CD, annonce. CAVALLI : MISSA, 1660 (Galilei consort, Benjamin Chénier, 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles)

cavalli missa 1660 benjamin chenier versailles chateau de versailles cd critique annonce classiquenews musique classique opera concerts critique classiquenewsCD, annonce. CAVALLI : MISSA, 1660 (Galilei consort, Benjamin Chénier, 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles). De toutes les collections récemment développées au sein de l’industrie (mourante) de l’édition discographique, en particulier des nouveaux programmes ou des initiatives de défrichement, la collection initiée par l’établissement CHATEAU DE VERSAILLES SPECTACLES (CVS) est assurément l’une des plus passionnantes de l’heure. L’institution hier encore injustement critiquée dans sa démarche artistique (au titre qu’elle se substituait à une autre, plus « légitime » sur le registre « baroque ») ne cesse en vérité de prouver qu’elle sait innover, développer, redéfinir ce que peut apporter un établissement public sur la scène baroque vivante.
A son actif, on ne compte plus les joyaux qui méritaient depuis longtemps d’être relus, réinvestis ou défrichés, mais avec cette fois, une intelligence artistique juste et pertinente, dans le choix des voix comme des ensembles instrumentaux. Voici le déjà 3è titre mis en avant dans les colonnes de CLASSIQUENEWS, après Le Devin du Village de Rousseau et surtout L’Europe Galante de Campra, superbe réalisation qui avait retenu notre attention, en décembre 2018)

Voici un nouveau gemme, liĂ© Ă  l’histoire musicale du Château de Versailles et comme souvent, un enregistrement rĂ©alisĂ© dans le château lui-mĂŞme (Chapelle royale), objet d’un concert publique (de la 10è saison dĂ©jĂ ). Le plus grand compositeur italien europĂ©en, après Monteverdi, demeure son Ă©lève… Francesco Cavalli (1602 – 1676). Ce dernier fut sollicitĂ© et invitĂ© par Mazarin afin de livrer la musique digne de son ambition politique pour assoir l’autoritĂ© et l’éclat du jeune Louis XIV. De plus, l’opĂ©ra Ercole Amante fut reprĂ©sentĂ© pour le mariage du jeune Roi et il est possible ou juste artistiquement parlant (moins historiquement) que le plus cĂ©lèbre auteur italien ait pu composer ainsi une « MIssa » / Messe pour la Cour de France en 1660 ; pas Ă  Versailles mais Ă  … Venise, Ă  l’ambassade de France justement, au moment (25 janvier 1660) oĂą l’on cĂ©lèbre la fin de la guerre franco espagnole, et la Paix des PyrĂ©nĂ©es qui assoit encore le prestige des Bourbons français. Les noces de Louis XIV et de l’Infante Marie-ThĂ©rèse d’Espagne allaient justement dĂ©couler de cet victoire Ă©crasante de la France sur l’Espagne. Et donc la concours de Cavalli pour livrer la musique Ă  la mesure de l’évĂ©nement.
Respectant à la lettre les témoignages et les sources d’époque, le Galilei Consort agence ici un cycle de musique sacrée d’après le fameux recueil Musiche sacre de Cavalli, publié en 1656 ; utilisant le même instrumentarium, l’effectif de chaque partie même, ainsi que la distribution des voix selon les divers chœurs (choeurs éclatés / cori spezzati). Venise a inventé la polychoralité : Cavalli perfectionne le principe avec sensualité et majesté.
Pour mesurer la surenchère de faste et de luxe : « trois jours de ripailles (même les pauvres étaient nourris aux frais de la couronne, avec force distribution de pain et de vin), de représentations allégoriques délirantes à travers toute la ville et même sur des gondoles, feux d’artifices, fanfares à chaque coin de canal… ». Le programme inédit rétablit donc ce goût vénitien, à la fois raffiné et solennel, qui allait avoir dans les faits, une influence considérable pour la maturation du goût versaillais, et donc l’esthétique louislequatorzienne. Focus majeur. Que vaut le geste artistique de Galilei Consort et Benjamin Chénier, son directeur artistique. Critique complète du cd MISSA 1660 de Cavalli par Galilei consort, dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

CD, coffret événement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar)

ricercar-jerome-lejeune-coffret-8-cd-musqiue-au-temps-de-louis-XIV-review-critique-annonce-cd-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. La Musique au temps de Louis XIV(Livre disque 8 cd Ricercar). C’est d’emblĂ©e une Ă©dition capitale qui fera un excellent cadeau de NoĂ«l : rĂ©servez donc dès Ă  prĂ©sent ce titre Ă©vĂ©nement parmi vos cadeaux potentiels pour les fĂŞtes de fin d’annĂ©e 2016 — on est jamais trop prĂ©voyant pour ne pas laisser passer une telle publication remarquable en tous points… JĂ©rĂ´me Lejeune directeur du label Ricercar s’intĂ©resse dans ce prometteur coffret, Ă©ditorialement exemplaire (iconographie et textes explicatifs particulièrement choisis), aux musiques du règne de Louis XIV. La recherche rĂ©cente s’est plongĂ©e plus que d’habitude dans les sources et archives autographes pour nuancer et affiner notre connaissance des musiques jouĂ©es Ă  Versailles et avant, sous l’autoritĂ© et la validation du Roi Soleil. Ainsi la musique de Louis XIV puise ses racines dans la Polyphonie hĂ©ritĂ©e de la Renaissance. Durant le règne le plus long de l’histoire de France (72 ans), la musique française se dĂ©finit, prend conscience d’elle-mĂŞme, prolongeant une ambition et une volontĂ© politique qui entendent occuper la suprĂ©matie en Europe.
De fait, alors que les souverains prĂ©cĂ©dant le Grand Siècle ont rivalisĂ© et rĂ©agi par rapport au raffinement italien (l’Italie, foyer de la Renaissance europĂ©enne), Louis XIV invente la musique de la France moderne, première force politique, et commande Ă  ses musiciens, une musique spĂ©cifiquement française : comment interprĂ©ter diffĂ©remment tout le chantier de Versailles, autrement que comme un manifeste du style gaulois le plus abouti ? La musique de la Cour Ă  Versailles impose partout dans le royaume et en Europe ses nouveaux standards bientĂ´t modèles du bon goĂ»t pendant l’âge baroque. Les nouvelles institutions, la Chapelle, la Chambre, l’Ecurie, les Vingt-Quatre Violons du Roi (premier orchestre de cour ainsi constituĂ©), de mĂŞme que l’AcadĂ©mie royale de musique comme celle de danse, organisent l’activitĂ© musicale en France, l’une des plus actives dĂ©sormais. La Suite, l’Ouverture, la TragĂ©die en musique inventĂ©e par Lully souhaitant rivaliser et dĂ©passer le modèle parlé de Corneille et de Racine, comme Ă  la Chapelle, Les Grands et les Petits Motets Ă  voix seules, sont les nouveaux genres et formes Ă  la mode. Ils s’imposent alors comme les nouveaux emblèmes du raffinement absolu. Avec Louis XIV, l’Europe se met Ă  la manière française ; l’art de vivre et le raffinement sont dĂ©sormais versaillais. Coffret Ă©vĂ©nement.

 
 

CD, coffret événement, annonce. Livre disque / 8 cd / Ricercar RIC 108 — prochaine grande critique du coffret La Musique au temps de Louis XIV dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

 
 
 

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Extraits et ressources musicals des 8 cd :

 

cd1 — airs de cour et Ballets de Cour : Louis XIII, Gabriel Bataille, Jean Boyer, Etienne Moulinié, Pierre Guédron, Michel Lambert, Joseph Chambanceau… / Ballets des fous et des estropiés de la cervelle (Anthoine Boesset) / Bellet royal de la Nuit (Cambrefort) / Ballet d’Alcidiane et Polexandre, Ballet de Xerses (Lully).

 

cd2 — Comédies-Ballets, Tragédies en musique, Cantates : (Les Plaisirs de l’île enchantée, Cadmus et Hermione, Atys, … de Lully / Le Malade Imaginaire, Actéon, Médée de Charpentier / Le Sommeil d’Ulysse d’Elisabeth Jacquet de la Guerre.

 

cd3 — Musique sacrée 1 : Nicolas Formé, Guillaume Bouzignac, Etienne Moulinié, Henry Du Mont, Lully…

 

cd4 — Musique sacrée 2 : MA Charpentier, Jean Gilles, François Couperin (Troisième leçon des Ténèbres, du Mercredy Sainct).

 

cd5 — Orgue et oratorios : Jean Titelouze, Louis Couperin, Nivers, Lebègue, Louis Marchand, de Grigny, MA Charpentier, Du Mont…

 

cd6 — Musique instrumentale 1 : MA Charpentier, Eustache du Caurroy, François Roberday, René Mésangeau, Denis Gaultier, jacques Champion, Louis Couperin, Jean-Henri d’Anglebert…

 

cd7 — Musique instrumental 2 : Nicolas Hotman, Monsieur Dubuisson, Sainte-Colombe, Monsieur Degrinis, Marin Mersenne, André-Danican Philidor, Robert de Visée, François Couperin, Jean-Philippe Rameau, Marin Marais…

 

cd8 — La Sonate française : Marain Marais, Delalande, MA Charpentier, François Duval, Jean-Fery Rebel, Jacques-Martin Hotteterre, Jacques Morel, Pierre-Danican Philidor, André Philidor…

 
 
 

Versailles. Gala Lully dans la Galerie des glaces

Lully Ă  VersaillesVersailles. Gala Lully, mercredi 2 dĂ©cembre 2015, 21h. En 2015, annĂ©e des cĂ©lĂ©brations de la mort de Louis XIV (tricentenaire de sa disparition survenue en 1715), l’idĂ©e d’un gala Lully s’est imposĂ©e. Lully incarne mieux que quiconque la musique de Versailles au XVIIè et de celle du Grand Siècle. Musicien du Roi-Soleil, Lully en dirigeant opĂ©ras, divertissements, ballets, cĂ©lĂ©brations religieuses, pilote surtout la vie musicale Ă  l’Ă©poque de Louis XIV. Jusqu’en 1770, sous le règne de Louis XV oĂą s’impose le culte du Grand Siècle, la musique des opĂ©ras de Lully est encore jouĂ©e. Tendre, tragique, comique, Lully a inventĂ© et fixĂ© les règles de l’art classique français.

Gala Lully Ă  la galerie des glaces de Versailles

Suites d’opĂ©ras de Lully : le baroque versaillais Ă©ternel

Lully_versailles_portraitLe programme de ce Gala Jean-Baptiste Lully rassemble les pièces emblĂ©matiques de l’inventeur de la tragĂ©die en musique, cet opĂ©ra Ă  la française qui a contrario de l’opĂ©ra italien oĂą règnent depuis les VĂ©nitiens (Cavalli principalement) : mĂ©lange des genres et sensualitĂ© mĂ©lodique, Ă©tablit la noblesse intelligible de la dĂ©clamation, calibrĂ©e sur le théâtre de Racine comme un souci majeur. L’AcadĂ©mie royale continue de commenter la simplicitĂ© tragique du monologue d’Armide, les effets saisissants du sommeil d’Atys. Les Suites tirĂ©es de ses opĂ©ras sont jouĂ©s par les Vingt Quatre violons du Roi Ă  Versailles, pour les cĂ©lĂ©brations officielles (repas, cĂ©rĂ©monies, promenades dans le parc et ses bosquets, vĂ©ritable opĂ©ra de verdure), et aussi Ă  Paris, mais au sein d’un orchestre plus grandiose encore (aux Vingt Quatre violons se joignent les instrumentistes de l’AcadĂ©mie royale de musique), pour la fĂŞte de la Saint-Louis (chaque mois d’aoĂ»t).

Le programme dirigĂ© par Leonardo Garcia Alarcon comprend ainsi comme Ă  l’Ă©poque, deux suites d’airs, de chĹ“urs et de danses rassemblant les Ă©pisodes cĂ©lèbres : le chĹ“ur des Trembleurs d’Isis (1677) qui inspira Purcell pour son King Arthur, la plainte italienne de PsychĂ© (1678), l’ouverture et le sommeil d’Atys (1676), la Marche pour la cĂ©rĂ©monie turque et le menuet du Bourgeois gentilhomme (1670).

L’autre versant du Lully courtisan Ă  Versailles demeure son Ĺ“uvre sacrĂ©e. S’il n’occupa jamais de charge officielle Ă  la Chapelle royale, grâce au soutien et une amitiĂ© sincère dont lui tĂ©moigna le Roi lui-mĂŞme, Lully compose cependant pour la Cour plusieurs motets Ă  grands chĹ“ur et orchestre, genre nouveau dont il reste avec les sous-maĂ®tres de la Chapelle royale, Henry Du Mont et Pierre Robert, l’inventeur.

Ainsi naissent onze motets Ă  deux chĹ“urs et orchestre, dont six furent luxueusement imprimĂ©s de son vivant (1684). Y paraĂ®t le Miserere, crĂ©Ă© durant la semaine sainte de 1663, le Plaude lætare Gallia, composĂ© pour le baptĂŞme du Grand Dauphin (1668), ou encore le Te Deum, qu’il fit exĂ©cuter pour la première fois devant la cour Ă  Fontainebleau en 1677, pour le baptĂŞme de son propre fils. Le Dies iræ et le De profundis, qui concluent le recueil de 1684, sont crĂ©Ă©s en l’abbatiale de Saint-Denis le 1er septembre 1683, lors des somptueuses funĂ©railles de la Reine Marie-ThĂ©rèse d’Autriche, infante d’Espagne. L’Ă©pouse de Louis XIV, depuis 1660 (la noce fut cĂ©lĂ©brĂ© entre autres par l’opĂ©ra Xerse de Cavalli avec ballets de Lully) s’Ă©teint soudainement le 30 juillet 1683, d’un banal abcès au bras qui l’emporta en quelques jours.

Leonardo Garcia Alarcon choisit de fermer le gala Lully Ă  la Galerie des glaces en interprĂ©tant les deux Ĺ“uvres de dĂ©ploration oĂą Ă  l’esprit de la grandeur, rĂ©pond la vĂ©ritĂ© des intentions de l’Ă©criture : la mĂ©moire de la princesse fut ainsi honorĂ©e Ă  Saint-Denis tirant des larmes Ă  toutes l’assistance venue lui tĂ©moigner une dernière marque d’estime et de respect tendre.

alarcon leonardo garcia maestro concert review annonce concert classiquenewsLa musique funèbre pour les souverains de France est le sujet d’un dĂ©corum et d’une pompe inouĂŻs destinĂ©s Ă  marquer les esprits. ComplĂ©ment au discours du clergĂ©, les musiciens interviennent en trois points, en trois effectifs distincts, chacun exĂ©cutant sa partie Ă  tour de rĂ´le et en alternance ;  les 2 dĂ©partements de musique du Roi : les chantres et symphonistes de la Musique de la Chapelle, placĂ©s sous la battue du sous-maĂ®tre de la Musique de la Chapelle ; les chanteurs et instrumentistes de la Musique de la Chambre – dont les Vingt-quatre Violons –, placĂ©s sous la direction du surintendant de la Musique de la Chambre ; et au centre, face au catafalque, quatre ecclĂ©siastiques rĂ©alisent le plain-chant, en dialogue avec la Musique. Alternativement au moment de leur performance, les deux “chefs”se saisissent du battoir : le surintendant dirige alors les grands Motets qu’il a composĂ© : Dies irae (au centre du rituel), surtout De profundis (Psaume 129) Ă  la fin lors de l’aspersion du cercueil. Le contraste saisissant naĂ®t aussi de la diffĂ©rence de style et d’Ă©criture entre Lully et la Messe (Missa pro defunctis) probablement de Charles Helfer (mort en 1661), publiĂ©e dès 1656 : c’est cette Ĺ“uvre Ă  la polyphonie stricte et dĂ©pouillĂ©e qui servira en toute occasion lors des rituels funèbres Ă  Saint-Denis. ComplĂ©tĂ©e par le plain chant psalmodiĂ©, la Messe d’Helfer incarnait par sa noblesse et son caractère ancien, la pĂ©rennitĂ© de la monarchie malgrĂ© les morts de ses acteurs premiers.

Gala Lully : Lully profane et sacré
Ă  la Galerie des glaces de Versailles
Mercredi 2 décembre 2015, 21h

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Suites et airs d’opéras

De profundis – Dies irae

Judith Van Wanroij et Caroline Weynants, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Thibaut Lenaerts, taille
JoĂŁo Fernandes, basse-taille

Chœur de Chambre de Namur
Cappella Mediterranea
Millenium Orchestra
Leonardo Garcia AlarcĂłn, direction

2h entracte inclus

Programme détaillé :

Francesco Cavalli (1602-1676)

Ercole Amante (1662)
Trio « Una stilla di speme »

Jean-Baptiste Lully  

Ballet royal de la Raillerie (1659)
Dialogue de la Musique italienne et françoise

Psyché (1671)
Plainte italienne

Ballet royal de la Raillerie
Bourrée en Double

Atys (1676)
Ouverture – Sommeil

Cadmus et Hermione (1673)
Rondeau

Persée
Prélude – Air de Mercure « Ô tranquille sommeil … »

Le Bourgeois Gentilhomme (1670)
Menuet – Marche pour la cérémonie turque

Isis
Chœur des Trembleurs « L’Hiver qui nous tourmente … »

Armide (1686)
Prélude – Air de Renaud « Plus j’observe ces lieux … » – Passacaille

– Entracte –

Jean-Baptiste Lully 

Dies Irae
De Profundis

CMBV, grand reportage vidéo : Atelier vocal sur le récitatif italien et français au 17ème (Versailles, juillet 2015)

cmbv-atelier-vocal-parole-chantee-venise-a-paris-copyright-classiquenews-2015CMBV, grand reportage vidĂ©o : Atelier vocal sur le rĂ©citatif italien et français au 17ème (Versailles, juillet 2015). En juillet 2015, le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles a organisĂ© un atelier de pratique vocale dĂ©diĂ© au rĂ©citatif des opĂ©ras italiens et français du XVIIè / Seicento : La parole chantĂ©e de Venise Ă  Paris. A l’Ă©cole de Cavalli et de Lully principalement, les Ă©lèves chanteurs, pilotĂ©s par leurs coachs apprennent l’art si complexe du rĂ©citatif, Ă©lĂ©ment essentiel dans la continuitĂ© des opĂ©ras baroque du XVIIème siècle.

cmbv-atelier-vocal-recitatif-la-parole-chantee-de-venise-a-paris-classiquenews-copyright-CLASSIQUENEWS-2015

 
 
 

CMBV-atelier-vocal-recitatif-parole-chantee-paris-venise--copyright-classiquenews Outre les Ă©lĂ©ments techniques prĂ©cis que l’interprète doit maĂ®triser, l’atelier met en relief tout ce que doit l’opĂ©ra français au genre fixĂ© en Italie par Cavalli qu’il exporte Ă  la Cour de France, entre autres Ă  l’Ă©poque du mariage de Louis XIV (Xerse, de Cavalli avec ballets du premier Lulli, 1660). Grand reportage vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS 2015. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

L’Atelier vocal intitulĂ© “La Parole chantĂ©e de Venise Ă  Paris” proposĂ© par le Centre de musique baroque de Versailles est d’autant plus pertinent au vu des nombreuses rĂ©alisations intĂ©ressant actuellement ou prochainement, Lully et Cavalli.

Concert d’orgue Ă  Belfort. Lully, musicien du Roi-Soleil

a909Belfort.Orgue et opĂ©ra. Lully, musicien du Roi-Soleil, le 18 septembre 2015, 20h30. Jean-Charles Ablitzer, orgue. Françoise Masset, soprano. Sous l’instigation du cardinal Mazarin, première autoritĂ© politique de France, l’opĂ©ra italien arrive en France vers 1645. La dĂ©couverte de ce genre nouveau dans le paysage musical français bouleverse l’Ă©criture pour orgue. La stricte polyphonie cède le pas aux rĂ©cits, aux dialogues, aux trios et les instruments se dotent systĂ©matiquement de deux ou trois claviers permettant les contrastes et la mise en avant d’une ligne mĂ©lodique imitant souvent la voix ou l’orchestre. L’orgue s’empare d’une théâtralitĂ© nouvelle, osant exprimer le chant des passions humaines Ă  l’image des auteurs italiens alors en vogue, portĂ©s par le goĂ»t du Cardinal mĂ©lomane, Rossi, Marrazzoli, Cavalli… D’ailleurs, les cĂ©lĂ©brations du mariage du jeune dauphin Louis, futur Louis XIV, sont commĂ©morĂ©es avec le concours des Italiens Ă  Paris et par la crĂ©ation d’un nouvel opĂ©ra de Cavalli (Ercole Amante) et la reprise d’un ancien (Serse)…

2015 : tricentenaire de la mort du Roi SoleilLa commĂ©moration du tricentenaire de la mort de Louis XIV – dĂ©cĂ©dĂ© le 1er septembre 1715, après 72 ans de règne-, est l’occasion de s’inspirer de la dĂ©marche des organistes du Grand Siècle en prĂ©sentant au public un choix d’Ĺ“uvres du plus grand inventeur d’opĂ©ra Ă  la française, Jean-Baptiste Lully. De fait, l’Ă©criture du surintendant de la musique s’adapte parfaitement au clavier. Pour ce concert, l’orgue soliste alterne avec une sĂ©lection des plus beaux airs des tragĂ©dies mises en musique par Lully, mettant ainsi en avant la justesse poĂ©tique et le souffle universel de son Ĺ“uvre. Jusqu’en 1673 (crĂ©ation de la première tragĂ©die en musique de Lully : Cadmus et Hermione), et Ă  travers les nombreuses comĂ©dies-ballets inventĂ©es par Molière et Lully, Louis XIV qui règne en 1661, façonne et perfectionne son goĂ»t musical Ă  la source des Italiens… Le balladin, danseur et compositeur Lulli, florentin de naissance, indique clairement la domination de l’Italie dans le domaine des arts… jusqu’Ă  l’essor du style versaillais Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1670.

Lully, le musicien du Roi-Soleil
Airs et transcriptions
Journée européenne du patrimoine
Tricentenaire de la mort de Louis XIV
Vendredi 18 septembre, 20 h 30
Cathédrale Saint-Christophe de Belfort

Jean-Charles Ablitzer, orgue historique
(Waltrin / Callinet : Schwenkedel)
Françoise Masset, dessus
Josep Cabré, basse-taille

Réservation conseillée 03 84 49 33 46 /
festival@musetmemoire.com

Réservation conseillée
12 €, 10 € (adhĂ©rents Musique et MĂ©moire et Amis de l’Orgue et de la Musique de Belfort) et 5 € (rĂ©duit)

Concert proposĂ© par les Amis de l’Orgue et de la Musique de Belfort et Musique et MĂ©moire avec le soutien spĂ©cifique de l’Etat (FNADT) dans le cadre de la Convention interrĂ©gionale du Massif des Vosges 2015-2020 et de la Ville de Belfort.

ConfĂ©rence Ă  17 h, salle d’honneur de l’HĂ´tel de Ville de Belfort
ConfĂ©rence par le docteur Jean Valla “La santĂ© de Louis XIV vue par un mĂ©decin du 21ème siècle ». EntrĂ©e libre, dans la limite des places disponibles.

Louis XIV en roi des arts

louis-XIV-carre-grand-Arte, aujourd’hui Ă  20h50. SoirĂ©e Louis XIV. Le Roi Soleil en roi des arts. On se souvient d’un livre très instructif oĂą l’auteur Philippe Beaussant n’hĂ©sitait pas Ă  baptiser Louis le Grand de “roi artiste” : il faut bien du discernement et un goĂ»t sĂ»r pour savoir reconnaĂ®tre les talents et les faire travailler sur des Ĺ“uvres grandioses. En confisquant au surintendant Fouquet, les Lebrun, Le Vau, Le NĂ´tre, surtout Molière (moins La Fontaine qui osa dĂ©fendre son ancien patron), Louis devenu le Roi Soleil en 1661, montra sa maturitĂ© politique et artistique : il fit de chacun d’eux, par gratifications et pensions gĂ©nĂ©reuses, ses serviteurs les plus zĂ©lĂ©s. Le documentaire diffusĂ© par Arte dĂ©voile le portrait d’un souverain esthète qui s’il instrumentalisa et contrĂ´la les arts – soumis Ă  sa propre cĂ©lĂ©bration-, les favorisa et les organisa comme personne. Sous son règne, naissent les acadĂ©mies de peinture, sculpture, architecture, sciences, surtout de la danse car Louis dès son adolescence maĂ®trise le maintien et sait danser, offrant en 1653, une fameuse incarnation du Soleil triomphant, axe du monde, vĂ©ritable reprĂ©sentation du pouvoir royal rĂ©affirmĂ© après le chaos de la Fronde.

Tous les arts sous son règne sont infĂ©odĂ©s aux directives de la “petite acadĂ©mie”, cercle de sages dĂ©crĂ©tant la façon de reprĂ©senter le roi… un ministère de la communication politique avant l’heure et dirigĂ© par l’inflexible Colbert, serviteur le plus loyal dĂ©vouĂ© Ă  sa majestĂ©.
On suit pas Ă  pas les diffĂ©rents visages de Louis : l’adolescent danseur, l’amoureux transi (de Marie Mancini dans le premier Versailles des annĂ©es 1660, avec point d’orgue de cet instant d’ivresse, les plaisirs de l’Ă®le enchantĂ©e dans les jardins du premier Versailles en 1664), l’amateur de théâtre qui aime Ă  rire des comĂ©dies satiriques de Molière, puis le souverain passionnĂ© par l’opĂ©ra dont Lully fait un spectacle total Ă  partir de 1673. Enfin c’est Versailles le chantier du règne, devenu siège du gouvernement en 1683 : le théâtre du pouvoir ou l’opĂ©ra de sa majestĂ© aux dimensions cyclopĂ©ennes.
Le film rĂ©capitule les passions de Louis XIV : la danse, l’opĂ©ra, l’architecture, … on y relève les facettes multiples du Roi, toujours magnifiĂ© et hĂ©roĂŻsĂ©, en particulier au plafond de la galerie des glaces oĂą Louis paraĂ®t en vainqueur, humiliant volontiers les armĂ©es rivales au delĂ  du Rhin… une humilation que les Allemands ou les Hollandais continuent d’Ă©prouver et de condamner avec autoritĂ©. Le visiteur de la Galerie des glaces oublie souvent le sens des reprĂ©sentations peintes par Lebrun, commentĂ©es par Racine et Boileau (en français et non plus en latin!). Contestable, l’ambition du Roi a fait des arts sous son règne une formidable machine de propagande dont le raffinement a marquĂ© l’esprit d’un règne et forgĂ© un modèle pour toute l’Europe moderne. Après Louis XIV, toute reprĂ©sentation politique dans l’Ancien Monde comme dans le Nouveau, ne peut ĂŞtre que Versaillaise…

Programmation spéciale Louis XIV sur Arte
Samedi 29 et dimanche 30 août 2015

Samedi 29 août 2015
20.50 : LOUIS XIV, ROI DES ARTS
22.40 : Opération Lune, l’épave cachée du Roi-Soleil

Dimanche 30 août 2015
17.30 : le mobilier de Versailles, du roi soleil à la révolution
18.30 : Soirée baroque à la Philharmonie
20.30 : Un jardinier Ă  Versailles
0.00 : la Nuit Louis XIV de William Christie

Tous les programmes sont aussi accessibles sur «  ARTEconcert +7 »

Lire aussi notre présentation du week end Louis XIV sur ARTE

william-christie-arts-florissants-soiree-Louis-XIV-versailles-presentation-classiquenewsNe pas manquer aussi Dimanche 30 aoĂ»t 2015, Ă  minuit. Le concert « La Nuit Louis XIV de William Christie » convoque le Sermon sur la mort, de Bossuet : pour cĂ©lĂ©brer la mĂ©moire du roi français le plus artiste donc,  Denis Podalydès dĂ©clame et aussi sert de guide au public, invitĂ© le temps de cette nuit royale, Ă  circuler dans le château du Souverain Ă  Versailles,  du théâtre royal – construit sous Louis XV – Ă  la chapelle, puis Ă  la galerie des Glaces oĂą Les Arts Florissants jouent un programme musical). William Christie dirige ainsi Ă  la Chapelle le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, un compositeur que Louis goĂ»ta fort, mĂŞme s’il n’eut aucune charge officielle Ă  la Cour. C’est surtout la tragĂ©die en musique Atys (1676), de Jean-Baptiste Lully, que Louis aima passionnĂ©ment, aussi surnommĂ© « L’opĂ©ra du roi » que William Christie aborde par extraits, lui qui en a assurĂ© la recrĂ©ation il y a trente ans. Fin du parcours dans la Galerie des Glaces, avec un divertissement royal… avant le dĂ©part du feu d’artifices dĂ©ployĂ© sous la voĂ»te nocturne dans le parc…
Le programme La Nuit Louis XIV de William Christie est prĂ©cĂ©dĂ© Ă  20h30 sur Arte toujours, du documentaire un jardinier Ă  Versailles : focus sur l’autre passion du Roi pour les jardins…

La Ballet royal de la nuit : Louis XIV en Soleil

Louis XIV SoleilFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015 : le Ballet royal de la nuit. Cavalli. Ercole Amante. Rossi : Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Au dĂ©marrage, la production intitulĂ©e diffĂ©remment avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au festival Musique et MĂ©moire, dès l’Ă©tĂ© 2013, lors de la rĂ©sidence de l’ensemble Correspondances en Haute-SaĂ´ne : Fabrice Creux directeur de Musique et MĂ©moire avait eu l’intuition juste et Ă©tonnamment visionnaire s’agissant d’un programme aujourd’hui repris dans diffĂ©rents lieux dont Ambronay et plus rĂ©cemment en ouverture du festival estival Ă  Saintes le 10 juillet dernier. A la Chaise Dieu, le spectacle s’est rodĂ©, Ă©toffĂ©, fluidifiĂ©, mais son dispositif originel a Ă©tĂ© permis grâce Ă  un accompagnement sans Ă©quivalent en France, en Haute-SaĂ´ne. A La Chaise-Dieu, devenu “le concert royal de la nuit”, le spectacle rassemble un plateau de jeunes chanteurs parmi le plus douĂ©s de l’heure (Lucile Richardot qui chante avec Les Arts Florissants ou Dagmar Saskova, mezzo incandescente formĂ©e au Centre de musique baroque de Versailles).

Louis XIV, aux origines du mythe solaire

Après la Fronde, Mazarin commande un ballet politique qui jette les fondations de la mythologie solaire de Lousi XIV

Le Soleil se lève à Paris en 1653

mazarin-portrait-par-philipep-de-champaigne-presentation-gout-de-mazarin-classiquenews-le-ballet-royal-de-la-nuit-orfeo-de-luigi-rossi-ercole-amante-de-cavalliContrairement Ă  son titre, le Ballet royal de la nuit favorise par un effet de contraste que le baroque aime cultiver, l’Ă©mergence du Soleil, et symboliquement, cĂ©lèbre l’omnipotence du Roi, le très jeune Louis XIV (qui n’a que 15 ans ; Lully q’il rencontre Ă  nouveau pour l’occasion n’en a que 21)… DĂ©but 1653, le Ballet royal de la nuit fut dansĂ© Ă  5 reprises par le jeune Dauphin, futur Louis XIV, dans la salle du Petit Bourbon au Louvre. Mazarin, revenu au pouvoir après les Ă©vĂ©nements violents de La Fronde entendait ainsi par un ballet spectaculaire, scĂ©nographiĂ© l’image du pouvoir royal, dĂ©sormais fastueux, avec en son centre, telle l’axe d’une constellation de planètes, le jeune prĂ©tendant au trĂ´ne. AssimilĂ© au Soleil, l’astre rayonnant et pilier du monde, le monarque est comme adoubĂ© par un spectacle qui cĂ©lèbre sa toute puissance. Mettre en scène la royautĂ© est le dessein de Mazarin, repris et amplifiĂ© après lui par le Roi-Soleil lui-mĂŞme. Le ballet royal de la nuit exprime donc une prise de conscience du politique et aussi la maturation de l’image royale, la prĂ©cision d’un nouvel imaginaire qui sert la propagande monarchique. Le Ballet qui est ici conçu pour la première fois comme un spectacle théâtral, avec vue frontale (et non plus dans un dispositif circulaire, au milieu de l’arène), opère ce changement esthĂ©tique et sociĂ©tal majeur : car tous les nobles comme le roi, dansent dans un spectacle codifiĂ© qui rĂ©tablit l’ordre hiĂ©rarchique voulu par le Roi et le Cardinal, soumettre les anciens frondeurs en les valorisant dans un protocole et une Ă©tiquette qui en vĂ©ritĂ© les tient en laisse. Toute la symbolique nocturne et crĂ©pusculaire du Ballet, son argument et l’enchaĂ®nement des 4 sĂ©quences (ou “veilles”) avec grand ballet final, cĂ©lèbre le lever du soleil, c’est Ă  dire, l’avènement du jeune roi. L’aurore sur son char dĂ©clare : “Le Soleil qui me suit, c’est le jeune Louis”, on ne saurait ĂŞtre plus clair.
lully_gravure_450CommandĂ© par Mazarin, le Ballet sert habilement son objectif politique tout en satisfaisant Ă  l’art poĂ©tique (vers de Benserade), chorĂ©graphique, dramatique, musical. Spectacle total avant l’opĂ©ra proprement dit (tragĂ©die en musique inventĂ©e par Jean-Baptiste Lully en 1673, soit 20 ans plus tard), le Ballet aborde tous les genres expressifs (dĂ©lirant, fantasque, comique, burlesque…) y compris satirique car les allusions aux dĂ©fauts physiques ou travers de ceux qui les disent ou paraissent alors quand ils sont lus ou dĂ©clamĂ©s, ne manquent pas. Preuve que la moquerie cynique faisait dĂ©jĂ  bonne figure : les grands y sont Ă©pinglĂ©s sans mĂ©nagement.
Louis XIV jeuneMazarin fut Ă©duquĂ© Ă  Rome au gĂ´ut des Barberini ses protecteurs ; dans leur palais romain, le futur cardinal, affine son goĂ»t pour l’oratorio et l’opĂ©ra, autant de spectacles qu’il ne cessera d’acclimater Ă  Paris pour assoir davantage le pouvoir de Louis XIV. Les genres connus y sont finement associĂ©s comme une synthèse de tout ce que connaissait le Cardinal et qu’il dĂ©sirait voir dans le Ballet, en un seul spectacle. La richesse, les effets mĂŞlĂ©s (emprunts Ă  la mythologie, la comĂ©die des Italiens dans la seconde veille…), tout souligne la nature supĂ©rieure du Roi et prĂ©pare au sacre qui suit. Les futurs opĂ©ras de Lully, dans leur prologue, cĂ©lèbreront encore la nature divine du Souverain, l’apport miraculeux de ses actions…
Aujourd’hui le Ballet nous est connu grâce Ă  l’unique copie rĂ©alisĂ©e par Philidor (77 danses au total), mais lacunaire car le copiste ne prĂ©cise qu’un partie instrumentale/musicale, celle du violon (premier dessus). A l’interprète moderne, le dĂ©fi de reconstituer les parties manquantes pour prĂ©server l’unitĂ© de l’architecture globale et aussi le raffinement de l’exĂ©cution.

 

 

Rossi et Cavalli

 

 

louis-XIV-danseur-ballet-royal-de-la-nuit-le-roi-soleil-aurore-et-naissance-du-mythe-royal-solaire-Paris-theatre-du-petit-bourbon-fevrier-1653-CLASSIQUENEWS-dossier-presentation

 

 

Mazarin-mignardCorrespondances a choisi non pas de reconstituer le Ballet seul (51 danses originelles ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©es), entreprise difficile sans connaĂ®tre le dĂ©roulement prĂ©cis et les composantes prĂ©cises du faste originel. Les textes de Benserade et les danses françaises sont donc ici associĂ©es Ă  l’opĂ©ra italien, tel qu’il fut favorisĂ© par Mazarin lui-mĂŞme (portrait ci contre par Philippe de Champaigne) : extraits des fameux et lĂ©gendaires Orfeo de Luigi Rossi et Ercole Amante de Cavalli, tous deux, ouvrages commandĂ©s et conçus pour la Cour de France et jouĂ©s Ă  Paris, respectivement en 1647 puis 1662. En constituant l’ordinaire culturel de la Cour entre Italie et France, les composantes mĂŞmes du goĂ»t que Mazarin transmet Ă  Louis XIV, (ci dessus en danseur, apparaissant en Soleil dans le Ballet royal de la nuit, fĂ©vrier 1653), la combinaison fonctionne ainsi idĂ©alement. Du Ballet de la Nuit Ă  Cavalli, le drame emprunte les mĂŞmes rĂ©fĂ©rences, mythologiques bien sĂ»r puisque dans la seconde veille, oĂą la comĂ©die muette voit les italiens parodier la tragĂ©die d’Alcmène, laquelle violĂ©e par Jupiter, enfante… Hercule. Ce dernier, hĂ©ros central de l’opĂ©ra du vĂ©nitien Cavalli lequel met en scène les mĂŞmes figures et allĂ©gories prĂ©sentes dans le Ballet de 1653 : la Lune, VĂ©nus, les Grâces, le sommeil…
LĂ©guĂ© par Louis XIII, le ballet de cour est ainsi magnifiĂ© sous l’adolescence de Louis XIV et fixe dĂ©jĂ  l’imaginaire et la mythologie solaire du plus grand roi de l’univers…

 

 

 

 

déroulement

 

Première veille : La Nuit
Les heures, chasseur, paysans, Ă©gyptiens, boutiques

Seconde veille : Vénus et les Grâces
Vénus, les 3 Grâces, les italiens et Cintia (chanté en italien)

Troisième veille : Hercule amoureux
La lune, Endimion, Hercule, Vénus et les Grâces, Junon, sacrificateurs, loups garous et sorcières, Déjanire

Quatrième veille : Orphée
Le sommeil, le silence, le dieu des songes, Eurydice, Apollon et les Dryades

Grand Ballet : le Soleil
rĂ©cit de l’Aurore, choeur des planètes, duo d’Hercule et de la BeautĂ©

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015: le Ballet royal de la nuit, Ercole Amante, Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Le Ballet de cour sous Louis XIII, dansĂ© par le jeune Dauphin futur Louis XIV, âgĂ© de 15 ans, magnifiĂ© par le goĂ»t du mĂ©cène commanditaire de l’oeuvre, Mazarin (Paris, 1653).

2 soirées Louis XIV sur ARTE

arte_logo_2013louis-XIV-carre-grand-Arte. Tricentenaire de la mort de Louis XIV, les 29 et 30 aoĂ»t 2015. Avec un grand documentaire inĂ©dit sur Louis XIV et les arts Ă  son Ă©poque, un spectacle d’exception dans les plus beaux lieux du Château de Versailles,  une promenade dans les jardins imaginĂ©s par AndrĂ© Le NĂ´tre, Arte ressuscite fin aoĂ»t, le faste et le raffinement de la Cour du Roi-Soleil, un souverain artiste qui eut le gĂ©nie de rĂ©unir les meilleurs talents autour de lui. A l’heure oĂą l’Europe vacille, les fondamentaux de son identitĂ© sont culturels, certes pas Ă©conomiques ni financiers : on a vu avec la GrĂŞce toujours exposĂ©e Ă  l’implosion (Grexit or not Grexit?), la menace d’exclusion que fait peser sur le berceau europĂ©en, la violence du cynisme produit par les banques et leurs officines spĂ©culatives. Or rappeler l’âge d’or du règne de Louis XIV, c’est souligner la vertu atemporel de l’art et de la culture. Jamais la France ne fut plus française que lorsqu’elle Ă©tait culturelle, que lorsqu’elle donnait le diapason du goĂ»t pour toute l’Europe, Ă  l’époque de Louis XIV. Les 29 et 30 aoĂ»t 2015, deux soirĂ©es spĂ©ciales dĂ©voilent cet art de vivre que le monde entier nous envie toujours. Au total sur 2 soirĂ©es, 6 programmes alliant documentaires et concerts, miroirs d’un âge d’or de l’histoire de France Ă  l’heure du baroque royal le plus enchanteur qui soit. Louis XIV en Ă©laborant le mythe des Bourbons, lègue Ă  la France, Versailles qui en est l’écrin le plus Ă©blouissant.

 

 

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Programmation spéciale Louis XIV sur Arte
Samedi 29 et dimanche 30 août 2015

Samedi 29 août 2015
20.50 : LOUIS XIV, ROI DES ARTS
22.40 : Opération Lune, l’épave cachée du Roi-Soleil

Dimanche 30 août 2015
17.30 : le mobilier de Versailles, du roi soleil à la révolution
18.30 : Soirée baroque à la Philharmonie
20.30 : Un jardinier Ă  Versailles
0.00 : la Nuit Louis XIV de William Christie

Tous les programmes sont aussi accessibles sur «  ARTEconcert +7 »

 

Samedi 29 août 2015

20h50 :  LOUIS XIV, ROI DES ARTS 

 

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arte_logo_2013Ce documentaire dessine un portrait intime et politique de Louis XIV, Ă  la fois l’esthète passionnĂ© par la nature et les arts, et le souverain Ă©clairĂ© ; le film interroge ses relations avec les grands artistes de son temps (Lully, Le Vau, Le NĂ´tre, Hardouin Mansart, Vauban, Lebrun…), entre passion sincère et instrumentalisation, goĂ»t intime et propagande royale. Amateur d’art passionnĂ©, le Roi-Soleil mit tous les arts au service de sa gloire et influença l’esthĂ©tique de son Ă©poque. Qu’il s’agisse d’architecture, de musique ou de danse, Louis XIV n’apparaĂ®t pas seulement comme un simple mĂ©cène mais bien comme l’acteur principal, particulièrement engagĂ©, d’un moment de l’histoire des arts. C’est grâce Ă  lui que la danse est encore enseignĂ©e en français aujourd’hui dans toutes les Ă©coles de danse du monde. Il donna ses lettres de noblesse Ă  la guitare (quand son père estimait plutĂ´t le luth) et encouragea Lully et Molière Ă  travailler ensemble, provoquant ainsi la naissance d’un nouveau genre théâtral, la comĂ©die ballet, – ancĂŞtre de la comĂ©die musicale. Avant que naisse l’opĂ©ra royal proprement dit, la tragĂ©die en musique inaugurĂ©e en 1673 avec Cadmus et Hermione de Lully. L’opĂ©ra français Ă©tait nĂ© et avec lui, la prĂ©Ă©minence de la France sur l’Italie. Lully et Molière, mais Ă©galement Racine, Le NĂ´tre, Le Brun… Tous ont mis leur gĂ©nie au service de l’image du Roi. AncrĂ© Ă  Versailles, Ă  la fois théâtre d’un pouvoir absolu et cadre de somptueux divertissements, le film montre Ă©galement les Ă©lèves de l’école de danse de l’OpĂ©ra de Paris crĂ©Ă©e il y a 300 ans par Louis XIV, les coulisses d’une reprĂ©sentation du Bourgeois Gentilhomme de Molière ou les reprĂ©sentations dans le château de Versailles d’un concert des Arts Florissants de William Christie (programme Ă  dĂ©couvrir intĂ©gralement sur ARTE dimanche 30 aoĂ»t Ă  00h).
Un documentaire de Priscilla PIZZATO – (2015-1h30).

 

 

22h40 : Opération Lune, l’épave cachée du Roi-Soleil

arte_logo_2013bateau-louis-XIV-la lune-naufrage-classiquenewsLe vaisseau amiral de Louis XIV enfin exploré… Le film est écrit comme une enquête archéologique exceptionnelle et une plongée époustouflante au coeur de l’épave de la Lune, vaisseau amiral de Louis XIV. La Lune fait naufrage au large de Toulon en novembre 1664, alors que le navire revient d’une expédition sur les côtes d’Afrique du Nord avec près d’un millier d’hommes à bord, simples matelots ou nobles de haute lignée. Mais par la volonté du Roi-Soleil et de son entourage, qui entendent cacher la tragédie, la Lune est rapidement oubliée… Découvert en 1993, le navire repose à 90 mètres de profondeur. Près de vingt ans plus tard, les innovations technologiques permettent enfin l’exploration du vaisseau.

Un documentaire de Pascal Guérin et Herlé Jouon (France, 2013, 1h25mn)
Rediffusion du 23/06/2013

 

 

 

 

Dimanche 30 août 2015

 

 

18h30 : Soirée baroque à la Philharmonie, inédit

Christie William portrait 290arte_logo_2013Le célèbre ensemble baroque Les Arts Florissants vient de fêter ses 35 ans d’existence. En janvier dernier (2015), ils donnaient à Philharmonie de Paris, sous la direction de William Christie, un programme qui illustre leur dévouement à la musique baroque. L’ensemble sur instruments anciens y fait dialoguer la musique scénique et la musique religieuse. Au programme, des extraits de l’oeuvre Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau parmi lesquelles la célèbre entrée Les Sauvages, sûrement la partie la plus connue de cet opéra en quatre actes, In exitu Israel de Mondonville, originellement destiné aux messes royales célébrées en présence de Louis XV. La distribution vocale de la soirée comprend des partenaires de longue date des Arts Florissants : le baryton Marc Mauillon et la soprano Danielle de Niese.

Direction musicale : William Christie. Avec Les Arts Florissants – RĂ©alisation : François-RenĂ© Martin (2015 ; 43min) – EnregistrĂ©e le 16 janvier 2015 Ă  la Philharmonie de Paris

 

 

 

17h30 : le mobilier de Versailles, Du Roi-Soleil Ă  la RĂ©volution

arte_logo_2013bureau-mobilier-versailles-louis-XIV-louis-XV-louis-XVI-documentaire-ARTE-presentation-classiquenews-juillet-2015En traversant les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, ce documentaire nous entraîne à la découverte de six chefs-d’oeuvre du mobilier français, des XVII e et XVIIIe siècles. Il nous dévoile notamment le faste du mobilier d’argent du Roi-Soleil (aujourd’hui fondu pour financer les guerres du monarque) et son extraordinaire commode en écailles de tortue et entrelacs de laiton, une horloge astronomique, véritable miracle de sciences, ainsi que le meuble alors le plus emblématique de l’artisanat français, conçu pour Louis XV : « le bureau du roi ». Sans oublier le mobilier aux épis et le grand serre-bijoux de la reine Marie-Antoinette, d’une délicatesse inégalée. L’art du meuble à la Cour de France est alors le plus exceptionnel qui soit, copié, admiré par toute l’Europe.

Documentaire de Fabrice Hourlier (France, 2014, 52mn)- Rediffusion du 15 février 2015

 

 

 

20h30 : Un jardinier Ă  Versailles

arte_logo_2013versailles-jardins-parc-louis-XIV-arte-presentation-classiquenewsJardinier en chef du domaine depuis trente ans, Alain Baraton travaille avec amour Ă  l’ombre de l’illustre AndrĂ© Le NĂ´tre. Il dĂ©voile le travail de ceux qui s’activent Ă  restaurer les jardins de Versailles, vĂ©ritable musĂ©e en plein air mais aussi machine Ă  contemplation et dĂ©lectation grâce Ă  ses nombreuses perspectives que Louis XIV aimait montrer Ă  ses invitĂ©s et visiteurs de marque. C’est aussi une formidable machinerie oĂą l’ingĂ©nierie hydraulique a façonnĂ© la conception du vaste rĂ©seau de fontaines, bassins, jets d’eau, piliers de l’enchantement des jardins et bosquets…

Documentaire d’Élodie Trouvé (2013, 26mn)- Rediffusion du 27 octobre 2013

 

 

 

00h / Minuit : la Nuit Louis XIV de William Christie

arte_logo_2013william-christie-arts-florissants-soiree-Louis-XIV-versailles-presentation-classiquenewsPour célébrer les 300 ans de la mort de Louis XIV, l’orchestre sur instrument anciens Les Arts Florissants dirigé par William Christie, leur chef fondateur, fait résonner la musique baroque française au coeur du Château de Versailles. Le comédien Denis Podalydès, en narrateur, nous guide lors de ce concert promenade d’exception. Le temps d’une soirée, c’est le faste des fêtes de la Cour qui renaît dans l’écrin doré de l’Opéra, minéral néo vénitien de la Chapelle ; tout miroirs et cristal de la Galerie des Glaces. Trois lieux emblématiques pour un répertoire français où les compositions de Lully, Charpentier, De Lalande, Couperin, Desmaret et de Visée subliment le château pour lequel elles ont été écrites et représentées devant Louis XIV et la Cour de France.

Direction musicale : William Christie, direction musicale. Les Arts Florissants
Avec Ă©lodie Fonnard, Ă©milie Renard, Reinoud Van Mechelen et Victor Sicard
ChorĂ©graphie : Nicolas Paul – RĂ©alisation : Louise NARBONI – (2015- 1h20mn)

Versailles : La nuit des rois de Jordi Savall en direct sur culturebox

savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesEn direct sur internet. La Nuit des Rois : Jordi Savall à Versailles, mardi 30 juin 2015 en direct sur culturebox, dès 20h. 2015 marque le tricentenaire de la mort de Louis XIV (en septembre exactement). Par mi les nombreuses célébrations de la mort du Roi Soleil le septembre 1715, Versailles invite Jordi Savall pour la Nuit des Rois : 3 concerts dans 3 Lieux du château pour célébrer la gloire et le goût musical et artistique des 3 souverains bourbons qui ont marqué un âge d’or de la culture française à l’âge baroque, du premier XVIIè à l’esprit des Lumières. Ainsi au programme :

Concert Louis XIII à l’Opéra royal
Concert Louis XIV Ă  la Chapelle royale
Concert Louis XV dans la Galerie des glaces

Lully à VersaillesEn 2014, il avait dédié à Versailles une première nuit thématique autour des oeuvres de Haendel, investissant l’espace d’un soir, les 3 lieux emblématique de la vie de cour à Versailles entre dévotion, opéra et allégeance au Souverain : la chapelle, l’opéra et la galerie. Le 30 juin 2015, Jordi Savall souligne le goût spécifique de chaque monarque français, et le genre dans lequel il a marqué une passion personnelle.
Louis XIII à l’Opéra : joueur de luth, bon danseur, esprit mystérieux et solitaire (LIRE notre évocation de LOUIS XIII à travers sa passion du luth, entretien avec le luthiste Miguel Yisrael et son cd Les Rois de Versailles, CLIC de classiquenews 2014), Louis XIII, père de Louis XIV crée les 24 Violons du Roi, bande d’instrumentistes d’un niveau excellent, véritable modèle pour l’Europe…
Louis XIV (notre photo ci dessus) se montre quant à lui friand de virtuosité comiques avec l’ère de la comédie ballet et bientôt de la tragédie lyrique inventé pour lui à Versailles par Lully. Le théâtre envahit toute la vie de Cour jusqu’à la chapelle royale dernier grand chantier de son règne.
Louis XV à l’âme mélancolique voire dépressive cultive les divertissements amoureux que Voltaire et Rameau expriment sous la forme d’opéras-ballets, de comédie d’un nouveau genre. Fêtes, bals costumés, badineries (peintes par Boucher) font de Versailles un lieu de plaisirs et de sensualité que l’esprit et le goût de la Pompadour rehausse jusqu’à l’excellence. Son règne s’achève sur le nouvel opéra royal et le nouveau décor de la galerie des glaces pour le mariage du Dauphin, futur Louis XVI et de la Marie-Antoinette…

 

 

 

La Capella Reial de Catalunya
Le Concert des Nations
Jordi Savall, direction

Versailles, Château. Mardi 30 juin 2015, 20h
Durée : 4 h (2 entractes inclus, le temps que les musiciens rejoignent les lieux entre chaque programme….)

logo_culturebox_300_2014VISITEZ le site de culturebox et la page dédiée au concert événement LA NUIT des ROIS au château de Versailles par Jordi Savall, mardi 30 juin 2015, 20h

 

Programme détaillé de la Nuit des Rois au Château de Versailles :
FĂŞtes Royales aux temps de Louis XIII, Louis XIV, Louis XV

♦ Opéra Royal : l’orchestre de Louis XIII

Musiques de l’enfance du Dauphin
Musique pour le Sacre du Roy, fait le 17 Octobre 1610
Musiques pour le Mariage du Roy Louis XIII, faites en 1615
Concert donné a Louis XIII en 1627 par les 24 Violons
Les Musiques de Ballet 1634 – 1640

♦ Chapelle Royale : la Gloire de Dieu au temps de Louis XIV

Michel-Richard Delalande
De profundis

Marc-Antoine Charpentier
Te Deum

♦ Galerie des Glaces : la Tragédie Lyrique au temps de Louis XV

Jean-Philippe Rameau
Les BorĂ©ades* – ouverture, Airs et ChĹ“urs

Mardi 30 juin 2015 dès 20h sur Culturebox, et sur France 2 le 1er septembre 2015

 

 

LIRE aussi notre dossier spécial LULLY à VERSAILLES

CD, coffret. Compte rendu critique. Louis XIV : les musiques du Roi-Soleil. Collection Château de Versailles (3 cd Alpha)

louis-XIV-houasse-cd-alpha-3-cd-les-musiques-du-roi-soleil-critique-classiquenews-juin-2015CD. Louis XIV : musiques du Roi-Soleil (3 cd Alpha). Louis XIV (1638-1715) : le roi est mort (le 1er septembre 1715 Ă  8h15 du matin): vive le roi. La formule est connue et prĂ©serve la fonction de la rupture, mais la personnalitĂ© individuelle et le goĂ»t du Souverain dĂ©cĂ©dĂ© vivent Ă©ternellement autrement, par les manifestations de leur propre reprĂ©sentation du pouvoir, manifestations culturelles que le Roi-Soleil porta jusqu’Ă  un degrĂ© inĂ©dit jusque lĂ , prolongeant certes les fastes royaux de François Ier et avant eux, d’Anne de Bretagne. Trois souverains qui surent accorder et mĂŞme fusionner politique et art, exercice du pouvoir et crĂ©ation artistique. Mais c’est assurĂ©ment le Bourbon qui organisa et centralisa le mieux toutes les initiatives de son règne.
Pour cĂ©lĂ©brer le tricentenaire de son dĂ©cès en 1715, le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles et Château de Versailles rassemble dans ce nouvel opus de la collection “Château de Versailles”, 3 volets manifestant l’Ă©clat du règne : l’opĂ©ra est prĂ©sent par extraits Ă©vocateurs d’une productivitĂ© locale inouĂŻe (mais non enregistrĂ© au Château comme le volume 1 dĂ©diĂ© aux Lully et Charpentier sacrĂ©s (Te Deum), faits du compositeur officiel et de son “rival” apprĂ©ciĂ© par Louis.
Autant dire que le disque et les concerts ambitieux produits au Château depuis quelques annĂ©es ressuscitent ce goĂ»t musical du Souverain le plus inspirĂ© dans l’art du spectacle monarchique,Ă  la Chapelle, Ă  la Chambre, Ă  l’OpĂ©ra… comme Ă  l’Ecurie.

CD1. L’exceptionnel sacrĂ© est rythmĂ© par quelques pièces musicales d’un Ă©clat spĂ©cifique, accordĂ© aux dimensions et retentissements politiques de l’Ă©vĂ©nement de la Cour : ainsi les Te Deum de Lully et Charpentier expriment la gloire et la ferveur de la Cour rĂ©unie autour de son Souverain : acte d’hommage, manifestation Ă©clatante de la cohĂ©sion collective qui s’exprime par l’art. Les 2 Te Deum abordĂ©s ici en 2013 par Le Poème Harmonique (Ă  la Chapelle royale) soulignent ce prodige de l’art français : palpitants par leurs inflexions instrumentales et vocales, qui concilient dans cette approche vivante et mĂŞme dansante parfois, l’individuel et le collectif, le martial et la rondeur du théâtre glorieux, surtout enchantĂ©, en particulier dans le Te Deum de Charpentier (H.146), le plus complet, juste et profond, Ă  la fois exaltĂ© et recueilli. Le Te Deum de Lully (LWV.55) est d’une mĂ©canique certes ici assouplie mais d’un esprit de dĂ©monstration spectaculaire un rien tĂ©lĂ©guidĂ© que viennent alanguir les sections plus profondes parfois nostalgiques inaugurĂ©es avec Patrem immensae majestatis.

CD2. Les Grands Motets de Dumont personnalitĂ© incontournable de la Chapelle royale Ă  Versailles avec De Lalande (son successeur) et bien sĂ»r Lully, manifestent le goĂ»t du Roi pour l’ordinaire de la Messe, ici grâce Ă  FrĂ©dĂ©ric DĂ©senclos et l’ensemble Pierre Robert (2004), cet Ă©quilibre entre ferveur franche et sensualitĂ© Ă  la fois collective et individuelle, sertie d’une prononciation informĂ©e percutante. Le texte demeure primordial et ses temps de rĂ©flexion comme de distance mĂ©ditative sont cultivĂ©s par l’orgue seul en l’alternance comme le plain chant.

CD3. EnregistrĂ© en 2001 Ă  Paris, le programme “Divertissements” de Skip SempĂ© Ă©voque le gĂ©nie Ă  Versailles du Roi et de ses doubles artistiques dont surtout Lully. Le jeune Souverain des annĂ©es 1660, plus galant et sensuel que bientĂ´t raidi et solennelisĂ© par l’ampleur de la charge, exprime sa badinerie Ă©videmment fastueuse en 1664, dans la fĂŞte la plus prestigieuse du règne alors : Les Plaisirs de l’Ă®le enchantĂ©e oĂą il orchestre et met en scène ses propres amours sous couvert d’un prĂ©texte romanesque empruntĂ© Ă  L’Arioste et son labyrinthe sentimental (Roland furieux) : les chevaliers et Roger sur l’Ă®le de la fĂ©e Alcine, envoĂ»tĂ©s par l’amour. Officiellement, la fĂŞte consacre les deux reines : anne d’Autriche et Marie-ThĂ©rèse. Dans le cĹ“ur du Roi, c’est sa maĂ®tresse Louise de la Vallière qui règne sans partage. Voici donc le Louis XIV Ă©pris, enivrĂ©, sensualisĂ© (“Je mourrai de plaisir …” de Lambert) qui rĂŞve dans son Ă©crin de Versailles, aux dĂ©lices d’un jardin enchantĂ©, le sien. En 1664, Lully n’a pas encore inventĂ© l’opĂ©ra et la tragĂ©die en musique (1673), mais SempĂ© imagine un parcours Ă  l’orchestre et au clavecin oĂą les thèmes du bosquet nostalgique, de l’Ă®le ensorcelant (et emprisonnant donc) les sens, diffusent leur magie active et musicale : ballets, rires, intermèdes, mais aussi airs de cour… rythment un grand divertissmeent, le plus grand et le premier du genre Ă  Versailles. Le rire et l’humour, une Ă©lĂ©gance comique, celle surtout du Bourgeois Gentilhomme de Lully et Molière (dans le genre comĂ©die-ballet : badinerie chambriste piquĂ©e d’un certain maniĂ©risme théâtral pour les reprises de la marche pour la cĂ©rĂ©monie turque) alternent donc ici avec des pièces pour clavecin de Champion de Chambonnières, Danglebert, Le Roux, Louis et François Couperin, oĂą perce aussi le gĂ©nie indiscutable de Lully dans l’expression de cette langueur amoureuse qui se fait danse de l’envoĂ»tement comme le dernier Ă©pisode la Chaconne d’Amadis. Tendre adieu (plutĂ´t aurevoir) aux plaisirs injustement fugaces.

CD, coffret. Compte rendu critique. Louis XIV : les musiques du Roi-Soleil. Collection Château de Versailles (3 cd Alpha 961). Charpentier / Lully : Te Deum (Le Poème Harmonique, 2013) ; Grands Motets de Henry Du Mont (Ensemble Pierre Robert, 2005) ; Divertissements (Capriccio Stravagante, 2001). Rééditions.

Tricentenaire de la mort de Louis XIV

louis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451Versailles : Tricentenaire de la mort de Louis XIV : avril 2015 – fĂ©vrier 2016. DĂ©cĂ©dĂ© le 1er septembre 1715 après 72 ans de règne, Louis XIV nĂ© en 1638 laisse un hĂ©ritage politique, Ă©conomique et social plutĂ´t mitigĂ©. Les guerres ont Ă©puisĂ© le peuple et les ressources de l’Etat, mais l’art français a dominĂ© toute l’Europe, faisant de la France, après lui, le phare artistique copiĂ© par toutes les Cours dignes de ce nom. Pas un prince qui ne souhaite jusqu’Ă  la fin du XVIIIème, reproduire voire Ă©galer la splendeur de Versailles. Roi danseur, Ă©pris d’opĂ©ras et de divertissements, Louis XIV fusionne le prestige des arts et le rayonnement de sa fonction : sous son règne, l’art est de propagande et toutes les disciplines en leur degrĂ© d’excellence incarnent la supĂ©rioritĂ© du pouvoir monarchique. Le Château de Versailles en 2015 cĂ©lèbre donc le tricentenaire de la mort de son fondateur.

 

 

 

Versailles célèbre le tricentenaire de la mort de Louis XIV

Louis en roi artiste

 

 

En rĂ©alitĂ©, Louis XIV, en fils digne, dĂ©veloppe le mythe de Versailles hĂ©ritĂ© de son père, le mĂ©lancolique et solitaire Louis XIII(Lire notre dossier spĂ©cial le Luth de Louis XIII avec la collaboration du luhtiste Miguel Yisrael). Il fait de la retraite masculine du père, le lieu de ses chasses et de ses maĂ®tresses, une rĂ©sidence de divertissements oĂą s’orchestre et est mise en scène tel un opĂ©ra permanent, la fonction royale, ce dès 1664, avec les FĂŞtes de l’Ă®le enchantĂ©e qui reprend le thème du Roi amoureux sĂ©duit par la magicienne sur son Ă®le magique…
La programmation Ă©voque la figure du Roi artiste : celui qui dansait donc, jouait de la guitare, collectionnait tableaux et antiques, a particulièrement veillĂ© Ă  l’essor de ses AcadĂ©mies, aimait passionnĂ©ment les Grands Motets, les tapisseries, la porcelaine, les objets prĂ©cieux, mĂ©ticuleusement dĂ©posĂ©s et inventoriĂ©s dans son cabinet personnel…

louis-XIV-582-390-une-homepageLa programmation versaillaise met l’accent sur le duo des amuseurs Lully et Molière dont le gĂ©nie mĂŞlĂ© transcende le genre de la comĂ©die ballet dont il font un prĂ©lude Ă  l’opĂ©ra français Ă  venir (tragĂ©die en musique inaugurĂ©e par Cadmus et Hermione en 1673). William Christie inaugure un nouveau type de spectacle, une nuit de concerts promenades (formule crĂ©Ă© au sein de son festival vendĂ©en de ThirĂ© chaque mois d’aoĂ»t) : en proximitĂ© avec les interprètes, les spectateurs peuvent Ă©couter les concerts dans les 3 lieux musicaux du Château : l’opĂ©ra, la chapelle, la Galerie des glaces…(Nuit Louis XIV William Christie, les 25 et 26 juin 2015). L’Italie est la source d’inspiration de la Cour de Louis XIV (Lully Ă©tait florentin) : Ă  dĂ©faut de recrĂ©er Ercole Amante de Cavalli, opĂ©ra italien crĂ©Ă© pour ses noces, l’Orfeo de Luigi Rossi est programmĂ© (premier opĂ©ra italien crĂ©Ă© Ă  Paris en mars 1647, Ă  la demande de Mazarin). Si le futur Louis XIV n’avait que 9 ans, fortement impressionnĂ© (par les machineries de Torelli et la virtuositĂ© du chanteur castrat Atto Melani), il en conserve le goĂ»t passionnĂ© de l’opĂ©ra et du spectacle lyrique. La place du choeur et des ballets fera ensuite l’identitĂ© de l’opĂ©ra proprement versaillais et donc français… bientĂ´t conçu par Lulli devenu Lully.

 

 

Programmation Louis XIV 2015 Ă  Versailles :
D’avril 2015 Ă  fĂ©vrier 2016

Au total 9 programmes différents et 3 bals costumés (en juin 2015)

Les 8,9,10,11 avril 2015, 20h
Le 12 avril Ă  15h
Opéra royal
Lully / Molière : Le Bourgeois Gentilhomme
Christophe Coin, direction
Denis Podalydès, mise en scène

 

 

Les 25 et 26 juin 2015, 20hlouis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451
Opéra royal, Chapelle royale, Galerie des Glaces
Concert promenade orchestré par William Christie et ses Arts Florissants
La nuit de Louis XIV – William Christie

 

 

La nuits des 3 rois par Jordi Savall
Musiques de Louis XIV, XV, XVI
Concert des Nations, Jordi Savall
Le 30 juin 2015, 20h
Opéra royal, Chapelle royale, Galerie des Glaces

 

 

Messe Ă  4 choeurs. Charpentier / Hersant :
Olivier Schneebeli, direction
Maîtrise de Radio France
Les Pages et les chantres du Centre de musique baroque de Versailles
le 2 juillet 2015, 20h
Chapelle royale

 

 

Lully : Armide
Opera Atelier Toronto
David Fallis, direction
Les 20, 21, 22 novembre 2015
Opéra royal

 

 

Lully : Ballet royal de la nuit, 1653
Correspondances
le 29 novembre 2015, 16h
Opéra royal

 

 

Gala Lully
Capella Mediterranea
Leonardo Garcia Alarcon
Le 1er décembre 2015
Galerie des glaces

 

 

Lully / Molière : Monsieur de Pourceaugnaclouis-XIV-celebrations-2015-tricentenaire-mort--451
Les Arts Florissants,William Christie
Clément Hervieu Léger, mise en scène
Les 7, 8, 9 et 10 janvier 2016
Opéra royal

 

 

Luigi Rossi : Orfeo
Pygmalion
Les 19 et 20 février 2016
Opéra royal

3 bals costumés en juin 2015

FĂŞtes Galantes
Soirée costumée dans les Appartements du Roi Soleil : musiques et divertissements au temps de Louis XIV
Faenza, Marco Horvat. L’Eventail. La Compagnie baroque.
Lundi 1er juin 2015 Ă  19h30
Petits et Grands appartements du Roi, chapelle royale, Galerie des glaces

Le Grand bal masqué de Kamel Ouali, le Roi Soleil
Samedi 27 juin 2015, 23h30
Jardins de l’Orangerie

Mon premier bal Ă  Versailles
Bal costumé de Kamel Ouali : pour les 6-12 ans
Dimanche 28 juin 2015, 15h
Orangerie

Toutes les infos, les modalités de réservations, les horaires et les lieux des concerts sur le boutonreservationsite de Château de Versailles Spectacles CVS

 

 

ENTRETIEN avec Miguel SERDOURA, luth, à propos du luth en France au XVIIème

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotENTRETIEN avec le luthiste Miguel SERDOURA, Ă  propos de son nouveau cd : ” Les Rois de Versailles “. En dĂ©diant son nouvel album aux Rois du luth Ă  Versailles, en particulier les compositeurs et luthistes sous Louis XIII et Louis XIV, Germain Pinel et Robert de VisĂ©e, Miguel Serdoura souligne l’âge d’or du luth au XVIIè en France : un instrument soliste qui incarne le goĂ»t, l’Ă©ducation, la perfection du style et des manières, reconnu et adoptĂ© alors par le Souverain, les Reines et leurs proches. Mais Miguel Serdoura fait plus aujourd’hui que dĂ©voiler l’art si difficile et virtuose, poĂ©tique et contemplatif d’un instrument lĂ©gendaire : le jeune luthiste, l’un des meilleurs Ă©lèves d’Hopkinson Smith, entend aussi grâce Ă  son propre projet restituer au luth, sa notoriĂ©tĂ© et la fascination qu’il exerçait au temps de sa gloire… L’artiste n’est pas qu’un subtil interprète, c’est dĂ©sormais un entrepreneur ambitieux porteur d’une nouvelle aventure pour le luth. Entretien exclusif avec Miguel Serdoura Ă  propos de son nouveau disque : ” Les Rois de Versailles “. nouveau cd Ă  paraĂ®tre le 1er dĂ©cembre 2014.

 

 

 

Pourquoi avez-vous choisi Germain Pinel et Robert De Visée ? Que nous apprennent-ils du goût de Louis XIII et quelle esthétique leur mise en regard, révèle-t-elle ?

yisrael-miguel-une-home-actualites-582-594Nous n’avons Ă  ce jour que très peu de disques de musique française concernant le luth baroque. Cela est dĂ» Ă  notre mĂ©connaissance de la vie des luthistes français du XVIIème siècle ainsi que du style de leur musique. Le choix de ses deux compositeurs est d’abord d’ordre musicologique et historique : il s’agit de replacer le luth Ă  la place qui a toujours Ă©tĂ© la sienne au XVIIème siècle en France : l’instrument des Rois et le roi des instruments.
Depuis son enfance Ă  Florence, Marie de MĂ©dicis jouait du luth. Devenue reine de France, elle veille constamment Ă  s’attacher le service des luthistes Ă  sa suite.  Jean HĂ©roard, le mĂ©decin chargĂ© de s’occuper de façon permanente du petit Louis, le futur Louis XIII, dès l’heure de sa naissance, nous rapporte de nombreuses anecdotes qui montrent l’importance de cet instrument dans la vie intime des rois de France. Ainsi, HĂ©roard raconte qu’un des premiers jouets du petit prince fut un luth. Il a trois ans en 1604. « Il demande son luth, le porte Ă  dix heures chez la Reine pour lui faire voir comme il en joue ». Un valet de chambre joueur de luth, Florent Hindret (ou Indret) fut, dès la première heure, chargĂ© de chanter et de jouer du luth pour endormir l’enfant-Roi. Deux ans plus tard, celui-ci « prend un grand luth, fait que Indret met ses doigts sur les touches et lui, il pince les cordes ».  Après que le jeune Louis XIII eĂ»t repris le pouvoir qu’accaparait sa mère, il fit chasser les courtisans et courtisanes espagnoles qui entouraient son Ă©pouse pour les remplacer par des Français. C’est Ennemond Gaultier qui fut alors choisi pour enseigner le luth Ă  la jeune reine Anne d’Autriche, qui, jusqu’ici ne jouait que de la guitare, instrument typiquement espagnol. Par sa grande maĂ®trise du luth, il fut alors très en vue Ă  la cour.

luth_1652Germain Pinel (c. 1600-1661) fut non seulement luthiste à la Cour de Louis XIII, mais il eut le privilège d’avoir été choisi pour enseigner le jeune Dauphin, futur Roi Soleil, de ses 9 ans à ses 18 ans. Pinel a ensuite travaillé, jusqu’a sa mort, à la Cour de Louis XIV, après la mort de Louis XIII.
Jusqu’au programme que j’ai choisi d’enregistrer pour ce disque, il n’existait que quelques enregistrements Ă©pars des Ĺ“uvres de Pinel. Comment est-il possible, que l’un des luthistes les plus essentiels du baroque français, celui qui a occupĂ© l’un des postes les plus importants Ă  la Cour des rois de France, ait pu ĂŞtre ainsi ignorĂ© de nos jours ? Après quelques semaines d’étude approfondie sur sa musique, la rĂ©ponse est devenue une Ă©vidence : Pinel n’est pas comme les autres, il est diffĂ©rent. Comprendre sa musique demande une immersion profonde dans son style, jusqu’ici ignorĂ© par la plupart des luthistes qui ne l’ont jamais jouĂ©. Sa musique ne ressemble en rien Ă  celle de ses contemporains (les Gaultier par exemple). Les 3 PrĂ©ludes non mesurĂ©s enregistrĂ©s dans mon disque en sont l’exemple le plus marquant. La musique de Germain Pinel est probablement la plus raffinĂ©e et la plus Ă©litiste de tout ce qui fut Ă©crit pour le luth baroque français. Chaque note n’a de sens que si elle s’impose après analyse globale du son et du style de la pièce. Je donnerai un exemple littĂ©raire moderne afin qu’on puisse mieux comprendre la complexitĂ© de cette musique: Pinel est Ă  la musique française pour luth baroque ce que Jorge Luis Borges est Ă  la littĂ©rature contemporaine : d’ une extrĂŞme sophistication, jouant d’une grande profusion de rĂ©fĂ©rences, affirmant un style inimitable et complexe. Les codes sont immenses, parfois confus, mais ils ont toujours un sens profond. Ainsi en est-il de la musique de Germain Pinel.
LUTH 1650Concernant Robert De VisĂ©e (c. 1665-1732/3), tout est bien plus prosaĂŻque : sa musique est d’une grande beautĂ©, très inspirĂ©e des plaisirs du Ballet qu’adorait alors Louis XIV. Musique directe, Ă©lĂ©gante ; c’est certainement beaucoup plus aisĂ© pour l’auditeur de la comprendre. Pour le luthiste, c’est une musique « facile » mais on peut tout autant s’en dĂ©lecter tellement elle est bien Ă©crite (nous n’avons qu’a Ă©couter les 2 Tombeaux enregistrĂ©s dans mon disque).
Pour résumer, les deux compositeurs résument le règne, le style, l’esprit de Louis XIII et de Louis XIV : le premier, Louis XIII, intime, très profond, spirituel, réservé et discret, très intériorisé, demeure modeste dans ses faits et gestes ; le second, Louis XIV, amoureux de lui-même, aimant les plaisirs faciles, est un mégalomane et un joueur de guitare. Louis XIII est Pinel, Louis XIV est De Visée. Et ils sont tous Les Rois de Versailles !

Quel instrument jouez vous ? Quels sont ses qualités propres ?

Depuis plusieurs années, je poursuis des recherches sur la lutherie, les différentes sortes de luths baroques (français, allemands, etc…), afin de m’approcher au plus près de ce qu’auraient pu faire les grands luthistes parisiens du XVIIème. Je suis moi-même Parisien, je me suis donc prêté au jeu en me plaçant dans leur peau. Je suis donc arrivé aux textes musicologiques qui nous expliquent que les luthistes français allaient à Bologne, en Italie, au début du XVIIème siècle, pour y acheter de vieux luths fabriqués par Laux Maler, celui que plus tard Ernst Gootlieb von Baron, grand compositeur et musicologue Allemand du XVIIIème siècle, présente comme le père de tous les luthiers. J’ai donc commandé 2 luths de Laux Maler à deux luthiers différents (il n’existent aujourd’hui dans le monde que 5 luths originaux de Laux Maler). Je joue sur ce disque un luth à 11 rangs de Laux Maler construit en 2012, à Princeton (États-Unis), signé Cezar Mateus, mon luthier de toujours et le seul qui arrive à transformer dans la matière, mon idéal esthétique sonore.

LUTH-home-dossiers-Jean-de-Reyn-luth-582-826-Lute-Player-about-1640La particularitĂ© des luths de Laux Maler est Ă©vidente, si on les compare aux autres luthiers : la caisse est très allongĂ©e (un peu comme une larme) ; surtout, le dos de la caisse est très plat, alors que tous les autres luthiers font des caisses plus profondes. Si les luthistes français prisaient tellement ses luths, au point de payer des fortunes (les italiens se plaignaient Ă  l’époque car ils soupçonnaient les acheteurs de spĂ©culer sur les prix des luths tellement ils les voulaient pour leur musique), c’est qu’ils goĂ»taient particulièrement leur grande clartĂ© de son laquelle Ă©tait due, selon moi, au fait que la caisse Ă©tait très aplatie. Une caisse moins profonde fait que le son sort de la caisse plus vite. La musique française est faite de subtilitĂ©, surtout de beaucoup d’agrĂ©ments. Il faut donc une grande clartĂ© et une grande rapiditĂ© d’exĂ©cution. La musique française pour luth baroque est, on le sait depuis de nombreuses annĂ©es, l’équivalent de la rhĂ©torique. Un discours capable de convaincre son auditeur n’est pas un discours prononcĂ© fort ni avec beaucoup de mots ; c’est un discours de clartĂ© et de prĂ©cision. VoilĂ  ce que j’essaie d’obtenir dans mes recherches organologiques, musicologiques et techniques. Mais il y a d’autres aspects comme le choix des bois (le meilleur Ă©tant toujours l’érable, comme cela nous est rapportĂ© dans des traitĂ©s comme le « The Burwell Lute Tutor » publiĂ© au XVIIème siècle ; la position du chevalet, etc…, Mary Burrell nous explique aussi que les français achetaient les luths anciens de Laux Maler non seulement pour les raisons dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©es mais aussi en raison du grand âge du bois de ses instruments.

 

 

 

Pourquoi jouer un luth est-il diffĂ©rent voire plus difficile que jouer le thĂ©orbe ou l’archiluth, ces derniers instruments Ă©tant plus frĂ©quents en concert aujourd’hui…?

En 1899, dans un article intitulĂ© « Notes sur l’histoire du luth en France », Marie Bobillier Ă©crit que ” les amateurs se lassaient des difficultĂ©s du luth; ils se portaient vers le thĂ©orbe [et/ou l’archiluth en Italie], le clavecin et la basse de viole “. DĂ©jĂ  en 1660, Nicolas Fleury publia une MĂ©thode pour apprendre facilement Ă  toucher du thĂ©orbe sur la basse continue. Ainsi en moins de 10 annĂ©es, des dizaines d’autres mĂ©thodes du mĂŞme genre, ont vu le jour, rĂ©pondant au nouveau goĂ»t, comme Ă  la vanitĂ© (paresseuse) des amateurs. La plupart, reculant devant des Ă©tudes sĂ©rieuses et profondes tenaient cependant Ă  paraĂ®tre habiles dans l’art de la musique; ils « renonçaient Ă  jouer seuls des pièces », comme le renard de la fable renonce aux raisins inaccessibles. « On leur demande, dit un auteur en 1701, pourquoi ils ont abandonnĂ© le luth, cet instrument si vantĂ© et si harmonieux, et qui dans trente ans ne sera plus connu que de nom: ils rĂ©pondent qu’il est trop difficile ».

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthLe thĂ©orbe et l’archiluth sont des instruments d’accompagnement (l’archiluth ne fut utilisĂ© que pour la musique Italienne, jamais pour la musique Anglaise, Française ou Allemande) ; ce ne sont pas des instruments de rĂ©pertoire soliste (malgrĂ© quelques Ĺ“uvres, rares, Ă©crites pour eux). Cela Ă©tĂ© vrai Ă  son Ă©poque, et cela reste vrai aujourd’hui. Techniquement, le thĂ©orbe et l’archiluth sont des instruments plus  accessibles car ils sont cordĂ©s aujourd’hui toujours avec des cordes simples, comme une guitare classique. A l’époque cela ne fĂ»t souvent pas le cas car on cordait ces instruments avec des doubles choeurs (parfois pas les basses, etc). Mais aujourd’hui personne ne le fait, justement pour rendre l’instrument encore plus simple et facile d’exĂ©cution. Le luth, lui, est cordĂ© toujours, Ă  l’époque, mais aussi aujourd’hui, avec des cordes doubles. C’est justement lĂ  qui dĂ©coule toute la beautĂ© et le raffinement de ses instruments. Aussi, et comme dans tout domaine de la musique classique, la musique de chambre est en gĂ©nĂ©ral moins exigeante que la musique soliste (sauf rares exceptions oĂą le compositeur Ă©crit une partie obligato). La basse continue l’est encore moins (du point de vue technique et de l’interprĂ©tation) puisque il ne s’agit que de rĂ©aliser des accords, ou de jouer une simple ligne de basse pour soutenir un chanteur ou un violoniste. Dans un orchestre, on constate que le thĂ©orbe ou l’archiluth ne servent aujourd’hui pas Ă  grande chose puisqu’on ne les entend jamais (orchestres trop bruyants, salles trop grandes, effectifs trop petits, souvent 1 seul joueur de thĂ©orbe ou d’archiluth…). A l’époque, on faisait appel Ă  plusieurs thĂ©orbes, archiluths ou autres guitares baroques pour rĂ©soudre le problème. Mais cela ne se fait presque plus du tout aujourd’hui (la faute en incombe aux organisateurs de concerts et aux chefs d’orchestre qui prĂ©fèrent sacrifier deux ou trois luthistes et en garder un seul pour l’esthĂ©tique visuelle, au nom des contraintes financières)… La basse continue permet donc aux continuistes joueurs de thĂ©orbe, archiluth et guitare baroque, de se fondre dans toute sorte d’ensemble, et il y a une demande croissante (ce qui est très positif). Comme les organisateurs sont souvent plus enclins Ă  la musique d’ensemble, car cela attire l’oeil et les masses, il est naturel de voir beaucoup de concerts de basse continue, et rarement de concerts avec des solistes (en ce qui concerne le luth).

Le luth solo (prĂ©cision qu’il y a plus de rĂ©pertoire Ă©crit pour le luth solo que pour tout autre instrument… avant le piano moderne) demande non seulement une grande exigence technique et musicale de la part de l’interprète (nous parlons d’un instrument qui est probablement le plus dĂ©licat, fragile et raffinĂ© de tous les instruments du monde occidental) mais il rĂ©clame aussi une toute autre attention de la part de l’auditeur. Lors d’un rĂ©cital de luth, il n’est pas rare de vivre de vrais moments de mĂ©ditation et de pure contemplation. C’est la force du luth et de sa musique : conduire l’auditeur dans une expĂ©rience très personnelle et intime avec le son et avec soi-mĂŞme. Aucun autre instrument Ă  ma connaissance a cette capacitĂ©. A ce propos, le traitĂ© du XVIIème siècle de Mary Burwall dit « De tous les arts que je connaisse, aucun n’engage plus l’inclination des hommes que le luth, pour rĂ©jouir l’âme par l’ouĂŻe et la vue d’une part et par la rapiditĂ© et l’habiletĂ© de tous les doigts, d’autre part ». On y lit encore : « en effet, il semble que le luth ait Ă©tĂ© uniquement inventĂ© pour l’âme, parce que l’âme se rassasie et se fatigue rapidement de tout, sauf du luth. Et si l’on observe tous les mĂ©tiers et artisanats du monde, on n’en trouve aucun oĂą tous les doigts des deux mains soient autant nĂ©cessaires qu’au luth».

 

 

 

Comment expliquez-vous le peu d’intĂ©rĂŞt actuel pour le luth ? Ni festivals, ni concerts, ni organisateurs de rĂ©citals ne prennent le risque de programmer les luthistes solistes ? Est-ce liĂ© au volume sonore de l’instrument, taillĂ© pour de petits cercles d’auditeurs Ă  une Ă©poque on l’on recherche surtout Ă  remplir des salles de plus en plus grandes ?

luth portrait luthiste 1661Plusieurs aspects sont Ă  prendre en compte : la pratique du luth est encore peu gĂ©nĂ©ralisĂ©e car ceux qui dĂ©sirent en jouer ont encore Ă©normĂ©ment de difficultĂ© Ă  se procurer des instruments bon marchĂ© et de bonne qualitĂ©, … sans compter qu’il leur faut attendre 2 ou 3 ans pour qu’un luthier leur en construise un. Comment ouvrir de nouvelles classes, dès le plus jeune âge, si vous n’avez pas d’instruments de qualitĂ©, disponibles Ă  l’achat ou Ă  la location ? Aussi, il n’y a que très peu d’éditeurs qui commercialisent les partitions pour le luth (tout est encore dans les bibliothèques, en version facsimilĂ©, … et de surcroĂ®t rempli d’erreurs).
On peut ajouter à cela, le fait que beaucoup de programmateurs de concerts aujourd’hui, et les petits labels indépendants, ne font plus vraiment de direction artistique mais du commerce (sans grand succès, d’ailleurs) et forcent le public à écouter toujours les mêmes oeuvres de Vivaldi ou de Bach.

L’argument des organisateurs sur l’aspect intime du luth et de son volume moindre, Ă©tant associĂ© Ă  la non programmation des rĂ©citals de luth ou de petits ensembles autour du luth, montre non seulement un grand manque de culture mais aussi un manque de vision d’un monde musical plus riche culturellement que celui qui consiste Ă  faire du bruit et Ă  parler plus fort que son voisin. Le silence est le signe de l’éducation, du raffinement et d’une recherche spirituelle. Le luth est l’un des rares instruments de musique du monde occidental capable de rĂ©pondre aux grands chantiers de l’âme, et nous devons tout faire pour partager cette beautĂ© avec le plus grand nombre. D’ailleurs, Je travaille sur un très grand projet (en France et aux Etats-Unis), avec des dizaines de musiciens mais aussi des chefs d’entreprise, originaires du monde entier : ce projet sera rendu public dans deux ou trois mois ; il va bouleverser la rĂ©alitĂ© du Luth, des guitares anciennes et des mandolines anciennes aujourd’hui, je le souhaite, d’une façon dĂ©cisive. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

Au XVIIème, comment expliquez-vous la faveur pour le luth ? Comment ce manifeste cette faveur et ce goût spécifique ?

cd miguel yisrael luth les rois de VersaillesEn France, en dehors du cercle intime de la famille royale, le luth Ă©tait fortement prisĂ© par l’aristocratie, par les lettrĂ©s mais aussi par la bourgeoisie aisĂ©e. Les puissants du royaume entretenaient toujours un joueur de luth dans leur grande ou petite cour. Jouer du luth Ă©tait un gage de rĂ©ussite auprès des grands de ce monde. Ă€ la toute fin du XIXe siècle, Marie Bobillier rapporte que « C’est pour se distinguer d’une façon quelconque que le comte de Fiesque entreprend, malgrĂ© d’assez mĂ©diocres dispositions musicales, l’étude du chant et du thĂ©orbe qui lui coĂ»tent des peines infinies ; c’est pour flatter Anne d’Autriche que tous les gens de cour, Ă  commencer par le plus puissant du royaume, le cardinal de Richelieu, veulent jouer du luth ».  Elle nous dit encore que les « femmes, en particulier, se piquent toutes de connaĂ®tre la tablature, de toucher l’instrument en vogue, ou tout au moins de le chĂ©rir et de l’admirer ». C’est dans les salons parisiens tenus par des femmes de la bonne sociĂ©tĂ©, comme Mme de Rambouillet, Mlle de ScudĂ©ry, Mme de la Sablière ou la belle Mme Scarron – une trentaine d’annĂ©es plus tard, elle Ă©pousera secrètement Louis XIV et deviendra Mme de Maintenon – qu’Ă©clĂ´t la prĂ©ciositĂ©. Recherchant un raffinement extrĂŞme du comportement, des idĂ©es et du langage, les PrĂ©cieuses affectionnaient la subtilitĂ© de la pensĂ©e, les jeux de l’esprit, les discours sur l’amour. Ces salons mondains furent aussi musicaux, et, comme dans les cours de Marie de MĂ©dicis et d’Anne d’Autriche, le dĂ©sir de s’élever au-dessus du commun passa par le jeu du luth et la maĂ®trise de sa technique. Les dispositions de Ninon de L’enclos, encore enfant, lui permirent d’acquĂ©rir une grande renommĂ©e, et Mademoiselle Paulet s’y distingua par son chant qu’elle accompagnait de son luth. Charles Mouton, dont les compositions marquent peut-ĂŞtre l’apogĂ©e du luth Français, Ă©tait lui aussi, frĂ©quemment invitĂ© Ă  les jouer chez les Scarron.

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIILe luth Ă©tait aussi l’instrument de prĂ©dilection d’un « honnĂŞte homme ». L’honnĂŞte homme est un modèle d’humanitĂ© qui est apparu au XVIIe siècle sous la plume des moralistes et des Ă©crivains de l’époque. L’honnĂŞte homme est un ĂŞtre de contrastes et d’équilibre. Il incarne une tension qui rĂ©sulte de cette recherche d’équilibre entre le corps et l’âme, entre les exigences de la vie et celles de la pensĂ©e, entre les vertus profanes (plus proche des mondanitĂ©s des PrĂ©cieuses) et les vertus spirituelles. L’honnĂŞte homme, dans cette adaptation continuelle, doit avoir la nature pour guide. Tout son comportement rĂ©pond Ă  cet impĂ©ratif fondamental. Il proscrit l’affectation, ne cherche pas Ă  paraĂ®tre ce qu’il n’est pas, s’efforce d’être simple, refuse l’exagĂ©ration, dĂ©fend les positions du juste milieu. La conception que l’honnĂŞte homme a du savoir est une consĂ©quence directe du rĂ´le qui est le sien. La diversitĂ© des milieux qu’il frĂ©quente l’oblige Ă  dominer un vaste champ de connaissances. Il possède des lumières sur tous les sujets. La modĂ©ration du volume du luth mais aussi l’incroyable versatilitĂ© dans le discours musical possible avec cet instrument nous fait comprendre maintenant pourquoi il fĂ»t si apprĂ©ciĂ© et respectĂ© au XVIIème siècle en France, mais aussi partout en Europe.

 

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

approfondir

LIRE notre présentation du cd Les Rois de Versailles par Miguel Serdoura, luth.

LIRE notre dossier L’histoire du luth en France au XVIIème : un âge d’or de la perfection musicale

 

READ our interview with Miguel Serdoura lutenist about his new cd : The Kings of Versailles / Les Rois de Versailles (english version)

 

 

 

Dossier. Le luth en France au XVIIème

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIIVersailles avant Versailles : la retraite de Louis le juste…  A l’occasion de la sortie de son dernier cd (intitulĂ© « les rois de Versailles »), le luthiste Miguel Yisrael, Ă©lève virtuose d’Hopi (Hopkinson Smith) dĂ©die son nouveau programme aux maĂ®tres du luth Ă  l’époque de Louis XIII et de Louis XIV, Germain Pinel et Robert de VisĂ©e. Outre la rĂ©surrection de Suites inĂ©dites, l’instrumentiste ajoute aussi un Ă©clairage singulier et d’autant plus saisissant sur l’époque oĂą le luth fut estimĂ© tel le roi des instruments, ou l’instrument des rois, rĂ©servĂ© Ă  l’intimitĂ© de la Couronne, celle du Roi Ă©videmment et de ses proches (famille, ministres, favoris…)… Dans cette Ă©vocation spĂ©cifique, le luth, Versailles composent une Ă©quation emblĂ©matique du goĂ»t de Louis XIII, souverain raffinĂ© et solitaire, dont la faveur pour la musique fut aussi importante que celle de son fils, et davantage encore tournĂ© vers le raffinement tendre et noble, portĂ© par la maĂ®trise du luth… C’est Henri IV qui fait aimer Versailles au jeune dauphin, futur Louis XIII : Ă  6 ans, le garçon accomplit sa première chasse : le souvenir en sera indĂ©lĂ©bile. Versailles sera son domaine privĂ©, intime mĂŞme : inaccessible Ă  sa mère, Ă  son Ă©pouse. Ainsi le pavillon de chasse qu’il Ă©difie en 1623. Auquel succède en 1631, le château brique et pierre qui est le cĹ“ur du palais de son fils Louis XIV. Mais quel est donc le secret de Versailles ? Contre toute attente et Ă  rebours des cĂ©lĂ©brations fastueuses qui ont cours Ă  prĂ©sent, l’idĂ©e d’un temple de l’intimitĂ©, du repli entre hommes, est le vrai message de ce disque enchanteur et totalement visionnaire. Outre le rĂ©pertoire dĂ©fendu, qui se soucie du luth aujourd’hui ? Louis XIII de son vivant le considĂ©rait comme le lieu de sa retraite, oĂą ni Marie de MĂ©dicis ni Anne d’Autriche, la mère et l’épouse, ne furent acceptĂ©es pour y coucher. Emblème de son tempĂ©rament solitaire voire saturnien, le luth retient l’intĂ©rĂŞt du roi, incarne mĂŞme au plus près son goĂ»t le plus personnel. Excellent luthiste, offrant pour ses intimes des concerts privĂ©s, Louis XIII n’autorisait pas les femmes, trop bavardes, trop inattentives… il y invite d’excellents joueurs de luths tels M. de Mortemar et M. de Schomberg.

 

Louis XIIIVersailles avant Louis XIV : le goĂ»t de Louis XIII Souvent malade, Louis XIII avoue sa rĂ©signation et son usure dans l’exercice du pouvoir : il appelle de ses voeux l’aptitude de son jeune fils Ă  lui succĂ©der au plus vite, afin de retrouver son cher Versailles, retraite espĂ©rĂ©e, attendue, chère Ă  son coeur pour le repos de son esprit, pour l’Ă©quilibre et la santĂ© de son corps Ă©prouvĂ© : «  … et je me retirerai Ă  Versailles avec quatre de vos Pères, pour m’entretenir avec eux des choses divines et pour ne plus penser de tout qu’aux affaires de mon âme et de mon salut ». Louis XIII n’eut-il comme baume au coeur que son cher luth ?  Le roi des instrument règne de facto Ă  la cour de France dès Henri IV. Le mĂ©decin chargĂ© de la santĂ© du jeune Louis XIII prĂ©cise la place de l’instrument auprès du souverain : premier « jouet » qui lui est offert (en 1604, pour ses 3 ans!), le luth est le centre de toutes les attentions. Le petit Louis qui s’endort aux sons de la voix de son valet Florent Hindret qui joue du luth Ă©videmment pour s’accompagner, montre Ă  sa mère la Reine rĂ©gente l’avancement de ses progrès. Marie de MĂ©dicis, joueuse de luth elle aussi, embauche Robert Ballard, son maĂ®tre en la matière. A ce dernier se joint le père de Ninon de l’Enclos, Henri de L’Enclos, autre professeur de luth pour la Reine mère. Nombre de musiciens compositeurs tous joueurs de luth assurent le fonds sonore de l’éducation du prince, futur Louis XIII. Ainsi, Jean Mesnager et RenĂ© Saman comme Gaultier de Lyon (dit aussi le vieux Gaultier ) paraissent dans les tĂ©moignages de l’époque.

 

 

 

 

Le luth à la cour de France…

luth_1652En 1615, Louis XIII épouse l’espagnole Anne d’Autriche : les deux ados âgés de 14 ans pendant leur nuit de noces, se manquent, ratent une union pourtant espérée. Le roi délaisse vite son épouse et préfère de toute évidence la compagnie virile. Anne d’Autriche prolonge en France, au cours de ses déplacements du Louvre à Fontainebleau ou au Château de Saint-Germain-en-Laye, les us de la cour ibérique où règnent les guitaristes.  A la mort de Louis XIII (1643), le dauphin futur Louis XIV n’a que 4 ans : à 8 ans, miraculé à la suite d’une variole aiguë, le jeune Louis reçoit ses premières leçons de… luth grâces aux soins de Germain Pinel. Le musicien enseignera ainsi au souverain jusqu’à ses 18 ans.  10 années d’un apprentissage fastidieux et formateur. Ce lien qui le rattache au souvenir de son père, se concrétise aussi pour l’amour de Versailles dont il fera sa résidence royale et le palais le plus fastueux de l’Europe baroque.

Pour parfaire l’éducation et les qualités de la reine Anne d’Autriche (qui ne jouait que la guitare), Ennemond Gaultier est nommé pour lui enseigner le luth. Puis les Bataille, Gabriel père et fils, sont maîtres de musique auprès de la Reine Anne d’Autriche quand le jeune luthiste Pierre de Nyert, remarqué par Louis XIII, devient son valet de la garde robe, puis celui qui lui chanta au luth des motets de dévotion sur son lit de mort.

 

luth_1653Le luth, instrument aristocratique. Miroir des coutumes royales, les cercles aristocratiques adoptent tout autant le luth dont la maĂ®trise est l’insigne d’une haute Ă©ducation et d’un raffinement prestigieux. LettrĂ©s, intellectuels, bourgeois aisĂ©s partagent cette affection qui flattent leur statut et renforce leur dignitĂ© : Richelieu comme Louis XIII se dĂ©lasse en Ă©coutant son musicien favori, Michel Lambert, chanter des mĂ©lodies de sa composition en s’accompagnant au luth. Dans les salons parisiens, Mme de Rambouillet, Mlle de ScudĂ©ry, Mme de la Sablière ou la belle Mme Scarron – futur Madame de Maintenon, seconde Ă©pouse de Louis XIV-, cultivent elles aussi le goĂ»t du luth. Les PrĂ©cieuses – Ă©pinglĂ©es dans leurs travers par Molière entre autres, favorisent jeux et joutes poĂ©tiques, divertissements musicaux oĂą poĂ©sie et luth sont Ă©troitement associĂ©s. Ninon de L’enclos et Mademoiselle Paulet gagnent une notoriĂ©tĂ© enviable. Charles Mouton, compositeur Ă  la mode, assure l’Ă©clat des soirĂ©es chez les Scarron.

Le luth s’impose comme instrument soliste, dévoilant son éloquence secrète et fascinante dans une série de Suite de danses qui lui sont spécifiquement réservées.  C’est Germain PInel qui écrit alors les Suites les plus abouties, d’une rêveuse austérité. A l’époque, le modèle le plus estimé vient de Bologne et porte la signature du luthier Laux Maler (c’est un fac similé de ce type que joue aujourd’hui Miguel Yisrael).

 

1730, la fin du luth en France… RĂ©servĂ© Ă  la dĂ©lectation intime, dans le cercle restreint de quelques initiĂ©s et amateurs, le luth, roi des instruments et instrument des rois, perd peu Ă  peu son prestige et son rayonnement Ă  mesure que l’essor des concerts, et la reprĂ©sentation théâtralisĂ©e fixĂ©e par Lousi XIV Ă  Versailles, se dĂ©ploient. Emblème de l’intimitĂ©, le luth ne se prĂŞte guère Ă  la dĂ©monstration fastueuse et spectaculaire du pouvoir tel qu’il s’est dĂ©veloppĂ© dans le Versailles du Roi-Soleil (mĂŞme si ce dernier continue de le goĂ»ter dans l’intimitĂ© rĂ©servĂ©e de ses salons privĂ©s – certes le Roi-Soleil prĂ©fĂ©rera ensuite la guitare).

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthDe fait, l’instrument polyphonique se retire peu à peu à mesure que l’orchestre et l’opéra de Lully s’imposent sur la scène lyrique et officielle.  A mesure aussi que le clavecin, autre instrument à cordes pincées se distingue alors dans le goût des nouvelles classes dirigeantes, suivant le modèle de Versailles.  A l’époque de Louis XIII, la musique est un exercice privé ; avec Louis XIV, elle est l’élément central de la propagande royale. Quand Rameau s’affirme à l’opéra avec son premier opus Hippolyte et Aricie (1733) au début des années 1730, le luth est devenu hors d’âge, un art du passé. Son jeu se perpétua cependant grâce aux Huguenots français qui l’avait cultivé ; contraint à l’exil dans les pays germaniques du nord, ils développèrent bientôt une école particulière que l’Autriche sut aussi féconder jusqu’au plein XVIIIème : c’est le sujet du cd  « Austria, 1676 », publié par Miguel Yisrael en 2012 qui y révélait ainsi une prodigieuse école du luth autrichienne, dont les compositeurs sont Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1754), Johann Georg Weichenberger (1676-1740).

CD. Les Rois de Versailles. Miguel Yisrael, luth baroque. Robert de Visée, Germain Pinel  (1 cd Brilliants classics). Parution : décembre 2014

lluth XVII 582 les cinq sens Abraham-Bosse-The-Five-Senses-Hearing

 

Abraham Bosse : allĂ©gorie des 5 sens : l’ouĂŻe (DR)

Le luth au XVIIème : Roi des instruments, instrument des Rois

 

Portrait d’un luthiste français par Jean de Reyn, vers 1640

 

 

 

Approfondir

 

LIRE notre critique du cd Austria 1676 par Miguel Yisrael

LIRE notre entretien avec Miguel Yisrael Ă  propos du cd Austria 1676

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael à propos du luth baroque réalisé en 2010

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael Ă  propos du luth baroque en France au XVIIème, Ă  l’occasion de la parution du cd Les Rois de Versailles (dĂ©cembre 2014), rĂ©alisĂ© en novembre 2014

 

 

 

Les Arts Florissants, William Christie : airs sĂ©rieux… Lambert, d’Ambruys

Christie William portrait 290Airs sĂ©rieux. Les Arts Flo,William Christie : les 12,14,16,19,20 dĂ©cembre 2013. TournĂ©e Ă©vĂ©nement. MĂŞme si la Cour Ă  Versailles semble aspirer tous les fastes musicaux, les plus spectaculaires comme les plus raffinĂ©s, la musique des alcĂ´ves et des salons n’a jamais cessĂ© de se dĂ©velopper en parallèle tout au long du XVIIème. L’art de la conversation musicale s’est naturellement affirmĂ© grâce très vite Ă  l’accord des textes poĂ©tiques et de la musique. Cet art du premier baroque, favorisant intimisme et confession, qui rivalise en ciselure du verbe et en images musicales avec ce que fut le madrigal italien avant la naissance de l’opĂ©ra montĂ©verdien, constitue une singularitĂ© française qui explique dans les dĂ©cennies qui suivirent la primautĂ© linguistique qui prĂ©vaut encore chez Rameau Ă  la fin du XVIIIème siècle.

 

Airs sérieux et à boire

mélodies baroques françaises

 

 

Lambert, D’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Les Arts Florissants
William Christie
, direction

LibĂ©rĂ©s des contraintes de l’Ă©tiquette, les nobles et amateurs lettrĂ©s se retrouvent dans la dĂ©lectation d’une discipline très Ă©laborĂ©e, expression d’une haute Ă©ducation, d’un esprit cultivĂ©, d’un besoin de mondanitĂ© choisie. Ainsi, la biensĂ©ance et la galanterie règnent dans les cercles de Mme de Rambouillet, Melle de ScudĂ©ry, de la comtesse de la Suze : chacune s’ingĂ©nie Ă  varier les plaisirs offerts Ă  leurs invitĂ©s. L’air de cour  y tient une place privilĂ©giĂ©e : miniature poĂ©tique chantĂ©e Ă  voix seule, en duos, trios, accompagnĂ©es du luth ou de tout autre instrument chambriste (clavecin, thĂ©orbe, viole…), la pratique est aisĂ©e.

 

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Lambert, poète de l’amour…

Intimisme amoureux Ă  l’OpĂ©ra royal

 

A partir de 1650, l’air sĂ©rieux supplante l’air de cour : en une ou deux strophes, pour voix et luth, ou thĂ©orbe, clavecin, viole, l’air sĂ©rieux chante les vertiges, dĂ©lices et souffrances qu’inflige amour. Exactement comme la poĂ©sie galante Ă  la mĂŞme pĂ©riode.  A l’opposĂ© de l’Ă©chelle expressive, il trouve son corollaire dans l’air Ă  boire, plus familier, burlesque, et tout autant dĂ©lirant, rĂ©clamant les mĂŞmes effectifs.  L’engouement pour le genre est tel que tous les poètes de l’heure veillent Ă  Ă©crire un sizain, ou un quatrain de chanson, apte Ă  ĂŞtre mis en musique.

Le Mercure Galant dès 1674 publie nombre d’airs sĂ©rieux et Ă  boire, diffusant les noms et les manières de compositeurs devenus cĂ©lèbres : Michel Lambert (1610-1696) qui fut maĂ®tre de la musique de la chambre du Roi Ă  partir de 1660, SĂ©bastien Le Camus, BĂ©nigne de Bacilly, Marc-Antoine Charpentier, Joseph Chabanceau de La Barre, HonorĂ© d’Ambruys

MĂŞme codifiĂ©, l’art de l’air français laisse Ă  l’interprète contemporain une grande libertĂ© interprĂ©tative, Ă  la fois dans le choix des cadences, de la restitution du continuo, de la rĂ©alisation des ornements, dans l’art tĂ©nu et si subtil d’une dĂ©clamation claire et puissante, flexible et vivante…

 

 

Bill, interprète des bois enchantés

 


Bouys_musiciens_louis_XIV_Reunion_de_musiciens_Bouys-1Le concert des Arts Florissants suit la sélection opérée par William Christie
Ă  partir du recueil d’airs, publiĂ© par  Michel Lambert chez Ballard en 1689. Ainsi s’impose aujourd’hui Ă  nous, le chant ” Ă  la lamberte “, saisissant par son sens de la prononciation, de la dĂ©clamation, de l’expression et donc de l’improvisation… autant de qualitĂ©s qui s’exposent plus particulièrement dans les doubles  (reprises de la première strophe oĂą la virtuositĂ© et la fantaisie du chanteur sont sollicitĂ©es… et attendues).
Langueur et pleurs, prière et invocation souvent douloureuse … : Amour ici affecte, inflige, blesse … les vertiges du sentiments inspirent en particulier les poètes Quinault, de la Sablière, Lauvergne, Bouchardeau… surtout La Fontaine, poète de Vaux le Vicomte dont le fameux poème des Amours de PsychĂ© et Cupidon (air ” Tout l’univers obĂ©it Ă  l’amour …”)… Lambert imagine les musiques enchanteresses (amoureuses ?) que Cupidon en son palais, destine Ă  sa future maĂ®tresse PsychĂ© : sonoritĂ©s exquises et suspendues (voix et luths) enivrant les cĹ“urs envoĂ»tĂ©s. Le compositeur exprime l’ivresse des sens qui emporte le coeur de la belle PsychĂ© (comme si OrphĂ©e et Amphion les eussent conduits eux-mĂŞmes, est-il prĂ©cisĂ© par le poète enchanteur).
Aux cĂ´tĂ©s entre autres de Lambert, se distingue l’Ă©criture de son Ă©lève HonorĂ© d’Ambruys, cĂ©lèbre lui aussi pour son Livre d’airs (dĂ©diĂ© Ă  son maĂ®tre et datĂ© de 1685). Sur le poème de la Comtesse de La Suze, Le doux silence de nos bois, d’Ambruys imagine l’une des plus Ă©mouvantes illustrations des vanitĂ©s amoureuses, invitation troublante Ă  jouir de l’instant prĂ©sent, Ă  cueillir la rose Ă  son apogĂ©e, printemps Ă  la fois rĂŞvĂ©, arcadien mais unique et bientĂ´t lointain…
Peut-on imaginer interprètes plus inspirĂ©s pour chanter la nature enchantĂ©e, celle des bergers amoureux que ” Bill ” et ses musiciens, lui-mĂŞme crĂ©ateur Ă  ThirĂ© (VendĂ©e) de l’un des festivals les plus envoĂ»tants qui soient, entre nature et musique, poĂ©sie et jardins, chant et concerts… Une Arcadie recomposĂ©e enfin accessible grâce Ă  l’oeuvre et la volontĂ© du plus grand chef actuel, dĂ©fenseur depuis ses dĂ©buts de la magie comme de l’enchantement baroque.

Airs sérieux et à boire
Lambert, d’Ambruys
Quinault, Lafontaine

Tournée événement en 5 dates

Arles, le 12 décembre 2013, 20h30
Chapelle Saint-Martin du MĂ©jan

 

Caen, le 14 décembre, 20h
Auditorium du Conservatoire CRR
programmation du théâtre de Caen hors les murs

Versailles, le 16 décembre, 20h
Opéra royal

Londres, le 19 décembre, 19h30
Wigmore Hall

Paris, le 20 décembre, 20h
Cité de la musique
Enregistré par France Musique

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Illustrations : William Christie, Michel Lambert (DR) – peintures : AllĂ©gorie des arts sous le règne de Louis XIV, RĂ©union de musiciens par Antoine Bouys, vers 1700, Musiciens en concert par François Puget vers 1688 (DR)

Un lieu, un musicien : Lully Ă  Versailles (II)

Un lieu, un musicien : Lully Ă  Versailles (II)

 

 

Lully Ă  la cour de Louis XIV

 

Lully_versailles_portraitSeconde habiletĂ© du Florentin en France : Lully ” le Français” dĂ©sormais, favorise le retour de Cavalli, l’Italien, Ă  Venise. L’opĂ©ra de ce dernier, Ercole Amante, spectaculaire et poĂ©tique, jouĂ© le 7 fĂ©vrier 1662 devant la Cour est … un Ă©chec. Les six heures de musique et de chant italien oĂą sont intercalĂ©s les ballets de Lully, pâtissent des machineries trop bruyantes. Mais les ballets sĂ©duisent. Cavalli quitte donc Paris. Lully triomphe.
Son succès suscite la jalousie des Ă©crivains et des hommes de théâtre. La Fontaine, Boileau, Bossuet sont irritĂ©s par ce jeune ambitieux opportuniste que l’amitiĂ© du Roi protège. L’affection du Souverain va grandissante. Les tragĂ©dies lyriques de Lully lui vaudront mĂŞme l’obtention de ses lettres de noblesse et son titre de conseiller-secrĂ©taire du Roi en 1680. La position que lui permet le Souverain, vĂ©ritable roi artiste et esthète protecteur des arts, inaugure un statut inconnu avant lui. Elle tĂ©moigne de la reconnaissance d’un musicien dans son temps.

 

 

Un lieu, un musicien

 

Si Louis XIV a crĂ©Ă© Versailles sur le thème des plaisirs, la Cour ne dispose pas d’une salle de théâtre digne de son Ă©clat. De plus, la crĂ©ation d’un opĂ©ra français est tardive dans le siècle. La première tragĂ©die lyrique de Lully voit le jour en 1673 (Cadmus et Hermione) quand l’opĂ©ra vĂ©nitien a inaugurĂ© son théâtre public payant depuis… 1637.
En France, les autres arts bĂ©nĂ©ficient de structures dĂ©jĂ  anciennes. Richelieu a crĂ©Ă© l’AcadĂ©mie française de peinture en 1648. Il faut attendre 1669 pour que naisse une AcadĂ©mie de musique. L’Ă©cole de peinture est florissante dès le règne de Louis XIII. Sous l’impulsion de Mazarin, de nombreuses sensibilitĂ©s talentueuses attestent de la diversitĂ© de la maturitĂ© française : Jacques Stella, Laurent de la Hyre, Lubin Baugin, Eustache Lesueur, SĂ©bastien Bourdon… autant d’atticistes parisiens qui Ă  l’Ă©gal des maĂ®tres italiens, renouent avec un sens de l’Ă©quilibre nĂ©ogrec. Le cas de la musique est tout Ă  fait diffĂ©rent.

louis_XIV_alexandre_Versailles_baroque_musiqueL’Italie – berceau des arts depuis l’AntiquitĂ© romaine, statut renforcĂ© pendant la Renaissance -, a fĂ©condĂ© la France du Grand Siècle. Dans le cas du théâtre lyrique, avant la naissance et l’Ă©closion d’un style original, un temps d’apprentissage et d’assimilation est nĂ©cessaire. La musique s’impose peu Ă  peu grâce au ballet de cour. Sur la danse puis la comĂ©die, elle Ă©tend son empire et deviendra tragĂ©die (sur le modèle lĂ  encore des grecs antiques).  Lully de naissance italienne, rĂ©alise le projet d’un opĂ©ra français.
A Versailles, la difficultĂ© de construite un théâtre d’opĂ©ra est l’Ă©cho de ce constat. Si les fondations d’une salle de ballets et d’opĂ©ras sont amorcĂ©s dès 1688, Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’aile nord, les guerres et les difficultĂ©s de la fin du règne font avorter les plans. Les conditions du spectacle Ă  Versailles sont particulières. Quand les reprĂ©sentations n’investissent pas Ă  la belle saison, les sites de plein air, les façades du château ou le cadre des jardins-, le Roi s’accommode d’un ” modeste ” petit théâtre ou salle des comĂ©dies.
Versailles est d’abord le lieu de sĂ©jours de plus en plus frĂ©quents et enchanteurs du jeune souverain. Dès octobre 1663, Louis et sa suite s’installent au château pour y chasser. La troupe de Molière donne ses pièces, le Prince jaloux, l’Ă©cole des Maris, les Fâcheux, l’Impromptu de Versailles, et aussi Sertorius de Corneille. C’est un lieu de villĂ©giature, cynĂ©gĂ©tique et théâtral oĂą la musique n’a pas encore sa place. Il abrite les amours royales, celles du jeune Roi et de Mademoiselle de la Vallière.

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Louis XIV jeune monarque conquérant par Nanteuil (DR)

Lully et Molière

 

lully_gravure_450De 1662 Ă  1663, les ailes des Communs (Ă©curies et cuisines) sont rebâties. une première orangerie, l’amorce du dessin des jardins, Ă©laborĂ©s par AndrĂ© Le NĂ´tre, occupent les Ă©quipes d’ouvriers. Versailles est un chantier Ă©tendu aux transformations continuelles. Lully et Molière qui se sont rencontrĂ©s dès 1661, pour la comĂ©dies Les Fâcheux, reprĂ©sentĂ© Ă  Vaux, commencent une collaboration fructueuse. Pour  ” Les Plaisirs de l’ĂŽle EnchantĂ©e “, premier grand divertissement de Versailles, donnĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 1664, ils rĂ©alisent Le mariage forcĂ© et La Princesse d’Élide. ” Les deux Baptistes ” font danser, rire et rĂŞver la Cour de France. Tout Ĺ“uvre Ă  faire du parc, un lieu propice Ă  l’amour et Ă  la fĂŞte, dont le sujet s’adresse secrètement Ă  l’aimĂ©e, Mademoiselle de La Vallière, celle qui, l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente avait inspirĂ© au roi, sa première escapade versaillaise. La magie de l’amour règne alors.
Carlo Vigarani Ă©labore les dĂ©cors de ce superbe ” opĂ©ra chevaleresque ” oĂą Roger et les chevaliers sont prisonniers des enchantements de la belle Alcine.  DĂ©sormais Molière et Lully conçoivent les divertissements royaux. En 1665, c’est L’Amour MĂ©decin. Parallèlement, Lully produit l’ensemble des ballets du Roi auxquels participent Beauchamps pour la chorĂ©graphie et Vigarani pour dĂ©cors et machineries : ballet de la naissance de VĂ©nus (janvier 1665, Palais Royal), Ballet de CrĂ©quy ou le triomphe de Bacchus aux Indes (janvier 1666). Après le deuil de la Cour qui suit la mort d’Anne d’Autriche, Lully crĂ©e Ă  Saint-Germain, le Ballets des muses, mi-ballet, mi-comĂ©die-ballet, oĂą s’intègre une pastorale comique, nouveau genre inaugurĂ© en 1654 par de Beys et La Guerre.

1668 indique la deuxième tranche des grands travaux Ă  Versailles. Le corps central se pare d’une enveloppe de pierre : c’est le château neuf.  Versailles terrasse jardinsLa façade sur les jardins dĂ©ploie Ă©lĂ©gance et unitĂ© minĂ©rale, selon le dessein de Le Vau : trois Ă©tages rythment l’Ă©lĂ©vation, un rez de chaussĂ©e Ă  bossages, aux lignes horizontales marquĂ©es, un Ă©tage noble haut sous plafond rĂ©servĂ© aux Grands Appartements, celui du Roi (au nord) et de la Reine (au sud cĂ´tĂ© orangerie), enfin un attique ou dernier Ă©tage dont la balustrade dissimule les toitures, selon le modèle antique. Une large terrasse dont le vide central engendre ombre et lumière, s’inspire de l’architecture baroque romaine, celle des palais princiers. Versailles vit toujours Ă  l’heure italienne.

 

Suite du dossier Lully Ă  Versailles, III : l’opĂ©ra au château

 

Illustrations : Portraits de Lully, Louis XIV en Alexandre, le Surintendant Lully, la façade du château de Versailles en 1668 avec sa terrasse cĂ´tĂ© jardins …

 

Lully Ă  Versailles 1 : Lulli avant Lully

lully_portrait_mignard_lebrunUn lieu, un musicien … Lully Ă  Versailles 1 : Lulli avant Lully    .…    Rien ne laisse prĂ©sager la fulgurante ascension du florentin Giovanni Battista Lulli au moment de son arrivĂ©e Ă  Paris en 1646. Le jeune violoniste n’a que 14 ans. Sa prĂ©sence souligne la place des italiens Ă  la Cour de France. Elle est conforme au goĂ»t du cardinal mazarin qui rĂ©vèle alors l’art italien. RamenĂ© de Florence par le Chevalier de Guise, le petti Lulli est ” garçon de chambre ” auprès de la Grande mademoiselle, duchesse de Montpensier, qui aime converser en italien. BientĂ´t Lulli devient ” grand baladin ” de la duchesse. Pendant la Fronde, la princesse ralliĂ©e Ă  CondĂ© depuis 1651, dirige les canons de la Bastille contre les troupes royales.  Le Roi punit l’insolence des Grands et La Montpensier est exilĂ©e Ă  Saint-Fargeau. Lulli quitte le navire condamnĂ©.  Il paraĂ®t dĂ©jĂ  dans l’entourage de Mazarin, de retour Ă  Paris en fĂ©vrier 1653, Ă  24 ans.  L’affirmation du raffinement accompagne le rĂ©tablissement de l’ordre monarchique, de la Reine Anne d’Autriche, du Cardinal et du jeune Louis XIV.

 

Le Florentin, maître des ballets de cour

 

Lulli est propulsĂ©. Ses talents pour la danse sĂ©duisent un autre danseur passionnĂ©, le jeune monarque. Tous deux figurent, cĂ´te Ă  cĂ´te, dans le ballet royal de la nuict, le 23 fĂ©vrier 1653 oĂą Louis paraĂ®t dĂ©jĂ  en Soleil Ă©blouissant, vainqueur des frondeurs et de la guerre civile. Après le Chaos, place au retour Ă  l’harmonie des planètes dont le centre est le roi.  La faveur royale se prĂ©cise. Lulli succède Ă  Lazzarini au poste de “compositeur pour la musique instrumentale”.  Il rejoint les Vingt-Quatre Violons du Roi mais il obtient du Souvrain de fonder son propre orchestre, Les Petits Violons ou La Petite Bande.

MazarinDe 1654 Ă  1666, Lulli dirige son propre orchestre dont la renommĂ©e, associĂ©e Ă  la nouvelle gloire de Louis XIV et de la France repacifiĂ©e, gagne toute l’Europe. L’annĂ©e 1654 est emblĂ©matique de son activitĂ© : Ă  25 ans, c’est un compositeur chorĂ©graphe hyperactif ; il livre le ballet des proverbes en fĂ©vrier ; Les Noces de PellĂ©e et de ThĂ©tis en avril ; le Ballet du temps en novembre, permettant Ă  la Cour de France de rĂ©aliser sa passion historique pour la danse et le ballet de cour.
De 1653 Ă  1655, le Baladin met en musique les vers du poète Benserade. Pour Louis XIV, Lulli est un compagnon de jeu et l’ordonnateur de ses plaisirs. Jeunesse de prince, source de belle fortune Ă©crit La Bruyère. DĂ©sormais la carrière du Florentin est liĂ©e Ă  l’ascension du Roi.

 

 

Surintendant et compositeur de la Chambre : Lulli devient Lully

 

Louis XIV SoleilLa place du musicien grandit. L’Ĺ“uvre de Mazarin a portĂ© ses fruits. Le cardinal est très amateur de musique. Avant Paris, il a participĂ© Ă  Rome, Ă  l’Ă©closion de l’opĂ©ra romain en organisant plusieurs spectacles de musique pour son protecteur, le cardinal Antonio Barberini.  Mazarin entend importer le luxe italien Ă  Paris. Par sa volontĂ©, l’Italie s’implante en France. La prĂ©sence de Lulli s’inscrit dans ce courant du goĂ»t officiel. Dès 1645, le cardinal commande Ă  Paris, La Finta Pazza de Sacrati. La magie de la musique italienne et les dĂ©cors du magicien Torelli, captivent l’auditoire. L’Orfeo de Luigi Rossi renouvelle l’expĂ©rience l’annĂ©e suivante (1646)… quand Lulli arrive Ă  Paris.  Le faste des productions contribue Ă  l’impopularitĂ© de Mazarin. Les mazarinades, pamphlets contre le politique, citent la trop riche dĂ©pense du ” grand faiseur de machines “.  En dĂ©finitive, Lulli rĂ©alise le projet de Mazarin mais après la mort du cardinal.

Louis XIV jeuneTrès vite, le compositeur oeuvre pour sa position. Ses ballets intĂ©grĂ©s aux opĂ©ras du vĂ©nitien Francesco Cavalli assurent sa rĂ©ussite. L’Ă©lève de Monteverdi Ă  Venise est le grand invitĂ© de la Cour de France : il est sollicitĂ© pour y dĂ©velopper l’opĂ©ra italien. C’est d’abord Serse, reprĂ©sentĂ© Ă  la demande de Mazarin, devant la Cour, pour le mariage de Louis XIV, au Louvre, le 22 novembre 1660. Les danses de Lulli se dĂ©tachent et l’imposent comme un compositeur français. Verve, tempĂ©rament scĂ©nique, intelligence des situations confirment le talent du musicien que le Roi nomme en mai 1661 : ” Surintendant et compositeur de la Chambre “.  Le compositeur s’Ă©lève Ă  mesure que le danseur s’efface. En dĂ©cembre 1661, Lulli obtient ses lettres de naturalisation. Il Ă©pouse le 24 fĂ©vrier 1662 Ă  Saint-Eustache, Madeleine Lambert, fille de Michel Lambert, compositeur, et maĂ®tre de musique de la Chambre, cĂ©lèbre auteur d’airs de cour.
Ainsi au dĂ©but des annĂ©es 1660, lorsque, après la mort de Mazarin (1661), le jeune Louis XIV prend le pouvoir, l’ambition du musicien se dessine : Lulli meurt tout Ă  fait afin que naisse Lully.

 

versailles_570_Chateau_de_Versailles_1668_Pierre_Patel

 

Illustrations : le cardinal Mazarin et ses collections d’antiques Ă  Paris, Le jeune Louis XIV en Soleil dans le Ballet de la nuict de 1653 … Louis XIV jeune. Versailles en 1668 (Pierre Patel).

Gala du tricentenaire de l’Ecole française de danse

TĂ©lĂ©. Arte. Gala 300 ans de l’Ecole française de danse, 28 avril 2013,20h45

Ballet. Soirée chorégraphique.

Casse-NoisetteLe 11 janvier 1713, Louis XIV Ă  la fin de son règne, dĂ©crète l’existence de l’institution qui est aujourd’hui, l’Ecole française de danse. La tradition chorĂ©graphique officielle en France remonte aux Valois et avant eux aux monarques hexagonaux qui avaient bien compris l’usage structurant des ballets de cour dans la vie politique. En 2013, pour le tricentenaire de l’Ecole, Arte diffuse une sĂ©rie (Graines d’Ă©toiles) dĂ©voilant le quotidien des jeunes danseurs de 8 Ă  18 ans, confrontĂ©s Ă  la discipline et Ă  l’Ă©mulation chorĂ©graphique. C’est aussi comme ce soir, la diffusion de la soirĂ©e de gala Ă  l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, oĂą les Etoiles et le corps du Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris fait dĂ©monstration de son excellence technique et stylistique entretenue ainsi depuis 300 ans.

Exposition: “Louis XIV: l’homme & le roi”. Château de Versailles. Portrait d’un roi musicien…. Jusqu’au 7 fĂ©vrier 2010

Portrait du Roi mélomane

louis_XIV_portraitUne exposition magistrale dresse le portrait d’un Louis XIV
connaisseur et protecteur des arts. Sous le masque monarchique, les
qualitĂ©s de l’esthète, le goĂ»t de l’homme, ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s, continuent de
nous fasciner. A Versailles, jusqu’au 7 fĂ©vrier 2010.

Le château de Versailles
présente pour la première fois, une exposition dédié à celui qui en fut
l’acteur principal, le maĂ®tre-d’oeuvre, l’âme et le grand concepteur: Louis XIV (1638-1715).
Versailles est un opéra célébrant la grandeur de la monarchie
française: de son parc Ă  son orangerie, de l’alignement de ses
parterres jusqu’Ă  l’infini du Grand Canal, se prĂ©cise une vision, Ă  la
fois abstraire et très concrète du Roi, “le plus grand souverain de
l’Univers”. HĂ©ros militaire et conquĂ©rant insatiable…

Versailles plutôt que le Louvre (malgré le voeu de Colbert): dans
l’Ă©crin de la cour de marbre qui a conservĂ© l’ordonnance de l’ancien
château de Louis XIII, le palais Ă©difiĂ© pour Louis-le-Grand s’Ă©rige
comme un manifeste personnel.

L’oeuvre renseigne sur la personnalitĂ© du Roi, sa propre reprĂ©sentation
du pouvoir, surtout ses préférences culturelles, son rapport aux
disciplines artistiques, ses goûts.

Voici en une somptueuse galerie de portraits, les images d’un Roi
narcissique certes mais d’une exigence artistique constante comme le
choix des portraitistes en tĂ©moigne: “Apollon servi par les nymphes”,
groupe sculpté réalisé entre 1667 et 1675 par François Girardon et
Thomas Regnaudin; buste rĂ©alisĂ© en 1665 par l’architecte et
scénographe Bernin (magistralement restauré); effigie désormais célèbre
codifiée et fixée par le peintre Hyacinthe Rigaud en 1702. Plus
incroyable encore, le profil du roi en cire coloriée par Antoine
Benoist, Ă  partir d’empreintes effectuĂ©es directement sur le visage du
roi, alors sexagĂ©naire…
Danseur et guitariste, amateur de théâtre et d’opĂ©ras…

L’attrait de l’exposition et sa pertinence se concentrent sur cet
aspect mĂ©connu de la personne royale: l’ĂŞtre plutĂ´t que le politique
(si tant est que l’on puisse identifier chez le Roi, un aspect de sa
vie qui ne soit pas “officiel”).

Ainsi le mĂ©lomane comprendra au cours de la visite comment le Roi avait une approche rĂ©solument “concrète”
de l’art. Comme il fut danseur, Louis XIV entend connaĂ®tre
techniquement la conception des oeuvres: c’est un souverain qui cherche
à suivre les étapes de la création auprès des peintres, comme des
compositeurs. Original et déterminé, le souverain sut imposer a
contrario de son père qui jouait le luth (instrument plus noble), la
guitare. Exigeant que Robert de Visée le meilleur guitariste du
royaume, ait une chambre proche car il souhaitait Ă©couter l’instrument
pendant ses nuits d’insomnies…

Mais l’exposition Ă©claire aussi toute la genèse et l’Ă©volution du
divertissement Ă  Versailles qui inscrit la musique au coeur du
fonctionnement du Palais et de son parc: fêtes privatives réservées à
la Cour et aux invités du monarque, ballets donc, puis comédies-ballets
pour lesquels oeuvrent de concert, Molière et Lully. Enfin tragédies en
musique, avec une oeuvre encore trop mĂ©connue qui a valeur d’Ă©tape
dĂ©cisive pour le nouveau genre: PsychĂ© de 1671, ouvrage fondateur conçu par Lully, Molière, Corneille et Quinault… (ne manque plus que Racine).

Peintures, sculptures, nombreux dessins et pièces de mobilier… soit
300 oeuvres rĂ©unies, ressuscitent le profil esthĂ©tique et l’Ă©volution
du goĂ»t d’un Roi-Artiste, monarque danseur puis amateur de théâtre…
qui aima se faire représenter en Apollon, dieu des arts, aux côtés de
l’image incontournable du “Roi-Soleil”. Voici enfin le portrait
culturel et musical de Louis XIV que nous attendions. L’apport est
capital.

Versailles, salles d’Afrique et de CrimĂ©e. Exposition “Louis XIV, l’homme et le roi”. Du 20 octobre 2009 au 7 fĂ©vrier 2010.

A lire

Le catalogue de l’exposition
édité par Skira Flammarion: près de 500 pages (496 pages précisément)
dédiées aux thématiques (et questionnements passionnants) que
l’exposition suscite. Sous la direction des deux commissaires, -Nicolas
Milovanovic et Alexandre Maral, respectivement en charge Ă  Versailles,
des peintures et des sculptures-, le contenu synthétise les enjeux et
les apports scientifiques de la rétrospective à Versailles. Un
remarquable travail éditorial replace au coeur des textes édités, la
qualité et la beauté des oeuvres exposées (abondance et qualité des
illustrations choisies). Voyez déjà, en couverture, ce plan rapproché
du buste de Louis XIV par Bernin (1665): l’angle jamais dĂ©voilĂ©
avant, nous fait (re)dĂ©couvrir le Roi -alors âgĂ© de 27 ans- d’une toute
nouvelle façon: sous l’Ă©piderme du marbre, semble frĂ©mir la vraie
personnalitĂ© de l’homme qui est le sujet central de l’exposition
événement.

Pour dĂ©voiler l’ĂŞtre sous artifices et costumes du pouvoir, les textes
réunis analysent les caractères distinctifs de Louis XIV dans
l’exercice du pouvoir (esprit Ă  la fois brutal et surprenant), les
mĂ©tamorphoses de l’image royale, le mythe vivant Ă  travers ses images
sculptĂ©es, … Tout oeuvre Ă  prĂ©ciser le portrait du roi et surtout son goĂ»t.
A ce tire, le lecteur sera comblĂ© car en matière d’art, Louis XIV plus
qu’aucun autre souverain, sauf Leopold Ier son contemporain Ă  Vienne,
ne fut aussi mélomane. Amateur de danses, de fêtes, de théâtre,
d’opĂ©ras, Louis XIV a façonnĂ© ce goĂ»t classique français, Ă  la fois
sobre, monumental, mesuré et naturel qui le distingue désormais de
l’Italie, et l’impose Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne comme l’exemple Ă  suivre.
Lecture incontournable. Catalogue de l’exposition: “Louis XIV: L’homme et le roi”. Editions Skira Flammarion, 496 pages. Prix indicatif: 49 euros.

Illustration: Louis XIV par Claude Lefèvre, vers 1669. Portrait méconnu
du jeune monarque, âgĂ© de 31 ans: roi conquĂ©rant (en armure) mais d’une
élégance indiscutable. Celui qui impose une gloire inédite, vient de
cesser sa carrière de danseur et s’intĂ©resse sans faiblir aux arts.
Portrait peu connu… c’est l’une des rĂ©vĂ©lations de l’exposition
versaillaise (New Orleans, Museum of art, huile sur toile).