Compte-rendu, opéra. Strasbourg. ONR, le 19 oct 2018. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. Lapointe, Gillet, Imbrailo… Ollu / Kosky.

Compte rendu, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 19 octobre 2018. Pelléas et Mélisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo… Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scène. Hommage à Debussy à Strasbourg pour cette année du centenaire de sa mort (NDLR : LIRE notre dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018) ; ainsi la production inattendue de Pelléas et Mélisande de Barrie Kosky avec une superbe distribution plutôt engagée ; Anne-Catherine Gillet et Jacques Imbrailo dans les rôles-titres, sous la direction du chef Franck Ollu, pilotant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, en pleine forme.

 
 
 

Pelléas de Debussy à Strasbourg : production choc !

Récit d’une tragédie de la vie de tous les jours…

 
 
 

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Le chef d’oeuvre de Debussy et Maeterlinck revient à Strasbourg avec cette formidable production grâce à un concert des circonstances brumeuses … comme l’oeuvre elle même. La production programmée au départ à été annulée abruptement apparemment pour des raisons techniques qui nous échappent. Heureux mystère qui a permis à la directrice de la maison Eva Kleinitz de faire appel à Barrie Kosky, le metteur en scène australien, à la direction de l’Opéra Comique de Berlin (que nous avons découvert à Lille en 2014 : lire notre compte rendu de CASTOR et POLLUX de Rameau : ” De chair et de sang”, sept 2014)

Pas de levée de rideau dans une production qui peut paraître minimaliste au premier abord grâce à l’absence notoire d’éléments de décors. La pièce éponyme de Maeterlinck est en soi le bijou du mouvement symboliste à la fin du 19e siècle. Le théâtre de l’indicible où l’atmosphère raconte en sourdine ce qui se cache derrière le texte. Un théâtre de l’allusion subtile qui ose parler des tragédies quotidiennes tout en déployant un imaginaire poétique souvent fantastique. Le parti pris fait fi des didascalies et références textuelles. Pour notre plus grand bonheur ! L’histoire de Golaud, prince d’Allemonde qui retrouve Mélisande perdue dans une forêt et qu’il épouse par la suite. Une fois installée dans le sombre royaume, elle tombe amoureuse de Pelléas, demi-frère cadet de Golaud… Un demi-frère qu’il aime plus qu’un frère, bien qu’ils ne soient pas nés du même père. L’opéra du divorce quelque part, se termine par le meurtre de Pelléas, la violence physique contre Mélisande enceinte, et sa propre mort ultime.

Puisqu’il s’agît d’une sorte de théâtre très spécifique, – peu d’action, beaucoup de descriptions-, l’opus se prête à plusieurs lectures et interprétations. Celle de Barrie Kosky est rare dans sa simplicité apparente et dans la profondeur qui en découle. Nous sommes devant un plateau tournant, où les personnages ne peuvent pas faire de véritables entrées ou sorties de scènes, mais sont comme poussés malgré eux par la machine. Grâce à ce procédé, le travail d’acteur devient protagoniste.

Quelle fortune d’avoir une distribution dont l’investissement scénique est palpable, époustouflant. Le grand baryton Jean-François Lapointe interprète le rôle de Golaud avec les qualités qui sont les siennes, un art de la langue impeccable, un chant sein et habité, et sa prestance sans égale sur scène. S’il est d’une fragilité bouleversante dans les scènes avec son fils Yniold (parfaitement chanté par un enfant du Tölzer Knabenchor, Cajetan DeBloch) en cause l’aspect meurtri, blessé du personnage, le baryton canadien se montre tout autant effrayant et surpuissant, et théâtralement et musicalement, notamment dans ses « Absalon ! Absalon ! » au 4e acte, le moment le plus fort et forte de l’ouvrage.

 
 
 

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La Mélisande d’Anne-Catherine Gillet est aérienne dans le chant mais très incarnée et captivante dans son jeu d’actrice, tout aussi frappant. Le trouble du personnage mystérieux se révèle davantage dans cette production. Le Pelléas de Jacques Imbrailo, bien qu’un peu caricatural parfois, est une découverte géniale. Encore le jeu d’acteur fait des merveilles progressivement, mais il y a aussi une gradation au niveau du chant, avec une pureté presque enfantine dans les premier, second et troisième actes, il devient presque héroïque au quatrième.

Des compliments pour l’excellente Geneviève de Marie-Ange Todorovitch, redoutable actrice, et aussi pour l’Arkel de Vincent Le Texier, dont les quelques imprécisions vocales marchent en l’occurrence. L’autre rôle, principal, si ce n’est LE rôle principal, vient à l’orchestre, en pleine forme, presque trop. Si les chanteurs doivent souvent s’élever au dessus de la phalange, nous avons eu la sensation parfois pendant cette première qu’il s’agissait d’un véritable combat, sans réels gagnants. Parce que l’exécution des instrumentistes a été très souvent …incroyable, notamment lors des interludes sublimes, nous soupçonnons que la direction de Franck Ollu a impliqué des choix qui ne font pas l’unanimité. Le chef a été néanmoins largement ovationné aux saluts comme tous les artistes collectivement impliqués.

 
 
 

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A voir et revoir sans modération pour le plaisir musical pour l’année du centenaire DEBUSSY 2018, mais aussi et surtout pour découvrir l’art de Barrie Kosky et son équipe (impeccables costumes de Dinah Ehm, décors et lumières hyper efficaces de Klaus Grünberg notamment), que nous voyons trop rarement en France. A l’affiche à Strasbourg les 21, 23, 25 et 27 octobre, ainsi que les 9 et 11 novembre 2018 à Mulhouse.

 
 
 

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Compte rendu, opéra. Strasbourg. Opéra National du Rhin, le 19 octobre 2018. Pelléas et Mélisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo… Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scène. Illustrations : © Klara Beck / Opéra national du Rhin 2018

 
 
  
 
  
 
 

Compte-rendu, opéra. Toulon, Opéra. Le 31 janvier 2016. Debussy : Pelléas et Mélisande. Andrieux, Degor, Serge Baudo…

pelleas guillaume andrieu degor toulon operaCentenaire toujours jeune. Querelles d’écoles… La musique, langue universelle, a souvent divisé les hommes. Surtout en cette France qui aime les querelles et a le génie de les inventer : opéra français en réaction contre l’italien (mais dont l’inventeur est le Florentin Lully), “Querelle des Bouffons” entre l’opéra-ballet(de Rameau) et l’opéra- bouffe (de Pergolèse), « Querelle » des gluckistes contre les piccinistes, entre les partisans de Gluck, Autrichien, inventeur de la tragédie lyrique néo-classique à la française dans la tradition de Lully et ceux de Piccini, Italien, au chant fleuri de vocalises, sans oublier la simplification simplette de la mélodie par Rousseau (Suisse annexé par les Français) pour contrecarrer la subtilité harmonique de Rameau. Au XIXe siècle, c’est l’Allemand Offenbach qui donne ses lettres de noblesse à l’opérette française tandis que l’opéra français le plus universel c’est la Carmen de Bizet sur un sujet espagnol et des thèmes quelquefois empruntés à Manuel García, le père de la Malibran et de Pauline Viardot, la fameuse « habanera » étant reprise presque littéralement du compositeur espagnol Sebastián Iradier.
Vanité des querelles de clocher à l’échelle européenne de notre culture. De Debussy, “Claude de France”, on a voulu faire le fer de lance nationaliste de la contre-offensive musicale française dans une Europe où, malgré Sedan et la défaite cinglante et sanglante de 1870, triomphe l’Allemagne impériale et l’impérieux Wagner. Même les Italiens, qui s’en démarquent par la vocalité irréelle de leur tradition et les sujets réalistes du Vérisme, en subissent l’empreinte dans la recherche orchestrale et la richesse harmonique, si inventive chez Puccini.

L’ŒUVRE
Au-delà du contentieux franco-germanique sur l’Alsace et la Lorraine qui débouchera sur la Grande Guerre, quoiqu’on dise de son nationalisme (et l’on oubliera l’horrible mélodie vengeresse Noël des enfants qui n’ont plus de maison), Debussy admire Wagner. Au point de ne pas vouloir se mesurer à lui, du moins dans la mesure, dans la démesure, musicales, du maître de Bayreuth. Il suit sa voie, trouve ses voix, entre le murmure et le soupir, la parole effleurant à peine le cri, dans l’indécis des êtres incertains, dans la vaporeuse instabilité d’une musique entre accord parfait et imparfait, qui répond assez au vœu de Verlaine : « …pour cela, préfère l’impair» et des esthétiques symboliste et impressionniste ambiantes, même s’il s’en défend. Le livret, lui, entend rivaliser avec Tristan und Isolde de Wagner : l’éternel trio des amants adultères et du mari blessé et meurtrier. Il l’emprunte à la pièce éponyme (1892) de l’ingrat dramaturge belge, Maurice Maeterlinck, qui mènera une cabale mesquine contre l’œuvre à sa création en 1902, Debussy ayant écarté de la distribution sa compagne cantatrice au profit de Mary Garden, première Mélisande.

Le texte, adapté par Debussy lui-même, est accablant de répétitions binaires héritées de Maeterlinck (« Oh, oh!, Ah, ah!, non, non!, si, si,  tous, tous », etc[1]), une naïve mécanique affectant un faux naturel, qui apparaissent aujourd’hui comme une pure affèterie, mais il est heureusement sauvé par l’humanité ombreuse des personnages, la pénombre intime des sentiments. Dans cette œuvre de l’ombre et de l’onde, l’héroïne, venue d’on ne sait où et allant où elle ne sait, est telle une ondoyante ondine, insaisissable sous les doigts comme cette eau au bord de laquelle elle se penche, fallacieux miroir de la fontaine, ou vers laquelle elle penche, gouffre fascinant, attirant, mortel. Elle est fluide, fuyante comme la vague de la mer et sa sincérité est élastique, avouant—ingénue, perverse ? — à Pelléas :

« Je ne  mens jamais ; je ne mens qu’à ton frère… »

L’ambiguïté de Mélisande, fondamentale, se fond dans la rêveuse évanescence, dans les opalescences irisées dont la musique la nimbe, prolonge et auréole les  étranges ou délirantes paroles de son agonie :

« Je ne comprends pas non plus tout ce que je dis, voyez-vous… Je ne sais pas ce que je dis… Je ne sais pas ce que je sais… Je ne dis plus ce que je veux… »
Le frustre Golaud, son mari, s’aveugle à la lumière de son énigme ténébreuse : « Je ne sais rien […] je vais mourir ici comme un aveugle » et le lumineux Pelléas s’embrume aussi de son ombre amoureuse. La musique est un flot continu sur lequel ou dans lequel les héros flottent, surnagent ou se noient, irréelle et impalpable matière pour un Debussy qui entend que sa musique « commence là où la parole dramatique est impuissante à exprimer. La musique est faite pour l’inexprimable ». Les points de suspension du texte, le suspense des consciences brouillées, les silences, sont comblés par elle, pléthore de sens imprononçable.

LA REALISATION
Visuellement, scéniquement, le spectacle offert par René Kœring,
 qui signe mise en scène et costumes est très beau : esthétiquement, décor, costumes, lumières, tout concourt, concerte. Mais déconcerte : la précision géométrique de cette admirable scénographie de Virgile Kœring
, vaste cage cubique à pans et arêtes aigus, même estompée en dégradés subtils ou angoissants contrastes caravagesques par les lumières poétiques de Patrick Méeüs
, striées d’ombres et rayons rectilignes par la vaste porte persienne, jure avec la rondeur de nuages impalpables, d’orondes nues, de nuées évanescentes, vaporeuses, brumeuses, de la musique de Debussy ; et ces beaux costumes, interprétation coloriste de la juvénilité des deux héros, jeunes en jaune canari et rouge-gorge, en injurie par leur couleur pure les coloris indécis, les indiscernables teintes et un texte qui répète l’ombre, le froid.
Toute la mise en scène, par ailleurs très agréable à regarder, pâtit de cette contradiction entre l’indétermination de lieu, de temps de l’œuvre confrontée à la détermination concrète des images : bicyclettes, fauteuil roulant, costumes contemporains, voiture téléguidée du petit Yniold qui datent la situation. Le magnifique décor d’une abstraite beauté est démenti par des projections trop représentatives ; le symbolisme délibéré de la tour évacuée, de la brassée de fleurs disparue, de la chevelure de Mélisande rasée mais astucieusement et érotiquement ou brutalement remplacée par le jeu avec son châle, où se drape Pelléas et où l’attrape Golaud, la poupée de la jeune fille du début devenue l’enfant dont elle accouche, tout ce symbolisme donc est maladroitement mis en déroute par le presque vérisme de certains détails prosaïques, tels le repas d’Arkel, l’évidence soulignée du probable suicide de Golaud, canon de fusil à portée de bouche. On ne comprend pas que l’irréelle et belle image immense de la lune soit en compétition avec une autre lune grandissante dans ce poétique ciel d’ailleurs, quant à cette sorte d’astronef venant de l’horizon, enflant et aspirant comme un trou d’air l’âme d’une Mélisande qui s’en retourne tranquillement après sa mort, c’est la négation même du symbolisme par un expressionnisme à la lourde explicitation.
C’est dommage car il y a des réussites, comme Golaud simple et mystérieuse voix dans l’ombre de la forêt, la scène d’Yniold et la pierre avec ce texte cucul par son enfantillage infantile, sauvée du ridicule habituel par la présence de ces belles femmes ; son duo avec Golaud est d’une grande force cruelle, entre autres.

Interprétation
On ne marchandera pas les éloges à l’homogénéité de la distribution de premier ordre, vocalement et scéniquement. Certes, seule étrangère de la production, en Geneviève, la Roumaine Cornelia Oncioiu, mezzo, déroge sans déranger à la tradition des voix plus sombres pour le rôle, mais le phrasé est impeccable et la diction très acceptable. Le reste des chanteurs est de langue française, pliés à la prononciation d’aujourd’hui, sans rouler fâcheusement les r, sauf quand la projection l’exige, notamment en fin de mots où ils risquent de reculer dans la glotte. Ils se glissent avec aisance dans la belle prosodie française du texte musiqué —dont on ne doit pas se dissimuler quelques cadences monotones de phrases— et évitent les sons nasaux excessif de la langue.
Il suffit de quelques phrases, l’obscure réplique du berger et sa sentence de médecin,pour que la basse pleine et sonore de Thomas Dear donne l’envie de l’entendre très prochainement. Dans le rôle ingrat d’Ygniold, prétexte à tant de mignardises de sopranos travesties, à un mouvement près, un déplacement mâle maladroitement chaloupé des hanches pour un garçon, Chloé Briot est remarquable et il faut reconnaître ici que la mise en scène de Kœring évite habilement l’écueil. Même affublé d’un feutre douteux et en fauteuil roulant, la voix de Nicolas Cavallier est si jeune, si saine, qu’on a du mal à croire à la vieillesse et à la maladie d’Arkel, mais avec la beauté lumineuse du timbre, la noblesse de l’expression n’a pas d’âge et dégage une grande émotion au service d’un texte au plus beau niveau d’humanité, une puissance virile, et, peut-être, un émoi charnel de cet homme si beau face à la jeune et malheureuse Mélisande.
Elle, c’est Sophie Marin-Degor, elle est belle, gracieuse, voix fraîche et pure mais harmonieusement charnue dans le médium qui nuance l’apparente pureté charnelle de cette femme venue de l’ombre. Si son refus du tact, du contact masculin du début (« Ne me touchez pas, ne me touchez pas », I,1) et le refus final de Golaud (« Je ne veux pas que tu me touches », IV, 2) se répondent dramatiquement, la mise en scène la fait, touchante certes, mais attouchante, cherchant le contact avec Pelléas : par l’origine mystérieuse, elle cependant ici joueuse, enjôleuse même et, si ce n’est pas dans les rets de ses cheveux selon la tradition courtoise qu’elle prend le jeune homme, c’est bien dans le filet de son châle qui en fait office : comme si elle déniaisait ce garçon encore pur. Lui, c’est Guillaume Andrieux, baryton Martin, qui passe sans problème l’écueil d’un rôle à la tessiture hasardeuse, avec la aigu qu’il donne avec une franchise, une vaillance remarquable, et toujours dans une expressivité toute naturelle au service de l’œuvre, vocalement et scéniquement. Sa silhouette svelte, sa grâce juvénile en font un Pelléas d’une innocence émouvante, faisant paire physique avec la jolie fille moins innocente que lui. On comprend que la jeunesse des deux héros annexe fatalement l’affection d’Yniold, rendant plus cruelle la naturelle connivence des jeunes contre le vieux, le barbon exclu, Golaud, qui s’il voit lucidement leur jeux innocents (« Vous êtes des enfants… »), sait et sent aussi la fatalité naturelle des lents et inéluctables glissements juvéniles du désir.
Laurent Alvaro, prête au mari et frère meurtri et meurtrier son superbe timbre sombre de baryton basse (mais des « ôn », « ân » trop fermés et nasalisés donnent un ton quelque peu guindé à sa prononciation). Tour à tour avec femme, frère, fils, tendre, protecteur, inquisiteur, tourmenté, tourmenteur, il passe du murmure au tonnerre avec une criante et déchirante vérité et donne au personnage une grandeur et misère humaines bouleversantes.
Et Serge Baudo était là, traînant dans le sillage de ses quatre-vingt-neuf ans de jeunesse toute une mémoire musicale de près d’un siècle et une gloire mondiale qui nous submerge d’une émotion et d’une gratitude d’un passé dont on redoute qu’elles affectent le présent du jugement critique. Oui, on le sait, il dirigea Pelléas et Mélisande en 1962 à la Scala à la demande de Karajan, il en fit un enregistrement couronné par le Grand Prix du Disque lyrique. Et tant et tant d’autres œuvres et disques qu’on a eu le privilège d’entendre. On l’a entendu souvent à Toulon, on a eu l’honneur et le bonheur de le saluer dans le foyer. Et là, dans la fosse dont il contredit le mortuaire nom,  magicien, de sa baguette, il fait naître, renaître Pelléas, largement centenaire mais toujours neuf.

Compte-rendu, opéra. Toulon, Opéra. Le 31 janvier 2016. Pelléas et Mélisande de Claude Debussy d’après la pièce de Maeterlinck
A l’affiche de l’Opéra de Toulon, les 26, 29, 31 janvier 2016.
Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon
Direction musicale : Serge Baudo
Mise en scène et costumes : René Kœring
 . Décors : Virgile Kœring
 ; Lumières : Patrick Méeüs

Distribution :
Mélisande : Sophie Marin-Degor
 ; Geneviève : Cornelia Oncioiu ; Yniold : Chloé Briot
 ; Pelléas :  Guillaume Andrieux
 ; Golaud : Laurent Alvaro
 ; Arkel : Nicolas Cavallier ; 
Un médecin :  Thomas Dear.

Photos © Frédéric Stéphan :
1. La tour (une table) Pelléas dans les cheveux/châle de Mélisande;

[1] Cela commence dès la toute première et courte scène (I, 1) : « Oh! oh!/ Oh! oh!/ Oh! oh!/ Oh! oui! /oui! oui! /Oui, oui /Si, si/ Non, non/ Non, non/ Non, non. //Tous! tous! Ne me touchez pas! ne me touchez pas! Ne me touchez pas! ne me touchez pas/Je ne veux pas le dire! je ne peux pas le dire! Je me suis enfuie! enfuie…enfuie… Je suis perdue! perdue! loin d’ici…loin…loin…je n’en veux plus! je n’en veux plus, Vous ne pouvez pas rester ici toute seule, 
Vous ne pouvez pas rester ici . » Et l’on concédera que certains doublons peuvent être dramatiquement expressifs mais cette impitoyable mécanique, devenu système tout au long, frôle le ridicule : la scène de la fontaine (II, 1), courte aussi, est fleurie de « ho !oh ! oui, oui, non, non », et autres doublons.

Compte rendu, opéra. Tourcoing. Théâtre Municipal, le 23 avril 2015. Debussy : Pelléas et Mélisande. Guillaume Andrieux, Sabine Devieilhe, Alain Buet… La Grande Ecurie et la Chambre du Roy. Jean-Claude Malgoire, direction. Christian Schiaretti, mise en scène.

Pelléas et Mélisande de choc à l’Atelier Lyrique de Tourcoing ! Le chef d’oeuvre absolu de Debussy est interprété avec les instruments d’époque de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy dirigé par Jean-Claude Malgoire. Une jeune distribution avec des étoiles ascendantes et une mise en scène ouvertement théâtrale, riche en qualités signée Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire.

Un Pelléas et Mélisande pas comme les autres

pelleas-melisande-tourcoing-malgoire-schiaretti-avril-2015-clic-de-classiquenewsL’histoire est celle de la pièce de théâtre symboliste homonyme de Maurice Maeterlinck. La spécificité littéraire et dramaturgique de l’œuvre originelle permet plusieurs lectures de l’opéra. La puissance évocatrice du texte est superbement traduite en musique par Debussy. Ici, Golaud, prince d’Allemonde, perdu dans une forêt, retrouve une fille belle et étrange, Mélisande, qu’il épouse. Elle tombera amoureuse de son beau-frère Pelléas. Peu d’action et beaucoup de descriptions font de la pièce une véritable rareté. Golaud tue son frère et bat Mélisande, la poussant à la mort et à la naissance prématurée d’une petite fille. Dans cette production de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, le livret est quelque peu retouché tout comme la partition. Les longs interludes sont abrégés et on y ajoute une scène supplémentaire, la première du dernier acte que Debussy n’a pas utilisée, où quatre servantes (quatre comédiennes) éclairent quelque peu le mystère avant la scène finale de l’opéra. L’approche de Schiaretti est très intéressante. Elle intègre un je ne sais quoi de Shakespearien dans sa plastique (il y signe les décors également ; les fabuleux costumes d’époque sont de Thibaut Welchlin) et dans le travail d’acteur, et dans le flux dramaturgique. Les inspirations protéiformes du metteur en scène se réalisent dans l’unicité indicible du théâtre symboliste, et c’est d’une grande cohérence. Les chanteurs-acteurs sont donc à la fois des êtres mystérieux non dépourvus d’un certain mysticisme, comme ils sont des archétypes atemporels qui veulent se débarrasser de leurs contraintes mais qui n’y arriveront jamais. Une tension perpétuelle habite la salle, un art déclamatoire très français baigne l’auditoire. Le trio des protagonistes investit les personnages avec une intensité étonnante.

Guillaume Andrieux dans une prise de rôle est un jeune Pelléas à la fois affirmé dans un certain désir de liberté comme il est ambigu dans la réalisation de ses désirs. Mi-charmant, mi-nerveux, il est surtout très beau à regarder. Il arrive au sommet de l’expression dans un IV acte passionné, ou l’élan puissant de sa musique ultime paraît le pousser à la perfection. Un Pelléas parfois tremblant (dans les notes aiguës notamment) mais qui à son tour fait aussi trembler. La Mélisande de Sabine Devieilhe (prise de rôle également!) est d’une grande valeur. La jeune soprano incarne une Mélisande complexe ; humaine, ma non troppo, étrange mais jamais caricaturale. Elle se montre excellente comédienne, et même si le rôle n’a pas de véritable virtuosité technique, elle campe une performance tout à fait virtuose par la force de son investissement, une musicalité à la hauteur de la déclamation et du texte, une bonne entente avec ses partenaires et l’orchestre. Mi-absente, mi-troublante, la Mélisande de Devieilhe inspire tout une série d’émotions grâce à une articulation sans reproches et un engagement théâtral des plus convaincants. Tout aussi engagé est le Golaud d’Alain Buet. S’il est plutôt réservé et en retrait, loin des caricatures barbares et à la limite de l’expressionnisme qu’on voit souvent, il est peut-être un peu trop dans la souffrance (est donc moins dans l’amour, la passion, la rage, l’horreur…). Pour un personnage si complexe, nous trouvons qu’il était souvent dans la douceur, non sans affectation. Musicalement ce fut très beau, et pourtant un peu mou au niveau de la gradation dramatique.

pelleas-golaud-yniold-tourcoing-malgoire-schiaretti-avril-2015De la Geneviève de Geneviève Lévesque, comme d’ailleurs de l’Arkel de Renaud Delaigue, nous retenons surtout la présence scénique imposante. Elle paraît quelque peu dépassée par la scène de la lettre, et y brille uniquement pour des raisons, à notre avis, superficielles. Un bon effort. Delaigue a une voix large, qui caresse les oreilles dans le grave peut-être trop délicieux pour un vieux Roi, mais qui est aussi tremblante et instable dans l’aigu. L’Yniold de Liliana Faraon est un brin expressionniste dans le chant, mais au niveau du jeu d’acteur, elle compose un petit garçon isolé tout à fait inquiétant.

Et Debussy sur instruments d’époque ? L’approche de Malgoire, figure importante du baroque, est aussi très intéressante. Avec Schiaretti, ils décident de rapprocher davantage l’oeuvre de son époque et son lieu de création (l’Opéra Comique à Paris) par l’utilisation de la langue parlée ici et là, au lieu du chant. Déjà ainsi une couche supplémentaire d’expression s’installe, s’accordant aux qualités des instruments anciens, au volume peu puissant. Regrettons pourtant les cuivres, souvent approximatifs, parfois faux. Le vibrato sélectif des cordes fait que l’oeuvre est en l’occurrence moins atmosphérique, mais beaucoup plus abstraite, ce qui aide forcément les chanteurs (ou leur donne davantage d’importance, selon le point de vue), jamais couverts par l’orchestre. Si les couleurs sont moins fortes, le contraste est gagnant.

VOIR aussi notre reportage vidéo en 2 volets : Pelléas et Mélisande sur instruments d’époque avec Sabine Devielhe (Mélisande) à Tourcoing sous la direction de Jean-Claude Malgoire.

Illustrations : Guillaume Andrieux et Sabine Devielhe (Pelléas et Mélisande dans la scène de la grotte, cherchant l’anneau perdu). Yniold et Golaud © CLASSIQUENEWS.TV 2015

Reportage vidéo. Le nouveau Pelléas et Mélisande de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing (2/2)

pelleas-melisande-tourcoing-malgoire-schiaretti-avril-2015-clic-de-classiquenewsReportage vidéo PELLEAS 2. Les 19,21 et 23 avril 2015Jean-Claude Malgoire relit Pelléas et Mélisande de Debussy portant ses fidèles équipes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing et une très solide distribution dont Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Alain Buet, chacun réalisant une prise de rôles pour les personnages de Mélisande, Pelléas et Golaud. Trio vainqueur dans la mise en scène de Christian Schiaretti. Entretiens avec Jean-Claude Malgoire, Sabine Devielhe, Alain Buet et Christian Schiaretti (mise en scène) : qui est Mélisande ? (suite) ; comment mettre en scène aujourd’hui Pelléas ? Restitution du théâtre de Maesterlinck dans la continuité du spectacle à Tourcoing ; Place centrale de Golaud … © CLASSIQUENEWS.TV 2015

VOIR le clip Pelléas et Mélisande de Debussy à TourcoingLIRE aussi notre présentationcomplète de Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire

VOIR le volet 1 de notre reportage PELLEAS à Tourcoing

Reportage vidéo : le nouveau Pelléas de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing (1/2)

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Reportage vidéo Pelléas 1. Les 19,21 et 23 avril 2015, Jean-Claude Malgoire relit Pelléas et Mélisande de Debussy portant ses fidèles équipes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing et une très solide distribution dont Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Alain Buet, chacun réalisant une prise de rôles pour les personnages de Mélisande, Pelléas et Golaud. Trio vainqueur dans la mise en scène de Christian Schiaretti. Entretiens avec Jean-Claude Malgoire, Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Christian Schiaretti : retour sur instruments d’époque ; ce qu’ils apportent ; qui sont Pelléas et Mélisande… née à midi, cette dernière porte en elle des gènes démoniaques… Réaliser un Pelléas incarné sur un rythme shakespearien… © CLASSIQUENEWS.TV 2015. VOIR directement le reportage Pelléas et Mélisande de Debussy par Jean-Claude Malgoire sur VIMEO

VOIR le clip Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing, LIRE aussi notre présentation complète de Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire

 

 

 

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Guillaume Andrieux et Sabine Devielhe : Pelléas et Mélisande à Tourcoing sous la direction de Jean-Claude Malgoire © classiquenews 2015

 

VIDEO,clip. Le nouveau Pelléas et Mélisande de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing, 19,21,23 avril 2015

pelleas-melisande-tourcoing-malgoire-schiaretti-avril-2015-clic-de-classiquenewsVideo clip : Pelléas et Mélisande de Debussy par Jean-Claude Malgoire, les 19,21,23 avril 2015. Atelier Lyrique de Tourcoing © CLASSIQUENEWS.TV 2015. Réalisation : Philippe-Alexandre Pham. Tourcoing: nouvelle production de Pelléas et Debussy par Jean-Claude Malgoire. 19,21, 23 avril 2015. Défricheur constant et surprenant, Jean-Claude Malgoire ne cesse de prouver la justesse d’une intuition qui fait défaut ailleurs. Il est même étonnant que le fondateur de L’Atelier lyrique de Tourcoing défende avec toujours autant d’énergie et de cohérence une programmation aussi éclectique et pourtant exemplairement équilibrée : la baroque, le classique, le romantisme… le défrichement et les œuvres du répertoire… le maestro jongle avec les esthétiques ; la saison dernière, il nous régalait de l’opéra orientaliste et humaniste d’après Chateaubriant : Aben Hamet de Théodore Dubois… rare offrande lyrique mélodiquement savoureuse dont il avait restitué la parure orchestrale.

En avril 2015, voici un nouveau défi propre à l’opéra français à la fois résolument moderne et symboliste, Pelléas et Melisande de Debussy (1902). Pour éclairer les enjeux de l’ouvrage, le chef a su comme toujours s’entourer d’une équipe choisie de solistes : la subtile Sabine Deviehle y chante sa première Mélisande; prise de rôle aussi pour le baryton Alain Buet : il incarne le jaloux et déchirant Golaud; et hier Aben Hamet, le baryton Guillaume Andrieux chante Pelléas. LIRE aussi notre présentation complète de Pelléas et Mélisande de Debussy par l’Atelier Lyrique de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire, les 19,21,23 avril 2015

Nouveau Pelléas choc à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire

malgoire_jean_claudeAnnonce. Tourcoing: nouvelle production de Pelléas et Debussy par Jean-Claude Malgoire. 19,21, 23 avril 2015. Défricheur constant et surprenant, Jean-Claude  Malgoire ne cesse de prouver la justesse d’une intuition qui fait défaut ailleurs. Il est même étonnant que le fondateur de L’Atelier lyrique de Tourcoing défende avec toujours autant d’énergie et de cohérence une programmation aussi éclectique et pourtant exemplairement équilibrée : la baroque, le classique, le romantisme… le défrichement et les œuvres du répertoire… le maestro jongle avec les esthétiques ; la saison dernière, il nous régalait de l’opéra orientaliste et humaniste d’après Chateaubriant : Aben Hamet de Théodore Dubois… rare offrande lyrique mélodiquement savoureuse dont il avait restitué la parure orchestrale.

En avril 2015, voici un nouveau défi propre à l’opéra français à la fois résolument moderne et symboliste,  Pelléas et Melisande de Debussy (1902). Pour éclairer les enjeux de l’ouvrage, le chef a su comme toujours s’entourer d’une équipe choisie de solistes : la subtile Sabine Deviehle y chante sa première Mélisande;  prise de rôle aussi  pour le baryton Alain Buet : il incarne le jaloux et déchirant Golaud;  et hier Aben Hamet,  le baryton Guillaume Andrieux chante Pelléas.

 

 

 

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Guillaume Andrieux (Pelléas) et Sabine Devielhe (Mélisande) : deux interprètes fins et subtils qui font à Tourcoing deux formidables prises de rôles (© CLASSIQUENEWS.COM)

 

 

Aux résonances régénérées de l’orchestre réunissant selon le voeu du maestro, que des instruments d’époque, répond la mise en scène claire et limpide de Christian Schiaretti qui en homme de théâtre fait souffler dans la succession des tableaux, un rythme « shakespearien », proche du verbe et du séquançage des tableaux. Il en résulte une épure symboliste sans “bruits visuels” qui reste concentrée sur l’articulation énigmatique du verbe.  Maestro et metteur en scène ont retiré les intermèdes symphoniques les plus tardifs pour rétablir la version originale, celle du premier projet de 1898. Le profil de chaque personnage comme la tension des situations en gagnent une intensité nouvelle.

D’autant que Christian Schiaretti rétablit la place des servantes de scène dont il fait des figures permanentes (sirènes noires émergeant de l’ombre, filles sœurs discrètes mais agissantes, ou Parques tissant le fil des destinées…). Elles assurent la fluidité des enchaînements, réalisent le symbolisme de la partition, jouent avant la dernière scène (celle de la mort de Mélisande), une séquence purement théâtrale provenant de la pièce originale de Maeterlinck (et que Debussy n’avait pas mise en musique) : le texte du dramaturge éclaire davantage l’atmosphère étouffante d’Allemonde et le secret qui enserre ses habitants…

 

 

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Alain Buet incarne Golaud, le beau frère de Pelléas, époux maladivement jaloux, vrai pilier du drame et pour le baryton français, prise de rôle exemplaire (© CLASSIQUENEWS.TV 2015 : ici avec l’Yniold de Lillana Faraon). La présence du théâtre, le choix des solistes, l’activité spécifique de l’orchestre font un Pelléas captivant à Tourcoing, nouvel événement lyrique d’avril 2015.

A Tourcoing, théâtre municipal Raymond Devos, les 19, 21, 23 avril 2015.

Illustrations : Pelléas et Mélisande de Debussy par l’Atelier lyrique de Tourcoing ©CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

 

 

Tourcoing : Nouveau Pelléas et Mélisande par l’Atelier Lyrique

malgoire_jean_claudeTourcoing, Atelier Lyrique. Debussy : Pelléas et Mélisande. 19,21,23 avril 2015. Création. Au Théâtre municipal Raymond Devos de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire réunit sa fine équipe dont de nouvelles voix déjà confirmées qu’il a eu le nez de distinguer et encourager (Sabine Devielhe y chante sa première Mélisande ; comme Guillaume Andrieux, son premier Pelléas). La nouvelle production lyrique présenté par l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing promet d’être un nouveau grand moment local car deux jeunes chanteurs vont y assoir davantage leur immense talent d’interprète.

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

 

Et si Pelléas et Mélisande, le seul opéra intégralement abouti de Debussy, créé à l’Opéra-Comique en 1902, soulignait sous la faillite des mots, et l’errance des êtres qui se dérobent, la souveraine activité de la musique? Force et énergie seule capable d’exprimer l’indicible, d’éclairer le psychisme profond des êtres handicapés, impuissants, démunis… Ce que le mot ne peut dire, la musique le porte soudainement au delà des solitudes et des mensonges.
Poésie, musique: on parle souvent d’une fusion étroite et mystérieuse qui cisèle l’articulation et le phrasé du texte, qui ouvrage comme nul part, la déclamation du verbe… La prose de Maeterlinck, dont la portée symboliste ne cesse d’interroger l’auditeur, offre au compositeur ce qu’il recherche: un tremplin vers l’autre monde, un passage vers l’invisible, l’indicible dont seul le flot musical témoigne. Qui est Mélisande? D’où vient-elle? Le sait-elle seulement?
Dans une nouvelle production, l’Atelier Lyrique de Tourcoing aborde la fascination et l’action énigmatique de Pelléas et Mélisande, l’opéra de la modernité, celui qui d’essence chambriste, acclimate le mode des tonalités suspendues et irrésolues, dans le sillon tracé par Richard Wagner dans Tristan et Parsifal. Debussy semble comprendre mieux que personne, les solitudes décalées de Mélisande et de Pelléas, deux adolescents mus par un amour pur, dans un monde condamné à l’anéantissement et à la pourriture : Golaud, force aveugle et brutale, mais déchirante et faible, épouse Mélisande sans la connaître : il tue son demi frère, trop jaloux de la grâce que ces deux enfants produisent malgré eux. LIRE notre présentation complète du nouveau Pelléas à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire. LIRE aussi “retrouver l’orchestre de Debussy” par Jean-Claude Malgoire

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Tourcoingboutonreservation
drame lyrique en 5 actes
Livret du compositeur d’après Maeterlinck
version originale. Les 19, 21, et 23 avril 2015

Distribution
Mélisande, Sabine Devielhe
Geneviève, Geneviève Levesque
Pelléas, Guillaume Andrieux
Golaud, Alain Buet
Arkel, Renaud Delaigue
Le médecin, Geoffroy Buffière
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction musicale, Jean-Claude Malgoire
Mise en scène et lumières, Christian Schiaretti

 
 

 

Pelléas et Mélisande
Claude debussy
Synopsis

Acte I. Après l’avoir sauvée dans la forêt du royaume d’Allemonde, le prince Golaud, fils du roi Arkel, a épousé la jeune et mystérieuse Mélisande. En présence de Geneviève, du roi Arkel et d’Yniold le premier fils de Golaud, enfant de son mariage précédent, Mélisande rencontre Pelléas qui doit partir le lendemain.

Acte II. A la fontaine des aveugles, Pelléas qui est resté, et Mélisande jouent ; Mélisande fait tomber dans l’onde sa bague d’épouse, offerte par Golaud. Puis Mélisande qui dit son malheur, soigne Golaud tombé de cheval pendant la chasse : découvrant l’absence de la bague au doigt de Mélisande, Golaud la somme d’aller la rechercher avec Pelléas. Dans la grotte où ils cherchent en vain l’anneau, Mélisande et Pelléas découvrent 3 aveugles…

Acte III. Du haut de sa tour, Mélisande peigne sa longue chevelure, cependant que resté au bas, Pelléas avoue son amour pour la belle et jeune mystérieuse. Golaud les surprend.
Il emmène Pelléas dans les souterrains du château… Puis Golaud presse son fils Yniold de lui dire ce que font les deux adolescents (nouvelle scène de sadisme de la part de Golaud).

Acte IV. Malgré les soupçons et la violence de Golaud, Pelléas qui peut enfin partir, retrouve Mélisande, l’étreint mais Golaud tue Pelléas et poursuit Mélisande dans la forêt.

Acte V. Mélisande à l’agonie qui vient d’accoucher, est pressée par Golaud qui veut son pardon. En vain, la jeune femme meurt sans s’expliquer…

 

 

 

 

 

Approfondir

VOIR le reportage spécial de la production de Pelléas et Mélisande présentée par Angers Nantes Opéra en 2014 (Emmanuelle Bastet, mise en scène)

VOIR les reportages Le Sacre de Stravinsky (1913), La Mer de Debussy par l’orchestre sur instruments d’époque, Les Siècles, François-Xavier Roth

VOIR Jean Claude Malgoire ressuscite ABEN HAMET, l’opéra orientlaiste de Théodre Dubois d’après Chateaubriand (mars avril 2014)

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

malgoire_jean_claudeTourcoing, Atelier Lyrique. Debussy : Pelléas et Mélisande. 19,21,23 avril 2015. Création. Au Théâtre municipal Raymond Devos de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire réunit sa fine équipe dont de nouvelles voix déjà confirmées qu’il a eu le nez de distinguer et encourager (Sabine Devielhe y chante sa première Mélisande ; comme Guillaume Andrieux, son premier Pelléas). La nouvelle production lyrique présenté par l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing promet d’être un nouveau grand moment local car deux jeunes chanteurs vont y assoir davantage leur immense talent d’interprète.

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

 

Et si Pelléas et Mélisande, le seul opéra intégralement abouti de Debussy, créé à l’Opéra-Comique en 1902, soulignait sous la faillite des mots, et l’errance des êtres qui se dérobent, la souveraine activité de la musique? Force et énergie seule capable d’exprimer l’indicible, d’éclairer le psychisme profond des êtres handicapés, impuissants, démunis… Ce que le mot ne peut dire, la musique le porte soudainement au delà des solitudes et des mensonges.
Poésie, musique: on parle souvent d’une fusion étroite et mystérieuse qui cisèle l’articulation et le phrasé du texte, qui ouvrage comme nul part, la déclamation du verbe… La prose de Maeterlinck, dont la portée symboliste ne cesse d’interroger l’auditeur, offre au compositeur ce qu’il recherche: un tremplin vers l’autre monde, un passage vers l’invisible, l’indicible dont seul le flot musical témoigne. Qui est Mélisande? D’où vient-elle? Le sait-elle seulement?
Dans une nouvelle production, l’Atelier Lyrique de Tourcoing aborde la fascination et l’action énigmatique de Pelléas et Mélisande, l’opéra de la modernité, celui qui d’essence chambriste, acclimate le mode des tonalités suspendues et irrésolues, dans le sillon tracé par Richard Wagner dans Tristan et Parsifal. Debussy semble comprendre mieux que personne, les solitudes décalées de Mélisande et de Pelléas, deux adolescents mus par un amour pur, dans un monde condamné à l’anéantissement et à la pourriture : Golaud, force aveugle et brutale, mais déchirante et faible, épouse Mélisande sans la connaître : il tue son demi frère, trop jaloux de la grâce que ces deux enfants produisent malgré eux.

 

 

 

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Tourcoingboutonreservation
drame lyrique en 5 actes
Livret du compositeur d’après Maeterlinck
version originale. Les 19, 21, et 23 avril 2015

Distribution
Mélisande, Sabine Devielhe
Geneviève, Geneviève Levesque
Pelléas, Guillaume Andrieux
Golaud, Alain Buet
Arkel, Renaud Delaigue
Le médecin, Geoffroy Buffière
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction musicale, Jean-Claude Malgoire
Mise en scène et lumières, Christian Schiaretti

 

 

 Pellléas sur instruments d’époque et en version originale

Jean-Claude Malgoire : retrouver l’orchestre de Debussy

TOURCOING : le nouveau Pelléas et Mélisande de JC MalgoireDébarrassée des interludes, dans sa version originelle du 30 avril 1902,  la nouvelle production de Pelléas et Mélisande proposée par Jean-Claude Malgoire à Tourcoing mérite toute l’attention : le chef fondateur de l’Atelier lyrique de Tourcoing revient aux fondamentaux d’un opéra dont on oublie l’essence innovatrice et scandaleuse : son absence d’airs, la place prépondérante de l’orchestre. Le chant symphonique exprime davantage que le texte, de nature symboliste. La matière et vaporeuse, post wagnérienne, aux couleurs océanes éminemment françaises. La France n’allait pas connaître de choc aussi brutal et décisif que 11 ans plus tard avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky, également créé à Paris. Dans un monde qui est à l’agonie, les instruments font jaillir la source première et miraculeuse, régénératrice de l’amour, celui qui aimante peu à peu les deux adolescents, Pelléas et Mélisande. Tout s’agite et se construit sur leur rencontre, leur reconnaissance, leur fusion et quand meurt Pelléas assassiné par Golaud, son demi frère, le monde enchanté, ivre de Mélisande, s’effondre à nouveau : il se renferme dans le mystère auquel demeure totalement étranger Golaud. Debussy a le choc préalable du texte théâtral : en le lisant à partir de 1893, le compositeur qui recherche une autre forme lyrique que l’opéra bourgeois ou réaliste, est fasciné par la portée introspective de la langue, une fenêtre vers les profondeurs encore inconnues de l’âme : désir, haine, jalousie, mélancolie collective, dépression silencieuse…
Pour retrouver le grain et la sonorité qu’a probablement écouté Debussy pour la création de son opéra, Jean-Claude Malgoire resssucite l’orchestre de 1902 : cordes en boyau dont le format sonore s’accorde mieux aux autres pupitres (bois, cuivres) et aux voix. En étudiant les  matériels d’orchestres, le chef a redécouvert le jeu d’archet (le poussé, le tiré…) propre au début du XXè et constaté qu’alors, les instrumentistes ne jouaient pas ensemble. Il en découle un son plus lumineux… que le jeune Malgoire avait déjà remarqué chez son maître Karajan (qui tenait cette pratique lui-même de Furtwängler). En privilégiant surtout les cordes et 2 cors, Debussy opte pour un orchestre au format mozartien, approfondissant ainsi une sonorité suave et transparente… liquide. Plus fluide et délicat, l’orchestre de Debussy était aussi mieux caractérisé : serré, contrasté et aussi feutré (les perces des cuivres – le diamètre des tuyaux, était plus petits : leur sonorité moins puissante, mais très typée et colorée).

 

 
 

 

Approfondir

VOIR le reportage spécial de la production de Pelléas et Mélisande présentée par Angers Nantes Opéra en 2014 (Emmanuelle Bastet, mise en scène)

VOIR les reportages Le Sacre de Stravinsky (1913), La Mer de Debussy par l’orchestre sur instruments d’époque, Les Siècles, François-Xavier Roth

VOIR Jean Claude Malgoire ressuscite ABEN HAMET, l’opéra orientlaiste de Théodre Dubois d’après Chateaubriand (mars avril 2014)

 

 
 

 

Debussy : Pelléas et Mélisande. Armando Noguera, Stéphanie d’Oustrac

pelelas_melisande-ANO_kawkaRadio. Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h. La nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy présentée par Angers Nantes Opéra se distingue par son fini visuel et théâtral. A défaut de voir la production, les auditeurs de France Musique pourront se délecter de la direction précise et détaillée du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rôles principaux : Pelléas (Armando Noguera), Stéphanie d’Oustrac (Mélisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre Chloé Briot (Yniold) …

logo_francemusiqueExtrait du compte rendu critique de notre rédacteur Alexandre Pham à propos de la production de Pelléas et Mélisande de Debussy à Angers et à Nantes : ” … Le scintillement perpétuel accordé au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcèlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  océane semble inéluctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant où Golaud et Pelléas s’enfoncent sous la scène par une trappe dévoilée est en cela emblématique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement éclatant dont le principe exprime l’ambiguïté des personnages,  leur mystère impénétrable à commencer par la Mélisande fauve et féline,  voluptueuse et innocente de Stéphanie d’Oustrac : véritable sirène fantasmatique,  la mezzo réussit sa prise de rôle. Déesse innocente et force érotique,  elle est ce mystère permanent qui détermine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour à tour amoureux,  protecteur puis dévasté et violent (scène terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier Pelléas,  le baryton québécois habite un prince dépossédé de toute maîtrise,  jaloux, hanté jusqu’à la fin par le doute destructeur. La mise en scène souligne l’humanité saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course à l’abîme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rôle là aussi.” En lire +

Radio. Debussy : Pelléas et Mélisande. Stéphanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

VOIR le clip vidéo de Pelléas et Mélisande de Debussy nouvelle création d’Angers Nantes Opéra.

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Nantes et à Angers

Debussy Claude PelleasAngers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande, du 23 mars au 13 avril 2014 … La production présentée à Nantes et à Angers promet d’être un nouvel accomplissement au crédit de la direction artistique de Jean-Paul Davois auquel nous devons cet événement mémorable du Tristan und Isolde de Wagner dans la mise en scène superlative d’Olivier Py (rien à voir avec ses récentes lectures parisiennes d’Alceste ou d’Aïda, infiniment moins inspirées et approfondies).
Dans la fosse de ce Wagner anthologique ” sévissait ” déjà la baguette détaillée et architecturée, claire, précise, transparente de Daniel Kawka qui ici aborde Pelléas avec la vitalité et la ciselure que nous lui connaissons depuis toujours.
Pour réaliser la scénographie et le déploiement visuel de cette nouvelle production très attendue, les habitués d’Angers Nantes Opéra retrouvent une metteure en scène justement admirée : Emmanuelle Bastet. Chaque approche gagne en vérité, en sensibilité : dans sa Traviata, le personnage du père Germont gagnait un relief inexploré jusque là ; dans son Orphée et Eurydice de Gluck (version Berlioz), tout le travail poétique d’Emmanuelle Bastet rendait tangible et explicite la pudeur, le deuil, l’épaisseur psychologique de chaque protagoniste. Avec une telle équipe, ce Pelléas présenté par Angers Nantes Opéra devrait créer un nouvel événement de la saison lyrique 2013-2014.

 

 

 

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453Pelléas choc par Angers Nantes Opéra

Claude Debussy
Nouvelle production

7 représentations 

 

Nantes, Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

Angers, Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

Pelléas et Mélisande de Debussy
Drame lyrique – en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce éponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
Direction musicale Daniel Kawka
Mise en scène Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes Tim Northam
Lumière François Thouret
avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur
Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes 
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en français avec surtitres]

 

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Le chant de deux amants dans un monde en perdition

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453En son château abandonné dans un monde (Allemonde) à l’agonie où le temps se dilate, suspendu, indéterminé, le vieux roi Arkel réunit ses petit fils, Golaud  et Pelléas. Surgit la jeune et incosnciente Mélisande, elle même victime d’un passé refoulé dont elle ne veut ni ne peut se souvenir… Parce qu’elle croise la route de Golaud, Mélisande s’unit à lui sans passion, mais elle vibre toute entière pour le jeune Pelléas qui toujours semble fuir et partir.
Loin d’expliciter et d’éclaircir les intrigues et l’action, la musique de Debussy épaissit le mystères, raconte une autre histoire, parallèle et complémentaire à la langue énigmatique du livret inspiré de la pièce de Maeterlinck.
Toute l’activité de la musique qui étire le temps comme Wagner le fait dans Tristan et Parsifal (que Debussy connaissait parfaitement), exprime l’émergence d’un amour impossible dans un monde condamné à l’anéantissement. C’est le désir jamais dit mais présent entre Pelléas et Mélisande, c’est la sourde et rugissante jalousie de Golaud pour son démi-frère qui précipite le drame.
” Chercher après Wagner et non pas d’après Wagner “, voilà un défi lancé à l’imagination de Debussy soucieux d’apporter de Nouveau et cet inédit tant espéré : pari relevé et défi réussi pour son unique opéra qui dès la générale de 1902, suscite étonnement, détestation, scandale. Il n’en fallait pas plus pour inscrire définitivement Pelléas dans l’histoire d’une modernité française… Les Demoiselles d’Avignon seront présentées par Picasso en 1907, et Le Sacre du Printemps ne paraîtra pas avant 1913. Décidément Claude de France demeure bien avec Pelléas, le pionnier de la musique de l’avenir. Quadra, ayant remporté le Prix de Rome en 1884, un souvenir romain détesté, Debussy a brisé l’idéal de l’Académie en plein vol : il a offert à la musique une toute autre destinée, plus symboliste que réaliste, essentiellement énigmatique, en rien classique ni académique.

Voir aussi notre dossier spécial Pelléas et Mélisande de Debussy