CD, critique. QUINTETTE AQUILON : Saisons (Piazzolla, Tomasi, Barber, McDowall
 – 1 cd Klarthe records)

aquilon cd saisons critique classiquenews piazzolla mcdowel critique cd par classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019 KLA070couv_lowCD, critique. QUINTETTE AQUILON : Saisons (Piazzolla, Tomasi, Barber, McDowall
 – 1 cd Klarthe records). Mon premier cd Ă©colo est en carton, imprimĂ© sur un papier ensemencĂ© (de graines mellifĂšres) et il peut mĂȘme fleurir. Mais avant vos germinations et fleurissements Ă©cologiques, il y a au cƓur de cet engagement visionnaire, un programme dĂ©lectable qui confirme le brio du quintette de musiciennes Aquilon. Les 5 jeunes musiciennes rĂ©alisent ici un programme percutant qui met en avant la plasticitĂ© conjuguĂ©e de leurs instruments respectifs (flĂ»te, basson, clarinette, cor et hautbois) ; la conception du cd, – rĂ©duisant le plastic a minima, affirmant haut et fort la fragilitĂ© des espĂšces animales et du patrimoine vĂ©gĂ©tal, est en soi un acte mĂ©ritant dont toute l’industrie musicale devrait s’inspirer. Saluons le label Klarthe de s’associer Ă  cette vision des plus pertinentes.

 

 

LES SAISONS par AQUILON : mon premier cd Ă©colo

 

Sur le thĂšme des SAISONS, le cycle comprend l’inusable Piazzolla (qu’elles ont jouĂ© en concert), les plus rares « Printemps » de Tomasi (avec le saxo de Vincent David), Summer music de Barber (alliant sĂ©rĂ©nitĂ© et contemplation), et « cerise sur le gĂąteau », deux compositrices Ă  (re)dĂ©couvrir avec urgence : Autumn music de Jennifer Higdon et surtout Winter music de Cecilia McDowall (1951) dont l’écriture allie verve et humour.
Ottoño porteño et Invierno de Piazzolla sont intercalĂ©s Ă  Barber et Higdon, ajoutant Ă  l’unitĂ© et Ă  la cohĂ©rence du dĂ©roulement global. A la diversitĂ© des Ă©critures – fait marquant qui renouvelle l’approche sur le thĂšme pourtant usĂ© et rebattu des « saisons », rĂ©pond une attention spĂ©cifique aux nuances et accents souvent privilĂ©giĂ©s par chaque compositeur. On se dĂ©lecte des chants d’oiseaux du Tomasi, vĂ©ritable voliĂšre sonore, riche en couleurs et en vivacitĂ© ; distinguons parmi les partitions contemporaines, celle de McDowall, palpitante, heureuse, plus printaniĂšre Ă  notre sens qu’hivernale. L’acuitĂ© expressive de chaque musicienne rĂ©tablit ce jeu sonore propre Ă  un collectif vĂ©ritablement complice et agile. Habile et astucieux dans chaque partitions (certaines transcriptions), Aquilon caractĂ©rise chaque sĂ©quence avec un style et un goĂ»t sĂ»rs. Certaines instrumentistes jouent en orchestre, maĂźtrisant la pratique des instruments historiques : tout cela s’entend dans la rĂ©alisation des accents et des phrases plus chantantes et ornementĂ©es. De sorte que nous tenons lĂ , un programme enthousiasmant, serti de trouvailles souvent irrĂ©sistibles dans l’art du jeu concertant et dialoguĂ©. Convaincant.

 

 

 

 

 

 

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CD, critique. QUINTETTE AQUILON : Saisons (Piazzolla, Tomasi, Barber, McDowall
 – 1 cd Klarthe records)

Astor Piazzolla (1921- 1992) – Estaciones porteñas, arrangement Ulf Guido SchĂ€fer
Henri Tomasi (1901 – 1971) – Printemps pour sextuor à vent (Saxophone, Vincent David)
Samuel Barber (1910-1981) – Summer music
Jennifer Higdon (1962*) – Autumn music
Cecilia McDowall (1951*) – Winter music

CLIC D'OR macaron 200Quintette Ă  vents Aquilon (Marion Ralincourt, flĂ»te – Claire Sirjacobs, hautbois – StĂ©phanie Corre, clarinette – Marianne Tilquin, cor – GaĂ«lle Habert, basson) – CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019.

 

 

 

 

 

 

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VIDEO, teaser du cd SAISONS par le Quintette Aquilon / 1 cd KLARTHE records
https://www.youtube.com/watch?v=-xFt37jq5WI

 

 

 

 

Entretien avec la soprano colorature GĂ©raldine Casey

espana-geraldine-grisey-cd-klarthe-records-critique-cd-review-cd-classiquenews-annonce-critique-cdENTRETIEN avec la soprano GĂ©raldine CASEY, exploratrice / ambassadrice du verbe ibĂ©rique tel qu’il rayonne dans les mĂ©lodies des XIXĂš et XXĂš…  Le label Klarthe, jamais en manque d’un choix artistique original, Ă©dite un programme riche en contrastes et couleurs (intitulĂ© avec raison : “ESPAÑA”) oĂč la cantatrice française cisĂšle l’esprit du drame et de la passion ibĂ©riques, le sens du rythme, l’intelligence et les intentions du verbe incarné  sans omettre tout un nuancier d’Ă©motions et de sentiments mĂȘlĂ©s parfois tragique, souvent tendres et amoureux… La cantatrice prĂ©cise les grandes divas qui l’ont inspirĂ©e pour rĂ©aliser les dĂ©fis de ce rĂ©pertoire des plus exigeants…

 

 

 

CLASSIQUENEWS / CNC :  En quoi est-il pertinent d’aborder les mĂ©lodies choisies pour soprano colorature, c’est Ă  dire pour votre voix ?

GĂ©raldine Casey : On connait le rĂ©pertoire de mĂ©lodies espagnoles surtout Ă  travers des reprĂ©sentantes emblĂ©matiques telles Teresa Berganza, Victoria de los Angeles ou Montserrat CaballĂ©, c’est-Ă -dire des voix de mezzo sopranos ou sopranos lyriques. Il suffit de constater la popularitĂ© des fameuses ”Siete canciones populares” de Manuel de Falla, souvent enregistrĂ©es et diffusĂ©es auprĂšs du grand public. Aux accents typiquement ibĂ©riques, elles sont expressĂ©ment composĂ©es pour mezzo soprano.

Il est vrai que la rĂ©fĂ©rence au “cante jondo” (littĂ©ralement traduit chant rond) du flamenco dans ce rĂ©pertoire est trĂšs prĂ©sente, et pousserait Ă  croire qu’il ne s’adresse qu’aux voix graves.

Or, nombreux sont les compositeurs espagnols qui ont Ă©crit pour voix de soprano, leur permettant justement d’allier les rĂ©fĂ©rences folkloriques Ă  la musique dite plus “savante”. Il semblait intĂ©ressant de les faire mieux connaitre. Souvent certaines sont de vraies raretĂ©s au disque, comme les trĂšs belles mĂ©lodies de jeunesse de Manuel de Falla ou les pĂ©pites de Fernando Obradors

Cela donne une forme toute particuliĂšre de mĂ©lodies, dans laquelle la voix plus aigue peut exprimer la spiritualitĂ© et le raffinement de l’esprit et des textes emblĂ©matiques espagnols (la piquante morale de CervantĂšs dans les si aigus de Consejo d’Obradors ou la subtilitĂ© et les intonations du rapport mĂšre/fille dans Preludios de Falla). Les vocalises typiquement coloratures permettent en outre d’imager des Ă©lĂ©ments essentiels de l’histoire comptĂ©e, comme le vol du papillon dans Elegie eterna de Granados, le rire dans De donde venis amore et le vent dans les arbres de De los alamos vengo de Rodrigo, ou encore l’insolence dans Coplas de Curro Dulce d’Obradors.

Soit certainement au final une grande liberté et une large palette de couleurs pour des voix étendues comme la mienne.

 

 

 

CLASSIQUENEWS / CNC : A propos des textes de canciones, quels thĂšmes poĂ©tiques vous semblent spĂ©cifiques Ă  l’Ăąme espagnole ? Y a t il 1 / 2 piĂšces que vous trouvez particuliĂšrement emblĂ©matiques ?

GĂ©raldine Casey :Le corpus littĂ©raire invoquĂ© dans le rĂ©pertoire de mĂ©lodies espagnoles est tout simplement fantastique. Car au cĂŽtĂ© des thĂšmes folkloriques comme la sĂ©duction, les affres ou bonheurs de l’amour, la simple danse, vous trouvez les trĂšs belles poĂ©sies de Gustavo Adolfo BĂ©cquer (1836-1870) ou Antonio de Trueba (1819-1899), ou encore celles des catalans Josep JanĂ©s (1913-1959) et Apel les Mestres (1854-1936), trĂšs connus en Espagne. Souvent reviennent les thĂšmes de l’action du temps dans nos vies, le rapport Ă  la mort, mais aussi tout ce qui concerne l’indĂ©pendance et la libertĂ© de l’ĂȘtre. Ce qui frappe finalement, c’est cette propension Ă  la dualitĂ© “assumĂ©e” de la nature humaine, toute de fougue comme de subtilitĂ©, toute de vie comme de mort, toute d’amour signifiant joie et malheur à la fois.
DerriĂšre un subtil raffinement du texte, utilisant souvent la mĂ©taphore, les thĂšmes sont abordĂ©s de maniĂšre forte, directe, entiĂšre, et souvent avec beaucoup d’humour.

Difficile d’isoler une ou deux Ɠuvres parmi toute ces richesses, mais peut-ĂȘtre le chef d’Ɠuvre “Damunt de tu nomes les flors” de Federico Mompou en est-il une synthĂšse, tout comme Preludios de de Falla dĂ©jĂ  citĂ©e. TrĂšs typiques sont El majo discreto de Granados (en plus inspirĂ©e de tableaux de Goya) tout comme El Vito d’Obradors, au niveau de l’humour et de l’insolence.

 

 

 

CLASSIQUENEWS / CNC : A part Maria Barientos que vous évoquez dans le texte du livret, quelles sont les cantatrices modernes qui vous ont inspirées ? Sur le plan du style, des intonations, du caractÚre ?

GĂ©raldine Casey : J’avais bien sĂ»r entendu Victoria de los Angeles (qui a eu la chance d’enregistrer nombre de mĂ©lodies de Mompou avec le compositeur lui-mĂȘme) ou encore Teresa Berganza et Montserrat CaballĂ©, toutes trois ardentes dĂ©fenseurs du rĂ©pertoire espagnol. Mais la vraie rĂ©vĂ©lation est venue de Maria Bayo, qui chante Ă©normĂ©ment ce rĂ©pertoire ainsi que la (peu connue en France) zarzuela (Ă©quivalent de notre opĂ©ra comique français). J’ai Ă©tĂ© touchĂ©e par la subtilitĂ© de cette voix de soprano lĂ©ger dans un rĂ©pertoire souvent uniquement associĂ© au folklore. Elle m’a vĂ©ritablement fait dĂ©couvrir toute la finesse de l’inspiration de ces compositeurs des 19Ăšme et 20Ăšme siĂšcles, tout en dĂ©montrant une libertĂ© de style dans les affects et intonations de voix se rapprochant du flamenco (trilles typiques, exclamations, utilisation plus appuyĂ©e de la voix de poitrine). Avec une tessiture Ă©quivalente et un amour de l’Espagne car j’y ai vĂ©cu, je ne pouvais que m’engouffrer avec dĂ©lectation sur ses pas ! Pilar Lorengar, plus ancienne, est aussi un maĂźtre en la matiĂšre, notamment au niveau de la justesse du texte et surtout du sous-texte. J’apprĂ©cie enfin le style simple et nuancĂ© de Dania Rodriguez, qui cherche tout comme nous l’avons fait, à faire redĂ©couvrir les raretĂ©s de ce rĂ©pertoire.

Propose recueillis en avril 2019

 

 

 

 

 

 

LIRE aussi :
espana-geraldine-grisey-cd-klarthe-records-critique-cd-review-cd-classiquenews-annonce-critique-cdCD, critique. GĂ©raldine Casey, soprano : ESPAÑA ! (1cd KLARTHE). Nous avions remarquĂ© son cd Mozart : oĂč son sens expressif et sa plasticitĂ© comme coloratoure savaient relire avec vivacitĂ© et investissement les airs redoutables Ă©crits par Mozart
 Klarthe Ă©dite un tout autre programme oĂč la cantatrice française troque l’agilitĂ© et le legato mozartiens pour l’esprit de la couleur ibĂ©rique, le sens du rythme, l’intelligence et les intentions du verbe incarné  sans omettre, un Ă©panchement nuancĂ© dans la douleur, la pudeur blessĂ©e, ce tragique contenu et toujours digne, qui fait l’orgueil des hĂ©roĂŻnes hispaniques
 et aussi la profondeur souvent mal comprise de la majoritĂ© des piĂšces concernĂ©es.
Le choix de l’interprĂšte se porte sur les mĂ©lodistes espagnols des XIXĂš et XXĂš, dont le travail ressuscite dans l’écriture « savante », la force et la sincĂ©ritĂ© des idiomes traditionnels et populaires. Comme le prĂ©cise GĂ©raldine Casey dans le texte de la notice, tous les compositeurs ainsi rĂ©unis sont pianistes (d’oĂč le raffinement de l’accompagnement au clavier) ; ils sont tous marquĂ©s par l’impressionnisme des parisiens Debussy et Ravel, enrichissant encore la palette ibĂ©rique de nuances harmoniques Ă  la française. Le jaillissement des sentiments se double ainsi d’une Ă©vocation trĂšs fine des situations et des climats qui portent les Ă©motions du chant.

 

 

 

ZAHIR : 4 saxophones enivrés

klarthe records ZAHIR quatuor de saxos critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ZAHIR (1 cd Klarthe records). ZAHIR signifie en arabe, ce qui est “visible”, ce qui occupe en permanence la vision et l’esprit
 Ce quatuor de saxos (nĂ© en 2015) Ă©cartent tous ses concurrents par son audace, la libertĂ© du geste, une virtuositĂ© naturelle et souple, sa ligne artistique, ses lumineux engagements. Velours mordant et caractĂ©risĂ© : le son du Quatuor ZAHIR enchante littĂ©ralement et berce dans l’excellente transcription du Quatuor de Borodine (rĂ©alisĂ©e par le sxo soprano Guillaume Berceau) ; un Borodine revivifiĂ©, transcript, sublimĂ© dont le charme d’esprit populaire dĂšs son premier Allegro caressant sĂ©duit immĂ©diatement par l’équilibre des quatre instruments (quatuor vocal plutĂŽt que quatuor Ă  cordes : c’est Ă  dire saxophones soprano, alto, tĂ©nor, baryton). Le souci de la caractĂ©risation, le sens du dialogue entre les parties, la trĂšs fine conception du format sonore, d’une subtilitĂ© rĂ©jouissante, la fluiditĂ© de l’écriture qui fait passer d’un instrument Ă  l’autre, de surcroĂźt dans une prise de son « tournante », ni trop proche ni trop Ă©loignĂ©e, mais ronde et presque dansante, souligne l’extrĂȘme ductilitĂ© lumineuse des Zahir (pulsion dansĂ©e, organiquement trĂšs soignĂ©e du Scherzo). La tendresse simple du Notturno seduit tout autant, jusqu’au trĂšs beau mystĂšre grave du dĂ©but du Finale avant la sĂ©quence plus vive, trĂšs animĂ©e, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e elle aussi dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences successives. Jaillit une expressivitĂ© assumĂ©e, jamais tendue ni outrĂ©e grĂące Ă  la recherche constante et exaucuĂ©e d’un sublime Ă©quilibre sonore.
L’audace de ce premier cd fait miroir avec une curiositĂ© tout azimut, qui fait de ZAHIR, outre un idĂ©al esthĂ©tique, un laboratoire musicale. D’oĂč une implication totale dans la dĂ©fense des partitions contemporaines. LIRE notre critique complĂšte du cd ZAHIR (Klarthe records)

ENTRETIEN AVEC LE QUATUOR VENDÔME (CrĂ©ations)

ENTRETIEN AVEC LE QUATUOR VENDÔME. En mai 2018, paraissait chez Klarthe records, un programme rĂ©jouissant, totalement dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation, mĂȘlant des oeuvres signĂ©es Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 quatuor de compositeurs vivants rĂ©pondant au geste explorateur d’un quatuor en connexion avec son Ă©poque ; autant de crĂ©ateurs contemporains qui ont jouĂ© ainsi la carte de l’inĂ©dit, rĂ©pondant Ă  la commande des quate instrumentistes du quatuor de clarinettes, le QUATUOR VENDÔME. Élu « CLIC de CLASSIQUENEWS » (printemps 2018), le cd rĂ©vĂšle et souligne l’étonnante cohĂ©rence des quatre clarinettistes, alliant sens de l’écoute, partage et complicitĂ©. Vertus profitables pour une sonoritĂ© et un geste affĂ»tĂ©s, vifs, particuliĂšrement convaincants. Entretien avec le QUATUOR VENDÔME
 sur la notion de travail et d’entente collectifs, sur les bĂ©nĂ©fices aussi qu’a aujourd’hui une formation chambriste dans la dĂ©fense des Ă©critures de notre temps


 

 

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CLASSIQUENEWS.COM / CNC : Comment avez vous travaillé avec chaque compositeur dans la réalisation de leur piÚce respective ? De quelle façon il est important de pouvoir recueillir au cours du processus de création, les commentaires et les indications des auteurs ?

QUATUOR VENDÔME : Travailler avec des compositeurs aussi talentueux et reconnus a Ă©tĂ© un moment privilĂ©giĂ©. PassĂ©e la petite apprĂ©hension de l’inconnue que rĂ©serve toute Ɠuvre nouvelle, la conscience de l’enjeu musical a trĂšs vite succĂ©dĂ© au plaisir de la dĂ©couverte. Nous tenions Ă  maitriser au mieux les textes avant de rencontrer les cinq compositeurs. Ils nous ont tous montrĂ© un bel enthousiasme Ă  la premiĂšre Ă©coute, moment toujours important dans le processus de crĂ©ation, car chargĂ© d’attentes de reconnaissance de part et d’autres : « Rendons-nous justice Ă  la musique » du point de vue des interprĂštes, « mon Ɠuvre est-elle rĂ©ussie » se demande le compositeur ?
MalgrĂ© une rĂ©elle autonomie musicale du groupe, basĂ©e sur nos dĂ©jĂ  nombreuses expĂ©riences de chambriste, soliste ou musicien d’orchestre, travailler avec les crĂ©ateurs nous a apportĂ© indĂ©niablement un « supplĂ©ment d’ñme » dans notre interprĂ©tation, sur le caractĂšre des piĂšces, en particulier, un sens du dĂ©tail Ă©galement. Nous avons souhaitĂ© nous approprier entiĂšrement les Ɠuvres que nous ont confiĂ© les compositeurs.

 

 

CLASSIQUENEWS.COM / CNC : Comment dĂ©finiriez vous le son de votre ensemble ? Qu’est ce qui fait sa singularitĂ© ?

QUATUOR VENDÔME : Sommes-nous vraiment les mieux placĂ©s pour dĂ©finir l’identitĂ© sonore de notre formation ?
Ce qui nous amuse et nous rassure en mĂȘme temps sont les commentaires de ceux qui nous connaissent le mieux tous les quatre individuellement, amis musiciens, professionnels ou Ă©tudiants :
« J’ai essayĂ© de reconnaitre qui joue quelle partie dans l’enregistrement et me suis trompĂ© Ă  chaque fois ! »
Notre démarche de chambriste est réelle, mais il faut constamment veiller à « rentrer dans le rang », ne jamais abuser de notre potentiel « solistique » sans le renier non plus, et tenter toujours de concilier quatre fortes personnalités musicales.

 

 

CLASSIQUENEWS.COM / CNC : De quelle façon chaque piÚce exploite-t-elle les particularités du Quatuor de clarinettes ?

QUATUOR VENDÔME : Lorsque nous avons choisi les compositeurs pour cet enregistrement, nous nous sommes gardĂ©s de leur donner un cahier des charges. Ils avaient « carte blanche » avec pour seule consigne de ne nous Ă©pargner aucune difficultĂ© technique.          Nous avons sur ce point Ă©tĂ© servis, tant les quatuors sont exigeants par leurs difficultĂ©s rythmiques, leurs fulgurances, par l’utilisation sans rĂ©serves de tout l’ambitus de l’instrument, l’emploi de nuances extrĂȘmes parfois aux limites de la rupture du son.

 

 

CLASSIQUENEWS.COM / CNC : Quels sont les principaux défis pour un quatuor de clarinettes ? Y a t il un/des meneur/s ? Chaque instrument est il soliste égal aux autres ?

QUATUOR VENDÔME : La grande qualitĂ© de ce type de formation est de pouvoir trouver assez rapidement une forme d’homogĂ©nĂ©itĂ©, comme d’autres formations de chambre issues de la mĂȘme famille d’instruments. Le « dĂ©faut de la qualité » est le risque d’avoir toujours le mĂȘme son. Pour apporter de la variĂ©tĂ© (et aussi pour rester bons amis ?), nous avons dĂ©cidĂ© dĂšs les dĂ©buts de l’ensemble il y a quinze ans d’alterner au sein du groupe toutes les parties, de la clarinette soprano Ă  la petite clarinette, de la clarinette basse au cor de basset
 Il en dĂ©coule une grande variĂ©tĂ© de couleurs, les thĂšmes circulent davantage, le public est surpris et sĂ©duit par ce jeu de « chaises musicales ».
Une autre de nos spĂ©cificitĂ©s est peut-ĂȘtre le choix des rĂ©pertoires. Nous n’avons eu de cesse de donner en quelques sortes « ses lettres de noblesses » Ă  cette formation qui manquait cruellement de piĂšces originales de qualitĂ© et de transcriptions convaincantes.
Nous incluons Ă©galement toujours une piĂšce de grande virtuositĂ© dans nos programmes ; la clarinette n’est-elle pas aussi un instrument volubile ? Nous aimons Ă  croire que le Quatuor VendĂŽme a suscitĂ© de nombreuses vocations en France et Ă  l’étranger, et constatons qu’il existe maintenant beaucoup plus de quatuors de clarinettes qu’il y a 15 ans !

 

 

Propos recueillis Ă  l’étĂ© 2018

 

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creation quatuor de vendome clarinette cd review critique cd par classiquenews kla046couv_lowLIRE aussi notre critique complùte du cd CREATIONS : QUATUOR VENDÔME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016). Paru en mai 2018.
http://www.classiquenews.com/can-critique-creations-quatuor-vendome-bacri-beffa-escaich-connesson-1-cd-klarthe-records-2011-2016/

 

 

 

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CD événement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records)

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense.

PIANO / VOIX SUPERLATIF

La rĂ©ussite est totale car l’intelligence du programme, c’est Ă  dire la succession des oeuvres proposĂ©es crĂ©e une dramaturgie qui saisit par l’intensitĂ© des climats intĂ©rieurs, la recherche permanente de ce que dit le texte, la volontĂ© d’exprimer l’introspection et la charge Ă©motionnelle de chaque air. C’est une traversĂ©e intime oĂč chaque Ă©pisode doit sa « vĂ©rité » au choix des compositeurs : les plus grands du XVIIĂš (Monteverdi, Purcell
) et du XVIIIĂš europĂ©en (JS Bach, Haendel, Vivaldi
).

21 airs, 21 sentiments de l’Ăąme… Belle idĂ©e en ouverture d’aborder le rĂ©cital par l’indicible langueur de Monteverdi (“Oblivion soave“
 extrait de L’Incoronazione di Poppea) dont le contre tĂ©nor ThĂ©ophile Alexandre exprime tout le vertige hallucinĂ© ; lui rĂ©pond un piano littĂ©ralement hypnotique du trĂšs pictural Guillaume Vincent 
 au toucher de rĂȘve : quel rĂ©gal dans des airs baroques oĂč l’on pensait que seuls comptaient la virtuositĂ© et le panache. Rien de tel ici tant la sincĂ©ritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©, la prĂ©cision feutrĂ©e sont Ă©loquentes et remarquablement exprimĂ©es. On souhaiterait Ă©couter le pianiste dans un rĂ©cital seul chez Rameau ou Scarlatti

CLIC D'OR macaron 200Ecoutez ainsi comment le clavier installe un climat de balancement onirique, Ă  la scansion taillĂ©e comme un diamant, Ă  la fois percussif mais tendre (nouvel oxymore
 notion qu’apprĂ©cient les initiateurs de ce programme) pour l’air de l’hiver de Purcell (« cold song » / renommĂ© « l’effroi » – plage 6) ; mĂȘme franche Ă©mission et naturel vocal rĂ©jouissant, et d’une belle complicitĂ© dans le meilleur duo lyrique Ă  notre avis (avec la soprano Marion Tassou), Ă©pisode “Les larmes” : « son nata a lagrimar» de Haendel, oĂč les deux timbres s’enlacent et se rĂ©pondent en une dĂ©ploration aĂ©rienne, pudique et sobre.
Tout le programme relĂšve dans le chant, de ce souci de la nuance et de l’émission, sublimĂ© par un piano constamment enivrant.

EN CONCERT

Les amateurs de cette relecture rafraßchissante du Baroque lyrique le plus connu, retrouveront les deux artistes en tournée. PremiÚres dates à Paris, Athénée, les 22 et 23 octobre 2018.

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CD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records) – durĂ©e : 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris

 
Programme / track listing

 

1. L’OUBLI  I  OBLIVION SOAVE, MONTEVERDI
2. LA CÉLÉBRATION  I  STRIKE THE VIOL, PURCELL
3. L’AMBITION  I  SARÒ QUAL VENTO, HAENDEL
4. L’ESPOIR  I  ALTO GIOVE, PORPORA
5. LE DÉSIR  I  PUR TI MIRO*, MONTEVERDI
6. L’EFFROI  I  COLD SONG, PURCELL
7. LA COLÈRE  I  GEMO IN UN PUNTO, VIVALDI
8. L’EMPATHIE  I  EJA MATER, VIVALDI
9. LA CANDEUR  I  LES SAUVAGES*, RAMEAU
10. LES TOURMENTS  I  AGITATA INFIDO FLATU, VIVALDI
11. LA FOI  I  CUM DEDERIT, VIVALDI
12. LES REGRETS  I  ERBARME DICH, BACH
13. LE PLAISIR  I  ONE CHARMING NIGHT, PURCELL
14. LA FIERTÉ  I  DOMERÒ LA TUA FIEREZZA, HAENDEL
15. LE JEU  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI**, PORPORA
16. LA LÉGÈRETÉ  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI***, PORPORA
17. LE DOUTE  I  IF LOVE’S A SWEET PASSION, PURCELL
18. LA VENGEANCE  I  OMBRA CARA, HAENDEL
19. LES LARMES  I  SON NATA A LAGRIMAR**, HAENDEL
20. L’ABANDON  I  DITE OHIMÈ, VIVALDI
21. LA LIBERTÉ  I  LASCIA CH’IO PIANGA, HAENDEL

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CD, compte rendu critique. Piazzolla : Une histoire de tango (HĂ©au, Roggeri, 1 cd Klarthe, 2015)

piazzolla heau florent clarinette marcela roggeri piano review cd classiquenews critique cdCD, compte rendu critique. Piazzolla : Une histoire de tango (HĂ©au, Roggeri, 1 cd Klarthe, 2015).  Ce qui captive chez Piazzolla c’est le gĂ©nie des mĂ©lodies suaves, nostalgiques et le sens de la danse et du rythme. C’est aussi une attĂ©nuation trĂšs subtile de l’Ă©noncĂ© expressif qui Ă©vite le pathos comme l’excĂšs dĂ©monstratif pour in fine, exprimer la sensation intĂ©rieure et l’Ă©coute introspective. A l’Ă©chelle de cette carte poĂ©tique spĂ©cifique, l’accord chambriste des deux solistes ici rĂ©unis par le label Klarthe records porte ses fruits associant trĂšs judicieusement une pianiste argentine (consƓur donc du grand Astor) et un clarinettiste français, dĂ©dicataire crĂ©ateur de partitions contemporaines majeures comme Le Chant des tĂ©nĂšbres ou Chorus de Thierry Escaich, ou le Concerto pour clarinette de Philippe Hersant… les deux partenaires s’Ă©taient dĂ©jĂ  retrouvĂ©s, autour des mĂ©lodies du compositeur argentin Carlos roggerri-marcela-piano-argentin-piazzollaGuastavino. Marcela Roggeri et Florent HĂ©au dessinent la fluide arche lyrique intĂ©rieure et rĂ©solument nostalgique d’Oblivion (plage 1) ; puis le plus chaloupĂ© (Adios Nonino), guilleret, et presque enivrĂ© qui met en avant la capacitĂ© du clarinettiste Ă  caractĂ©riser et colorer une sĂ©quence qui passe de l’exaltation Ă  la tendresse. D’une calme torpeur caressante, alliant amertume et pudeur blessĂ©e, Milonga del ĂĄngel (comme doucement enivrĂ©) renforce le trĂšs sensible accord de la clarinette avec le piano remarquablement articulĂ© et suggestif de Marcela Roggeri. D’ailleurs, la ductilitĂ© suggestive de la pianiste s’impose tout au long de l’album, soulignant sa dextĂ©ritĂ© rare qui diversifie les effets et parties du clavier selon les Ă©pisodes et les morceaux : purement mĂ©lodique, prĂ©cisĂ©ment rythmique, surtout enveloppant et envoĂ»tant tel un nimbe harmonique, rĂ©sonant comme un petit orchestre. La participation dĂ©licate de l’Argentine est toujours aussi remarquable en terme d’intelligence musicale. Jamais tapageuse, toujours dans la suggestion des choses comme l’enrichissement feutrĂ© / ciselĂ© des climats.

Bordel 1900 affirme une nouvelle brillance plus explicite et dĂ©terminĂ©e ; qui exige de l’instrument un jeu Ă  la fois percussif et agile, plein de caractĂšre. De fait rien Ă  voir avec les vapeurs plus Ă©thĂ©rĂ©es et le parfum d’une langueur plus insaisisable de CafĂ© 1930… Ă©pisode social, trĂšs parisien : encore la preuve de l’inspiration de Piazzolla quand il s’agit d’Ă©voquer l’ambiance et l’urbanitĂ© françaises, spĂ©cifiquement parisiennes.

RĂȘves intĂ©rieurs, complicitĂ© Ă©lective : Piazzolla da camera

CLIC_macaron_2014Plage 8, fleuron de l’inspiration de Piazzola, l’Ave Maria qui vient d’ĂȘtre abordĂ© par le violoncelliste Christian-Pierre La Marca (transposition remarquable du compositeur et guitariste Samuel Strouk) dans son excellent album titre CANTUS, CLIC de classiquenews de mai 2016, s’impose ici aussi par son opulence secrĂšte d’une absolue pudeur, caractĂšre que relĂšve le clarinettiste avec une belle sensibilitĂ©, Ă  la fois rĂȘveuse et lointaine, comme subtilement absente. Aucun doute, la mĂ©lancolie Piazzollienne est toute entiĂšre recueillie dans cette mĂ©lodie de presque 6mn dont l’instrument Ă  anche souligne par ses couleurs empruntĂ©es / inspirĂ©es du bandonĂ©on surtout, la vocalitĂ  souple et veloutĂ©e.

CD. Florent HĂ©au : tout pour PiazzollaA travers le parcours du programme entier, on note la superbe gradation, progressivement, dans les replis de l’Ăąme pensive, divagations de plus en plus introspectives, prĂ©cisĂ©ment dans les deux derniers Ă©pisodes, lesquels dĂ©ploient une suggestion magicienne, toute enivrĂ©e : Milonga en rĂ©, surtout Aire de la zamba niña, dont l’apaisement affectionne presque la fluiditĂ© d’une berceuse… La complicitĂ© de plus en plus convaincante et sĂ©ductrice des deux instrumentistes visiblement dans le mĂȘme esprit… d’une Ă©vanescence lĂ©gĂšre, dĂ©licieusement chaloupĂ©e, Ă©claire ce que le trop court texte d’introduction, – et presque sybillin, Ă©voque avec justesse : l’Ă©motivitĂ© affleurante d’un Piazzolla chambriste, aux secrets enfouis (intimes?), plutĂŽt dramatiques. L’entente des deux solistes, – la pianiste sur son seul clavier ; le clarinettiste changeant d’instruments selon le caractĂšre de chaque piĂšce-, gagne peu Ă  peu en Ă©conomie, intensitĂ©, profondeur. Accord total, rĂȘverie croissante. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS.

CD, compte rendu critique. Piazzolla : Une histoire de tango (Florent HĂ©au, clarinettes – Marcela Roggeri, piano) — enregistrĂ© Ă  Paris en mars 2015 / 1 cd Klarthe 015 — durĂ©e : 54 mn. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

Entretien avec le compositeur Samuel ANDREYEV Ă  propos de “Moving”…

Entretien avec le compositeur Samuel ANDREYEV Ă  propos de “Moving”… A l’occasion de son premier disque monographique Ă©ditĂ© par le label français KLARTHE, le compositeur Samuel Andreyev rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS.

 

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CLASSIQUENEWS : Vous utilisez des titres “trĂšs poĂ©tiques” ou faisant rĂ©fĂ©rence Ă  un Ă©pisode narratif choisi. De quelle façon la poĂ©sie s’immisce dans votre Ă©criture et nourrit votre Ɠuvre de compositeur?

SAMUEL ANDREYEV : Je suis venu trĂšs tĂŽt Ă  la poĂ©sie. À l’époque oĂč je vivais encore Ă  Toronto, je fus davantage impliquĂ© dans le monde littĂ©raire que celui de la musique
 je suis allĂ© jusqu’à diriger une petite maison d’édition spĂ©cialisĂ©e dans la poĂ©sie contemporaine. J’ai publiĂ© deux recueils de poĂ©sies, dont le plus rĂ©cent est sorti en octobre dernier. Aujourd’hui, je lis Ă©normĂ©ment, en anglais comme en français. Je consacre donc un temps important Ă  cette activitĂ©. Les deux domaines de la poĂ©sie et de la musique ont beaucoup en commun, si bien que je me demande parfois, Ă  part la question du « sens » que portent toujours les mots, et dont on ne trouve pas de rĂ©el Ă©quivalent dans la musique, ce qui les sĂ©pare rĂ©ellement..

Samuel Andreyev :

« Il faut savoir calibrer le degré de complexité de son écriture »

CLASSIQUENEWS : L’album MOVING regroupe 7 piĂšces. Pouvez vous en extraire une sorte d’Ă©volution de votre Ă©criture ? Vers quelle direction s’est affirmĂ©e votre inspiration ?

SAMUEL ANDREYEV : Dans mes premiĂšres partitions, j’avais la volontĂ© d’exprimer une Ă©norme tension dans ma musique. Souvent, je mettais en opposition deux idĂ©es diamĂ©tralement opposĂ©es, les menant jusqu’au paroxysme. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus focalisĂ© sur la qualitĂ© presque plastique du son comme agent de l’expressivitĂ©. Mon Ă©criture rythmique est devenue plus pulsĂ©e, son rapport Ă  la mĂ©trique plus direct. Ma musique est devenue plus subtile au fil des annĂ©es, et plus simple. Cela m’a demandĂ© un effort considĂ©rable car j’ai un style qui tend naturellement vers la complexitĂ© ; je dois constamment m’efforcer d’aller au cƓur des choses. Ce qui paraĂźt simple au moment de l’écriture devient, une fois passĂ© par la crible de la perception de l’auditeur, 10 fois plus complexe que l’on n’imagine.. il faut donc savoir calibrer le degrĂ© de complexitĂ© de son Ă©criture.

J’écris constamment, mais je ne garde pas tout : j’ai dĂ©jĂ  retirĂ© environ la moitiĂ© de mes piĂšces Ă©crites depuis 2002. Le monde est dĂ©jĂ  plein de musique jetable, je crois que ça n’a aucun sens de garder autre chose que mes piĂšces les plus solides. Pour moi, une Ɠuvre n’est dĂ©finitivement achevĂ©e qu’au moment oĂč elle est crĂ©Ă©e, reprise plusieurs fois, Ă©ditĂ©e, enregistrĂ©e — il faut qu’elle existe dans le monde. Tout cela demande, outre le temps de composition (dĂ©jĂ  trĂšs considĂ©rable) — un gigantesque travail et des collaborateurs aussi fous que moi — des personnes qui respectent mon rythme de crĂ©ation et qui partagent mes exigences. Il faut dire que pour ce CD, j’ai eu une Ă©quipe merveilleuse autour de moi : l’ensemble proton bern a fait un travail extrĂȘmement minutieux sur ces 7 piĂšces sur une pĂ©riode de plus de 2 ans, et Klarthe Records a pris un risque en soutenant, avec une patience incroyable, un projet trĂšs complexe Ă  mettre en place, pour ne pas dire insolite.. ce dont je ne saurais trop les remercier !

CLASSIQUENEWS : Quels sont les compositeurs présents ou contemporains qui continuent de vous inspirer ?

 

SAMUEL ANDREYEV : Je trouve inspirant tout artiste qui, par son attitude, fait preuve d’une certaine tĂ©nacitĂ©, d’une absence de compromission si je puis dire
 quand j’aborde un nouveau compositeur, ou un quelconque artiste, tous domaines confondus, c’est l’attitude qui me marque en premier, plus que le style. Dans une Ă©poque oĂč les artistes sont encouragĂ©s Ă  se « professionnaliser » et Ă  dĂ©velopper le sens du marketing trĂšs tĂŽt, il est encourageant de voir que certains rĂ©sistent aux facilitĂ©s du marchĂ©. Dans la poĂ©sie, les enjeux Ă©conomiques et/ou professionnels sont minimes, voire inexistants, donc la question ne se pose pas trop. En revanche, dans la musique, il y a une rĂ©elle pression car les contraintes sont nombreuses et les projets musicaux peuvent ĂȘtre extrĂȘmement onĂ©reux. Parmi les grands classiques du XXĂšme siĂšcle, je me sens trĂšs proche de VarĂšse, Webern, Feldman.. ou Carl Ruggles, figure dont on entend trop peu parler.

CLASSIQUENEWS : Seriez vous tenté par la grande forme ? Opéra ou Symphonie ? Pourquoi ? et quel en serait le sujet, le prétexte (poétique)?

 

SAMUEL ANDREYEV : Absolument. D’ailleurs, j’ai dĂ©jĂ  Ă©crit deux piĂšces pour orchestre, et j’envisage d’en rajouter une troisiĂšme d’ici un ou deux ans, pour ainsi former un grand cycle. Il s’agit de mon premier vĂ©ritable projet d’envergure et cela m’occupe depuis dĂ©jĂ  deux ans. Pour ce qui est de l’opĂ©ra, ce serait fascinant. Si j’abordais l’opĂ©ra, ce serait pour exploser la narrativitĂ© et en proposer une vision alternative. Encore faudrait-il que je trouve des collaborateurs « de rĂȘve ». Un opĂ©ra ne se monte pas tout seul, le compositeur Ă  certes un rĂŽle important Ă  jouer, mais le succĂšs (oĂč l’insuccĂšs) d’une telle aventure tourne souvent sur la mise en scĂšne et le livret autant que sur la musique. Je ne suis pas pressĂ©, pour autant : l’art a son rythme, je m’efforce de le respecter.

Propos recueillis en mai 2016. — Illustration : Portrait de Samuel Andryev © M. Lambert 2015

CD : « Moving », premier cd monographique dĂ©diĂ© aux Ɠuvres de Samuel Andreyev, 1 cd Klarthe, CLIC de CLASSIQUENEWS. LIRE notre grande critique dĂ©veloppĂ©e : 

moving-ensemble-proton-bern-samuel-andreyev-moving-cd-klarthe-review-presentation-review-critique-cd-classiquenewsCD, compte rendu critique. MOVING. PiĂšces de Samuel Andreyev (2003-2015) : Bern Trio, Moving,
 ensemble proton bern (1 cd Klarthe, 2015). Le nouveau label discographique Klarthe nous dĂ©voile la sensibilitĂ© crĂ©pitante et trĂšs rĂ©flĂ©chie du jeune compositeur d’origine canadienne, Samuel Andreyev. Moving est un remarquable album monographique d’un jeune compositeur Ă  l’exigence sonore aiguĂ«. Ses oeuvres trĂšs Ă©crites ne cĂšdent en rien Ă  l’artifice de la seule performance mais accrĂ©ditent l’idĂ©e d’une modernitĂ© soucieuse de sens et de dĂ©veloppement et de temporalitĂ© sonore. Le programme dans son ensemble est lumineux, intelligent et pour les interprĂštes autant que l’auditeur, d’un impact continu, exaltant. En mai et juin 2015 Ă  Paris (Maison de Radio France), les instrumentistes de l’ensemble proton bern, sous la direction de Matthias Kuhn, enregistrent plusieurs oeuvres de Samuel Andreyev, nĂ© en 1981, rassemblant comme en un album monographique, les piĂšces les plus emblĂ©matiques du jeune compositeur, soit 7 compositions, de la plus ancienne PLP (2003) Ă  Bern Trio (2015).