Compte rendu, concert. Paris. Invalides, salle Turenne, le 23 novembre 2014. Haydn : Symphonie L’Horloge n°101. Beethoven : Romance pour violon et orchestre. Symphonie n°8. Jeune Orchestre de l’Abbaye aux Dames (Saintes). Alessandro Moccia, premier violon et direction.

JOA jeune orchestre de l abbaye aux dames saintes concert invalides 2014Au sein du fonctionnement pĂ©dagogique du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye aux Dames, le premier violon dirigeant cette nouvelle session, est un musicien accompli : il sait aussi ĂŞtre, le temps de cette expĂ©rience orchestrale qui rĂ©alise l’interprĂ©tation du redoutable programme Haydn / Beethoven, un maestro convaincant : tout en jouant son rĂ´le de supersoliste, Alessandro Moccia (par ailleurs, premier violon de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es) a Ă  cĹ“ur de transmettre sa furie intĂ©rieure,  une maĂ®trise du jeu collectif qui s’appuie sur une très solide sĂ»retĂ© de l’archet. Classique et romantique, l’esthĂ©tique des oeuvres, dont le spectre Ă©tend une ligne cohĂ©rente de 1793 Ă  1811 (si l’on considère les dates de composition des deux oeuvres principales), permet Ă  nouveau une immersion complète dans la lecture de deux Viennois dĂ©concertants d’idĂ©es, de construction, de gĂ©nie dans l’orchestration.

InitiĂ©e en Autriche en 1793, la Symphonie “L’Horloge” n°101, appartient au cycle des Londoniennes : Haydn la termine Ă  Londres en 1794 pour la 4è saison des concerts Salomon : Ă©crite pour flĂ»tes, hautbois, clarinettes, bassons, cors et trompettes par deux, son luxe instrumental fait merveille dans l’effectif rĂ©uni par Alessandro Moccia : les vents et les bois Ă  la fĂŞte portent très haut cet esprit facĂ©tieux et aussi très Ă©nergique qui traverse tout le cycle symphonique. La Symphonie L’Horloge relève d’une maturitĂ© rayonnante, riche en humour : si l’entrĂ©e frappe par son mystère diffus et comme suspendu aux cordes seules, une entrĂ©e en matière Ă  laquelle les jeunes instrumentistes du Jeune Orchestre de l’Abbaye aux Dames offre une Ă©paisseur immĂ©diate et une franchise de ton propres aux instruments d’Ă©poque, la suite est pleine de rebondissements, d’idĂ©es, de contrastes desquels surgit surtout l’Andante : avec son mouvement de balancier (tout en finesse rythmique) l’oeuvre gagne un titre non usurpĂ©. Le sol majeur accentue le caractère pittoresque du mouvement dont l’Ă©nergie annonce l’HĂ©roĂŻque de Beethoven : une filiation naturelle que renforce encore la perspective du concert qui comprend en fin de programme, la sublime et incandescente 8ème de Beethoven.
Tout est dit dans le final piano et comme murmurĂ© du mouvement : les musiciens savent exprimer le souffle d’une mĂ©canique filigranĂ©e dans son Ă©noncĂ© primordial, puis machinerie rugissante dans son dĂ©veloppement, enfin horlogerie fine en sa rĂ©solution finale. Il faut infiniment de sĂ»retĂ© rythmique, de richesse dynamique, une cohĂ©sion collective pour rĂ©ussir ce morceau d’humour et de partage instrumental. Le menuet est l’un des mieux conçus par Haydn et des plus dĂ©veloppĂ©s, annonçant lĂ  encore l’ambitieuse HĂ©roĂŻque de Beethoven. Rien ne semble arrĂŞter la prodigieuse Ă©nergie ni la plĂ©nitude sonore des jeunes musiciens dans le final Vivace avec entre autres son fugato piano (pour les cordes seules) si subtilement Ă©crit : une prouesse d’inspiration qui montre Ă  nouveau le gĂ©nie de Haydn dans l’Ă©criture symphonique Ă  l’extrĂ©mitĂ© du XVIIIème.

Moccia Alessandro_Moccia_0.previewExcellent pont entre classicisme et romantisme, l’ancrage esthĂ©tique de la session de travail dont le concert dĂ©coule, prolonge les fruits classiques de Haydn par l’Ă©nergie conquĂ©rante du Beethoven le mieux inspirĂ©… On ne saurait concevoir de succession plus cohĂ©rente : un apprentissage magnifiquement Ă©laborĂ© et l’expĂ©rience d’un passage particulièrement formateur pour les jeunes instrumentistes.  La Huitième Symphonie de Beethoven opus 93 en fa majeur est un sommet de trĂ©pidation rythmique (superbe carrure de l’Allegretto scherzando ou second mouvement dont le sautillant mĂ©canique n’est pas sans rappeler, clin d’oeil dĂ©lectable, l’allure de balancier distinguĂ© de L’Horloge qui a prĂ©cĂ©dĂ©) ; c’est un massif irrĂ©sistible de concision, d’Ă©nergie lui aussi, calibrĂ©e dans un cadre chorĂ©graphique qui affirme le tempĂ©rament impĂ©tueux de Ludwig. Ecrite Ă  l’Ă©tĂ© 1811, la partition est crĂ©Ă©e en 1814 : son caractère souriant, lumineux, d’une respiration positive doit beaucoup Ă  la rencontre entre Beethoven et la cantatrice berlinoise AmĂ©lie Sebald dont le charme et la prĂ©sence profitent manifestement Ă  l’inspiration du compositeur. Les jeunes instrumentistes portĂ©s par la conviction continue et la dĂ©termination de plus en plus explicite de leur chef et premier violon, emportent la vivacitĂ© et le charme de la “petite ” symphonie de Beethoven, en particulier dans le dernier mouvement dont la durĂ©e Ă©gale la somme des trois prĂ©cĂ©dents.

violon moccia alessandro mocciaL’intensitĂ© Ă©lectrisante et immĂ©diate des tutti, si finement projetĂ©e par le collectif des instruments anciens, la verve sans limite, le feu d’un ensemble très engagĂ©, les couleurs des timbres particulièrement maĂ®trisĂ©s (flĂ»tes, hautbois, bassons), la fine arĂŞte des cuivres (cors et trompettes) accomplissent ici l’Ă©lan facĂ©tieux d’un Haydn dĂ©jĂ  ambitieux et imprĂ©visible. L’arc tendu et viril d’un Beethoven conquĂ©rant et amoureux n’en gagne que plus de tonicitĂ© communicative. Superbe programme dĂ©fendu par un collectif enthousiasmant. Le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye aux dames (ex Jeune Orchestre Atlantique) poursuit Ă  travers ses sessions d’orchestre, son cycle d’accomplissements exemplaires. Le concert apporte davantage qu’une formation dĂ©jĂ  gratifiante, c’est aussi une passerelle habilement conçue et partagĂ©e pour le dĂ©passement de chacun au sein du groupe.

Compte rendu, concert. Paris. Invalides, salle Turenne, le 23 novembre 2014. Haydn : Symphonie L’Horloge n°101. Beethoven : Romance pour violon et orchestre. Symphonie n°8. Jeune Orchestre de l’Abbaye aux Dames (Saintes). Alessandro Moccia, premier violon et direction.