Compte rendu, opéra. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata. Desbordes, Moreau, Uyar, Brécourt.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Verdi : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont … choeur et orchestre Opéra Eclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Patrice Gouron, décors et costumes, Clément Chébli, vidéo. En cette troisième soirée de festival, nous nous retrouvons au château de Castelnau Bretenoux, situé à quelques encablures de Saint Céré. Si le soleil est au rendez-vous, la fraîcheur aussi; néanmoins le temps permet de jouer en plein air ce qui n’avait pas vraiment été le cas en 2015. Pour cette nouvelle production de La Traviata de Giuseppe Verdi (1813-1901), Olivier Desbordes a sollicité le concours de son jeune collègue Benjamin Moreau avec lequel il cosigne déjà la mise en scène de La Périchole.

 

 

 

Traviata étonnante mais séduisante

Le duo Desbordes/Moreau fait encore des siennes

 
 
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Pour cette production, nous nous retrouvons dans un Paris intemporel, plus vraiment au XIXe siècle, pas non plus complètement au XXe siècle. Le public rentre aisément dans le spectacle, dès le début de la soirée, qui n’a pourtant rien de choquant puisque dès le début de l’oeuvre, Violetta se sait gravement malade. Et d’ailleurs le premier fil rouge de la mise en scène est la maladie et l’agonie de la malheureuse Violetta. Dans cette optique, le placement de la scène entre Violetta mourante et le docteur Grenvil au tout début de l’oeuvre, avant le début de la fête chez la demi mondaine ne surprend pas : «La tisi non le accorda che poche ore» («La phtisie ne lui laisse plus que quelques heures») répond Grenvil à Anina qui le questionne. Le second fil conducteur concerne le «volet» des conventions sociales et le déni de la maladie; pour accentuer ce point de vue, les deux hommes ont invité une comédienne qui incarne Violetta jusqu’à la fête chez Flora. Et pour parachever cette idée de douleur, d’agonie, de société bien pensante (le monde des courtisanes contre la bourgeoisie guindée et pétrie de certitudes), la Violetta de Burcu Uyar est filmée de bout en bout de la représentation, son visage apparaissant sur un grand écran installé en fond de scène. Si l’idée de ce film est bonne, – du moins peut-elle est défendue, nous comprenons nettement moins les références cinématographiques des deux metteurs en scène même si elles semblent être en accord avec les fils rouges définis par les deux hommes. Les images de guerre en revanche, notamment les bombes explosant en pleine campagne, sont de trop dans une production déjà très réussie.

Concernant le plateau vocal, c’est une distribution française de haute volée qui a été invitée à chanter cette nouvelle production de La Traviata. La soprano Burcu Uyar, que nous avions déjà saluée en 2014 pour de Lucia di Lammermoor (rôle titre), campe une Violetta émouvante et très en voix. Dès l’air d’entrée «E strano … A forse lui», l’interprète donne le ton de la soirée : la voix est parfaitement tenue, la ligne de chant impeccable, le médium superbe, les aigus flamboyants; le contre mi bémol final, sorti après que l’aria ait été intégralement interprété, est non seulement juste mais tenu sans la moindre faiblesse. Face à cette superbe Violetta, le jeune Julien Dran incarne un Alfredo qui apparaît, du moins en première partie, plus terne que sa partenaire; si le Brindisi est interprété très honorablement, il manque le petit grain de folie qui en aurait fait un grand moment de chant. Avec l’air et la cabalette du deuxième acte «De miei bollenti spiriti … O rimorso» , le ténor prend plus d’assurance et la voix est plus belle, plus puissante qu’en début de soirée.
C’est Christophe Lacassagne qui chante Germont père; le baryton effectuait, lors de cette production, une prise de rôle qu’il redoutait. Car comme, il nous le confiait peu après la représentation : «C’est un rôle pas forcément très long mais dense et tendu vers l’aigu.». Cependant, Lacassagne prend le personnage de Germont sans sourciller ; il campe un vieil homme de très belle tenue; s’il est pétri de certitudes et d’a prioris négatifs à l’égard de Violetta, il n’en n’est pas moins ému par la grandeur d’âme de la jeune femme : «Ciel ! che veggo ? D’ogni vostro aver, or volete spoliarvi ?» (Ciel ! que vois-je ? Vous voulez vous dépouiller de tous vos biens ?»).

Chez Flora, le Germont de Lacassagne est un homme très en colère; les sentiments contradictoires du vieil homme sont parfaitement visibles chez ce comédien né qui fait de ce personnage si marquant, malgré le peu de scènes que Verdi lui accorde, un homme émouvant, balançant entre les dictats de la morale bourgeoise et ce que lui dicte son cœur. Survoltés par la présence du vétéran Eric Vignau (Gaston inénarrable), infatigable puisqu’il chante tous les soirs en cette fin de festival, les comprimari sont en grande forme à commencer par Flore Boixel (qui chante dans les trois productions du festival) et Laurent Arcaro (Douphol). Pour terminer évoquons la comédienne Fanny Aguado qui incarne cette Violetta muette, prisonnière des conventions sociales qui vont finir par précipiter sa chute pendant presque toute la soirée. La jeune femme fait montre d’une assurance remarquable ; elle s’est parfaitement intégrée à l’équipe et au spectacle donnant le meilleur d’elle même et faisant presque oublier que tout près d’elle, il y a une chanteuse qui lui prête sa voix. Visuellement la trouvaille fonctionne admirablement.

A la tête de l’orchestre d’Opéra Eclaté, placé sur le côté gauche du plateau, le jeune chef Gaspard Brécourt dirige avec vigueur et fermeté. Si nous avions apprécié sa performance dans Lucia di Lammermoor en 2015, Brécourt nous surprend agréablement en 2016; le jeune homme a mûri, la gestuelle est plus sûre ; il est plus attentif à ce qui se passe sur le plateau. Du coup, pendant toute la soirée, la musique de Verdi vibre de vie, éclatant tel le bouquet final d’un feu d’artifices.

Cette nouvelle production de La Traviata ne manque pas de faire réfléchir le public sur les multiples dénis et conventions qui régissent la société du XIXe siècle, -hypocrisie sociale et lâcheté collective qu’a épinglé non sans raison Verdi, et que nous retrouvons de nos jours sous des formes assez peu différentes. Si nous regrettons des images de guerre pas toujours appropriées, l’utilisation de la vidéo, notamment pour focuser sur la Violetta mourante en gros plan s’avère être une excellente idée. Pour défendre cette nouvelle Traviata, les responsables du festival de Saint Céré ont fait confiance à une distribution de très belle tenue à commencer par Burcu Uyar qui était en grande forme. Et même si Christophe Lacassagne en Germont semblait quelque peu sur la défensive, il n’en a pas moins parfaitement rendu justice à Verdi. Saluons également la superbe performance de Fanny Aguado qui incarne la Violetta muette avec beaucoup de panache. Voilà donc une Traviata, nouvelle réussite du Saint-Céré 2016, à voir et à écouter sans modération.

 

 

 

Saint Céré. Château de Castelnau Bretenoux, le 11 août 2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Fancesco Maria Piave. Burcu Uyar, Violetta, Julien Dran, Alfredo, Christophe Lacassagne, Germont, Sarah Lazerges, Flora, Eric Vignau, Gaston, Matthieu Toulouse, Docteur Grenvil, Laurent Arcaro, Baron Douphol, Yassine Benameur, Marquis d’Obigny, Nathalie Schaaf, Anina, Fanny Agaudo, Violetta muette, choeur et orchestre Opéra Eclaté, Gaspard Brécourt, direction. Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, mise en scène, Patrice Gouron, décors et costumes, Clément Chébli, vidéo.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 10 août 2016. Weil : L’Opéra de quat’sous. Desbordes, Perez, Peskine.

Compte rendu, opéra. Saint Céré. Théâtre de l’usine, le 10 août 2016. Weil : L’Opéra de quat’sous (titre original : Die Dreigroschenoper) opéra en trois actes sur un livret de Bertold Brecht (1898-1956). Eric Pérez, Macheath, Anandha Seethanan, Polly, Nicole Croisille, Mme Peachum … choeur et orchestre Opéra Eclaté, Manuel Peskine, direction. Eric Pérez et Olivier Desbordes, mise en scène, Patrice Gouron, décors, Jean Michel Angays, costumes, Guillaume Hébrard, construction décors, Paolo Calia, graffitis sur toile. Depuis 1989, date de la première présentation au festival de Saint-Céré, c’est la troisième production de l’Opéra de quat’sous que monte la troupe Opéra Eclaté. Si, comme nous le disait Eric Pérez dans le courant de l’hiver, cette nouvelle production est arrivée plus tôt que prévue suite à l’annulation de Cabaret initialement prévu, voici donc une lecture rigoureuse certes mais complètement déjantée du chef d’oeuvre du tandem Kurt Weill (1900-1950) / Bertold Brecht (1898-1956). Pour cette nouvelle production de l’Opéra de quat’sous, les metteurs en scène ont choisi de présenter la version française qui fut créée en 1939, soit onze ans après la création de l’oeuvre originale en langue allemande. C’est une mise en scène à quatre mains signée Olivier Desbordes et Eric Pérez qui entraîne le public, toujours aussi nombreux, dans l’univers sombre des bas quartiers de Londres.

 

 

Comédiens déchainés

L’Opéra de quat’sous : une équipe réjouissante donne vie au chef d’oeuvre de Kurt Weil

 

 

 

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Cependant ne nous y trompons pas, sous le vernis des éternelles rivalités entre gangs, se cache un univers plus loufoque : celui du cirque dans lequel les personnages évoluent sous le regard retors souvent, cruel parfois et toujours impitoyable de Mr Peachum, un Mr Loyal dans ce charivari grotesque parfois, mais plein de vie et très dynamique. Et le mélange des genres est d’autant plus réussi que la distribution réunit un groupe de comédiens chanteurs chevronnés. Oui, mais pas que, car c’est aussi une bande de copains, formée depuis la précédente production (Cabaret donné à Saint Céré en 2014), emmenés avec un talent et une gouaille inégalables par une Nicole Croisille en grande forme.

Ainsi les bas quartiers de Londres, à la veille du couronnement de la reine deviennent des quartiers de cirque où les rivalités, toutes latentes qu’elles soient, sont des rivalités … d’opérette. Et la grande réussite de Weill et de Brecht est d’être parvenus à brosser une critique sévère, sans équivoque de la société de leur époque, surtout d’arriver à le faire sans se faire taper sur les doigts par la censure. Pérez et Desbordes ont si bien repris cette critique sociale à leur compte qu’ils en rajoutent une couche ou deux sans scrupules ; pour autant les deux compères ne forcent jamais le trait.
Dans la famille Peachum, le père, campé par Patrick Zimmermann, est retors, impitoyable et si jaloux de ses prérogatives qu’il surveille sa fille avec autant, sinon plus, de sévérité que les mendiants dont il est le chef. La très belle performance de Zimmermann n’a rien à envier à celle de Nicole Croisille ; cette Mme Peachum là force le respect tant elle entre à fond dans son personnage. A 80 ans, elle chante, danse et joue la comédie avec une gourmandise insolente donnant à l’occasion une incroyable et superbe leçon de vie. Si Peachum est jaloux de tous les hommes susceptibles d’approcher sa fille chérie, c’est elle qui traque avec une hargne terrible sa fille dont le mariage la rend folle de rage même si elle se refuse à l’admettre. Avant même le début des festivités, Nicole Croisille chante la complainte de Mackie le surineur avec un brin de folie qui donne le ton de la soirée.
Face à ce couple redoutable, Anandha Seethanen campe une Polly remarquable qui se révèle être aussi malicieuse que ses parents ; sous ses faux airs de sainte nitouche, Polly, fraîchement mariée à un Macheath déjà polygame, se révèle être une femme d’affaires redoutable dès qu’il lui confie le contrôle de ses affaires. Face à la famille Peachum, intraitable, sans scrupules ni sentiments d’aucune sorte, le Mackie d’Eric Pérez est génial à tous points de vue. Rendant coup pour coup lorsque ses intérêts sont en jeu, amoureux de toutes les femmes qu’il rencontre, qu’il s’agisse de Lucie Brown, de Polly Peachum, de la putain Jenny (excellente Flore Boixel, qui passe avec talent du rôle de la cousine dans Périchole à celui de Jenny dans Quat’sous) qui, jalouse de Polly, fera alliance avec les parents de la jeune fille pour faire emprisonner Mackie le surineur. A aucun moment, Pérez qui cosigne la mise en scène, ne se laisse déconcentrer ; il fait de son personnage un chef de gang dur, parfaitement cynique, corrompu et corrupteur prêt à tout pour conserver son «négoce». Dût-il pour cela se mettre dans la poche tous les hommes de son ami Peter «Tiger» Brown le shérif du quartier de Soho où se déroule l’action. Brown qui d’ailleurs, pour sauver la tête de son ami, va jusqu’à endosser les habits de hérault royal. Marc Schapira est digne de ses partenaires : il campe un Brown plein de morgue et de gouaille ; il se régale visiblement à jouer les faux durs pendant toute la soirée.

A la tête de l’orchestre d’Opéra Eclaté, modernisé pour l’occasion, Manuel Peskine dirige avec talent la musique de Kurt Weil, allant même jusqu’à endosser les habits du prêtre pour marier Polly et Mackie. La scène est d’ailleurs assez cocasse et ne manque pas de faire sourire. Elle souligne surtout le total engagement de chacun, chanteurs, musiciens, chef, dans le déroulé d’une soirée riche en rebondissements.

Cette seconde soirée saint-céréenne est d’une grande qualité grâce à une équipe de chanteurs comédiens survoltés, soudés car ils se connaissent bien ; d’autant que la présence de Nicole Croisille, dont la carrière exceptionnelle est un exemple remarquable de longévité, aiguillonne tout le monde. La mise en scène à quatre mains d’Eric Pérez et d’Olivier Desbordes offre aux artistes, un écrin qui fonctionne très bien.

Saint-Céré. Théâtre de l’usine, le 10 août 2016. Kurt Weil (1900-1950) : L’Opéra de quat’sous opéra en trois actes sur un livret de Bertold Brecht (1898-1956). Eric Pérez, Mackie, Anandha Seethanan, Polly, Nicole Croisille, Mme Peachum, Patrick Zimmermann, Mr Peachum, Flore Boixel, Jenny, Marc Schapira, Brown, Sara Lazerges, Lucie, choeur et orchestre Opéra Eclaté, Manuel Peskine, direction. Eric Pérez et Olivier Desbordes, mise en scène, Patrice Gouron, décors, Jean Michel Angays, costumes, Guillaume Hébrard, construction décors, Paolo Calia, graffitis sur toile.

Compte rendu, opéra. Saint-Céré, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole. Opéra Eclaté, Jérôme Pillement

offenbach jacques Offenbach2Pour la seconde étape de notre périple musical, nous nous retrouvons, pour la dernière année (le futur théâtre de l’usine devant être livré début 2016), à la Halle des sports de Saint-Céré pour une représentation de La Périchole. Le petit bijou  lyrique de Jacques Offenbach (1819-1880) fut créé en 1868 puis re-créé en 1874 après que l’oeuvre ait été remise sur le métier et corrigée pour partie par le compositeur; et c’est d’ailleurs la version de 1874 qui nous était présentée en cet étouffant vendredi soir d’été. Cette nouvelle production est une coproduction du festival de Saint Céré, allié pour la circonstance avec Les Folies d’O de Montpellier. Pour l’occasion, la mise en scène est réalisée à quatre mains par Olivier Desbordes et Benjamin Moreau. Depuis 2013, Olivier Desbordes régale son public avec des mises en scène plutôt convaincantes dont nous avons déjà rendu compte dans nos colonnes (Lost in the stars, Le voyage dans la lune). Lors de cette édition 2015, il remet à l’honneur le fameux opéra bouffe de Jacques Offenbach : La Périchole. L’oeuvre avait déjà été donnée par le passé et revient sur le devant de la scène en faisant peau neuve en une nouvelle production.

olivier-desbordesAvec Benjamin Moreau, Olivier Desbordes signe une mise scène dynamique et très cocasse, mais d’une certaine bridée manquant de délire et de glissements déjantés qui auraient pu en faire une production idéale. Si les décors sont dépouillés, les costumes eux sont bien adaptés aux personnages; ainsi le Vice Roi, censé se promener incognito débarque sur scène grimé en rappeur (dont il adopte le langage) provoquant l’hilarité du peuple de Lima, qui a bien compris à qui il a affaire, et d’un public conquis. Il faut bien avouer aussi que voir Don Pedro de Hinoyosa et le comte Miguel de Panatellas arriver costumés en indiennes est tout aussi cocasse, voire franchement hilarant. Autant de costumes et d’accessoires qui remplacent avec bonheur les éléments de décors éliminés au profit du reste.

Héloïse-Mas-HDVocalement, la distribution convoquée séduit dès le début de la soirée. La jeune Héloïse Mas est une Périchole mutine, drôle, sans complexes mais avec les pieds sur terre; pauvre chanteuse des rues, crevant la faim, le coup de foudre de Don Andrès de Ribeira est une aubaine pour elle, aubaine qu’elle compte bien utiliser à son avantage. La voix est ferme, ronde, chaleureuse et dès la scène d’entrée, avec un Piquillo mordu de jalousie, elle s’impose comme une future grande titulaire du rôle; les quatre airs dévolus à Périchole sont chantés sans faiblesses. Marc Larcher est aussi déchainé que sa partenaire : il incarne un Piquillo amoureux transi, éprouvé par sa compagne dont la forte personnalité le fait souvent tourner en bourrique. Larcher possède lui aussi une voix prometteuse à la tessiture large qui donne au personnage de Piquillo, une assurance trempée, style beau ténébreux, dont il se sert avec talent. C’est Philippe Ermelier qui campe Don Andrès de Ribeira, vice roi du Pérou. En vieux briscard de la scène, Ermelier entre dans la peau de son personnage avec une aisance déconcertante. Comédien de talent, il joue les rappeurs (costume sous lequel il pense pouvoir se promener dans les rues de Lima sans être reconnu) avec délice. Cependant, c’est aussi un grand naïf et il tombe, tel un fruit trop mûr, dans le piège tendu par la Périchole qui veut à tout prix s’évader de la prison où il l’a mise avec son cher Piquillo. La voix grave et parfaitement maitrisée de l’artiste séduit et ensorcelle pendant toute la soirée.

 

Parmi les piliers du festivals, on retrouve l’excellent ténor Éric Vignau, lequel, comme lors de l’édition 2014, a assuré trois concerts d’affilé (Falstaff le 5 août dernier et dont nous rendrons compte après le représentation du 10, puis un récital de mélodies juives hébraïques le 6 août). L’artiste, familier du rôle de Don Pedro de Hinoyosa, en fait un personnage hilarant tant il a peur de perdre la faveur de ses supérieurs; comédien consommé, son Don Pedro reste une performance inclassable, convaincante et très personnelle. Saluons aussi les très belles performances de Yassine Benameur en comte de Panatellas et du trio de cousines constitué de Sarah Lazerges, Flore Boixel et Dalilah Kathir, une autre habituée du festival de Saint Céré. Ultime personnage de La Périchole, le choeur d’Opéra Éclaté joue et chante avec gourmandise un oeuvre pétillante. Dans la fosse, ou plutôt sur le côté de la scène, Jérôme Pillement dirige avec entrain l’orchestre d’Opéra Éclaté. Si la différence entre l’orchestre de Montpellier et la formation réduite du festival de Saint Céré peut surprendre quiconque ne connait pas ou mal la structure Opéra Éclaté, l’orchestre n’a pas à rougir de la prestation qu’il donne à entendre au public venu nombreux. Le geste dynamique, léger et aérien de Jérôme Pillement donne à cette Périchole la touche de folie indispensable pour parachever une production scénique plus mesurée mais globalement réussie.

 

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Halle des sports, le 7 août 2015. Offenbach : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Héloïse Mas, La Périchole; Marc Larcher, Piquillo; Philippe Ermelier, Don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou … choeur et orchestre Opéra Éclaté; Jérôme Pillement, direction. Benjamin Moreau et Olivier Desbordes, mise en scène; Pascale Péladan, chorégraphie; Jean Michel Angays, costumes; Elsa Bélenguier, décors.