POITIERS : Elias de Mendelssohn par Philippe Herreweghe

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95POITIERS, TAP. Le 14 fĂ©v 2091. MENDELSSOHN: ELIAS. Philippe Herrewghe s’intĂ©resse au gĂ©nie oratorien de Mendelssohn, un aspect finalement peu connu de son Ă©criture, du moins en France (en Allemagne il en va tout autrement) ; on connaĂźt davantage ses symphonies, ses concertos, ouvertures et poĂšmes symphoniques, sans omettre Ă©videmment l’inusable musique du Songe d’une nuit d’étĂ© / Midsummer Light’s dream, si respectueuse de la poĂ©sie nocturne et amoureuse de Shakespeare.

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MENDELSSOHN : ELIASboutonreservation
POITIERS, TAP (Auditorium)
Jeudi 14 février 2019, 19h30

Philippe Herreweghe, direction
Christina Landshamer soprano
Gerhild Romberger mezzo-soprano
Werner GĂŒra tĂ©nor
AndrĂš Schuen baryton
Felix Mendelssohn Elias op. 70, oratorio en deux parties

2h30 dont entracte
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/mendelssohn/

 

 

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Présentation
Tizian, Verklaerung Christi - Titian / Transfig.of Christ / c.1560 - Titien / Transfiguration du ChristUN PROPHETE INSPIRÉ PAR DIEU... Cecil B. DeMille avait choisi MoĂŻse pour son chef-d’Ɠuvre, Mendelssohn, Élie pour le sien. Il faut dire que musicalement et dramatiquement, l’histoire du prophĂšte rĂ©serve, elle aussi, quelques moments de bravoure et d’émotion : Élie fait venir la pluie aprĂšs vingt ans de sĂ©cheresse, Élie ressuscite l’enfant de la veuve, Élie confond les faux prophĂštes et les foudroie. Le chƓur participe Ă  l’action mais se met aussi en retrait pour mĂ©diter sur la grandeur de Dieu. Quinze ans avant la crĂ©ation d’Elias, Mendelssohn avait ressorti des cartons et exposĂ© Ă  l’admiration de tous la Passion selon saint Matthieu de Bach, ignorĂ©e pendant un siĂšcle. Pouvait-il trouver meilleure inspiration ? / Illustration : TITIEN : La Transfiguration du Christ (1565), Ă©glise San Salvador. JĂ©sus transfigurĂ© est entourĂ© des prophĂštes (MoĂŻse et ses tables de la loi ; Elie dont les 3 disciples sont allongĂ©s, comme terrifiĂ©s au sol, se protĂ©geant de la lumiĂšre Ă©blouissante et miraculeuse


 

 

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ELIAS : la veine sacrĂ©e, oratorienne de MendelssohnUN ORATORIO POETIQUE ET SPIRITUEL
 AprĂšs le succĂšs remportĂ© par son Paulus, Felix Mendelssohn (1809-1847) compose son dernier grand chef-d’Ɠuvre, l’oratorio Elias, en 1846. Le livret s’appuie sur le portrait que fait le rĂ©cit biblique du prophĂšte Élie, au premier livre des Rois, ainsi que sur d’autres textes bibliques (EsaĂŻe, Psaumes, 
). Personnage d’une vraie dimension Ă©pique, passionnĂ© et volontaire, Élie Ă©volue au fil de l’oratorio gagnant en confiance, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui-mĂȘme et prenant conscience de sa foi dans un rapport de plus en plus sobre et intense Ă  Dieu (idĂ©alement exprimĂ© dans les citations Ă  la flĂ»te et surtout et au hautbois : arioso « Ja, es sollen wohl Berge weichen »., dans l’acte II)
 CrĂ©Ă© au festival triennal de musique de Birmingham (avec pas moins de 400 exĂ©cutants), le drame Ă©difiant, est jouĂ© chaque annĂ©e de 1840 Ă  1930 lors du Three Choirs Festival. Il faut une grande expĂ©rience des effectifs importants et aussi un sens de la dentelle instrumentale autant que vocal (chez les choeurs que chez les solistes) pour rĂ©ussir l’interprĂ©tation de ce dĂ©fi dramatique et sacrĂ©. Inscrit dans l’avant derniĂšre annĂ©e de la courte carriĂšre de Mendelssohn, l’ouvrage ainsi conçu dĂ©voile les derniĂšres recherches du gĂ©nial Felix, conteur Ă©pique autant que fin portraitiste : le portrait d’Elie/Elias revĂȘt dans le cours de l’action, une humanisation de plus en plus admirable, vertueuse et lumineuse. La progression en est l’élĂ©ment moteur. L’humain et le divin, l’histoire et la priĂšre individuelle se rĂ©solvent et fusionnent dans cette vaste peinture musicale particuliĂšrement ciselĂ©e.
En témoignent aux cÎtés des airs du héros, les sections dévolues surtout dans la partie 2, à la soprano (« Höre Israel » air inaugural qui est le plus long : plus de 5mn), et au ténor.
AprĂšs l’ouverture fuguĂ©e Ă  la Bach, se succĂšdent en une narration libre et animĂ©e, 42 numĂ©ros qui racontent le dĂ©fi du prophĂšte Elie lancĂ© Ă  la face des prĂȘtres de Baal: le hĂ©ros, en saint miraculeux y guĂ©rit le fils d’une veuve, et critique sans mĂ©nagement le roi d’IsraĂ«l, Ahab, comme il rĂ©primande la reine JĂ©zabel. Mais celle-ci soulĂšve son peuple contre le suractif prophĂšte
 qui dĂ©montre sa filiation divine et misĂ©ricordieuse en obtenant la pluie tant espĂ©rĂ©e (elle n’était pas tombĂ©e depuis 3 annĂ©es), sur le Mont Carmel. Elie, ardent dĂ©fenseur et proclamateur du monothĂ©isme en des temps chaotiques et barbares, incarne aussi la dĂ©termination provocatrice de l’homme dĂ©sireux d’élever ses semblables: le ProphĂšte n’hĂ©site pas Ă  secouer la somnolence du peuple Ă©lu: “JĂ©rusalem, toi qui tues tes prophĂštes!“. En cela, Elie prĂ©figure cet autre prophĂšte, Jochanaan, qui lui aussi chĂątie sans mesure l’impie, la corruption, la paresse, tous les vices de ses semblables
 Ayant achevĂ© son oeuvre, Elie rejoint le ciel sur un char de feu, au moment oĂč le choeur admiratif entonne un hymne en l’honneur de cet homme admirable qui sut leur montrer la voie par ses actions de grĂące.
La ferveur Ă©lectrique, grandiose et sublime sans jamais de solennitĂ© ni de pompe d’un Mendelssohn finalement trĂšs schumannien, se dĂ©ploie ici dans un thĂ©Ăątre sacrĂ© qui exalte la tendresse et comme Schumann, un Ă©lan de l’ñme, viscĂ©ralement ascendant, de plus en plus solarisĂ©. Berlioz lors de la reprise d’Elias en 1847, fut saisi par sa grandeur et son humanitĂ©. La magie se rĂ©alisera-t-elle Ă  Poitiers grĂące Ă  Philippe Herreweghe et entre autres, son fabuleux orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange idĂ©ale sur instruments anciens.

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd ELIAS de MENDELSSOHN par Thomas Hengelbrock, DHM 2016
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mendelssohn-elias-1846-hengelbrock-2016-dhm/

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POITIERS : Elias de Mendelssohn

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95POITIERS, TAP. Le 14 fĂ©v 2091. MENDELSSOHN: ELIAS. Philippe Herrewghe s’intĂ©resse au gĂ©nie oratorien de Mendelssohn, un aspect finalement peu connu de son Ă©criture, du moins en France (en Allemagne il en va tout autrement) ; on connaĂźt davantage ses symphonies, ses concertos, ouvertures et poĂšmes symphoniques, sans omettre Ă©videmment l’inusable musique du Songe d’une nuit d’étĂ© / Midsummer Light’s dream, si respectueuse de la poĂ©sie nocturne et amoureuse de Shakespeare.

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MENDELSSOHN : ELIASboutonreservation
POITIERS, TAP (Auditorium)
Jeudi 14 février 2019, 19h30

Philippe Herreweghe, direction
Christina Landshamer soprano
Gerhild Romberger mezzo-soprano
Werner GĂŒra tĂ©nor
AndrĂš Schuen baryton
Felix Mendelssohn Elias op. 70, oratorio en deux parties

2h30 dont entracte
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/mendelssohn/

 

 

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Présentation
Tizian, Verklaerung Christi - Titian / Transfig.of Christ / c.1560 - Titien / Transfiguration du ChristUN PROPHETE INSPIRÉ PAR DIEU... Cecil B. DeMille avait choisi MoĂŻse pour son chef-d’Ɠuvre, Mendelssohn, Élie pour le sien. Il faut dire que musicalement et dramatiquement, l’histoire du prophĂšte rĂ©serve, elle aussi, quelques moments de bravoure et d’émotion : Élie fait venir la pluie aprĂšs vingt ans de sĂ©cheresse, Élie ressuscite l’enfant de la veuve, Élie confond les faux prophĂštes et les foudroie. Le chƓur participe Ă  l’action mais se met aussi en retrait pour mĂ©diter sur la grandeur de Dieu. Quinze ans avant la crĂ©ation d’Elias, Mendelssohn avait ressorti des cartons et exposĂ© Ă  l’admiration de tous la Passion selon saint Matthieu de Bach, ignorĂ©e pendant un siĂšcle. Pouvait-il trouver meilleure inspiration ? / Illustration : TITIEN : La Transfiguration du Christ (1565), Ă©glise San Salvador. JĂ©sus transfigurĂ© est entourĂ© des prophĂštes (MoĂŻse et ses tables de la loi ; Elie dont les 3 disciples sont allongĂ©s, comme terrifiĂ©s au sol, se protĂ©geant de la lumiĂšre Ă©blouissante et miraculeuse


 

 

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ELIAS : la veine sacrĂ©e, oratorienne de MendelssohnUN ORATORIO POETIQUE ET SPIRITUEL
 AprĂšs le succĂšs remportĂ© par son Paulus, Felix Mendelssohn (1809-1847) compose son dernier grand chef-d’Ɠuvre, l’oratorio Elias, en 1846. Le livret s’appuie sur le portrait que fait le rĂ©cit biblique du prophĂšte Élie, au premier livre des Rois, ainsi que sur d’autres textes bibliques (EsaĂŻe, Psaumes, 
). Personnage d’une vraie dimension Ă©pique, passionnĂ© et volontaire, Élie Ă©volue au fil de l’oratorio gagnant en confiance, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui-mĂȘme et prenant conscience de sa foi dans un rapport de plus en plus sobre et intense Ă  Dieu (idĂ©alement exprimĂ© dans les citations Ă  la flĂ»te et surtout et au hautbois : arioso « Ja, es sollen wohl Berge weichen »., dans l’acte II)
 CrĂ©Ă© au festival triennal de musique de Birmingham (avec pas moins de 400 exĂ©cutants), le drame Ă©difiant, est jouĂ© chaque annĂ©e de 1840 Ă  1930 lors du Three Choirs Festival. Il faut une grande expĂ©rience des effectifs importants et aussi un sens de la dentelle instrumentale autant que vocal (chez les choeurs que chez les solistes) pour rĂ©ussir l’interprĂ©tation de ce dĂ©fi dramatique et sacrĂ©. Inscrit dans l’avant derniĂšre annĂ©e de la courte carriĂšre de Mendelssohn, l’ouvrage ainsi conçu dĂ©voile les derniĂšres recherches du gĂ©nial Felix, conteur Ă©pique autant que fin portraitiste : le portrait d’Elie/Elias revĂȘt dans le cours de l’action, une humanisation de plus en plus admirable, vertueuse et lumineuse. La progression en est l’élĂ©ment moteur. L’humain et le divin, l’histoire et la priĂšre individuelle se rĂ©solvent et fusionnent dans cette vaste peinture musicale particuliĂšrement ciselĂ©e.
En témoignent aux cÎtés des airs du héros, les sections dévolues surtout dans la partie 2, à la soprano (« Höre Israel » air inaugural qui est le plus long : plus de 5mn), et au ténor.
AprĂšs l’ouverture fuguĂ©e Ă  la Bach, se succĂšdent en une narration libre et animĂ©e, 42 numĂ©ros qui racontent le dĂ©fi du prophĂšte Elie lancĂ© Ă  la face des prĂȘtres de Baal: le hĂ©ros, en saint miraculeux y guĂ©rit le fils d’une veuve, et critique sans mĂ©nagement le roi d’IsraĂ«l, Ahab, comme il rĂ©primande la reine JĂ©zabel. Mais celle-ci soulĂšve son peuple contre le suractif prophĂšte
 qui dĂ©montre sa filiation divine et misĂ©ricordieuse en obtenant la pluie tant espĂ©rĂ©e (elle n’était pas tombĂ©e depuis 3 annĂ©es), sur le Mont Carmel. Elie, ardent dĂ©fenseur et proclamateur du monothĂ©isme en des temps chaotiques et barbares, incarne aussi la dĂ©termination provocatrice de l’homme dĂ©sireux d’élever ses semblables: le ProphĂšte n’hĂ©site pas Ă  secouer la somnolence du peuple Ă©lu: “JĂ©rusalem, toi qui tues tes prophĂštes!“. En cela, Elie prĂ©figure cet autre prophĂšte, Jochanaan, qui lui aussi chĂątie sans mesure l’impie, la corruption, la paresse, tous les vices de ses semblables
 Ayant achevĂ© son oeuvre, Elie rejoint le ciel sur un char de feu, au moment oĂč le choeur admiratif entonne un hymne en l’honneur de cet homme admirable qui sut leur montrer la voie par ses actions de grĂące.
La ferveur Ă©lectrique, grandiose et sublime sans jamais de solennitĂ© ni de pompe d’un Mendelssohn finalement trĂšs schumannien, se dĂ©ploie ici dans un thĂ©Ăątre sacrĂ© qui exalte la tendresse et comme Schumann, un Ă©lan de l’ñme, viscĂ©ralement ascendant, de plus en plus solarisĂ©. Berlioz lors de la reprise d’Elias en 1847, fut saisi par sa grandeur et son humanitĂ©. La magie se rĂ©alisera-t-elle Ă  Poitiers grĂące Ă  Philippe Herreweghe et entre autres, son fabuleux orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange idĂ©ale sur instruments anciens.

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd ELIAS de MENDELSSOHN par Thomas Hengelbrock, DHM 2016
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mendelssohn-elias-1846-hengelbrock-2016-dhm/

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Les FrĂšres Jussen et l’Orchestre National de Lille

LILLE, le 10 janv 19. JUSSEN brothers, MOZART, MENDELSSOHN. En janvier 2019, l’Orch national de Lille joue la carte de la jeunesse talentueuse, invitant les deux frĂšres pianistes Arthur et Lucas Jussen, et la cheffe d’orchestre corĂ©enne Eun-Sun KIM pour un Mendelssohn des plus Ă©vocateurs


249_1.broers-jussen-p0456903-websiteLes FrĂšres JUSSEN
 Jouer en duo est un exercice dĂ©licat d’ajustement, d’écoute, de complicitĂ© et parfois de grĂące en partage. Au clavier rares les duos d’interprĂštes capables de relever les dĂ©fis du quatre mains concertants. Les sƓurs LabĂšque, le duo Berlinskaia / Ancelle doivent leur entente Ă  une secrĂšte et inaltĂ©rable alliance : liens de sang pour les premiĂšres ; noces inspirĂ©es complĂ©mentaires pour les seconds. Les frĂšres Jussen, nĂ©erlandais de charme, tous deux ĂągĂ©s d’une vingtaine, illustrent les promesses d’une complicitĂ© astucieuse qui fait merveille ici dans le double concerto pour piano et orchestre de Mozart. Ils ont des gueules d’anges blonds, mais ont le tempĂ©rament allumĂ© voire parfois inspirĂ© (voir ci aprĂšs leur Schubert sur Youtube). CĂŽte Ă  cĂŽte, les deux pianistes affinent et cisĂšlent l’art des accents et la motricitĂ© rythmique.
Le Concerto pour deux piano de Mozart est un sommet de fusion facĂ©tieuse et tendre pour deux voix unies, celles du jeune compositeur et de sa sƓur Nanerl, composĂ© pour leur tournĂ©e europĂ©enne en 1779.

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95MENDELSSOHN sur le motif Ă©cossais
 Puis, le programme complĂšte ce tableau de la fraternitĂ© heureuse, en retenant de Mendelssohn (dont on rappellera aussi le talent de sa sƓur Fanny), deux passionnantes partitions : l’évocation de la grotte de Fingal (site naturel qui avait tant impressionnĂ© en Ecosse en 1829, le jeune compositeur voyageur par ses amas de roches rectangulaires agencĂ©es comme des tuyaux d’orgue. Enfin, l’Orchestre National de Lille conclut le cycle par un sommet romantique, la Symphonie n°3 « écossaise » : achevĂ©e en 1842 (et crĂ©Ă©e Ă  Leipzig au Gewandhaus) : symphonie pastorale ou plutĂŽt climatique, l’Ecossaise de Mendelssohn s’inspire des paysages d’Ecosse, ses highlands et ses brumes vaporeuses qui exaltent l’esprit de contemplation et de mĂ©ditation poĂ©tique.

L’écriture contrapuntique du premier mouvement (andante, allegro, andante) dĂ©veloppe une architecture foisonnante et sĂ»re dont l’énoncĂ© continu et trĂšs classique (forme sonate bithĂ©matique mozartienne), sans pause ni silence rappelle aussi combien Mendelssohn a analysĂ© JS Bach, dont il est le premier promoteur Ă  Leipzig. On notera aprĂšs l’Adagio (en la majeur) d’une sĂ©rĂ©nitĂ© parfois grave, le souffle du dernier et quatriĂšme mouvement allegro guerriero, oĂč rayonne un sentiment de puissance quasi martial, portĂ© d’abord par un rugissement spectaculaire tel un orage, puis dĂ©ployĂ© avec une grandeur noble ; une rĂ©fĂ©rence dĂ©fĂ©rente Ă  la souveraine Ă  laquelle est dĂ©diĂ© l’Ɠuvre : la Reine Victoria elle-mĂȘme qui exprima sa faveur pour le jeune allemand en voyage dans les Îles Britanniques (« MajestĂ€t der Königin Victoria von England »).

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LILLE, jeudi 10 janvier 2019boutonreservation
Auditorium du Grand SiĂšcle, 20h

Repris au palais des Beaux-Arts de CHARLEROI
vendredi 11 janvier 2019, 20h

MENDELSSOHN
Les HĂ©brides, “La Grotte de Fingal”, ouverture

MOZART
Concerto n°10 pour deux pianos

MENDELSSOHN
Symphonie n°3, “Écossaise”

Orchestre National de Lille
DIRECTION : EUN-SUN KIM‹PIANO : LUCAS ET ARTHUR JUSSEN

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/legendes-ecossaises/

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VISITER le site des frĂšres pianistes Lucas et Arthur JUSSEN
http://arthurandlucasjussen.com/en/home

VOIR les FrĂšres JUSSEN
https://www.youtube.com/watch?time_continue=4&v=2Bygq-SIUqA

 

SCHUBERT : Fantaisie Seoul Arts center, Corée 2014

https://www.youtube.com/watch?v=UyjzqPPXDcw

JUSSEN Arthur lucas

Illustration : Arthur et Lucas Jussen © Carli HermÚs

Poitiers, TAP. Philippe Herreweghe joue Mendelssohn et Brahms

kopatchinskaja patricia violon mendelssohnPoitiers, TAP. Mardi 21 avril 2015, 20h30. Philippe Herreweghe, Patricia Kopatchinskaia. Nouveau jalon finement ciselĂ© sur le plan instrumental, de la saison symphonique Ă  Poitiers.  AprĂšs les concertos de Schumann et TchaĂŻkovski, la saison symphonique au TAP de Poitiers se poursuit avec deux autres perles romantiques : le 21 avril, Philippe Herreweghe et les instrumentistes de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es s’associent au feu ardent de la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaia qui, il y a huit ans Ă  Poitiers avait dĂ©jĂ  marquĂ© les esprits dans le Concerto de Beethoven. Celle qui joue pieds nus, pour mieux sentir les vibrations du plateau transmises par les respirations et pulsions de l’orchestre, affirme depuis plusieurs annĂ©es, une sensibilitĂ© fĂ©line d’une intensitĂ© rare. En seconde partie, l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es interprĂšte sur instruments d’Ă©poque la Symphonie n°2 de Brahms(composĂ©e plus de 30 ans aprĂšs le Concerto de Mendelssohn), dans une configuration proche de la crĂ©ation par l’Orchestre de Meiningen.

 

 

 

Tendresse et lumiĂšre de Mendelssohn
Mendelssohn Felix-MendelssohnParadoxe de l’art: l’apparente virtuositĂ© masque la simplicitĂ© lumineuse de la partition. Souvent, dans le Concerto pour violon n°2 de Mendelssohn, les interprĂštes ont l’habitude de forcer ou de souligner le brio. Or l’esprit de l’oeuvre ne le commande pas forcĂ©ment. Les multiples acrobaties de l’archet, font oublier la vraie nature d’une partition tissĂ©e de sobriĂ©tĂ©, d’insouciance voire d’innocence rĂȘveuse et lumineuse, de mesure. ComposĂ© de 1838 Ă  1844, le concerto fut crĂ©Ă© par le violoniste Ferdinand David au Gewandhaus de Leipzig, le 13 mars 1845
 Mendelssohn, alitĂ©, ne put assister Ă  la crĂ©ation de son chef-d’oeuvre. Quand le compositeur fut rĂ©tabli, dĂ©couvrant l’arche ardente et rayonnante de son oeuvre, sous les doigts de Josef Joachim, le 3 octobre 1847, il Ă©tait presque trop tard
 il devait s’éteindre le mois suivant, le 4 novembre 1847, Ă  38 ans.

 

 

 

Rage et passion de Brahms
brahms 280En Carinthie, Brahms (44 ans) achĂšve sa lumineuse et tendre Symphonie n°2, crĂ©Ă©e par Hans Richter Ă  Vienne en dĂ©cembre 1877: le calme majestueux, d’une Ă©loquence discrĂšte, tendre, presque amoureuse du premier mouvement est un prĂ©ambule trĂšs accessible: le raffinement de l’orchestration (bois, cuivres) renvoie Ă  Beethoven tandis que l’écoulement narratif n’empĂȘche pas une certaine grandeur musclĂ©e et carrĂ©e propre Ă  la soliditĂ© finalement trĂšs nordique de Johannes; grave et tendre Ă  la fois, lĂ  encore, le sub lime second mouvement est une confession amoureuse, pudique et sensible, d’une intensitĂ© rare (adagio ma non troppo : est ce l’hymne amoureux Ă  l’aimĂ©e, Clara Schumann ?). Puis, le compositeur revient Ă  la clartĂ© rythmique beethovĂ©nienne dans l’Allegretto grazioso quasi andantino oĂč l’esprit enjouĂ©, innocent d’un lĂ€ndler semble jaillir, premier, vif argent, souvenir aussi de la trĂ©pidation mendelssohnienne. C’est peu dire que l’éclat et le rire triomphal du dernier et quatriĂšme mouvement (Allegro con spirito) rappellent le finale de la Jupiter de Mozart (jusqu’à la clarinette noble et Ă©lĂ©gante prise dans le flux d’une lumineuse envolĂ©e). LĂ  aussi, cet amour pour le classicisme distingue l’écriture de Brahms: une vitalitĂ© qui traverse tous les pupitres que les chefs gagnent Ă  ne jamais jouer ni tendu ni Ă©pais.

 

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP. Mardi 21 avril 2015, 20h30.
Brahms, Mendelssohn
Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es

Philippe Herreweghe, direction
Patricia Kopatchinskaia, violon

Felix Mendelssohn : Concerto pour violon en mi mineur op. 64
Johannes Brahms : Symphonie n°2 en ré majeur op. 73

Illustration : Patricia Kopatchinskaja (© Marco Borggreve)

 

 

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)

habeneck francois antoine HABENECKCLIC D'OR macaron 200Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849). Voici enfin une biographie dĂ©diĂ©e Ă  François Antoine Habeneck (1781-1849), figure majeure dans le Paris romantique et musical propre Ă  la Restauration (le trĂšs rossinien Charles X) puis sous le rĂšgne de Louis-Philippe. Le sujet est d’autant plus important que la France  ignore toujours que Paris fut avant Vienne, une capitale symphonique europĂ©enne, concevant 14 ans avant les concerts philharmoniques viennois (fondĂ©s en 1842 par Otto NicolaĂŻ), la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dĂšs 1828 Ă  l’initiative  du visionnaire Habeneck. L’idĂ©e Ă©tait de constituer un orchestre indĂ©pendant d’une salle, entiĂšrement dĂ©diĂ© aux concerts, en s’appuyant sur la richesse des classes d’instruments du Conservatoire : dĂ©fense d’un rĂ©pertoire, professionnalisation des jeunes instrumentistes. Il est vrai que le rĂ©pertoire qui y est jouĂ©, dĂ©fendu par Habeneck lui-mĂȘme reste majoritairement germanique, centrĂ© surtout autour des Symphonies de Beethoven, modĂšle pour tous : de 1828 Ă  1840, le chef d’orchestre estimĂ© fait jouer toutes les symphonies de Beethoven, mais aussi les oeuvres de Mozart, sans omettre de donner sa chance aux jeunes compositeurs dont… le fougueux Berlioz : dans le temple de la musique beethovĂ©nienne, Habeneck crĂ©e la Fantastique le 1er novembre 1830, un Ă©vĂ©nement dĂ©cisif de l’histoire de la musique qui montre combien Paris grĂące Ă  Habeneck Ă©tait devenu l’annĂ©e de la RĂ©volution bourgeoise, un foyer musical particuliĂšrement actif sur le plan symphonique. AprĂšs avoir soutenu de la mĂȘme façon Mendelssohn, les mĂ©connus Farrenc ou Onslow (le Beethoven français), Schneitzhoeffer (compositeur pour La Sylphide) et Elwart, sans omettre ses confrĂšres, Ries ou Spohr, Habeneck aura moins de curiositĂ©, l’institution crĂ©Ă©e basculant dans une certaine routine. Dans le Paris post napolĂ©onien, Habeneck, dĂ©terminĂ©, assidu grava les Ă©chelons obstinĂ©ment au sein de l’orchestre de l’OpĂ©ra : son gĂ©nie de la direction d’orchestre (plus de bĂąton, plus de violon directeur) le distingue parmi ses pairs. Le chef s’impose irrĂ©sistiblement Ă  Paris, comme chef principal Ă  l’AcadĂ©mie royale (crĂ©ant les opĂ©ras de Rossini dont Guillaume Tell en 1829), puis Ă  l’OpĂ©ra. Travail en profondeur, sens des nuances, respect de la partition : tout indique chez lui l’un des premiers chefs d’orchestre, ambassadeur d’une Ă©thique nouvelle, celle qui fit l’admiration entre autres de Wagner, le seul musicien parmi ses contemporains, sincĂšre et tenace Ă  lui rendre hommage ; mais aussi de Balzac qui le cite expressĂ©ment comme l’emblĂšme de la prĂ©cision et de l’énergie. Cette exactitude lui inspire une autre rĂ©forme, celle de l’abaissement du ton de l’orchestre de l’OpĂ©ra devenu nĂ©cessaire au regard de l’Ă©volution des styles et du rĂ©pertoire jouĂ©. Habeneck est un boulimique, douĂ© d’une grande activitĂ©, passionnĂ© par la question de l’Ă©criture symphonique, beethovĂ©nien convaincu.

 

 

Habeneck, premier chef moderne

 

habeneck_02Pourtant engagĂ© Ă  dĂ©fendre ses Ɠuvres, Habeneck fut bientĂŽt critiquĂ© vertement par Berlioz dont la carriĂšre de chef  (lui aussi) rivalisa rapidement avec celle de son contemporain…. triste retournement d’estime pour celui qui crĂ©a la Symphonie Fantastique (1830) puis le Requiem (1837). AprĂšs avoir recherchĂ© pour la rĂ©ussite de ses concerts au Conservatoire, la direction foudroyante de son ancien ami, Berlioz n’aura plus bientĂŽt d’adjectifs assez dĂ©prĂ©ciatifs pour enfoncer son premier dĂ©fenseur… Violoniste dans l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (1804), Habeneck devient aussi professeur au Conservatoire (1808) ; nommĂ© premier violon de l’Orchestre de l’OpĂ©ra en 1817 Ă  26 ans, il devient directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique en 1821, puis premier chef d’orchestre Ă  l’OpĂ©ra en 1825. Il assure la crĂ©ation des opĂ©ras majeurs de son temps : Guillaume Tell de Rossini, Robert le diable de Meyebeer, Benvenuto Cellini de Berlioz
 A l’AcadĂ©mie, autour d’un recrĂ©ation de l’IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (1822), il tente de soutenir les opĂ©ras français signĂ©s (Reicha, Berton, HĂ©rold, Kreutzer)… sans grands rĂ©sultats car le goĂ»t est italien et rossinien : un autre Ă©chec demeure la crĂ©ation du Freischutz de Weber, finalement accueilli par l’OdĂ©on (certes dĂ©formĂ© et dĂ©naturĂ© en 1824). Son grand Ɠuvre demeure la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en 1828, l’ancĂȘtre de notre Orchestre de Paris instituĂ© par Charles Munch en 1967. Outre ses travaux pour la qualitĂ© d’un orchestre permanent Ă  Paris, dĂ©fenseur du rĂ©pertoire symphonique, Habeneck en crĂ©ant la nouvelle SociĂ©tĂ© des concerts, institua le premier, une caisse de retraite en faveur des membres et musiciens sociĂ©taires. Mort en 1849, Habeneck participe indiscutablement au milieu musical parisien, constatant l’engouement pour l’opĂ©ra italien et  la faveur unanime pour Rossini. ElĂ©ment finalement dĂ©risoire de la grande machine officielle française, son pĂ©rimĂštre d’action est cependant fort Ă©troit, confrontĂ© aux dysfonctionnements multiples et aux intrigues d’une administration paralysĂ©e, sans guĂšre de moyens, mais aux ambitions affichĂ©es, contradictoires, toujours conquĂ©rantes.

L’auteur auquel nous devons chez le mĂȘme Ă©diteur : La Schiassetti, Jacquemont, Rossini, Stendhal
 une saison parisienne au ThĂ©Ăątre-Italien, signe lĂ  une nouvelle rĂ©ussite : il ne s’agit pas tant de prĂ©ciser le portrait d’un chef et musicien exceptionnel (l’esquisse historique est en soi rĂ©ussie) que de restituer surtout le bouillonnement d’une pĂ©riode musicale extrĂȘmement riche sur le plan des initiatives nouvelles et de la crĂ©ation des Ɠuvres. Le destin et l’oeuvre d’Habeneck malgrĂ© les tensions, oppositions multiples, jalousies qui sĂšment son parcours, n’en sont que plus admirables. Passionnant.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849).  Collection Hermann Musique. ISBN: 978 2 7056 8760 1. 288 pages (15 x 23 cm). Prix indicatif : 35 €.

Lire aussi notre entretien avec l’auteur, François Bronner

 

 

Elias de Mendelssohn, 1845

Mendelssohn Felix-MendelssohnFrance Musique, le 27 juin 2014, 20h. Mendelssohn: Elias. Moins inspirĂ© Ă  l’opĂ©ra, le compositeur romantique, ailleurs sublime faiseur fĂ©erique (Midsummer night’s dream d’aprĂšs Shakespeare), FĂ©lix Mendelssohn a toujours maĂźtrisĂ© le sens de la narration en musique : en tĂ©moigne  sa verve dramatique qui s’accorde idĂ©alement au genre de l’oratorio … qu’il a appris Ă  connaĂźtre et Ă  approfondir grĂące Ă  son Ă©tude et sa dĂ©fense spĂ©cifique des drames de Haendel et des Passions de JS Bach. En tĂ©moigne Elias que diffuse ce soir France Musique en juin 2014. Ampleur des vagues chorales, ivresse parfois extatique des airs solistes, situations aussi parfaitement dĂ©veloppĂ©es Ă  l’orchestre, les oratorios de Mendelssohn demeurent – Ă  torts- encore trop mĂ©connus, outrageusement mĂ©sestimĂ©s…

Elias : … un triptyque sacrĂ©

 

A l’origine, Mendelssohn (1809-1847), juif converti Ă  la foi luthĂ©rienne, avait conçu son grand oeuvre religieux en trois parties comme un triptyque de trois oratorios: Paulus, Elias en son centre et l’inachevĂ© Christus. Elie est l’un des prophĂštes annonçant dans l’Ancien Testament, la venue du Messie. Elias est d’abord composĂ© dans sa premiĂšre version en anglais (Elijah) entre 1845 et 1846. La crĂ©ation (rĂ©unissant pas moins de 400 exĂ©cutants dont 171 choristes) a lieu Ă  Birmingham (Town Hall) le 26 aoĂ»t 1846 sous la direction de l’auteur. Il s’agissait de rĂ©pondre Ă  la commande d’une grande page chorale passĂ©e par le Festival de Birmingham: Mendelssohn remit son manuscrit 10 jours seulement avant la date fixĂ©e par le commanditaire! La seconde crĂ©ation dans une forme modifiĂ©e eut lieu en 1847 Ă  Londres (Exter Hall). Le public allemand attendit Ă  Hambourg le 9 octobre 1847 pour Ă©couter ce chef d’oeuvre absolu, en langue germanique, devenu Elias. A la suite de Haydn et de sa CrĂ©ation, si triomphalement applaudie par le public anglais, Mendelssohn avait pris soin de soumettre Ă  une audience initiĂ©e et amatrice, les enseignements de son oratorio, Ă  l’identique de Haendel, lui aussi adepte de la foi rĂ©formĂ©e, dont on sait l’immense apport dans le domaine de l’oratorio… auprĂšs du public londonien.
Berlioz qui assiste en 1847, Ă  une reprise de l’ouvrage Ă  Londres mais dans la version dĂ©finitive, sort Ă©bloui par le sentiment de recueillement et de fervente vĂ©ritĂ© humaine. Plus que tout, l’auteur d’un Episode de la vie d’un artiste, lui-mĂȘme bouillonnant expĂ©rimentateur, loue la richesse et le raffinement harmonique sans Ă©quivalent de la partition. Le compliment n’est pas mince.

Un prophĂšte en colĂšre

Mendelssohn demande au pasteur Julius Schubring, le soin de rĂ©diger le texte d’Elias dont le nom signifie Yahweh est mon Dieu. AprĂšs une travail concertĂ©, nĂ© d’une trĂšs Ă©troite collaboration entre le compositeur et le rĂ©vĂ©rend, l’oratorio s’impose aujourd’hui Ă  nous dans sa durĂ©e de 2h40mn. Le texte dĂ©veloppe de nombreuses citations de l’Ancien Testament dans la traduction de Luther. Ouverture fuguĂ©e Ă  la Bach, puis 42 numĂ©ros racontent le dĂ©fi du prophĂšte Elie lancĂ© Ă  la face des prĂȘtres de Baal: le hĂ©ros, en saint miraculeux y guĂ©rit le fils d’une veuve, et critique sans mĂ©nagement le roi d’IsraĂ«l, Ahab, comme il rĂ©primande la reine JĂ©zabel. Mais celle-ci soulĂšve son peuple contre le suractif prophĂšte… qui dĂ©montre sa filiation divine et misĂ©ricordieuse en obtenant la pluie tant espĂ©rĂ©e (elle n’Ă©tait pas tombĂ©e depuis 3 annĂ©es), sur le Mont Carmel. Elie, ardent dĂ©fenseur et proclamateur du monothĂ©isme en des temps chaotiques et barbares, incarne aussi la dĂ©termination provocatrice de l’homme dĂ©sireux d’Ă©lever ses semblables: le ProphĂšte n’hĂ©site pas Ă  secouer la somnolence du peuple Ă©lu: “JĂ©rusalem, toi qui tues tes prophĂštes!“. En cela, Elie prĂ©figure cet autre prophĂšte, Jochanaan, qui lui aussi chĂątie sans mesure l’impie, la corruption, la paresse, tous les vices de ses semblables… Ayant achevĂ© son oeuvre, Elie rejoint le ciel sur un char de feu, au moment oĂč le choeur admiratif entonne un hymne en l’honneur de cet homme admirable qui sut leur montrer la voie par ses actions de grĂące.

Dans la fresque romantique qui se souvient des aĂźnĂ©s tant admirĂ©s, Bach et Haendel, Mendelssohn mĂȘle le colossal et le grave. Le souffle exprimĂ© dans cet oratorio sans Ă©quivalent dans l’histoire musicale allemande Ă©gale les meilleurs ouvrages lyriques, grĂące Ă  l’intensitĂ© des scĂšnes collectives et l’individualisation du personnage du ProphĂšte. Elan de la foule, portrait d’Elie, drame serrĂ© et exaltĂ©, Elias est bien un opĂ©ra sacrĂ©.

 

logo_francemusiqueFrance Musique, vendredi 27 juin 2014,20h. Mendelssohn: Elias. Concert enregistrĂ© Ă  la Basilique Saint-Denis. Solistes, ChƓur de Radio France, Orch. national de France. Daniele Gatti, direction

 

 

Compte-rendu : Berrias-JalĂšs (07), le 10 juillet 2013. Cordes en ballade, 15e Ă©dition. Concert du Quatuor Akilone : Haydn, Mendelssohn, Paulet.

Vincent PauletC’est la quinziĂšme Ă©dition d’un festival au dĂ©but d’un Ă©tĂ© qui en est encore Ă  sa prĂ©paration de climat
Le Quatuor Debussy, initiateur de cette quinzaine ardĂ©choise, y organise des concerts – auxquels il participe, selon des formules originales, ainsi avec la compagnie marionnettites Emilie Valentin –, oĂč le jazz n’est pas oubliĂ©. Et trois Quatuors – « Nouveaux Talents » – travaillent avec le compositeur Vincent Paulet : Ă  JalĂšs, on y a Ă©coutĂ© les « Akilone », qui jouent son 2nd quatuor, en mĂȘme temps que Haydn et Mendelssohn. 

 

Garrigues et rive droite du RhĂŽne

 

Il y des festivals de (re) diffusion et de grande (re) distribution qui pratiquent, Ă  la plus grande joie du public, le concert parfois obtenu clĂ© en mains. Et puis ceux qui, sans nĂ©gliger les attentes du spectateur, oeuvrent en amont ou dans la coulisse pĂ©dagogique pour un partage et une transmission des savoirs. Ainsi en va-t-il, au dĂ©but habituellement brĂ»lant de l’étĂ© ardĂ©chois, d’un Cordes en Ballade que le Quatuor lyonnais Debussy a implantĂ© voici quinze ans entre rive droite du RhĂŽne, garrigues et montagne vivaraises. Les Debussy – et tout particuliĂšrement leur « premier »-fondateur, Christophe Collette, qui pratique cela en virtuose, avec un plaisir non dissimulĂ© – aiment ne pas garder pour leur carriĂšre d’ailleurs prestigieuse (une vingtaine de c.d.) une culture musicienne que leur AcadĂ©mie d’étĂ© dispense alors largement. Parmi les heureux bĂ©nĂ©ficiaires chambristes, des « niveau supĂ©rieur » sont admis Ă  l’honneur de donner concert(s). Voire mĂȘme, « nouveaux talents » en dialogue, de travailler avec un compositeur en rĂ©sidence, ici Vincent Paulet, qui confie Ă  trois groupes son Ɠuvre de quatuor Ă  cordes. C’est le mĂȘme esprit qui inspire les invitĂ©s de la session, en particulier deux Ă©toiles du firmament baroque, la violoniste HĂ©lĂšne Schmitt et la violoncelliste OphĂ©lie Gaillard, ou le Quatuor Arranoa, porteur de la musique russe. Le « terrain » est aussi trĂšs prĂ©sent, dans les stages ou associĂ© Ă  l’activitĂ© des concerts.

Une salle voûtée du XIIe

C’est Ă  la CroisĂ©e de JalĂšs – le plus Ă  l’ouest du territoire « en ballade »- qu’on aura pu Ă©couter les Akilone. JalĂšs, c’est le souvenir contre-rĂ©volutionnaire d’un soulĂšvement monarchiste et vieux catholique contre les Jacobins, dont les armĂ©es ne tardĂšrent pas Ă  les rĂ©duire. Et en termes de patrimoine mĂ©diĂ©val, une Commanderie de Templiers dont subsiste une salle du XIIe, sĂ©vĂšrement voĂ»tĂ©e en berceau de pierre grise et peut accueillir des concerts d’acoustique impressionnante et intime Ă  la fois : une Association fait visiter, organise lĂ  des confĂ©rences pendant l’étĂ©, et un mini-festival d’étĂ©, qui justement accueille les Akilone et 4 autres concerts, dont 3 de jazz. Les 4 jeunes instrumentistes d’Akilone se sont rencontrĂ©es au CNSM de Paris ; Ă  l’instar de leurs collĂšgues SuĂ©doises de Sjöströmska (un hommage au rĂ©alisateur de la Charrette FantĂŽme, qui fut aussi l’inoubliable Pr Borg dan les Fraises Sauvages de Bergman), et de ceux du Wassily (en paritĂ© fĂ©minin-masculin), les Akilone partagent les Quatuors de V.Paulet. A elles revient la 2nde de ces Ɠuvres, une partition dĂ©jĂ  ancienne – 1994- qui fut crĂ©Ă©e par les cousins lyonnais un peu aĂźnĂ©s des Debussy, les Ravel. Et tandis que gronde encore l’ultime orage de cette semaine qui en vit ici de superbes, des propos d’avant-concert permettent au compositeur, modeste et prĂ©cis, d’expliquer avec « ses » instrumentistes les grandes lignes d’une partition Ă  structure « classique » (6 mouvements dĂ©limitĂ©s), qui use de procĂ©dĂ©s d’écriture moderniste (pizz-Bartok, micro-intervalles, sons harmoniques).

Un romantisme de haute inspiration

V.Paulet est assez jeune – bientĂŽt la cap de la cinquantaine – pour n’avoir pas eu Ă  se dĂ©marquer du post-sĂ©rialisme dominateur, et assez fin autant que rigoureux pour dĂ©daigner tout formalisme paresseusement nĂ©o-tonalo-romantico-on-ne-sait-quoi.Ou s’il y a chez lui romantisme, ce serait l’écho du XIXe germanique (la poĂ©tique et la musicale), selon aussi la continuitĂ© d’un langage de haute tradition française, « de Franck Ă  Dutilleux via FaurĂ© ». Les Akilone, dans le concert, font prĂ©cĂ©der son « 2nd » d’un Haydn dĂ©licieusement plaisantin et plaisant, op.33/2) oĂč l’humoriste serviteur des Esterhazy a logĂ© en Intermezzo quelques glissandi et miaulements de chat joueur. Mais en 1er, 2e et 4e mouvements, quelles beautĂ©s : le thĂšme d’un allegro qui donne la sens ation de partir sur la route, le recueillement d’un largo – on ne sait jamais chez « Papa Josef (le Pieux) » quand prĂ©dominent la religion d’une priĂšre et l’humeur noire du Sturm und Drang . Quatre coups de fouet hachent alors le rĂ©cit intense, en Ă©cho de l’orage qui pourtant consent Ă  s’éloigner et rappellent un paysage violent du sentiment que le crĂ©puscule viendra bientĂŽt apaiser


Une simple « forme d’études » ?

Puis donc Vincent Paulet, qui dans le respect de la tradition française a « camouflĂ© » sous un titre couleur muraille anti-expressive (« en forme d’études ») sa dĂ©marche qui ainsi prolonge Chopin et Debussy. Mais dans ces six mouvements d’inĂ©gale longueur on croise des phases d’intensitĂ©, des stries de vĂ©hĂ©mence, des jeux violents ou d’élĂ©gance dĂ©tachĂ©e. N’est-ce pas pour mieux conduire Ă  l’admiration devant des « lenteurs » de temps suspendu, d‘accĂšs au mystĂšre (justement, les micro-intervalles et le songe de l’ « arco » ), des carillons glissĂ©s, des soupirs chuintĂ©s, une esquisse de choral, un jardin nocturne Ă  la Bartok. Ainsi va-t-on s’interrogeant sur les paradoxes, en cette partition apparemment trĂšs objectivĂ©e, sans Ă©motion revendiquĂ©e, sur ce qui en serait un centre spirituel. En tout cas, noble ouverture vers ce qui va donner toute sa plĂ©nitude au son chaleureux, unanime, parfois tendu – fĂ»t-ce vers le chant Ă©perdu de chacune, en moments privilĂ©giĂ©s qui pourtant ne sauraient nier la dĂ©marche commune vers la beautĂ© -, parfois s’apaisant, et qui se rĂ©percute si bien sous la voĂ»te de JalĂšs, comme si le Quatuor cherchait l’issue et en mĂȘme temps redoutait de la trouver trop vite.

La douleur de FĂ©lix l’Heureux

Cette Ɠuvre, audiblement trĂšs chĂšre aux Akilone (en italien, le vent du nord inspirateur,et le cerf-volant, symbole de libertĂ©) est passerelle entre la jeunesse d’un compositeur de 17 ans (pas loin d’elles, en somme !) et ce qu’il trouvera dans le dĂ©chirement de la sĂ©paration mortelle, deux dĂ©cennies plus tard : cet op.13, prĂ©-Ă©cho d’un ultime op.83, dit le dĂ©sarroi – esthĂ©tique seulement ? on en doute – que ressent Mendelssohn Ă  la mort de Beethoven, et dont la dimension mĂ©taphysique se vivra quand brutalement la sƓur bien-aimĂ©e, Fanny, disparaĂźtra, si peu de temps avant son mentor FĂ©lix
L’In Memoriam qu’est dĂ©jĂ  si pleinement cet op.13, les Akilone en ont saisi le tempo intĂ©rieur, presque effarĂ© devant le Poursuivant d’une chevauchĂ©e qui joint ici FĂ©lix Ă  Beethoven et plus encore Ă  Schubert. MĂȘme lorsque viennent les elfes, aprĂšs la valse triste de l’Intermezzo ou dans le 1er mouvement, on comprend que ces crĂ©atures sans corps, que Mendelssohn a souvent , convoquĂ©es, sont peut-ĂȘtre ses compagnons si impalpables et rapides pour fuir la minĂ©ralitĂ© du monde
.Au paradoxalement calmĂ© de l’adagio – pourtant suivi de plus ardente dĂ©ploration – succĂšde un terrible finale, parcouru de tremolos tragiques, course Ă  la mort et mĂ©lange de 15e Quatuor et de Erlkönig, clĂŽturant cette Ɠuvre dont on saisit mal qu’elle ne figure pas au panthĂ©on de tout le romantisme et oĂč la « forme en arche » se sublime, citant l’initial lied qui l’armature et ne cesse de nous parler du Temps.

Dali ?

Il est Ă©tonnant que nos si jeunes Akilone la saisissent encore mieux que la lĂ©gĂšretĂ© de « conversation » dans l’op.33 de Haydn. Que l’on mĂ©morise le nom de ces ardentes artistes : les violonistes Elise De Bendelac et Emeline ConcĂ© , l’altiste Louise Desjardins, la violoncelliste Lucie Mercat. Elles vont en Italie, dans des festivals français, ont un joli projet de thĂ©Ăątre musical autour des Ɠuvres de Salvador Dali. On leur souhaite des enregistrements (tiens, Mendelssohn ?). Et de ne pas se sĂ©parer comme dans leur charmant bis, coda de quatuor qui joue Ă  la Symphonie «Surprise », concluant gaiement leur parcours inspirĂ©.

Festival Cordes en ballade. Croisée de JalÚs (07), mercredi 10 juillet 2013. Quatuor Akilone : J.Haydn (1732-1809), op.33 n°2 ; F.Mendelssohn (1809-1847), op.13 ; V.Paulet (né en 1964), 2e Quatuor.

Illustration : Vincent Paulet (DR)