie.

Corydon est le nom traditionnel des bergers de l’Arcadie poĂ©tique. Est-ce alors un souvenir malicieux du premier vers des Bucoliques de Virgile : « pastor Corydon ardebat Alexim », ‘le berger Corydon dĂ©sirait Alexis’, qui nous vaut la seule scĂšne vraiment plaisante du spectacle, ce mariage gay qui clĂŽt joyeusement la sĂ©rie matrimoniale entre un l’hilarant tĂ©nor Julien Picard (Mopsa) et un fort en gueule et voix magnifique Ronan NĂ©dĂ©lec (Corydon)? SingularisĂ© par une seule apparition finale en Phoebus affublĂ© d’un pectoral dorĂ© trĂšs aztĂšque, le baryton Guillaume Andrieux est rayonnant en souriant astre du jour.

Si l’on discute cette mise en scĂšne, sans fĂ©erie ni surtout la folie dont se rĂ©clame la metteur en scĂšne dans sa Note d’intention, d’une partition et d’un texte qui nous promĂšnent dans les lieux rhĂ©toriques du baroque lyrique fixĂ©s par Cavalli et adoptĂ©s dans toute l’Europe, La Nuit, le Sommeil, le Secret, le MystĂšre, les Saisons, il reste, heureusement, la merveille, vraiment fĂ©erique, impalpable et si concrĂšte de cette musique de Purcell qui se cite, comme l’amorce de la gamme descendante du lamento de Didon, tel jeu sur des mots privilĂ©giĂ©s.  À la tĂȘte des Nouveaux CaractĂšres, SĂ©bastien d’HĂ©rin dirige cet ensemble baroque, certes apparemment moins nourri que celui dont bĂ©nĂ©ficia Purcell pour la crĂ©ation, de maniĂšre Ă  la fois souple et prĂ©cise, assez nourrie cependant, rĂ©pondant bien Ă  la chair des voix des interprĂštes qui, malgrĂ© les handicaps soulignĂ©s de la scĂšne, ne sont pas Ă©thĂ©rĂ©es ou dĂ©colorĂ©es par une conception moderne bien erronĂ©e de la rĂ©alitĂ© de la vocalitĂ© baroque attestĂ©e en documents. Longue suite de danses, dont une somptueuse chaconne finale trĂšs dĂ©veloppĂ©e presque symphoniquement sertie du joyaux de songs, peut-ĂȘtre une simple version concert eĂ»t-elle suffi Ă  notre bonheur.

MĂȘme si certaines images, on ne le niera pas, sont belles, dont le dernier groupe de mondains festifs, avec ces lumiĂšres ombreuses de Fabrice Guilbert, entre veille et rĂȘve, qui jouent avec art Ă  paraĂźtre un Ă©clairage baroque « naturel », avec rampe, cette rĂȘveuse Nuit en transparence, la lumiĂšre dorĂ©e baignant l’orchestre, caressant les instruments. Mais, rapportĂ© au texte, le traitement scĂ©nique guerrier, sans ĂȘtre pour autant effrayant est effarant plus que fĂ©erique.

Compte rendu, opĂ©ra. Grand Avignon, OpĂ©ra. Le 10 fĂ©vrier 2016. Purcell : The Fairy Queen. Pochon, Mutel, Caton… Les Nouveaux CaractĂšres. D’HĂ©rin, direction.

Distribution :

PremiÚre fée : Virginie Pochon.
La Nuit / PremiĂšre femme : Caroline Mutel.
Seconde femme : Hjördis Thébault.
DeuxiÚme fée / Le MystÚre : Sarah Jouffroy.

Le Secret / ÉtĂ© : Christophe Baska.
Automne / Un Chinois : Thomas Michael Allen.
Mopsa : Julien Picard.
PoÚte ivre / Sommeil / Hiver / Hymen : Frédéric Caton.
Corydon : Ronan Nédélec.
Phoebus : Guillaume Andrieux.

Orchestre des Nouveaux CaractĂšres, direction musicale : SĂ©bastien d’HĂ©rin.

Mise en scÚne : Caroline Mutel. Décors : Denis Fruchaud et Analyvia Lagarde. Costumes : Pascale Barré.
LumiĂšres : Fabrice Guilbert.

Gyorgy Vashegyi dirige Purcell en direct sur internet

koncert-20150115-13633-vashegyi-gyorgy-es-az-orfeo-zenekar-btf-original-61372En direct sur internet. Fairy Queen en direct sur internet, ce jour 19h30 sur le www.mupa.hu. C’est le chef dont on parle en Hongrie : Gyorgy Vashegyi, qui a dirigĂ© de mains de maĂźtre Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau en 2015 (l’un des meilleurs apports de l’annĂ©e Rameau Ă  ce jour, avec le programme Rameau par le jeune ensemble ZaĂŻs de BenoĂźt Babel : 2 disques ” CLIC” de CLASSIQUENEWS en 2014 et 2015), rĂ©alise en direct sur internet ce soir, 19h30 sur le site du Palais des Arts De Budapest (www. mupa.hu), la fantaisie lyrique Fairy Queen d’Henry Purcell. MĂ©ticuleux et dramatique, le maestro sait rĂ©vĂ©lĂ© trĂšs convaincant dans Rameau mais aussi dans plusieurs programmes de musique baroque dont le style lui convient indiscutablement. Direction structurĂ©e et finement caractĂ©risĂ©e, souci de l’articulation, intelligence dramatique, Gyorgy Vashegyi devrait particuliĂšrement rĂ©ussir cette nouvelle production de Fairy Queen. Avec son ensemble instrumental Orfeo Orchestra (sur instruments d’Ă©poque), mais aussi une plĂ©ĂŻade de jeunes solistes particuliĂšrement impliquĂ©s dans l’art du chant ardent et articulĂ©, Gyorgy Vashegyi devrait dĂ©fendre la lyre purcellienne avec la finesse stylistique et les vertiges expressifs requis. Ce Purcell accessible sur internet devrait compter dans la maturitĂ© et l’enrichissement interprĂ©tatif de l’Ă©quipe rĂ©unie pour Fairy Queen. Gyorgy Vashegyi se passionne actuellement pour les oratorios de Michael Haydn, un compositeur dramatique injustement mĂ©sestimĂ©.

VOIR le direct Fairy Queen sur www.mupa.hu

Adriåna Kalafszky, Ágnes Kovåcs, Ágnes Pintér (sopranos)
Péter Båråny, Zoltån Gavodi (contre-ténors)
Mårton Komåromi, Zoltån Megyesi (ténors)
Ákos Borka, Dåvid Csizmår (basses)

Purcell Chorus,
Orfeo Orchestra (sur instruments d’Ă©poque)

Simon Standage, premier violon

György Vashegyi, direction musicale

Purcell-portraitFAIRY QUEEN de PURCELL. Le Songe d’une nuit d’étĂ© du grand William (Shakespeare), devient The Fairy Queen, une fĂ©erie musicale et thĂ©Ăątrale, semi-opĂ©ra (genre emblĂ©matique de l’art musical britannique des derniers Stuart dont Purcell est le meilleur ambassadeur.) L’ouvrage du musicien britannique mort en 1696, Ă  seulement 36 ans, a Ă©tĂ© crĂ©Ă© le 2 mai 1692 au thĂ©Ăątre de la Reine Ă  Londres. Le sujet a sĂ©duit aprĂšs Purcell, Mendelssohn et aussi Britten. Les souverains Oberon et Titiana, roi et reine des elfes, se disputent un jeune page. La forĂȘt qu’ils habitent devient lieu des enchantements et des envoĂ»tements oĂč chacun fait l’expĂ©rience de la soumission et de la perte de son identitĂ© profonde. En un parcours initiatique et mĂ©taphorique, chacun revient Ă  la rĂ©alitĂ©, comme purifiĂ© aprĂšs un rite poĂ©tique dĂ©cisif. Il s’agit moins d’une action cohĂ©rente que d’une succession de tableaux oniriques qui inscrit la partition dans une recherche d’atmosphĂšres, celles de la nuit propice aux rĂ©vĂ©lations et aux mĂ©tamorphoses
 Propre Ă  l’esthĂ©tique Baroque, de vertiges en songes, d’illusions en vertiges, toujours se perdre pour mieux se retrouver et se connaĂźtre.

CD

LIRE notre critique complĂšte des FĂȘtes de Polymnie par Gyorgy Vasheguy

LIRE notre critique complĂšte du disque RAMEAU / HANDEL par ZaĂŻs, Paul Goussot et BenoĂźt Babel

Paris, gaveau : Festival 15 ans L’Arpeggiata – Christina Pluhar

pluhar PLUHAR CHRISTINA arpeggiata festival 2015 CLASSIQUENEWSPARIS, salle Gaveau. Festival L’Arpeggiata. les 14 et 15 novembre 2015. Week end L’Arpeggiata / Christina Pluhar : 4 concerts.  1 concert le samedi, 3 concerts enchaĂźnĂ©s dans l’esprit d’une fĂȘte familiale dimanche. La thĂ©orbiste et chef d’orchestre, Christina Pluhar qui a la goĂ»t des autres et du partage, propose un week end mĂ©morable fondĂ© sur les mĂ©tissages, la rencontre, les regards croisĂ©s, et la souveraine sensualitĂ© baroque (celle en particulier de Cavalli et de Purcell…), autour de la pratique sur instruments anciens baroque et l’improvisation jazz… Au programme : tarentelles trĂ©pidantes et improvisations, voix fabuleuses, danses endiablĂ©es, humour et cocktail de surprises
 Pour fĂȘter ses 15 ans d’existence, comme fondatrice de l’ensemble sur instruments anciens L’Arpeggiata, Christina Pluhar au thĂ©orbe dirige ses amis et partenaires de longue date pour un cycle de concerts commĂ©moratifs oĂč l’amitiĂ©, la complicitĂ© et le partage au service des oeuvres baroque sont Ă  l’honneur.

 

 

samedi 14 novembre 2015
21h : Francesco Cavalli « L’Amore innamorato » Programme du nouveau disque de l’Arpeggiata (parution le 23 octobre chez Erato, prochaine critique complĂšte sur classiquenews.com).

dimanche 15 novembre 2015
16h30 : concert anniversaire « Arpeggiata – 15 ans ! » programme surprise
20h30 : « Music for a while », cycle d’improvisations d’aprĂšs les musiques d’Henry Purcell
23h : « JAM SESSION – Late Night Club »

 

 

 

Samedi 14 novembre 2015

Cavalli_francesco21h : Francesco Cavalli « L’Amore innamorato ». Programme du nouveau disque de l’Arpeggiata (parution le 23 octobre chez Erato).
Pour fĂȘter la sortie du nouveau disque de l’Arpeggiata, le festival 15 ans! s’ouvrira le 14 novembre avec un beau programme composĂ© d’arie et lamenti des opĂ©ras de Francesco Cavalli. Pour l’occasion, les sopranos Nurial Rial et Hana BlazĂ­kovĂĄ, qui ont participĂ© Ă  l’album, chanteront la lyre sensuelle et Ă©rotique de Cavalli, le plus grand compositeur d’opĂ©ras au XVIIĂš, grand invitĂ© de Mazarin pour jouer Ă  Paris, Xerse (1660) et Ercole Amante (1661) pour le mariage du jeune Louis XIV avec l’Infante Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche. Les musiciens de l’Arpeggiata joueront Ă©galement une sĂ©lection de piĂšces instrumentales virtuoses et feront renaitre au cƓur de Paris, l’éclat de la flamboyante Venise…

Dimanche 15 novembre 2015

pluhar PLUHAR CHRISTINA arpeggiata festival 2015 CLASSIQUENEWS16h30 : Arpeggiata – 15 ans ! Concert anniversaire – programme surprise
Quinze ans dĂ©jĂ  que l’ensemble l’Arpeggiata enchante les auditeurs du monde entier !
Ce concert anniversaire est l’occasion de revenir sur quinze annĂ©es d’aventures musicales, en partageant avec le public un spectacle exceptionnel et unique. On y retrouvera bien entendu les fidĂšles musiciens et chanteurs de l’ensemble. Au programme : tarentelles trĂ©pidantes, improvisations entre baroque et jazz, voix envoĂ»tantes, danses endiablĂ©es, humour, complicitĂ©, partage : Christina Pluhar s’est entendu comme personne Ă  culitver les amitiĂ©s artistiques, regroupant autour d’elle des partenaires forts comme Philippe Jaroussky Ă  ses dĂ©buts, toute une nouvelle gĂ©nĂ©ration de chanteurs et d’instrumentistes passionnĂ©s par l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e et la maĂźtrise des instruments d’époque
 L’intuition et le tempĂ©rament de la thĂ©orbiste fondatrice de L’Arpeggiata l’ont conduit Ă  dĂ©fricher, explorer, expĂ©rimenter, parfois en associant des styles en pĂ©riphĂ©rie de la pratique orthodoxe, ce qui lui a valu des critiques souvent excessives : pourtant et jazz ont en gĂšne commun, l’art subtil de l’improvisation.

20h30 : « Music for a while » Improvisations sur Henry Purcell
Purcell-portraitRetrouvons Christina Pluhar et l’Arpeggiata Ă  la croisĂ©e des mondes avec le programme «Music for a while», une parenthĂšse audacieuse, mĂȘlant la pure tradition baroque et l’improvisation jazz. Avec les solistes CĂ©line Scheen et Vincenzo Capezzuto, la musique de Purcell rĂ©vĂšle toute sa finesse, sa beautĂ© et se pare d’une dimension nouvelle grĂące aux chaleureuses improvisations des musiciens de l’Arpeggiata, rejoints pour l’occasion par le clarinettiste Gianluigi Trovesi et son phrasĂ© unique. C’est une vĂ©ritable invitation au rĂȘve, qui rĂ©vĂšle la justesse Ă©motionnelle et la modernitĂ© extraordinaire de la musique de Henry Purcell, le plus grand auteur britannique du XVIIĂš, l’égal de Cavalli Ă  Venise.

23h : « JAM SESSION – Late Night Club »
Christina Pluharfoto: Marco BorggreveLe mĂ©lange des genres musicaux est aujourd’hui devenu une spĂ©cialitĂ© de Christina Pluhar et de son ensemble audacieux. Si les incursions jazzistiques de l’ensemble et les multiples talents musicaux des musiciens de l’Arpeggiata ont su vous sĂ©duire voire vous envoĂ»ter, ce concert de clĂŽture du festival est fait pour vous. Christina Pluhar invite les musiciens jazzy de l’ensemble et leur donne carte blanche pour une joute virtuose et expĂ©rimentale unique et prometteuse.

 

 

Artistes annoncĂ©s au festival L’Arpeggiata – 15 ans !

L’Arpeggiata – Christina Pluhar

Nuria Rial, soprano
Vincenzo Capezzuto, alto
Nahuel Pennisi, voix & guitare
Ensemble Barbara Furtuna
Gianluigi Trovesi, clarinette
Anna Dego, teatro-danza
et invitĂ©s surprise…!

Doron Sherwin, cornet Ă  bouquin
Veronika Skuplik, violon baroque
Margit Übellacker, psaltĂ©rion
Sarah Ridy, harpe baroque
Eero Palviainen, archiluth, guitare baroque
Marcello Vitale, chitarra battente, guitare baroque
Rodney Prada, viole de gambe
David Mayoral & Sergey Saprichev, percussions
Boris Schmidt, contrebasse
Francesco Turrisi, clavecin & piano
Haru Kitamika, clavecin & orgue positif

Christina Pluhar, théorbe & direction

Christina Pluharfoto: Marco BorggreveEn 2000 naissait l’ensemble l’Arpeggiata, collectif ou plutĂŽt famille fondĂ© par la thĂ©orbiste, harpiste et chef d’orchestre Christina Pluhar. Leur succĂšs dure depuis 15 ans maintenant. Depuis sa crĂ©ation, L’Arpeggiata a donnĂ© environ 800 concerts en Europe, AmĂ©rique du Nord, AmĂ©rique du Sud, Asie et Australie. L’ensemble a enregistrĂ© 13 albums (prĂšs de 600.000 disques vendus
) dĂ©diĂ©s principalement Ă  l’expression des passions humaines Ă  l’ñge baroque, avec une prĂ©dilection pour les compositeurs italiens du Seicento, dont Monteverdi bien sĂ»r et aujourd’hui, Cavalli et Purcell.

 

 

 

boutonreservationInfos, réservations sur le site de la salle Gaveau, Paris
Samedi 14 novembre 2015 Ă  21h
Dimanche 15 novembre 2015 Ă  16h30, 20h30, 23h

Cocktail offert l’issue du concert pour toutes les places en CATEGORIE OR

Tarif Abonnement* : -20% Ă  partir de deux concerts de l’Arpeggiata les 14 et 15 novembre (sauf “Jam Session – Late Night Club”)

Cd, compte rendu critique. Purcell : Devotional songs & anthems. La RĂȘveuse (1 cd Mirare)

purcell la reveuse florence bolton benjamin perrot cd devotional songsCd, compte rendu critique. Purcell : Devotional songs & anthems. La RĂȘveuse (1 cd Mirare). Pour 3 voix d’hommes, le cycle intitulĂ© Devotional songs & anthems par Purcell,  appartiennent au corpus encore mĂ©connu de l’Orfeo britannique, or la difficultĂ© vertigineuse des parties vocales suppose des chanteurs de premier plan. Qui furent-ils ? On connaĂźt la profondeur et la compassion irrĂ©sistible des oeuvres funĂšbre et sombres d’un Charpentier et plus tard d’un Haendel (en particulier inspirĂ© par la perte de sa protectrice la Reine Caroline). Purcell, compositeur habitĂ© par la mort et le deuil (dans sa vie, dans les thĂ©matiques aussi dĂ©veloppĂ©es par ses Ɠuvres dont Ă©videmment l’éblouissant lamento de Didon dans Dido & Aeneas de 1684) se rĂ©vĂšle d’une justesse mordante crĂ©ant Ă  travers les airs composĂ©s et rĂ©unis ici, une poĂ©tique funĂšbre d’une ampleur inĂ©dite.

EsthĂ©tiquement, le style et l’inspiration, le caractĂšre gĂ©nĂ©ral des piĂšces empruntent Ă  la poĂ©tique du clair obscur ou plutĂŽt de la pĂ©nombre, dont le halo mĂ©dian exprime le voile du deuil, de la dĂ©ploration, de la compassion et de la priĂšre : ici chante par les instruments et les voix unies, la lyre regrettant la fragilitĂ© et la vanitĂ© des existences humaines. Au geste millimĂ©trĂ©, ciselĂ© des instrumentistes de La RĂȘveuse revient le mĂ©rite d’en Ă©clairer la souple Ă©loquence introspective, faite de rĂ©flexion, de mĂ©ditation, de regrets et aussi d’espĂ©rance.

Voix de l’ombre, priùres de l’impuissance

CLIC D'OR macaron 200Les 3 voix d’hommes se complĂštent astucieusement ; rĂ©serve cependant Ă  la basse Geoffroy BussiĂšre, moins nuancĂ©, plus carrĂ© et droit que le sentiment vertigineux parfois dĂ©ployĂ© par ses deux partenaires, totalement habitĂ©s, investis par la gravitĂ© poĂ©tique des textes. Fin diseurs, sachant canaliser la tentation du thĂ©Ăątre, Marc Mauillon et l’excellent tĂ©nor Jeffrey Thompson, indiquent clairement une sensibilitĂ© inouĂŻe, inspirĂ©e en Angleterre par le deuil et l’incontournable mort. Le travail suggestif sur le texte rappelle ici les avancĂ©es des Baroqueux depuis leur rĂ©volution des annĂ©es 1970. Mais gĂ©nĂ©ration nouvelle jouissant d’une libertĂ© assumĂ©e et pleinement conquĂ©rante, l’interprĂ©tation gagne ici en Ă©loquence fluide, en prĂ©cision dynamique Ă  la fois rĂ©jouissante et bouleversante.

Les instrumentistes de La RĂȘveuse, conduits par le duo fondateur Florence Bolton et Benjamin Perrot, enchantent par leur dĂ©licatesse allusive, leur geste d’une fragilitĂ© humaine trĂšs juste.

reveuse-purcell-cd-review-critique-cd-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-octobre-novembre-2015Palpitants, prĂ©cis, impliquĂ©s, les deux chanteurs les plus mĂ©ritants, Jeffrey Thompson et Marc Mauillon expriment les aspirations individuelles, non dĂ©pourvues de rĂ©bellion comme de rĂ©sistance face Ă  l’implacable Faucheuse ; rĂ©actions des Ăąmes ferventes et concernĂ©es : leurs timbres associĂ©s agissent, rĂ©agissent, interagissent avec une vivacitĂ© sobre et Ă©gale ; ils commentent naturellement l’implacable effusion des songs (Since God so tender a regard Z143, plage 3 de prĂšs de 5mn ; ou les sublimes Anthem Belssed is he that considereth the poor Z7, puis surtout With sick and famish’d eyes Z200…). Le gĂ©nie de Purcell, premier auteur pour l’opĂ©ra baroque anglais se dĂ©voile en une Ă©pure qui relĂšve de l’Ă©conomie la plus affĂ»tĂ©e. L’Ă©criture dramatique de Purcell enserre chaque mot en une dĂ©clamation sobre et puissante, d’une prĂ©cision percutante, rĂ©vĂ©lant la force des images des textes (Ă©perdues, radicales) : pour preuve, l’itinĂ©raire Ă©touffant mais solaire du Z200, sommet de ce programme vocal: gorge serrĂ©e, genoux flĂ©chis, le fervent terrassĂ© adresse son (impuissante) et tendre priĂšre, mais mĂȘme plein d’espĂ©rance, s’affaisse, mort (bouleversant Jeffrey Thomson).

En bonus, l’écoute demeure en terre de mĂ©lancolie grĂące aux piĂšces purement instrumentales de Godfrey Finger (Sonate et Divisions), violoniste morave rĂ©sidant Ă  Londres Ă  l’époque de Purcell. Investi, dĂ©fricheur, cohĂ©rent, le programme nouveau de la RĂȘveuse Ă©blouit par sa musicalitĂ©, ses puissantes allusions funĂšbres. CLIC de classiquenews de novembre 2015

CD, compte rendu critique. Henry Purcell: Devotional songs. PiĂšces pour voix d’hommes Z 133, 140, 143, 142, 7, 189, 144, 200, 13.  Godfrey Finger : Sonate en rĂ© mineur RI-148 ; Division n°8 en sol majeur ; Division en sol mineur RI-140. Avec Jeffrey Thompson (tĂ©nor), Marc Mauillon (tĂ©nor), Geoffroy BussiĂšre (basse). Ensemble La RĂȘveuse : Florence Bolton (basse de viole), Pierre Gallon (clavecin et orgue), Benjamin Perrot (thĂ©orbe) 1 cd Mirare MIR 283 (durĂ©e : 1h10).

Illustration : Florence Bolton, Benjamin Perrot, Jeffrey Thompson (DR)

CD. Chantal Santon, soprano : L’art orphique Charpentier, Purcell (1 cd Agogique)

SANTON Jeffery chantal cd purcell charpentier CLIC de classiquenews agogiqueCD, compte rendu critique. Chantal Santon, soprano : L’art orphique Charpentier, Purcell (1 cd Agogique). L’enchaĂźnement du programme est habile et rĂ©flĂ©chi : le choix des piĂšces et mĂ©lodies/songs dĂ©fendu Ă©claire la passion baroque sur le mode de l’introspection et de la langueur, proche du texte. Dans Swetter than roses qui ouvre le rĂ©cital : l’absolue langueur Purcellienne, offre au timbre clair la libertĂ© de cultiver  une aisance Ă  caractĂ©riser les inflexions Ă©motionnelles du texte.  Saluons d’emblĂ©e, la maĂźtrise expressive et linguistique de la cantatrice Chantal Santon-Jeffery ; son articulation est parfaite dans la langue de Shakespeare (comme dans celle de MoliĂšre : Non je ne l’aime plus de Charpentier en fin de programme…) ; le style est noble et princier sans affectation : elle nous invite en son jardin constellĂ© de roses dĂ©licates et suaves… Plus vif et mĂȘme conquĂ©rant et victorieux,  Hark ! the echoing Air a trumph… oĂč l’abattage prĂ©cis – celui d’une langue ciselĂ©e lĂ  encore, fait triompher surtout les aigus naturels.

 

 

La soprano Chantal santon-Jeffery rĂ©ussit ce superbe rĂ©cital d’airs baroques

Nymphe chantante, mesurée, éloquente et pudique

 

CLIC D'OR macaron 200Le programme intercale entre les airs et songs, des piĂšces purement instrumentales : le choix de la trĂšs belle Chaconne en sol mineur est bĂ©nĂ©fique dans cet enchaĂźnement aux filiations et correspondances soignĂ©es : l’argument majeur de ce chant est celui d’une Ă©lĂ©gance racĂ©e qui elle aussi va son train noble et gracieux, d’une majestĂ© aristocratique. Aux 2 airs de Purcell, rĂ©pondent deux de Charpentier : la suspension sensuelle fait le mĂ©rite du premier, la prĂ©cision dĂ©clamatoire et le refus de tout alanguissement mĂ©lodique distingue ce goĂ»t du verbe d’un Charpentier, vĂ©ritable Ă©gal de Lully : Ă©criture dense, expressive aussi Ă  laquelle le soprano de Chantal Santon rĂ©tablit la chair mordante, les images d’un Ă©rotisme pastoral franc et discret (auprĂšs du feu on fait l’amour aussi bien que sur la fougĂšre…) : mĂȘme invitation aux langueurs enivrĂ©es, sur le ton d’une Ăąme Ă©picurienne qui sait profitez aussi du printemps… traversĂ©e par le sentiment du temps irrĂ©versible (frĂ©missante nostalgie du chant de Chantal Santon). L’intonation est juste : mesurĂ©e, elliptique : certains y verront Ă  torts absence de profondeur : mais c’est oublier que justement chez les baroques, la profondeur est un art de surface et d’exquise suggestivitĂ© : ce que maĂźtrise Ă©videmment la jeune soprano française.

Le Charpentier est prolongĂ© par l’Ă©cho instrumental aux secrets introspectifs de l’Allemande de Couperin qui suit, d’une profonde mĂ©ditation : opulence et clartĂ© du jeu de Violaine Cochard.

santon chantalLa piĂšce maĂźtresse demeure Tristes dĂ©serts, lamento Ă  l’issu funĂšbre, et Ă  la française ici transfigurĂ© par le filtre d’un Charpentier violent, franc, d’une Ă©tonnante concentration de ton : c’est la tempĂȘte (mesurĂ©e) d’un cƓur brĂ»lĂ© qui s’embrase au diapason de la nature inquiĂšte (est-il nĂ©cessaire de la part de l’ingĂ©nieur du son d’exposer Ă  ce point l’archiluth, trop mis en avant et de façon si artificielle avec ses cordes tapageuses voire vulgaires ?). L’Ă©loquence calibrĂ©e de la voix tragique, celle du berger trahi et dĂ©muni suffit amplement : la soprano Santon fait valoir ses couleurs, ses nuances, son parfait dĂ©bit linguistique, qui reste clair, sobre, naturel. La perfection dans ce rĂ©pertoire. On pense Ă  la muse de Poussin, ou la nymphe dĂ©laissĂ©e abandonnĂ©e d’un Stella. Tout respire la dĂ©chirure et la passion dĂ©faite. Du vrai thĂ©Ăątre qui ce concentre surtout sur l’impact du mot.

Il semble qu’Ă  mesure que le programme avance, le ton se resserre, la forme se simplifie en une austĂ©ritĂ© rayonnante : ainsi au cƓur du programme, l’ample priĂšre amoureuse The plaint : O let me weep de Purcell (plus de 7mn de suspension Ă©plorĂ©e) oĂč la voix trouve un Ă©cho compatissant/complice dans la ligne des cordes (violon et viole). Quelle bonheur de lui avoir associĂ© la mĂ©canique enivrĂ©e du Ground en rĂ© mineur d’un Purcell absolument gĂ©nial.

Le tact, la pudeur, l’attention au verbe poĂ©tique font les dĂ©lices de ce programme ciselĂ©. Une perle dĂ©fendue par une cantatrice indiscutablement inspirĂ©e par la lyre tragique baroque, française et britannique. Reste le titre du programme qui apporte confusion et incomprĂ©hension : il ne s’agit pas d’airs inspirĂ©s par OrphĂ©e, mais bien de l’incandescence sentimentale qui sur le plan vocal a deux qualitĂ©s ici incarnĂ©es : poĂ©sie et mesure. Tout l’art du premier baroque : ce XVIIĂš auquel on revient toujours comme Ă  une source rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, sans se lasser.

 

 

CD. Chantal Santon, soprano : L’art orphique Charpentier, Purcell (1 cd Agogique). EnregistrĂ© en mai 2014.

 

 

Henry Purcell
Sweeter than roses
Hark! The echoing air a triumph sings
Chaconne en sol mineur
The Plaint – O Let Me Weep
Ground en ré mineur
O solitude

Marc-Antoine Charpentier
AuprĂšs du feu l’on fait l’amour
Profitez du printemps
Tristes déserts
Ah! Qu’on est malheureux
Non, non, je ne l’aime plus
Sans frayeur dans ce bois
Ah laisser moi rĂȘver

Louis Couperin
Allemande en ré mineur

Jean de Sainte-Colombe
Sarabande en passacaille

John Blow
A mad song

Jacques Champion de ChambonniĂšres
Chaconne en fa majeur

Monsieur Demachy
Gavotte en rondeau

Chantal Santon-Jeffery, soprano‹Violaine Cochard, clavecin‹François Joubert-Caillet, viole de gambe‹Thomas Dunford, archiluth‹StĂ©phanie-Marie Degand, violon
EnregistrĂ© Ă  Courtomer, Mai 2014‹1 CD Agogique – AGO019 – 59mn.

 

 

Compte-rendu : Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Purcell, Mahler … Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.

Paul Daniel PortraitPremier concert de la nouvelle saison de l’ONBA, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine qui dĂ©bute sa saison symphonique Ă  Bordeaux avec un nouveau directeur musical : le chef anglais Paul Daniel (photo ci dessus). D’une longue trajectoire, il a collaborĂ© avec le compositeur Michael Tippett, entre autres. Sa prĂ©sence au disque concerne surtout la musique vocale, mais aussi le rĂ©pertoire symphonique anglais. Lors de la prĂ©sentation de son projet artistique avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, la maestro a rĂ©vĂ©lĂ© sa prĂ©dilection pour la musique romantique et contemporaine, comme sa volontĂ© d’insertion sociale  et son souci de diversitĂ©, au sein de l’orchestre comme et avec le public. 

 

Une saison d’ampleur et de nouveautĂ©

 

En effet, il compte inviter des femmes chefs d’orchestre et des jeunes chefs mais aussi explorer et faire dĂ©couvrir la musique contemporaine aux bordelais. De mĂȘme, l’orchestre entrera en contact avec de nouveaux publics, sur place Ă  l’OpĂ©ra et Ă  l’Auditorium de Bordeaux mais aussi hors de ces lieux familiers ; dans son dĂ©sir d’insertion et d’Ă©largissement de l’expĂ©rience et de l’activitĂ© musicale, Paul Daniel propose des concerts gratuits, invitant toute l’Ă©chelle socio-Ă©conomique Ă  dĂ©couvrir le bonheur de la musique classique et les qualitĂ©s de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine.

La saison 2013-2014 dĂ©bute avec un concert symphonique, mais aussi choral, tout Ă  fait exemplaire.  C’est une sorte d’avant-goĂ»t des ambitions de la saison remplie de temps forts et d’Ă©vĂ©nements immanquables ! Certainement un pari gagnĂ© avec Paul Daniel ; les mois qui viennent nous le diront.

Au rendez-vous de ce soir, voici Purcell et Mahler, chiaroscuro et solennitĂ© pleins de maestria et de caractĂšre. Le programme commence avec la Musique pour les funĂ©railles de la Reine Mary de Henry Purcell, pĂšre de la musique anglaise. Purcell a composĂ© une musique Ă  la solennitĂ© rayonnante, aux effectifs pourtant rĂ©duits pour l’occasion. Une marche et une canzona purement instrumentales ainsi qu’une mise en musique d’un texte liturgique. Paul Daniel a dĂ©cidĂ© d’inclure Ă©galement un extrait choral du compositeur anglais de la renaissance Thomas Morley. Dans cet extrait « Man is born », les voix masculines du choeur rĂ©duit enchantent par leur sombre dignitĂ©. Purcell s’accorde brillamment au style antique de Morley avec « You knowest, Lord, the secrets of our heart » mais injecte de sublimes harmonies tout Ă  fait particuliĂšres. La marche et la canzona sont interprĂ©tĂ©s magistralement par les musiciens, nous remarquons surtout la canzona d’une beautĂ© sĂ©vĂšre et austĂšre mais aussi d’une grande difficultĂ© pour les cuivres. A ce prĂ©ambule baroque, s’enchaĂźne directement le premier mouvement de la 2e symphonie de Gustav Mahler.

RĂ©surrection de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine

Le premier mouvement est une sorte de marche funĂšbre (il s’agĂźt Ă  l’origine d’un poĂšme symphonique) en forme de sonate modifiĂ©e. DĂšs le dĂ©but, l’orchestre joue avec une sĂ»retĂ© Ă©tonnante. Le sens de l’Ă©preuve existentielle si typique Ă  Mahler est prĂ©sentĂ© de façon impeccable sous la direction de Paul Daniel. Les permanentes transitions entres les tĂ©nĂšbres post-wagnĂ©riennes et un lyrisme bucolique et quelque peu pompier sont plus subtilement exprimĂ©s encore. Les vents sont puissants ; les bois, d’une teinte pastorale et les cuivres Ă©poustouflants. Nous retenons notamment les excellentes flĂ»tes et trompettes.

Le deuxiĂšme mouvement est un andante moderato de grande beautĂ© et limpiditĂ©. Les cuivres apportent un cĂŽtĂ© sombre et sensuel pourtant. Les cordes jouant en pizzicato accompagnĂ©es du piccolo instaurent une ambiance presque enfantine, une certaine innocence mais non dĂ©nuĂ©e d’humour. Le troisiĂšme mouvement en forme de scherzo n’est pas sans rappeler le Mendelssohn de l’ouverture « Les HĂ©brides », notamment par les cordes et la clarinette. Un certain aspect folklorique juif se mĂ©lange ici avec le pathos obligatoire et poussĂ© si cher aux post-romantiques. L’orchestre passe facilement du massif brouhaha brucknĂ©rien Ă  l’intimitĂ© de la chambre pour revenir Ă  l’intensitĂ© bruyante avec un fortissimo peut-ĂȘtre trop fort vers la fin du mouvement.

Ensuite nous trouvons la contralto française Nathalie Stutzmann au quatriĂšme mouvement « Urlicht ». Il s’agĂźt originellement d’un lied, et si le mouvement est court il est davantage saisissant. Surtout grĂące Ă  la voix puissante et idiosyncratique de Stutzmann ainsi qu’Ă  la prestation du premier violon. Ce court mouvement prĂ©pare au cinquiĂšme et dernier mouvement choral (qui est aussi le plus long, plus de 30 minutes!) oĂč participe Ă©galement la soprano soliste Henriette Bonde-Hansen. L’inspiration formelle beethovĂ©nienne est Ă©vidente mĂȘme si le langage est complĂštement diffĂ©rent. La couleur orchestrale est exploitĂ©e Ă  l’extrĂȘme et de façon spectaculaire, le son est distinct mais la cohĂ©sion n’est jamais compromise.

Dans une  remarquable cohĂ©rence, jamais l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine n’a semblĂ© jouer avec autant de suprĂ©matie, de virtuositĂ©. AprĂšs un dĂ©but sobre arrive le triomphe brillant et glorieux, la rĂ©surrection ! (le surnom programmatique de la symphonie est prĂ©cisĂ©ment « RĂ©surrection »). Une marche pompeuse du mouvement a, dans la lecture de Paul Daniel, une sonoritĂ© presque Elgarienne, ce qui rehausse le charme de la partition. La fanfare revient plus tard, et si Mahler a conçu tout un programme mĂ©taphysique pour la symphonie, cette marche Ă©voque plus un hĂ©roĂŻsme de pacotille qu’une expĂ©rience religieuse. Le sentiment mystique arrive avec les choeurs de l’OpĂ©ra National de Bordeaux et de l’Orfeon PamplonĂ©s, au dĂ©but trĂšs solennels mais gagnant en intensitĂ© avec le solo pour soprano Ă  la fois sentimental et lumineux. A partir de ce moment, les frissons nous submergent en permanence. Stutzmann se joint Ă  la soprano ; puis un violon Ă©lĂ©giaque sert de prĂ©lude aux choeurs revenants. Nous sommes au sommet de l’expressivitĂ© et du drame dans le duo des chanteuses auquel s’ajoutent les choeurs en crescendo. L’effet est d’une incroyable et inclassable beautĂ©, les frissons se complĂštent de larmes inĂ©luctables devant tant de talent et de majestĂ©. L’extase de la fin touche les cƓurs de l’auditoire et des interprĂštes qui sont aussi en larmes.

AprĂšs le concert nous sommes de surcroĂźt enthousiasmĂ©s par la riche programmation de la saison 2013-2014 oĂč l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine devrait briller. L’excellente direction du chef Paul Daniel, mĂ©langeant subtilitĂ© et vivacitĂ©, est inspiratrice et allĂ©chante.

Les prochains concerts sont dĂ©jĂ  fortement attendus ! Le 9 et 11 octobre, il revient Ă  l’Auditorium cette fois-ci avec la soprano Heidi Melton pour un concert dĂ©diĂ© Ă  Wagner. Des extraits de TannhĂ€user, Tristan et Isolde et Le CrĂ©puscule des dieux seront au rendez-vous. Nous en sommes impatients et invitons tous nos lecteurs Ă  dĂ©couvrir et redĂ©couvrir la force et les couleurs de l’Orchestre bordelais.

Les 28 et 29 novembre suivants, le pianiste Bertrand Chamayou, artiste associĂ© de la saison, sera aussi Ă  l’Auditorium pour un concert prometteur associant des Ɠuvres de Richard Strauss (dont le Burlesque pour piano et orchestre) Ă  la 9e symphonie de Dvorak.

Les 22 et 23 janvier, Paul Daniel aborde avec le violoniste franco-Serbe Nemanja Radulovic  Mendelssohn et Haydn ainsi que le compositeur anglais Eric Coates, rarement entendu en France. Des Ă©vĂ©nements Ă  ne surtout pas rater, vous pouvez consulter le programme de la saison sur le site de l’OpĂ©ra National de Bordeaux.  Bordeaux nouvelle capitale symphonique : nous sommes prĂȘts Ă  relever le pari ! Rendez-vous dans quelques semaines pour un premier bilan critique.

Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Nathalie Stutzmann, contralto. Henriette Bonde-Hansen, soprano. Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux, Choeur de l’Orfeon PamplonĂ©s. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.