CD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical)

debargue lucas bech beethoven medtner cd review cd critique classiquenewsCD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical)… Tendresse du jeu, et enivrement prĂŞt Ă  renoncer, d’une profonde et calme nostalgie… L’instinct musical de Lucas Debargue, jeune français rĂ©cemment distinguĂ© au Concours Tchaikovsky 2015, prĂ©cise disque après disque ses qualitĂ©s d’interprète. Le phrasĂ©, le toucher s’estompent pour une attĂ©nuation suggestive continĂ»ment mesurĂ©e, canalisĂ©e par un instinct d’une rare musicalitĂ©. Le jeune Lucas DĂ©barque n’a pas usurpĂ© sa rĂ©cente notoriĂ©tĂ© : il s’agit bien d’un pianiste poète qui sait doser, clarifier, structurer une somptueuse syntaxe pianistique : son contrepoint chez Bach, touche par sa candeur et sa prĂ©cision ; une qualitĂ© d’éloquence et de fraĂ®cheur enfantine, cultivĂ©e avec une Ă©lĂ©gance et une finesse qui sait se renouveler selon la pièce concernĂ©e.

 

 

 

LUCAS DEBARGUE : pianiste ET poète…

 

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Moins riche expressivement, plus évident quoique d’une belle précision et clarté technique, le premier mouvement de la Sonate de Beethoven n°7 en ré majeur opus 10/3 (Presto), impose un feu plus nerveux, en équilibre, mobile, dans un jeu de bascule, à la fois trépidant et d’une élégance mozartienne. Un glas plus funèbre colore le Largo, méditatif, empêché, et finalement de plus en plus lugubre : le rubato et le jeu allusif, doué de phrases plus souples, quoique enténébrées, délivrent une claire et juste conception de ce drame intérieur, au vertige tragique insondable. Une belle réussite. Le Menuetto en sa maîtrise (retenue) n’est que juste insouciance. Une détente idéale pour rompre avec la tension tragique de ce qui a précédé. Le Rondo saisit par son étincelle vive et son urgence idéalement syncopée : le meilleur épisode, émotionnellement parfait.
Le Medtner (Sonate en fa mineur opus 5) est tout aussi captivant : indice d’un programme équilibré, qui sait préserver l’équilibre et la tension continue. Il semble d’ailleurs réactiver mais en plus heurté, le climat panique et récemment plus vif du Rondo beethovénien. Pourtant en plus décousu, tant le jeu syncopé, hoquetant, semble déconstruire plus qu’il n’avance, dans ce préambule de plus de 12mn qui séduit par ses acoups comme aspirés.
L’intermezzo résiste et se déroule comme une course à l’abîme mais comme suspendu, au ralenti. Lucas Debargue saisit toute la recherche de Medtner sur le temps et la durée. Sur la notion même de développement et de réitération. Sur la couleur à la fois cynique, froide, d’une rêverie hallucinée. L’enchantement se déploie sans contraintes, en une fluidité plus construite dans le Largo divoto, d’une puissance tout aussi suggestive parfaitement habitée. Ici il semble que Beethoven rencontre Liszt, avec en arrière fond, une interrogation mystique délirante et personnelle, presque frénétiquement énoncée à la Scriabine. Fulgurance, contrastes, vélocité et volubilité, de l’extase à la transe : le pianiste parvient à traverser tous les paysages de ce kaléidoscope sonore proche de la folie, avec une énergie qui sait être hyperactive et sans dilution. Maîtrise et finesse : Lucas Debargue impose un tempérament de grande classe, une technicité qui sait être l’expression d’une belle poétique personnelle. Le mois de septembre 2016 voit l’émergence / confirmation de deux immenses tempéraments du clavier parmi la nouvelle génération : Lucas Debargue donc aux côtés de l’excellent et subtilement poétique, Benjamin Grosvenor (sublime 4è cd édité par Decca, intitulé « HOMAGES » : Bach, Mendelssohn, Chopin, Franck, Liszt, édité le 9 septembre dernier : LIRE notre grande critique du cd HOMAGES par Benjamin Grosvenor…, également récompensé par le CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016). Le piano contemporain vit de nouvelles heures en or. A suivre.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Lucas Debargue, piano : JS BACH, BEETHOVEN, MEDTNER (1 cd Sony classical 889853 41762 9 / enregistré à Berlin, en février 2015). Illustration : portrait de Lucas Debargue © Bernard Bonnefon.