TOURS, Opéra. 8-14 mars, La Flûte Enchantée de Mozart

MOZART-1790-le-derneir-mozart-photo-de-pedro-par-CLASSIQUENEWS-dossier-special-dernier-Mozart-et-exposition-Mozart-a-parisTOURS, Opéra. 8-14 mars, La Flûte Enchantée de Mozart. C’est la 4è production lyrique de la saison 2018-2019 de l’Opéra de Tours et non la moindre. En attendant Andrea Chénier pour la fin de la saison (24-28 mai 2019), Benjamin Pionnier, directeur des lieux, dirige cette nouvelle production du chef d’œuvre de Wolfgang, à la fois conte initiatique (avec claires références à la franc-maçonnerie puisque le compositeur à Vienne était membre d’une loge) et aussi opéra populaire au sens le plus noble du terme : créé le 30 sept 1791 dans la mise en scène du directeur de théâtre (et acteur) Emanuel Shikaneder, La Flûte Enchantée recueille la conception et le travail du dernier Mozart (qui devait mourir quelques semaines après); la partition brille par la force de son orchestre (l’un des plus raffinés de Mozart), par la justesse et la sincérité des situations et des personnages : Mozart fidèle à sa vision de l’opéra, approfondit chaque personnage comme un caractère qui saisit par sa force et son humanité ; y paraissent les héros, acteurs et sujets des épreuves propres à les faire passer de l’ombre à la lumière : la dépressive Pamina (prête à se suicider), le prince qui la sauve Tamino (qui possède la fameuse flûte) ; pour contraster avec ce premier couple « sérieux » et héroïque, Mozart en ajoute un second, car l’opéra est aussi une comédie : Papageno (l’oiseleur trop bavard qui n’écoute pas les autres) et Papagena, sa promise. Tous sont pris dans des situations qui les dépassent, dont le conflit opposant les forces du mal (La reine de la Nuit et ses deux airs stratosphériques) et le temple de la lumière (et de la sagesse) dirigé par le grand prêtre Sarastro dont le savoir s’inscrit dans la philosophie égyptienne. Qui dit vrai dans ce labyrinthe des illusions ? Qui manipule qui ? Quel est le sens de cette action ? Tamino deviendra-t-il cet être de lumière, entraînant dans sa geste héroïque tous ceux qui l’accompagne ? Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours.

 

 
 

 
 

 

 

 
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Opéra de Tours,
Vendredi 8 mars 2019 – 20h
Dimanche 10 mars 2019 – 15h
Mardi 12 mars 2019 – 20h
Jeudi 14 mars 2019 – 20h
RESERVER VOTRE PLACE ici
http://www.operadetours.fr/la-flute-enchantee

Samedi 2 mars 2019, conférence à 14h30
Accès libre, réservation recommandée

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MOZART : La Flûte enchantée
Singspiel en 2 actes
Créé le 30 septembre 1791 au Theater auf der Wieden
Livret d’Emanuel Schikaneder

Nouvelle production de l’Opéra de Tours

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Mise en scène : Bérénice Collet
Scénographie et costumes: Christophe Ouvrard
Vidéo: Christophe Waksmann
Lumières: Bérénice Collet et Alexandre Ursini

Tamino : Florian Laconi
Pamina : Marie Perbost
Papageno : Régis Mengus
La Reine de la Nuit : Marie-Bénédicte Souquet
Sarastro : Jérome Varnier
Papagena : Marion Tassou
Première Dame : Clémence Garcia
Deuxième Dame : Yumiko Tanimura
Troisième Dame Delphine Haidan
Monostatos : Olivier Trommenschlager
L’Orateur : François Bazola
Premier Prêtre / Homme d’armes : Camille Tresmontant
Trois Enfants : Maîtrise du Conservatoire Francis Poulenc

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

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Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

http://www.operadetours.fr/la-flute-enchantee

Nouvelle Flûte enchantée à Milan

Schinkel, décor FLute enchantee mozart 1815ARTE,mercredi 21 septembre 2016. La Flûte Enchantée de Mozart, 20h45. En léger différé de la Scala de Milan, voici la nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart, l’opéra populaire féerique en langue germanique conçu par Wolfgang à Vienne, l’année de sa mort, 1791. A l’affiche du 2 au 26 septembre, la nouvelle production du conte initiatique mozartien, est mis en scène par le berlinois Peter Stein, professeur à l’Académie de La Scala, pilotant les premiers scéniques des jeunes et prometteurs chanteurs : car tous ici présentent ainsi leur travail de professionnalisation, au cœur d’une maison lyrique soucieuse de transmission et d’excellence. Au total 10 représentations où les spectateurs milanais pourront mesurer le degré d’engagement et la musicalité des jeunes apprentis académiciens. Dans la fosse, le mozartien vétéran, Ádám Fischer, revient au pupitre pour la première fois depuis 1998.
L’opéra de Mozart, suit les préceptes des Lumières et aussi de la symbolique franc-maçonne à laquelle adhérait Mozart : de l’ombre à la lumière. Des stridences envoûtante (et trompeuses) de la Reine de la nuit, au temple égyptien solaire et éblouissant d’Amonasro. Qui est la mère ? Qui est le père ? Qui manipule qui ? Le couple des héros amoureux (Tamino et Pamina), le couple secondaire plus comique et moins tragique (Papageno / Papagena), les 3 fées, les 3 garçons guides protecteurs, l’infâme Monostatos, geôlier méprisable et barbare (comme Osmin dans l’Enlèvement au Sérail), … sont autant de personnes clés d’une action aux allures de parcours initiatique qui éprouvant le courage et la fidélité des jeunes héros, n’a pour but que de les révéler à eux-mêmes : purs, responsables, justes… en pleine lumière !

 

 

 

arte_logo_2013La Flûte enchantée de Mozart à la Scala de Milan
Direction musicale : Ádám Fischer
Mise en scène : Peter Stein
Décors: Ferdinand Wögerbauer
Costumes: Anna Maria Heinreich
Lumière: Joachim Barth
Solistes, Choeur et Orchestre de Accademia Teatro alla Scala
+ d’INFOS sur le site de La Scala de Milan

 

 

 

Compte rendu, opéra. Marseille, Le Dôme, le 19 avril 2015. Mozart : La Flûte enchantée. La Fabrique Opéra.

Mozart portraitXLe projet. Créée à Grenoble en 2007 par le chef d’orchestre Patrick Souillot, implantée à Annecy, Orléans, Caen, La Fabrique Opéra, a eu son heureuse et concrète ramification marseillaise, dans le prolongement de Marseille-Provence Capitale  européenne  de  la  culture 2013. Désir de pérenniser ce bouillonnement créatif, volonté de « montrer le vrai visage de Marseille » contre tant de clichés qui la défigurent, Philippe  Ashford, président de cette association, veut « Libérer  la  capacité  créatrice  des  jeunes  de  Marseille » en leur confiant « un projet d’ampleur inédite ». S’adressant à tous les Marseillais, il s’agissait de « proposer  à  coûts raisonnables un  événement spectaculaire entièrement  réalisé  par  des jeunes avec  de  grands  professionnels. Susciter des vocations en remettant l’opéra, si populaire à Marseille, au centre de la vie culturelle. » Avec l’ambition de permettre à un public éloigné de renouer avec l’art lyrique.
Cet événement a surpris et même effrayé par son ampleur : pas moins de quatre cents jeunes impliqués dans la fabrication de ce spectacle. En effet, La  Fabrique  Opéra Marseille-Provence a fédéré harmonieusement des établissements d’enseignement technique et des centres d’apprentissage de la région marseillaise pour la conception et la réalisation de ce spectacle lyrique : costumes,  coiffures,  maquillages,  décors,   communication  et  organisation  du  spectacle leur furent confiés. Le pari semble gagné.

La réalisation. 1791 : Mozart végète, sans travail. Puis reçoit deux commandes : l’une, funèbre, un Requiem, l’autre féerique, Die Zauberflöte. Malade. Il ne peut achever sa messe des morts, mais parachève sa Flûte enchantée et meurt le 5 décembre : au moment de mourir, c’est l’enfant Mozart qui renaît avec cet opéra merveilleux, enfantin, populaire et savant, naïf et philosophique.
Dès l’ouverture, avec la projection de ce corbillard noir, seulement suivi par un chien, l’enterrement de Mozart selon la légende, Richard Martin, fondateur et directeur du Théâtre Toursky, dans sa mise en scène, en trace comme l’humaine trajectoire et les images merveilleuses qu’il va tirer de ce singspiel merveilleux par nature, vont être, pour le connaisseur intime de l’œuvre, comme un «flash back » naturel, une rétrospection, une introspection d’une âme, d’une vie, d’une œuvre, de l’enfance perdue à l’enfance retrouvée à l’heure de la mort. Avec une troupe considérable de jeunes, d’enfants qui ont collaboré à cette production sous la direction de maîtres et sous sa férule, Martin réussit, pour cette réalisation scénique du dernier opéra d’un génie qui préserva l’enfant dans l’homme, à préserver à cette œuvre son merveilleux esprit d’enfance sans infantilisme aucun.
Et cela tenait de la gageure, la gageure, de la magie et le résultat fut, sans emphase, un vrai enchantement de l’esprit, des yeux, et même des oreilles malgré, d’abord, la surprise d’une sonorisation qui déroge aux conditions d’écoute d’un habitué de l’Opéra et des salles de concert, obligatoire dans l’immensité de ce lieu, de cette grossse sphère aspirant à la stratosphère. Cela faisait peur et rendait sceptique même l’amateur le plus bienveillant. Mais, quand on écoute un disque à domicile, c’est forcément plus bas que le son naturel, qu’on peut aussi gonfler à l’excès, et l’enregistrement n’est qu’une mise en conserve longuement retravaillée d’une musique qui, en réalité, ne se goûte, avec les risques du spectacle vivant, qu’en direct. Puis finalement, l’ouïe se fait aux proportions sonores, la magie de la musique de Mozart, grossie ou chuchotée, opère, saisit les sens et le bon sens qui adhère à cette généreuse Fabrique Opéra pour le plus grand nombre, élaborée par des jeunes. Et, on l’avoue  un peu confus : devant cette foule immense, on redoute l’inexpérience musicale, l’impolitesse des portables, face à ces troupes d’enfants, le chahut, l’incivilité, l’agacement d’un spectacle en allemand. Vaine crainte : les adultes, en famille, sont venus avec leurs enfants voir leurs autres enfants, ces jeunes qui ont participé pendant des mois à l’élaboration de ce spectacle, conscients de l’importance de cette expérience, respectueux et attentifs : l’attention est palpable, émouvante de gens qui, pour la plupart, ne sont jamais allés à l’Opéra, qui ne connaissent pas Mozart ou qui l’ont découvert, on l’imagine, on l’espère, on le sent, en suivant justement ce long travail d’équipe de leurs enfants, la meilleure approche, qui inclut chacun et n’exclut personne : une sorte d’initiation, sinon maçonnique, mozartienne et lyrique, dont on ne peut imaginer qu’elle a semé dans le vide.

Un message clair
L’esprit trouve donc son compte à ce projet inédit et inouï, social et politique au vrai sens du terme, que Malraux aurait aimé : donner le beau à tous. Et l’esprit rejoint le cœur : car le beau est aussi le bon. Car il ne faudrait pas sous-estimer, par les temps qui courent, sous les dehors fantastiques et naïfs, le message beau et bon du texte apparemment si enfantin : Martin, sans faire un sort aux symboles maçonniques, sans alourdir ni ralentir le tempo, ne les escamote pas comme futilité puérile. Sous le manichéisme du Bien et du Mal, il y a la leçon pour aujourd’hui de l’égale dignité des êtres (Monostatos, traditionnellement noir ne l’est pas ici), des hommes et des femmes qui se dévoilent pour affronter le monde et leur dignité et liberté inaliénables.
Il est secondé par le charisme gouailleur, l’abattage imbattable de Marianne Sergent qui, avec une vivacité de vif argent, courant de cour à jardin, pour permettre les changements de tableaux, explique en français non seulement l’action, mais ses enjeux moraux, politiques. Certes, elle traduit le texte à sa façon, qui peut agacer au début par ses dérapages langagiers populo, mais à la suivre attentivement, l’air de rien, de ne pas y toucher, avec une langue qui passe des cités aux références culturelles sans doute des jeunes (Stars war, le côté noir de la Force, etc), on lui rend volontiers non seulement l’hommage de sa compréhension profonde de l’œuvre et l’on salue son art, sans insister, dans la dérision même, de faire passer les messages essentiels maçonniques, dont elle rappelle, sans en alourdir l’urgence aujourd’hui, que nous leur devons, entre autre, la belle devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. Elle se taille un juste succès à chacune de ses apparitions.
Les costumes élaborés par les élèves des lycées Brochier et de la Calade (Hélène Siriglio, coordinatrice) sont d’une fantaisie joyeuse et heureuse (quelle belle idée ce serpent écharpe et corde à se pendre !) et les coiffures et maquillages par ceux du lycée Leau mettent joliment en valeur ces personnages fantasques ou solennels, l’ensemble dans une harmonie qui fait penser aux bandes dessinées comme facteur commun. Ils s’intègrent sans hiatus aux éléments de décor conçus par ceux des lycées Diderot, Marie Curie et Poinso-Chapuis (scénographe Joël Jagot) qui sont beaux, pertinents efficients, ainsi, l’apparition de la Reine Nuit tel un vol, sinon de « gerfauts hors du charnier natal », de chauve-souris style onirique et cauchemardesque glacial à la Tim Burton, la reine en majesté au sommet d’une pyramide transformée en robe ombreuse (on pense au ballet Moving target de Frédéric Flamand) par la magie des éclairages de Gilbert Scotto qui zèbrent d’éclairs sa chevelure hérissée de contre-fa… Tout cela montre les références culturelles qui nourrissent ces jeunes engagés dans la synergie de cette aventure artistique. Il faut citer encore, les belles créations graphiques de Patrick Ventujol, et la partie audiovisuelle prise en charge par les élèves des lycées Blaise Pascal et l’École Axe Sud. Et puisqu’on en est à saluer et admirer ces jeunes, à la qualité desquels on devine celle de leurs maîtres, il fait souligner la parfaite organisation menée à bien par les élèves des lycées Marie Curie, Leau et l’ISM La Cadenelle, même troublée par le déluge du dimanche 19, dont il faut dire l’élégance sobre des tenues en vendeurs de programmes et « ouvreurs » sympathiques, calmes et souriants au milieu d’une foule immense.
Dans ce bain de jouvence, on sent Richard Martin, assisté par Serge Alexandre, comme un poisson dans l’eau, même si l’on imagine aisément qu’il a pu parfois se sentir noyé, au bord du naufrage, dans la quadrature du cercle artistique de réussir beaucoup avec peu. Mais la réussite est là : respect absolu, amoureux, de l’œuvre, son actualité politique soulignée sans effets grandiloquents, fluidité entre les scènes, justesse des rapports entre les chanteurs bien dirigés, tous jeunes aussi, donc d’une ductilité remarquable, qui se sont pliés avec grâce à cette aventure. Et toujours, une grande beauté plastique.

L’interprétation. Musicalement, le volume sonore de l’Orchestre Philharmonique Provence Méditerranée surprend d’emblée par son volume (sonorisé aussi?) mais, encore une fois, l’oreille s’adapte et l’on admire la subtilité de Jacques Chalmeau qui règle adroitement l’équilibre entre fosse et plateau et contient des chœurs amateurs dont l’enthousiasme menace quelquefois d’être brouillon.
La jeunesse et la beauté des chanteurs, encore inconnus, apportent leur charme à la scène et la qualité de leur voix prête une fraîcheur touchante à cette œuvre archi-connue. Le roumain Antonel Boldan (Tamino) est un véritable ténor mozartien que l’on découvre avec bonheur, lyrique et passionné. La soprano slovaque Petra Perla Notova est une digne Pamina, très noble, au joli accent en français. La soprano colorature Marlène Assayag se tire en virtuose des aigus échevelés de la reine de la nuit, tout en possédant les graves de son premier air et comme baignée, malgré sa rage, dans une mélancolie d’astre finissant. Le couple terre à terre ou plume à plume de Papageno/ Papagena, révèle le sonore baryton coloré d’Alexandre Artenenko et le joli soprano souriant de Jennifer Courcier, lui attendrissant, elle, coquette et coquine. Sous le masque des trois Dames, on reconnaît le mezzo velouté de Lucie Roche et découvre Marie Planinsek et Aurélie Loillier, ses comparses soprani. On est heureux que le personnage de Monostatos, le méchant noir de l’original, ne soit pas attribué à une voix aigrelette et étriquée, mais confié à un vrai ténor, Olivier Trommenschlager et l’on retrouve avec plaisir l’ampleur chaleureuse du baryton-basse Jean Vendassi en orateur. La sono dessert d’abord, par son ampleur excessive, les trois enfants (Blandine Lecuit, Anaïs Chossegros, Claire-Emmanuelle Vernet) mais cela s’arrange ensuite et l’on aime leur espièglerie. Ce qui ne s’arrange pas, c’est la basse russe Andrey Zemskov : avec un timbre superbe et une voix longue et puissante, en Sarastro, il est incapable de dire correctement son texte, malmenant de façon caricaturale les voyelle de l’allemand, pourtant toujours égales, d’une langue pourtant très facile à chanter. On n’ose l’imaginer en français.
C’est le seul bémol d’une réalisation qui honore ses producteurs et leur équipe multiple de réalisateurs, dont on sent toute l’énergie employée et si bien employée dans ce que, n’en déplaise aux esprits chagrins égoïstement cloîtrés dans leurs privilèges d’amateurs « happy few », on peut appeler une réussite. Chaque air, populaire ou savant, est, pour le connaisseur non blasé, comme une étape de la vie de Mozart, et l’on peut y apposer ses affects, son âme : enfant, jeune homme, amoureux, blessé, homme fait et défait, déjà mort et enfant toujours. Toujours vivant. Oui, une Flûte qui, j’ose le dire, me touche comme au premier jour.

Mozart : Die Zauberflöte / La Flûte Enchantée
Livret de Schikaneder
Le Dôme de Marseille, 17, 18, 19 avril 2015
Orchestre Philharmonique Provence Méditerranée ; chœurs Fabrique-Opéra Marseille Provence. Direction musicale : Jacques Chalmeau.
Mise en scène : Richard Martin. (Assistant Serge Alexandre)
Scénographe : Joël Jagot / Narration Marianne Sergent.
Directeur Technique : Serge Graille. Lumières : Gilbert Scotto.
Production : Sophie Vallauri / Clara Prieur. Costumes : Lycée Brochietr / Lycée La Calade. Coiffures-Maquillage : Lycée Leau. Décors : Lycée Diderot / Lycée Marie Curie. Audiovisuel Lycée Blaise Pascal. Organisation / Lycée Lycée Marie Curie /Lycée Leau. Création Graphique : Patrick Ventujol.

Distribution
Tamino : Antonel Boldan ; 
Pamina : Petra Perla-Notova.
Papageno : Alexandre Artemenko ; 
Papagena : Jennifer courcier ;
Reine de la Nuit : Marlene Assayag ;  
Sarastro : Andrey Zemskov ; 
Monostatos : Olivier Trommenschaler ;
Première Dame : Aurélie Loilier ; Deuxième Dame : Marie Planinsek ; Troisième Dame :  Lucie Roche ; Orateur : JeanVendassi.

DVD. Mozart : La flûte enchantée (Harnoncourt, Salzbourg 2012)

Die-Zauberflote-Sony-BD_155x225DVD. Mozart : La flûte enchantée (Harnoncourt, Salzbourg 2012). Confirmation : Nikolaus Harnoncourt est un immense mozartien. Il n’a cessé de le montrer à … Salzbourg. Cette Flûte en donne une nouvelle preuve tant par sa profondeur, son humanité, sa joie théâtrale aussi car il s’agit d’un opéra populaire dans la meillure acceptation du terme : accessible, enchanteur, où le charme et l’innocence font mouche. Le Tamino de Bernard Richter convainc dans une production qui rejoint les meilleures réalisations salzbourgeoises : pari réussi donc pour l’ouverture du festival 2012. Simultanément à la sortie de ce dvd miraculeux, Sony classical édite aussi une manière de testament musical et mozartien : les 3 dernières Symphonies conçues comme un « oratorio instrumental ». Lire notre critique des 3 dernières symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt, CLIC de classiquenews.

Divin Harnoncourt

Kleiter-Richter-Zauberflote-SalzburgDavantage que la réalisation scénique, c’est essentiellement l’interprétation musicale qui force l’admiration. Nikolaus Harnoncourt renouvelle le scintillement instrumental, souligne des combinaisons, des accents, rend compte d’une richesse d’écriture inouï que le chef régénère avec un appétit de premier venu, d’autant que la maestro pétillant et profond peut compter sur la complicité superlative des instrumentistes de son orchestre sur instruments anciens : le Concentus Musicus de Vienne, fondé en 1953-, modèle des ensembles baroques : le sens des phrasés, la précisions des attaques comme des ornements, le timbre, la couleur, le format original du son… tout œuvre à un nouveau spectre musical, plus caractérisé, plus nuancé ; certes moins puissant mais d’une teinte rare qui produit de nouvelles sonorités. Alexander Pereira a réussi à obtenir le retour du grand Nikolaus à Salzbourg car leur relation de travail remonte à Zurich quand le directeur du Festival était directeur de l’Opéra. Réinvestie par de tels orfèvres (et même des vétérans de la pratique « historiquement informée », réactualisant les coups d’archet entre autres-, Alice Harnoncourt, épouse de Nikolaus est comme lui … octogénaire-, la partition éblouit de nouveaux feux, frappant dans l’interaction entre musique et situations, par l’intelligence de l’écriture mozartienne. Harnoncourt s’entend à merveille à exprimer la part si humaine d’un Mozart touché par la grâce, ému aussi, surtout face au destin autant tragique que comique de ses personnages (Pamina, Papageno ne vont-ils pas tenté de sa donner la mort par dépit existentiel ?)…

Et le plateau vocal ? Bon Sarastro de Georg Zeppenfeld ; donc le Tamino (ardent, de plus en plus lumineux) de Bernard Richter, la Pamina de Julia Kleiter hélas tendue dans les aigus. Le Papageno de Markus Werba apporte une contribution sans défaillance, un peu raide (la Papagena est immédiatement mieux chantante, plus naturelle et exaltée), et la Reine de la nuit de Mandy Friedrich très engagée délivre un portrait éruptif d’une mère honteusement manipulatrice.

Schwarz-Kleiter-Richter-WerbaSur les planches, Jens-Daniel Her­zog accumule des idées sans beaucoup de cohérence ni d’esthétisme : son approche théâtrale relève de l’atelier expérimental, un bazar illustré qui combine par fragments des séquences et des visuels plutôt éclectiques. Se fondant sur la volonté de Mozart de développer un opéra populaire, le scénographe garde un œil réducteur sur le fil de l’histoire, schématisant à l’extrême une histoire plus complexe entre le bien et le mal sur la manipulation au nom d’un idéal, où les vieilles haines générationnelles – Sarastro et sa secte (ici satanique) et la Reine de la nuit-, s’affrontent, sacrifiant leurs enfants dans un labyrinthe désenchanté, sans issue. La musique comme le sens du conte maçonnique expriment une toute autre réalité que cette lecture prosaïque et linéaire aux costumes laids (palmes de l’horreur pour les blouses et les uniformes en cosmonautes des prêtres de la fratrie de Sarastro ; passons par ailleurs, l’option des 3 garçons vieillis artificiellement, – ne sont-ils pas de vrais sages, guides utiles dans l’initiation de Tamino). Tout cela manque et d’humour léger et d’onirisme enchanteur. S’il n’était la musique divinement dirigée, le spectacle d’ouverture de Salzbourg 2012 manquerait singulièrement de poésie visuelle, d’enchantement. Après tout ne s’agit-il pas de la Flûte d’enchantée ?

Nouvelle production de la Flûte enchantée de Mozart dans une mise en scène de Jens-Daniel Herzog et sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, festival de Salzbourg 2012.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes KV 620 (1791). Livret d’Emanuel Schikaneder d’après Lulu ou la Flûte enchantée d’August Jacob Liebeskind

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Concentus Musicus Wien
Nikolaus Harnoncourt, direction
Jens-Daniel Herzog, mise en scène
décors & costumes : Mathis Neidhardt
éclairages : Stefan Bolliger
préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger
Avec Georg Zeppenfeld (Sarastro), Bernard Richter (Tamino), Mandy Fredrich (Königin der Nacht), Julia Kleiter (Pamina), Sandra Trattnigg (Erste Dame), Anja Schlosser (Zweite Dame), Wiebke Lehmkuhl (Dritte Dame), Tölzer Knaben (Drei Knaben), Markus Werba (Papageno), Elisabeth Schwarz (Papagena), Rudolf Schasching (Manostatos), Martin Gantner (Sprecher), Lucian Krasznec (Erster Geharnischter / Erster Priester), Andreas Hörl (Zweiter Geharnischter). 2 dvd Sony classical. Parution : octobre 2014.

Découvrir un opéra : La Flûte enchantée de Mozart

mozart1790Arte. Découvrir un opéra. Mozart :“La flûte enchantée”. Dimanche 14 septembre 2014, minuit. L’incroyable histoire de La flûte enchantée, le dernier opéra de Mozart, et de sa partition. Découvrir un opéra. Mozart :“La flûte enchantée” : le message secret. L’histoire mouvementée de la partition manuscrite de La flûte enchantée reste encore largement méconnue. Elle a été jouée aux dés, échangée et finalement évacuée de Berlin à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Butin de guerre, la partition se retrouve en possession des Polonais, jusqu’à ce que le Premier ministre Edward Gierek l’offre au dirigeant de la RDA Erich Honecker. De Vienne à Salzbourg en passant par Berlin et Weimar, retour sur le destin hors du commun du précieux manuscrit, mais aussi sur les arcanes de l’oeuvre, souvent présentée comme un manifeste franc-maçon ou un hymne pour l’humanité fraternelle, l’amour clairvoyant, un éloge symbolique de l’esprit et de la lumière contre la barbarie et les ténèbres. Mais outre son sujet et ses thématiques, l’ouvrage de Mozart et de Shikaneder n’offrirait-il pas le premier opéra populaire et aussi dans sa forme théâtral et musical, un premier jalon réussi fusionnant idéalement les disciplines, enfin pleinement intelligible par tous ?

Documentaire musical d’Axel Brüggemann et Axel Fuhrmann (Allemagne, 2013, 52mn). Rediffusion : mercredi 17 septembre 2014, 5h

Nouvelle Flûte Enchantée de Mozart à Aix sur Arte

shikaneder papageno-magic-flute-mozartArte, mercredi 9 juillet 2014, 20h50. Mozart: La flûte enchantée.  Aix 2014. Grand invité du festival d’Avignon, le britannique Simon McBurney met en scène une nouvelle Flûte enchantée pour le festival d’Aix en Provence.  L’homme de théâtre ex élève à Cambridge avec sa petite amie d’alors Emma Thompson est passé par Paris puis récemment a triomphé dans la cour des papes en Avignon en 2,012 dans une adaptation du Maître et Marguerite de Boulgakov.  Partenaire au théâtre de Juliette Binoche,  Simon McBurney explore le labyrinthe de la psyché humaine comme son père archéologue avant lui, retourne et creuse les strates terrestres pour y révéler les vérités enfouies.  La Flûte mozartienne aixoise saura-t-elle nous dévoiler ainsi un peu de nous même? Mozart rencontre Shikaneder et sa troupe d’acteurs comédiens à Salzbourg, actif sur la scène du théâtre de la ville à l’hiver 1780. Les deux hommes se lient d’amitié. Ayant ouvert son propre théâtre à Vienne, Shikaneder présente en novembre 1789, son Oberon, roi des elfes, dans un dispositif empruntant à l’opéra et au théâtre (comédie populaire ou Singspiel) et dont il écrit le texte : l’ouvrage sera la source de La Flûte Enchantée, le dernier opéra de Mozart, créé en 1791 (au même moment que son dernier opéra seria : La Clémence de Titus).

 

 

 

MOZART_Opera_portrait_profilMozart sur le texte de Shikaneder, compose La Flûte enchantée au printemps 1791, affine l’instrumentation (si subtile) à l’été 1791. L’Ouverture et la fameuse marche des Prêtres seront terminées 2 jours avant la première (30 septembre 1791) où Shikaneder assurait le rôle de l’oiseleur Papageno. Des ténèbres (de l’ignorance) vers la lumière (de la sagesse), l’action de La Flûte emprunte les étapes (épreuves) d’une initiation (ou d’un rituel maçonnique). Le temple égyptien, cadre des prêtres et du sage Sarastro, y côtoie les apparitions nocturnes terrifiantes de la Reine de la Nuit ; sa fille Pamina serait prisonnière et il incombe au jeune prince Tamino de la délivrer… Mais les apparences ne sont-elles pas trompeuses ? Qui manipule qui ? Sarastro est-il réellement ce monstre barbare, geôlier abject de la belle jeune femme ? L’opéra de Mozart et Shikaneder ne finit pas de subjuguer par la justesse de ses intentions : désciller le regard des spectateurs, les conduire à décrypter manigances et supercheries … Ici, la fausse victime est un bourreau (La Reine de la Nuit) et le méchant sage (une source de philosophie salvatrice). Au centre de l’action, règne la vérité (celle de laquelle se montre digne en fin de parcours, Papageno, le double truculent de Tamino, qui apprend ainsi à ne plus mentir). La pertinence du propos ; la forme nouvelle, accessible, immédiatement proche de l’audience populaire, créant des personnages attachants, tendres, humains (Pappageno) aux côtés des héros (Pamina, Tamino) et des autorités (La Reine de la nuit, Sarastro) ont fait le succès de l’ouvrage auprès du public, ce dès la création de l’ouvrage : une revanche pour Mozart dont le Don Giovanni et Cosi fan tutte avaient plutôt été boudés- tout au moins accueillis avec une froideur polie-, par les Viennois. Dès septembre 1791, Mozart qui n’a plus que quelques semaines à vivre, connaît un triomphe populaire immense, source d’une légitime satisfaction (comme il s’en confie dans ses nombreuses lettres dont celles à Constance son épouse alors en cure).

arte_logo_2013Les mises en scène se succèdent sur le chef d’oeuvre du dernier Wolfgang : décalées, actualisées, classiques, égyptiennes, dépouillées, avec machineries. Depuis Bergman au cinéma, l’opéra a conquis le coeur d’une très large audience. Révélant aussi cet art suprême du compositeur sur le mode de la tendresse, de l’innocence recouvrée (les trois garçons dans leur nacelle guident Tamino dans son périple). Qu’en sera-t-il à Aix sous la direction scénique du britannique Simon McBurney ? Sur instruments d’époque, La Flûte aixoise 2014 réunit une distribution de tempéraments nouveaux… Réponse sur Arte, le 9 juillet 2014 dès 20h45.

 

Distribution : Kathryn Lewek (La reine de la nuit), Stanilas de Barbeyrac (Tamino), Mari Eriksmoen (Pamina), Christof Fischesser (Sarastro), … FreiburgerBarokorchester. Pablo Heras-Casado, direction. Simon McBurney, mise en scène.

 

Simon-McBurney-4Notre avis. Une Flûte désenchantée ? Le propos du metteur en scène invité au Festival d’Aix 2014, Simon McBurney est noir, sombre même et strictement souterrain ; déjà révélé à Amsterdam en 2012, cette Flûte désenchantée et triste à en mourir délaisse toute la poésie enfantine créé par le duo Mozart/Shikeneder… : tous les personnages en quête de vérité et d’accomplissement semblent flotter sur/ entre les strates d’un monde sans lumière, sans air, sans espace, sans respiration. Le père archéologue le hanterait-il? On passe sur certains détails qui paraissent trop décalés par rapport au Singspiel imaginé par Shikaneder et Mozart dont le génie de la comédie simple, enfantine, et presque innocente reste atemporel  mais imperceptible ici (La Reine en fauteuil roulant, les sages réunis autour de Sarastro sont des membres costumés cravatés d’un conseil d’administration lamba…)… Tout cela appelle-t-il à la féerie, à la poésie critique et facétieuse des auteurs du XVIIIème ? Force est de constater que non. Mais alors la mise en scène sert-elle véritablement une vision cohérente qui aide à la compréhension de l’opéra ? Heureusement, la presque magie viendrait de la fosse, sous la direction fluide et printanière et vive du chef Pablo Heras-Casado, profitant avec finesse des timbres fruités et d’époque de l’excellent Barokorchester Freibourg. A vous de juger…
Diffusion sur France Musique, le 25 juillet 2014, 20h (Idéal pour ceux qui ne souhaitent pas être divertis et “trompés” par les images de la production aixoise).

 

 

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Compte rendu, opéra. Nantes. Théâtre Graslin, le 28 mai 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Marie Arnet, Elmar Gilbertsson, Ruben Drole, Olga Pudova, James Creswell. Mark Shanahan, direction musicale. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène

flute-47169Fin de saison pour Angers Nantes Opéra avec la reprise de la Flûte Enchantée mozartienne telle qu’imaginée par Patrice Caurier et Moshe Leiser, production créée in loco en 2006 mais qui s’est déjà installée sur les planches du Staatsoper de Vienne, un beau destin pour cette scénographie ravissante. S’inspirant du théâtre de tréteaux avec sa machinerie à vue, cette mise en scène prend pour cadre les coulisses d’un théâtre qu’on imagine aisément être celui dans lequel nous avons pris place, en l’occurrence Graslin, avec ses bleus et ses ors. L’histoire imaginée par Mozart et Schikaneder se déroule ainsi sous nos yeux avec une virtuosité pleine de naïveté et de poésie, nous faisant littéralement retrouver notre âme d’enfant, une sensation qu’il fait bon d’éprouver. On prend un plaisir gourmand à voir les trois Enfants s’envoler dans les airs et entraîner avec eux Pamina vers les épreuves où l’attend son prince, et les trappes qui font surgir et disparaître personnages autant qu’accessoires achèvent de faire fonctionner à merveille cette féérie aux couleurs bariolées.

Une Flûte de féérie

flute-47612Le plateau réuni pour cette reprise répond à merveille au projet voulu par les deux metteurs en scène, et on est heureux d’entendre la musique de Mozart servie avec autant de respect et d’humilité. Les Enfants issus de la Maîtrise de la Perverie font de leur mieux de tout leur cœur, autant que les des seconds rôles tous bien chantants, des deux hommes d’armes à l’Orateur noble et percutant de Tyler Duncan. Le trio des Dames formé par Katia Welletaz, Emilie Renard et Ann Taylor fonctionne admirablement, trois voix et autant de personnalités très différentes mais qui s’apparient avec bonheur, parfaitement complémentaires. Juché sur ses échasses durant toute la représentation, James Creswell réussit néanmoins à offrir un Sarastro de haut niveau, à la ligne de chant d’une belle égalité, grâce surtout à une clarté d’émission devenue rare parmi les voix de basses, permettant pourtant une exacte profondeur dans les notes graves. Sa nocturne rivale, la Reine de la Nuit, trouve en Olga Pudova une interprète de choix, un rien timide durant la première partie de son air d’entrée mais aux vocalises assurées et au contre-fa triomphant. La jeune soprano russe abat ses meilleures cartes dans son second air, d’une grande précision jusque dans le suraigu et porté par une énergie vindicative du meilleur effet. Irrésistible Papageno, Ruben Drole porte parfaitement son nom, tant sa composition se révèle attachante et pleine d’humour. Il bénéficie en outre de la quasi-intégralité des dialogues parlés dévolus à son personnage – complétude inhabituelle mais ô combien indispensable pour une totale caractérisation du rôle –, ce qui lui permet toutes les facéties. Vocalement, il paraît avoir choisi une émission plutôt rustique, un rien pataude et quasiment campagnarde, et il surprend dans de nombreux passages en allégeant soudain sa voix, découvrant alors un timbre totalement différent, et osant quantités de nuances rarement exécutées. Un portrait aux multiples facettes, qui lui vaut un triomphe au rideau final. Excellente Pamina, Marie Arnet reprend le rôle qu’elle incarnait déjà lors de la création de cette production en ce même lieu. La chanteuse suédoise trace les contours d’une figure féminine forte et volontaire, à l’image de son chant très incarné et généreusement déployé. Son air lui permet en outre de dérouler un phrasé élégant et de belles demi-teintes, en une très belle performance.

Remplaçant Stanislas de Barbeyrac initialement prévu, le ténor islandais Elmar Gilbertsson demeure pour nous la révélation de la soirée, tant il correspond à un art du chant que nous défendons ardemment dans ces colonnes. Dès son entrée, pourtant redoutable et redoutée par plus d’un chanteur, il expose une émission très percutante et concentrée, claire et puissante, assumant fièrement la vaillance contenue dans l’écriture musicale. Si son air du portrait, scrupuleusement chanté – mais dans des positions physiques qui ne facilitent pas la régularité du soutien –, pourrait cependant gagner encore en abandon et en tendresse, dès son arrivée devant les trois portes il comble nos attentes dans ce rôle, avec une exactitude dans les voyelles et un impact dans la projection qui font notre bonheur. Un nom à suivre, dont en entendra certainement reparler dans le répertoire mozartien.

Galvanisant le chœur maison, d’une grande musicalité, et l’Orchestre National des Pays de la Loire, Mark Shanahan offre aux artistes un accompagnement idéal, véritable écrin pour les voix. Attentif aux chanteurs, il les suit comme leur ombre, ajustant tempi et nuances, dans une écoute qui force l’admiration tant elle paraît rassurante pour tous. Un admirable travail de vrai chef d’opéra, un modèle du genre.

Le public nantais ne boudant pas son plaisir de retrouver le chef d’œuvre de Mozart, c’est un triomphé mérité qui a salué cette magnifique reprise, une fin de saison au goût d’enfance, un régal.

flute-47585Nantes. Théâtre Graslin, 28 mai 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Livret d’Emmanuel Schikaneder. Avec Pamina : Marie Arnet ; Tamino : Elmar Gilbertsson ; Papageno : Ruben Drole ; La Reine de la Nuit : Olga Pudova ; Sarastro : James Creswell ; Papagena : Mirka Wagner ; Première Dame : Katia Welletaz ; Deuxième Dame : Emilie Renard ; Troisième Dame : Ann Taylor ; Monostatos : Eric Huchet ; L’Orateur et le Premier prêtre : Tyler Duncan ; Les trois enfants : Enfants de la Maîtrise de la Perverie ; Second prêtre et Premier homme d’armes : Gijs van der Linden ; Second homme d’armes : Guy-Etienne Giot. Chœur d’Angers Nantes Opéra ; Chef de chœur : Xavier Ribes. Orchestre National des Pays de la Loire. Direction musicale : Mark Shanahan. Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser ; Décors : Christian Fenouillat ; Agostino Cavalca ; Lumières : Christophe Forey

La Flûte enchantée de Caurier,Leiser par Angers Nantes Opéra (annonce)

flute-enchantee-angers-nantes-opera-caurier-leiser-2014Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014. Production de Caurier/Leiser (2006), reprise. Pour l’année anniversaire des 250 ans de Mozart en 2006, Angers Nantes Opéra avait demandé au duo de metteurs en scène – familiers du théâtre, Patrice Caurier et Moshe Leiser, une nouvelle production dont voici la reprise, clôturant la saison 2013-2014 de l’auguste maison nantaise et angevine.

Sans gommer les symboles francmaçons, le dispositif visuel et scénique emprunte à tout un imaginaire enchanteur, celui du théâtre pur, ses machineries les plus simples et les plus accessibles et compréhensibles du public : un public ravi qui avait en 2006 non sans raisons applaudi à ce miracle de justesse, d’intelligence et de fine et facétieuse poésie. Un théâtre à la Wernicke, celui de La Calisto de Cavalli : où trappes, filins visibles semblant aspirer les protagonistes jusqu’aux cintres, sons préenregistrés et bruitages… précisent ce spectacle de l’illusion féerique dont le sens du rythme crée tout au long de son déploiement lyrique, une histoire sans temps morts. Un spectacle dont la grâce enfantine et l’essor du rire le plus enchanteur, saisit immédiatement. Reprise événement.

Nos 3 raisons pour ne pas manquer La Flûte Enchantée de Mozart à Nantes et à Angers :

Pourquoi ne pas manquer la reprise de La Flûte enchantée de Mozart à Angers Nantes Opéra ?

- son imaginaire poétique et accessible, vrai livre d’image qui fait sens tout au long des deux actes de La Flûte.

- la nouvelle distribution qui promet tout autant que celle de 2006

- la direction vive, soignée, affûtée du britannique habitué de la maison, Mark Shanahan.

Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014.

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La Flûte enchantée de Caurier,Leiser par Angers Nantes Opéra

flute-enchantee-angers-nantes-opera-caurier-leiser-2014Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014. Production de Caurier/Leiser (2006), reprise. Pour l’année anniversaire des 250 ans de Mozart en 2006, Angers Nantes Opéra avait demandé au duo de metteurs en scène – familiers du théâtre, Patrice Caurier et Moshe Leiser, une nouvelle production dont voici la reprise, clôturant la saison 2013-2014 de l’auguste maison nantaise et angevine.

Sans gommer les symboles francmaçons, le dispositif visuel et scénique emprunte à tout un imaginaire enchanteur, celui du théâtre pur, ses machineries les plus simples et les plus accessibles et compréhensibles du public : un public ravi qui avait en 2006 non sans raisons applaudi à ce miracle de justesse, d’intelligence et de fine et facétieuse poésie. Un théâtre à la Wernicke, celui de La Calisto de Cavalli : où trappes, filins visibles semblant aspirer les protagonistes jusqu’aux cintres, sons préenregistrés et bruitages… précisent ce spectacle de l’illusion féerique dont le sens du rythme crée tout au long de son déploiement lyrique, une histoire sans temps morts. Un spectacle dont la grâce enfantine et l’essor du rire le plus enchanteur, saisit immédiatement. Reprise événement.

Nos 3 raisons pour ne pas manquer La Flûte Enchantée de Mozart à Nantes et à Angers :

Pourquoi ne pas manquer la reprise de La Flûte enchantée de Mozart à Angers Nantes Opéra ?

- son imaginaire poétique et accessible, vrai livre d’image qui fait sens tout au long des deux actes de La Flûte.

- la nouvelle distribution qui promet tout autant que celle de 2006

- la direction vive, soignée, affûtée du britannique habitué de la maison, Mark Shanahan.

Angers Nantes Opéra. Mozart: La Flûte enchantée,22mai>17juin 2014.

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Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 29 mars 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte. Julia Kleiter, Pavol Breslik, Daniel Schmutzhard, Sabine Devieilhe, Franz-Josef Selig. Philippe Jordan, direction musicale. Robert Carsen, mise en scène

Ce qui fait la force de Robert Carsen, c’est sa capacité à se renouveler et, mieux encore, à adapter son langage à l’œuvre qu’il sert. Peut-on faire plus dissemblable que sa Platée qui s’achève à l’Opéra-Comique et cette Flûte Enchantée demandée par l’Opéra de Paris ? Pour sa seconde mise en scène du testament lyrique de Mozart, le scénographe canadien s’est penché sur la question de la mort, occurrence dont regorge le livret et que les protagonistes sont tous amenés à côtoyer, qu’ils la donnent ou qu’ils doivent l’affronter. Cette initiation prend sa source au cœur d’une forêt, grâce à une vidéo admirable de Martin Eidenberger à travers laquelle les saisons passent sur le paysage, cycle du temps et de la vie. Une tombe, simple trou creusé dans la terre, se dévoile. Puis deux. Et enfin une troisième. Cette trinité à laquelle on ne peut échapper, tant elle demeure présente dans la partition. La fosse d’orchestre, entourée de gazon, devient elle aussi tombeau, dont s’échappent les notes du divin Wolfgang, et les chanteurs, arrivant parfois par la salle, parcourent cette ère de jeu dans une grande proximité avec les spectateurs.

Une tendre Flûte de chef
Mais après un premier acte scéniquement paresseux et manquant selon nous de magie, il faut attendre l’entracte pour que cette production prenne tout son sens.
Les initiés, voilés, décident du sort de Tamino, et, suivant l’exemple de Sarastro, se démasquent : on reconnaît alors parmi eux la Reine de la Nuit et les trois Dames, qui deviennent alliées du grand-prêtre dans les épreuves conduisant à la sagesse. Un procédé déjà utilisé par Robert Carsen lors de sa première mise en scène de l’œuvre à Aix-en-Provence voilà vingt ans, mais qui n’a rien perdu de sa force et permet toujours un regard nouveau sur le monde de l’obscurité.
Les trois tombes sont à présent vues depuis les profondeurs, de longues échelles reliant le désormais inaccessible monde extérieur et le sombre caveau souterrain. La seconde scène de la Reine de la Nuit permet un effet visuel saisissant, celui de montrer simultanément les deux univers, celui du dessus où sommeille Pamina, et celui du dessous, dont tente de s’extraire Monostatos pour l’abuser.
Durant la scène suivante, les deux compagnons d’infortune errent dans un décor macabre au milieu des cercueils, et c’est de l’un d’eux qu’apparaît la vieille Papagena aux allures de mariée fantôme tout droit sortie d’un film de Tim Burton, pour une scène pleine d’humour noir.
Belle image que ce chœur « O Isis » chanté simplement devant la forêt que jaunit peu à peu l’arrivée de l’automne, vision toute simple et intensément poétique, servant l’une des plus belles pages de l’œuvre.
Et après un suicide de Pamina – heureusement arrêtée à temps par les trois enfants – devant les arbres dénudés et couverts de neige, on est conquis par des épreuves du feu et de l’eau qui sont ce qu’elles doivent être, dans un total respect envers Mozart.
Le jeune couple couronné et Monostatos pardonné par Pamina, tous entonnent le chœur final de blanc vêtus, pieds nus sur l’herbe, dans une fraternité qui respire avec la musique.
Si le message maçonnique s’avère délaissé par Carsen, en revanche la tendresse humaine que contient en son sein cette pièce se voit parfaitement rendue dans toute sa générosité, et c’est ce qui nous a profondément touchés durant cette soirée.
L’autre enchantement de cette production, il faut le chercher du côté de Philippe Jordan. Le chef suisse, suivi fidèlement par un orchestre à la richesse enivrante, délivre tout au long de la représentation une direction parmi les plus belles qu’il nous ait été donné d’entendre, intensément théâtrale, malicieusement contrastée, attentive aux chanteurs comme peu d’autres et parfaitement équilibrée dans son rapport au plateau, nous rappelant celle de Bruno Walter. On admire sans réserve les tempi variés et toujours justes, le geste apollinien et serein, les détails orchestraux furtivement soulignés, et surtout le plaisir évident, presque enfantin, qui se lit dans les gestes et le visage du chef chantant avec les artistes au fur et à mesure que la partition se déroule.
Un exemple parmi cent : cette façon de se mettre au service de la chanteuse dans un « Ach ich fühl’s » démarré à notre sens trop vite, et peu à peu ralenti pour ne suivre plus que la respiration de l’interprète, en authentique amoureux de la voix. Merci, Monsieur Jordan.
Remarquable également, le chœur maison, recueilli et majestueux, qui exalte avec ferveur la noblesse de ses interventions.
Saluons en outre une distribution remarquable de bout en bout.
Aux côtés de prêtres et hommes d’armes de belle facture, Terje Stensvold incarne un solide Orateur, tandis que François Piolino croque un Monostatos épatant et très percutant vocalement, le meilleur entendu depuis longtemps.
Séduction avec les trois Dames merveilleusement appariées d’Eleonore Marguerre,  Louise Callinan et Wibke Lehmkuhl, aux timbres idéalement complémentaires, entité tricéphale d’une rare cohérence.
Le Sarastro de Franz Josef Selig connaît son rôle sur le bout des doigts, et apporte tout son métier au personnage, bien que le legato devienne moins facile qu’autrefois, mais le musicien ose de belles nuances et la profondeur de son instrument ne l’empêche jamais de chanter clair, une belle leçon à méditer.
On craignait pour l’instrument léger de Sabine Devieilhe dans la vastitude de l’Opéra Bastille, force est de constater que l’émission haute et fine de la soprano française lui permet de se faire entendre sans effort, avec la complicité du chef.
Seules les intentions musicales dans la première partie du premier air passent assez peu à la rampe dans cette tessiture centrale, mais les éblouissantes vocalises qui achèvent l’aria scintillent avec facilité, couronnées par un contre-fa insolent. Le second air fonctionne également à merveille, excellemment projeté et osant piano l’un des célèbres suraigus.
Par goût, nous préférons des voix plus corsées pour ce rôle, mais dans la conception de Carsen la jeune chanteuse convient idéalement, la Reine se montrant bouleversée pendant son air de fureur par la violence qu’elle doit infliger à sa fille pour son bien.
Excellent Papageno, Daniel Schmutzhard rafle la mise avec son impayable costume de randonneur, et donne à entendre son beau baryton, autant à l’aise dans les facéties que dans une mort chantée archet à la corde. Il forme avec la Papagena adorable de Regula Mühlemann un couple absolument irrésistible.
Pavol Breslik incarne un bon Tamino, très nuancé et bien chantant, mais paraît parfois à sa limite dans l’aigu, qui manque ainsi de rayonnement et de facilité. Néanmoins le ténor serbe remplit parfaitement sa tâche, paraissant simplement moins exceptionnel que ses partenaires.
Incarnation majeure avec la Pamina bouleversante de Julia Kleiter. Dans la grande tradition du chant allemand, la soprano émerveille par son soprano liquide et rond à la fois, corsé et flottant, lait et miel, réunissant toutes les qualités requises par ce rôle difficile, où fragilité et héroïsme s’entremêlent.
Son air suspend le temps autant que la salle demeure suspendue à son chant, respirations amples et sonorités lentement déployées, aigu cadentiel a cappella d’une pureté déchirante, comme vidé de sa palpitation vitale. Son suicide demeure à cet égard exemplaire, d’une sincérité poignante, et son « Tamino mein », angélique et empli d’amour, nous a tiré les larmes. Un très grand moment d’opéra.
Une soirée qui nous a pris par surprise, et dont nous sommes ressortis avec des yeux émerveillés,  ayant retrouvé notre âme d’enfant.

Paris. Opéra Bastille, 29 mars 2014. Wolfgang Amadeus Mozart : La Flûte enchantée. Die Zauberflöte. Livret d’Emmanuel Schikaneder. Avec Pamina : Julia Kleiter ; Tamino : Pavol Breslik ; Papageno : Daniel Schmutzhard ; La Reine de la Nuit : Sabine Devieilhe ; Sarastro : Franz-Josef Selig ; Papagena : Regula Mühlemann ; Première Dame : Eleonore Marguerre ; Deuxième Dame : Louise Callinan ; Troisième Dame : Wibke Lehmkuhl ; L’Orateur : Terje Stensvold ; Monostatos : François Piolino : Les trois enfants : Solistes d’Aurelius Sängerknaben Calw ; Premier prêtre : Michael Havlicek ; Second prêtre : Dietmar Kerschbaum ; Premier homme d’armes : Eric Huchet ; Second homme d’armes : Wenwei Zhang. Chœur de l’Opéra National de Paris ; Chef de chœur : Patrick Marie Aubert. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Direction musicale : Philippe Jordan. Mise en scène : Robert Carsen ; Décors : Michael Levine ; Costumes : Petra Reinhardt ; Lumières : Peter van Praet et Robert Carsen ; Vidéo : Martin Eidenberger

Compte-rendu : Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 9 juin 2013. Mozart : La Flûte Enchantée. Julien Behr, Olga Pudova… Orch. National Bordeaux Aquitaine. Jurjen Hempel, direction. Laura Scozzi, mise en scène.

mozart_1L’Opéra National de Bordeaux clôt sa saison lyrique 2012-2013 avec la reprise de La Flûte Enchantée de 2010, signée Laura Scozzi. La transposition insolente, interventionniste voire irrévérencieuse est pourtant une réussite incontestable. D’un point de vue purement théâtral, voici une comédie convaincante : d’une fraîcheur, d’un piquant, d’une actualité indéniables.

 

 

Flûte pleine d’humour …

 

Les superbes décors de Natacha Le Guen de Kerneizon n’y sont pour rien. L’action se déroule dans les vallées et montagnes des Alpes autrichiennes, dirait-on. La réalisation est cohénte et bien pensée, et le sens de la comédie est surtout magnifié. Ainsi nous avons droit à trois dames en chaleur, une Reine de la Nuit ivrogne, un Sarastro joueur de golf, une piscine, un hélicoptère… le tout composant une certaine fantaisie mozartienne plutôt décalée, vécue autrement. La mise en scène glaciale se chauffe grâce aux rires et sourires des spectateurs. La divertissante bataille des sexes au ski décontractée et bebette se déroule sur les planches.
Si les yeux et l’intellect sont stimulés par la mise en scène, l’oreille l’est de même par la belle implication des chanteurs. Lors de notre visite (la reprise a deux distributions en alternance), Tamino est interprété par Julien Behr. Le jeune ténor chante son lied du 1er acte avec une certaine qualité nostalgique d’une tendre beauté. Très vite, il rayonne grâce à son enthousiasme et les modulations sensibles de sa voix. Olga Pudova dans le rôle de la Reine de la Nuit fait preuve également d’une étonnante sensibilité. À cela s’ajoutent une coloratura impressionnante, une facilité dans le suraigu irréprochable, un timbre vocal d’une beauté et d’une chaleur particulières.

Melody Moore en Pamina a le chant solide. Sa voix est d’une richesse qui a tendance à aller vers le grave. Dans ce sens, elle paraît avoir plus de caractère que de souplesse, ce qui contraste un peu avec le personnage et la mise en scène, très comique. Le Papageno de Florian Sempey a également une tendance vers le grave. Sa voix est sombre comme elle est puissante, mais réussit à alléger sa prestation avec un excellent jeu d’acteur. Wenwei Zhang fait, quant à lui, un Sarastro avec un registre grave puissant et d’une noble beauté. Il se projette et s’impose sans effort apparent et touche par les nuances chaleureuses de son chant.

Les rôles secondaires se distinguent de la même façon. En particulier les trois dames d’Eve Christophe-Fontana, Caroline Fèvre et Gaëlle Mallada, coquettes et désinvoltes, ainsi que le Monostatos de Cyril Auvity, d’un chant presque trop beau pour son personnage méchant. Mention spéciale pour les 3 garçons interprétés par trois sopranos (Morgane Collomb, Laura Jarrell et Bridget Bevan) au bel investissement.

L’Orchestre National Bordeaux Aquitaine dirigé par Jurjen Hempel est d’une réactivité trépidante. Si les tempis sont parfois arbitraires et l’équilibre pas toujours évident, la prestation est dans les lignes générales, d’une grande beauté, notamment la prestation des vents très élégante. Une Flûte hivernale au printemps bordelais qui fait tant rigoler, et qui inspire autant de sourires que d’applaudissements. À l’affiche jusqu’au 10 juin 2013 à l’Opéra National de Bordeaux.

Bordeaux. Opéra National de Bordeaux, le 9 juin 2013. Mozart : La Flûte Enchantée. Julien Behr, Olga Pudova, Wenwei Zhang… Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Jurjen Hempel, direction. Laura Scozzi, mise en scène.