L’ILIADE A L’OPÉRA : Iphigénie, Hector, Cassandre, Andromaque, Achille, …

IPHIGENIE-fresque-opera-opera-critique-annonce-dossier-opera-mythe-explication-classiquenews-GLUCK-iphigenie-en-tauride-en-aulide-Diane-classiquenews-sacrifice-iphigenie-1L’ILIADE à l’opéra… L’Iliade raconte la guerre de Troie, c’est un temps fort de l’union sacrée des rois grecs, marqué par le rassemblement des royautés sous la tutelle du roi de Mycènes, Agamemnon (maison des Atrides), commandant de la flotte grecque jusqu’à Troie ; le siège de Troie qui dura 10 ans, enfin la résolution du conflit pendant la dernière année, celle où Hector le troyen affronte Achille le grec, ami inconsolable près la mort de Patrocle. Tous n’ont qu’un but : récupérer l’épouse de leur allié le roi de Sparte, Ménélas (qui est aussi le frère d’Agamemnon) : Hélène qui a fui la péninsule grecque avec Pâris, fils du roi troyen Priam.
Heureusement racontée par Homère, l’Iliade offre des ressources expressives et un terreau riche en situations intenses et dramatiques. Les auteurs y puisent quantité d’épisodes et de caractères dans les genres pathétique (Iphigénie, Andromaque), héroïque (Achille, Hector, Ulysse), tragique et halluciné (Cassandre, Achille…)… Les compositeurs et leurs librettistes l’ont bien compris, exploitant tel ou tel épisode. La Guerre de Troie met en scène la passion amoureuse souvent déraisonnables chez les dieux; le goût de la guerre chez les hommes ; dans les deux camps, l’épopée héroïque et tragique, toujours riche en sacrifices, dévoile une irrépressible malédiction de l’autodestruction, l’amour rendant fou ; et la barbarie des armes détruisant toute issue.

troie_incendie_simon_de_vliegerDepuis Orphée, sujet premier dans l’histoire de l’opéra, la musique et le chant mettent en scène le cycle éternel, inexorable de la perte, du deuil, du renoncement, de la folie et de la mort. Les passions mènent chaque mortel à sa perte. Le propre de l’homme est de vivre dans l’insatisfaction perpétuelle, la frustration : sa destinée s’accomplit dans l’autodestruction. Tous les mythes parlent de l’extinction programmée de la race humaine (illustration : l’incendie de Troie, DR).
La narration mêle étroitement le destin des mortels et celui des dieux, dans un conflit qui assimile leur propre désir et leur destinée. Si Zeus se montre du côté des Troyens, lui l’infidèle compulsif, reconnaissant alors le droit du prince Pâris à ravir au grec Ménélas (roi de Sparte) son épouse, la belle Hélène, les autres dieux de l’Olympe préfèrent nettement soutenir les Grecs.

 

 

procession_cheval_troie_tiepolo

 

 

L’histoire léguée par Homère célèbre le profil de héros inoubliables qui montre leur valeur au combat, tel Achille ; ce sont aussi des figures féminines habituées au deuil ou à la soumission : Iphigénie, fille d’Agamemnon, ou Andromaque, bientôt veuve d’Hector… Chacun défend sa place, son rang, jusqu’au sang. Illustration : Les Troyens tirent le cheval laissé par les grecs, GB Tiepolo, DR).

 

 

________________________________________________________________________________________________

L’ODYSSÉE : le voyage de retour d’Ulysse à Ithaque.. Une détermination que l’on retrouve ensuite dans l’Odyssée, seconde partie de la fable mythologique racontée par Homère, et qui s’intéresse au retour du grec Ulysse jusqu’à sa patrie, Ithaque, après un voyage riche en détours et épreuves de toute sorte… Là encore, le mortel pourtant très astucieux et qui a assuré la victoire de son camp (il a conçu le stratagème du cheval géant laissé en offrande aux Troyens), ne peut réussir son retour sans la protection de Minerve / Athéna (et de Mercure) qui lui assure un soutien indéfectible tout au long de son incroyable odyssée.

 

 

 

 

 

L’Iliade et l’Odyssée, à l’opéra

________________________________________________________________________________________________

A travers l‘histoire de l’opéra, depuis sa création à l’âge baroque au XVIIè, d’innombrables compositeurs ont puisé dans la mythologie et dans le texte d’Homère. Ils y trouvent le portrait de caractères ardents et passionnés, des situations tragiques et radicales propres à nourrir une bonne action, selon le schéma idéal : présentation / exposition, action / développement, catastrophe, transfiguration, résolution…

Si l’on suit la chronologie des opéras majeurs ainsi conçus d’après Homère, on découvre de siècle en siècle le goût des créateurs pour la mythologie, et en particulier ce qu’ils trouvent pertinent dans les choix des sujets et des personnages ainsi mis à l’honneur. De fait, les plus grands auteurs pour l’opéra ont choisi l’un ou l’autre personnage de la guerre de Troie, marquant par leur écriture respective l’histoire du genre lyrique. L’histoire réalise la représentation de la condition humaine contrainte, démunie, finalement impuissante ; tous les héros, grecs ou troyens, doivent se soumettre à des forces qui les dépassent (incarnées par le caprice des dieux, l’humeur du destin, de la mort…) ; chacun doit se transcender pour survivre et non pas vivre. Beaucoup y perde la vie mais gagne un prestige qui les rend immortels.

 

 

 

 

XVIIè / Seicento 
________________________________________________________________________________________________

Monteverdi : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie, 1640

monteverdi claudio portraitC’est l’un des derniers ouvrages de Claudio Monteverdi à Venise, daté de 1640 (créé au Teatro San Giovanni e Paolo), quand l’opéra, genre nouvellement inventé depuis 1637 et rendu « publique », s’intéresse à l’Antiquité ; mais à travers l’épopée douloureuse et incertaine du roi d’Ithaque, impatient de retrouver épouse (Pénélope) et fils (Télémaque), Monteverdi (en collaboration avec le librettiste Giacomo Badoaro), traite de la destinée humaine, si faible et dérisoire (le prologue fait paraître la Fragilité humaine aux côtés du Temps, de l’Amour et du Destin) ; sans coup de pouce d’une fortune imprévisible, l’homme ne peut que désespérer de trouver bonheur et accomplissement. Aidé par Mercure et Minerve, le héros peut accoster sur l’île natale et ainsi reconquérir contre les princes opportunistes qui ont profité de son absence pour se placer, pouvoir et amour.
Monteverdi observe et respecte le goût du public vénitien d’alors (1640) : moins de chœur (contrairement à l’opéra romain), plus de profils psychologiques finement caractérisés (jusqu’à 20 personnages différents) dont certains, comiques (le goinfre Iro) ou amoureux (couple Mélanthe et Erymaque) contrastent avec les héros héroïques et tragiques (Pénélope, Ulysse). L’orchestre est réduit à son maximum, le recitar cantando sculpte le pouvoir du verbe, mais ce spectacle hautement théâtral et psychologique, cède aussi la place aux interventions divines et surnaturelles (constante apparition des dieux dont Mercure et Minerve) voire spectaculaire (le bal des prétendants au III, ou Neptune détruisant les navires des Phéaciens…). Profondeur, comédie, tragédie (le récitatif de la douleur infinie de Pénélope « endeuillé », solitaire), riches effets visuels… continuent d’assurer à l’ouvrage (modifié de 5 à 3 actes), son fort impact expressif et ulysse ulisse opera monteverdi classiquenewspoétique. Dans son dernier ouvrage, L’Incoronazione di Poppea / Le Couronnement de Poppée de 1643, également créé à Venise, Monteverdi va plus loin encore aidé de son librettiste Busenello : le couple d’adolescent libidineux et pervers, Néron et sa favorite Poppée incarnent l’apothéose de l’amour sensuel sur toute autre considération : fidélité et honneur (Néron répudie Octavie), sagesse et philosophie (Néron fait assassiner son maître à penser Sénèque) ; le réalisme sanguinaire qui s’y déploie,- sans effets de machinerie ici, marque un tournant dans l’histoire de l’opéra vénitien : cru, barbare, cynique, désespéré. L’amour qui unit Néron et Poppée, les mène à la folie. L’absolue modernité de l’oeuvre, en fait le premier opéra proprement dit par sa conception générale et le réalisme de son action.

Dallapiccola en 1968 compose lui aussi son opéra Ulisse, avec d’autant plus de légitimité que dès 1941, il adaptait une version modernisé de l’Ulisse montéverdien pour le Mai florentin.

Dans l’ombre du génial Monteverdi plusieurs compositeurs italiens abordent eux aussi la figure d’Ulysse : tel Sacrati (L’Ulisse errante, 1644),

 

 

 

 

XVIIIè / Settecento 
________________________________________________________________________________________________

Les 2 Iphigénies de GLUCK : l’opéra moderne à Paris (1774, 1779)

GLUCKLa réforme de l’opéra seria au début des années 1770 se réalise à Paris, grâce au génie puissant, nerveux, dramatique du chevalier Gluck qui après la mort de Rameau (1764), incarne l’opéra moderne, héroïque, simple, grandiose comme un bas relief antique : ses deux Iphigénies, en Aulide (créé en 1774, dont l’action se situe au moment du sacrifice piloté par son père Agamemnon s’il veut effectivement réunir et conduire la flotte des rois grecs vers Troie) ; puis Iphigénie en Tauride (1779), seconde époque située après l’affaire du sacrifice, quand la jeune femme désormais dédiée au culte de Diane, retrouve son frère Oreste, lequel est dévoré par la culpabilité après avoir assassiné avec leur sœur Electre, leur propre mère Clytemnestre… En 1779, Iphigénie en Tauride concentre la dernière manière de Gluck à Paris, le sommet de son style frénétique et fantastique, d’une tension nouvelle, perceptible dès la tempête d’ouverture, quand Iphigénie contrainte par les éléments, doit accoster près du bois sacré de Diane… la déesse est ici maîtresse des destinées.
En choisissant la figure d’une jeune princesse dévouée, loyale à son devoir et donc prête effectivement à se sacrifier pour la réussite du projet paternel, Gluck fait le portrait d’une héroïne touchante et exemplaire, hautement morale, toute maîtrise incarnée, a contrario des nombreuses sorcières et enchanteresses amoureuses de l’opéra baroque qui a précédé. Cet idéal classique et moral inaugure l’esthétique néoclassique, moralisateur et édifiant qui mène au romantisme. Mais Gluck aime la veine tendue, passionnelle, celle des figures qui déclament leur valeur morale en stances hallucinées, dramatiques voire fantastiques. Le compositeur place aux bons moments de la partition, des intermèdes ou ballets, frénétiques, exaltés, particulièrement électrique.
Inspiré surtout du texte d’Euripide, Iphigénie en Aulide commence quand la flotte grecque est arrêtée par Diane depuis l’île d’Aulis. Iphigénie incarne une héroïne pathétique et tendre dont se souviendra Mozart pour le personnage d’Ilia dans son opera seria d’envergure, Idomeneo de 1781. L’action met en scène autour de la princesse de Mycènes, ses parents, Agamemnon et Clytemnestre. Mais aussi Achille, le jeune guerrier accompagné par son ami Patrocle : amoureux, Achille prend la défense d’Iphigénie contre la voeu du roi Agamemnon, favorable au sacrifice de sa fille demandé par Diane qui consent ainsi à protéger le roi jusqu’à Troie. Ce conflit Achille / Agamemnon ira s’intensifiant, expliquant pourquoi au moment de la guerre de Troie, et sous les remparts de la cité qui résiste, Achille rechigne à combattre sous les ordres du souverain de Mycènes.

Avant Gluck, Domenico Scarlatti écrit la musique d’Ifigenia in Aulide (1713) ; Desmarest s’intéresse aussi à la figure d’Iphigénie sacrifiée (en Aulide, terminée par son élève Campra et créé à l’Académie royale en 1722).

 

 

 

gretry-andre modeste gretryMiroir d’une époque trouble, l’opéra affectionne les figures passionnées et les destins tragiques. Grétry plus connu pour ses opéras-comiques ou galants (L’Amant jaloux, 1778), succombe lui aussi après Gluck aux séductions de la lyre néo antique (comme le peintre David) et met en musique sa propre Andromaque en 1778 ; le favori de Marie-Antoinette réinvente le carcan pourtant codifié de la tragédie en musique et brosse le portrait de la veuve d’Hector, en promise à Pyrrhus, mais la princesse troyenne meurt suicidaire (comme sa suivante Hermione) sur le corps de son fiancé. Réminiscence du chœur antique, les choristes ici sont majeurs : « véritable personnage permanent, la voix collective apporte l’ampleur de la fresque, l’espace de l’arène grecque, le souffle du drame », précise notre rédacteur Lucas Irom.
Lire notre critique du cd Andromaque de Grétry (2010) :
http://www.classiquenews.com/grtry-andromaque-1778france-musique-mardi-13-juillet-2010-20h/

 

 

 

 

 

 

XIXè : les Romantiques et l’Antiquité
________________________________________________________________________________________________

 

Berlioz, du côté des Troyens (1858)

Lecteur passionné de Virgile et aussi grand admirateur de Gluck, dont il aime la lyre tendue et noble, Berlioz se dédie pour offrir musicalement sa propre lecture des Troyens, à travers l’histoire d’Enée. Comme il s’était passionné tout autant pour le Faust de Goethe, livrant sa sublime « Damnation de Faust », chef d’oeuvre de l’opéra romantique français. Concernant Les Troyens, le gros de la partition est écrit entre 1856 et 1858. C’est moins l’Iliade que l’Enéide qui inspire son grand opéra, jamais produit de son vivant (création partielle en 1863) mais grande partition en deux parties : Les Grecs à Troie (la chute de Troie, actes I et II), puis Les Troyens à Carthage (actes III à V) dont l’épisode des amours d’Enée et de la reine Didon cimente l’action. La création complète est réalisé après la mort de l’auteur à Karlsruhe (1890), puis à Nice en français en janvier 1891.
De cette façon, Berlioz éclaire le destin des Troyens après la chute de Troie, comme Homère dans l’Odyssée, précisait le destin d’Ulysse, côté grec, après le même événement.
berlioz-hector-582-portrait-par-classiquenews-concerts-festivals-operasBerlioz, concepteur ambitieux, pense espace et étagements sonores ; sa fresque antique est surtout chorale et orchestrale, aux harmonies inédites, au format inédit, très expressives et dignes de Gluck, particulièrement dramatiques. Son point de vue est du côté des Troyens : Enée, fugitif et apatride, saura lui aussi trouver sa voie et son destin, sacrifiant son amour pour Didon, et fonder Rome en Italie… Ici il est question non plus de destruction des troyens, mais bien de permanence de la splendeur troyenne, ressuscitant dans l’empire romain à naître… Berlioz repousse les limites expressives de la scène lyrique ; contredisant la grosse machine souvent alambiquée d’un Meyerbeer, le Romantique français invente une langue aussi âpre et mordante, fantastique et onirique, mais simple et épurée que celle de Gluck, mais avec un orchestre somptueux et orageux ; affectionnant aussi le chœur imploratif (aux côtés d’Andromaque la veuve d’Hector) et pathétique, dans « la Chute de Troie » ; quand, dans la seconde partie, « Les Troyens à Carthage », le compositeur interroge les amours d’Enée et de Didon, finalement sacrifiées sur l’autel du devoir : Enée amoureux doit répondre à l’appel du destin et de l’histoire (les ombres de Priam, Chorèbe, Hector le pressent d’honorer leur mémoire : fonder une nouvelle nation en Italie).
Enée abandonnera donc Didon pour l’Italie. La scène de l’abandon se transforme alors en vaste bûcher où périt la reine suicidaire (nouvelle Cléopâtre, ou préfiguration de la fin du Ring, quand Brunnhilde dans le Crépuscule des dieux de Wagner, se jette dans un même feu libérateur). Berlioz conçoit le premier en une scène spectaculaire, pathétique et tragique, la mort de l’héroïne (Didon) : si Enée se projette dans l’empire romain à venir, Didon maudit la race troyenne et invoque Hannibal, futur rival des romains… Chacun imagine son avenir selon sa propre vision.
La tradition de la tragédie en musique y est réinterprétée avec une originalité parfois sauvage et radicale comme l’était Berlioz : récits ou airs fermés, séquence des ballets obligés, mais évocation atmosphérique personnelle (tempête et chasse d’Enée…), expression d’un amour absolu et tendre malgré les événements pressants (Chorèbe et Cassandre puis Didon et Enée, dans chacune des deux parties)… Là encore comme pour l’Ulysse de Monteverdi, Homère et Virgile, ont inspiré deux partitions particulièrement décisives dans l’histoire de l’opéra et sur le plan poétique, deux sommets d’équilibre et de puissance émotionnelle.

 

 

Dieux & héros ridiculisés : délire et parodie chez Offenbach 

offenbach jacques portrait opera operette 1704981-vive-offenbachLA BELLE HELENE (Paris, 1864) / Jacques Offenbach : vaudeville sublimé. Davantage encore qu’Orphée aux enfers (18580 véritable triomphe qui assoit sa célébrité et son génie sur les boulevards parisiens, La Belle Hélène est plus encore symptomatique de la société insouciante, flamboyante, un rien décadente du Second Empire : créé au Théâtre des Variétés le 17 déc 1864, l’ouvrage sous couvert d’action mythologique, est une sévère et délirante critique de la société d’alors, celle des politiques corrompus (ici le devin Calchas vénal), des cocottes alanguies, des sbires insouciants, irresponsables et doucereux (Oreste, Agamemnon)… l’humour voisine souvent avec le surréalisme et le fantasque, mais toujours Offenbach sait cultiver un minimum d’élégance qui fait basculer le fil dramatique dans l’onirisme et une certaine poésie de l’absurde … LIRE notre opéra focus : la Belle Hélène de Jacques Offenbach (Paris, 1864)

 

 

 

Approfondir
________________________________________________________________________________________________

DVD événement… Tous les secrets de la guerre de Troie (L’Iliade), les héros et les dieux, les relations des uns et des autres, les enjeux, désirs, intrigues sont explicités dans la saison 2 de la série « les Grands Mythes / L’Iliade » édité par ARTE éditions (conception : François Busnel) – sortie : septembre 2019, CLIC de CLASSIQUENEWS (10 épisodes).

ILIADE les-grands-mythes-i-liade-francois-busnel-dvd-annonce-critique-dvd-serie-saison-classiquenewsExtrait de notre présentation critique du coffret DVD : Les Grands Mythes / L’Iliade (Arte éditions) : “…  Ici, sur les traces d’Homère, même approche complète et claire, esthétique et très documentée : tous les héros de l’Iliade, guerriers grecs et troyens, dieux et déesses de l’Olympe, y sont subtilement évoqués, leurs exploits et leurs enjeux comme leur signification, analysés : Ajax et Ulysse, Patrocle tué par Hector, Hector tué par Achille, Priam et Agamemenon, sans omettre l’implication des dieux Aphrodite, Athéna, Arès, surtout Héra dont la ruse, piège Zeus et organise la victoire finale des grecs… Après le visionage de chacun des 10 épisodes, l’Iliade, c’est à dire l’histoire de la Guerre de Troie, n’aura plus aucun secret pour vous. IDEAL préambule à l’opéra… Le coffret est d’autant plus nécessaire que chacun des épisodes clarifie l’épopée des grecs contre les troyens, de quoi mieux comprendre tous les ouvrages de musique et surtout les opéras, si nombreux, qui se sont inspirés de la formidable épopée homérienne et des figures fascinantes des héros concernés : Priam, Agamemnon, Iphigénie, Hector contre Achille, Cassandre, Hécube…”

DVD événement critique. Les Grand mythes : L’Iliade (2 DVD Arte éditions sep 2019

les-grands-mythes-i-liade-francois-busnel-dvd-annonce-critique-dvd-serie-saison-classiquenewsDVD événement critique. Les Grand mythes : L’Iliade (2 DVD Arte éditions sep 2019). En septembre 2019, ARTE éditions crée l’événement en publiant sa nouvelle collection d’épisodes explicitant avec une rare intelligence et une infographie d’un rare esthétisme, les exploits des héros de l’Iliade… C’est une collection documentaire conçue par François Busnel. La première « saison » inspirée des mythes grecs et intitulée «  Les grands MYTHES » avait remporté un succès légitime : François Busnel y décortiquait avec humour, intelligence et impertinence pertinente (remarquables commentaires explicatifs entre autres) les mythes des dieux et héros de la Mythologie grecque, abordant pour chaque figure spectaculaire, tous les symboles et les thématiques qu’elle incarnait. Ici, sur les traces d’Homère, même approche complète et claire, esthétique et très documentée : tous les héros de l’Iliade, guerriers grecs et troyens, dieux et déesses de l’Olympe, y sont subtilement évoqués, leurs exploits et leurs enjeux comme leur signification, analysés : Ajax et Ulysse, Patrocle tué par Hector, Hector tué par Achille, Priam et Agamemenon, sans omettre l’implication des dieux Aphrodite, Athéna, Arès, surtout Héra dont la ruse, piège Zeus et organise la victoire finale des grecs… Après le visionage de chacun des 10 épisodes, l’Iliade, c’est à dire l’histoire de la Guerre de Troie, n’aura plus aucun secret pour vous.

IDEAL préambule à l’opéra… Le coffret est d’autant plus nécessaire que chacun des épisodes clarifie l’épopée des grecs contre les troyens, de quoi mieux comprendre tous les ouvrages de musique et surtout les opéras, si nombreux, qui se sont inspirés de la formidable épopée homérienne et des figures fascinantes des héros concernés : Priam, Agamemnon, Iphigénie, Hector contre Achille, Cassandre, Hécube…

 

 

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200DVD événement / série remarquable : Les Grands MYTHES – L’ILIADE,  10 épisodes – coffret de 2 DVD – ARTE éditions – parution annoncée le 4 septembre 2019, dans tous les magasins et sur arteboutique.com -diffusion sur ARTE fin septembre – début octobre 2019.

 

 

 

 

APPROFONDIR
________________________________________________________________________________________________

RÉSUMÉS des 10 épisodes de la saison L’ILIADE

Les Grecs Achéens (provenant de la Grèce continentale) partent organiser le siège de Troie afin de récupérer la belle Hélène, enlevée par Paris à son mari le roi de Sparte, Ménélas. Après un siège de dix ans sous les murs de la cité troyenne, la guerre tourne à l’avantage des Achéens grâce au célèbre Achille.

 

 

1. LA POMME DE LA DISCORDE
Une pomme d’or destinée « à la plus belle » a été envoyée sur l’Olympe par Éris, la déesse de la discorde. Zeus laisse à un mortel la possibilité de déterminer la plus désirable des trois déesses : Aphrodite, Héra ou Athéna. Pâris, le jeune fils de Priam, roi de Troie offre ainsi la pomme à Aphrodite, qui lui promet, en retour, l’amour de la plus femme mortelle. Chez Ménélas, le roi de Sparte, Pâris tombe amoureux d’Hélène, sa femme. Tous deux s’enfuient, ensorcelés par la déesse de l’amour, et rejoignent Troie. Ménélas, fou de colère, court chez son frère, le plus puissant des rois grecs, Agamemnon. Héra et Athéna n’ont pas accepté le choix de Pâris. Elles manipulent Agamemnon qui décide la guerre contre Troie, et dirige l’armée de tous les rois grecs.

 

 

2. L’HEURES DE SACRIFICES
Parmi les rois grces qui int refusé de participer à la guerre contre les Troyens, deux s’obstinent. Ulysse, qui feint d’être fou mais est bien vite démasqué. Achille, le plus grand combattant grec : il est resté opposé à Agamemnon. Pourtant sa mère, la nymphe Thétis, infléchit sa détermination : elle flatte son orgueil de jeune combattant ; la guerre contre les troyens lui permettra d’être le plus grand des guerriers grecs. Certes il mourra jeune mais célébré. Achille n’hésite pas : il rejoint l’armée d’Agamemnon. Celle ci est bloquée par Artemis / Diane, outragée par le roi de Mycènes Agamemnon : le devin Calchas indique alors que si Agamemnon sacrifie sa propre fille Iphigénie, Artémis saura redevenir clémente et la flotte grecque pourra enfin partir…

 

 

3. LA COLERE D’ACHILLE
Dix ans ont passé depuis que l’armée grecque a débarqué sur les rivages de Troie. La cité aux hautes murailles résiste. Hector, le fils ainé du roi Priam reproche à son frère Pâris d’être responsable de cette guerre qui n’en finit pas. Mais Pâris aime Hélène. Chez les grecs, une mystérieuse maladie fait rage depuis quelques jours. Calchas le devin révèle aux rois rassemblés qu’il s’agit d’une vengeance d’Apollon. Agamemnon (encore lui) retient la belle Chryséis, la fille d’un prêtre qui s’est plaint au dieu. Achille exige qu’Agamemnon rende la jeune fille à son père. Agamemnon finit par accepter, mais oblige Achille à lui donner en échange sa protégée, Briséis. Achille, de rage, proclame alors qu’il ne combattra plus, et s’isole. Sa mère, Thétis, se rend alors chez Zeus afin qu’il soutienne Achille. En souvenir de celle qu’il a aimé, Zeus décide de prendre le parti des Troyens: il envoie un songe à Agamemnon pour le piégé.

 

 

4. LE SANG DE LA DEESSE
Agamemnon l’a vu en rêve : Troie sera prise le jour même. Toute l’armée grecque se jette dans la bataille, sous les murailles de Troie. Ménélas, mari humilié, reconnait celui qui lui a dérobé sa femme, Pâris. Les deux hommes s’affrontent dans un duel. Mais au moment où Ménélas achève Pâris, Aphrodite enlève son protégé du champ de bataille. Malgré l’interdiction de Zeus, les dieux de l’Olympe prennent parti pour et l’autre camp. Grâce à Athéna, le jeune roi Diomède devient furieux, et peut voir les dieux. Il repère alors la déesse Aphrodite venue défendre son fils Enée, et la blesse à la main. Puis affronte Arès, le dieu de la guerre, venu défendre l’honneur d’Aphrodite. Indifférent aux combats, Achille joue de la lyre sous sa tente.

 

 

5. LE GLAIVE ET LA BALANCE
Le chaos qui règne entre Grecs et Troyens s’étend désormais à l’Olympe. Zeus, favorable aux troyens, décide de foudroyer le prochain dieu qui s’impliquera dans la bataille. Sur le front, les Troyens ont repoussé les Grecs qui, pour protéger campement et bateaux, ont érigé un mur. Hector, le fils ainé du roi de Troie, est confiant. Sa sœur, Cassandre, beaucoup moins. Elle sait que Pâris sera la cause du malheur des Troyens ; elle force sa mère Hécube à le reconnaitre.
Poséidon rentre dans la bataille. Les Grecs prennent conscience que sans Achille, le grand héros grec, il ne vaincront pas. Agamemnon l’invite à revenir au combat. Mais Achille qui lui est opposé, acceptera-t-il ?

6. LA RUSE D’HERA
Ulysse et Ajax tentent de convaincre Achille de revenir au combat, mais ce dernier refuse. Sur le champ de bataille, Agamemnon, Diomède, Ulysse sont blessés. La muraille érigée par les Grecs menace de s’effondrer. Rusée, Héra, épouse de Zeus, tente un stratagème : fâchée de ne pouvoir intervenir, elle séduit Zeus, grâce à la ceinture magique d’Aphrodite. Lorsqu’il s’endort, elle prévient Poséidon, lui aussi agacé par le pouvoir abusif de Zeus. Il excite le camp grec qui reprend le des- sus. Ajax attaque Hector, et le blesse mortellement…

7. PATROCLE ET LES MYRMIDONS
Sauvé par Apollon, Hector repart au combat : il mène les Troyens jusqu’aux nefs des Grecs dont la flotte va s’embraser. Patrocle, l’ami d’Achille, court le prier de revenir dans la bataille. Achille refuse mais accepte que Patrocle portant son armure, conduise à sa place l’armée des Myrmidons pour sauver les Grecs. Croyant voir Achille, les Troyens battent en retraite. Après avoir tué Sarpédon, fils de Zeus, Patrocle, confiant, marche sur Troie. D’abord repoussé par Apol- lon, il est tué par Hector, le fils ainé du roi Priam. Lorsqu’il l’apprend, Achille s’effondre puis jure de venger son ami. Sa mère Thétis lui promet alors qu’elle lui remettra de nouvelles armes le lendemain, au lever du soleil.

 

 

8. LA VENGEANCE D’ACHILLE
Thétis a demandé à Héphaïstos, dieu des forgerons, qu’il fabrique de nouvelles armes pour son fils Achille. A l’aube, elle lui remet les armes qui tout en le rendant légendaire, l’enverront à la mort. Même Andromaque, veuve d’Hector, tremble à la vue d’Achille hors de lui, halluciné depuis la mort de son ami Patrocle. Sous le glaive d’Achille, les eaux du fleuve Scamandre deviennent rouge du sans des troyens trucidés. Choqué, le fleuve se rebelle contre Achille et l’entraîne dans ses flots impétueux. Héra demande à Hephaistos de sauver Achille.

 

9. VAINCRE ET MOURIR
Epargné par les boules de feu lancées par le dieu Héphaïstos qui enflamme les berges du fleuve Scamandre, Achille rejoint le combat. Animé par l’esprit de vengeance, il choque dieux et mortels par sa colère inhumaine. Hector, meurtrier de son ami Patrocle, prend peur lorsqu’il voit Achille. Avec le soutien de la déesse Athéna, Achille tue Hector, attache son corps à son char, et le traine sous les murailles de Troie. A la nuit tombée, le vieux roi Priam supplie Achille de lui rendre le corps de son fils. Achille, ému, accepte. Alors Ulysse trouve l’idée qui donnera la victoire aux Grecs.

10. LE CHEVAL DE TROIE
Les Troyens sont surpris : les Grecs ont précipitamment quitté le rivage, laissant sur le sable un colossal cheval de bois, aussi imposant que mystérieux. On jette une lance dans ses flancs. A l’intérieur, les guerriers grecs, dont Ulysse, qui a inventé cette ruse, ne bougent pas. Les Troyens comprennent que ce cheval est une offrande à Athéna, Priam le fait rentrer dans la cité. La nuit tombée, les Grecs sortent du cheval, ouvrent les portes de la cité au reste de leur armée : le massacre des Troyens commence. Ménélas retrouve Hélène. Pâris bmesse mortellement Achille au talon, lequel s’effondre. Zeus, impuissant (car il soutenait les Troyens), comprend que les hommes ne pourront plus croire en eux après le massacre. Alors que la cité brûle encore, Ulysse reprend la mer avec ses compagnons, sans triomphalisme. A près dix ans de guerre, qui se souviendra de la guerre de Troie ?

 

 

Infos pratiques :
________________________________________________________________________________________________

les-grands-mythes-i-liade-francois-busnel-dvd-annonce-critique-dvd-serie-saison-classiquenewsLes GRANDS MYTHES / L’ILIADE
2 DVD – 
Durée totale 260 min / 2h40 – 
Durée des films 10 x 26 mn
Versions française, allemande
 – Sous-titres : Français pour sourds et malentendants Couleur – 
Format image 16/9
 – Son Dolby digital stéréo / 
PAL – Toutes zones – EN COMPLÉMENT : livret de 12 pages – 20€

 

 

________________________________________________________________________________________________

coffret-dvd-arte-les-grands-mythes-4-dvd-review-dvd-critique-classiquenews-compte-rendu-dvd-arte-les-grands-mythes-classiquenewsPrécédente parution DVD Arte éditions (déjà annoncée, présentée, critiquée sur classiquenews) :

Les Grands MYTHES, 20 épisodes – 4 DVD

 

Les 20 épisodes:

Zeus, la conquête du pouvoir
Les amours de Zeus
Prométhée le révolté de l’Olympe
Hadès, le roi malgré lui
Athéna, la sagesse armée
Apollon, l’ombre et la lumière
Aphrodite, sous la loi du désir
Dionysos, l’étranger dans la ville
Hermès, le messager indéchiffrable
Tartare, les damnés de la terre
Psyché, la belle et la bête
Persée, la mort dans les yeux
Orphée, l’amour impossible
Médée, l’amour assassin
Béllérophon, l’homme qui voulait être dieu
Thésée, ou les ravages de l’oubli
Dédale et Icare,
le rêve éclaté Héraclès, l’homme qui devint dieu
Oedipe, le déchiffreur d’énigmes
Antigone, celle qui a dit non (et donc la première féministe de l’Histoire)

LIRE notre critique du DVD les grands MYTHES – série événement éditée en 2016 / CLIC de classiquenews 2016 :

https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-coffret-les-grands-mythes-4-dvd-arte-editions/

 

 

 

Cecilia Bartoli chante Iphigénie

Cecilia Bartoli chante la vocalità suave de SteffaniSalzbourg. Gluck : Iphigénie en Tauride. Les 19,22,24,26,28 août 2015. Après Norma, Cecilia Bartoli chante pour Salzbourg 2015, l’Iphigénie de Gluck, la seconde en vérité qui recueille l’ensemble des audaces inouïes dont fut capable le formidable Chevalier à Paris. Réformateur de l’opéra, et à ce titre, champion défendu par Rousseau, Gluck réinvente le langage de l’opéra des Lumières à l’époque où Mozart édifie ses propres drammas giocosos (Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte). Gluck fait évoluer l’opéra seria hérité des Napolitains, vers le drame théâtral où la continuité de l’action, le spectaculaire des scènes, l’esthétisme saisissant des tableaux priment sur la seule virtuosité des chanteurs. Le style frénétique de Gluck, son adresse mélodique, sa science du coloris orchestral imposent un nouveau modèle lyrique au tournant des années 1770, c’est à dire quand meurt Louis XV et que Marie-Antoinette, devenue Reine de France, peut inviter à la Cour française, son cher professeur de musique… apprécié à l’époque où elle n’était que princesse à Vienne.
Aucun des compositeurs étrangers invités à Paris, sous Louis XVI et Marie-Antoinette ne composeront sans assimiler la leçon du maître, sans se confronter à son théâtre : Vogel, Gossec, les Italiens Sacchini et Piccinni… Chacun prend à son compte l’énergie, la vitalité expressive des figures léguées ; ainsi pourront naître les femmes fortes, hier enchanteresses baroques, à présent vraies figures d’amoureuses torturées dont l’humanité continue de nous toucher ; ainsi Armide, Médée et donc Iphigénie.

En 1779, Gluck lègue à la France le sommet de son génie lyrique… que sauront comprendre Berlioz et Wagner.

En Tauride, Iphigénie dessine une tragédie noire et psychologique…

Sur un livret de Nicolas Guillard, la tragédie en 4 actes (le modèle en 5 actes hérité de Lully est révisé sous l’impulsion et le nouveau goût de Marie-Antoinette), permet à la soprano d’alors, Rosalie Levasseur, d’affirmer son tempérament dramatique hors du commun, quand Joseph Legros créait à ses côtés, Pylade, le 18 mai 1779 aux Tuileries. L’opéra noir, sanglant, exprime surtout la colère et la cruauté des dieux qu’il faut assagir et apaiser.

Au I, Iphigénie, prêtresse de Diane, craint pour sa race : elle a vu dans ses cauchemars, Agamemnon, Clytemnestre, Oreste (le père, ma mère, le frère…), tous frappés par la folie ou le meurtre. Et c’est le roi Thoas, souverain des Scythes lui-même qui surgit habité par de même funestes augures (il serait assassiné par un étranger…). Il est décidé de sacrifier aux dieux, les deux étrangers qui viennent de faire naufrage sur les côtés de Tauride.

Au II, les deux étrangers révèlent leur identité : Oreste (baryton) qui vient de tuer sa mère pour venger sa sœur Electre, et son compagnon, Pylade. S’apprêtant à les sacrifier, Iphigénie se rapproche de son frère Oreste qui a révélé ses origines mycéniennes et dévoilé les visions d’horreur qui hantent ses nuits… Mais la prêtresse ne l’a pas reconnu.

Au III,  Iphigénie accepte d’informer sa soeur restée à Mycenes, Electre, qu’elle est devenue parmi les scythes en Tauride, la prêtresse de Diane : l’un des étrangers réalisera cette mission épargnant ainsi sa vie;  alors qu’Oreste était désigné, c’est Pylade qui ira rejoindre Electre à Mycenes.
Ce dernier jure de revenir en Tauride pour sauver Oreste.

Au IV, alors qu’elle s’apprête à le sacrifier, Iphigénie reconnaît son frère Oreste;  mais le roi scythe Thoas surgit, il veut tuer lui-même celui qui allait être sacrifié. .. heureusement Pylade l’en empêche : il tue Thoas. Diane paraît et rétablit la loi : son culte sera remis aux grecs,  Oreste sera roi de Mycenes et Iphigénie libre de suivre son frère.

GLUCKAprès un menuet douceâtre, la partition d’Iphigenie débute par une formidable tempête annonçant l’Otello de Verdi et exprimant ici le désordre intérieur (accents brûlant des flûtes en panique) qui règne dans l’esprit de la prêtresse de Diane, de Thoas et bientôt d’Oreste. Gluck  emprunte à ses opéras antérieurs nombre de matériel  musical pour sa seconde Iphigénie. C’est pour mieux peindre l’horreur absolue qui règne dans le cerveau des trois protagonistes;  les cordes frénétiques annoncent déjà l’orage et la tempête qui ouvre la Walkyrie de Wagner,  lui-même comme Berlioz, grand admirateur du Chevalier.
Trouble et d’une rare profondeur dans l’opéra tragique neoclassique,   l’opéra de Gluck ose exprimer un sentiment d’amitié amoureuse entre les deux guerriers grecs, Pylade et Oreste. C’est dailleurs la seule touche sensible d’un ouvrage voué au drame le plus noir, à l’expression réaliste de la fatalité humaine. De ce point de vue, l’acte II est le plus saisissant dramatiquement et psychologiquement – avec sommet du génie théâtral de Gluck,  l’enchaînement entre le délire obsessionnel d’Oreste croyant voir sa mère qu’il a tué,  et Iphigénie, la jeune prêtresse de Diane, paraissant alors sans reconnaître  son frère … la violence des passions ici exprimée annonce Wagner et Strauss dont la musique traduit ce qui n’est pas dit mais pensé. Dans le III, les deux amis se déchirent comme deux amants pour savoir qui se sacrifiera pour sauver l’autre. .. qui a dit que Gluck ignorait la force psychologique de l’orchestre, son aptitude à exprimer la psyché des héros? Jamais Gluck ne fut autant Gluck que dans Iphigénie en Tauride : sa profonde connaissance du coeur humain appliqué aux nécessités dramatiques du théâtre réalise ici le sommet de sa carrière parisienne. Un chef d’oeuvre assurément et aussi pour les chanteurs (Iphigénie, Oreste, Pylade), de nouveaux défis comme acteurs et volcalistes.

Salzbourg. Gluck : Iphigénie en Tauride. Les 19,22,24,26,28 août 2015. Avec Bartoli, Olvera, Maltman, Villazon, M. Kraus. Diego Fasolis, direction. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène.

CD. Gluck : coffret The great operas (Gardiner, Minkowski, McCreesh, 15 cd Decca)

CLIC D'OR macaron 200Gluck à Paris (1774-1779)CD. Aux couleurs acidulées, le coffret Gluck 2014 par DECCA est un must.  Tout en offrant une pluralité heureuse des interprétations, le coffret Gluck du tricentenaire 2014 rend compte de la carrière du Chevalier  Christoph Willibald Gluck sur la scène lyrique, entre Vienne et Paris. Qu’on préfère comme nous Gardiner, d’une sensualité poétique superlative à la hargne finalement parfois outrée et caricaturale de Minkowski (le geste est souvent mécanique), qu’importe : les 7 opéras réunis ici y trouvent d’indéniables défenseurs inspirés, convaincants, chacun, ardent gluckiste, capable d’indéniables arguments. 300 ans après, le théâtre de Gluck continue de fasciner et ses œuvres respectives, celles italiennes à Vienne comme leurs reprises françaises à Paris sans compter les nouvelles partitions pour Marie Antoinette, sont loin d’avoir dévoiler tout leurs enseignements. D’une version à l’autre, de Vienne à Paris, se précise l’exigence d’un génie du drame musical, jalon essentiel après Rameau vers le spectacle total de Wagner…
Incroyable jeu des chassés croisés… Alors que le Comte Durazzo, intendant des théâtres impériaux à Vienne appelle et confirme Gluck comme compositeur officiel pour renouveler les opéras viennois – Gluck s’y affirme peu à peu comme un maître du genre exotique de l’opéra comique français (La rencontre imprévue de 1764 marque le sommet de cette veine française à Vienne), c’est à Paris, adaptant ses opéras viennois (Orfeo, Alceste…) que le Chevalier se refait une renommée, important sa conception de la déclamation solennelle remise en forme en un drame resserré, édifiant, d’une redoutable efficacité dramatique. Entre Rameau et Spontini, Gluck réforme l’opéra français à l’époque de Marie-Antoinette.

 

 

 

Réformateur de l’opéra tragique entre Vienne et Paris
GLUCK coffret cd DECCA Gardiner operas_de_gluck_chez_deccaVoici récapitulée, sa carrière entre Vienne (années 1760) et Paris (années 1770), qui fait de Gluck, à la veille de la Révolution, le champion de l’opéra seria en Europe. Le coffret Decca est incontournable en ce qu’il offre aussi une synthèse des lectures les plus décisives pour la compréhension de sa manière propre, de l’apport du maître au genre lyrique à la fin du XVIIIè : cette synthèse dont il est le seul à défendre légitimiment les vertus esthétiques ; son art est européen avant la lettre, empruntant à l’Italie (mélodies suaves), au germanisme (le développement orchestral souvent stupéfiant), à la France (choeurs et ballets, sens des contrastes dramatiques). A sa source, Berlioz s’abreuve directement. Forme équilibrée, drame préservé, passions exacerbées…  autant de qualités que recueillent tous les auteurs de son vivant et après lui : Vogel, Sacchini, Piccini, Gossec… Voici donc les enregistrements qui ont fait date, en particulier ceux de Gardiner qui en France aura œuvré de façon décisive pour la réévaluation des opéras de Gluck : les deux Iphigénies, -Iphigénie en Tauride d’après Racine de 1779 (Lyon, février 1985), Iphigénie en Aulide de 1774 (Lyon, juillet 1987)-, puis Orfeo ed Euridice (Londres, mai 1991), sans omettre la sublime Alceste de 1767, point d’accomplissement du Britannique (Londres, Paris 1999) au service d’un sommet tragique de l’opéra nouvelle formule, celle gluckiste rompant avec l’idéal des Lumières légué par Métastase : chœurs tragiques, ballets funèbres et poétiques de Noverre. Le chef et ses équipes anglosaxonnes trouvent un ton idéal, dramatique et d’une rare élégance, proposant une lecture du style “bruyant et gémissant” du Chevalier, claire et racée, d’une perfection indéniablement”européenne”. Sa reprise à Paris est un jalon de l’opéra tragique néo grec à Paris. C’est la version parisienne de 1776 que Gardiner enregistre ici, délivrant les bénéfices de sa compréhension très fine et passionnante de Gluck.
 

 

 
Moins abouties et plus brouillonnes que son aîné Gardiner, les lectures de Minkowski (chœurs instables, chanteurs majoritairement français mais comble dommageable, souvent peu intelligibles!) s’imposent néanmoins (grâce à l’engagement de la diva complice mise en avant : Mireille Delunsch) : Armide version parisienne de 1776/1777 d’après l’original viennois de 1767 (Paris, 1996), Orphée et Eurydice (Poissy, 2002)…
Joyau oublié parce qu’il échoua à Vienne, marquant le début de la défaveur de Gluck en 1770, l’excellent Paride ed Elena, magnifiquement ciselé par Paul McCreesh (avec une distribution féminine remarquable : Kozena, Gritton, Sampson) étincelle par sa sensualité féminine, traitée comme un huit clos d’une exquise délicatesse et d’une subtile caractérisation.
 

 

 
GLUCKImpression générale. La comparaison avec Minkowski s’avère là encore parfois peu favorable pour ce dernier : face à l’élégance et au raffinement naturel de ses compétiteurs, McCreesh et Gardiner soignent la cohérence de leurs plateaux vocaux, l’équilibre orchestre/voix, la sonorité suave et dansante de l’orchestre-, le geste vif du Français bascule souvent dans la caricature sèche et mécanique, un tranchant qui ne manque pas de drame (le duo Armide et son père Hidraot, en l’exhalaison de leur souffle haineux, ensorcelant et fantastique, – contre Renaud par exemple, séduit immanquablement) mais finit par le rendre trop incisif. Néanmoins, l’offre aussi diversifiée  et impliquée de part en part, offre un panel d’interprétations d’une irrépressible attractivité.
En plus des 7 opéras majeurs de Gluck, le coffret regroupe plusieurs perles historiques, premières approches d’un Gluck encore “non historique” (pas encore sur instruments d’époque), mais pour les interprètes concernés, d’un style articulé qui parfois convainc tout autant car chez Gluck et son style frénétique (puissant et raffiné, expressif et noble à la fois), il est question aussi d’engagement émotionnel (Bartoli, Horne, Florez, Baker, Ferrier…). Superbe coffret Gluck qui séduit autant par le choix des interprètes convoqués que la sélection des opéras réunis.

Christoph Willibald Gluck : the great operas. Orfeo ed Euridice, Paride ed Elena. Alceste. Orphée et Eurydice, Iphigénie en Aulide, Iphigénie en Tauride, Armide. Gardiner, Minkwoski, McCreesh. 15 cd Decca. Coffret pour le tricentenaire Gluck 2014.

DVD. Gluck : Iphigénie en Aulide, en Tauride (Minkowski, 2011) Opus Arte

Gluck : Iphigénie en Aulide, en Tauride (Minkowski, 2011). 2 dvd Opus Arte

Septembre 2011, Minkowski reprend à Amsterdam, la production des deux Iphigénie de Gluck, présentées préalablement à Bruxelles en 2009 par un autre français, Christophe Rousset : la comparaison pour nous qui avons pu suivre les deux productions a paru incontournable. Si ce dernier aime la coupe nerveuse parfois sèche voire incisive,  ” Minko ” fait du Minko : direction ronflante parfois confuse, souvent sans vision dramatiquement forte et poétique qui n’ôte cependant rien à la valeur du projet mettant en perspective les deux Iphigénies gluckistes, de 1774 (Aulide) et 1779 (Tauride), extrémités et sommets lyriques du séjour français du Chevalier. Voici donc ce style expressif, vif, nerveux, intensément dramatique parfois austère voire désespéré et noir (préromantique) qui marqua sous la règne de Marie-Antoinette, propre aux années 1770, une réforme décisive de la scène théâtrale et vocale. Gluck a bel et bien réalisé en France, une réforme majeure et assuré à Paris, son prestige européen.

2 Iphigénie gluckistes

Gluck_dvd_iphigenie_aulide_Tauride_dvd_opus_arte_delunsch_gensL’argument principal de ce diptyque antique demeure les deux solistes féminines, française donc intelligiblement convaincantes ; mais davantage encore, actrices et chanteuses : Gens illumine de son chant nuancé et sobre, constamment proche du verbe, la figure d’Iphigénie en Aulide, fière et victime à la fois, prête à subir les foudres sacrificielles d’une Diane décidément inflexible : en Tauride, l’Iphigénie de Delunsch est tout autant époustouflante, plus expressive que musicale et d’emblée parfaite pour le drame de Gluck. La soprano intense incarne la figure mythologique en s’appuyant sur sa profondeur psychologique, après la Guerre de Troie et soumise comme une exilée solitaire, à la même fureur sanguinaire de Diane… Victime en Aulide comme en Tauride, Iphigénie prend ici une incarnation de plus en plus présente, une maturité progressive qui fait de la fille à sacrifier, une femme éprouvée dans sa dignité individuelle

Gluck n’aura jamais été aussi sombre, et même angoissé que dans sa seconde Iphigénie : un théâtre plus inquiet et noir que l’héritage légué par Euripide. C’est dire le trait de génie du compositeur invité à Paris, auteur d’une scène inouïe qui depuis Racine (dont il s’inspire), réussit à révéler l’obscurité vivante qui domine le désir inconscient des personnages. Wagner pour Iphigénie en Aulide, Strauss pour Iphigénie en Tauride ont compris la force des opéras de Gluck : chacun en a composé une adaptation encore respectée (Wagner n’hésitant pas à revoir la fin de l’opéra selon une vision définitivement tragique). Dans Iphigénie en Aulide, Gluck brosse le portrait de Clytemnestre laquelle dans une scène de folie délirante invective la folie des dieux (Anne Sofie von Otter). Dans Iphigénie en Tauride, Gluck ne peut s’empêcher de rompre le fil de l’action par l’intervention parfois envahissante du choeur mais il sait affiner le portrait des deux grecs chez les Scythes, Pylade et surtout Oreste lequel finit par se faire reconnaîre de sa soeur Iphigénie (très bons Yann Beuron et Jean-François Lapointe).

L’esthétique visuelle de la mise en scène reste d’une neutralité standard et plutôt lisse qui a le mérite de souligner sans emphase le chant des deux sopranos vedettes. Après tout le vrai foyer du sens reste le verbe et sa projection naturelle. Leur français fait merveille dans le théâtre de Gluck, intelligibilité moins naturelle cependant pour les autres personnages, chacun selon leur rapport à l’articulation linguistique. De ce point de vue, les élèves n’ont pas été capables de recueillir les préceptes du maître : ni Rousset à Bruxelles, ni Minkowski ici à Amsterdam n’ont gardé l’exigence superlative d’un William Chrisite, décidément inégalable dans la restitution du français lyrique (or on sait combien la déclamation de la poésie était le but premier du Chevalier qui comme aucun autre étranger n’a réussi le défi prosodique à l’opéra : ni Piccinni son rival artificiellement monté en épingle ni Sacchinni après lui n’ont su relever l’épreuve). A Amsterdam,  la nécessité de modernisation du mythe, la transposition de l’univers grec antique dans un dispositif guerrier moderne n’apportent rien en définitive. Seule la vocalité rayonnante de deux héroïnes associées au projet mérite les honneurs et justifient l’édition du présent dvd.

Christoph Willibald Gluck : Iphigénie en Aulide (1774). Iphigénie en Tauride (1779). Aulide : Véronique Gens(Iphigénie), SaloméHaller (Diane), Nicolas Testé (Agamemnon), Anne Sofie von Otter (Clytemnestre), Frédéric Antoun (Achille), Martijn Cornet (Patrocle), Christian Helmer (Calchas). Tauride : Laurent Alvaro (Arcas, Thoas), Mireille Delunsch (Iphigénie)  Jean-François Lapointe (Oreste), Yann Beuron (Pylade), Choeur du Nederlandse Opera, Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Marc Minkowski, direction. Mise en scène : Pierre Audi. 2 dvd Opus Arte. Référence : OA1099