ZAHIR : 4 saxophones enivrés

klarthe records ZAHIR quatuor de saxos critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. ZAHIR (1 cd Klarthe records). ZAHIR signifie en arabe, ce qui est “visible”, ce qui occupe en permanence la vision et l’esprit
 Ce quatuor de saxos (nĂ© en 2015) Ă©cartent tous ses concurrents par son audace, la libertĂ© du geste, une virtuositĂ© naturelle et souple, sa ligne artistique, ses lumineux engagements. Velours mordant et caractĂ©risĂ© : le son du Quatuor ZAHIR enchante littĂ©ralement et berce dans l’excellente transcription du Quatuor de Borodine (rĂ©alisĂ©e par le sxo soprano Guillaume Berceau) ; un Borodine revivifiĂ©, transcript, sublimĂ© dont le charme d’esprit populaire dĂšs son premier Allegro caressant sĂ©duit immĂ©diatement par l’équilibre des quatre instruments (quatuor vocal plutĂŽt que quatuor Ă  cordes : c’est Ă  dire saxophones soprano, alto, tĂ©nor, baryton). Le souci de la caractĂ©risation, le sens du dialogue entre les parties, la trĂšs fine conception du format sonore, d’une subtilitĂ© rĂ©jouissante, la fluiditĂ© de l’écriture qui fait passer d’un instrument Ă  l’autre, de surcroĂźt dans une prise de son « tournante », ni trop proche ni trop Ă©loignĂ©e, mais ronde et presque dansante, souligne l’extrĂȘme ductilitĂ© lumineuse des Zahir (pulsion dansĂ©e, organiquement trĂšs soignĂ©e du Scherzo). La tendresse simple du Notturno seduit tout autant, jusqu’au trĂšs beau mystĂšre grave du dĂ©but du Finale avant la sĂ©quence plus vive, trĂšs animĂ©e, idĂ©alement caractĂ©risĂ©e elle aussi dans l’enchaĂźnement des sĂ©quences successives. Jaillit une expressivitĂ© assumĂ©e, jamais tendue ni outrĂ©e grĂące Ă  la recherche constante et exaucuĂ©e d’un sublime Ă©quilibre sonore.
L’audace de ce premier cd fait miroir avec une curiositĂ© tout azimut, qui fait de ZAHIR, outre un idĂ©al esthĂ©tique, un laboratoire musicale. D’oĂč une implication totale dans la dĂ©fense des partitions contemporaines. LIRE notre critique complĂšte du cd ZAHIR (Klarthe records)

ENTRETIEN AVEC LE QUATUOR VENDÔME (CrĂ©ations)

ENTRETIEN AVEC LE QUATUOR VENDÔME. En mai 2018, paraissait chez Klarthe records, un programme rĂ©jouissant, totalement dĂ©diĂ© Ă  la crĂ©ation, mĂȘlant des oeuvres signĂ©es Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 quatuor de compositeurs vivants rĂ©pondant au geste explorateur d’un quatuor en connexion avec son Ă©poque ; autant de crĂ©ateurs contemporains qui ont jouĂ© ainsi la carte de l’inĂ©dit, rĂ©pondant Ă  la commande des quate instrumentistes du quatuor de clarinettes, le QUATUOR VENDÔME. Élu « CLIC de CLASSIQUENEWS » (printemps 2018), le cd rĂ©vĂšle et souligne l’étonnante cohĂ©rence des quatre clarinettistes, alliant sens de l’écoute, partage et complicitĂ©. Vertus profitables pour une sonoritĂ© et un geste affĂ»tĂ©s, vifs, particuliĂšrement convaincants. Entretien avec le QUATUOR VENDÔME
 sur la notion de travail et d’entente collectifs, sur les bĂ©nĂ©fices aussi qu’a aujourd’hui une formation chambriste dans la dĂ©fense des Ă©critures de notre temps


 

 

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CLASSIQUENEWS.COM / CNC : Comment avez vous travaillé avec chaque compositeur dans la réalisation de leur piÚce respective ? De quelle façon il est important de pouvoir recueillir au cours du processus de création, les commentaires et les indications des auteurs ?

QUATUOR VENDÔME : Travailler avec des compositeurs aussi talentueux et reconnus a Ă©tĂ© un moment privilĂ©giĂ©. PassĂ©e la petite apprĂ©hension de l’inconnue que rĂ©serve toute Ɠuvre nouvelle, la conscience de l’enjeu musical a trĂšs vite succĂ©dĂ© au plaisir de la dĂ©couverte. Nous tenions Ă  maitriser au mieux les textes avant de rencontrer les cinq compositeurs. Ils nous ont tous montrĂ© un bel enthousiasme Ă  la premiĂšre Ă©coute, moment toujours important dans le processus de crĂ©ation, car chargĂ© d’attentes de reconnaissance de part et d’autres : « Rendons-nous justice Ă  la musique » du point de vue des interprĂštes, « mon Ɠuvre est-elle rĂ©ussie » se demande le compositeur ?
MalgrĂ© une rĂ©elle autonomie musicale du groupe, basĂ©e sur nos dĂ©jĂ  nombreuses expĂ©riences de chambriste, soliste ou musicien d’orchestre, travailler avec les crĂ©ateurs nous a apportĂ© indĂ©niablement un « supplĂ©ment d’ñme » dans notre interprĂ©tation, sur le caractĂšre des piĂšces, en particulier, un sens du dĂ©tail Ă©galement. Nous avons souhaitĂ© nous approprier entiĂšrement les Ɠuvres que nous ont confiĂ© les compositeurs.

 

 

CLASSIQUENEWS.COM / CNC : Comment dĂ©finiriez vous le son de votre ensemble ? Qu’est ce qui fait sa singularitĂ© ?

QUATUOR VENDÔME : Sommes-nous vraiment les mieux placĂ©s pour dĂ©finir l’identitĂ© sonore de notre formation ?
Ce qui nous amuse et nous rassure en mĂȘme temps sont les commentaires de ceux qui nous connaissent le mieux tous les quatre individuellement, amis musiciens, professionnels ou Ă©tudiants :
« J’ai essayĂ© de reconnaitre qui joue quelle partie dans l’enregistrement et me suis trompĂ© Ă  chaque fois ! »
Notre démarche de chambriste est réelle, mais il faut constamment veiller à « rentrer dans le rang », ne jamais abuser de notre potentiel « solistique » sans le renier non plus, et tenter toujours de concilier quatre fortes personnalités musicales.

 

 

CLASSIQUENEWS.COM / CNC : De quelle façon chaque piÚce exploite-t-elle les particularités du Quatuor de clarinettes ?

QUATUOR VENDÔME : Lorsque nous avons choisi les compositeurs pour cet enregistrement, nous nous sommes gardĂ©s de leur donner un cahier des charges. Ils avaient « carte blanche » avec pour seule consigne de ne nous Ă©pargner aucune difficultĂ© technique.          Nous avons sur ce point Ă©tĂ© servis, tant les quatuors sont exigeants par leurs difficultĂ©s rythmiques, leurs fulgurances, par l’utilisation sans rĂ©serves de tout l’ambitus de l’instrument, l’emploi de nuances extrĂȘmes parfois aux limites de la rupture du son.

 

 

CLASSIQUENEWS.COM / CNC : Quels sont les principaux défis pour un quatuor de clarinettes ? Y a t il un/des meneur/s ? Chaque instrument est il soliste égal aux autres ?

QUATUOR VENDÔME : La grande qualitĂ© de ce type de formation est de pouvoir trouver assez rapidement une forme d’homogĂ©nĂ©itĂ©, comme d’autres formations de chambre issues de la mĂȘme famille d’instruments. Le « dĂ©faut de la qualité » est le risque d’avoir toujours le mĂȘme son. Pour apporter de la variĂ©tĂ© (et aussi pour rester bons amis ?), nous avons dĂ©cidĂ© dĂšs les dĂ©buts de l’ensemble il y a quinze ans d’alterner au sein du groupe toutes les parties, de la clarinette soprano Ă  la petite clarinette, de la clarinette basse au cor de basset
 Il en dĂ©coule une grande variĂ©tĂ© de couleurs, les thĂšmes circulent davantage, le public est surpris et sĂ©duit par ce jeu de « chaises musicales ».
Une autre de nos spĂ©cificitĂ©s est peut-ĂȘtre le choix des rĂ©pertoires. Nous n’avons eu de cesse de donner en quelques sortes « ses lettres de noblesses » Ă  cette formation qui manquait cruellement de piĂšces originales de qualitĂ© et de transcriptions convaincantes.
Nous incluons Ă©galement toujours une piĂšce de grande virtuositĂ© dans nos programmes ; la clarinette n’est-elle pas aussi un instrument volubile ? Nous aimons Ă  croire que le Quatuor VendĂŽme a suscitĂ© de nombreuses vocations en France et Ă  l’étranger, et constatons qu’il existe maintenant beaucoup plus de quatuors de clarinettes qu’il y a 15 ans !

 

 

Propos recueillis Ă  l’étĂ© 2018

 

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creation quatuor de vendome clarinette cd review critique cd par classiquenews kla046couv_lowLIRE aussi notre critique complùte du cd CREATIONS : QUATUOR VENDÔME. Bacri, Beffa, Escaich, Connesson
 (1 cd Klarthe records (2011-2016). Paru en mai 2018.
http://www.classiquenews.com/can-critique-creations-quatuor-vendome-bacri-beffa-escaich-connesson-1-cd-klarthe-records-2011-2016/

 

 

 

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CD événement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records)

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense.

PIANO / VOIX SUPERLATIF

La rĂ©ussite est totale car l’intelligence du programme, c’est Ă  dire la succession des oeuvres proposĂ©es crĂ©e une dramaturgie qui saisit par l’intensitĂ© des climats intĂ©rieurs, la recherche permanente de ce que dit le texte, la volontĂ© d’exprimer l’introspection et la charge Ă©motionnelle de chaque air. C’est une traversĂ©e intime oĂč chaque Ă©pisode doit sa « vĂ©rité » au choix des compositeurs : les plus grands du XVIIĂš (Monteverdi, Purcell
) et du XVIIIĂš europĂ©en (JS Bach, Haendel, Vivaldi
).

21 airs, 21 sentiments de l’Ăąme… Belle idĂ©e en ouverture d’aborder le rĂ©cital par l’indicible langueur de Monteverdi (“Oblivion soave“
 extrait de L’Incoronazione di Poppea) dont le contre tĂ©nor ThĂ©ophile Alexandre exprime tout le vertige hallucinĂ© ; lui rĂ©pond un piano littĂ©ralement hypnotique du trĂšs pictural Guillaume Vincent 
 au toucher de rĂȘve : quel rĂ©gal dans des airs baroques oĂč l’on pensait que seuls comptaient la virtuositĂ© et le panache. Rien de tel ici tant la sincĂ©ritĂ©, l’intĂ©rioritĂ©, la prĂ©cision feutrĂ©e sont Ă©loquentes et remarquablement exprimĂ©es. On souhaiterait Ă©couter le pianiste dans un rĂ©cital seul chez Rameau ou Scarlatti

CLIC D'OR macaron 200Ecoutez ainsi comment le clavier installe un climat de balancement onirique, Ă  la scansion taillĂ©e comme un diamant, Ă  la fois percussif mais tendre (nouvel oxymore
 notion qu’apprĂ©cient les initiateurs de ce programme) pour l’air de l’hiver de Purcell (« cold song » / renommĂ© « l’effroi » – plage 6) ; mĂȘme franche Ă©mission et naturel vocal rĂ©jouissant, et d’une belle complicitĂ© dans le meilleur duo lyrique Ă  notre avis (avec la soprano Marion Tassou), Ă©pisode “Les larmes” : « son nata a lagrimar» de Haendel, oĂč les deux timbres s’enlacent et se rĂ©pondent en une dĂ©ploration aĂ©rienne, pudique et sobre.
Tout le programme relĂšve dans le chant, de ce souci de la nuance et de l’émission, sublimĂ© par un piano constamment enivrant.

EN CONCERT

Les amateurs de cette relecture rafraßchissante du Baroque lyrique le plus connu, retrouveront les deux artistes en tournée. PremiÚres dates à Paris, Athénée, les 22 et 23 octobre 2018.

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CD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records) – durĂ©e : 1h13mn – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris

 
Programme / track listing

 

1. L’OUBLI  I  OBLIVION SOAVE, MONTEVERDI
2. LA CÉLÉBRATION  I  STRIKE THE VIOL, PURCELL
3. L’AMBITION  I  SARÒ QUAL VENTO, HAENDEL
4. L’ESPOIR  I  ALTO GIOVE, PORPORA
5. LE DÉSIR  I  PUR TI MIRO*, MONTEVERDI
6. L’EFFROI  I  COLD SONG, PURCELL
7. LA COLÈRE  I  GEMO IN UN PUNTO, VIVALDI
8. L’EMPATHIE  I  EJA MATER, VIVALDI
9. LA CANDEUR  I  LES SAUVAGES*, RAMEAU
10. LES TOURMENTS  I  AGITATA INFIDO FLATU, VIVALDI
11. LA FOI  I  CUM DEDERIT, VIVALDI
12. LES REGRETS  I  ERBARME DICH, BACH
13. LE PLAISIR  I  ONE CHARMING NIGHT, PURCELL
14. LA FIERTÉ  I  DOMERÒ LA TUA FIEREZZA, HAENDEL
15. LE JEU  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI**, PORPORA
16. LA LÉGÈRETÉ  I  PLACIDETTI ZEFFIRETTI***, PORPORA
17. LE DOUTE  I  IF LOVE’S A SWEET PASSION, PURCELL
18. LA VENGEANCE  I  OMBRA CARA, HAENDEL
19. LES LARMES  I  SON NATA A LAGRIMAR**, HAENDEL
20. L’ABANDON  I  DITE OHIMÈ, VIVALDI
21. LA LIBERTÉ  I  LASCIA CH’IO PIANGA, HAENDEL

VOIR le TEASER vidéo ADN BAROQUE :

CD, compte rendu critique. Piazzolla : Une histoire de tango (HĂ©au, Roggeri, 1 cd Klarthe, 2015)

piazzolla heau florent clarinette marcela roggeri piano review cd classiquenews critique cdCD, compte rendu critique. Piazzolla : Une histoire de tango (HĂ©au, Roggeri, 1 cd Klarthe, 2015).  Ce qui captive chez Piazzolla c’est le gĂ©nie des mĂ©lodies suaves, nostalgiques et le sens de la danse et du rythme. C’est aussi une attĂ©nuation trĂšs subtile de l’Ă©noncĂ© expressif qui Ă©vite le pathos comme l’excĂšs dĂ©monstratif pour in fine, exprimer la sensation intĂ©rieure et l’Ă©coute introspective. A l’Ă©chelle de cette carte poĂ©tique spĂ©cifique, l’accord chambriste des deux solistes ici rĂ©unis par le label Klarthe records porte ses fruits associant trĂšs judicieusement une pianiste argentine (consƓur donc du grand Astor) et un clarinettiste français, dĂ©dicataire crĂ©ateur de partitions contemporaines majeures comme Le Chant des tĂ©nĂšbres ou Chorus de Thierry Escaich, ou le Concerto pour clarinette de Philippe Hersant… les deux partenaires s’Ă©taient dĂ©jĂ  retrouvĂ©s, autour des mĂ©lodies du compositeur argentin Carlos roggerri-marcela-piano-argentin-piazzollaGuastavino. Marcela Roggeri et Florent HĂ©au dessinent la fluide arche lyrique intĂ©rieure et rĂ©solument nostalgique d’Oblivion (plage 1) ; puis le plus chaloupĂ© (Adios Nonino), guilleret, et presque enivrĂ© qui met en avant la capacitĂ© du clarinettiste Ă  caractĂ©riser et colorer une sĂ©quence qui passe de l’exaltation Ă  la tendresse. D’une calme torpeur caressante, alliant amertume et pudeur blessĂ©e, Milonga del ĂĄngel (comme doucement enivrĂ©) renforce le trĂšs sensible accord de la clarinette avec le piano remarquablement articulĂ© et suggestif de Marcela Roggeri. D’ailleurs, la ductilitĂ© suggestive de la pianiste s’impose tout au long de l’album, soulignant sa dextĂ©ritĂ© rare qui diversifie les effets et parties du clavier selon les Ă©pisodes et les morceaux : purement mĂ©lodique, prĂ©cisĂ©ment rythmique, surtout enveloppant et envoĂ»tant tel un nimbe harmonique, rĂ©sonant comme un petit orchestre. La participation dĂ©licate de l’Argentine est toujours aussi remarquable en terme d’intelligence musicale. Jamais tapageuse, toujours dans la suggestion des choses comme l’enrichissement feutrĂ© / ciselĂ© des climats.

Bordel 1900 affirme une nouvelle brillance plus explicite et dĂ©terminĂ©e ; qui exige de l’instrument un jeu Ă  la fois percussif et agile, plein de caractĂšre. De fait rien Ă  voir avec les vapeurs plus Ă©thĂ©rĂ©es et le parfum d’une langueur plus insaisisable de CafĂ© 1930… Ă©pisode social, trĂšs parisien : encore la preuve de l’inspiration de Piazzolla quand il s’agit d’Ă©voquer l’ambiance et l’urbanitĂ© françaises, spĂ©cifiquement parisiennes.

RĂȘves intĂ©rieurs, complicitĂ© Ă©lective : Piazzolla da camera

CLIC_macaron_2014Plage 8, fleuron de l’inspiration de Piazzola, l’Ave Maria qui vient d’ĂȘtre abordĂ© par le violoncelliste Christian-Pierre La Marca (transposition remarquable du compositeur et guitariste Samuel Strouk) dans son excellent album titre CANTUS, CLIC de classiquenews de mai 2016, s’impose ici aussi par son opulence secrĂšte d’une absolue pudeur, caractĂšre que relĂšve le clarinettiste avec une belle sensibilitĂ©, Ă  la fois rĂȘveuse et lointaine, comme subtilement absente. Aucun doute, la mĂ©lancolie Piazzollienne est toute entiĂšre recueillie dans cette mĂ©lodie de presque 6mn dont l’instrument Ă  anche souligne par ses couleurs empruntĂ©es / inspirĂ©es du bandonĂ©on surtout, la vocalitĂ  souple et veloutĂ©e.

CD. Florent HĂ©au : tout pour PiazzollaA travers le parcours du programme entier, on note la superbe gradation, progressivement, dans les replis de l’Ăąme pensive, divagations de plus en plus introspectives, prĂ©cisĂ©ment dans les deux derniers Ă©pisodes, lesquels dĂ©ploient une suggestion magicienne, toute enivrĂ©e : Milonga en rĂ©, surtout Aire de la zamba niña, dont l’apaisement affectionne presque la fluiditĂ© d’une berceuse… La complicitĂ© de plus en plus convaincante et sĂ©ductrice des deux instrumentistes visiblement dans le mĂȘme esprit… d’une Ă©vanescence lĂ©gĂšre, dĂ©licieusement chaloupĂ©e, Ă©claire ce que le trop court texte d’introduction, – et presque sybillin, Ă©voque avec justesse : l’Ă©motivitĂ© affleurante d’un Piazzolla chambriste, aux secrets enfouis (intimes?), plutĂŽt dramatiques. L’entente des deux solistes, – la pianiste sur son seul clavier ; le clarinettiste changeant d’instruments selon le caractĂšre de chaque piĂšce-, gagne peu Ă  peu en Ă©conomie, intensitĂ©, profondeur. Accord total, rĂȘverie croissante. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS.

CD, compte rendu critique. Piazzolla : Une histoire de tango (Florent HĂ©au, clarinettes – Marcela Roggeri, piano) — enregistrĂ© Ă  Paris en mars 2015 / 1 cd Klarthe 015 — durĂ©e : 54 mn. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

Entretien avec le compositeur Samuel ANDREYEV Ă  propos de “Moving”…

Entretien avec le compositeur Samuel ANDREYEV Ă  propos de “Moving”… A l’occasion de son premier disque monographique Ă©ditĂ© par le label français KLARTHE, le compositeur Samuel Andreyev rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS.

 

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CLASSIQUENEWS : Vous utilisez des titres “trĂšs poĂ©tiques” ou faisant rĂ©fĂ©rence Ă  un Ă©pisode narratif choisi. De quelle façon la poĂ©sie s’immisce dans votre Ă©criture et nourrit votre Ɠuvre de compositeur?

SAMUEL ANDREYEV : Je suis venu trĂšs tĂŽt Ă  la poĂ©sie. À l’époque oĂč je vivais encore Ă  Toronto, je fus davantage impliquĂ© dans le monde littĂ©raire que celui de la musique
 je suis allĂ© jusqu’à diriger une petite maison d’édition spĂ©cialisĂ©e dans la poĂ©sie contemporaine. J’ai publiĂ© deux recueils de poĂ©sies, dont le plus rĂ©cent est sorti en octobre dernier. Aujourd’hui, je lis Ă©normĂ©ment, en anglais comme en français. Je consacre donc un temps important Ă  cette activitĂ©. Les deux domaines de la poĂ©sie et de la musique ont beaucoup en commun, si bien que je me demande parfois, Ă  part la question du « sens » que portent toujours les mots, et dont on ne trouve pas de rĂ©el Ă©quivalent dans la musique, ce qui les sĂ©pare rĂ©ellement..

Samuel Andreyev :

« Il faut savoir calibrer le degré de complexité de son écriture »

CLASSIQUENEWS : L’album MOVING regroupe 7 piĂšces. Pouvez vous en extraire une sorte d’Ă©volution de votre Ă©criture ? Vers quelle direction s’est affirmĂ©e votre inspiration ?

SAMUEL ANDREYEV : Dans mes premiĂšres partitions, j’avais la volontĂ© d’exprimer une Ă©norme tension dans ma musique. Souvent, je mettais en opposition deux idĂ©es diamĂ©tralement opposĂ©es, les menant jusqu’au paroxysme. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus focalisĂ© sur la qualitĂ© presque plastique du son comme agent de l’expressivitĂ©. Mon Ă©criture rythmique est devenue plus pulsĂ©e, son rapport Ă  la mĂ©trique plus direct. Ma musique est devenue plus subtile au fil des annĂ©es, et plus simple. Cela m’a demandĂ© un effort considĂ©rable car j’ai un style qui tend naturellement vers la complexitĂ© ; je dois constamment m’efforcer d’aller au cƓur des choses. Ce qui paraĂźt simple au moment de l’écriture devient, une fois passĂ© par la crible de la perception de l’auditeur, 10 fois plus complexe que l’on n’imagine.. il faut donc savoir calibrer le degrĂ© de complexitĂ© de son Ă©criture.

J’écris constamment, mais je ne garde pas tout : j’ai dĂ©jĂ  retirĂ© environ la moitiĂ© de mes piĂšces Ă©crites depuis 2002. Le monde est dĂ©jĂ  plein de musique jetable, je crois que ça n’a aucun sens de garder autre chose que mes piĂšces les plus solides. Pour moi, une Ɠuvre n’est dĂ©finitivement achevĂ©e qu’au moment oĂč elle est crĂ©Ă©e, reprise plusieurs fois, Ă©ditĂ©e, enregistrĂ©e — il faut qu’elle existe dans le monde. Tout cela demande, outre le temps de composition (dĂ©jĂ  trĂšs considĂ©rable) — un gigantesque travail et des collaborateurs aussi fous que moi — des personnes qui respectent mon rythme de crĂ©ation et qui partagent mes exigences. Il faut dire que pour ce CD, j’ai eu une Ă©quipe merveilleuse autour de moi : l’ensemble proton bern a fait un travail extrĂȘmement minutieux sur ces 7 piĂšces sur une pĂ©riode de plus de 2 ans, et Klarthe Records a pris un risque en soutenant, avec une patience incroyable, un projet trĂšs complexe Ă  mettre en place, pour ne pas dire insolite.. ce dont je ne saurais trop les remercier !

CLASSIQUENEWS : Quels sont les compositeurs présents ou contemporains qui continuent de vous inspirer ?

 

SAMUEL ANDREYEV : Je trouve inspirant tout artiste qui, par son attitude, fait preuve d’une certaine tĂ©nacitĂ©, d’une absence de compromission si je puis dire
 quand j’aborde un nouveau compositeur, ou un quelconque artiste, tous domaines confondus, c’est l’attitude qui me marque en premier, plus que le style. Dans une Ă©poque oĂč les artistes sont encouragĂ©s Ă  se « professionnaliser » et Ă  dĂ©velopper le sens du marketing trĂšs tĂŽt, il est encourageant de voir que certains rĂ©sistent aux facilitĂ©s du marchĂ©. Dans la poĂ©sie, les enjeux Ă©conomiques et/ou professionnels sont minimes, voire inexistants, donc la question ne se pose pas trop. En revanche, dans la musique, il y a une rĂ©elle pression car les contraintes sont nombreuses et les projets musicaux peuvent ĂȘtre extrĂȘmement onĂ©reux. Parmi les grands classiques du XXĂšme siĂšcle, je me sens trĂšs proche de VarĂšse, Webern, Feldman.. ou Carl Ruggles, figure dont on entend trop peu parler.

CLASSIQUENEWS : Seriez vous tenté par la grande forme ? Opéra ou Symphonie ? Pourquoi ? et quel en serait le sujet, le prétexte (poétique)?

 

SAMUEL ANDREYEV : Absolument. D’ailleurs, j’ai dĂ©jĂ  Ă©crit deux piĂšces pour orchestre, et j’envisage d’en rajouter une troisiĂšme d’ici un ou deux ans, pour ainsi former un grand cycle. Il s’agit de mon premier vĂ©ritable projet d’envergure et cela m’occupe depuis dĂ©jĂ  deux ans. Pour ce qui est de l’opĂ©ra, ce serait fascinant. Si j’abordais l’opĂ©ra, ce serait pour exploser la narrativitĂ© et en proposer une vision alternative. Encore faudrait-il que je trouve des collaborateurs « de rĂȘve ». Un opĂ©ra ne se monte pas tout seul, le compositeur Ă  certes un rĂŽle important Ă  jouer, mais le succĂšs (oĂč l’insuccĂšs) d’une telle aventure tourne souvent sur la mise en scĂšne et le livret autant que sur la musique. Je ne suis pas pressĂ©, pour autant : l’art a son rythme, je m’efforce de le respecter.

Propos recueillis en mai 2016. — Illustration : Portrait de Samuel Andryev © M. Lambert 2015

CD : « Moving », premier cd monographique dĂ©diĂ© aux Ɠuvres de Samuel Andreyev, 1 cd Klarthe, CLIC de CLASSIQUENEWS. LIRE notre grande critique dĂ©veloppĂ©e : 

moving-ensemble-proton-bern-samuel-andreyev-moving-cd-klarthe-review-presentation-review-critique-cd-classiquenewsCD, compte rendu critique. MOVING. PiĂšces de Samuel Andreyev (2003-2015) : Bern Trio, Moving,
 ensemble proton bern (1 cd Klarthe, 2015). Le nouveau label discographique Klarthe nous dĂ©voile la sensibilitĂ© crĂ©pitante et trĂšs rĂ©flĂ©chie du jeune compositeur d’origine canadienne, Samuel Andreyev. Moving est un remarquable album monographique d’un jeune compositeur Ă  l’exigence sonore aiguĂ«. Ses oeuvres trĂšs Ă©crites ne cĂšdent en rien Ă  l’artifice de la seule performance mais accrĂ©ditent l’idĂ©e d’une modernitĂ© soucieuse de sens et de dĂ©veloppement et de temporalitĂ© sonore. Le programme dans son ensemble est lumineux, intelligent et pour les interprĂštes autant que l’auditeur, d’un impact continu, exaltant. En mai et juin 2015 Ă  Paris (Maison de Radio France), les instrumentistes de l’ensemble proton bern, sous la direction de Matthias Kuhn, enregistrent plusieurs oeuvres de Samuel Andreyev, nĂ© en 1981, rassemblant comme en un album monographique, les piĂšces les plus emblĂ©matiques du jeune compositeur, soit 7 compositions, de la plus ancienne PLP (2003) Ă  Bern Trio (2015).