CRITIQUE, opéra. MUNICH, Opéra de Bavière, le 4 fév 2022. Strauss : La Femme silencieuse. Stefan Stoltesz / Barrie Kosky

CRITIQUE, opĂ©ra. MUNICH, OpĂ©ra de Bavière, le 4 fĂ©v 2022. Strauss : La Femme silencieuse. Stefan Stoltesz / Barrie Kosky – Avec l’imposition de mesures sanitaires de bon sens (jauge rĂ©duite, port obligatoire d’un masque ffp2 et contrĂ´le d’identitĂ© avec le pass sanitaire), les autoritĂ©s bavaroises ont rĂ©ussi non seulement Ă  maintenir les productions prĂ©vues depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, mais Ă©galement la formidable vitalitĂ© du lieu : on est agrĂ©ablement surpris, en tant qu’habituĂ© des salles hexagonales, du nombre considĂ©rable de personnes prĂ©sentes avant le spectacle pour boire un verre dans les diffĂ©rents lieux prĂ©vus Ă  cet effet. De mĂŞme, pendant l’entracte, on se surprend Ă  dĂ©couvrir un parterre d’orchestre entièrement vide, tandis que les spectateurs se sustentent un peu partout. Dans ce contexte, l’OpĂ©ra de Paris a judicieusement emboitĂ© le pas de ses homologues germaniques, en permettant la rĂ©servation au prĂ©alable de diners pendant l’entracte – une initiative Ă  saluer vivement pour faire vivre les reprĂ©sentations bien au-delĂ  du spectacle proprement dit.

 
 
 

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La Femme silencieuse par Barrie Kosky, déjà présentée à Munich en 2017 (DR)

 
 
 

richard-strauss.jpgA Munich, l’OpĂ©ra de Bavière n’en oublie pas de fĂŞter les enfants qui ont fait sa gloire Ă  travers le monde, tel Richard Strauss. MĂŞme s’il a souvent prĂ©fĂ©rĂ© l’OpĂ©ra de Dresde pour crĂ©er ses ouvrages lyriques, le Bavarois honore logiquement le hall d’entrĂ©e de son buste, en face de celui de Richard Wagner, tout en voyant rĂ©gulièrement ses ouvrages montĂ©s jusqu’aux plus rares, telle cette « Femme silencieuse » (1934) – voir notre prĂ©sentation http://www.classiquenews.com/tag/femme-silencieuse/. Moins couru que les chefs d’oeuvre d’avant 1920, cet ouvrage peine Ă  renouveler son inspiration musicale, empruntant sans vergogne aux dĂ©lices tonaux du Chevalier Ă  la rose, tandis que le livret de Zweig lorgne du cĂ´tĂ© des comĂ©dies de Goldoni, sans jamais rĂ©ellement surprendre. Pour autant, le mĂ©tier de Strauss rĂ©serve quelques moments dĂ©licieux, notamment dans la palette enivrante des couleurs orchestrales et dans la virtuositĂ© piquante des ensembles. Ce petit bijou d’orfèvre nĂ©cessite toutefois un plateau vocal homogène et rompu aux difficultĂ©s techniques de la partition pour exprimer pleinement l’humour distillĂ© ici et lĂ .

Le dĂ©fi n’est malheureusement qu’imparfaitement rĂ©ussi, du fait d’un niveau inĂ©gal cĂ´tĂ© fĂ©minin, avec la gouvernante bien pâle de Christa Payer et le suraigu peu harmonieux des deux sopranos, Lavinia Dames (Isotta) et Tara Erraught (Carlotta). La première joue trop de son vibrato pour convaincre tout du long, ce qui est dommageable compte tenu de l’importance du rĂ´le. A l’inverse, Tara Erraught (Carlotta) s’impose avec des graves parfaits, aussi suaves que parfaitement projetĂ©s, tandis que la plus belle satisfaction vocale revient Ă  l’irrĂ©sistible barbier de Björn BĂĽrger. Le baryton allemand fait valoir la beautĂ© de son timbre par une Ă©mission naturelle, trouvant le juste Ă©quilibre entre jubilation dans la tromperie et manifestation d’autoritĂ© (en lien avec la mise en scène qui lui confie un rĂ´le de maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie). On aime aussi le solide neveu incarnĂ© par Daniel Behle ou le choeur local, parfaitement en place. Dommage que Franz Hawlata manque d’Ă©clat dans son rĂ´le prĂ©pondĂ©rant de barbon trompĂ© : la voix usĂ©e n’aide pas Ă  donner du mordant Ă  ses reparties, et ce malgrĂ© un art du parlĂ©-chantĂ© parfaitement maĂ®trisĂ©.

Dans la fosse, l’expĂ©rimentĂ© Stefan Stoltesz, ancien directeur musical de l’OpĂ©ra d’Essen de 1997 Ă  2013, montre qu’il connait les moindres recoins de la partition, imprimant des phrasĂ©s d’un naturel toujours alerte, au service de l’efficacitĂ© théâtrale. MalgrĂ© quelques infimes rĂ©serves, notamment des cuivres un rien trop forts par endroit, l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Bavière donne lui aussi beaucoup de satisfaction, tout particulièrement dans la prĂ©cision des attaques.

 
  

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CRITIQUE, opéra. Munich, Opéra de Bavière, le 4 février 2022.Strauss : La Femme silencieuse. Brenda Rae (Aminta), Christa Payer (La gouvernante), Lavinia Dames (Isotta), Tara Erraught (Carlotta), Franz Hawlata (Sir Morosus), Björn Bürger (Le barbier), Daniel Behle (Henry Morosus), Christian Rieger (Morbio), Tijl Faveyts (Vanuzzi), Tareq Nazmi (Farfallo) ;
Chor der Bayerischen Staatsoper, Stellario Fagone (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester, Stefan Stoltesz (direction musicale) / Barrie Kosky (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra de Bavière, jusqu’au 10 février, puis le 22 juillet 2022. Photo : ©Wilfried Hösl

 
  

MUNICH. STRAUSS : Die Schweigsame Frau, 29 janv, 1er, 4 fév 2022

richard-strauss.jpgMUNICH, Opéra. STRAUSS : Die SCHWEIGSAME FRAU. 29 janv, 1er, 4 Fév 22. Composée sur le livret de Stefan Zweig, La Femme silencieuse est une comédie buffa en 3 actes, créée à Dresde le 24 juin 1935 sous la direction du chef (straussien) Karl Boehm. Hitler au pouvoir depuis 1933 interdit de jouer des œuvres produites par des juifs, hors Stefan Zweig était juif. Célébré comme le plus grand compositeur vivant, Strauss qui présidait alors la Chambre de la musique du Reich, obtint d’Hitler que l’opéra soit affiché et maintenu, en réalité pour seulement … 2 représentations (!). L’ouvrage ne put être redonné qu’après la fin de la guerre.
Le rĂ´le-titre est tenu par une basse, dindon de la farce, mais aussi comme Don Pasquale de Donizetti, cĹ“ur tendre. Car l’action est celle d’un drame comique, alliant facĂ©tie grinçante et profondeur touchante. L’histoire a lieu en Angleterre au XVIIIè, comme son opĂ©ra prĂ©cĂ©dent : Le Chevalier Ă  la rose (1911) qui se dĂ©roule dans la Vienne de Marie-ThĂ©rèse ; comme Capriccio qui se passe au XVIIIè Ă©galement, mais… Ă  Paris. La Femme silencieuse elle se dĂ©roule dans la Londres de 1760. (I) : MOROSUS. L’Amiral anglais Sir Morosus ne souffre aucun bruit. Ni sa gouvernante ni son voisinage. Son barbier lui confirme qu’il doit prendre femme, mais une femme « silencieuse ». Son neveu Henry et sa femme Aminta, sont chanteurs d’opĂ©ra ; illico Morosus le dĂ©shĂ©rite et les chasse de chez lui ; (II) : LA VENGEANCE. Henry aidĂ© du barbier entend se venger; aux cĂ´tĂ©s des prĂ©tendantes au mariage (la prĂ©tentieuse Isotta et la sotte Carlotta), Aminta dĂ©guisĂ©e en « Timida » est la femme silencieuse qui sĂ©duit Morosus par sa beautĂ© soumise. Un faux mariage (avec de faux prĂŞtre et notaire , s’en suit – Strauss recycle l’idĂ©e de Mozart dans Cosi fan tutte). Mais aussitĂ´t Ă©pousĂ©e, Timida redevient Aminta qui avec les membres de la troupe de chanteurs, produit un tapage qui choque Morosus. Henry survient et chasse tout le monde. (III) : DÉNOUEMENT : Aminta et ses amis redĂ©corent toute la maison avec grand fracas ; tandis que Henry dĂ©guisĂ© donne un leçon de chant Ă  son Ă©pouse. Morosus veut divorcer. Henry dĂ©voile la farce organisĂ©e et Morosus souffle enfin, soulagĂ© ; il rĂ©cupère l’hĂ©ritage promettant Ă  son oncle d’éviter tout bruit excessif. Morosus, redevenu maĂ®tre chez lui, savoure la paix recouvrĂ©e.
Vieux barbon vaniteux, voire misogyne, rôles travestis et déguisements trompeurs, la comédie de Strauss retrouve le piquant et la verve des opéras de Mozart comme l’esprit buffa du Donizetti de Don Pasquale. Son Morosus recueille la sagesse d’un compositeur parvenu au terme de sa carrière et de sa propre vie dont le personnage central certes obtus et autoritaire n’en est pas moins portraituré avec une certaine tendresse. Sous la baguette de Böhm à la création, Hans Hotter, fin diseur, incarnait l’Amiral avec panache et subtilité. Du pain béni pour tout chanteur. La mise en scène de Barrie Kosky explore tous les ressorts délirants de la comédie piquante de Strauss, entre drôlerie et pathétique.

 

 

MUNICH, Opéraboutonreservation
R STRAUSS : DIE SCHWEIGSAME Frau (La femme silencieuse)
Conductor / direction : Stefan Soltesz
Production, mise en scène : Barrie Kosky

Samedi 29 janvier 2022, 18h
Puis les 1er, 4 février 2022, reprise le 22 juillet à 19h

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Munich
https://www.staatsoper.de/en/productions/die-schweigsame-frau-the-silent-woman/2022-01-29-1800-12761

 

 

Cast / distribution :

Conductor / direction : Stefan Soltesz
Production, mise en scène : Barrie Kosky

Sir Morosus : Franz Hawlata
Haushälterin : Christa Mayer
Der Barbier : Björn Bürger
Henry Morosus : Daniel Behle
Aminta : Brenda Rae
Isotta : Lavinia Dames
Carlotta : Daria Proszek
Morbio
Christian Rieger
Vanuzzi
Tijl Faveyts
Farfallo
Tareq Nazmi

 

 

CD événement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd Hänssler)

muller-jean-piano-hanssler-sonatas-mozart-review-annonce-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd Hänssler – 2016) – Les 4 Sonates de ce vol 2, Ă©clairent la prodigieuse vitalitĂ© inventive de Wolfgang, alors adolescent, souvent touchĂ© par la grâce, Ă  Munich puis Mannheim… Ainsi se prĂ©cise l’idĂ©al des Lumières, celui prĂ©classique et galant des annĂ©es 1770 qui confirme le style europĂ©en de Mozart. C’est une Ă©criture dont la perfection formelle souvent aimable et virtuose n’écarte ni profondeur ni sincère tendresse. Jean Muller, pianiste remarquablement articulĂ©, d’une volubilitĂ© rĂ©jouissante, Ă  l’acrobatie Ă©lastique aux milles nuances, poursuit ce qui s’annonce comme un intĂ©grale des Sonates mozartiennes, après un vol 1 Ă©galement Ă©ditĂ© chez Hänssler.

Respectons la chronologie mozartienne. Les Sonates munichoises du cd constituent un corpus de 6, celle écrites à Munich où Mozart séjourne avant Mannheim, vers 1774-1775. A 19 ans, alors sur le métier de La Finta Giardiniera, Wolfgang éblouit par la richesse de son inspiration qui explore et expérimente autant à l’opéra que dans le genre sonate.
La K 282 est l’une des plus facétieuses et enjouées, riche en surprises, et aussi en suspense (début du Menuetto). Mozart s’y révèle un frère artistique proche de l’humour de Haydn son ainé. Mais le début de l’Adagio placé en premier mouvement, surprend tout autant pas sa délicatesse pudique à laquelle la digitalité de Jean Muller apporte une fluidité bondissante et rafraîchissante qui donne l’impression d’une section scherzando comme improvisée.

 

 

 

 

Finesse, humour, virtuosité… les Sonates de Mozart régénérées…
Jean Muller, superbe mozartien

 

 

La K 279 trahit une conception encore baroque tardive dans l’écriture qui rappelle évidemment le clavecin et ses effets d’un flux non continu mais déroulé par séquences. Jean Muller réussit à équilibrer séduction digitale et subtilité expressive. Le charme et l’élégance qu’y déploient Mozart, restent emblématique de son raffinement naturel comme de sa prodigieuse versatilité (éclats de rire dans le premier Allegro ; plis et replis d’une pudeur préservée dans le chant lumineux et presque secret de l’Andante).

La K 284 couronne le cycle des 6 Sonates munichoises. C’est la plus longue et la plus redoutable techniquement. Son premier mouvement déploie une architecture et un souffle orchestral. Le mouvement lent est un Rondeau en polonaise, subtil et intérieur (le jeu déploie un velouté suggestif).
La volubilité et la versatilité de Mozart redoublent d’intensité, en particulier dans le mouvement final et ses 12 variations, miroir d’une inspiration virtuose et sans limites qui sur le rythme d’une gavotte faussement badine, enchaîne les acrobaties les plus audacieuses. L’imagination de Mozart va plus loin encore qu’auparavant ; le pianiste libère toutes les facettes d’une prodigieuse inventivité (finesse éthérée, voire céleste de la variation 11, Adagio cantabile). Toutes les ressources de la technique et de l’écriture visent la sincérité et atteignent à une justesse de ton, jamais artificielle.

Mozart_1780Comme un concentré d’équilibre, Jean Muller place en ouverture de son programme la très aimable Sonate K 311. En 1777, Mozart apprend et assimile les caractères de l’école de Mannheim : nervosité, expressivité, élégance et flexibilité, surtout intense dramatisme qui explique combien l’écriture orchestrale et aussi comme ici pianistique, s’y trouve proche de … l’opéra. Dans sa vie personnelle, Mozart trouve à Mannheim, l’amour, au contact de la famille Weber, d’abord épris de Aloysia, puis de sa sœur Constanze, sa future épouse. Energie, exaltation, profondeur et tendresse s’entendent dans la K 311: souffle orchestral du premier mouvement ; duetto amoureux de l’Andante con espressione ; ivresse dansante du Finale. Jean Muller cisèle en particulier l’articulation des climats du Rondeau final (Allegro) dont il exprime avec une précision quasi électrique la diversité des séquences ; la palette expressive s’embrase mais toujours avec une élégance intérieure réjouissante. L’agilité mozartienne, sa volubilité virtuose se manifestent clairement de l’un à l’autre mouvement. Et l’interprète grâce à une articulation qui soigne les phrasés (admirable suspension millimétrée des reprises et des fins de phrases), insuffle un idéal d’élégance tout au long d’un jeu pourtant expressif et très contrasté. Pétillant et flexible.
CLIC D'OR macaron 200Ce recueil est une grande réussite. Jean Muller se montre un orfèvre du style et de la nuance. Goût maîtrisé du risque ; comme nous l’avons souligné beauté des phrasés souverains ; flexibilité ronde et facétieuse, préservent ici l’urgence, la profondeur, la passion. Ce Mozart est aussi tendre, intense que mûr et ambitieux. Passionnant. On attend la suite avec impatience. Parution : février 2020.

 

 

 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 : K 311, K 282, K 279, K 284 (1 cd Hänssler – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Luxembourg, aoĂ»t 2016) – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020.

 
 

LIRE AUSSI notre dépêche annonce du cd MOZART VOL 2 par Jean MULLER (Hänssler)

 

 
 

 

LIRE AUSSI notre ENTRETIEN avec JEAN MULLER

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Les noces de l’humour et de l’Ă©lĂ©gance

 

 

ENTRETIEN avec JEAN MULLER, piano. A l’occasion de son 2è volume des Sonates de Mozart édité par Hänssler (février 2020), le pianiste luxembourgeois Jean Muller répond aux questions de CLASSIQUENEWS. L’intégrale en cours et qui comprendra à l’horizon 2022 (printemps) 5 volumes, s’annonce déjà comme une version de référence, tant par la justesse des intentions poétiques, que l’éloquence articulée que sait y déployer l’interprète. Jean Muller a raison de souligner combien le classicisme de Mozart à Vienne incarne un âge d’or esthétique, où la forme fusionne avec le sens. Rien n’est donc purement décoratif ici. Et malgré son jeune âge, Wolfgang bouleverse à bien des égards. C’est bien le propre du pianiste que d’éclairer ici, sur son propre Steinway D, la sincérité et la profondeur sous le masque de l’invention et aussi de la facétie. Entretien pour classiquenews.

 

 

 
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Illustrations : portrait de JEAN MULLER © Kaupo Kikkas
 
 

 

 

Salomé de STRAUSS par Kiril Petrenko

FRANCE MUSIQUE, dim 18 août 2019. STRAUSS : Salomé. De toutes les femmes conçues sur la scène lyrique par Richard Strauss, Salomé serait le plus « monstrueuse », inspirée par la pièce envoûtante et saisissante d’Oscar Wilde. Le poète et dramaturge anglais y fusionne de façon trouble l’ingénuité et la volupté, une innocence perverse qui séduite par le prophète réclame sa tête, avant de saisir Hérode dans l’hypnose érotique puis l’horreur criminelle. La musique de Strauss exprime exactement la pulsion frénétique, entre amour, désir et mort. Avant LULU de Berg, Strauss aborde la féminité sous l’angle de la sexualité, plus précisément d’un érotisme libéré qui fascine autant qu’il terrifie. Quand Hérode (un rien pédophile) ordonne à ses gardes d’étouffer sous les boucliers l’ardente sirène qui baise la bouche de Jokanaan décapitée, il s’agit de tuer le désir de la femme qui fait peur… La production diffusée par France Musique en ce mois d’août 2019 devrait marqué les esprit car le chef Kirill Petrenko, directeur musical du Berliner Philharmoniker est un superbe maestro lyrique (il l’a entre autres démontré à Bayreuth)…

salome_titien_tiziano_salome_5-Salome-1512-Tiziano-TitianLIRE notre dossier Richard Strauss : portraits de femmes. De Salomé à Capriccio, soit au cours de la première moitié du XXème siècle, Richard Strauss, comme Massenet ou Puccini aura laissé une exceptionnelle galerie de portraits féminins. Lente évolution qui d’ouvrages en partitions, recueille les fruits d’ une écriture musicale en métamorphose, et précise la place et le rôle de la femme vis à vis du héros.  Alors que Wagner n’envisage pour ses héroïnes qu’un aspect certes flamboyant mais unique (et qui le destine souvent à mourir), celui d’un ange salvateur œuvrant pour le salut du maudit (le héros et le compositeur se fondent ici), Strauss, avec son librettiste Hofmannsthal fouillent l’ambivalence contradictoire de la psyché féminine avec une subtilité rarement atteinte au théâtre. Selon les sources empruntées et le sujet central de l’opéra, l’héroïne est ici solitaire égoïste comme emprisonnée définitivement par ses propres obsessions, ou à l’inverse, mobile et généreuse, souvent sujet d’une métamorphose imprévue, capable de sauver le héros dont elle a croisé le destin. L’itinéraire de la femme au cours d’un seul ouvrage traverse bien des épreuves : elle pose clairement le principe de la transformation, du changement qui du début à la fin de l’ouvrage, indique une progression souvent passionnante à suivre.
http://www.classiquenews.com/les-femmes-selon-richard-strauss/ 

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logo_francemusiqueFrance Musique, dim 18 août 2019. 20h
Concert donnĂ© le 27 juin 2019 au Prinzregententheater (Théâtre du Prince-RĂ©gent) de Munich dans le cadre de l’Opernfestspiele (Festival de l’OpĂ©ra de Munich)

Richard Strauss : Salome op.54
Opéra en un acte sur un livret du compositeur
d’après la pièce de théâtre “SalomĂ©” d’Oscar Wilde

Wolfgang Ablinger Sperrhacke, ténor, Herodes
Michaela Schuster, mezzo-soprano, Herodias
Marlis Petersen, soprano, Salome
Wolfgang Koch, baryton, Jochanaan, prophète
Pavol Breslik, ténor, Narraboth, capitaine de la garde
Rachael Wilson, mezzo-soprano, Le page d’HĂ©rodias
Scott MacAllister, ténor, Premier Juif
Roman Payer, ténor, Deuxième Juif
Kristofer Lundin, ténor, Troisième Juif
Kevin Conners, ténor, Quatrième Juif
Peter Lobert, ténor, Cinquième Juif
Callum Thorpe, basse, Premier Nazaréen
Ulrich Ress, ténor, Second Nazaréen
Kristof Klorek, basse, Premier Soldat
Alexandre Milev, basse, Second Soldat
Milan Siljanov, basse, Un Cappadocien
Mirjam Mesak, soprano, Une esclave
Orchestre de l’Etat de Bavière
Direction : Kirill Petrenko

Création à Munich : South Pole

Munich, OpĂ©ra: South Pole, crĂ©ation, 31 janvier-11 fĂ©vrier 2016. L’OpĂ©ra d’Ă©tat de Bavière Ă  Munich (Bayerische Staatoper) accueille une crĂ©ation : South Pole qui Ă©voque la rivalitĂ© de deux explorateurs au long cours, animĂ©s par le mĂŞme objectif : Robert Scott et Roald Amundsen engagĂ©s sĂ©parĂ©ment et simultanĂ©ment Ă  dĂ©couvrir le pĂ´le sud, (d’oĂą le titre du nouvel opĂ©ra). Ce que chacun rĂ©alisera avec les moyens de l’Ă©poque 1911, soit Ă  pieds, par voie terrestre. Au total, du 31 janvier au 11 fĂ©vrier 2016, 5 reprĂ©sentations. Arte diffuse la première date, soit la crĂ©ation mondiale de l’ouvrage composĂ© par le tchèque Miroslav Srnka.

 

 

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South pole : création lyrique à Munich

 

T.-Holloway_M.Srnka-c-W.-Hösl--600x411Courageuse, dĂ©fricheuse, lyricophile, la chaĂ®ne franco-allemande Arte dĂ©fend la crĂ©ation prĂ©sentĂ©e fin janvier 2016 par l’OpĂ©ra bavarois Ă  Munich : la partition illustre cette lutte acharnĂ©e entre deux Ă©quipes scientifiques rivales menĂ©es par l’officier de la oyal navy, le britannique Robert Scott et le norvĂ©gien Roald Amundsen pour conquĂ©rir et dĂ©couvrir le pĂ´le sud. DiffusĂ© en lĂ©ger diffĂ©rĂ©, South pole est un ouvrage commandĂ© par l’OpĂ©ra de Munich au compositeur tchèque Miroslav Srnka et Ă  l’Ă©crivain australien Tom Holloway (voir notre photo ci dessus). Outre le dĂ©fi exceptionnel que se sont imposĂ©s les deux hommes et leur Ă©quipage (en dĂ©cembre 1911), l’opĂ©ra crĂ©Ă© en janvier 2016 souligne aussi les conditions de l’extrĂŞme auxquelles les deux explorateurs sont confrontĂ©s au coeur d’un continent blanc, aux tempĂ©ratures rĂ©frigĂ©rantes : l’Antarctique. RĂ©ussir ou mourir.

 

south pole opera munich creation mondialeEn dĂ©finitive, c’est Roald Amundsen qui atteint le premier la point convoitĂ©, le 14 dĂ©cembre 1911, quand les britanniques le rejoignent seulement un mois plus tard, le 12 janvier 1912. Malheureusement, sur le chemin du retour, tous les membres de l’expĂ©dition anglaise Terra Nova meurent de froid et de faim. Dans la fosse, arbitre et garant de la bonne tenue artistique de cet opĂ©ra en première mondiale, le chef Kirill Petrenko. Le baryton amĂ©ricain, grand diseur chez Mahler ou Strauss, Thomas Hampson incarne l’explorateur victorieux de cette course vers l’impossible et l’inatteignable, Roald Amundsen. Et c’est le tĂ©nor français Rolando Villazon qui chante la partie de son rival malheureux, l’officier britannique Robert Scott.

 

 

 

arte_logo_2013TĂ©lĂ©, le 31 janvier 2016, 23h sur ARTE. CrĂ©ation de l’opĂ©ra South Pole à Munich. DurĂ©e : 2h30. Hans Neuenfels, mise en scène. Kirill Petrenko, direction musicale. Orchestre du Bayerirches Staatsorchester. Le dvd de l’opĂ©ra South Pole devrait sortir courant 2017, chez l’Ă©diteur BelAir classiques
En LIRE + sur le site de l’opĂ©ra d’Ă©tat de Bavière, OpĂ©ra de Munich

 

 

 

 

South Pole, création lyrique sur Arte

arte_logo_2013Arte. en direct de Munich: South Pole, crĂ©ation, le 31 janvier 2016,23h15. L’OpĂ©ra d’Ă©tat de Bavière Ă  Munich (Bayerische Staatoper) accueille une crĂ©ation : South Pole qui Ă©voque la rivalitĂ© de deux explorateurs au long cours, animĂ©s par le mĂŞme objectif : Robert Scott et Roald Amundsen engagĂ©s sĂ©parĂ©ment et simultanĂ©ment Ă  dĂ©couvrir le pĂ´le sud, (d’oĂą le titre du nouvel opĂ©ra). Ce que chacun rĂ©alisera avec les moyens de l’Ă©poque 1911, soit Ă  pieds, par voie terrestre. Au total, du 31 janvier au 11 fĂ©vrier 2016, 5 reprĂ©sentations. Arte diffuse la première date, soit la crĂ©ation mondiale de l’ouvrage composĂ© par le tchèque Miroslav Srnka.

 

 

 

South pole : création lyrique sur Arte

 

T.-Holloway_M.Srnka-c-W.-Hösl--600x411Courageuse, dĂ©fricheuse, lyricophile, la chaĂ®ne franco-allemande Arte dĂ©fend la crĂ©ation prĂ©sentĂ©e fin janvier 2016 par l’OpĂ©ra bavarois Ă  Munich : la partition illustre cette lutte acharnĂ©e entre deux Ă©quipes scientifiques rivales menĂ©es par l’officier de la oyal navy, le britannique Robert Scott et le norvĂ©gien Roald Amundsen pour conquĂ©rir et dĂ©couvrir le pĂ´le sud. DiffusĂ© en lĂ©ger diffĂ©rĂ©, South pole est un ouvrage commandĂ© par l’OpĂ©ra de Munich au compositeur tchèque Miroslav Srnka et Ă  l’Ă©crivain australien Tom Holloway (voir notre photo ci dessus). Outre le dĂ©fi exceptionnel que se sont imposĂ©s les deux hommes et leur Ă©quipage (en dĂ©cembre 1911), l’opĂ©ra crĂ©Ă© en janvier 2016 souligne aussi les conditions de l’extrĂŞme auxquelles les deux explorateurs sont confrontĂ©s au coeur d’un continent blanc, aux tempĂ©ratures rĂ©frigĂ©rantes : l’Antarctique. RĂ©ussir ou mourir.

 

 
south pole opera munich creation mondialeEn dĂ©finitive, c’est Roald Amundsen qui atteint le premier la point convoitĂ©, le 14 dĂ©cembre 1911, quand les britanniques le rejoignent seulement un mois plus tard, le 12 janvier 1912. Malheureusement, sur le chemin du retour, tous les membres de l’expĂ©dition anglaise Terra Nova meurent de froid et de faim. Dans la fosse, arbitre et garant de la bonne tenue artistique de cet opĂ©ra en première mondiale, le chef Kirill Petrenko. Le baryton amĂ©ricain, grand diseur chez Mahler ou Strauss, Thomas Hampson incarne l’explorateur victorieux de cette course vers l’impossible et l’inatteignable, Roald Amundsen. Et c’est le tĂ©nor français Rolando Villazon qui chante la partie de son rival malheureux, l’officier britannique Robert Scott.

 

 

 

TĂ©lĂ©, le 31 janvier 2016. CrĂ©ation de l’opĂ©ra South Pole, le 31 janvier 2016, sur ARTE
Durée : 2h30
Hans Neuenfels, mise en scène
Kirill Petrenko, direction musicale
Orchestre du Bayerirches Staatsorchester
Le dvd de l’opĂ©ra South Pole devrait sortir courant 2017, chez l’Ă©diteur BelAir classiques
En LIRE + sur le site de l’opĂ©ra d’Ă©tat de Bavière, OpĂ©ra de Munich

 

 

 

Eugène Onéguine à Munich

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Munich, Opéra de Bavière. Tchaikovski : Eugène Onéguine. 2<13 mai 2015. 19h. L’opéra de Bavière à Munich reprend la production provocante désabusée signée Warlikowski, abordant la tragédie noire d’Onéguine. Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux, Eugène Onéguine puise son sujet du roman éponyme de Pouchkine que Tchaïkovski avec la collaboration de Constantin Chilovski, adapte pour la scène lyrique. Se poursuivant entre mai 1877 et janvier 1878, la composition de la partition est assez chahutée. La matière dramatique de l’ouvrage trouve une résonance particulièrement tragique dans la vie personnelle du compositeur. C’est que son écriture est contemporaine de son mariage avec Antonina Milukova, célébré le 6 juillet 1877, lequel s’avère en définitive catastrophique en raison de l’identité homosexuelle du musicien. Au tragique de la relation avortée, correspond le traumastisme d’un scandale inévité et le profond désarroi d’un homme terrassé par une effroyable vérité.
Au centre de l’action, Eugène Onéguine recueille ainsi la terrifiante crise solitaire d’un homme en échec, dans l’obligation de faire face à lui-même et de résoudre, tout au moins trouver l’apaisement de son être le plus intime. L’opéra, marqué par ce trauma, et la nécessité du refoulement, est achevé pendant un voyage en Italie. Tchaïkovski, âgé de 37 ans, suit le portrait que donne Pouchkine des trois personnages principaux: Tatiana, Onéguine et Lenski. Trois solitudes, celles de cœurs déchirés, empêchés, décalés… Tatiana s’ouvre à l’amour que lui refuse Onéguine quand Lenski en un duel imbécile disparaît le premier. Histoire d’une passion malheureuse, tragique jamais dite et vécue pour elle-même, Onéguine peint le désarroi des êtres impuissants, blessés, incapables, décalés. Les seuls registres qui leur sont propres, sont le remord, l’oubli et l’amertume. Cynique et fier, Onéguine cache en lui-même une blessure, la plaie béante d’une âme écorchée. C’est pourquoi, il ne semble pas connaître de sérénité mais un tourment continu.
Jamais extérieur ni exhibitionniste, encore moins descriptif, Tchaïkovski reste proche de l’esprit de Pouchkine. L’opéra est l’une des oeuvres les plus intimes jamais écrites. La musique exprime l’intériorité des êtres dont le chant masque le tourment venimeux qui empoisonne leur esprit. Malgré les critiques émises lors de sa création, en dépit des détracteurs qui trouvaient l’oeuvre “non scénique” et peu représentable, en raison justement de son caractère psychologique, Eugène Onéguine s’est imposé sur toutes les scènes tant son expressionnisme intérieur incarne un âge d’or du romantisme russe. L’opéra est créé à Moscou, le 29 mars 1879 par les élèves du Collège Impérial de musique, puis repris à l’Opéra Impérial (Théâtre du Bolchoï), le 23 janvier 1881… quelques jours avant que ne soit créé à l’Opéra-Comique, Les contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach (le 10 février 1881).

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EUGENE ONEGUINE, de P.I. Tchaikovsky à l’Opéra de Bavière, Munich
Les 2,5,9,13 mai puis 26 et 29 juillet 2015

Dan Ettinger, direction musicale
Krzysztof Warlikowski, mise en scène

Heike Grötzinger, Madame Larine
Kristine Opolais, Tatiana
Alisa Kolosova, Olga
Elena Zilio, Filipjewna
Michael Nagy, Eugène Oneguine
Alexey Dolgov, Lenski
Günther Groissböck, Prince Grémine / Zaretzki
Alexander Kaimbacher, Monsieur Triquet

Le metteur en scène Krzysztof Warlikowski  aborde la comĂ©die amère et tragique de TchaĂŻkovsky : le metteur en scène provocateur et dĂ©lirant transpose l’action russe aux Etats Unis dans les annĂ©es 70 : les âmes dĂ©calĂ©es, dĂ©sespĂ©rĂ©es d’Eugène et de Tatiana, pattes d’Eph et rouflaquettes, sans omettre les bonnes lunettes rondes profilĂ©es or exposent leur spleen malĂ©fique, finalement respectueusement au fatalisme noir de Pouchkine. Production crĂ©Ă©e au Bayrische Staatsoper en 2007. LIRE la page Eugène OnĂ©guine sur le site de l’OpĂ©ra de Munich

Le Ring de Wagner Ă  Munich

wagner-ring-tetralogie-582-612Munich. Wagner : Le Ring. Du 20 fĂ©vrier au 29 mars 2015. Le Bayerisches Staatsoper de Munich, dans la capitale bavaroise affiche l’intĂ©gralitĂ© de la TĂ©tralogie wagnĂ©rienne dans la rĂ©alisation du duo Kirill Petrenko chef d’orchestre) et Andreas Kriegenburg (rĂ©gie, mise en scène). Dans l’ordre, L’or du Rhin pour le prĂ©lude, puis les 3 journĂ©es : La Walkyrie, Siegfried enfin Le CrĂ©puscule des dieux.  Soit 13 soirĂ©es wagnĂ©riennes. le cycle peut ĂŞtre Ă©coutĂ© dans la quasi continuitĂ© les 22,23,26 et 29 mars 2015. Production dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e en 2012.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthLa TĂ©tralogie raconte sur le registre Ă©pique et universel l’accomplissement de la barbarie et de l’indignitĂ© humaine sur le monde et les hommes. L’ĂŞtre intelligent et faux bâtisseur (Wotan) construit sa propre perte en imposant ses règles : manipulation, vol, tyrannie, impĂ©rialisme. Avide et vĂ©nal, le Dieu des dieux se montre parfaitement indigne de son prestige. Pour dĂ©rober l’autoritĂ© qu’il prĂ©tend dĂ©tenir, il a perdu un oeil et s’est taillĂ© une lance dans le bois du hĂŞtre primordial… Ici le pouvoir rend fou et l’amour de l’or, totalement inhumain. Dans L’or du Rhin, l’or pur du fleuve garant de l’Ă©quilibre naturel est dĂ©robĂ© par Alberich, Ă  son tour dĂ©possĂ©dĂ© par… Wotan lequel pour Ă©difier son palais du Walhalla, trompe abusivement les GĂ©ants. A la fin du Prologue, Wotan et sa clique divine monte au sommet : image de l’orgueil dĂ©mesurĂ©, leur ascension annonce dĂ©jĂ  leur chute.
Dans La Walkyrie paraĂ®t l’amour, celui du couple Siegmund et Sieglinde, les parents du hĂ©ros Ă  venir : Siegfried. Ils sont tous les deux sacrifiĂ©s sur l’autel du cynisme de Wotan : mais sa propre fillle, la Walkyrie BrĂĽnnhilde ose braver l’ordre du père. Sieglinde pourra enfanter le hĂ©ros Ă  naĂ®tre, mais elle perdra son statut et deviendra simple mortelle, protĂ©gĂ©e par un rideau de feu.
Siegfried raconte l’enfance du hĂ©ros attendu. Comment Alberich son tuteur lui cache sa nature exceptionnelle et mourra sous la lame de son Ă©pĂ©e. Le hĂ©ros qui ne connaĂ®t pas la peur, assassine le dragon : il peut rejoindre la Walkyrie sur son rocher pour l’Ă©pouser…
Dans le CrĂ©puscule des dieux, la prophĂ©tie s’accomplit et Wotan doit cĂ©der la place Ă  Siegfried. Pourtant, ce dernier trop naĂŻf et manipulable se laisse berner par le clan de Gibishungen : il trahit BrĂĽnnhilde, et meurt honteusement Ă  la suite d’un complot : sa mort puis l’ample monologue de BrĂĽnnhilde annonçant une ère nouvelle sont les deux temps forts d’une partition parmi les plus rĂ©ussies de tout le cycle.

La Tétralogie wagnérienne à Munich
Der Ring des Nibelungen

agenda
L’or du Rhin,  Das Rheingold
Les 20,27 février puis 11 et 22 mars 2015

La Walkyrie, Die WalkĂĽre
Les 28 février puis 6,14,23 mars 2015

Siegfried
Les 8,16,26 mars 2015

Götterdämmerung
Les 20 et 29 mars 2015

Illustrations : Odin par Arthur Rackham, Richard Wagner (DR)

Nouvel Idomeneo de Mozart Ă  Lyon

mozart_portraitLyon, OpĂ©ra. Mozart : Idomeneo. 23 janvier>6 fĂ©vrier 2015. Que valent les dynasties et les ambitions politiques si les rois sous la contrainte (ou l’Ă©preuve) divine, n’hĂ©sitent pas Ă  sacrifier leur propre fils ? IdomĂ©nĂ©e est sauvĂ© par Neptune qui en Ă©change exige un sacrifice : la première personne que le miraculĂ© croisera lors de son retour en CrĂŞte sera donc immolĂ©e. Pas de chance, le roi sauvĂ© rencontre son fils Idamante. Horreur d’un dieu cruel, laideur aussi d’un roi trop faible, barbarie d’un destin tragique ; car le courage paie toujours et la jeune princesse troyenne Ilia, amoureuse de surcroĂ®t du jeune prince (d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante et pure au II), dĂ©clare ĂŞtre prĂŞte au III pour se sacrifier Ă  la place du fils. Tant d’innocence hardie est rĂ©compensĂ©e par le dieu des mers : IdomenĂ©e est dĂ©chu et le nouveau roi, Idamante Ă©pousera Ilia. Neptune voulait-il Ă©prouver le roi règnant et dĂ©celer sa faiblesse ? Le jeter Ă  terre pour placer sur le trĂ´ne un sang plus noble? MĂŞme s’il profite Ă  terme de la volontĂ© divine, ce n’est pourtant pas Idamante son fils qui exprime le mieux l’intensitĂ© du courage mais plutĂ´t sa fiancĂ©e, la jeune princesse Ilia au soprano ardent, amoureux, irrĂ©sistible. C’est elle qui ose dĂ©fier les dieux au moment oĂą le père allait sacrifier son fils…

 

 

 

 


Carnaval de 1781 : Mozart Ă  Munich

seria maritime

 

 

Les femmes prennent un relief particulier chez Mozart ; autant la douceur tendre mais dĂ©terminĂ©e d’Ilia Ă©blouit par sa candeur lumineuse, autant sa contrepartie, Electre (Elettra), – souvenir des magiciennes noires et jalouses de l’opĂ©ra baroque terrifie par d’amples imprĂ©cations. Après le meurtre de sa mère Clytemnestre par son frère Oreste (qui fait tout le sel de l’opĂ©ra de Richard Strauss), Electre se refugie en CrĂŞte. DĂ©vorĂ©e par la haine de sa mère, la princesse tombe cependant amoureuse – vainement- du prince Idamante… :  d’ailleurs l’opĂ©ra s’achève sur le jaillissement impressionnant de la haine d’une manipulatrice dĂ©faite (malheureuse rivale d’Ilia) dont le parti a perdu. Sa figure hideuse, submergĂ©e par la folie (comme MĂ©dĂ©e ou Armide sur son char) contraste avec l’humanitĂ© crĂ©toise rĂ©conciliĂ©e Ă  la fin du drame.
Outre la palette flamboyante des caractères, Mozart âgĂ© de 25 ans (!), renouvelle le genre seria (après Mitridate de 1770, Lucio Silla de 1772 et avant Titus Ă©crit Ă  la fin de sa vie en 1791) en intĂ©grant, comme une vĂ©ritable synthèse, des Ă©lĂ©ments français  (le chĹ“ur est très prĂ©sent), germaniques dans la conduite d’un orchestre Ă©tonnamment expressif, traducteur de la force des Ă©lĂ©ments marins dans un opĂ©ra qui se dĂ©roule au cĹ“ur de la MĂ©diterranĂ©e. A ce titre, l’ouvrage atteint un souffle symphonique captivant en particulier dans l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes du II et du III (marche, chĹ“urs accompagnĂ©s, ballet final). L’intelligence de l’Ă©criture psychologique de chaque protagoniste (superbe quatuor du III), la construction dramatique et musicale fait valoir dĂ©jĂ  Ă  Munich en 1781, une maturitĂ© lyrique Ă©poustouflante. D’autant que contraint d’accepter les directives du librettiste l’AbbĂ© Varesco (qui s’inspire du livret de Danchet pour l’ouvrage de Campra en 1712), soumis aux caprices des solistes plutĂ´t exigeants et changeants, le jeune Mozart n’avait pas la main libre pendant la rĂ©alisation de l’opĂ©ra : sa correspondance avec son père, très riche et documentĂ©e, laisse un aperçu fouillĂ© des nombreuses modifications auxquelles dut se soumettre Wolfgang pour plaire aux uns et aux autres…
Mais 5 ans après son premier triomphe munichois (la Finta Giardiniera, offrant déjà une très fine analyse des passions humaines), Mozart surdoué suscite le contentement de son patron, le Prince Electeur Karl-Teodor de Bavière, au moment du Carnaval 1781.

 

 

boutonreservationOpéra de Lyon
Les 23,25,27,29,31 janvier, 2,4,6 février 2015
GĂ©rard Korsten, direction
Martin Kusej, mise en scène
Odinius, Aldrich, Galitskaya, Brimberg, Behr, Jakobsk
Nouvelle production
Pas sĂ»r que la mise en scène de Kusej rĂ©tablisse la poĂ©sie Ă©motionnelle comme le souffle mĂ©diterranĂ©en de l’orchestre. Mais la musique d’une grande finesse mĂ©rite le dĂ©placement.

 

 

La Force du destin de Verdi sur Arte, ce soir. 22h20

arte_logo_2013tezier kaufmannARTE, ce soir, 22h20. Verdi: La force du destin en direct de Munich. La distribution promet vocalement un grand moment : Jonas Kaufmann, Anja Harteros et Ludovic TĂ©zier dans les rĂ´les respectifs des amants maudits fugitifs (Alvaro et Leonoara) et de celui qui les pourchasse, Carlo, le frère de Leonora. On peut certes ĂŞtre sceptique quant Ă  la complexitĂ© du livret d’après le roman alambiquĂ© de Guttierès. Mais Le traitement musical que dĂ©veloppe Verdi sème la tempĂŞte et des vertiges irrĂ©sistibles dans le cĹ“ur des protagonistes. CrĂ©Ă© fin 2013 Pour l’annĂ©e Verdi, cette production mise en scène Ă  l’OpĂ©ra de Munich par Martin Kusej accumule les dĂ©calages et les relectures provocantes qui n’aident en rien la lisibilitĂ© de l’action passablement compliquĂ©e. N’empĂŞche, l’engagement de Jonas Kaufmann qui se dĂ©die depuis plusieurs annĂ©es pour Verdi (après avoir incarnĂ© Wagner de façon remarquable : Lohengrin, Parsifal…) Ă©lève le niveau du spectacle…  RĂ©alisĂ© par Thomas Grimm (Allemagne, 150mn)… En lire + 

 

Verdi : La Forza del Destino
En direct de l’Opéra de Munich. Arte, ce soir à partir de 22h25.

 

Avec Anja Harteros, Vitalij Kowaljow, Ludovic Tézier, Jonas Kaufmann, Nadia Krasteva, Renato Girolami, Heike Grötzinger, Christian Rieger, Francesco Petrozzi, Rafal Pawnuk
Costumes : Heidi Hackl
Chœur : Chor der Bayerischen Staatsoper
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester. Asher Fisch, direction.
Metteur en scène : Martin Kusej