CD, coffret événement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar)

ricercar-jerome-lejeune-coffret-8-cd-musqiue-au-temps-de-louis-XIV-review-critique-annonce-cd-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar). C’est d’emblĂ©e une Ă©dition capitale qui fera un excellent cadeau de NoĂ«l : rĂ©servez donc dĂšs Ă  prĂ©sent ce titre Ă©vĂ©nement parmi vos cadeaux potentiels pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2016 — on est jamais trop prĂ©voyant pour ne pas laisser passer une telle publication remarquable en tous points
 JĂ©rĂŽme Lejeune directeur du label Ricercar s’intĂ©resse dans ce prometteur coffret, Ă©ditorialement exemplaire (iconographie et textes explicatifs particuliĂšrement choisis), aux musiques du rĂšgne de Louis XIV. La recherche rĂ©cente s’est plongĂ©e plus que d’habitude dans les sources et archives autographes pour nuancer et affiner notre connaissance des musiques jouĂ©es Ă  Versailles et avant, sous l’autoritĂ© et la validation du Roi Soleil. Ainsi la musique de Louis XIV puise ses racines dans la Polyphonie hĂ©ritĂ©e de la Renaissance. Durant le rĂšgne le plus long de l’histoire de France (72 ans), la musique française se dĂ©finit, prend conscience d’elle-mĂȘme, prolongeant une ambition et une volontĂ© politique qui entendent occuper la suprĂ©matie en Europe.
De fait, alors que les souverains prĂ©cĂ©dant le Grand SiĂšcle ont rivalisĂ© et rĂ©agi par rapport au raffinement italien (l’Italie, foyer de la Renaissance europĂ©enne), Louis XIV invente la musique de la France moderne, premiĂšre force politique, et commande Ă  ses musiciens, une musique spĂ©cifiquement française : comment interprĂ©ter diffĂ©remment tout le chantier de Versailles, autrement que comme un manifeste du style gaulois le plus abouti ? La musique de la Cour Ă  Versailles impose partout dans le royaume et en Europe ses nouveaux standards bientĂŽt modĂšles du bon goĂ»t pendant l’Ăąge baroque. Les nouvelles institutions, la Chapelle, la Chambre, l’Ecurie, les Vingt-Quatre Violons du Roi (premier orchestre de cour ainsi constituĂ©), de mĂȘme que l’AcadĂ©mie royale de musique comme celle de danse, organisent l’activitĂ© musicale en France, l’une des plus actives dĂ©sormais. La Suite, l’Ouverture, la TragĂ©die en musique inventĂ©e par Lully souhaitant rivaliser et dĂ©passer le modĂšle parlé de Corneille et de Racine, comme Ă  la Chapelle, Les Grands et les Petits Motets Ă  voix seules, sont les nouveaux genres et formes Ă  la mode. Ils s’imposent alors comme les nouveaux emblĂšmes du raffinement absolu. Avec Louis XIV, l’Europe se met Ă  la maniĂšre française ; l’art de vivre et le raffinement sont dĂ©sormais versaillais. Coffret Ă©vĂ©nement.

 
 

CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. Livre disque / 8 cd / Ricercar RIC 108 — prochaine grande critique du coffret La Musique au temps de Louis XIV dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

 
 
 

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Extraits et ressources musicals des 8 cd :

 

cd1 — airs de cour et Ballets de Cour : Louis XIII, Gabriel Bataille, Jean Boyer, Etienne MouliniĂ©, Pierre GuĂ©dron, Michel Lambert, Joseph Chambanceau
 / Ballets des fous et des estropiĂ©s de la cervelle (Anthoine Boesset) / Bellet royal de la Nuit (Cambrefort) / Ballet d’Alcidiane et Polexandre, Ballet de Xerses (Lully).

 

cd2 — ComĂ©dies-Ballets, TragĂ©dies en musique, Cantates : (Les Plaisirs de l’üle enchantĂ©e, Cadmus et Hermione, Atys, 
 de Lully / Le Malade Imaginaire, ActĂ©on, MĂ©dĂ©e de Charpentier / Le Sommeil d’Ulysse d’Elisabeth Jacquet de la Guerre.

 

cd3 — Musique sacrĂ©e 1 : Nicolas FormĂ©, Guillaume Bouzignac, Etienne MouliniĂ©, Henry Du Mont, Lully


 

cd4 — Musique sacrĂ©e 2 : MA Charpentier, Jean Gilles, François Couperin (TroisiĂšme leçon des TĂ©nĂšbres, du Mercredy Sainct).

 

cd5 — Orgue et oratorios : Jean Titelouze, Louis Couperin, Nivers, Lebùgue, Louis Marchand, de Grigny, MA Charpentier, Du Mont


 

cd6 — Musique instrumentale 1 : MA Charpentier, Eustache du Caurroy, François Roberday, RenĂ© MĂ©sangeau, Denis Gaultier, jacques Champion, Louis Couperin, Jean-Henri d’Anglebert


 

cd7 — Musique instrumental 2 : Nicolas Hotman, Monsieur Dubuisson, Sainte-Colombe, Monsieur Degrinis, Marin Mersenne, AndrĂ©-Danican Philidor, Robert de VisĂ©e, François Couperin, Jean-Philippe Rameau, Marin Marais


 

cd8 — La Sonate française : Marain Marais, Delalande, MA Charpentier, François Duval, Jean-Fery Rebel, Jacques-Martin Hotteterre, Jacques Morel, Pierre-Danican Philidor, AndrĂ© Philidor


 
 
 

Versailles. Gala Lully dans la Galerie des glaces

Lully Ă  VersaillesVersailles. Gala Lully, mercredi 2 dĂ©cembre 2015, 21h. En 2015, annĂ©e des cĂ©lĂ©brations de la mort de Louis XIV (tricentenaire de sa disparition survenue en 1715), l’idĂ©e d’un gala Lully s’est imposĂ©e. Lully incarne mieux que quiconque la musique de Versailles au XVIIĂš et de celle du Grand SiĂšcle. Musicien du Roi-Soleil, Lully en dirigeant opĂ©ras, divertissements, ballets, cĂ©lĂ©brations religieuses, pilote surtout la vie musicale Ă  l’Ă©poque de Louis XIV. Jusqu’en 1770, sous le rĂšgne de Louis XV oĂč s’impose le culte du Grand SiĂšcle, la musique des opĂ©ras de Lully est encore jouĂ©e. Tendre, tragique, comique, Lully a inventĂ© et fixĂ© les rĂšgles de l’art classique français.

Gala Lully Ă  la galerie des glaces de Versailles

Suites d’opĂ©ras de Lully : le baroque versaillais Ă©ternel

Lully_versailles_portraitLe programme de ce Gala Jean-Baptiste Lully rassemble les piĂšces emblĂ©matiques de l’inventeur de la tragĂ©die en musique, cet opĂ©ra Ă  la française qui a contrario de l’opĂ©ra italien oĂč rĂšgnent depuis les VĂ©nitiens (Cavalli principalement) : mĂ©lange des genres et sensualitĂ© mĂ©lodique, Ă©tablit la noblesse intelligible de la dĂ©clamation, calibrĂ©e sur le thĂ©Ăątre de Racine comme un souci majeur. L’AcadĂ©mie royale continue de commenter la simplicitĂ© tragique du monologue d’Armide, les effets saisissants du sommeil d’Atys. Les Suites tirĂ©es de ses opĂ©ras sont jouĂ©s par les Vingt Quatre violons du Roi Ă  Versailles, pour les cĂ©lĂ©brations officielles (repas, cĂ©rĂ©monies, promenades dans le parc et ses bosquets, vĂ©ritable opĂ©ra de verdure), et aussi Ă  Paris, mais au sein d’un orchestre plus grandiose encore (aux Vingt Quatre violons se joignent les instrumentistes de l’AcadĂ©mie royale de musique), pour la fĂȘte de la Saint-Louis (chaque mois d’aoĂ»t).

Le programme dirigĂ© par Leonardo Garcia Alarcon comprend ainsi comme Ă  l’Ă©poque, deux suites d’airs, de chƓurs et de danses rassemblant les Ă©pisodes cĂ©lĂšbres : le chƓur des Trembleurs d’Isis (1677) qui inspira Purcell pour son King Arthur, la plainte italienne de PsychĂ© (1678), l’ouverture et le sommeil d’Atys (1676), la Marche pour la cĂ©rĂ©monie turque et le menuet du Bourgeois gentilhomme (1670).

L’autre versant du Lully courtisan Ă  Versailles demeure son Ɠuvre sacrĂ©e. S’il n’occupa jamais de charge officielle Ă  la Chapelle royale, grĂące au soutien et une amitiĂ© sincĂšre dont lui tĂ©moigna le Roi lui-mĂȘme, Lully compose cependant pour la Cour plusieurs motets Ă  grands chƓur et orchestre, genre nouveau dont il reste avec les sous-maĂźtres de la Chapelle royale, Henry Du Mont et Pierre Robert, l’inventeur.

Ainsi naissent onze motets Ă  deux chƓurs et orchestre, dont six furent luxueusement imprimĂ©s de son vivant (1684). Y paraĂźt le Miserere, crĂ©Ă© durant la semaine sainte de 1663, le Plaude lĂŠtare Gallia, composĂ© pour le baptĂȘme du Grand Dauphin (1668), ou encore le Te Deum, qu’il fit exĂ©cuter pour la premiĂšre fois devant la cour Ă  Fontainebleau en 1677, pour le baptĂȘme de son propre fils. Le Dies irĂŠ et le De profundis, qui concluent le recueil de 1684, sont crĂ©Ă©s en l’abbatiale de Saint-Denis le 1er septembre 1683, lors des somptueuses funĂ©railles de la Reine Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche, infante d’Espagne. L’Ă©pouse de Louis XIV, depuis 1660 (la noce fut cĂ©lĂ©brĂ© entre autres par l’opĂ©ra Xerse de Cavalli avec ballets de Lully) s’Ă©teint soudainement le 30 juillet 1683, d’un banal abcĂšs au bras qui l’emporta en quelques jours.

Leonardo Garcia Alarcon choisit de fermer le gala Lully Ă  la Galerie des glaces en interprĂ©tant les deux Ɠuvres de dĂ©ploration oĂč Ă  l’esprit de la grandeur, rĂ©pond la vĂ©ritĂ© des intentions de l’Ă©criture : la mĂ©moire de la princesse fut ainsi honorĂ©e Ă  Saint-Denis tirant des larmes Ă  toutes l’assistance venue lui tĂ©moigner une derniĂšre marque d’estime et de respect tendre.

alarcon leonardo garcia maestro concert review annonce concert classiquenewsLa musique funĂšbre pour les souverains de France est le sujet d’un dĂ©corum et d’une pompe inouĂŻs destinĂ©s Ă  marquer les esprits. ComplĂ©ment au discours du clergĂ©, les musiciens interviennent en trois points, en trois effectifs distincts, chacun exĂ©cutant sa partie Ă  tour de rĂŽle et en alternance ;  les 2 dĂ©partements de musique du Roi : les chantres et symphonistes de la Musique de la Chapelle, placĂ©s sous la battue du sous-maĂźtre de la Musique de la Chapelle ; les chanteurs et instrumentistes de la Musique de la Chambre – dont les Vingt-quatre Violons –, placĂ©s sous la direction du surintendant de la Musique de la Chambre ; et au centre, face au catafalque, quatre ecclĂ©siastiques rĂ©alisent le plain-chant, en dialogue avec la Musique. Alternativement au moment de leur performance, les deux “chefs”se saisissent du battoir : le surintendant dirige alors les grands Motets qu’il a composĂ© : Dies irae (au centre du rituel), surtout De profundis (Psaume 129) Ă  la fin lors de l’aspersion du cercueil. Le contraste saisissant naĂźt aussi de la diffĂ©rence de style et d’Ă©criture entre Lully et la Messe (Missa pro defunctis) probablement de Charles Helfer (mort en 1661), publiĂ©e dĂšs 1656 : c’est cette Ɠuvre Ă  la polyphonie stricte et dĂ©pouillĂ©e qui servira en toute occasion lors des rituels funĂšbres Ă  Saint-Denis. ComplĂ©tĂ©e par le plain chant psalmodiĂ©, la Messe d’Helfer incarnait par sa noblesse et son caractĂšre ancien, la pĂ©rennitĂ© de la monarchie malgrĂ© les morts de ses acteurs premiers.

Gala Lully : Lully profane et sacré
Ă  la Galerie des glaces de Versailles
Mercredi 2 décembre 2015, 21h

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Suites et airs d’opĂ©ras

De profundis – Dies irae

Judith Van Wanroij et Caroline Weynants, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Thibaut Lenaerts, taille
JoĂŁo Fernandes, basse-taille

ChƓur de Chambre de Namur
Cappella Mediterranea
Millenium Orchestra
Leonardo Garcia AlarcĂłn, direction

2h entracte inclus

Programme détaillé :

Francesco Cavalli (1602-1676)

Ercole Amante (1662)
Trio « Una stilla di speme »

Jean-Baptiste Lully  

Ballet royal de la Raillerie (1659)
Dialogue de la Musique italienne et françoise

Psyché (1671)
Plainte italienne

Ballet royal de la Raillerie
Bourrée en Double

Atys (1676)
Ouverture – Sommeil

Cadmus et Hermione (1673)
Rondeau

Persée
PrĂ©lude – Air de Mercure « Ô tranquille sommeil   »

Le Bourgeois Gentilhomme (1670)
Menuet – Marche pour la cĂ©rĂ©monie turque

Isis
ChƓur des Trembleurs « L’Hiver qui nous tourmente   »

Armide (1686)
PrĂ©lude – Air de Renaud « Plus j’observe ces lieux   » – Passacaille

– Entracte –

Jean-Baptiste Lully 

Dies Irae
De Profundis

CMBV, grand reportage vidéo : Atelier vocal sur le récitatif italien et français au 17Úme (Versailles, juillet 2015)

cmbv-atelier-vocal-parole-chantee-venise-a-paris-copyright-classiquenews-2015CMBV, grand reportage vidĂ©o : Atelier vocal sur le rĂ©citatif italien et français au 17Ăšme (Versailles, juillet 2015). En juillet 2015, le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles a organisĂ© un atelier de pratique vocale dĂ©diĂ© au rĂ©citatif des opĂ©ras italiens et français du XVIIĂš / Seicento : La parole chantĂ©e de Venise Ă  Paris. A l’Ă©cole de Cavalli et de Lully principalement, les Ă©lĂšves chanteurs, pilotĂ©s par leurs coachs apprennent l’art si complexe du rĂ©citatif, Ă©lĂ©ment essentiel dans la continuitĂ© des opĂ©ras baroque du XVIIĂšme siĂšcle.

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CMBV-atelier-vocal-recitatif-parole-chantee-paris-venise--copyright-classiquenews Outre les Ă©lĂ©ments techniques prĂ©cis que l’interprĂšte doit maĂźtriser, l’atelier met en relief tout ce que doit l’opĂ©ra français au genre fixĂ© en Italie par Cavalli qu’il exporte Ă  la Cour de France, entre autres Ă  l’Ă©poque du mariage de Louis XIV (Xerse, de Cavalli avec ballets du premier Lulli, 1660). Grand reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS 2015. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

L’Atelier vocal intitulĂ© “La Parole chantĂ©e de Venise Ă  Paris” proposĂ© par le Centre de musique baroque de Versailles est d’autant plus pertinent au vu des nombreuses rĂ©alisations intĂ©ressant actuellement ou prochainement, Lully et Cavalli.

Concert d’orgue Ă  Belfort. Lully, musicien du Roi-Soleil

a909Belfort.Orgue et opĂ©ra. Lully, musicien du Roi-Soleil, le 18 septembre 2015, 20h30. Jean-Charles Ablitzer, orgue. Françoise Masset, soprano. Sous l’instigation du cardinal Mazarin, premiĂšre autoritĂ© politique de France, l’opĂ©ra italien arrive en France vers 1645. La dĂ©couverte de ce genre nouveau dans le paysage musical français bouleverse l’Ă©criture pour orgue. La stricte polyphonie cĂšde le pas aux rĂ©cits, aux dialogues, aux trios et les instruments se dotent systĂ©matiquement de deux ou trois claviers permettant les contrastes et la mise en avant d’une ligne mĂ©lodique imitant souvent la voix ou l’orchestre. L’orgue s’empare d’une thĂ©ĂątralitĂ© nouvelle, osant exprimer le chant des passions humaines Ă  l’image des auteurs italiens alors en vogue, portĂ©s par le goĂ»t du Cardinal mĂ©lomane, Rossi, Marrazzoli, Cavalli
 D’ailleurs, les cĂ©lĂ©brations du mariage du jeune dauphin Louis, futur Louis XIV, sont commĂ©morĂ©es avec le concours des Italiens Ă  Paris et par la crĂ©ation d’un nouvel opĂ©ra de Cavalli (Ercole Amante) et la reprise d’un ancien (Serse)…

2015 : tricentenaire de la mort du Roi SoleilLa commĂ©moration du tricentenaire de la mort de Louis XIV – dĂ©cĂ©dĂ© le 1er septembre 1715, aprĂšs 72 ans de rĂšgne-, est l’occasion de s’inspirer de la dĂ©marche des organistes du Grand SiĂšcle en prĂ©sentant au public un choix d’Ɠuvres du plus grand inventeur d’opĂ©ra Ă  la française, Jean-Baptiste Lully. De fait, l’Ă©criture du surintendant de la musique s’adapte parfaitement au clavier. Pour ce concert, l’orgue soliste alterne avec une sĂ©lection des plus beaux airs des tragĂ©dies mises en musique par Lully, mettant ainsi en avant la justesse poĂ©tique et le souffle universel de son Ɠuvre. Jusqu’en 1673 (crĂ©ation de la premiĂšre tragĂ©die en musique de Lully : Cadmus et Hermione), et Ă  travers les nombreuses comĂ©dies-ballets inventĂ©es par MoliĂšre et Lully, Louis XIV qui rĂšgne en 1661, façonne et perfectionne son goĂ»t musical Ă  la source des Italiens… Le balladin, danseur et compositeur Lulli, florentin de naissance, indique clairement la domination de l’Italie dans le domaine des arts… jusqu’Ă  l’essor du style versaillais Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1670.

Lully, le musicien du Roi-Soleil
Airs et transcriptions
Journée européenne du patrimoine
Tricentenaire de la mort de Louis XIV
Vendredi 18 septembre, 20 h 30
Cathédrale Saint-Christophe de Belfort

Jean-Charles Ablitzer, orgue historique
(Waltrin / Callinet : Schwenkedel)
Françoise Masset, dessus
Josep Cabré, basse-taille

Réservation conseillée 03 84 49 33 46 /
festival@musetmemoire.com

Réservation conseillée
12 €, 10 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et Amis de l’Orgue et de la Musique de Belfort) et 5 € (rĂ©duit)

Concert proposĂ© par les Amis de l’Orgue et de la Musique de Belfort et Musique et MĂ©moire avec le soutien spĂ©cifique de l’Etat (FNADT) dans le cadre de la Convention interrĂ©gionale du Massif des Vosges 2015-2020 et de la Ville de Belfort.

ConfĂ©rence Ă  17 h, salle d’honneur de l’HĂŽtel de Ville de Belfort
ConfĂ©rence par le docteur Jean Valla “La santĂ© de Louis XIV vue par un mĂ©decin du 21Ăšme siĂšcle ». EntrĂ©e libre, dans la limite des places disponibles.

Louis XIV en roi des arts

louis-XIV-carre-grand-Arte, aujourd’hui Ă  20h50. SoirĂ©e Louis XIV. Le Roi Soleil en roi des arts. On se souvient d’un livre trĂšs instructif oĂč l’auteur Philippe Beaussant n’hĂ©sitait pas Ă  baptiser Louis le Grand de “roi artiste” : il faut bien du discernement et un goĂ»t sĂ»r pour savoir reconnaĂźtre les talents et les faire travailler sur des Ɠuvres grandioses. En confisquant au surintendant Fouquet, les Lebrun, Le Vau, Le NĂŽtre, surtout MoliĂšre (moins La Fontaine qui osa dĂ©fendre son ancien patron), Louis devenu le Roi Soleil en 1661, montra sa maturitĂ© politique et artistique : il fit de chacun d’eux, par gratifications et pensions gĂ©nĂ©reuses, ses serviteurs les plus zĂ©lĂ©s. Le documentaire diffusĂ© par Arte dĂ©voile le portrait d’un souverain esthĂšte qui s’il instrumentalisa et contrĂŽla les arts – soumis Ă  sa propre cĂ©lĂ©bration-, les favorisa et les organisa comme personne. Sous son rĂšgne, naissent les acadĂ©mies de peinture, sculpture, architecture, sciences, surtout de la danse car Louis dĂšs son adolescence maĂźtrise le maintien et sait danser, offrant en 1653, une fameuse incarnation du Soleil triomphant, axe du monde, vĂ©ritable reprĂ©sentation du pouvoir royal rĂ©affirmĂ© aprĂšs le chaos de la Fronde.

Tous les arts sous son rĂšgne sont infĂ©odĂ©s aux directives de la “petite acadĂ©mie”, cercle de sages dĂ©crĂ©tant la façon de reprĂ©senter le roi… un ministĂšre de la communication politique avant l’heure et dirigĂ© par l’inflexible Colbert, serviteur le plus loyal dĂ©vouĂ© Ă  sa majestĂ©.
On suit pas Ă  pas les diffĂ©rents visages de Louis : l’adolescent danseur, l’amoureux transi (de Marie Mancini dans le premier Versailles des annĂ©es 1660, avec point d’orgue de cet instant d’ivresse, les plaisirs de l’Ăźle enchantĂ©e dans les jardins du premier Versailles en 1664), l’amateur de thĂ©Ăątre qui aime Ă  rire des comĂ©dies satiriques de MoliĂšre, puis le souverain passionnĂ© par l’opĂ©ra dont Lully fait un spectacle total Ă  partir de 1673. Enfin c’est Versailles le chantier du rĂšgne, devenu siĂšge du gouvernement en 1683 : le thĂ©Ăątre du pouvoir ou l’opĂ©ra de sa majestĂ© aux dimensions cyclopĂ©ennes.
Le film rĂ©capitule les passions de Louis XIV : la danse, l’opĂ©ra, l’architecture, … on y relĂšve les facettes multiples du Roi, toujours magnifiĂ© et hĂ©roĂŻsĂ©, en particulier au plafond de la galerie des glaces oĂč Louis paraĂźt en vainqueur, humiliant volontiers les armĂ©es rivales au delĂ  du Rhin… une humilation que les Allemands ou les Hollandais continuent d’Ă©prouver et de condamner avec autoritĂ©. Le visiteur de la Galerie des glaces oublie souvent le sens des reprĂ©sentations peintes par Lebrun, commentĂ©es par Racine et Boileau (en français et non plus en latin!). Contestable, l’ambition du Roi a fait des arts sous son rĂšgne une formidable machine de propagande dont le raffinement a marquĂ© l’esprit d’un rĂšgne et forgĂ© un modĂšle pour toute l’Europe moderne. AprĂšs Louis XIV, toute reprĂ©sentation politique dans l’Ancien Monde comme dans le Nouveau, ne peut ĂȘtre que Versaillaise…

Programmation spéciale Louis XIV sur Arte
Samedi 29 et dimanche 30 août 2015

Samedi 29 août 2015
20.50 : LOUIS XIV, ROI DES ARTS
22.40 : OpĂ©ration Lune, l’épave cachĂ©e du Roi-Soleil

Dimanche 30 août 2015
17.30 : le mobilier de Versailles, du roi soleil à la révolution
18.30 : Soirée baroque à la Philharmonie
20.30 : Un jardinier Ă  Versailles
0.00 : la Nuit Louis XIV de William Christie

Tous les programmes sont aussi accessibles sur «  ARTEconcert +7 »

Lire aussi notre présentation du week end Louis XIV sur ARTE

william-christie-arts-florissants-soiree-Louis-XIV-versailles-presentation-classiquenewsNe pas manquer aussi Dimanche 30 aoĂ»t 2015, Ă  minuit. Le concert « La Nuit Louis XIV de William Christie » convoque le Sermon sur la mort, de Bossuet : pour cĂ©lĂ©brer la mĂ©moire du roi français le plus artiste donc,  Denis PodalydĂšs dĂ©clame et aussi sert de guide au public, invitĂ© le temps de cette nuit royale, Ă  circuler dans le chĂąteau du Souverain Ă  Versailles,  du thĂ©Ăątre royal – construit sous Louis XV – Ă  la chapelle, puis Ă  la galerie des Glaces oĂč Les Arts Florissants jouent un programme musical). William Christie dirige ainsi Ă  la Chapelle le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, un compositeur que Louis goĂ»ta fort, mĂȘme s’il n’eut aucune charge officielle Ă  la Cour. C’est surtout la tragĂ©die en musique Atys (1676), de Jean-Baptiste Lully, que Louis aima passionnĂ©ment, aussi surnommĂ© « L’opĂ©ra du roi » que William Christie aborde par extraits, lui qui en a assurĂ© la recrĂ©ation il y a trente ans. Fin du parcours dans la Galerie des Glaces, avec un divertissement royal… avant le dĂ©part du feu d’artifices dĂ©ployĂ© sous la voĂ»te nocturne dans le parc…
Le programme La Nuit Louis XIV de William Christie est prĂ©cĂ©dĂ© Ă  20h30 sur Arte toujours, du documentaire un jardinier Ă  Versailles : focus sur l’autre passion du Roi pour les jardins…

La Ballet royal de la nuit : Louis XIV en Soleil

Louis XIV SoleilFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015 : le Ballet royal de la nuit. Cavalli. Ercole Amante. Rossi : Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Au dĂ©marrage, la production intitulĂ©e diffĂ©remment avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au festival Musique et MĂ©moire, dĂšs l’Ă©tĂ© 2013, lors de la rĂ©sidence de l’ensemble Correspondances en Haute-SaĂŽne : Fabrice Creux directeur de Musique et MĂ©moire avait eu l’intuition juste et Ă©tonnamment visionnaire s’agissant d’un programme aujourd’hui repris dans diffĂ©rents lieux dont Ambronay et plus rĂ©cemment en ouverture du festival estival Ă  Saintes le 10 juillet dernier. A la Chaise Dieu, le spectacle s’est rodĂ©, Ă©toffĂ©, fluidifiĂ©, mais son dispositif originel a Ă©tĂ© permis grĂące Ă  un accompagnement sans Ă©quivalent en France, en Haute-SaĂŽne. A La Chaise-Dieu, devenu “le concert royal de la nuit”, le spectacle rassemble un plateau de jeunes chanteurs parmi le plus douĂ©s de l’heure (Lucile Richardot qui chante avec Les Arts Florissants ou Dagmar Saskova, mezzo incandescente formĂ©e au Centre de musique baroque de Versailles).

Louis XIV, aux origines du mythe solaire

AprĂšs la Fronde, Mazarin commande un ballet politique qui jette les fondations de la mythologie solaire de Lousi XIV

Le Soleil se lĂšve Ă  Paris en 1653

mazarin-portrait-par-philipep-de-champaigne-presentation-gout-de-mazarin-classiquenews-le-ballet-royal-de-la-nuit-orfeo-de-luigi-rossi-ercole-amante-de-cavalliContrairement Ă  son titre, le Ballet royal de la nuit favorise par un effet de contraste que le baroque aime cultiver, l’Ă©mergence du Soleil, et symboliquement, cĂ©lĂšbre l’omnipotence du Roi, le trĂšs jeune Louis XIV (qui n’a que 15 ans ; Lully q’il rencontre Ă  nouveau pour l’occasion n’en a que 21)… DĂ©but 1653, le Ballet royal de la nuit fut dansĂ© Ă  5 reprises par le jeune Dauphin, futur Louis XIV, dans la salle du Petit Bourbon au Louvre. Mazarin, revenu au pouvoir aprĂšs les Ă©vĂ©nements violents de La Fronde entendait ainsi par un ballet spectaculaire, scĂ©nographiĂ© l’image du pouvoir royal, dĂ©sormais fastueux, avec en son centre, telle l’axe d’une constellation de planĂštes, le jeune prĂ©tendant au trĂŽne. AssimilĂ© au Soleil, l’astre rayonnant et pilier du monde, le monarque est comme adoubĂ© par un spectacle qui cĂ©lĂšbre sa toute puissance. Mettre en scĂšne la royautĂ© est le dessein de Mazarin, repris et amplifiĂ© aprĂšs lui par le Roi-Soleil lui-mĂȘme. Le ballet royal de la nuit exprime donc une prise de conscience du politique et aussi la maturation de l’image royale, la prĂ©cision d’un nouvel imaginaire qui sert la propagande monarchique. Le Ballet qui est ici conçu pour la premiĂšre fois comme un spectacle thĂ©Ăątral, avec vue frontale (et non plus dans un dispositif circulaire, au milieu de l’arĂšne), opĂšre ce changement esthĂ©tique et sociĂ©tal majeur : car tous les nobles comme le roi, dansent dans un spectacle codifiĂ© qui rĂ©tablit l’ordre hiĂ©rarchique voulu par le Roi et le Cardinal, soumettre les anciens frondeurs en les valorisant dans un protocole et une Ă©tiquette qui en vĂ©ritĂ© les tient en laisse. Toute la symbolique nocturne et crĂ©pusculaire du Ballet, son argument et l’enchaĂźnement des 4 sĂ©quences (ou “veilles”) avec grand ballet final, cĂ©lĂšbre le lever du soleil, c’est Ă  dire, l’avĂšnement du jeune roi. L’aurore sur son char dĂ©clare : “Le Soleil qui me suit, c’est le jeune Louis”, on ne saurait ĂȘtre plus clair.
lully_gravure_450CommandĂ© par Mazarin, le Ballet sert habilement son objectif politique tout en satisfaisant Ă  l’art poĂ©tique (vers de Benserade), chorĂ©graphique, dramatique, musical. Spectacle total avant l’opĂ©ra proprement dit (tragĂ©die en musique inventĂ©e par Jean-Baptiste Lully en 1673, soit 20 ans plus tard), le Ballet aborde tous les genres expressifs (dĂ©lirant, fantasque, comique, burlesque…) y compris satirique car les allusions aux dĂ©fauts physiques ou travers de ceux qui les disent ou paraissent alors quand ils sont lus ou dĂ©clamĂ©s, ne manquent pas. Preuve que la moquerie cynique faisait dĂ©jĂ  bonne figure : les grands y sont Ă©pinglĂ©s sans mĂ©nagement.
Louis XIV jeuneMazarin fut Ă©duquĂ© Ă  Rome au gĂŽut des Barberini ses protecteurs ; dans leur palais romain, le futur cardinal, affine son goĂ»t pour l’oratorio et l’opĂ©ra, autant de spectacles qu’il ne cessera d’acclimater Ă  Paris pour assoir davantage le pouvoir de Louis XIV. Les genres connus y sont finement associĂ©s comme une synthĂšse de tout ce que connaissait le Cardinal et qu’il dĂ©sirait voir dans le Ballet, en un seul spectacle. La richesse, les effets mĂȘlĂ©s (emprunts Ă  la mythologie, la comĂ©die des Italiens dans la seconde veille…), tout souligne la nature supĂ©rieure du Roi et prĂ©pare au sacre qui suit. Les futurs opĂ©ras de Lully, dans leur prologue, cĂ©lĂšbreront encore la nature divine du Souverain, l’apport miraculeux de ses actions…
Aujourd’hui le Ballet nous est connu grĂące Ă  l’unique copie rĂ©alisĂ©e par Philidor (77 danses au total), mais lacunaire car le copiste ne prĂ©cise qu’un partie instrumentale/musicale, celle du violon (premier dessus). A l’interprĂšte moderne, le dĂ©fi de reconstituer les parties manquantes pour prĂ©server l’unitĂ© de l’architecture globale et aussi le raffinement de l’exĂ©cution.

 

 

Rossi et Cavalli

 

 

louis-XIV-danseur-ballet-royal-de-la-nuit-le-roi-soleil-aurore-et-naissance-du-mythe-royal-solaire-Paris-theatre-du-petit-bourbon-fevrier-1653-CLASSIQUENEWS-dossier-presentation

 

 

Mazarin-mignardCorrespondances a choisi non pas de reconstituer le Ballet seul (51 danses originelles ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©es), entreprise difficile sans connaĂźtre le dĂ©roulement prĂ©cis et les composantes prĂ©cises du faste originel. Les textes de Benserade et les danses françaises sont donc ici associĂ©es Ă  l’opĂ©ra italien, tel qu’il fut favorisĂ© par Mazarin lui-mĂȘme (portrait ci contre par Philippe de Champaigne) : extraits des fameux et lĂ©gendaires Orfeo de Luigi Rossi et Ercole Amante de Cavalli, tous deux, ouvrages commandĂ©s et conçus pour la Cour de France et jouĂ©s Ă  Paris, respectivement en 1647 puis 1662. En constituant l’ordinaire culturel de la Cour entre Italie et France, les composantes mĂȘmes du goĂ»t que Mazarin transmet Ă  Louis XIV, (ci dessus en danseur, apparaissant en Soleil dans le Ballet royal de la nuit, fĂ©vrier 1653), la combinaison fonctionne ainsi idĂ©alement. Du Ballet de la Nuit Ă  Cavalli, le drame emprunte les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences, mythologiques bien sĂ»r puisque dans la seconde veille, oĂč la comĂ©die muette voit les italiens parodier la tragĂ©die d’AlcmĂšne, laquelle violĂ©e par Jupiter, enfante… Hercule. Ce dernier, hĂ©ros central de l’opĂ©ra du vĂ©nitien Cavalli lequel met en scĂšne les mĂȘmes figures et allĂ©gories prĂ©sentes dans le Ballet de 1653 : la Lune, VĂ©nus, les GrĂąces, le sommeil…
LĂ©guĂ© par Louis XIII, le ballet de cour est ainsi magnifiĂ© sous l’adolescence de Louis XIV et fixe dĂ©jĂ  l’imaginaire et la mythologie solaire du plus grand roi de l’univers…

 

 

 

 

déroulement

 

PremiĂšre veille : La Nuit
Les heures, chasseur, paysans, Ă©gyptiens, boutiques

Seconde veille : VĂ©nus et les GrĂąces
Vénus, les 3 Grùces, les italiens et Cintia (chanté en italien)

TroisiĂšme veille : Hercule amoureux
La lune, Endimion, Hercule, VĂ©nus et les GrĂąces, Junon, sacrificateurs, loups garous et sorciĂšres, DĂ©janire

QuatriÚme veille : Orphée
Le sommeil, le silence, le dieu des songes, Eurydice, Apollon et les Dryades

Grand Ballet : le Soleil
rĂ©cit de l’Aurore, choeur des planĂštes, duo d’Hercule et de la BeautĂ©

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015: le Ballet royal de la nuit, Ercole Amante, Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Le Ballet de cour sous Louis XIII, dansĂ© par le jeune Dauphin futur Louis XIV, ĂągĂ© de 15 ans, magnifiĂ© par le goĂ»t du mĂ©cĂšne commanditaire de l’oeuvre, Mazarin (Paris, 1653).

2 soirées Louis XIV sur ARTE

arte_logo_2013louis-XIV-carre-grand-Arte. Tricentenaire de la mort de Louis XIV, les 29 et 30 aoĂ»t 2015. Avec un grand documentaire inĂ©dit sur Louis XIV et les arts Ă  son Ă©poque, un spectacle d’exception dans les plus beaux lieux du ChĂąteau de Versailles,  une promenade dans les jardins imaginĂ©s par AndrĂ© Le NĂŽtre, Arte ressuscite fin aoĂ»t, le faste et le raffinement de la Cour du Roi-Soleil, un souverain artiste qui eut le gĂ©nie de rĂ©unir les meilleurs talents autour de lui. A l’heure oĂč l’Europe vacille, les fondamentaux de son identitĂ© sont culturels, certes pas Ă©conomiques ni financiers : on a vu avec la GrĂȘce toujours exposĂ©e Ă  l’implosion (Grexit or not Grexit?), la menace d’exclusion que fait peser sur le berceau europĂ©en, la violence du cynisme produit par les banques et leurs officines spĂ©culatives. Or rappeler l’Ăąge d’or du rĂšgne de Louis XIV, c’est souligner la vertu atemporel de l’art et de la culture. Jamais la France ne fut plus française que lorsqu’elle Ă©tait culturelle, que lorsqu’elle donnait le diapason du goĂ»t pour toute l’Europe, Ă  l’époque de Louis XIV. Les 29 et 30 aoĂ»t 2015, deux soirĂ©es spĂ©ciales dĂ©voilent cet art de vivre que le monde entier nous envie toujours. Au total sur 2 soirĂ©es, 6 programmes alliant documentaires et concerts, miroirs d’un Ăąge d’or de l’histoire de France Ă  l’heure du baroque royal le plus enchanteur qui soit. Louis XIV en Ă©laborant le mythe des Bourbons, lĂšgue Ă  la France, Versailles qui en est l’écrin le plus Ă©blouissant.

 

 

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Programmation spéciale Louis XIV sur Arte
Samedi 29 et dimanche 30 août 2015

Samedi 29 août 2015
20.50 : LOUIS XIV, ROI DES ARTS
22.40 : OpĂ©ration Lune, l’épave cachĂ©e du Roi-Soleil

Dimanche 30 août 2015
17.30 : le mobilier de Versailles, du roi soleil à la révolution
18.30 : Soirée baroque à la Philharmonie
20.30 : Un jardinier Ă  Versailles
0.00 : la Nuit Louis XIV de William Christie

Tous les programmes sont aussi accessibles sur «  ARTEconcert +7 »

 

Samedi 29 août 2015

20h50 :  LOUIS XIV, ROI DES ARTS 

 

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arte_logo_2013Ce documentaire dessine un portrait intime et politique de Louis XIV, Ă  la fois l’esthĂšte passionnĂ© par la nature et les arts, et le souverain Ă©clairĂ© ; le film interroge ses relations avec les grands artistes de son temps (Lully, Le Vau, Le NĂŽtre, Hardouin Mansart, Vauban, Lebrun
), entre passion sincĂšre et instrumentalisation, goĂ»t intime et propagande royale. Amateur d’art passionnĂ©, le Roi-Soleil mit tous les arts au service de sa gloire et influença l’esthĂ©tique de son Ă©poque. Qu’il s’agisse d’architecture, de musique ou de danse, Louis XIV n’apparaĂźt pas seulement comme un simple mĂ©cĂšne mais bien comme l’acteur principal, particuliĂšrement engagĂ©, d’un moment de l’histoire des arts. C’est grĂące Ă  lui que la danse est encore enseignĂ©e en français aujourd’hui dans toutes les Ă©coles de danse du monde. Il donna ses lettres de noblesse Ă  la guitare (quand son pĂšre estimait plutĂŽt le luth) et encouragea Lully et MoliĂšre Ă  travailler ensemble, provoquant ainsi la naissance d’un nouveau genre thĂ©Ăątral, la comĂ©die ballet, – ancĂȘtre de la comĂ©die musicale. Avant que naisse l’opĂ©ra royal proprement dit, la tragĂ©die en musique inaugurĂ©e en 1673 avec Cadmus et Hermione de Lully. L’opĂ©ra français Ă©tait nĂ© et avec lui, la prĂ©Ă©minence de la France sur l’Italie. Lully et MoliĂšre, mais Ă©galement Racine, Le NĂŽtre, Le Brun… Tous ont mis leur gĂ©nie au service de l’image du Roi. AncrĂ© Ă  Versailles, Ă  la fois thĂ©Ăątre d’un pouvoir absolu et cadre de somptueux divertissements, le film montre Ă©galement les Ă©lĂšves de l’école de danse de l’OpĂ©ra de Paris crĂ©Ă©e il y a 300 ans par Louis XIV, les coulisses d’une reprĂ©sentation du Bourgeois Gentilhomme de MoliĂšre ou les reprĂ©sentations dans le chĂąteau de Versailles d’un concert des Arts Florissants de William Christie (programme Ă  dĂ©couvrir intĂ©gralement sur ARTE dimanche 30 aoĂ»t Ă  00h).
Un documentaire de Priscilla PIZZATO – (2015-1h30).

 

 

22h40 : OpĂ©ration Lune, l’épave cachĂ©e du Roi-Soleil

arte_logo_2013bateau-louis-XIV-la lune-naufrage-classiquenewsLe vaisseau amiral de Louis XIV enfin exploré  Le film est Ă©crit comme une enquĂȘte archĂ©ologique exceptionnelle et une plongĂ©e Ă©poustouflante au coeur de l’épave de la Lune, vaisseau amiral de Louis XIV. La Lune fait naufrage au large de Toulon en novembre 1664, alors que le navire revient d’une expĂ©dition sur les cĂŽtes d’Afrique du Nord avec prĂšs d’un millier d’hommes Ă  bord, simples matelots ou nobles de haute lignĂ©e. Mais par la volontĂ© du Roi-Soleil et de son entourage, qui entendent cacher la tragĂ©die, la Lune est rapidement oubliĂ©e
 DĂ©couvert en 1993, le navire repose Ă  90 mĂštres de profondeur. PrĂšs de vingt ans plus tard, les innovations technologiques permettent enfin l’exploration du vaisseau.

Un documentaire de Pascal Guérin et Herlé Jouon (France, 2013, 1h25mn)
Rediffusion du 23/06/2013

 

 

 

 

Dimanche 30 août 2015

 

 

18h30 : Soirée baroque à la Philharmonie, inédit

Christie William portrait 290arte_logo_2013Le cĂ©lĂšbre ensemble baroque Les Arts Florissants vient de fĂȘter ses 35 ans d’existence. En janvier dernier (2015), ils donnaient Ă  Philharmonie de Paris, sous la direction de William Christie, un programme qui illustre leur dĂ©vouement Ă  la musique baroque. L’ensemble sur instruments anciens y fait dialoguer la musique scĂ©nique et la musique religieuse. Au programme, des extraits de l’oeuvre Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau parmi lesquelles la cĂ©lĂšbre entrĂ©e Les Sauvages, sĂ»rement la partie la plus connue de cet opĂ©ra en quatre actes, In exitu Israel de Mondonville, originellement destinĂ© aux messes royales cĂ©lĂ©brĂ©es en prĂ©sence de Louis XV. La distribution vocale de la soirĂ©e comprend des partenaires de longue date des Arts Florissants : le baryton Marc Mauillon et la soprano Danielle de Niese.

Direction musicale : William Christie. Avec Les Arts Florissants – RĂ©alisation : François-RenĂ© Martin (2015 ; 43min) – EnregistrĂ©e le 16 janvier 2015 Ă  la Philharmonie de Paris

 

 

 

17h30 : le mobilier de Versailles, Du Roi-Soleil Ă  la RĂ©volution

arte_logo_2013bureau-mobilier-versailles-louis-XIV-louis-XV-louis-XVI-documentaire-ARTE-presentation-classiquenews-juillet-2015En traversant les rĂšgnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, ce documentaire nous entraĂźne Ă  la dĂ©couverte de six chefs-d’oeuvre du mobilier français, des XVII e et XVIIIe siĂšcles. Il nous dĂ©voile notamment le faste du mobilier d’argent du Roi-Soleil (aujourd’hui fondu pour financer les guerres du monarque) et son extraordinaire commode en Ă©cailles de tortue et entrelacs de laiton, une horloge astronomique, vĂ©ritable miracle de sciences, ainsi que le meuble alors le plus emblĂ©matique de l’artisanat français, conçu pour Louis XV : « le bureau du roi ». Sans oublier le mobilier aux Ă©pis et le grand serre-bijoux de la reine Marie-Antoinette, d’une dĂ©licatesse inĂ©galĂ©e. L’art du meuble Ă  la Cour de France est alors le plus exceptionnel qui soit, copiĂ©, admirĂ© par toute l’Europe.

Documentaire de Fabrice Hourlier (France, 2014, 52mn)- Rediffusion du 15 février 2015

 

 

 

20h30 : Un jardinier Ă  Versailles

arte_logo_2013versailles-jardins-parc-louis-XIV-arte-presentation-classiquenewsJardinier en chef du domaine depuis trente ans, Alain Baraton travaille avec amour Ă  l’ombre de l’illustre AndrĂ© Le NĂŽtre. Il dĂ©voile le travail de ceux qui s’activent Ă  restaurer les jardins de Versailles, vĂ©ritable musĂ©e en plein air mais aussi machine Ă  contemplation et dĂ©lectation grĂące Ă  ses nombreuses perspectives que Louis XIV aimait montrer Ă  ses invitĂ©s et visiteurs de marque. C’est aussi une formidable machinerie oĂč l’ingĂ©nierie hydraulique a façonnĂ© la conception du vaste rĂ©seau de fontaines, bassins, jets d’eau, piliers de l’enchantement des jardins et bosquets…

Documentaire d’Élodie TrouvĂ© (2013, 26mn)- Rediffusion du 27 octobre 2013

 

 

 

00h / Minuit : la Nuit Louis XIV de William Christie

arte_logo_2013william-christie-arts-florissants-soiree-Louis-XIV-versailles-presentation-classiquenewsPour cĂ©lĂ©brer les 300 ans de la mort de Louis XIV, l’orchestre sur instrument anciens Les Arts Florissants dirigĂ© par William Christie, leur chef fondateur, fait rĂ©sonner la musique baroque française au coeur du ChĂąteau de Versailles. Le comĂ©dien Denis PodalydĂšs, en narrateur, nous guide lors de ce concert promenade d’exception. Le temps d’une soirĂ©e, c’est le faste des fĂȘtes de la Cour qui renaĂźt dans l’écrin dorĂ© de l’OpĂ©ra, minĂ©ral nĂ©o vĂ©nitien de la Chapelle ; tout miroirs et cristal de la Galerie des Glaces. Trois lieux emblĂ©matiques pour un rĂ©pertoire français oĂč les compositions de Lully, Charpentier, De Lalande, Couperin, Desmaret et de VisĂ©e subliment le chĂąteau pour lequel elles ont Ă©tĂ© Ă©crites et reprĂ©sentĂ©es devant Louis XIV et la Cour de France.

Direction musicale : William Christie, direction musicale. Les Arts Florissants
Avec Ă©lodie Fonnard, Ă©milie Renard, Reinoud Van Mechelen et Victor Sicard
ChorĂ©graphie : Nicolas Paul – RĂ©alisation : Louise NARBONI – (2015- 1h20mn)

Versailles : La nuit des rois de Jordi Savall en direct sur culturebox

savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesEn direct sur internet. La Nuit des Rois : Jordi Savall Ă  Versailles, mardi 30 juin 2015 en direct sur culturebox, dĂšs 20h. 2015 marque le tricentenaire de la mort de Louis XIV (en septembre exactement). Par mi les nombreuses cĂ©lĂ©brations de la mort du Roi Soleil le septembre 1715, Versailles invite Jordi Savall pour la Nuit des Rois : 3 concerts dans 3 Lieux du chĂąteau pour cĂ©lĂ©brer la gloire et le goĂ»t musical et artistique des 3 souverains bourbons qui ont marquĂ© un Ăąge d’or de la culture française Ă  l’ñge baroque, du premier XVIIĂš Ă  l’esprit des LumiĂšres. Ainsi au programme :

Concert Louis XIII Ă  l’OpĂ©ra royal
Concert Louis XIV Ă  la Chapelle royale
Concert Louis XV dans la Galerie des glaces

Lully Ă  VersaillesEn 2014, il avait dĂ©diĂ© Ă  Versailles une premiĂšre nuit thĂ©matique autour des oeuvres de Haendel, investissant l’espace d’un soir, les 3 lieux emblĂ©matique de la vie de cour Ă  Versailles entre dĂ©votion, opĂ©ra et allĂ©geance au Souverain : la chapelle, l’opĂ©ra et la galerie. Le 30 juin 2015, Jordi Savall souligne le goĂ»t spĂ©cifique de chaque monarque français, et le genre dans lequel il a marquĂ© une passion personnelle.
Louis XIII Ă  l’OpĂ©ra : joueur de luth, bon danseur, esprit mystĂ©rieux et solitaire (LIRE notre Ă©vocation de LOUIS XIII Ă  travers sa passion du luth, entretien avec le luthiste Miguel Yisrael et son cd Les Rois de Versailles, CLIC de classiquenews 2014), Louis XIII, pĂšre de Louis XIV crĂ©e les 24 Violons du Roi, bande d’instrumentistes d’un niveau excellent, vĂ©ritable modĂšle pour l’Europe

Louis XIV (notre photo ci dessus) se montre quant Ă  lui friand de virtuositĂ© comiques avec l’ùre de la comĂ©die ballet et bientĂŽt de la tragĂ©die lyrique inventĂ© pour lui Ă  Versailles par Lully. Le thĂ©Ăątre envahit toute la vie de Cour jusqu’à la chapelle royale dernier grand chantier de son rĂšgne.
Louis XV Ă  l’ñme mĂ©lancolique voire dĂ©pressive cultive les divertissements amoureux que Voltaire et Rameau expriment sous la forme d’opĂ©ras-ballets, de comĂ©die d’un nouveau genre. FĂȘtes, bals costumĂ©s, badineries (peintes par Boucher) font de Versailles un lieu de plaisirs et de sensualitĂ© que l’esprit et le goĂ»t de la Pompadour rehausse jusqu’à l’excellence. Son rĂšgne s’achĂšve sur le nouvel opĂ©ra royal et le nouveau dĂ©cor de la galerie des glaces pour le mariage du Dauphin, futur Louis XVI et de la Marie-Antoinette


 

 

 

La Capella Reial de Catalunya
Le Concert des Nations
Jordi Savall, direction

Versailles, ChĂąteau. Mardi 30 juin 2015, 20h
Durée : 4 h (2 entractes inclus, le temps que les musiciens rejoignent les lieux entre chaque programme
.)

logo_culturebox_300_2014VISITEZ le site de culturebox et la page dédiée au concert événement LA NUIT des ROIS au chùteau de Versailles par Jordi Savall, mardi 30 juin 2015, 20h

 

Programme détaillé de la Nuit des Rois au Chùteau de Versailles :
FĂȘtes Royales aux temps de Louis XIII, Louis XIV, Louis XV

♩ OpĂ©ra Royal : l’orchestre de Louis XIII

Musiques de l’enfance du Dauphin
Musique pour le Sacre du Roy, fait le 17 Octobre 1610
Musiques pour le Mariage du Roy Louis XIII, faites en 1615
Concert donné a Louis XIII en 1627 par les 24 Violons
Les Musiques de Ballet 1634 – 1640

♩ Chapelle Royale : la Gloire de Dieu au temps de Louis XIV

Michel-Richard Delalande
De profundis

Marc-Antoine Charpentier
Te Deum

♩ Galerie des Glaces : la TragĂ©die Lyrique au temps de Louis XV

Jean-Philippe Rameau
Les BorĂ©ades* – ouverture, Airs et ChƓurs

Mardi 30 juin 2015 dĂšs 20h sur Culturebox, et sur France 2 le 1er septembre 2015

 

 

LIRE aussi notre dossier spécial LULLY à VERSAILLES

CD, coffret. Compte rendu critique. Louis XIV : les musiques du Roi-Soleil. Collection ChĂąteau de Versailles (3 cd Alpha)

louis-XIV-houasse-cd-alpha-3-cd-les-musiques-du-roi-soleil-critique-classiquenews-juin-2015CD. Louis XIV : musiques du Roi-Soleil (3 cd Alpha). Louis XIV (1638-1715) : le roi est mort (le 1er septembre 1715 Ă  8h15 du matin): vive le roi. La formule est connue et prĂ©serve la fonction de la rupture, mais la personnalitĂ© individuelle et le goĂ»t du Souverain dĂ©cĂ©dĂ© vivent Ă©ternellement autrement, par les manifestations de leur propre reprĂ©sentation du pouvoir, manifestations culturelles que le Roi-Soleil porta jusqu’Ă  un degrĂ© inĂ©dit jusque lĂ , prolongeant certes les fastes royaux de François Ier et avant eux, d’Anne de Bretagne. Trois souverains qui surent accorder et mĂȘme fusionner politique et art, exercice du pouvoir et crĂ©ation artistique. Mais c’est assurĂ©ment le Bourbon qui organisa et centralisa le mieux toutes les initiatives de son rĂšgne.
Pour cĂ©lĂ©brer le tricentenaire de son dĂ©cĂšs en 1715, le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles et ChĂąteau de Versailles rassemble dans ce nouvel opus de la collection “ChĂąteau de Versailles”, 3 volets manifestant l’Ă©clat du rĂšgne : l’opĂ©ra est prĂ©sent par extraits Ă©vocateurs d’une productivitĂ© locale inouĂŻe (mais non enregistrĂ© au ChĂąteau comme le volume 1 dĂ©diĂ© aux Lully et Charpentier sacrĂ©s (Te Deum), faits du compositeur officiel et de son “rival” apprĂ©ciĂ© par Louis.
Autant dire que le disque et les concerts ambitieux produits au ChĂąteau depuis quelques annĂ©es ressuscitent ce goĂ»t musical du Souverain le plus inspirĂ© dans l’art du spectacle monarchique,Ă  la Chapelle, Ă  la Chambre, Ă  l’OpĂ©ra… comme Ă  l’Ecurie.

CD1. L’exceptionnel sacrĂ© est rythmĂ© par quelques piĂšces musicales d’un Ă©clat spĂ©cifique, accordĂ© aux dimensions et retentissements politiques de l’Ă©vĂ©nement de la Cour : ainsi les Te Deum de Lully et Charpentier expriment la gloire et la ferveur de la Cour rĂ©unie autour de son Souverain : acte d’hommage, manifestation Ă©clatante de la cohĂ©sion collective qui s’exprime par l’art. Les 2 Te Deum abordĂ©s ici en 2013 par Le PoĂšme Harmonique (Ă  la Chapelle royale) soulignent ce prodige de l’art français : palpitants par leurs inflexions instrumentales et vocales, qui concilient dans cette approche vivante et mĂȘme dansante parfois, l’individuel et le collectif, le martial et la rondeur du thĂ©Ăątre glorieux, surtout enchantĂ©, en particulier dans le Te Deum de Charpentier (H.146), le plus complet, juste et profond, Ă  la fois exaltĂ© et recueilli. Le Te Deum de Lully (LWV.55) est d’une mĂ©canique certes ici assouplie mais d’un esprit de dĂ©monstration spectaculaire un rien tĂ©lĂ©guidĂ© que viennent alanguir les sections plus profondes parfois nostalgiques inaugurĂ©es avec Patrem immensae majestatis.

CD2. Les Grands Motets de Dumont personnalitĂ© incontournable de la Chapelle royale Ă  Versailles avec De Lalande (son successeur) et bien sĂ»r Lully, manifestent le goĂ»t du Roi pour l’ordinaire de la Messe, ici grĂące Ă  FrĂ©dĂ©ric DĂ©senclos et l’ensemble Pierre Robert (2004), cet Ă©quilibre entre ferveur franche et sensualitĂ© Ă  la fois collective et individuelle, sertie d’une prononciation informĂ©e percutante. Le texte demeure primordial et ses temps de rĂ©flexion comme de distance mĂ©ditative sont cultivĂ©s par l’orgue seul en l’alternance comme le plain chant.

CD3. EnregistrĂ© en 2001 Ă  Paris, le programme “Divertissements” de Skip SempĂ© Ă©voque le gĂ©nie Ă  Versailles du Roi et de ses doubles artistiques dont surtout Lully. Le jeune Souverain des annĂ©es 1660, plus galant et sensuel que bientĂŽt raidi et solennelisĂ© par l’ampleur de la charge, exprime sa badinerie Ă©videmment fastueuse en 1664, dans la fĂȘte la plus prestigieuse du rĂšgne alors : Les Plaisirs de l’Ăźle enchantĂ©e oĂč il orchestre et met en scĂšne ses propres amours sous couvert d’un prĂ©texte romanesque empruntĂ© Ă  L’Arioste et son labyrinthe sentimental (Roland furieux) : les chevaliers et Roger sur l’Ăźle de la fĂ©e Alcine, envoĂ»tĂ©s par l’amour. Officiellement, la fĂȘte consacre les deux reines : anne d’Autriche et Marie-ThĂ©rĂšse. Dans le cƓur du Roi, c’est sa maĂźtresse Louise de la ValliĂšre qui rĂšgne sans partage. Voici donc le Louis XIV Ă©pris, enivrĂ©, sensualisĂ© (“Je mourrai de plaisir …” de Lambert) qui rĂȘve dans son Ă©crin de Versailles, aux dĂ©lices d’un jardin enchantĂ©, le sien. En 1664, Lully n’a pas encore inventĂ© l’opĂ©ra et la tragĂ©die en musique (1673), mais SempĂ© imagine un parcours Ă  l’orchestre et au clavecin oĂč les thĂšmes du bosquet nostalgique, de l’Ăźle ensorcelant (et emprisonnant donc) les sens, diffusent leur magie active et musicale : ballets, rires, intermĂšdes, mais aussi airs de cour… rythment un grand divertissmeent, le plus grand et le premier du genre Ă  Versailles. Le rire et l’humour, une Ă©lĂ©gance comique, celle surtout du Bourgeois Gentilhomme de Lully et MoliĂšre (dans le genre comĂ©die-ballet : badinerie chambriste piquĂ©e d’un certain maniĂ©risme thĂ©Ăątral pour les reprises de la marche pour la cĂ©rĂ©monie turque) alternent donc ici avec des piĂšces pour clavecin de Champion de ChambonniĂšres, Danglebert, Le Roux, Louis et François Couperin, oĂč perce aussi le gĂ©nie indiscutable de Lully dans l’expression de cette langueur amoureuse qui se fait danse de l’envoĂ»tement comme le dernier Ă©pisode la Chaconne d’Amadis. Tendre adieu (plutĂŽt aurevoir) aux plaisirs injustement fugaces.

CD, coffret. Compte rendu critique. Louis XIV : les musiques du Roi-Soleil. Collection ChĂąteau de Versailles (3 cd Alpha 961). Charpentier / Lully : Te Deum (Le PoĂšme Harmonique, 2013) ; Grands Motets de Henry Du Mont (Ensemble Pierre Robert, 2005) ; Divertissements (Capriccio Stravagante, 2001). RĂ©Ă©ditions.

Tricentenaire de la mort de Louis XIV

louis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451Versailles : Tricentenaire de la mort de Louis XIV : avril 2015 – fĂ©vrier 2016. DĂ©cĂ©dĂ© le 1er septembre 1715 aprĂšs 72 ans de rĂšgne, Louis XIV nĂ© en 1638 laisse un hĂ©ritage politique, Ă©conomique et social plutĂŽt mitigĂ©. Les guerres ont Ă©puisĂ© le peuple et les ressources de l’Etat, mais l’art français a dominĂ© toute l’Europe, faisant de la France, aprĂšs lui, le phare artistique copiĂ© par toutes les Cours dignes de ce nom. Pas un prince qui ne souhaite jusqu’Ă  la fin du XVIIIĂšme, reproduire voire Ă©galer la splendeur de Versailles. Roi danseur, Ă©pris d’opĂ©ras et de divertissements, Louis XIV fusionne le prestige des arts et le rayonnement de sa fonction : sous son rĂšgne, l’art est de propagande et toutes les disciplines en leur degrĂ© d’excellence incarnent la supĂ©rioritĂ© du pouvoir monarchique. Le ChĂąteau de Versailles en 2015 cĂ©lĂšbre donc le tricentenaire de la mort de son fondateur.

 

 

 

Versailles célÚbre le tricentenaire de la mort de Louis XIV

Louis en roi artiste

 

 

En rĂ©alitĂ©, Louis XIV, en fils digne, dĂ©veloppe le mythe de Versailles hĂ©ritĂ© de son pĂšre, le mĂ©lancolique et solitaire Louis XIII(Lire notre dossier spĂ©cial le Luth de Louis XIII avec la collaboration du luhtiste Miguel Yisrael). Il fait de la retraite masculine du pĂšre, le lieu de ses chasses et de ses maĂźtresses, une rĂ©sidence de divertissements oĂč s’orchestre et est mise en scĂšne tel un opĂ©ra permanent, la fonction royale, ce dĂšs 1664, avec les FĂȘtes de l’Ăźle enchantĂ©e qui reprend le thĂšme du Roi amoureux sĂ©duit par la magicienne sur son Ăźle magique…
La programmation Ă©voque la figure du Roi artiste : celui qui dansait donc, jouait de la guitare, collectionnait tableaux et antiques, a particuliĂšrement veillĂ© Ă  l’essor de ses AcadĂ©mies, aimait passionnĂ©ment les Grands Motets, les tapisseries, la porcelaine, les objets prĂ©cieux, mĂ©ticuleusement dĂ©posĂ©s et inventoriĂ©s dans son cabinet personnel…

louis-XIV-582-390-une-homepageLa programmation versaillaise met l’accent sur le duo des amuseurs Lully et MoliĂšre dont le gĂ©nie mĂȘlĂ© transcende le genre de la comĂ©die ballet dont il font un prĂ©lude Ă  l’opĂ©ra français Ă  venir (tragĂ©die en musique inaugurĂ©e par Cadmus et Hermione en 1673). William Christie inaugure un nouveau type de spectacle, une nuit de concerts promenades (formule crĂ©Ă© au sein de son festival vendĂ©en de ThirĂ© chaque mois d’aoĂ»t) : en proximitĂ© avec les interprĂštes, les spectateurs peuvent Ă©couter les concerts dans les 3 lieux musicaux du ChĂąteau : l’opĂ©ra, la chapelle, la Galerie des glaces…(Nuit Louis XIV William Christie, les 25 et 26 juin 2015). L’Italie est la source d’inspiration de la Cour de Louis XIV (Lully Ă©tait florentin) : Ă  dĂ©faut de recrĂ©er Ercole Amante de Cavalli, opĂ©ra italien crĂ©Ă© pour ses noces, l’Orfeo de Luigi Rossi est programmĂ© (premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© Ă  Paris en mars 1647, Ă  la demande de Mazarin). Si le futur Louis XIV n’avait que 9 ans, fortement impressionnĂ© (par les machineries de Torelli et la virtuositĂ© du chanteur castrat Atto Melani), il en conserve le goĂ»t passionnĂ© de l’opĂ©ra et du spectacle lyrique. La place du choeur et des ballets fera ensuite l’identitĂ© de l’opĂ©ra proprement versaillais et donc français… bientĂŽt conçu par Lulli devenu Lully.

 

 

Programmation Louis XIV 2015 Ă  Versailles :
D’avril 2015 Ă  fĂ©vrier 2016

Au total 9 programmes différents et 3 bals costumés (en juin 2015)

Les 8,9,10,11 avril 2015, 20h
Le 12 avril Ă  15h
Opéra royal
Lully / MoliĂšre : Le Bourgeois Gentilhomme
Christophe Coin, direction
Denis PodalydĂšs, mise en scĂšne

 

 

Les 25 et 26 juin 2015, 20hlouis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451
Opéra royal, Chapelle royale, Galerie des Glaces
Concert promenade orchestré par William Christie et ses Arts Florissants
La nuit de Louis XIV – William Christie

 

 

La nuits des 3 rois par Jordi Savall
Musiques de Louis XIV, XV, XVI
Concert des Nations, Jordi Savall
Le 30 juin 2015, 20h
Opéra royal, Chapelle royale, Galerie des Glaces

 

 

Messe Ă  4 choeurs. Charpentier / Hersant :
Olivier Schneebeli, direction
MaĂźtrise de Radio France
Les Pages et les chantres du Centre de musique baroque de Versailles
le 2 juillet 2015, 20h
Chapelle royale

 

 

Lully : Armide
Opera Atelier Toronto
David Fallis, direction
Les 20, 21, 22 novembre 2015
Opéra royal

 

 

Lully : Ballet royal de la nuit, 1653
Correspondances
le 29 novembre 2015, 16h
Opéra royal

 

 

Gala Lully
Capella Mediterranea
Leonardo Garcia Alarcon
Le 1er décembre 2015
Galerie des glaces

 

 

Lully / MoliĂšre : Monsieur de Pourceaugnaclouis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451
Les Arts Florissants,William Christie
Clément Hervieu Léger, mise en scÚne
Les 7, 8, 9 et 10 janvier 2016
Opéra royal

 

 

Luigi Rossi : Orfeo
Pygmalion
Les 19 et 20 février 2016
Opéra royal

3 bals costumés en juin 2015

FĂȘtes Galantes
Soirée costumée dans les Appartements du Roi Soleil : musiques et divertissements au temps de Louis XIV
Faenza, Marco Horvat. L’Eventail. La Compagnie baroque.
Lundi 1er juin 2015 Ă  19h30
Petits et Grands appartements du Roi, chapelle royale, Galerie des glaces

Le Grand bal masqué de Kamel Ouali, le Roi Soleil
Samedi 27 juin 2015, 23h30
Jardins de l’Orangerie

Mon premier bal Ă  Versailles
Bal costumé de Kamel Ouali : pour les 6-12 ans
Dimanche 28 juin 2015, 15h
Orangerie

Toutes les infos, les modalités de réservations, les horaires et les lieux des concerts sur le boutonreservationsite de Chùteau de Versailles Spectacles CVS

 

 

ENTRETIEN avec Miguel SERDOURA, luth, Ă  propos du luth en France au XVIIĂšme

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotENTRETIEN avec le luthiste Miguel SERDOURA, Ă  propos de son nouveau cd : ” Les Rois de Versailles “. En dĂ©diant son nouvel album aux Rois du luth Ă  Versailles, en particulier les compositeurs et luthistes sous Louis XIII et Louis XIV, Germain Pinel et Robert de VisĂ©e, Miguel Serdoura souligne l’Ăąge d’or du luth au XVIIĂš en France : un instrument soliste qui incarne le goĂ»t, l’Ă©ducation, la perfection du style et des maniĂšres, reconnu et adoptĂ© alors par le Souverain, les Reines et leurs proches. Mais Miguel Serdoura fait plus aujourd’hui que dĂ©voiler l’art si difficile et virtuose, poĂ©tique et contemplatif d’un instrument lĂ©gendaire : le jeune luthiste, l’un des meilleurs Ă©lĂšves d’Hopkinson Smith, entend aussi grĂące Ă  son propre projet restituer au luth, sa notoriĂ©tĂ© et la fascination qu’il exerçait au temps de sa gloire… L’artiste n’est pas qu’un subtil interprĂšte, c’est dĂ©sormais un entrepreneur ambitieux porteur d’une nouvelle aventure pour le luth. Entretien exclusif avec Miguel Serdoura Ă  propos de son nouveau disque : ” Les Rois de Versailles “. nouveau cd Ă  paraĂźtre le 1er dĂ©cembre 2014.

 

 

 

Pourquoi avez-vous choisi Germain Pinel et Robert De Visée ? Que nous apprennent-ils du goût de Louis XIII et quelle esthétique leur mise en regard, révÚle-t-elle ?

yisrael-miguel-une-home-actualites-582-594Nous n’avons Ă  ce jour que trĂšs peu de disques de musique française concernant le luth baroque. Cela est dĂ» Ă  notre mĂ©connaissance de la vie des luthistes français du XVIIĂšme siĂšcle ainsi que du style de leur musique. Le choix de ses deux compositeurs est d’abord d’ordre musicologique et historique : il s’agit de replacer le luth Ă  la place qui a toujours Ă©tĂ© la sienne au XVIIĂšme siĂšcle en France : l’instrument des Rois et le roi des instruments.
Depuis son enfance Ă  Florence, Marie de MĂ©dicis jouait du luth. Devenue reine de France, elle veille constamment Ă  s’attacher le service des luthistes Ă  sa suite.  Jean HĂ©roard, le mĂ©decin chargĂ© de s’occuper de façon permanente du petit Louis, le futur Louis XIII, dĂšs l’heure de sa naissance, nous rapporte de nombreuses anecdotes qui montrent l’importance de cet instrument dans la vie intime des rois de France. Ainsi, HĂ©roard raconte qu’un des premiers jouets du petit prince fut un luth. Il a trois ans en 1604. « Il demande son luth, le porte Ă  dix heures chez la Reine pour lui faire voir comme il en joue ». Un valet de chambre joueur de luth, Florent Hindret (ou Indret) fut, dĂšs la premiĂšre heure, chargĂ© de chanter et de jouer du luth pour endormir l’enfant-Roi. Deux ans plus tard, celui-ci « prend un grand luth, fait que Indret met ses doigts sur les touches et lui, il pince les cordes ».  AprĂšs que le jeune Louis XIII eĂ»t repris le pouvoir qu’accaparait sa mĂšre, il fit chasser les courtisans et courtisanes espagnoles qui entouraient son Ă©pouse pour les remplacer par des Français. C’est Ennemond Gaultier qui fut alors choisi pour enseigner le luth Ă  la jeune reine Anne d’Autriche, qui, jusqu’ici ne jouait que de la guitare, instrument typiquement espagnol. Par sa grande maĂźtrise du luth, il fut alors trĂšs en vue Ă  la cour.

luth_1652Germain Pinel (c. 1600-1661) fut non seulement luthiste Ă  la Cour de Louis XIII, mais il eut le privilĂšge d’avoir Ă©tĂ© choisi pour enseigner le jeune Dauphin, futur Roi Soleil, de ses 9 ans Ă  ses 18 ans. Pinel a ensuite travaillĂ©, jusqu’a sa mort, Ă  la Cour de Louis XIV, aprĂšs la mort de Louis XIII.
Jusqu’au programme que j’ai choisi d’enregistrer pour ce disque, il n’existait que quelques enregistrements Ă©pars des Ɠuvres de Pinel. Comment est-il possible, que l’un des luthistes les plus essentiels du baroque français, celui qui a occupĂ© l’un des postes les plus importants Ă  la Cour des rois de France, ait pu ĂȘtre ainsi ignorĂ© de nos jours ? AprĂšs quelques semaines d’étude approfondie sur sa musique, la rĂ©ponse est devenue une Ă©vidence : Pinel n’est pas comme les autres, il est diffĂ©rent. Comprendre sa musique demande une immersion profonde dans son style, jusqu’ici ignorĂ© par la plupart des luthistes qui ne l’ont jamais jouĂ©. Sa musique ne ressemble en rien Ă  celle de ses contemporains (les Gaultier par exemple). Les 3 PrĂ©ludes non mesurĂ©s enregistrĂ©s dans mon disque en sont l’exemple le plus marquant. La musique de Germain Pinel est probablement la plus raffinĂ©e et la plus Ă©litiste de tout ce qui fut Ă©crit pour le luth baroque français. Chaque note n’a de sens que si elle s’impose aprĂšs analyse globale du son et du style de la piĂšce. Je donnerai un exemple littĂ©raire moderne afin qu’on puisse mieux comprendre la complexitĂ© de cette musique: Pinel est Ă  la musique française pour luth baroque ce que Jorge Luis Borges est Ă  la littĂ©rature contemporaine : d’ une extrĂȘme sophistication, jouant d’une grande profusion de rĂ©fĂ©rences, affirmant un style inimitable et complexe. Les codes sont immenses, parfois confus, mais ils ont toujours un sens profond. Ainsi en est-il de la musique de Germain Pinel.
LUTH 1650Concernant Robert De VisĂ©e (c. 1665-1732/3), tout est bien plus prosaĂŻque : sa musique est d’une grande beautĂ©, trĂšs inspirĂ©e des plaisirs du Ballet qu’adorait alors Louis XIV. Musique directe, Ă©lĂ©gante ; c’est certainement beaucoup plus aisĂ© pour l’auditeur de la comprendre. Pour le luthiste, c’est une musique « facile » mais on peut tout autant s’en dĂ©lecter tellement elle est bien Ă©crite (nous n’avons qu’a Ă©couter les 2 Tombeaux enregistrĂ©s dans mon disque).
Pour rĂ©sumer, les deux compositeurs rĂ©sument le rĂšgne, le style, l’esprit de Louis XIII et de Louis XIV : le premier, Louis XIII, intime, trĂšs profond, spirituel, rĂ©servĂ© et discret, trĂšs intĂ©riorisĂ©, demeure modeste dans ses faits et gestes ; le second, Louis XIV, amoureux de lui-mĂȘme, aimant les plaisirs faciles, est un mĂ©galomane et un joueur de guitare. Louis XIII est Pinel, Louis XIV est De VisĂ©e. Et ils sont tous Les Rois de Versailles !

Quel instrument jouez vous ? Quels sont ses qualités propres ?

Depuis plusieurs annĂ©es, je poursuis des recherches sur la lutherie, les diffĂ©rentes sortes de luths baroques (français, allemands, etc
), afin de m’approcher au plus prĂšs de ce qu’auraient pu faire les grands luthistes parisiens du XVIIĂšme. Je suis moi-mĂȘme Parisien, je me suis donc prĂȘtĂ© au jeu en me plaçant dans leur peau. Je suis donc arrivĂ© aux textes musicologiques qui nous expliquent que les luthistes français allaient Ă  Bologne, en Italie, au dĂ©but du XVIIĂšme siĂšcle, pour y acheter de vieux luths fabriquĂ©s par Laux Maler, celui que plus tard Ernst Gootlieb von Baron, grand compositeur et musicologue Allemand du XVIIIĂšme siĂšcle, prĂ©sente comme le pĂšre de tous les luthiers. J’ai donc commandĂ© 2 luths de Laux Maler Ă  deux luthiers diffĂ©rents (il n’existent aujourd’hui dans le monde que 5 luths originaux de Laux Maler). Je joue sur ce disque un luth Ă  11 rangs de Laux Maler construit en 2012, Ă  Princeton (États-Unis), signĂ© Cezar Mateus, mon luthier de toujours et le seul qui arrive Ă  transformer dans la matiĂšre, mon idĂ©al esthĂ©tique sonore.

LUTH-home-dossiers-Jean-de-Reyn-luth-582-826-Lute-Player-about-1640La particularitĂ© des luths de Laux Maler est Ă©vidente, si on les compare aux autres luthiers : la caisse est trĂšs allongĂ©e (un peu comme une larme) ; surtout, le dos de la caisse est trĂšs plat, alors que tous les autres luthiers font des caisses plus profondes. Si les luthistes français prisaient tellement ses luths, au point de payer des fortunes (les italiens se plaignaient Ă  l’époque car ils soupçonnaient les acheteurs de spĂ©culer sur les prix des luths tellement ils les voulaient pour leur musique), c’est qu’ils goĂ»taient particuliĂšrement leur grande clartĂ© de son laquelle Ă©tait due, selon moi, au fait que la caisse Ă©tait trĂšs aplatie. Une caisse moins profonde fait que le son sort de la caisse plus vite. La musique française est faite de subtilitĂ©, surtout de beaucoup d’agrĂ©ments. Il faut donc une grande clartĂ© et une grande rapiditĂ© d’exĂ©cution. La musique française pour luth baroque est, on le sait depuis de nombreuses annĂ©es, l’équivalent de la rhĂ©torique. Un discours capable de convaincre son auditeur n’est pas un discours prononcĂ© fort ni avec beaucoup de mots ; c’est un discours de clartĂ© et de prĂ©cision. VoilĂ  ce que j’essaie d’obtenir dans mes recherches organologiques, musicologiques et techniques. Mais il y a d’autres aspects comme le choix des bois (le meilleur Ă©tant toujours l’érable, comme cela nous est rapportĂ© dans des traitĂ©s comme le « The Burwell Lute Tutor » publiĂ© au XVIIĂšme siĂšcle ; la position du chevalet, etc
, Mary Burrell nous explique aussi que les français achetaient les luths anciens de Laux Maler non seulement pour les raisons dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©es mais aussi en raison du grand Ăąge du bois de ses instruments.

 

 

 

Pourquoi jouer un luth est-il diffĂ©rent voire plus difficile que jouer le thĂ©orbe ou l’archiluth, ces derniers instruments Ă©tant plus frĂ©quents en concert aujourd’hui
?

En 1899, dans un article intitulĂ© « Notes sur l’histoire du luth en France », Marie Bobillier Ă©crit que ” les amateurs se lassaient des difficultĂ©s du luth; ils se portaient vers le thĂ©orbe [et/ou l’archiluth en Italie], le clavecin et la basse de viole “. DĂ©jĂ  en 1660, Nicolas Fleury publia une MĂ©thode pour apprendre facilement Ă  toucher du thĂ©orbe sur la basse continue. Ainsi en moins de 10 annĂ©es, des dizaines d’autres mĂ©thodes du mĂȘme genre, ont vu le jour, rĂ©pondant au nouveau goĂ»t, comme Ă  la vanitĂ© (paresseuse) des amateurs. La plupart, reculant devant des Ă©tudes sĂ©rieuses et profondes tenaient cependant Ă  paraĂźtre habiles dans l’art de la musique; ils « renonçaient Ă  jouer seuls des piĂšces », comme le renard de la fable renonce aux raisins inaccessibles. « On leur demande, dit un auteur en 1701, pourquoi ils ont abandonnĂ© le luth, cet instrument si vantĂ© et si harmonieux, et qui dans trente ans ne sera plus connu que de nom: ils rĂ©pondent qu’il est trop difficile ».

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthLe thĂ©orbe et l’archiluth sont des instruments d’accompagnement (l’archiluth ne fut utilisĂ© que pour la musique Italienne, jamais pour la musique Anglaise, Française ou Allemande) ; ce ne sont pas des instruments de rĂ©pertoire soliste (malgrĂ© quelques Ɠuvres, rares, Ă©crites pour eux). Cela Ă©tĂ© vrai Ă  son Ă©poque, et cela reste vrai aujourd’hui. Techniquement, le thĂ©orbe et l’archiluth sont des instruments plus  accessibles car ils sont cordĂ©s aujourd’hui toujours avec des cordes simples, comme une guitare classique. A l’époque cela ne fĂ»t souvent pas le cas car on cordait ces instruments avec des doubles choeurs (parfois pas les basses, etc). Mais aujourd’hui personne ne le fait, justement pour rendre l’instrument encore plus simple et facile d’exĂ©cution. Le luth, lui, est cordĂ© toujours, Ă  l’époque, mais aussi aujourd’hui, avec des cordes doubles. C’est justement lĂ  qui dĂ©coule toute la beautĂ© et le raffinement de ses instruments. Aussi, et comme dans tout domaine de la musique classique, la musique de chambre est en gĂ©nĂ©ral moins exigeante que la musique soliste (sauf rares exceptions oĂč le compositeur Ă©crit une partie obligato). La basse continue l’est encore moins (du point de vue technique et de l’interprĂ©tation) puisque il ne s’agit que de rĂ©aliser des accords, ou de jouer une simple ligne de basse pour soutenir un chanteur ou un violoniste. Dans un orchestre, on constate que le thĂ©orbe ou l’archiluth ne servent aujourd’hui pas Ă  grande chose puisqu’on ne les entend jamais (orchestres trop bruyants, salles trop grandes, effectifs trop petits, souvent 1 seul joueur de thĂ©orbe ou d’archiluth
). A l’époque, on faisait appel Ă  plusieurs thĂ©orbes, archiluths ou autres guitares baroques pour rĂ©soudre le problĂšme. Mais cela ne se fait presque plus du tout aujourd’hui (la faute en incombe aux organisateurs de concerts et aux chefs d’orchestre qui prĂ©fĂšrent sacrifier deux ou trois luthistes et en garder un seul pour l’esthĂ©tique visuelle, au nom des contraintes financiĂšres)… La basse continue permet donc aux continuistes joueurs de thĂ©orbe, archiluth et guitare baroque, de se fondre dans toute sorte d’ensemble, et il y a une demande croissante (ce qui est trĂšs positif). Comme les organisateurs sont souvent plus enclins Ă  la musique d’ensemble, car cela attire l’oeil et les masses, il est naturel de voir beaucoup de concerts de basse continue, et rarement de concerts avec des solistes (en ce qui concerne le luth).

Le luth solo (prĂ©cision qu’il y a plus de rĂ©pertoire Ă©crit pour le luth solo que pour tout autre instrument
 avant le piano moderne) demande non seulement une grande exigence technique et musicale de la part de l’interprĂšte (nous parlons d’un instrument qui est probablement le plus dĂ©licat, fragile et raffinĂ© de tous les instruments du monde occidental) mais il rĂ©clame aussi une toute autre attention de la part de l’auditeur. Lors d’un rĂ©cital de luth, il n’est pas rare de vivre de vrais moments de mĂ©ditation et de pure contemplation. C’est la force du luth et de sa musique : conduire l’auditeur dans une expĂ©rience trĂšs personnelle et intime avec le son et avec soi-mĂȘme. Aucun autre instrument Ă  ma connaissance a cette capacitĂ©. A ce propos, le traitĂ© du XVIIĂšme siĂšcle de Mary Burwall dit « De tous les arts que je connaisse, aucun n’engage plus l’inclination des hommes que le luth, pour rĂ©jouir l’ñme par l’ouĂŻe et la vue d’une part et par la rapiditĂ© et l’habiletĂ© de tous les doigts, d’autre part ». On y lit encore : « en effet, il semble que le luth ait Ă©tĂ© uniquement inventĂ© pour l’ñme, parce que l’ñme se rassasie et se fatigue rapidement de tout, sauf du luth. Et si l’on observe tous les mĂ©tiers et artisanats du monde, on n’en trouve aucun oĂč tous les doigts des deux mains soient autant nĂ©cessaires qu’au luth».

 

 

 

Comment expliquez-vous le peu d’intĂ©rĂȘt actuel pour le luth ? Ni festivals, ni concerts, ni organisateurs de rĂ©citals ne prennent le risque de programmer les luthistes solistes ? Est-ce liĂ© au volume sonore de l’instrument, taillĂ© pour de petits cercles d’auditeurs Ă  une Ă©poque on l’on recherche surtout Ă  remplir des salles de plus en plus grandes ?

luth portrait luthiste 1661Plusieurs aspects sont Ă  prendre en compte : la pratique du luth est encore peu gĂ©nĂ©ralisĂ©e car ceux qui dĂ©sirent en jouer ont encore Ă©normĂ©ment de difficultĂ© Ă  se procurer des instruments bon marchĂ© et de bonne qualitĂ©, 
 sans compter qu’il leur faut attendre 2 ou 3 ans pour qu’un luthier leur en construise un. Comment ouvrir de nouvelles classes, dĂšs le plus jeune Ăąge, si vous n’avez pas d’instruments de qualitĂ©, disponibles Ă  l’achat ou Ă  la location ? Aussi, il n’y a que trĂšs peu d’éditeurs qui commercialisent les partitions pour le luth (tout est encore dans les bibliothĂšques, en version facsimilĂ©, … et de surcroĂźt rempli d’erreurs).
On peut ajouter Ă  cela, le fait que beaucoup de programmateurs de concerts aujourd’hui, et les petits labels indĂ©pendants, ne font plus vraiment de direction artistique mais du commerce (sans grand succĂšs, d’ailleurs) et forcent le public Ă  Ă©couter toujours les mĂȘmes oeuvres de Vivaldi ou de Bach.

L’argument des organisateurs sur l’aspect intime du luth et de son volume moindre, Ă©tant associĂ© Ă  la non programmation des rĂ©citals de luth ou de petits ensembles autour du luth, montre non seulement un grand manque de culture mais aussi un manque de vision d’un monde musical plus riche culturellement que celui qui consiste Ă  faire du bruit et Ă  parler plus fort que son voisin. Le silence est le signe de l’éducation, du raffinement et d’une recherche spirituelle. Le luth est l’un des rares instruments de musique du monde occidental capable de rĂ©pondre aux grands chantiers de l’ñme, et nous devons tout faire pour partager cette beautĂ© avec le plus grand nombre. D’ailleurs, Je travaille sur un trĂšs grand projet (en France et aux Etats-Unis), avec des dizaines de musiciens mais aussi des chefs d’entreprise, originaires du monde entier : ce projet sera rendu public dans deux ou trois mois ; il va bouleverser la rĂ©alitĂ© du Luth, des guitares anciennes et des mandolines anciennes aujourd’hui, je le souhaite, d’une façon dĂ©cisive. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

Au XVIIÚme, comment expliquez-vous la faveur pour le luth ? Comment ce manifeste cette faveur et ce goût spécifique ?

cd miguel yisrael luth les rois de VersaillesEn France, en dehors du cercle intime de la famille royale, le luth Ă©tait fortement prisĂ© par l’aristocratie, par les lettrĂ©s mais aussi par la bourgeoisie aisĂ©e. Les puissants du royaume entretenaient toujours un joueur de luth dans leur grande ou petite cour. Jouer du luth Ă©tait un gage de rĂ©ussite auprĂšs des grands de ce monde. À la toute fin du XIXe siĂšcle, Marie Bobillier rapporte que « C’est pour se distinguer d’une façon quelconque que le comte de Fiesque entreprend, malgrĂ© d’assez mĂ©diocres dispositions musicales, l’étude du chant et du thĂ©orbe qui lui coĂ»tent des peines infinies ; c’est pour flatter Anne d’Autriche que tous les gens de cour, Ă  commencer par le plus puissant du royaume, le cardinal de Richelieu, veulent jouer du luth ».  Elle nous dit encore que les « femmes, en particulier, se piquent toutes de connaĂźtre la tablature, de toucher l’instrument en vogue, ou tout au moins de le chĂ©rir et de l’admirer ». C’est dans les salons parisiens tenus par des femmes de la bonne sociĂ©tĂ©, comme Mme de Rambouillet, Mlle de ScudĂ©ry, Mme de la SabliĂšre ou la belle Mme Scarron – une trentaine d’annĂ©es plus tard, elle Ă©pousera secrĂštement Louis XIV et deviendra Mme de Maintenon – qu’Ă©clĂŽt la prĂ©ciositĂ©. Recherchant un raffinement extrĂȘme du comportement, des idĂ©es et du langage, les PrĂ©cieuses affectionnaient la subtilitĂ© de la pensĂ©e, les jeux de l’esprit, les discours sur l’amour. Ces salons mondains furent aussi musicaux, et, comme dans les cours de Marie de MĂ©dicis et d’Anne d’Autriche, le dĂ©sir de s’élever au-dessus du commun passa par le jeu du luth et la maĂźtrise de sa technique. Les dispositions de Ninon de L’enclos, encore enfant, lui permirent d’acquĂ©rir une grande renommĂ©e, et Mademoiselle Paulet s’y distingua par son chant qu’elle accompagnait de son luth. Charles Mouton, dont les compositions marquent peut-ĂȘtre l’apogĂ©e du luth Français, Ă©tait lui aussi, frĂ©quemment invitĂ© Ă  les jouer chez les Scarron.

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIILe luth Ă©tait aussi l’instrument de prĂ©dilection d’un « honnĂȘte homme ». L’honnĂȘte homme est un modĂšle d’humanitĂ© qui est apparu au XVIIe siĂšcle sous la plume des moralistes et des Ă©crivains de l’époque. L’honnĂȘte homme est un ĂȘtre de contrastes et d’équilibre. Il incarne une tension qui rĂ©sulte de cette recherche d’équilibre entre le corps et l’Ăąme, entre les exigences de la vie et celles de la pensĂ©e, entre les vertus profanes (plus proche des mondanitĂ©s des PrĂ©cieuses) et les vertus spirituelles. L’honnĂȘte homme, dans cette adaptation continuelle, doit avoir la nature pour guide. Tout son comportement rĂ©pond Ă  cet impĂ©ratif fondamental. Il proscrit l’affectation, ne cherche pas Ă  paraĂźtre ce qu’il n’est pas, s’efforce d’ĂȘtre simple, refuse l’exagĂ©ration, dĂ©fend les positions du juste milieu. La conception que l’honnĂȘte homme a du savoir est une consĂ©quence directe du rĂŽle qui est le sien. La diversitĂ© des milieux qu’il frĂ©quente l’oblige Ă  dominer un vaste champ de connaissances. Il possĂšde des lumiĂšres sur tous les sujets. La modĂ©ration du volume du luth mais aussi l’incroyable versatilitĂ© dans le discours musical possible avec cet instrument nous fait comprendre maintenant pourquoi il fĂ»t si apprĂ©ciĂ© et respectĂ© au XVIIĂšme siĂšcle en France, mais aussi partout en Europe.

 

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

approfondir

LIRE notre présentation du cd Les Rois de Versailles par Miguel Serdoura, luth.

LIRE notre dossier L’histoire du luth en France au XVIIùme : un ñge d’or de la perfection musicale

 

READ our interview with Miguel Serdoura lutenist about his new cd : The Kings of Versailles / Les Rois de Versailles (english version)

 

 

 

Dossier. Le luth en France au XVIIĂšme

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIIVersailles avant Versailles : la retraite de Louis le juste
  A l’occasion de la sortie de son dernier cd (intitulĂ© « les rois de Versailles »), le luthiste Miguel Yisrael, Ă©lĂšve virtuose d’Hopi (Hopkinson Smith) dĂ©die son nouveau programme aux maĂźtres du luth Ă  l’époque de Louis XIII et de Louis XIV, Germain Pinel et Robert de VisĂ©e. Outre la rĂ©surrection de Suites inĂ©dites, l’instrumentiste ajoute aussi un Ă©clairage singulier et d’autant plus saisissant sur l’époque oĂč le luth fut estimĂ© tel le roi des instruments, ou l’instrument des rois, rĂ©servĂ© Ă  l’intimitĂ© de la Couronne, celle du Roi Ă©videmment et de ses proches (famille, ministres, favoris…)
 Dans cette Ă©vocation spĂ©cifique, le luth, Versailles composent une Ă©quation emblĂ©matique du goĂ»t de Louis XIII, souverain raffinĂ© et solitaire, dont la faveur pour la musique fut aussi importante que celle de son fils, et davantage encore tournĂ© vers le raffinement tendre et noble, portĂ© par la maĂźtrise du luth… C’est Henri IV qui fait aimer Versailles au jeune dauphin, futur Louis XIII : Ă  6 ans, le garçon accomplit sa premiĂšre chasse : le souvenir en sera indĂ©lĂ©bile. Versailles sera son domaine privĂ©, intime mĂȘme : inaccessible Ă  sa mĂšre, Ă  son Ă©pouse. Ainsi le pavillon de chasse qu’il Ă©difie en 1623. Auquel succĂšde en 1631, le chĂąteau brique et pierre qui est le cƓur du palais de son fils Louis XIV. Mais quel est donc le secret de Versailles ? Contre toute attente et Ă  rebours des cĂ©lĂ©brations fastueuses qui ont cours Ă  prĂ©sent, l’idĂ©e d’un temple de l’intimitĂ©, du repli entre hommes, est le vrai message de ce disque enchanteur et totalement visionnaire. Outre le rĂ©pertoire dĂ©fendu, qui se soucie du luth aujourd’hui ? Louis XIII de son vivant le considĂ©rait comme le lieu de sa retraite, oĂč ni Marie de MĂ©dicis ni Anne d’Autriche, la mĂšre et l’épouse, ne furent acceptĂ©es pour y coucher. EmblĂšme de son tempĂ©rament solitaire voire saturnien, le luth retient l’intĂ©rĂȘt du roi, incarne mĂȘme au plus prĂšs son goĂ»t le plus personnel. Excellent luthiste, offrant pour ses intimes des concerts privĂ©s, Louis XIII n’autorisait pas les femmes, trop bavardes, trop inattentives
 il y invite d’excellents joueurs de luths tels M. de Mortemar et M. de Schomberg.

 

Louis XIIIVersailles avant Louis XIV : le goĂ»t de Louis XIII Souvent malade, Louis XIII avoue sa rĂ©signation et son usure dans l’exercice du pouvoir : il appelle de ses voeux l’aptitude de son jeune fils Ă  lui succĂ©der au plus vite, afin de retrouver son cher Versailles, retraite espĂ©rĂ©e, attendue, chĂšre Ă  son coeur pour le repos de son esprit, pour l’Ă©quilibre et la santĂ© de son corps Ă©prouvĂ© : «  
 et je me retirerai Ă  Versailles avec quatre de vos PĂšres, pour m’entretenir avec eux des choses divines et pour ne plus penser de tout qu’aux affaires de mon Ăąme et de mon salut ». Louis XIII n’eut-il comme baume au coeur que son cher luth ?  Le roi des instrument rĂšgne de facto Ă  la cour de France dĂšs Henri IV. Le mĂ©decin chargĂ© de la santĂ© du jeune Louis XIII prĂ©cise la place de l’instrument auprĂšs du souverain : premier « jouet » qui lui est offert (en 1604, pour ses 3 ans!), le luth est le centre de toutes les attentions. Le petit Louis qui s’endort aux sons de la voix de son valet Florent Hindret qui joue du luth Ă©videmment pour s’accompagner, montre Ă  sa mĂšre la Reine rĂ©gente l’avancement de ses progrĂšs. Marie de MĂ©dicis, joueuse de luth elle aussi, embauche Robert Ballard, son maĂźtre en la matiĂšre. A ce dernier se joint le pĂšre de Ninon de l’Enclos, Henri de L’Enclos, autre professeur de luth pour la Reine mĂšre. Nombre de musiciens compositeurs tous joueurs de luth assurent le fonds sonore de l’éducation du prince, futur Louis XIII. Ainsi, Jean Mesnager et RenĂ© Saman comme Gaultier de Lyon (dit aussi le vieux Gaultier ) paraissent dans les tĂ©moignages de l’époque.

 

 

 

 

Le luth à la cour de France


luth_1652En 1615, Louis XIII Ă©pouse l’espagnole Anne d’Autriche : les deux ados ĂągĂ©s de 14 ans pendant leur nuit de noces, se manquent, ratent une union pourtant espĂ©rĂ©e. Le roi dĂ©laisse vite son Ă©pouse et prĂ©fĂšre de toute Ă©vidence la compagnie virile. Anne d’Autriche prolonge en France, au cours de ses dĂ©placements du Louvre Ă  Fontainebleau ou au ChĂąteau de Saint-Germain-en-Laye, les us de la cour ibĂ©rique oĂč rĂšgnent les guitaristes.  A la mort de Louis XIII (1643), le dauphin futur Louis XIV n’a que 4 ans : Ă  8 ans, miraculĂ© Ă  la suite d’une variole aiguĂ«, le jeune Louis reçoit ses premiĂšres leçons de
 luth grĂąces aux soins de Germain Pinel. Le musicien enseignera ainsi au souverain jusqu’à ses 18 ans.  10 annĂ©es d’un apprentissage fastidieux et formateur. Ce lien qui le rattache au souvenir de son pĂšre, se concrĂ©tise aussi pour l’amour de Versailles dont il fera sa rĂ©sidence royale et le palais le plus fastueux de l’Europe baroque.

Pour parfaire l’éducation et les qualitĂ©s de la reine Anne d’Autriche (qui ne jouait que la guitare), Ennemond Gaultier est nommĂ© pour lui enseigner le luth. Puis les Bataille, Gabriel pĂšre et fils, sont maĂźtres de musique auprĂšs de la Reine Anne d’Autriche quand le jeune luthiste Pierre de Nyert, remarquĂ© par Louis XIII, devient son valet de la garde robe, puis celui qui lui chanta au luth des motets de dĂ©votion sur son lit de mort.

 

luth_1653Le luth, instrument aristocratique. Miroir des coutumes royales, les cercles aristocratiques adoptent tout autant le luth dont la maĂźtrise est l’insigne d’une haute Ă©ducation et d’un raffinement prestigieux. LettrĂ©s, intellectuels, bourgeois aisĂ©s partagent cette affection qui flattent leur statut et renforce leur dignitĂ© : Richelieu comme Louis XIII se dĂ©lasse en Ă©coutant son musicien favori, Michel Lambert, chanter des mĂ©lodies de sa composition en s’accompagnant au luth. Dans les salons parisiens, Mme de Rambouillet, Mlle de ScudĂ©ry, Mme de la SabliĂšre ou la belle Mme Scarron – futur Madame de Maintenon, seconde Ă©pouse de Louis XIV-, cultivent elles aussi le goĂ»t du luth. Les PrĂ©cieuses – Ă©pinglĂ©es dans leurs travers par MoliĂšre entre autres, favorisent jeux et joutes poĂ©tiques, divertissements musicaux oĂč poĂ©sie et luth sont Ă©troitement associĂ©s. Ninon de L’enclos et Mademoiselle Paulet gagnent une notoriĂ©tĂ© enviable. Charles Mouton, compositeur Ă  la mode, assure l’Ă©clat des soirĂ©es chez les Scarron.

Le luth s’impose comme instrument soliste, dĂ©voilant son Ă©loquence secrĂšte et fascinante dans une sĂ©rie de Suite de danses qui lui sont spĂ©cifiquement rĂ©servĂ©es.  C’est Germain PInel qui Ă©crit alors les Suites les plus abouties, d’une rĂȘveuse austĂ©ritĂ©. A l’époque, le modĂšle le plus estimĂ© vient de Bologne et porte la signature du luthier Laux Maler (c’est un fac similĂ© de ce type que joue aujourd’hui Miguel Yisrael).

 

1730, la fin du luth en France
 RĂ©servĂ© Ă  la dĂ©lectation intime, dans le cercle restreint de quelques initiĂ©s et amateurs, le luth, roi des instruments et instrument des rois, perd peu Ă  peu son prestige et son rayonnement Ă  mesure que l’essor des concerts, et la reprĂ©sentation thĂ©ĂątralisĂ©e fixĂ©e par Lousi XIV Ă  Versailles, se dĂ©ploient. EmblĂšme de l’intimitĂ©, le luth ne se prĂȘte guĂšre Ă  la dĂ©monstration fastueuse et spectaculaire du pouvoir tel qu’il s’est dĂ©veloppĂ© dans le Versailles du Roi-Soleil (mĂȘme si ce dernier continue de le goĂ»ter dans l’intimitĂ© rĂ©servĂ©e de ses salons privĂ©s – certes le Roi-Soleil prĂ©fĂ©rera ensuite la guitare).

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthDe fait, l’instrument polyphonique se retire peu Ă  peu Ă  mesure que l’orchestre et l’opĂ©ra de Lully s’imposent sur la scĂšne lyrique et officielle.  A mesure aussi que le clavecin, autre instrument Ă  cordes pincĂ©es se distingue alors dans le goĂ»t des nouvelles classes dirigeantes, suivant le modĂšle de Versailles.  A l’époque de Louis XIII, la musique est un exercice privĂ© ; avec Louis XIV, elle est l’élĂ©ment central de la propagande royale. Quand Rameau s’affirme Ă  l’opĂ©ra avec son premier opus Hippolyte et Aricie (1733) au dĂ©but des annĂ©es 1730, le luth est devenu hors d’ñge, un art du passĂ©. Son jeu se perpĂ©tua cependant grĂące aux Huguenots français qui l’avait cultivĂ© ; contraint Ă  l’exil dans les pays germaniques du nord, ils dĂ©veloppĂšrent bientĂŽt une Ă©cole particuliĂšre que l’Autriche sut aussi fĂ©conder jusqu’au plein XVIIIĂšme : c’est le sujet du cd  « Austria, 1676 », publiĂ© par Miguel Yisrael en 2012 qui y rĂ©vĂ©lait ainsi une prodigieuse Ă©cole du luth autrichienne, dont les compositeurs sont Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1754), Johann Georg Weichenberger (1676-1740).

CD. Les Rois de Versailles. Miguel Yisrael, luth baroque. Robert de Visée, Germain Pinel  (1 cd Brilliants classics). Parution : décembre 2014

lluth XVII 582 les cinq sens Abraham-Bosse-The-Five-Senses-Hearing

 

Abraham Bosse : allĂ©gorie des 5 sens : l’ouĂŻe (DR)

Le luth au XVIIĂšme : Roi des instruments, instrument des Rois

 

Portrait d’un luthiste français par Jean de Reyn, vers 1640

 

 

 

Approfondir

 

LIRE notre critique du cd Austria 1676 par Miguel Yisrael

LIRE notre entretien avec Miguel Yisrael Ă  propos du cd Austria 1676

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael à propos du luth baroque réalisé en 2010

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael Ă  propos du luth baroque en France au XVIIĂšme, Ă  l’occasion de la parution du cd Les Rois de Versailles (dĂ©cembre 2014), rĂ©alisĂ© en novembre 2014

 

 

 

Les Arts Florissants, William Christie : airs sĂ©rieux… Lambert, d’Ambruys

Christie William portrait 290Airs sĂ©rieux. Les Arts Flo,William Christie : les 12,14,16,19,20 dĂ©cembre 2013. TournĂ©e Ă©vĂ©nement. MĂȘme si la Cour Ă  Versailles semble aspirer tous les fastes musicaux, les plus spectaculaires comme les plus raffinĂ©s, la musique des alcĂŽves et des salons n’a jamais cessĂ© de se dĂ©velopper en parallĂšle tout au long du XVIIĂšme. L’art de la conversation musicale s’est naturellement affirmĂ© grĂące trĂšs vite Ă  l’accord des textes poĂ©tiques et de la musique. Cet art du premier baroque, favorisant intimisme et confession, qui rivalise en ciselure du verbe et en images musicales avec ce que fut le madrigal italien avant la naissance de l’opĂ©ra montĂ©verdien, constitue une singularitĂ© française qui explique dans les dĂ©cennies qui suivirent la primautĂ© linguistique qui prĂ©vaut encore chez Rameau Ă  la fin du XVIIIĂšme siĂšcle.

 

Airs sérieux et à boire

mélodies baroques françaises

 

 

Lambert, D’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Les Arts Florissants
William Christie
, direction

LibĂ©rĂ©s des contraintes de l’Ă©tiquette, les nobles et amateurs lettrĂ©s se retrouvent dans la dĂ©lectation d’une discipline trĂšs Ă©laborĂ©e, expression d’une haute Ă©ducation, d’un esprit cultivĂ©, d’un besoin de mondanitĂ© choisie. Ainsi, la biensĂ©ance et la galanterie rĂšgnent dans les cercles de Mme de Rambouillet, Melle de ScudĂ©ry, de la comtesse de la Suze : chacune s’ingĂ©nie Ă  varier les plaisirs offerts Ă  leurs invitĂ©s. L’air de cour  y tient une place privilĂ©giĂ©e : miniature poĂ©tique chantĂ©e Ă  voix seule, en duos, trios, accompagnĂ©es du luth ou de tout autre instrument chambriste (clavecin, thĂ©orbe, viole…), la pratique est aisĂ©e.

 

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Lambert, poĂšte de l’amour…

Intimisme amoureux Ă  l’OpĂ©ra royal

 

A partir de 1650, l’air sĂ©rieux supplante l’air de cour : en une ou deux strophes, pour voix et luth, ou thĂ©orbe, clavecin, viole, l’air sĂ©rieux chante les vertiges, dĂ©lices et souffrances qu’inflige amour. Exactement comme la poĂ©sie galante Ă  la mĂȘme pĂ©riode.  A l’opposĂ© de l’Ă©chelle expressive, il trouve son corollaire dans l’air Ă  boire, plus familier, burlesque, et tout autant dĂ©lirant, rĂ©clamant les mĂȘmes effectifs.  L’engouement pour le genre est tel que tous les poĂštes de l’heure veillent Ă  Ă©crire un sizain, ou un quatrain de chanson, apte Ă  ĂȘtre mis en musique.

Le Mercure Galant dĂšs 1674 publie nombre d’airs sĂ©rieux et Ă  boire, diffusant les noms et les maniĂšres de compositeurs devenus cĂ©lĂšbres : Michel Lambert (1610-1696) qui fut maĂźtre de la musique de la chambre du Roi Ă  partir de 1660, SĂ©bastien Le Camus, BĂ©nigne de Bacilly, Marc-Antoine Charpentier, Joseph Chabanceau de La Barre, HonorĂ© d’Ambruys

MĂȘme codifiĂ©, l’art de l’air français laisse Ă  l’interprĂšte contemporain une grande libertĂ© interprĂ©tative, Ă  la fois dans le choix des cadences, de la restitution du continuo, de la rĂ©alisation des ornements, dans l’art tĂ©nu et si subtil d’une dĂ©clamation claire et puissante, flexible et vivante…

 

 

Bill, interprÚte des bois enchantés

 


Bouys_musiciens_louis_XIV_Reunion_de_musiciens_Bouys-1Le concert des Arts Florissants suit la sélection opérée par William Christie
Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par  Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose aujourd’hui Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… autant de qualitĂ©s qui s’exposent plus particuliĂšrement dans les doubles  (reprises de la premiĂšre strophe oĂč la virtuositĂ© et la fantaisie du chanteur sont sollicitĂ©es… et attendues).
Langueur et pleurs, priĂšre et invocation souvent douloureuse … : Amour ici affecte, inflige, blesse … les vertiges du sentiments inspirent en particulier les poĂštes Quinault, de la SabliĂšre, Lauvergne, Bouchardeau… surtout La Fontaine, poĂšte de Vaux le Vicomte dont le fameux poĂšme des Amours de PsychĂ© et Cupidon (air ” Tout l’univers obĂ©it Ă  l’amour …”)… Lambert imagine les musiques enchanteresses (amoureuses ?) que Cupidon en son palais, destine Ă  sa future maĂźtresse PsychĂ© : sonoritĂ©s exquises et suspendues (voix et luths) enivrant les cƓurs envoĂ»tĂ©s. Le compositeur exprime l’ivresse des sens qui emporte le coeur de la belle PsychĂ© (comme si OrphĂ©e et Amphion les eussent conduits eux-mĂȘmes, est-il prĂ©cisĂ© par le poĂšte enchanteur).
Aux cĂŽtĂ©s entre autres de Lambert, se distingue l’Ă©criture de son Ă©lĂšve HonorĂ© d’Ambruys, cĂ©lĂšbre lui aussi pour son Livre d’airs (dĂ©diĂ© Ă  son maĂźtre et datĂ© de 1685). Sur le poĂšme de la Comtesse de La Suze, Le doux silence de nos bois, d’Ambruys imagine l’une des plus Ă©mouvantes illustrations des vanitĂ©s amoureuses, invitation troublante Ă  jouir de l’instant prĂ©sent, Ă  cueillir la rose Ă  son apogĂ©e, printemps Ă  la fois rĂȘvĂ©, arcadien mais unique et bientĂŽt lointain…
Peut-on imaginer interprĂštes plus inspirĂ©s pour chanter la nature enchantĂ©e, celle des bergers amoureux que ” Bill ” et ses musiciens, lui-mĂȘme crĂ©ateur Ă  ThirĂ© (VendĂ©e) de l’un des festivals les plus envoĂ»tants qui soient, entre nature et musique, poĂ©sie et jardins, chant et concerts… Une Arcadie recomposĂ©e enfin accessible grĂące Ă  l’oeuvre et la volontĂ© du plus grand chef actuel, dĂ©fenseur depuis ses dĂ©buts de la magie comme de l’enchantement baroque.

Airs sérieux et à boire
Lambert, d’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Tournée événement en 5 dates

Arles, le 12 décembre 2013, 20h30
Chapelle Saint-Martin du MĂ©jan

 

Caen, le 14 décembre, 20h
Auditorium du Conservatoire CRR
programmation du théùtre de Caen hors les murs

Versailles, le 16 décembre, 20h
Opéra royal

Londres, le 19 décembre, 19h30
Wigmore Hall

Paris, le 20 décembre, 20h
Cité de la musique
Enregistré par France Musique

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Illustrations : William Christie, Michel Lambert (DR) – peintures : AllĂ©gorie des arts sous le rĂšgne de Louis XIV, RĂ©union de musiciens par Antoine Bouys, vers 1700, Musiciens en concert par François Puget vers 1688 (DR)

Un lieu, un musicien : Lully Ă  Versailles (II)

Un lieu, un musicien : Lully Ă  Versailles (II)

 

 

Lully Ă  la cour de Louis XIV

 

Lully_versailles_portraitSeconde habiletĂ© du Florentin en France : Lully ” le Français” dĂ©sormais, favorise le retour de Cavalli, l’Italien, Ă  Venise. L’opĂ©ra de ce dernier, Ercole Amante, spectaculaire et poĂ©tique, jouĂ© le 7 fĂ©vrier 1662 devant la Cour est … un Ă©chec. Les six heures de musique et de chant italien oĂč sont intercalĂ©s les ballets de Lully, pĂątissent des machineries trop bruyantes. Mais les ballets sĂ©duisent. Cavalli quitte donc Paris. Lully triomphe.
Son succĂšs suscite la jalousie des Ă©crivains et des hommes de thĂ©Ăątre. La Fontaine, Boileau, Bossuet sont irritĂ©s par ce jeune ambitieux opportuniste que l’amitiĂ© du Roi protĂšge. L’affection du Souverain va grandissante. Les tragĂ©dies lyriques de Lully lui vaudront mĂȘme l’obtention de ses lettres de noblesse et son titre de conseiller-secrĂ©taire du Roi en 1680. La position que lui permet le Souverain, vĂ©ritable roi artiste et esthĂšte protecteur des arts, inaugure un statut inconnu avant lui. Elle tĂ©moigne de la reconnaissance d’un musicien dans son temps.

 

 

Un lieu, un musicien

 

Si Louis XIV a crĂ©Ă© Versailles sur le thĂšme des plaisirs, la Cour ne dispose pas d’une salle de thĂ©Ăątre digne de son Ă©clat. De plus, la crĂ©ation d’un opĂ©ra français est tardive dans le siĂšcle. La premiĂšre tragĂ©die lyrique de Lully voit le jour en 1673 (Cadmus et Hermione) quand l’opĂ©ra vĂ©nitien a inaugurĂ© son thĂ©Ăątre public payant depuis… 1637.
En France, les autres arts bĂ©nĂ©ficient de structures dĂ©jĂ  anciennes. Richelieu a crĂ©Ă© l’AcadĂ©mie française de peinture en 1648. Il faut attendre 1669 pour que naisse une AcadĂ©mie de musique. L’Ă©cole de peinture est florissante dĂšs le rĂšgne de Louis XIII. Sous l’impulsion de Mazarin, de nombreuses sensibilitĂ©s talentueuses attestent de la diversitĂ© de la maturitĂ© française : Jacques Stella, Laurent de la Hyre, Lubin Baugin, Eustache Lesueur, SĂ©bastien Bourdon… autant d’atticistes parisiens qui Ă  l’Ă©gal des maĂźtres italiens, renouent avec un sens de l’Ă©quilibre nĂ©ogrec. Le cas de la musique est tout Ă  fait diffĂ©rent.

louis_XIV_alexandre_Versailles_baroque_musiqueL’Italie – berceau des arts depuis l’AntiquitĂ© romaine, statut renforcĂ© pendant la Renaissance -, a fĂ©condĂ© la France du Grand SiĂšcle. Dans le cas du thĂ©Ăątre lyrique, avant la naissance et l’Ă©closion d’un style original, un temps d’apprentissage et d’assimilation est nĂ©cessaire. La musique s’impose peu Ă  peu grĂące au ballet de cour. Sur la danse puis la comĂ©die, elle Ă©tend son empire et deviendra tragĂ©die (sur le modĂšle lĂ  encore des grecs antiques).  Lully de naissance italienne, rĂ©alise le projet d’un opĂ©ra français.
A Versailles, la difficultĂ© de construite un thĂ©Ăątre d’opĂ©ra est l’Ă©cho de ce constat. Si les fondations d’une salle de ballets et d’opĂ©ras sont amorcĂ©s dĂšs 1688, Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’aile nord, les guerres et les difficultĂ©s de la fin du rĂšgne font avorter les plans. Les conditions du spectacle Ă  Versailles sont particuliĂšres. Quand les reprĂ©sentations n’investissent pas Ă  la belle saison, les sites de plein air, les façades du chĂąteau ou le cadre des jardins-, le Roi s’accommode d’un ” modeste ” petit thĂ©Ăątre ou salle des comĂ©dies.
Versailles est d’abord le lieu de sĂ©jours de plus en plus frĂ©quents et enchanteurs du jeune souverain. DĂšs octobre 1663, Louis et sa suite s’installent au chĂąteau pour y chasser. La troupe de MoliĂšre donne ses piĂšces, le Prince jaloux, l’Ă©cole des Maris, les FĂącheux, l’Impromptu de Versailles, et aussi Sertorius de Corneille. C’est un lieu de villĂ©giature, cynĂ©gĂ©tique et thĂ©Ăątral oĂč la musique n’a pas encore sa place. Il abrite les amours royales, celles du jeune Roi et de Mademoiselle de la ValliĂšre.

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Louis XIV jeune monarque conquérant par Nanteuil (DR)

Lully et MoliĂšre

 

lully_gravure_450De 1662 Ă  1663, les ailes des Communs (Ă©curies et cuisines) sont rebĂąties. une premiĂšre orangerie, l’amorce du dessin des jardins, Ă©laborĂ©s par AndrĂ© Le NĂŽtre, occupent les Ă©quipes d’ouvriers. Versailles est un chantier Ă©tendu aux transformations continuelles. Lully et MoliĂšre qui se sont rencontrĂ©s dĂšs 1661, pour la comĂ©dies Les FĂącheux, reprĂ©sentĂ© Ă  Vaux, commencent une collaboration fructueuse. Pour  ” Les Plaisirs de l’Île EnchantĂ©e “, premier grand divertissement de Versailles, donnĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 1664, ils rĂ©alisent Le mariage forcĂ© et La Princesse d’Élide. ” Les deux Baptistes ” font danser, rire et rĂȘver la Cour de France. Tout Ɠuvre Ă  faire du parc, un lieu propice Ă  l’amour et Ă  la fĂȘte, dont le sujet s’adresse secrĂštement Ă  l’aimĂ©e, Mademoiselle de La ValliĂšre, celle qui, l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente avait inspirĂ© au roi, sa premiĂšre escapade versaillaise. La magie de l’amour rĂšgne alors.
Carlo Vigarani Ă©labore les dĂ©cors de ce superbe ” opĂ©ra chevaleresque ” oĂč Roger et les chevaliers sont prisonniers des enchantements de la belle Alcine.  DĂ©sormais MoliĂšre et Lully conçoivent les divertissements royaux. En 1665, c’est L’Amour MĂ©decin. ParallĂšlement, Lully produit l’ensemble des ballets du Roi auxquels participent Beauchamps pour la chorĂ©graphie et Vigarani pour dĂ©cors et machineries : ballet de la naissance de VĂ©nus (janvier 1665, Palais Royal), Ballet de CrĂ©quy ou le triomphe de Bacchus aux Indes (janvier 1666). AprĂšs le deuil de la Cour qui suit la mort d’Anne d’Autriche, Lully crĂ©e Ă  Saint-Germain, le Ballets des muses, mi-ballet, mi-comĂ©die-ballet, oĂč s’intĂšgre une pastorale comique, nouveau genre inaugurĂ© en 1654 par de Beys et La Guerre.

1668 indique la deuxiĂšme tranche des grands travaux Ă  Versailles. Le corps central se pare d’une enveloppe de pierre : c’est le chĂąteau neuf.  Versailles terrasse jardinsLa façade sur les jardins dĂ©ploie Ă©lĂ©gance et unitĂ© minĂ©rale, selon le dessein de Le Vau : trois Ă©tages rythment l’Ă©lĂ©vation, un rez de chaussĂ©e Ă  bossages, aux lignes horizontales marquĂ©es, un Ă©tage noble haut sous plafond rĂ©servĂ© aux Grands Appartements, celui du Roi (au nord) et de la Reine (au sud cĂŽtĂ© orangerie), enfin un attique ou dernier Ă©tage dont la balustrade dissimule les toitures, selon le modĂšle antique. Une large terrasse dont le vide central engendre ombre et lumiĂšre, s’inspire de l’architecture baroque romaine, celle des palais princiers. Versailles vit toujours Ă  l’heure italienne.

 

Suite du dossier Lully Ă  Versailles, III : l’opĂ©ra au chĂąteau

 

Illustrations : Portraits de Lully, Louis XIV en Alexandre, le Surintendant Lully, la façade du chĂąteau de Versailles en 1668 avec sa terrasse cĂŽtĂ© jardins …

 

Lully Ă  Versailles 1 : Lulli avant Lully

lully_portrait_mignard_lebrunUn lieu, un musicien … Lully Ă  Versailles 1 : Lulli avant Lully    .…    Rien ne laisse prĂ©sager la fulgurante ascension du florentin Giovanni Battista Lulli au moment de son arrivĂ©e Ă  Paris en 1646. Le jeune violoniste n’a que 14 ans. Sa prĂ©sence souligne la place des italiens Ă  la Cour de France. Elle est conforme au goĂ»t du cardinal mazarin qui rĂ©vĂšle alors l’art italien. RamenĂ© de Florence par le Chevalier de Guise, le petti Lulli est ” garçon de chambre ” auprĂšs de la Grande mademoiselle, duchesse de Montpensier, qui aime converser en italien. BientĂŽt Lulli devient ” grand baladin ” de la duchesse. Pendant la Fronde, la princesse ralliĂ©e Ă  CondĂ© depuis 1651, dirige les canons de la Bastille contre les troupes royales.  Le Roi punit l’insolence des Grands et La Montpensier est exilĂ©e Ă  Saint-Fargeau. Lulli quitte le navire condamnĂ©.  Il paraĂźt dĂ©jĂ  dans l’entourage de Mazarin, de retour Ă  Paris en fĂ©vrier 1653, Ă  24 ans.  L’affirmation du raffinement accompagne le rĂ©tablissement de l’ordre monarchique, de la Reine Anne d’Autriche, du Cardinal et du jeune Louis XIV.

 

Le Florentin, maĂźtre des ballets de cour

 

Lulli est propulsĂ©. Ses talents pour la danse sĂ©duisent un autre danseur passionnĂ©, le jeune monarque. Tous deux figurent, cĂŽte Ă  cĂŽte, dans le ballet royal de la nuict, le 23 fĂ©vrier 1653 oĂč Louis paraĂźt dĂ©jĂ  en Soleil Ă©blouissant, vainqueur des frondeurs et de la guerre civile. AprĂšs le Chaos, place au retour Ă  l’harmonie des planĂštes dont le centre est le roi.  La faveur royale se prĂ©cise. Lulli succĂšde Ă  Lazzarini au poste de “compositeur pour la musique instrumentale”.  Il rejoint les Vingt-Quatre Violons du Roi mais il obtient du Souvrain de fonder son propre orchestre, Les Petits Violons ou La Petite Bande.

MazarinDe 1654 Ă  1666, Lulli dirige son propre orchestre dont la renommĂ©e, associĂ©e Ă  la nouvelle gloire de Louis XIV et de la France repacifiĂ©e, gagne toute l’Europe. L’annĂ©e 1654 est emblĂ©matique de son activitĂ© : Ă  25 ans, c’est un compositeur chorĂ©graphe hyperactif ; il livre le ballet des proverbes en fĂ©vrier ; Les Noces de PellĂ©e et de ThĂ©tis en avril ; le Ballet du temps en novembre, permettant Ă  la Cour de France de rĂ©aliser sa passion historique pour la danse et le ballet de cour.
De 1653 Ă  1655, le Baladin met en musique les vers du poĂšte Benserade. Pour Louis XIV, Lulli est un compagnon de jeu et l’ordonnateur de ses plaisirs. Jeunesse de prince, source de belle fortune Ă©crit La BruyĂšre. DĂ©sormais la carriĂšre du Florentin est liĂ©e Ă  l’ascension du Roi.

 

 

Surintendant et compositeur de la Chambre : Lulli devient Lully

 

Louis XIV SoleilLa place du musicien grandit. L’Ɠuvre de Mazarin a portĂ© ses fruits. Le cardinal est trĂšs amateur de musique. Avant Paris, il a participĂ© Ă  Rome, Ă  l’Ă©closion de l’opĂ©ra romain en organisant plusieurs spectacles de musique pour son protecteur, le cardinal Antonio Barberini.  Mazarin entend importer le luxe italien Ă  Paris. Par sa volontĂ©, l’Italie s’implante en France. La prĂ©sence de Lulli s’inscrit dans ce courant du goĂ»t officiel. DĂšs 1645, le cardinal commande Ă  Paris, La Finta Pazza de Sacrati. La magie de la musique italienne et les dĂ©cors du magicien Torelli, captivent l’auditoire. L’Orfeo de Luigi Rossi renouvelle l’expĂ©rience l’annĂ©e suivante (1646)… quand Lulli arrive Ă  Paris.  Le faste des productions contribue Ă  l’impopularitĂ© de Mazarin. Les mazarinades, pamphlets contre le politique, citent la trop riche dĂ©pense du ” grand faiseur de machines “.  En dĂ©finitive, Lulli rĂ©alise le projet de Mazarin mais aprĂšs la mort du cardinal.

Louis XIV jeuneTrĂšs vite, le compositeur oeuvre pour sa position. Ses ballets intĂ©grĂ©s aux opĂ©ras du vĂ©nitien Francesco Cavalli assurent sa rĂ©ussite. L’Ă©lĂšve de Monteverdi Ă  Venise est le grand invitĂ© de la Cour de France : il est sollicitĂ© pour y dĂ©velopper l’opĂ©ra italien. C’est d’abord Serse, reprĂ©sentĂ© Ă  la demande de Mazarin, devant la Cour, pour le mariage de Louis XIV, au Louvre, le 22 novembre 1660. Les danses de Lulli se dĂ©tachent et l’imposent comme un compositeur français. Verve, tempĂ©rament scĂ©nique, intelligence des situations confirment le talent du musicien que le Roi nomme en mai 1661 : ” Surintendant et compositeur de la Chambre “.  Le compositeur s’Ă©lĂšve Ă  mesure que le danseur s’efface. En dĂ©cembre 1661, Lulli obtient ses lettres de naturalisation. Il Ă©pouse le 24 fĂ©vrier 1662 Ă  Saint-Eustache, Madeleine Lambert, fille de Michel Lambert, compositeur, et maĂźtre de musique de la Chambre, cĂ©lĂšbre auteur d’airs de cour.
Ainsi au dĂ©but des annĂ©es 1660, lorsque, aprĂšs la mort de Mazarin (1661), le jeune Louis XIV prend le pouvoir, l’ambition du musicien se dessine : Lulli meurt tout Ă  fait afin que naisse Lully.

 

versailles_570_Chateau_de_Versailles_1668_Pierre_Patel

 

Illustrations : le cardinal Mazarin et ses collections d’antiques Ă  Paris, Le jeune Louis XIV en Soleil dans le Ballet de la nuict de 1653 … Louis XIV jeune. Versailles en 1668 (Pierre Patel).

Gala du tricentenaire de l’Ecole française de danse

TĂ©lĂ©. Arte. Gala 300 ans de l’Ecole française de danse, 28 avril 2013,20h45

Ballet. Soirée chorégraphique.

Casse-NoisetteLe 11 janvier 1713, Louis XIV Ă  la fin de son rĂšgne, dĂ©crĂšte l’existence de l’institution qui est aujourd’hui, l’Ecole française de danse. La tradition chorĂ©graphique officielle en France remonte aux Valois et avant eux aux monarques hexagonaux qui avaient bien compris l’usage structurant des ballets de cour dans la vie politique. En 2013, pour le tricentenaire de l’Ecole, Arte diffuse une sĂ©rie (Graines d’Ă©toiles) dĂ©voilant le quotidien des jeunes danseurs de 8 Ă  18 ans, confrontĂ©s Ă  la discipline et Ă  l’Ă©mulation chorĂ©graphique. C’est aussi comme ce soir, la diffusion de la soirĂ©e de gala Ă  l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, oĂč les Etoiles et le corps du Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris fait dĂ©monstration de son excellence technique et stylistique entretenue ainsi depuis 300 ans.

Exposition: “Louis XIV: l’homme & le roi”. ChĂąteau de Versailles. Portrait d’un roi musicien…. Jusqu’au 7 fĂ©vrier 2010

Portrait du Roi mélomane

louis_XIV_portraitUne exposition magistrale dresse le portrait d’un Louis XIV
connaisseur et protecteur des arts. Sous le masque monarchique, les
qualitĂ©s de l’esthĂšte, le goĂ»t de l’homme, ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s, continuent de
nous fasciner. A Versailles, jusqu’au 7 fĂ©vrier 2010.

Le chĂąteau de Versailles
présente pour la premiÚre fois, une exposition dédié à celui qui en fut
l’acteur principal, le maĂźtre-d’oeuvre, l’Ăąme et le grand concepteur: Louis XIV (1638-1715).
Versailles est un opéra célébrant la grandeur de la monarchie
française: de son parc Ă  son orangerie, de l’alignement de ses
parterres jusqu’Ă  l’infini du Grand Canal, se prĂ©cise une vision, Ă  la
fois abstraire et trĂšs concrĂšte du Roi, “le plus grand souverain de
l’Univers”. HĂ©ros militaire et conquĂ©rant insatiable…

Versailles plutÎt que le Louvre (malgré le voeu de Colbert): dans
l’Ă©crin de la cour de marbre qui a conservĂ© l’ordonnance de l’ancien
chĂąteau de Louis XIII, le palais Ă©difiĂ© pour Louis-le-Grand s’Ă©rige
comme un manifeste personnel.

L’oeuvre renseigne sur la personnalitĂ© du Roi, sa propre reprĂ©sentation
du pouvoir, surtout ses préférences culturelles, son rapport aux
disciplines artistiques, ses goûts.

Voici en une somptueuse galerie de portraits, les images d’un Roi
narcissique certes mais d’une exigence artistique constante comme le
choix des portraitistes en tĂ©moigne: “Apollon servi par les nymphes”,
groupe sculpté réalisé entre 1667 et 1675 par François Girardon et
Thomas Regnaudin; buste rĂ©alisĂ© en 1665 par l’architecte et
scénographe Bernin (magistralement restauré); effigie désormais célÚbre
codifiée et fixée par le peintre Hyacinthe Rigaud en 1702. Plus
incroyable encore, le profil du roi en cire coloriée par Antoine
Benoist, Ă  partir d’empreintes effectuĂ©es directement sur le visage du
roi, alors sexagĂ©naire…
Danseur et guitariste, amateur de thĂ©Ăątre et d’opĂ©ras…

L’attrait de l’exposition et sa pertinence se concentrent sur cet
aspect mĂ©connu de la personne royale: l’ĂȘtre plutĂŽt que le politique
(si tant est que l’on puisse identifier chez le Roi, un aspect de sa
vie qui ne soit pas “officiel”).

Ainsi le mĂ©lomane comprendra au cours de la visite comment le Roi avait une approche rĂ©solument “concrĂšte”
de l’art. Comme il fut danseur, Louis XIV entend connaĂźtre
techniquement la conception des oeuvres: c’est un souverain qui cherche
à suivre les étapes de la création auprÚs des peintres, comme des
compositeurs. Original et déterminé, le souverain sut imposer a
contrario de son pĂšre qui jouait le luth (instrument plus noble), la
guitare. Exigeant que Robert de Visée le meilleur guitariste du
royaume, ait une chambre proche car il souhaitait Ă©couter l’instrument
pendant ses nuits d’insomnies…

Mais l’exposition Ă©claire aussi toute la genĂšse et l’Ă©volution du
divertissement Ă  Versailles qui inscrit la musique au coeur du
fonctionnement du Palais et de son parc: fĂȘtes privatives rĂ©servĂ©es Ă 
la Cour et aux invités du monarque, ballets donc, puis comédies-ballets
pour lesquels oeuvrent de concert, MoliÚre et Lully. Enfin tragédies en
musique, avec une oeuvre encore trop mĂ©connue qui a valeur d’Ă©tape
dĂ©cisive pour le nouveau genre: PsychĂ© de 1671, ouvrage fondateur conçu par Lully, MoliĂšre, Corneille et Quinault… (ne manque plus que Racine).

Peintures, sculptures, nombreux dessins et piĂšces de mobilier… soit
300 oeuvres rĂ©unies, ressuscitent le profil esthĂ©tique et l’Ă©volution
du goĂ»t d’un Roi-Artiste, monarque danseur puis amateur de thĂ©Ăątre…
qui aima se faire représenter en Apollon, dieu des arts, aux cÎtés de
l’image incontournable du “Roi-Soleil”. Voici enfin le portrait
culturel et musical de Louis XIV que nous attendions. L’apport est
capital.

Versailles, salles d’Afrique et de CrimĂ©e. Exposition “Louis XIV, l’homme et le roi”. Du 20 octobre 2009 au 7 fĂ©vrier 2010.

A lire

Le catalogue de l’exposition
édité par Skira Flammarion: prÚs de 500 pages (496 pages précisément)
dédiées aux thématiques (et questionnements passionnants) que
l’exposition suscite. Sous la direction des deux commissaires, -Nicolas
Milovanovic et Alexandre Maral, respectivement en charge Ă  Versailles,
des peintures et des sculptures-, le contenu synthétise les enjeux et
les apports scientifiques de la rétrospective à Versailles. Un
remarquable travail éditorial replace au coeur des textes édités, la
qualité et la beauté des oeuvres exposées (abondance et qualité des
illustrations choisies). Voyez déjà, en couverture, ce plan rapproché
du buste de Louis XIV par Bernin (1665): l’angle jamais dĂ©voilĂ©
avant, nous fait (re)dĂ©couvrir le Roi -alors ĂągĂ© de 27 ans- d’une toute
nouvelle façon: sous l’Ă©piderme du marbre, semble frĂ©mir la vraie
personnalitĂ© de l’homme qui est le sujet central de l’exposition
événement.

Pour dĂ©voiler l’ĂȘtre sous artifices et costumes du pouvoir, les textes
réunis analysent les caractÚres distinctifs de Louis XIV dans
l’exercice du pouvoir (esprit Ă  la fois brutal et surprenant), les
mĂ©tamorphoses de l’image royale, le mythe vivant Ă  travers ses images
sculptĂ©es, … Tout oeuvre Ă  prĂ©ciser le portrait du roi et surtout son goĂ»t.
A ce tire, le lecteur sera comblĂ© car en matiĂšre d’art, Louis XIV plus
qu’aucun autre souverain, sauf Leopold Ier son contemporain Ă  Vienne,
ne fut aussi mĂ©lomane. Amateur de danses, de fĂȘtes, de thĂ©Ăątre,
d’opĂ©ras, Louis XIV a façonnĂ© ce goĂ»t classique français, Ă  la fois
sobre, monumental, mesuré et naturel qui le distingue désormais de
l’Italie, et l’impose Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne comme l’exemple Ă  suivre.
Lecture incontournable. Catalogue de l’exposition: “Louis XIV: L’homme et le roi”. Editions Skira Flammarion, 496 pages. Prix indicatif: 49 euros.

Illustration: Louis XIV par Claude LefÚvre, vers 1669. Portrait méconnu
du jeune monarque, ĂągĂ© de 31 ans: roi conquĂ©rant (en armure) mais d’une
élégance indiscutable. Celui qui impose une gloire inédite, vient de
cesser sa carriĂšre de danseur et s’intĂ©resse sans faiblir aux arts.
Portrait peu connu… c’est l’une des rĂ©vĂ©lations de l’exposition
versaillaise (New Orleans, Museum of art, huile sur toile).