Vidéo. CREMONA, Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Forissants et Paul Agnew

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD,  “CREMONA” Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprès de son maĂ®tre Ingegneri, plutĂ´t conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus près, les vertiges Ă©motionnels des poèmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mène Ă  … l’opĂ©ra. Le CD CREMONA paraĂ®t mardi 19 mai 2015. VIDEO CLIP © CLASSIQUENEWS.COM 2015

LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Cremona par Les Arts Forissants et Paul Agnew, ” CLIC ” de classiquenews de mai 2015.

LIRE notre dossier sur les Madrigaux de Monteverdi : Livres I, II, III

CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprès de son maĂ®tre Ingegneri, plutĂ´t conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus près, les vertiges Ă©motionnels des poèmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mène Ă  … l’opĂ©ra.

CLIC_macaron_2014Apprenant de Marenzio, De Rore, de Pallavicino, le jeune Claudio,  âgĂ© de seulement 19 ans quand il fait paraĂ®tre son Livre I (CrĂ©mone, 1587), ardent amoureux des sens, cisèle dĂ©jĂ  une langue vocale d’un raffinement irrĂ©sistible, sachant surtout souligner, commenter, articuler les textes de Guarini et essentiellement de Torqueto Tasso (Le Tasse) : le miracle de l’aube nouvelle qui accompagne le rĂ©veil des amants (Non si levav’ancor l’alba novella), et dĂ©jĂ  une Ă©criture qui prĂŞte oreille aux enchantement de la nature (Ecco mormorar l’onde… et ses graves ondulents quasiment Ă©rotiques et languissants) suscitent entre autres, dans l’Ă©blouissant Livre II de 1590 (qui clĂ´t littĂ©ralement l’Ă©poque crĂ©monaise ; le Livre III est dĂ©jĂ  dĂ©diĂ© au Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue…), des perles de trouvailles murmurĂ©es, contrastĂ©es, serties dans une justesse suggestive que les 6 solistes Ă©clairent d’une vibrante implication. MĂŞmes les autres poèmes du Tasse mis en musique, – S’andasse Amor Ă  caccia, et Se tu mi lassi, perfida… plus dramatiques et proches du texte parlĂ© incantatoire, illuminent les mĂŞmes recherches du jeune Claudio, dĂ©jĂ  grand connaisseur de poĂ©sie dramatique.

 

 

 

A cappella, les 5 chanteurs autour de Paul Agnew embrasent les Livres I,II,III de madrigaux de Monteverdi

Crémona, la matrice miraculeuse

Dans ce florilège qui regroupe les joyaux des Livres I,II et III, Paul Agnew veille plus que jamais et peut-ĂŞtre davantage encore que dans le recueil prĂ©cĂ©demment publiĂ© de cette quasi intĂ©grale discographique (Mantova : Livres IV, V, VI), Ă  la clartĂ© de la polyphonie, Ă  l’architecture harmonique des partitions, Ă  l’engagement pulsionnel et psychologique, Ă  l’Ă©quilibre et l’Ă©coute des voix (ample portique de Vattene pur, crudel, ultime cycle madrigalesque du IIème Livre (1592) que Monteverdi a conçu comme un retable profane en trois volets, lĂ  encore inspirĂ© du Tasse qui imagine la figure tragique et dĂ©munie d’Armide, abandonnĂ©e par Renaud… Il en rĂ©sulte ce cabinet intĂ©rieur oĂą les intentions se rĂ©vèlent dans l’Ă©noncĂ© du verbe, cette mĂ©canique mesurĂ©e au diapason du cĹ“ur et du souffle qui proche de l’improvisation, Ă  force de rĂ©pĂ©tition et de travail collectif, incarne l’enjeu sensuel et le drame intĂ©rieur de chaque poème ; ici, la mĂ©lodie et le chant semblent naĂ®tre du mot : lisibilitĂ©, flexibilitĂ©, couleur du sentiment dĂ©jĂ  : rien ne manque Ă  cette fusion idĂ©ale, lĂ©gendaire et pilier pour l’essor de l’opĂ©ra Ă  venir.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiGrâce Ă  Paul Agnew et ses formidables complices des Arts florissants, il semble que jamais interprètes n’ont compris et su transmettre Ă  ce point, l’intelligence de Monteverdi, peintre des âmes et des paysages sensuels : au service du Tasse, lui-mĂŞme engagĂ© Ă  stimuler l’inspiration des compositeurs pour la mise en musique de ses poèmes, Monteverdi semble mieux que quiconque alors dans ce passage dĂ©cisif au dĂ©but des annĂ©es 1590, entre la Renaissance et le Baroque naissant, dĂ©celer l’enjeu dramatique du verbe. Avec lui, le chant devient dramatique et se prĂ©pare Ă  l’Ă©closion très prochaine, dans la dĂ©cennie suivante, de l’opĂ©ra. C’est Ă  dire au moment oĂą en peinture, Caravage rĂ©alise la mĂŞme inflexion vers l’incarnation et l’individualisation de la forme et du discours. Un rĂ©alisme fait jour, une intimitĂ© et la reprĂ©sentation de l’homme surtout s’affirment comme jamais auparavant. Tout se joue ici et dans cette matrice vocale d’une Ă©blouissante cohĂ©rence ; les Arts Florissants sous la direction de Paul Agnew se rĂ©vèlent superlatifs. On se souvient de l’intĂ©grale de Rinaldo Alessandrini pour l’ex label Opus 111, cycle en son Ă©poque Ă©vĂ©nement ; près de 15 ans plus tard, toute la science et l’Ă©loquence des Arts Florissants dĂ©fendues par William Christie depuis le dĂ©but de l’aventure de l’ensemble, sont transmises et comprises, recueillies avec une finesse magicienne par son “associĂ©” et directeur musical adjoint, dĂ©sormais adoubĂ©, Paul Agnew. Magistral.
On attend le troisième et dernier volume de ce florilège madrigalesque, avec impatience (intitulé Venezia, Livres VII et VIII). Illustration : portrait présumé de Monteverdi jeune (DR).

 

 

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CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions. Parution : mardi 19 mai 2015.

AGENDA Monteverdi : Paul Agnew et Les Arts Florissants en concert
Lundi 18 mai 2015 : Paris, Philharmonie 2, 20h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 14h : Livre VIII, Madrigali guerrieri
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 19h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Jeudi 28 mai 2015 : Caen, Théâtre. Livre VIII : Madrigali guerrier
Vendredi 29 mai 2015 : Caen, Théâtre. Livre VIII, Madrigali amoroso

Monteverdi : Livres I, II, III de madrigaux (Paul Agnew, Les Arts Florissants). Dossier spécial

agnew-paul-800CD Ă©vĂ©nement. CREMONA : Livres I,II,III par Les Arts Florisants et Paul Agnew. Cremona. Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Après la parution du premier volume de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi (volume 1 : Mantova : Livres IV, V, VI), Les Arts Florissants font paraĂ®tre le second volet, celui dĂ©diĂ© aux premiers recueils du jeune Monteverdi, soit Ă  Ă©ditĂ©s Ă  CrĂ©mone dès 1587 (Livre I) oĂą le jeune compositeur assimile et dĂ©passe dĂ©jĂ  l’Ă©criture polyphonique en imitation (Ars perfecta) lĂ©guĂ© par Lassus et Palestrina ; très vite, dans le Livre II (1590) oĂą s’affirme la gravitĂ  expressive des poèmes du Tasse, Monteverdi rĂ©invente la langue musicale Ă  prĂ©sent infĂ©odĂ©e au texte souverain (Secunda prattica) : en servant le verbe, les Ă©motions – amour, dĂ©sir, langueur, blessures des cĹ“urs amoureux -, Claudio rĂ©alise peu Ă  peu la rĂ©volution baroque qui mène Ă  l’opĂ©ra : dissonances nouvelles et utilisĂ©es de façon mesurĂ©e expriment une nouvelle caractĂ©risation plus dramatique du texte. Les Livres de madrigaux racontent très prĂ©cisĂ©ment le passage des esthĂ©tiques, de la Renaissance tardive au Baroque premier : de l’abstraction collective Ă  l’affirmation du sentiment grâce Ă  l’intelligibilitĂ© recouvrĂ©e du texte. En 1686, 1590, et 1592, soit les trois annĂ©es de publication de ses trois premiers recueils, Claudio Monteverdi âgĂ© d’une vingtaine, Ă©labore le grand chantier vocal et musical parmi les plus dĂ©cisifs de l’histoire europĂ©enne… Paul Agnew nous en offre aujourd’hui grâce au disque, le nouveau volet en un coffret Ă©vĂ©nement. En orfèvre du poème musical, le directeur musical adjoint des Arts Florissants (aux cĂ´tĂ©s de William Christie) Ă©claire ce laboratoire madrigalesque spectaculaire ; en un florilège, il nous en propose les avancĂ©es les plus dĂ©terminantes.

 

 

 

Contexte

 

monteverdi portrait 1A la naissance de Monteverdi (Cremona, 1567), Glareanus et Zarlino, considèrent que la musique sacrĂ©e d’alors, Ars Perfecta, – subtil contrepoint d’origine franco-flamande-, incarnant la perfection, ne peut guère ĂŞtre dĂ©passĂ©e. Les compositeurs tels Josquin des PrĂ©s ou Gombert ont atteint l’excellence : quel progrès pourrait-il ĂŞtre accompli après eux ? C’est omettre la recherche de certains auteurs pour lesquels l’expression du sentiment et la clarification des enjeux Ă©motionnels du verbe doivent aussi ĂŞtre les nouvelles pistes pour rĂ©gĂ©nĂ©rer le langage musical : ainsi Vicentino et Galilei conduisent-ils un travail diffĂ©rent qui affirme la primautĂ© du texte. Si le contrepoint de l’ars perfecta confine Ă  l’abstraction (et son Ă©lĂ©vation affleurant la notion mĂŞme d’idĂ©al divin), les nouveaux compositeurs souhaitent a contrario souligner l’acuitĂ© et l’intelligibilitĂ© concrète du texte comme un dĂ©fi musical nouveau. Si le texte sacrĂ© se perd dans les entrelacs de la construction contrapuntique comment dès lors impliquer les fidèles, et faire en sorte qu’ils se sentent partie prenante du rituel liturgique ? RĂ©unis au Concile de Trente, en 1560, les Ă©vèques avaient dĂ©battu de cette question essentielle. Soucieux de pĂ©dagogie comme de prosĂ©lythisme, les prĂ©lats souhaitent favoriser l’intelligibilitĂ© des nouvelles compositions : rendre le texte sacrĂ© plus accessible, plus clair, mieux perceptible, plus immĂ©diat et franc.
Très vite, Ă  la fin des 1580, le compositeurs rĂ©activent les fondements esthĂ©tiques lĂ©guĂ©s par les grecs antiques : une mise en musique du texte (recitativo / rĂ©citatif) permet par la mĂ©lodie, de souligner le sens du texte. Il s’agit bien d’une articulation musicale du verbe destinĂ©e Ă  rendre plus explicite, le sens des textes.

Homme de synthèse plutĂ´t que rĂ©volutionnaire, Monteverdi – Ă©lève Ă  CrĂ©mone du conservateur Ingegneri,  a le gĂ©nie de rĂ©unir les pistes jusque lĂ  opposĂ©es : rĂ©concilier la puissante architecture contrapuntique et l’articulation nouvelle du texte.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiAgĂ© de 19 ans, Claudio publie son Livre en 1587.  Son dernier Livre (VIII) est Ă©ditĂ© Ă  Venise en 1638,… Ă  71 ans. C’est donc une Ă©popĂ©e musicale, un lent et progressif ajustement de l’Ă©criture musicale au sens du texte : Monteverdi offre ainsi dans ses huit Livres de madrigaux, la quintessence de l’Ă©volution esthĂ©tique qui se rĂ©alise pendant sa vie : ultimes Ă©clats de l’Ars perfecta de la Renaissance tardive en son essor maniĂ©riste (fin du XVIème siècle), crĂ©ation de la monodie et de la basse continue, enfin essor de la langue lyrique baroque, alors que naĂ®t le genre nouveau de l’opĂ©ra (Orfeo, 1607).

Or pour rĂ©ussir son premier opĂ©ra, vĂ©ritable manifeste baroque et le premier du  genre, le plus rĂ©ussi, Orfeo crĂ©Ă© au palais ducal de Mantoue en 1607, Monteverdi a pu perfectionner son style en maĂ®trisant peu Ă  peu l’Ă©criture madrigalesque.

Soucieux du texte et de son intelligibilitĂ©, Monteverdi veille en particulier Ă  infĂ©oder harmonie et mĂ©lodie Ă  l’expression du texte, c’est Ă  dire, les parole dopo la musica, les paroles puis la musique. La musique y est servante du verbe : audace inĂ©dite avant lui et qui prend son sens et s’incarne dans l’esthĂ©tique nouvelle qu’il appelle dĂ©sormais “secunda prattica” (seconde pratique ; la première Ă©tant l’ancien Ars perfecta lĂ©guĂ© par la Renaissance).

 

 

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015Paul Agnew veille ici aux prĂ©ceptes esthĂ©tiques dĂ©fendus par Claudio lui-mĂŞme : quel est le sens du texte ? Que veut-il exprimer ? C’est un travail spĂ©cifique sur le verbe, sa prononciation ; sur le poème, son architecture, “sa structure et son rythme, le contexte historique”… En s’appuyant sur les tĂ©moignages et traitĂ©s de l’Ă©poque, les chanteurs des Arts Florissants multiplient tous les effets vocaux (soupirs, murmures, silence, sauts, trilles, legato ou staccato, Ă©cho inattendu… ) afin d’exprimer les milles significations du poème. HĂ©las Monteverdi n’a pas laissĂ© sur les Ă©ditions de notations ou d’indications prĂ©cisant Ă  l’interprète, le type d’effet choisir Ă  tel passage du poème.
On voit bien comment s’effectue le passage de la Renaissance au Baroque, avec l’Ă©mergence de la sensibilitĂ© Ă©motionnelle incarnĂ©e, accomplissement contraire Ă  l’Ă©pure abstraite (approche homogène et rĂ©gulière) de la musique sacrĂ©e de l’Ars perfecta ; avec Monteverdi, la musique passe des sommets cĂ©lestes aux vertiges de la passion et des sentiments intĂ©rieurs, transmis par le texte. L’ars perfecta tend Ă  l’ouverture cĂ©leste, entend approcher l’idĂ©e divine ; la scunda prattica est immergĂ©e dans le labyrinthe des sentiments et ressentiments qui attache le cĹ“ur humain aux souffrances de l’amour. DĂ©sormais les champs qu’investit la musique d’avant garde basculent, du sacrĂ© au profane, des textes liturgiques Ă©thĂ©rĂ©s Ă  la force et l’intensitĂ© inĂ©dites de poèmes mis en musique. L’opĂ©ra, drame de l’intimitĂ© et dĂ©voilement des forces psychiques peut bientĂ´t naĂ®tre (1607 : Orfeo crĂ©Ă© au Palais ducal de mantoue).
Le cycle enregistrĂ© par Les Arts Florissants et Paul Agnew tĂ©moigne des concerts proposĂ©s depuis 2011 sur le thème de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. Après le volume intitulĂ© MANTOVA, regroupant les Livres IV, V, VI, qui illustrent la maturitĂ© des recherche de Monteverdi Ă  la Cour du Duc Vincenzo Gonzagua, voici le second opus de l’intĂ©grale : CREMONA, c’est Ă  dire la quintessence des Livres I,II,III.

 

 

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CREMONA. Monteverdi : les Livres I,II,III.. L’annĂ©e oĂą naĂ®t Monteverdi Ă  CrĂ©mone (Cremona), en 1567, l’Europe musicale est dominĂ©e par l’esthĂ©tique franco flamande : le contrepoint en imitation, rĂ©glĂ© par Zarlino est triomphalement illustrĂ© par les maĂ®tres incontestables : Lassus (depuis Munich) et surtout Palestrina. Victoria, encore jeune homme, semble suivre ce courant d’Ă©criture dominant : le contrepoint polyphonique atteint une perfection (Ars perfecta) qui n’appelle plus aucune amĂ©lioration…
Pourtant abstraite, diluant l’articulation du verbe sacrĂ©, l’Ars perfecta va bientĂ´t ĂŞtre dĂ©tronĂ© par la musqiue incarnĂ©e et dramatique de Monteverdi dont les madrigaux, de Livre et Livre, restituent un laboratoire continu, la chambre des expĂ©rimentations et des avancĂ©es rĂ©volutionnaires. Mieux entendre le  texte, le commenter tout en favorisant son articulation : voilĂ  un nouvel objectif que s’est fixĂ© le jeune crĂ©monais.

Paul Agnew ouvre le florilège CREMONA par un madrigal emblĂ©matique, extrait du Livre II de 1590 : Cantai un tempo (“j’ai chantĂ© autrefois”) [plage 1] qui reprend Ă  son compte le madrigal de son prĂ©dĂ©cesseur Cyprien de Rore (Cantai, mentre ch’i arsi, del mio foco sur un poème de Pietro Bembo, lui-mĂŞme influencĂ© par PĂ©trarque) : or Rore est dĂ©jĂ  en 1590 dĂ©modĂ©. Pour exprimer les langueurs nostalgiques, Monteverdi utilise l’arts perfecta (imitations engendrĂ©es par de longues lignes mĂ©lismatiques) en le rendant mobile, dynamique.

 

 

Crémone, 1587 :  Livre I de madrigaux

Le Livre I datĂ© de 1587, affirme dĂ©jĂ  le tempĂ©rament du jeune compositeur de 19 ans qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4è recueil de musique (que de la musique sacrĂ©e jusque lĂ ). 
Ch’ami la vita mia (“Que tu aimes ma vie”) [2] contient aussi l’allusion Ă  l’aimĂ©e du moment Camilla ( “Camilla, vita mia” / “Camille, ma vie”) : la rĂ©fĂ©rence Ă  un ĂŞtre cher dĂ©jĂ , source de langueurs et de suspensions, Ă©rotiques et sensuelles caractĂ©risent le geste monteverdien. Baci soavi, e cari (“Baisers suaves et si chers”) [3] est Ă  l’avant garde des recherches de l’Ă©poque : le principe homophonique respecte l’intelligibilitĂ© du texte, qui par l’imitation dans l’Ă©criture Ars perfecta tend Ă  se diluer (Cantai un tempo) : le mot rythme naturellement la prosodie et la dĂ©clamation, en cela proche du souffle et de la parole. Les dissonnances colorent certains mots afin d’en exprimer la connotation Ă©motive particulière souterraine.  Ainsi Monteverdi place le texte avant la musique, concept fondamental de la Secunda prattica et qui est le cĹ“ur de  la nouvelle esthĂ©tique.
Pour clore son Livre I de 1587, Monteverdi aborde un texte célèbre de Guarini  : Ardo sì ma non t’amo (“je brûle, oui, mais sans t’aimer”) [8-10] que son maître Ingengneri avait lui aussi mis en musique. Claudio innove en intégrant riposta et contrariposta du Tasse, un auteur que le compositeur rencontrera à Mantoue.

 

 

 

GravitĂ  du Tasse : le Livre II (1590)

Claudio+Monteverdi+monteverdiEt d’ailleurs, c’est naturellement les poèmes du Tasse qui règnent majoritairement dans le Livre II publiĂ© en 1590. Monteverdi semble lui rĂ©pondre mĂŞme par un souci de caractĂ©risation nouveau, et un dramatisme sensuel, très original.  Trop douce et effĂ©minĂ©e, l’Ă©criture madrigalesque s’est fourvoyĂ©e, Ă©crit Le Tasse qui rĂ©clame cette gravitĂ  expressive plus adaptĂ©e Ă  ses vers (Cavaletta, 1584).  Monteverdi exprime une conscience Ă©motionnelle plus nuancĂ©e et subtile, plus profonde et riche dans le traitement du verbe tassien. Non si levav’ ancor (“L’aube nouvelle encore ne s’était pas levĂ©e”) [11-12], avec lequel dĂ©bute le Deuxième Livre de madrigaux, comme Cantai un tempo, rend hommage Ă  Marenzio qui avait rĂ©alisĂ© la mise en musique sur le mĂŞme texte : madrigal Non vidi mai dopo notturna pioggia (publiĂ© en 1585) : la rĂ©fĂ©rence hommage est explicite mĂŞme dès l’ouverture avec la citation du phrasĂ© musical de Marenzio.
De Rore, Marenzio, … Monteverdi assimile en une Ă©nergie synthĂ©tique puissante, les meilleures avancĂ©es poĂ©tiques et musicales qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Le Livre II en fait foi. C’est un laboratoire formidablement audacieux, d’une culture rĂ©fĂ©rentielle impressionnante et aussi orientĂ©e dĂ©jĂ  vers l’avenir et l’accomplissement des Livres III, IV, V et VI (c’est Ă  dire vers la maturitĂ© du sĂ©jour Ă  Mantoue : rĂ©vĂ©lĂ© dans le coffret cd MANTOVA dĂ©jĂ  paru – et dĂ©diĂ© aux meilleurs madrigaux selon Paul Agnew des Livres IV,V et VI). VOIR notre entretien vidĂ©o avec Paul Agnew Ă  Venise Ă  propos des Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi.

Dans le madrigal hommage Ă  Rore, l’aube est prĂ©cisĂ©ment dĂ©crite et exprimĂ©e, Ă  mesure que les jeunes amants se dĂ©couvrent l’un Ă  l’autre…  Non si levav’ ancor : le parallèle imaginĂ© par le Tasse, entre l’Ă©veil des âmes Ă©prises et le lever du soleil est superbement compris et respectĂ©, comme commentĂ© par le gĂ©nie de Claudio (polyphonie claire et dĂ©licate). L’homophonie introduit un effet digne d’un drame qui rompt la puissance de l’Ă©vocation première : avec le soleil qui paraĂ®t, les 2 cĹ“urs doivent se sĂ©parer. En un souffle Shakespearien, Monteverdi innove dĂ©jĂ , avant mĂŞme le théâtre amoureux du Britannique.

Ecco mormorar l’onde (“Voici que l’onde murmure”) [15], est un autre sommet musical et poĂ©tique du Livre II… Monteverdi se fait peintre atmosphĂ©riste ; la quiĂ©tude profonde et comme suspendue de cet instant d’ivresse et d’extase sensuelle, entre le dĂ©sir des amants et le miracle d’une nature enchanteresse, souligne sa sensibilitĂ© introspective et Ă©motionnelle. Pour Paul Agnew c’est un instant de grâce absolu, ” la communion avec une aube printanière dont la beautĂ© demeure immuable depuis 400 ans.”

 

 

 

DĂ©buts Ă  Mantoue : le Livre III (1592)
monteverdi claudio bandeauLe Troisième Livre de madrigaux Ă©ditĂ© en 1592, est contemporain de l’installation de Monteverdi Ă  la Cour de Mantoue (il porte la dĂ©dicace au Duc Vincenzo Gonzagua), alors cĂ©nacle artistique parmi les plus actifs et modernistes de l’Ă©poque. A quelle date Claudio rejoint la Cour des Gonzague ? On l’ignore. Mais bientĂ´t, un peintre de renom se fixera lui aussi Ă  Mantoue : Pierre Paul Rubens. C’est dire le prestige de la Cour ducale dans l’Europe de la fin de la Renaissance. Après avoir abordĂ© les mĂ©andres picturaux et puissants de la poĂ©sie du Tasse, Monteverdi dans son Livre III, rend hommage Ă  la poĂ©tique amoureuse de Guarini dont de larges extraits d’Il pastor fido (“Le Berger fidèle”) sont très reprĂ©sentĂ©s. Ce recueil de poèmes est alros le plus cĂ©lĂ©brĂ© et utilisĂ© par les compositeurs madrigalistes aux cĂ´tĂ©s de la Gerusalemme Liberata (“JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e”) du Tasse. La maĂ®trise du registre Ă©motionnel (affectif selon Paul Agnew) gagne encore en profondeur et en justesse : le Monteverdi de la maturitĂ© paraĂ®t dans ce Livre III ; le dĂ©but des annĂ©es 1590 marque une avancĂ©e phĂ©nomĂ©nale du langage expressif montĂ©verdien.

Le madrigal dernier :  Vattene pur, crudel (“Va-t’en, cruel”) [19-21] affirme par sa durĂ©e et sa construction ample et puissante : 3 madrigaux diffĂ©rents et successifs en expriment la progression dramatique. c’est dĂ©jĂ  un mini opĂ©ra avant l’heure qui inspirĂ© par la Gerusalemme Liberata du Tasse exprime très prĂ©cisĂ©ment la solitude blessĂ©e de la belle Armide qui ne peut empĂŞcher des larmes amères Ă  la vue du navire qui emporte loin d’elle le chevalier chrĂ©tien Renaud qui a ravi son coeur. Sa plainte et sa prière font place au regret : elle s’Ă©vanouit de dĂ©pit.

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewPaul Agnew en dĂ©voile l’Ă©tonnante modernitĂ© qui prĂ©figure le Livre VI : ” le rĂ©cit Ă  la première personne du mouvement d’ouverture ainsi que la thĂ©matique annoncent le Lamento d’Arianna (“Lamentations d’Ariane”) du Sixième Livre tandis que l’écriture chroma- tique, associĂ©e Ă  l’étourdissement d’Armide, se distingue par sa science et sa maĂ®trise techniques inĂ©dites. Cette Ĺ“uvre est une vĂ©ritable prouesse sur le plan de la dramaturgie musicale, Ă©crite alors que Monteverdi n’a que 25 ans”.
Les 3 premiers Livres de madrigaux de Monteverdi dĂ©signent l’Ă©tonnante maturitĂ© du jeune Claudio : son immense sensibilitĂ© poĂ©tique et dans l’agencement mobile, changeant des madrigaux, son esprit de synthèse opĂ©rĂ© Ă  CrĂ©mone et immĂ©diatement au dĂ©but de son sĂ©jour mantouan, au dĂ©but des annĂ©es 1590. La personnalitĂ© du duc Vincenzo Gonzagua, exigeant beaucoup de ses poètes et madrigalistes a certainement stimulĂ© davantage le jeune musicien alors membre du foyer artistique le plus prestigieux d’Italie.

 

VOIR notre clip vidéo : CREMONA, les Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew

 

Illustrations : Monteverdi mûr ; Paul Agnew ; Cremona, Piazza del Comune  (DR)

 

 

Versailles. Salon d’Hercule, le 16 avril 2015. Claudio Monteverdi (1567 – 1643). Il combattimento di Tancredi & Clorinda. Madrigaux guerriers du Livre VIII. Miriam Allan, soprano ; Hannah Morrison, soprano ; Lucile Richardot, contralto ; StĂ©phanie Leclercq, contralto ; Cyril Costanzo et Lisandro Abadie, basses. Les Arts Florissants, Paul Agnew, tĂ©nor et direction.

agnew-paul-800-concertmonteverdiLes Arts Florissants ont entamĂ© en 2012 une tournĂ©e consacrĂ©e aux madrigaux de Claudio Monteverdi. Sur le chemin de ce qui est presque un pĂ©lerinage musical, ils ont, Ă  l’occasion de quasi chaque Livre, fait une halte sous les ors du Palais des rois de France Ă  Versailles. Le Salon d’Hercule est tout particulièrement indiquĂ© tant par son cadre que son dĂ©cor et son acoustique pour accueillir celui dont la musique est tout comme les deux Ĺ“uvres du peintre qui ornent ce salon, – Paolo VĂ©ronèse -, l’expression de la quintessence mĂŞme de ce que Philippe Beaussant appelle l’instant privilĂ©giĂ© du « Passage ». Que de fois Monteverdi dut croiser aussi bien Ă  Mantoue qu’Ă  Venise, les tableaux de celui qui l’avait prĂ©cĂ©dĂ©. Tous deux ouvrirent la voie Ă  de nouveaux univers qui aujourd’hui encore nous Ă©merveillent.
La quĂŞte des Arts Florissants n’est pas loin de toucher Ă  sa fin. L’intĂ©grale entreprise parvient au VIII ème Livre, celui qui rend tout Ă  la fois un hommage Ă  un genre en voie de disparition, le madrigal-, et qui souligne l’Ă©mergence de ce genre nouveau qu’est l’opĂ©ra. Ce VIII ème livre est en fait composĂ© de deux Livres : les Madrigali Guerrieri et les Madrigali Amorosi. Et c’est le premier que nous ont donnĂ© Ă  entendre ce soir, les musiciens et chanteurs, rĂ©unis par Paul Agnew pour l’occasion.
C’est dans le VIII ème Livre que l’on trouve le Combattimento di Tancredi e Clorinda dont les Arts Florissants nous ont offert une version théâtralisĂ©e avec une mise en espace, discrète pourtant très rĂ©ussie, faite de quelques dĂ©placements scĂ©niques et d’Ă©changes de regards très appuyĂ©s.
Mais pour l’essentiel, c’est tout Ă  la fois le soin apportĂ© aux mots, aux phrasĂ©s, Ă  la beautĂ© de la langue et Ă  sa poĂ©sie musicale qui une fois de plus soulève notre enthousiasme dans cette intĂ©grale en concerts des Arts Florissants. Ici tout semble aller de soi, y compris dans l’interprĂ©tation virtuose du Ballo delle Ingrate. Les timbres parfaitement appariĂ©s viennent s’enrichir. Paul Agnew a parfaitement choisi ses chanteurs et ses musiciens. Sa direction, fruit d’un travail en commun de dĂ©jĂ  bientĂ´t trois ans, a l’Ă©lĂ©gance du partage assumĂ© et amical. Il va jusqu’Ă  crĂ©er une complicitĂ© avec le public, car en plusieurs moments, il prend la parole pour nous dire, avec son charmant accent si british, tout ce qui rend si unique la rencontre avec Claudio Monteverdi.
Les 7 chanteurs rĂ©unis forment la distribution quasi idĂ©ale, qui donne vie Ă  cette musique oĂą se mĂŞlent la tragĂ©die et la sensualitĂ© baroque. Toutes et tous ont dĂ©jĂ  participĂ© Ă  la tournĂ©e et leur connivence avec la sensibilitĂ© de ce rĂ©pertoire est une Ă©vidence. Quant aux musiciens, ils apportent des couleurs luxuriantes et charnelles, dont Ă©manent tout Ă  la fois lumière et âpretĂ©. Dans le combat de Tancrède et Clorinde, les cordes deviennent aussi tranchantes que la lame d’une Ă©pĂ©e, tandis que dans Altri canti d’amor, tenero arciero, elles sont aussi voluptueuses que les velours de VĂ©ronèse.
Cette soirĂ©e magnifique, Ă  laquelle un public nombreux s’est pressĂ©, a obtenu sa gratitude enthousiaste, tant l’enchantement en a Ă©tĂ© un vrai bonheur. DĂ©cidĂ©ment la saison musicale dĂ©fendue par Château de Versailles Spectacles (CVS) est une très belle rĂ©ussite artistique… baroque. Chaque programme musical trouve dans les salles et sites du château, son Ă©crin idĂ©al.

Vidéo, grand reportage. Monteverdi : Livres 7 et 8 de madrigaux par Paul Agnew et Les Arts Florissants

agnew-paul-800Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants… Le directeur musical associĂ© des Arts Florissants (aux cĂ´tĂ©s du fondateur William Christie) revient aux sources du verbe baroque : le madrigal montĂ©verdien… la poursuite de l’aventure madrigalesque permet en 2015 d’aborder le dernier jalon du cycle : Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants incarnent le dramatisme incandescent des derniers madrigaux, si proches de ses opĂ©ras contemporains. PrĂ©sentation des enjeux esthĂ©tiques et interprĂ©tatifs des madrigaux des Livres VII et VIII, dernière Ă©tape d’une intĂ©grale qui suit l’Ă©criture de Monteverdi, des madrigaux amoureux Ă  la naissance de l’opĂ©ra… Entretien avec Paul Agnew Ă  Venise © CLASSIQUENEWS. COM 2015

 

Tournée avril et mai 2015

Agenda – tournĂ©e LIVRE VIII de madrigaux – Madrigali guerrieri

Jeudi 16 avril 2015, 21h. Versailles, Château : salon d’Hercule
Lundi 20 avril 2015, 20h30. Paris, Philharmonie 2. Enregistré par France Musique

Dimanche 24 mai, 14h. LONDRES, Barbican Milton Court (+ Madrigali amorosi Ă  19h30)
Jeudi 28 mai, 20h. CAEN, Théâtre

 

 

LIVRE VIII – Madrigaux amorosi

Lundi 18 mai, 20h30. PARIS, Philharmonie 2 (Cité de la musique), concert enregistré par France Musique
Dimanche 24 mai, 19h30.
LONDRES. Barbican center – Milton Court (+ Madrigali guerrieri Ă  14h)
Vendredi 29 mai, 20h.
CAEN, Théâtre

 

LIRE aussi notre critique du cd MANTOVA : Livres IV,V, VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew,  Editions Les Arts Florissants, CLIC de classiquenews 2014

 + d’infos sur le site des Arts Florissants

 

Vidéo, reportage. CD. MANTOVA : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD Ă©vĂ©nement. Prolongement d’une tournĂ©e internationale, le CD MANTOVA (Mantoue) est le volume II de l’intĂ©grale des Madrigaux par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Le programme enregistrĂ© offre un florilège des plus beaux Madrigaux composĂ©s pour les Livres 4,5 et 6 par le compositeur baroque nĂ© Ă  CrĂ©mone et qui fut aussi avant Venise, le crĂ©ateur le plus douĂ© de la Cour de Vincent de Gonzague Ă  … Mantoue. Vertiges, Ă©clats entre ombre et lumière d’un nouveau scintillement Ă©motionnel. Le jeune compositeur rĂ©alise une alliance inĂ©dite, convergence et dialogue, entre climats sonores et images poĂ©tiques. Il sublime les accents sincères du texte en ciselant l’Ă©criture musicale : la sensualitĂ© souveraine, non dĂ©nuĂ©e d’humour, dĂ©montrent une connaissance aiguĂ« de chaque poème, et sa propension Ă  Ă©tablir de nouvelles situations dramatiques.

Fidèle à la ligne éditoriale du nouveau label des Arts Florissants (qui mêle musique et littérature), le coffret comprend la collection de madrigaux mais aussi un texte inédit du romancier et écrivain René de Ceccatty : La Sibylle ou la chambre des illusions, claire référence à la chambre des époux décorée par Mantegna dans le palais ducal de Mantoue.  Les 2 autres coffrets cd à venir : CREMONA (vol.I) puis VENEZIA (vol.III) comprendront également une nouvelle inédite du même auteur.

Reportage vidĂ©o : pourquoi Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants ont choisi cette collection de pièces d’une fascinante expressivitĂ©? C’est pour le chef associĂ© des Arts Florissants, aux cĂ´tĂ©s de William Christie, un retour Ă  la source primordiale de l’esthĂ©tique baroque, une immersion dans l’antichambre des grandes rĂ©alisations musicales, dramatiques et lyriques : dĂ©jĂ  dans les Livres 4,5 et 6, Monteverdi opère une rĂ©volution esthĂ©tique oĂą la note articule le verbe, oĂą le chambrisme puissant et Ă©lĂ©gant des interprètes Ă©claire toutes les nuances poĂ©tiques du texte du Tasse ou de Guarini : Monteverdi accompagne la musique dans son passage de la Polyphonie au sentiment dispersĂ© (aux voix multiples) Ă  la passion individualisĂ©e (incarnĂ©e par un seul chanteur et dĂ©sormais, dans le lIvre V, sur un tapis instrumental)… Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM 2014. Le cd est paru le 7 octobre 2014

Reportage vidéo. Argentan, le défi pédagogique : Les Arts Florissants et le Chœur du Donjon (mai 2013)

Paul Agnew, Les Arts Florissants : Livre VII de MonteverdiReportage vidĂ©o. Les Arts Florissants et le ChĹ“ur du Donjon. Argentan, le dĂ©fi pĂ©dagogique (mai 2013). Au CarrĂ© des Arts d’Argentan. Les Arts Florissants et Paul Agnew, directeur musical associĂ© rĂ©ussissent un nouveau dĂ©fi pĂ©dagogique : avec les choristes amateurs du chĹ“ur du Donjon, Paul Agnew a travaillĂ© l’interprĂ©tation de Monteverdi. Deux Scherzi musicali sont ainsi appris, rĂ©pĂ©tĂ©s, puis prĂ©sentĂ©s en lever de rideau, lors du concert des Arts Florissants (Madrigaux de Monteverdi, Livre V) du 29 mai 2013 au CarrĂ© des Arts d’Argentan. Rencontre, transmission, dĂ©passement, partage sont ainsi au cĹ“ur de l’aventure des Arts Florissants fondĂ© par William Christie. Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM © 2014

Monteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI (1603-1614)

Claudio+Monteverdi+monteverdiMonteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI  (1603-1614). Chaque publication des Quatrième (1603), Cinquième (1605) et Sixième Livres (1614) marque un jalon de l’esthĂ©tique baroque naissante. C’est la pĂ©riode clĂ© oĂą Monteverdi Ă©crit son  premier opĂ©ra- en un coup de maĂ®tre : Orfeo (1607), puis L’Arianna, en 1608. Les deux ouvrages signent la fin du madrigal Ă  5 voix. Les trois Livres sont tous publiĂ©s Ă  Mantoue, cour ducale extrĂŞmement active sur le plan artistique depuis le XVème siècle. Le patron de Monteverdi, Vincent de Gonzague encourage les recherches nouvelles des musiciens Ă  son service : l’émulation profite au jeune chanteur et instrumentiste qui comme compositeur, devenu maĂ®tre de chapelle en 1602, Ă©labore Ă  Mantoue, sa langue musicale, expressive, sensuelle, rĂ©aliste grâce Ă  ses madrigaux, qui composent comme le laboratoire de ses avancĂ©es propres. Le nouveau disque des Arts Florissants, sous la direction artistique du chanteur Paul Agnew, concrĂ©tise et prolonge un cycle de concerts dĂ©diĂ©s Ă  l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi, initiĂ©e en 2011. Le choix du chef associĂ© des Arts florissants se porte sur un florilège des madrigaux des Livres Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue (Livres IV, V, VI) oĂą s’affirme l’exceptionnel tempĂ©rament novateur d’un Monteverdi surtout soucieux d’intelligibilitĂ© linguistique. Il a fixĂ© les règles de l’écriture monodique, assurĂ© la caractĂ©risation de plus en plus individuelle de l’écriture, et bientĂ´t composera le premier opĂ©ra assurĂ©ment baroque de l’histoire de la musique…  La pĂ©riode est donc dĂ©cisive : elle souligne l’œuvre rĂ©formatrice et rĂ©volutionnaire de Monteverdi. L’équivalent en musique du peintre Caravage, lui-mĂŞme rĂ©formateur du langage pictural Ă  l’extrĂŞme fin du XVIème Ă  Rome…

Les madrigaux de Monteverdi
Un laboratoire musical qui mène Ă  l’opĂ©ra baroque

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiLivre IV. Dan le IVème Livre, Monteverdi alors Ă©tabli Ă  Mantoue rend hommage aux compositeurs modernes et intrĂ©pides de Ferrare dont le duc de Mantoue, Vincent de Gozague, aux goĂ»ts avantgardistes pourrait bien avoir Ă©tĂ© le patron et le protecteur. En un faux bourdon classique, « Sfogava con le stelle «  [ plage 1] exige des chanteurs une Ă©coute collective supĂ©rieure afin de restituer la force poĂ©tique du texte en une rĂ©citation libre et naturelle. “Anima dolorosa” [4] commencĂ©e en trio, requiert ensuite les 5 voix en une homophonie de plus en plus implorante. La clartĂ© intelligible du texte servi par l’Ă©criture homophonique, Ă©claire aussi le puissant Ă©rotisme langoureux de “Sì ch’io vorrei morire” [2], dont les soupirs et spasmes sur le mot “morire” (“mourir”), dissonances millimĂ©trĂ©es, et Ă©voquent l’ultime souffle vital comme la jouissances sensuelle atteinte. « Piagn’ e sospira », le dernier madrigal affirme la très forte caractĂ©risation du texte tragique dans le sens d’une dĂ©ploration sensuelle oĂą l’amante gravant les vers sur l’Ă©corce d’un arbre se lamente, coeur esseulĂ©, naufragĂ© impuissant au cĹ“ur de la tempĂŞte de la guerre d’amour.

monteverdi claudio bandeauLivre V. Le Cinquième Livre (1605) tĂ©moigne d’une avancĂ©e dĂ©cisive deux ans avant Orfeo, premier opĂ©ra de l’histoire et première gĂ©niale sous la plume de Monteverdi (1607). Le nouveau Livre publiĂ© Ă  Mantoue fixe l’usage moderne de la basse continue sollicitant dĂ©sormais l’Ă©criture monodique avec instruments. Le principe est dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© dès 1600 par Salomon Rossi  Ă©galement actif Ă  Mantoue, et par Luzzaschi.  Mais l’Ă©criture de Monteverdi s’avère d’une originalitĂ© et d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e. Les voix enfin libĂ©rĂ©es du simple accompagnement peuvent dĂ©sormais incarner un personnage, s’individualiser plus intensĂ©ment. Les dialogues entre solistes peuvent dĂ©sormais s’Ă©panouir comme en tĂ©moigne le premier madrigal, conversation entre Amarillis et Mirtilomlo, extrait d’Il Pastor fido de Guarini. De mĂŞme, les deux autres dialogues, Ecco, Silvio, en cinq parties, et Ch’io t’ami en trois provenant de Il Pastor Fido, attestent d’une conception théâtralisĂ©e des passions amoureuses peut ĂŞtre dans la perspective d’une reprĂ©sentation du poème de Guarini en 1598.

Cruda Amarilli [6] et O Mirtillo, Mirtill’ anima mia [7] ont suscitĂ©es les foudres du chanoine Artusi de Bologne, un dĂ©fenseur rĂ©actionnaire de l’ancienne esthĂ©tique de l’Ars Perfecta (Prima prattica). Trop d’audace, trop de rĂ©alisme, de dissonances expressives servent la vĂ©ritĂ© criante du texte : Monteverdi simultanĂ©ment Ă  la rĂ©volution picturale engagĂ©e par Caravage, rĂ©volutionne la musique de son Ă©poque. Les deux crĂ©ateurs partagent un sens dramatique incandescent colorĂ© de sensualitĂ© suggestive, marquĂ© par un rĂ©alisme saisissant des passions humaines.

Les deux autres dialogues, E così a poco a poco [10] et T’amo mia vita [9] confirment cette mĂŞme profondeur musicale rĂ©vĂ©lant sous l’Ă©noncĂ© des mots de nouveaux enjeux, une force intĂ©rieure jusque lĂ  inconnue : l’activitĂ© de la psychĂ© bouillonnante sous la surface du verbe. Le premier est un duo amoureux virtuose entre un tĂ©nor et une soprano, et, le second, un charmant tableau entre une soprano et l’homme aimĂ© reprĂ©sentĂ© par un trio de voix masculines. Enfin Questi vaghi concenti [22] laisse  la place initiale aux instruments (symphonie prĂ©alable Ă  5 instruments) prĂ©parant en nuances suaves, Ă©perdues, l’apothĂ©ose du madrigal Ă  9 voix. La pièce pourrait elle aussi avoir Ă©tĂ© conçue comme une pastorale enivrĂ©e pour une reprĂ©sentation ducale.

FETI Claudio_Monteverdi_1Livre VI. En 1612, Monteverdi est Ă  Venise oĂą il dĂ©croche le poste enviĂ©, prestigieux de maitre de chapelle Ă  San Marco. Deux ans plus tard en 1614, paraĂ®t son Livre VI de madrigaux : beaucoup d’entre eux remontent Ă  son sĂ©jour Ă  Mantoue, Ă©tant liĂ©s aux Ă©vĂ©nements dynastiques de la Cour ducale. La sĂ©lection affirme la maturitĂ© dramatique et la sensibilitĂ© poĂ©tique du musicien alors au sommet de ses possibilitĂ©s. LĂ  encore, l’expression douloureuse de la passion amoureuse s’impose clairement. Deux lamentos dominent, soulignant la maĂ®trise de Monteverdi dans ce genre emblĂ©matique de l’opĂ©ra vĂ©nitien : le Lamento d’ Arianna [11- 14], et la Sestina [16-21]. Le Lamento d’Arianna est l’adaptation polyphonique du lamento originellement composĂ© pour l’opĂ©ra Ă©ponyme de 1608. Sur le mode plaintif, Arianna abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ă®le de Naxos exprime sa dĂ©sespĂ©rance et sa solitude tragique : c’est une âme dĂ©truite vouĂ©e Ă  la mort. ComparĂ© Ă  la trame monodique oĂą la soprano soliste (Arianne) dialogue avec les 3 hommes en Ă©cho de sa plainte, le lamento polyphonique pour 5 voix dĂ©montre le raffinement harmonique que permet l’écriture polyphonique. La Sestina est encore plus originale et plus intime voire secrète qu’Arianna : le lamento convoque un Ă©pisode dramatique oĂą l’amour se dĂ©cline en geste dĂ©ploratif : Glaucus arrive sur la tombe de Corinna, sa bien-aimĂ©e. L’épisode Ă©voque le Giunto al la tomba de la Gerusalemme  Liberata du Tasse, mis en musique par le prĂ©dĂ©cesseur de Monteverdi Ă  la charge de maĂ®tre de chapelle Ă  Mantoue, Giaches de Wert. Le Duc Vincent Gonzague commande cette pièce dĂ©chirante, d’une pudeur inĂ©dite, Ă  la mort d’une jeune soprano, Caterina Martinelli, qui devait crĂ©er le rĂ´le titre d’Arianna en 1608. La très jeune cantatrice, maĂ®tresse du duc Ă©tait alors hĂ©bergĂ©e chez les Monteverdi, particulièrement affectĂ©s par le deuil. « Zefiro torna » [15], la dernière pièce du Sixième Livre , emprunte Ă  la danse son dĂ©but et illustre en particulier Ă  la fin, les audaces harmoniques d’un Monteverdi, gĂ©nial dramaturge du sentiment. Avec le Livre VI, s’achève l’extraordinaire Ă©popĂ©e du madrigal Ă  5 voix auquel Monteverdi en un geste rĂ©formateur et expĂ©rimental aura offert ses plus grands accomplissements. Les Livres suivants VII et VIII font Ă©clater la forme classique du madrigal, de sorte qu’avec le Livre VI se ferme le livre d’une expĂ©rimentation continue Ĺ“uvrant pour l’essor de l’opĂ©ra.

discographie

CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraître le 23 septembre 2014. Après avoir donné en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associé des Arts Florissants fait paraître (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dédiée naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulé «  Mantova «  (Mantoue) est annoncé ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilège des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des pièces ainsi enregistrées accompagne l’une des révolutions les plus décisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les évolutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre Crémone et Mantoue, avant Venise, élabore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poétique et harmonie sensuelle. Peu à peu se précise un chant de plus en plus incarné au service du texte : si les Livres IV et V (édités à Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore à l’esthétique de la Renaissance (certes colorée par les ultimes recherches expressives modernes liées à la Cour du Duc Vincent de Gonzague à Mantoue), le Livre VI édité en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montéverdienne dans le domaine opératique car les madrigaux y sont contemporains des opéras Orfeo (1607) et Arianna (1608). En lire +

CD. Mantova : Livres IV,V, VI des madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraître le 23 septembre 2014.

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂ®tre le 23 septembre 2014. Après avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂ®tre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est annoncĂ© ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilège des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des pièces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608).

Mantova : le premier cd des Madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

Le Livre VI marque ainsi le partage des eaux, entre Renaissance et Baroque, avec l’usage des instruments qui libĂ©rant les voix, permettent l’individualisation très forte de l’écriture : le secunda prattica est nĂ©e alors avec le principe de l’écriture monodique, impliquant la basse continue. Paul Agnew s’inscrit comme un interprète de choix au service d’une odyssĂ©e vocale (et instrumentale) passionnante. Chanteurs parmi ses pairs, le tĂ©nor Ă©claire la puretĂ© expressive du madrigal : il a rĂ©uni un ensemble de chanteurs soucieux de l’Ă©coute, dĂ©fenseurs d’une prosodie flexible et prĂ©cise, ciselant chaque figuralisme poĂ©tique.

Le coffret s’annonce comme le miroir fidèle et la synthèse de l’intégrale madrigalesque en cours donnée en concert. Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants poursuivent en 2014-2015, leur épopée proposant les ultimes Livres VII et VIII.

1 cd, un texte inĂ©dit. Comme c’est le cas des premiers albums sous Ă©tiquette du propre label des Arts Florissants (Les Arts Florissants Éditions), l’album Mantova est accompagnĂ© d’un texte inĂ©dit signĂ© RenĂ© de Ceccatty (qui a Ă©crit aussi les deux autres textes des volumes Ă  paraĂ®tre : Cremona, puis Venezia) : en une mise en perspective des madrigaux montĂ©verdiens et d’un texte littĂ©raire, le nouvel album offre Ă  l’auditeur / lecteur, l’occasion d’approfondir sa propre expĂ©rience des Madrigaux de Monteverdi grâce Ă  la lecture complĂ©mentaire d’une nouvelle inĂ©dite («  La Sibylle et la fresque des illusions », commande des Arts Florissants) dont les Ă©lĂ©ments narratifs s’inspirent de l’écriture musicale montĂ©verdienne : RenĂ© de Ceccatty y brosse le portrait d’une femme Ă©crivain qui dĂ©voile au crĂ©puscule de sa vie, le secret amoureux qui l’a rongĂ© sa vie durant et dont les madrigaux portent comme l’essence, le souvenir cryptĂ©. Le propre du texte est de prĂ©server la brĂ»lante force d’évocation du verbe et de la prose musicale, toute leur puissance Ă©motionnelle comme si la voix multiple des chanteurs diffusait l’intensitĂ© intacte d’un sentiment primordial, prĂ©cieusement cachĂ©.

Prochaine critique complète du cd MANTOVA par Paul Agnew et Les Arts Florissants, à venir dans le mag cd de classiquenews.com

Lire aussi les critiques des albums déjà parus aux Éditions Les Arts Florissants : Belshazzar, Le Jardin de Monsieur Rameau, 2 albums élus «  CLIC » de classiquenews

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Les Arts Flo chantent le lIvre VII de Monteverdi sur France Musique

Madrigaux_paul_agnewFrance Musique, aujourd’hui, 14h : Les Arts Florissants, Paul Agnew chantent le Livre VII de madrigaux de Monteverdi. L’épopée vocale (et instrumentale à partir du Livre V) des madrigaux de Monteverdi poursuit son cours : Paul Agnew réunit les meilleurs solistes des Arts Florissants pour l’intégrale des madrigaux du divin Monteverdi. Le cycle récapitule l’évolution de plus dramatique de Claudio Monteverdi : un voyage musical inouï qui mène de la polyphonie poétique au baroque dramatique et opératique… Voici l’étape actuelle, celle du Livre VII, sommet des vertiges amoureux écrits par Claudio.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrés ressuscitent l’élan du désir, la promesse de l’extase, une sensibilité ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionné à l’articulation du mot confirme les nouvelles avancées de Monteverdi… bientôt génie spectaculaire à l’opéra, dans la Cité des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activité. EN LIRE +

 
 

Suite de l’intégrale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

 
 

Les Arts Florissants : le Livre VII de madrigaux de Monteverdi

Madrigaux_paul_agnewMonteverdi: Livre VII. Les Arts Florissants, Paul Agnew. 16<28 mai 2014. En mai 2014, Paul Agnew poursuit l’intégrale des Madrigaux de Monteverdi avec les solistes des Arts Florissants (chanteurs et instrumentistes). Place aux enchantements amoureux du Livre VII en une formule vocale et instrumentale élargie. L’heure est à l’accomplissement d’une écriture qui n’a cessé d’évoluer selon les aléas d’une carrière chaotique … Mais heureusement stabilisée quand Claudio après avoir été chassé de Mantoue par le successeur de son ancien protecteur Vincenzo Gonzaga (février 1612), obtient légitimement le poste de maître de chapelle à San Marco de Venise en août 1613.

Après Mantoue, la gloire vénitienne… Après les vicissitudes d’une vie de dépendance souvent humiliante, Venise lui offre des conditions et un salaire dignes de son immense génie. De fait, Monteverdi créera, au début des années 1640, l’opéra vénitien en une formule jamais égalée après lui, entre sensualité et cynisme, délirant burlesque et réalisme picaresque (L’Incoronazione di Poppea, Il Ritorno d’Ulysse in patria.)…
C’est aussi le moment en 1619 où à Venise paraît aussi son Livre VII de madrigaux. La rupture est consumée ici : plus de madrigaux à 5 voix, la norme depuis lors, mais une écriture toute aussi souple et audacieuse pour 6 chanteurs.
L’amour y règne en souverain dès le premier chant « Tempro la cetra… » j’accorde ma lyre… dit le ténor qui écarte vite la martialité de son état pour s’alanguir aux sons vibrants de Venus. Monteverdi privilégie duos, trios, en liaison avec sa nouvelle vie vénitienne (intrigues urbaines, frénésie du carnaval…). A l’imploration doloriste du Livre VI, répond la lyre ardente, festive, lumineuse et même optimiste du VII : miroir d’un nouveau tempérament lié à sa prise de fonctions à Venise.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrés ressuscitent l’élan du désir, la promesse de l’extase, une sensibilité ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionné à l’articulation du mot confirme les nouvelles avancées de Monteverdi… bientôt génie spectaculaire à l’opéra, dans la Cité des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activité.

Suite de l’intégrale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra-Comique, le 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Marcel Beekman, Edwin Crossley-Mercer, Simone Kermes, Cyril Auvity, Marc Mauillon. Paul Agnew, direction artistique. Robert Carsen, mise en scène

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-RittershausRobert Carsen est omniprésent à Paris cette saison. Une Elektra à l’ONP pour débuter l’année lyrique, suivie par son Alcina désormais bien connue à Garnier, et, conjointement, La Flûte Enchantée à Bastille tandis que la Salle Favart présente sa nouvelle production de Platée de Rameau. La question se posait : n’était-ce pas un peu trop ?
Reconnaissons-le tout de go : nous craignions pour cette mise en scène, tant pour son angle de vision que pour son inspiration, la source pouvant se tarir en étant employée à un tel régime. En outre, comme sans doute bien des mélomanes dans la salle, les images de la production de Laurent Pelly, désormais presque indissociable de cette œuvre, risquaient de se révéler tenaces devant les yeux.

Nymphe de la mode

Et pourtant, après un prologue qui demande un temps d’adaptation, celui de la plongée dans un univers nouveau et l’accoutumance à une atmosphère inédite, ce spectacle fonctionne à merveille.
Le monde qu’invoque Robert Carsen, celui de la mode, superficiel et clinquant, où l’apparence et les faux-semblants règnent en maîtres, résonne comme un écho à la cour de Louis XV que ridiculise le compositeur dans cette satire.
On se plait à reconnaître Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine Vogue, dans la foule occupant le plateau, et le tonnant Jupiter devient un sosie extrêmement convaincant de Karl Lagerfeld portant dans ses bras son éternel chat blanc.

Platée, qui malgré ses coassements en musique n’est en réalité pas désignée dans le livret comme une grenouille, devient ici la pensionnaire brimée d’un établissement chic, vaniteuse et sans-gêne, vilain petit canard trop facile à berner. La scénographie, brillante et chic, caricature – à peine – la décoration à la mode dans les milieux branchés, façon Fashion Week, miroirs nombreux, mobilier transparent et lumières éclatantes. La direction d’acteurs, précise et d’une grande justesse, évite, comme sait le faire Carsen, toute vulgarité, jusqu’à l’orgie du troisième acte, chorégraphiée avec juste ce qu’il faut d’érotisme par Nicolas Paul. Les danseurs s’intègrent ainsi parfaitement à l’action, en des ballets drôles et décalés, mais toujours en situation.
On se souviendra longtemps de cette nymphe dévoilée et raillée par la fureur de Junon, achevant l’œuvre en sous-vêtements, honteuse dans sa quasi-nudité sous le regard cruellement moqueur de la foule, utilisant son dernier geste pour se suicider, mettant enfin un terme à ses tourments. Une ultime image forte, montrant la méchanceté humaine dans sa bêtise la plus crue.

Très belle également … la distribution. Aux côtés de la fraîche Thalie de Virginie Thomas et du Satyre / Mommus désopilant de João Fernandes, la Junon à la jalousie brûlante d’Emilie Renard ressemble à s’y méprendre à Coco Chanel et réussit à merveille une composition de très belle tenue. On salue également la superbe Clarine d’Emmanuelle de Negri, toujours irréprochable dans ce répertoire.
Marc Mauillon provoque l’hilarité en Cithéron devenu serveur que poursuit de ses assiduités la reine des marais, et le rôle coule idéalement dans cette voix au timbre si particulier, tenant à la fois du ténor et du baryton.
Excellent Mercure de Cyril Auvity, percutant et beau diseur, parfaitement Ă  sa place.
On attendait avec impatience la Folie de Simone Kermes, l’enthousiasme se révèle finalement relatif. Non que cette vocalité ne lui convient pas, bien au contraire. Ce pastiche de style italien ramène la soprano allemande à son répertoire de prédilection, et c’est justement pour cela que le rôle nous apparaissait comme idéalement écrit pour elle. Las, elle a semble-t-il écouté attentivement l’interprétation qu’en a inventé Marc Minkowski tout en tentant de s’en affranchir, sans pour autant trouver sa propre voie, ce qui nous vaut un « Aux langueurs d’Apollon » bien sage, à la diction française fragile et aux variations chiches, un comble pour une chanteuse autant encline à tout oser quitte à franchir allègrement les limites du bon goût. Par ailleurs, après une entrée remarquée en clone de Lady Gaga, c’est vêtue d’une conventionnelle robe de concert verte qu’elle entonne prudemment cet air…, avant de revenir vêtue telle une Marie-Antoinette de bal masqué, dans un costume paraissant tout droit sorti d’une pochette d’un de ses propres disques. Il faudra attendre le troisième acte, son irremplaçable chevelure rousse enfin rendue à sa liberté, et l’air « Amour, lance tes traits » pour que la chanteuse redevienne enfin elle-même, osant vocalises, contre-notes et cadences improbables. Il était temps !
Irrésistible en couturier au catogan, Edwin Crossley-Mercer ne fait qu’une bouchée de l’écriture du roi des Dieux, déployant en Jupiter sa grande et belle voix de baryton, octaviant cependant certains graves et assombrissant par instants inutilement une émission d’ordinaire plus mordante, au détriment parfois de la limpidité du texte.

On admire sans réserve la naïade disgracieuse du ténor néerlandais Marcel Beekman, terriblement attachante et émouvante. Que dire, sinon qu’il incarne à merveille cette femme à la naïveté désarmante, ridicule à force à force d’aveuglement ? Le chanteur offre une saisissante performance de comédien, où l’on se prend à oublier que c’est un homme qui incarne une figure féminine, tant l’identification grandit durant la représentation à tel point qu’elle en devient évidente. Clair et sonore, son instrument à la couleur très personnelle paraît tout destiné à cet emploi, permettant mille nuances, utilisant tous ses registres et servant un français digne d’éloges. L’émotion affleure sans cesse derrière l’humour, et la scène finale citée plus haut, interprétée à fleur de peau, reste le point culminant de la soirée, la promise bafouée apparaissant poignante dans son désespoir.
Remplaçant William Christie souffrant à la tête du chœur – impeccable de bout en bout – et de l’orchestre des Arts Florissants, Paul Agnew, grand interprète du rôle-titre, démontre sa connaissance profonde de l’œuvre, qu’il a pu roder de l’intérieur durant de longues années. Il cultive une pâte sonore ronde et généreuse, toujours vive mais sans précipitation ni acidité, peignant parfaitement les différentes atmosphères qui composent l’ouvrage, et emporte musiciens et chanteurs dans un tourbillon sonore qui soulève l’enthousiasme.
Un très beau succès au rideau final, qui prouve qu’on peut encore aujourd’hui mont(r)er Platée autrement.

Paris. Opéra-Comique, 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après la comédie de Jacques Autreau. Avec Platée : Marcel Beekman ; Jupiter : Edwin Crossley-Mercer ; La Folie : Simone Kermes ; Thespis / Mercure : Cyril Auvity ; Momus / Cithéron : Marc Mauillon ; Amour / Clarine : Emmanuelle de Negri ; Junon : Emilie Renard ; Satyre / Mommuss : João Fernandes ; Thalie : Virginie Thomas. Chœur et orchestre Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction musicale. Mise en scène : Robert Carsen ; Décors et costumes : Gideon Davey ; Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet ; Chorégraphie : Nicolas Paul ; Dramaturgie : Ian Burton

VIDEO. Reportage : Platée de Rameau par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire (2013)

VIDEO. Reportage : Platée de Rameau par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire. Platée 2013… Chef-d’oeuvre lyrique du règne de Louis XV, et à vrai dire d’un genre poétique totalement inclassable, Platée de Jean-Philippe Rameau (1745) reprend du service dans la mise en scène et l’univers visuel du
chorégraphe François Raffinot. Le créateur plasticien avait déjà réalisé une première production de l’ouvrage avec Jean-Claude Malgoire… en 1988. Le directeur et fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing parle de “beauté infernale”, soulignant le bouillonnement inventif et volcanique de l’orchestre ; François Raffinot s’intéresse au profil humain, pathétique et touchant de Platée comme à la charge barbare et cynique de l’ouvrage où s’impose la figure centrale et omniprésente de la Folie. Entre mouvements incessants des danseurs, superbe incarnation de Paul Agnew dans le rôle-titre, et fosse d’une irrésistible invention, la nouvelle production de Platée confirme le génie inclassable de Rameau…

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Rameau : PlatĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique (Les Arts Florissants), le 20 mars 2014. Paul Agnew, direction. Robert Carsen, mise en scène

10013809_256214464553237_1528097424_nCompte rendu, opĂ©ra. PlatĂ©e par Les Arts Florissants. Laide mais sincère et mĂŞme dĂ©sarmante, PlatĂ©e nymphe des marais … retourne l’Olympe de la mode. Les dieux sont infâmes et leur victime rien que … divinement humaine. Une apothĂ©ose en somme. Et contre toute attente, c’est la moins sophistiquĂ©e de tous qui triomphe (malgrĂ© sa mort finale). Il y a certainement un peu de Rousseau chez Rameau mĂŞme si l’Ă©crivain philosophe, partisan du bon sauvage, fut le rival trop jaloux du compositeur Ă©rudit. Face aux dieux et leur suite invitĂ©s ici (une parodie de Cour), la figure naturelle de la nymphe issue du marais remporte les lauriers de la sincĂ©ritĂ© et de la vĂ©ritĂ©. Un joyau au royaume du clinquant et du factice.

Robert Carsen rĂ©cidive ainsi chez Rameau: comme il l’avait fait des BorrĂ©ades, pas de costumes ni de dĂ©cors ou machineries XVIII ème mais une actualisation chic (très parisienne) convoquant les icĂ´nes de la fashion Week.  Au sommet d’une Olympe rhabillĂ©e,  Junon – Coco Chanel et Jupiter – Lagerfield vivent le nouvel avatar de leur dĂ©route conjugale au dĂ©triment de la mortelle PlatĂ©e dont la laideur et la naĂŻvetĂ© font les dĂ©lices d’une clique arrogante et cynique.
En pointant du doigt la face hideuse de la batracienne Jupiter moralisateur entend souligner combien la jalousie de Junon est dĂ©placĂ©e. .. un tel laideron ,fiancĂ©e de Jupiter ? Et tous de s’Ă©trangler d’un rire persifleur qui pourtant se retourne contre ceux qui l’ont proclamĂ©. La laideur morale assassine les arrogants. Et PlatĂ©e rayonne enfin par une beautĂ© imprĂ©vue.

 

 

La PlatĂ©e des Marais renverse l’Olympe de la mode …

 

La dupe ici est la nymphe dont la face boursouflĂ©e est proportionnelle Ă  son humanitĂ©: et l’on comprend in fine que les vulgaires et les plus mĂ©prisables sont bien les mieux fardĂ©s. Grâce Ă  l’exemplaire performance du tĂ©nor travesti dans le rĂ´le-titre, sur les traces du fameux Jelyotte- interprète adulĂ© par Rameau qui lui rĂ©servera ses plus grands rĂ´les,  Marcel Beekman exprime Ă  Paris après Vienne, avec une gĂ©nĂ©rositĂ© tendre, emblème des innocents admirables, toute la justesse sincère si humaine de la nymphe odieusement raillĂ©e.

 

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La formule fait recette depuis longtemps chez le metteur en scène canadien : il aime Ă©pingler la mĂ©chancetĂ© perverse des dieux et des hommes…. monde barbare, ironique des courtisans et de leurs souverains, -habituĂ©s en nantis mĂ©prisants aux suites des Palaces internationaux, aux cocktails Ă  coupes de champagne et petit fours, contrastant ici avec la naĂŻvetĂ© si touchante de leur victime.
Rameau appelle mĂŞme Ă  la rescousse en un tableau dĂ©jantĂ© (poĂ©tiquement le plus fort) La Folie ayant ravi la lyre d’Apollon : en dĂ©montrant (et singeant parfois) la facilitĂ© de la musique Ă  exprimer toutes les facettes des passions humaines, le compositeur prend acte et tĂ©moigne du dĂ©règlement collectif qui pilote la terrifiante hypocrisie des sociĂ©tĂ©s fussent-elles divines. Ces dieux qui raillent et ironisent, sont trop mortels et d’un soin si vulgaire. .. Rameau et son librettiste feraient-ils sous couvert de comĂ©die dĂ©jantĂ©e, la satire de la Cour versaillaise comme celle du genre humain ? HĂ©las, celle qu’on attendait, Simone Kermes, dans un rĂ´le taillĂ© pour sa dĂ©mesure bouffonne déçoit : comme emblème de l’artifice ici omniprĂ©sent, son chant tombe Ă  plat, ses rires et ses accents, comme son français pĂ©taradent (et s’enlisent) sans vĂ©ritĂ© : de Lady gaga, la diva dĂ©passĂ©e reste un artefact sans chaleur. Le constat est d’autant plus regrettable que sa performance dans le rĂ´le de la Comtesse de Nozze de Mozart (cd  rĂ©centpubliĂ© par Sony classical) sous la baguette de Currentzis, prĂ©sente les mĂŞmes dĂ©rapages dommageables : affĂŞterie, surenchère, prĂ©ciositĂ© mĂ©canique… un contre sens chez Rameau.

Tout ce que ce monde divin/terrestre compte en rituels factices et creux se dĂ©voile sur la scène de Carsen,  conçu tel un vaste miroir aquatique -les miroirs citent l’eau du marais de la nymphe abusĂ©e. En outre, la transparence des miroirs, l’accumulation des plastics sans âme renforce ce vide criant d’un monde qui a pourtant l’horreur du  nĂ©ant.  A mesure que l’action se rĂ©alise,  fashion King and Queen sans omettre leurs serviles petites mains, se noient dans leur propre fange cynique quand Ă  l’inverse c’est PlatĂ©e qui s’Ă©lève. .. par son humanitĂ© coassante magnifique.  Burlesque, comique et tragique, sincère surtout, voici le rĂ´le le plus dĂ©lirant et le plus attachant du théâtre ramĂ©lien. Il est magistralement incarnĂ© ici.

PLATEE_2014_lagerfield_-Edwin-Crossley-Mercer-(Jupiter)-DR-Monika-RittershausEn faisant la satire du genre humain, Rameau permet au vengeur Carsen,  nettement du cĂ´tĂ© de PlatĂ©e, de dĂ©noncer l’artifice ritualisĂ© organisĂ© en singeries sociales. C’est tout le milieu de la mode qui en prend pour son grade. .. il aurait Ă©tĂ© prometteur de pousser plus loin les rĂ©fĂ©rences et l’analogie.  Pourquoi n’avoir pas convoquer l’impĂ©ratrice du bon goĂ»t dĂ©clarĂ© loi divine, la fabuleuse Anna W. qui règne de façon hallucinante Ă  chaque  fashion Week? La figure aurait ajoutĂ© Ă  une Ă©tonnante galerie de portrait. Remplaçant William Christie souffrant, le chef associĂ© des Arts Florissants, Paul Agnew, chef ardent Ă  l’indĂ©niable souffle dramatique, dĂ©fend avec panache, flexibilitĂ© et des couleurs ciselĂ©es,  une partition qu’il connaĂ®t bien pour en avoir Ă©tĂ© le premier chanteur, incarnant la sublime PlatĂ©e sous la baguette de Minkowski il y a quelques annĂ©es au Palais Garnier (mise en scène de Laurent Pelly),  sous la baguette plus rĂ©cente encore de Jean- Claude Malgoire Ă  Tourcoing en 2013… voir notre reportage vidĂ©o : PlatĂ©e Ă  Tourcoing par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire.
Performance vocale et musicale riche en couleurs,  lignes claires, défilé subtilement nuancé et fortement caractérisé,  scénographie tirée à quatre épingles parfois trop accessoirisée à force de volonté parodique, cette Platée chic choc réussit son coup et forçant la charge satirique du divertissement comique conçu par le génial Rameau de 1745.

 

platee_468-620x412A l’affiche de l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris jusqu’au 30 mars 2014.

En direct sur culturebox, le 27 mars 2014, 20h. Lien direct sur la page PlatĂ©e en direct depuis l’OpĂ©ra Comique sur le site culturebox (puis disponible après le direct jusqu’au 10 octobre 2014).
A ne pas manquer, la confĂ©rence concert PlatĂ©e par William Christie et les chanteurs de la production (“ la leçon de William Christie “), mĂŞme lieu, le 28 mars 2014, 20h.

Illustrations : © Monika Rittershaus 2014 (OpĂ©ra de Vienne). PlatĂ©e au bras de Jupiter en promise Ă©berluĂ©e ; Jupiter Lagerfield et ses doubles narcissiques en miroir…

Compte-rendu, récital lyrique. Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intégrale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, ténor.

Madrigaux_paul_agnewPoursuivant leur tournĂ©e mondiale de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi, c’est dans le cadre exceptionnel du Salon d’Hercule au Château de Versailles, que les Arts Florissants nous ont donnĂ© Ă  entendre ce soir, le Sixième Livre. Entre deux VĂ©ronèse, peintre dont le compositeur crĂ©monais a du connaĂ®tre dès son arrivĂ©e Ă  Mantoue quelques toiles, Paul Agnew et les chanteurs et musiciens des Arts Florissants ont suspendu le temps pour le public, nous faisant partager un songe musical. Ce Livre dont on cĂ©lèbre les 400 ans, est si rarement prĂ©sentĂ© en concert, qu’il a attirĂ© un public nombreux et recueilli sous les ors et les marbres d’un palais enchantĂ©.

Hommage Ă  Caterina …

Ce Sixième Livre bien que publié à Venise, fût composé durant les dernières années mantouanes. Il est intimement lié à des dates qui marquent la vie aussi bien musicale que personnelle de Monteverdi.

Le deuil est ici si prĂ©sent, si douloureux que rien, pas mĂŞme l’évocation de jours heureux ne peut l’apaiser. La tragĂ©die y est vĂ©cue au plus profond de l’âme, elle est un dĂ©chirement si humain que chaque larme par-delĂ  son Ă©loquence poĂ©tique et musicale devient la quintessence de la mĂ©lancolie baroque. FrappĂ© par la disparition de son Ă©pouse Ă  l’automne 1607, puis de la jeune soprano qui devait interprĂ©tĂ©e le rĂ´le – titre de l’Arianna en 1608 -et qu’il avait lui-mĂŞme formĂ©-, Claudio Monteverdi donne dans ce livre toute sa place aux affects.

Le Livre VI est le seul à ne pas porter de dédicace, semblant ainsi indiquer que c’est aux deux disparues qu’elle doit revenir. Utilisant désormais un style de plus en plus moderne, le style concertato, sa musique libère le texte et fait de la basse continue un acteur à part entière de ce théâtre des émotions.

Le lamento d’Arianna, extrait de son second opĂ©ra aujourd’hui perdu y tient avec la Sestina une place essentielle ici.

Ce second lamento vient en miroir du premier, pour mieux en souligner l’immense dĂ©sarroi de l’homme face Ă  la mort. Il fĂ»t commandĂ© par le duc Vincenzo en 1608 afin de rendre hommage Ă  la jeune Caterina Martinelli, dont la voix unique avait su sĂ©duire tous ceux qui l’avaient entendu. Le poème en est composĂ© par Scipione Agnelli. Si ces deux lamenti sont les facettes les plus somptueuses de ce diamant noir qu’est le Sixième Livre, l’ensemble des madrigaux qui le composent sont d’une intense beautĂ©. PĂ©trarque et Marino offrent Ă  Monteverdi l’occasion d’invoquer par – delĂ  les larmes, les pleurs et les adieux qui se rĂ©pètent, les dissonantes fulgurances des amours fusionnels.

Prenant la parole au début du concert, puis après l’entracte pour expliquer ses choix artistiques, en particulier pour la Sestina interprétée a capella, Paul Agnew avec son délicieux accent, parvient dès le début à capter l’attention du public et un silence envoûtant. Il nous propose de commencer le concert par la première version pour voix seule du Lamento d’Arianna, provenant de l’opéra, avant de nous donner celle pour cinq voix du Livre VI. Loin du destin tragique de la femme abandonnée et seule de la version scénique, le lamento à cinq voix, exprime désormais combien la perte de l’être aimé est un drame universel.

La soprano irlando-écossaise, Hannah Morrison parvient d’emblée tant par son timbre quasi juvénile et cristallin que par ses inflexions finement ciselées à figer le temps à l’ombre de la mort.

Son interprĂ©tation est absente de tout pathos. L’interprĂ©tation des madrigaux par les Arts Florissant est Ă  fleur d’émotion. La palette des timbres est si finement contrastĂ©e qu’elle fait ressortir les multiples tonalitĂ©s de l’obscuritĂ©, tout en faisant surgir des tĂ©nèbres une lueur diaprĂ©e et sensible. La direction de Paul Agnew dĂ©coule d’un travail d’ensemble et d’une prĂ©paration qui ne nĂ©cessite plus en concert que quelques regards bienveillants.

Le dialogue des solistes soutenus par une basse continue très pure et éloquente souligne les mots clés, ceux de l’adieu, du tourment si déchirant de la séparation. L’interprétation raffinée que nous offre les Arts Florissants est évocatrice aussi de cette soif du bonheur que rien ne peut étancher, comme dans les strophes de Zefiro torna, e’l bel tempo rimena, lorsqu’il est à jamais perdu.

Ils nous donnent aussi à voir et entendre ces minis opéras que sont certains madrigaux avec une réelle intensité dramatique comme dans A dio, Florida Bella ou dans Presso un fiume tranquillo. Le verbe devient ici musique, de la souplesse et de la suavité des voix, émane un sentiment de poésie à l’aura mystérieuse, d’une si douce chaleur humaine.

C’est par un bis, celui que Paul Agnew désigne comme le madrigal qui leur est le plus cher, Zefiro torna, que s’est achevée cette soirée dédiée à celui sans qui la musique moderne ne serait pas. Une bien belle soirée, trop rare, oh combien précieuse.

Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intégrale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Avec Hannah Morrison, soprano ;Miriam Allan, soprano ; Maud Gnidzaz, soprano ;Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Sean Clayton,ténor ; Cyril Costanzo, basse. Massimo Moscardo, Jonathan Rubin, luth, théorbe ; Florian Carré,clavecin ; Nanja Breedijk, harpe. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, ténor.

Les Arts Florissants : les Madrigaux de Monteverdi (Livre VI)

Madrigaux_paul_agnewInternet. En direct : Le Livre VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew, ténor. Jeudi 16 janvier 2014 à 20h. Le 16 janvier 2014 à partir de 20h sur le site culturebox, palpitez en direct depuis la Cité de la musique à Paris, avec les solistes des Arts Florissants (Paul Agnew, ténor et direction), serviteurs ciselés des madrigaux composés par Claudio Moneverdi, le plus compositeur italien du Premier Baroque.

Les Arts Florissants poursuivent ici leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi avec la sensualitĂ© expressive et articulĂ©e qui les caractĂ©risent depuis leur fondation en 1979 par William Christie. C’est fidèle Ă  l’intention artistique première souhaitĂ©e par ” Bill “, le souci du verbe, l’affirmation – vivante-, d’une Ă©loquence fluide et partagĂ©e, restituant l’humanitĂ© des textes mis en musique.
En mai 2014, les interprètes joueront les derniers Livres VII et VIII, oeuvres capitales qui malgrĂ© leur format chambriste, chanteurs et instrumentistes, recueillent toutes les avancĂ©es poĂ©tiques du gĂ©nie de l’opĂ©ra italien au XVIIè Ă  Venise. Le Livre VI sublime les textes mis en musique : c’est un cycle remarquablement abouti oĂą Monteverdi traite les passions et les sentiments de l’âme (tendresse, dĂ©sir, extase, amertume et dĂ©pit…) en une langue musicale particulièrement imagĂ©e et expressive. Aucun auteur Ă  son Ă©poque n’atteint un tel sensualisme voire un tel Ă©rotisme langoureux dont l’arc tendu et les vertiges les plus indicibles expriment le mystère de l’amour. Concert Ă©vĂ©nement. A vivre en direct depuis la CitĂ© de la musique Ă  Paris.

Culturebox propose le live en direct sur le web, web mobile, tablette et TV connectĂ©e, puis en replay durant 6 mois (jusqu’en juin 2014).

Livre VI des madrigaux de Claudio Monteverdi, par Les Arts Florissants, Paul Agnew (ténor et direction) à découvrir sur culturebox le jeudi 16 janvier 2014, à 20h. Consultez le site culturebox

Monteverdi : Livres IV, V, VI de madrigaux par Les Arts Florissants, Paul Agnew

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewLes solistes chevronnĂ©s des Arts florissants, subtils chambristes et diseurs admirĂ©s (Ă  juste titre), poursuivent Ă  l’initiative du tĂ©nor Paul Agnew, leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi. Le cycle a Ă©tĂ© inaugurĂ© Ă  Venise Ă  l’Ă©tĂ© 2011, dans la citĂ© oĂą les partitions ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©es (mĂŞme si elles ont Ă©tĂ© Ă©crites Ă  Mantoue) et oĂą le compositeur trouvera un foyer propice Ă  l’Ă©panouissement de son art vocal et dramatique, comme maestro di cappella Ă  San Marco.

Si le Livre IV se rapproche encore des opus prĂ©cĂ©dents (Ă©criture essentiellement polyphonique), le Livre V marque une rupture et reprĂ©sente un jalon spectaculaire dans la maturation de l’Ă©criture musicale; c’est aussi pour l’Histoire de la musique, un coup de tonnerre ouvrant l’esthĂ©tique baroque proprement dite: dans les 6 derniers madrigaux, Monteverdi invente la basse continue, libĂ©rant de ce fait le chant mĂŞlĂ© de plusieurs voix; sur l’assise nouvelle des instruments, plus acteurs qu’accompagnateurs, le chant peut dĂ©sormais se concentrer en une voix: l’individualisation expressive, la caractĂ©risation Ă©motionnelle peuvent s’Ă©panouir; Paul Agnew et ses partenaires, en orfèvres du mot savent ciseler ce passage dĂ©cisif, du chant polyphonique indistinct Ă  l’expression du sentiment tĂ©nu. Le Livre VI regroupe plusieurs pièces d’une nouvelle ampleur: le fameux Lamento d’Arianna (seul morceau qui nous soit parvenu de l’opĂ©ra Ă©ponyme), et aussi La Sestina, pièce dĂ©chirante et troublante Ă©crite Ă  la mĂ©moire de Catarina Martinelli, jeune soprano pressentie pour crĂ©er le rĂ´le d’Arianne mais qui meurt avant la crĂ©ation de l’opĂ©ra: c’est un chant puissant et sincère, dĂ©chirant mĂŞme oĂą la sensualitĂ© conquĂ©rante et si subtile de Monteverdi se double d’Ă©clairs et d’une conscience nouvelle, celle de la profondeur et de la vĂ©ritĂ©. Cycle Ă©vĂ©nement, Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi, du 9 au 27 novembre 2012

Les Arts Florissants
Paul Agnew, direction
Francesca Boncompagni, soprano
Maud Gnidzaz, soprano
Lucile Richardot, contralto
Paul Agnew, ténor
Sean Clayton, ténor
Lisandro Abadie, basse

 
 
 

agenda 2014

  

Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. Paul Agnew et les solistes des Arts Florisants chantent le Livre VI, et poursuivent leur Ă©popĂ©e madrigalesque en janvier 2014 (7 dates):
 

Belfort, le Granit, le 10 janvier 2014, 20h
Anvers, Amuz, le 12 janvier 2014, 15h
Paris, Cité de la musique, le 16 janvier 2014, 20h
Flers, Scène nationale 61, le 18 janvier 2014, 20h30
Blois, La Halle aux grains, le 19 janvier 2014, 17h
Versailles, Opéra, le 22 janvier 2014, 20h
Caen, Théâtre, concert hors les murs au Conservatoire, samedi 25 janvier 2014, 20h