CD, coffret événement, annonce. BERLIOZ : the complete works (27 cd Warner classics).

BERLIOZ hector the complete works integrale cd berlioz 2019 Warner classics critique annonce review par classiquenews 50583702_10156825611121181_2459893251214147584_nCD, coffret événement, annonce. BERLIOZ (27 cd Warner classics). Mort à Paris le 8 mars 1869, Hector Berlioz ressuscite en cette année 2019 pour le 150è anniversaire de sa mort. La France qui le boude toujours, en particulier à l’opéra et au concert, continue étrangement de jouer davantage Brahms, Mendelssohn, Schumann, et tous les auteurs romantiques germaniques, sans omettre Wagner… Il serait temps de rétablir en France, le génie des Romantiques français à l’opéra et dans les salles de concert, à commencer par le premier d’entre eux, Berlioz, auteur fabuleux et sublime qui en 1830, obtient le premier prix de Rome (après 3 tentatives soutenues par Lesueur) et aussi réinvente la symphonie après Beethoven, Mozart et Haydn, avec sa Fantastique, opus à la fois autobiographique, mais au vocabulaire neuf, et au souffle poétique inédit.

berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsAprès le LSO, London Symphony Orchestra et l’intégrale des enregistrements réalisés par Colin Davis (coffret LSO Berlioz The Odyssey, édité en décembre 2018), le pionnier de la renaissance berliozienne (Berlioz Revival), voici un second coffret événement – édité par Warner classics ce 2 février 2019, qui démontre en 27 cd, toutes les facettes du génie Berliozien. Le livret de 164 pages réunit les dernières sources de réflexion de la recherche concernant aussi l’auteur des Nuits d’été et des premières mélodies dignes de ce nom : quand il ne recrée pas la magie des instruments seuls dans le vaste bouillon symphonique, Berlioz sait aussi réconcilier drame, chant, poésie : c’est un dramaturge né, virtuose des fresque épiques. Le Romantique épris de Beethoven, Weber, Spontini, fut aussi un fervent militant de Gluck et de Virgile comme de Shakespeare : moderne et visionnaire, Berlioz demeure un grand classique.
Voilà ce que nous dévoile la passionnante collection d’enregistrements de ce coffret de 27 cd. Incontournable. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

Points forts
du coffret HECTOR BERLIOZ, the complete works – 27 cd WARNER

Partitions clés :
Les Troyens par John Nelson
Symphonie Fantastique / Lélio par Jean Martinon
Les Nuits d’été par Janet Baker et John Barbirolli
L’Enfance du Christ par John Eliot Gardiner
La Damnation de Faust par Kent Nagano

Premières mondiales :
Fragments de La Nonne sanglante (version de 2018 avec Véronique Gens).
Le temple universel, 1861.
Le dépit de la bergère, circa 1819.
2 Fugues, 1826 et 1829 pour orgue.

Les premiers enregistrements BERLIOZ
dont La Damnation de Faust – Maurice Renaud, 1901 (« Voici des roses », sérénade de Méphistophélès : « devant la maison »…) ; Didon par Marie Delna et Félia Litvine : Symphonie fantastique par Rhené-Baton (1924)…

LIRE aussi notre grand dossier BERLIOZ 2019

Martinon à Chicago : l'âge d'or !JALON MAJEUR : Le diptyque Symphonie Fantastique / Lelio par Jean Martinon (Paris, 1974 – dans le coffret BERLIOZ WARNER classics – cd2). Fleuron de la somme discographique WARNER classics, la Fantastique de l’insurpassable Jean Martinon, pilotant avec une acuité vive, d’une ivresse absolue et en une urgence extatique, l’Orchestre national de l’ORTF. La vision d’avril 1974 dépasse tout ce que l’on a écouté jusque là : clarté miraculeuse, phrasés d’une rare éloquence, brillant intérieur, sans démonstration ni pathos ; la précision et la profondeur sont jubilatoires. La sensibilité instrumentale du chef supermaestro se dévoile dans la conception esthétique même du Bal où rayonne le clairon au dessus de l’orchestre, soulignant ce goût du timbre et de la couleur propre au Français. Le chef sonde chaque phrase, cherche à exprimer son enjeu, son sens profond. La palette des émotions, l’implosion des affetti, et passions du Romantique Berlioz sont ciselées, exacerbées, articulées surtout avec une sincérité saisissante. Après le volet plus connu de la Fantastique, le chef joue enchaîné Lelio, le second volet, plus « bavard », chanté (Nicolai Gedda, assez distancié et comme peu engagé), mais avec le choeur funèbre des ombres (Froid de la mort) qui avant les Troyens, développe ce thème de la grande déploration collective, thème cher au cœur éprouvé d’Hector. Mais en créateur délivrant des messages autobiographiques d’importance, Berlioz dans Lélio réinvente le genre symphonique, assemble des séquences ailleurs sans lien : monologue parlé, ballade/mélodie d’Horatio (L’onde frémit), chanson de brigands (qui rappelle probablement ses années d’errance en Italie, les plus heureuses de sa jeune vie de pensionnaire et lauréat du Prix de Rome…). Homère, Ossian, Shakespeare sont ainsi proclamés, célébrés tels ses dieux et ses poètes mentors, les seuls qui inspirent son œuvre musicale. L’auditeur apprend donc beaucoup en (re)découvrant ses diptyque : Fantastique / Lelio (ou le retour à la vie). D’autant que cynique et ironique, Berlioz l’insoumis, fustige aussi le goût étroit des faux critiques et juges académiques. Martinon embrasse la pluralité d’un massif symphonique hors normes ; il lui injecte son acuité expressive, sa profondeur poétique. De sorte que nous avons là la lecture la plus convaincante du cycle berliozien. Magistral.

Approfondir : LIRE aussi notre présentation du coffret JEAN MARTINON / CD, coffret événement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

 et aussi :

 

 

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon américain alors au sommet de sa vibrante sensibilité orchestrale, comprenant la fin de son engagement à la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, édités dans leurs pochettes et présentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 à 1973) se dédier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son héritage symphonique. A ceux qui pensent que son activité à Chicago ne fut qu’un passage, l’écoute des bandes témoignent d’une finesse d’approche irrésistible, Martinon opérant par clarté, mesure, équilibre, transparence, réussissant dès le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son répertoire) une plénitude de son et une profondeur dans l’approche, idéales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur élégantissime, aux résonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poésie qui fouille jusqu’à la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimée enivrée….

 

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014)

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenewsCD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca (2006-2014). Enregistrée en plusieurs coffrets séparés selon le calendrier des enregistrements réalisés, cette intégrale Brahms par Riccardo Chailly prend forme en un coffret unique édité par Decca (7 cd). Avec sa récente intégrale Beethoven, Chailly impressionne par une ampleur du son, une puissance qui sait aussi préserver le détail et une certaine clarté ; tout est canalisé pour l’opulence d’un dramatisme brûlé qui compose dans une discographie une voie mediane, équilibrée qui s’affirme comme une référence jamais décevante. Soucieux de clarté et de lisibilité, le Brahms de Chailly sait trancher, caractériser sans épaisseur et cette surenchère produisant bien souvent une pâte déclamée, ampoulée, finalement indigeste. Chailly revient à l’architecture primitive et originelle du Brahms bâtisseur, prolongeant comme personne l’invention des formes depuis Beethoven. Comparé à ses premières lectures des Symphonies avec l’autre Gewandhaus (d’Amsterdam), le geste forgé et peu à peu sculpter à Leipzig, comme profitant de la révolution interprétative opérée sur Bach, a conçu une direction plus légère et transparente dont la sensibilité instrumentale régénérée, exalte les sens et fait la réussite par exemple du mouvement lent (Andante) du Concerto pour piano n°2 (1881, cd 7), de loin la lecture la plus intéressante, profitant aussi il est vrai de l’exceptionnelle Nelson Freire (Live de 2005).

brahms serenades chailly gewandhaus de leipzig orchestra classiquenews compte rendu critique cd decca mai 2015Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intégrale qui malgré certains passages à vide, comporte des instants de grâce, comme suspendus, portés par cet idéal personnel de la lisibilité et de la clarté qui n’empêche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement éperdu d’une innocence préservée, intacte malgré les blessures tues, les traumatismes (écouter ce même Andante et la place accordée au chant du violoncelle : un instant de grâce).

L’intégrale Brahms de Chailly demeure une leçon de musicalité respectueuse, soucieuse d’articulation et de lisibilité…

Vertus de la clarté allégée

C’est un Brahms plus nerveux, et osons dire même audacieux au sens d’un Beethoven : les coups de timbales qui ouvrent la Première Symphonie ne signifient-ils pas voici l’aube d’un monde nouveau comme Beethoven le dit lui-même au terme de son propre cycle symphonique dans sa 9ème ? Chailly retrouve ainsi le Brahms moderne et on pas classique, celui expurgé de la tradition fin XIXè et mi XXème, hérité de ses meilleurs défenseurs Toscanini, Félix Weingartner. Brahms l’inventeur de formes nouvelles, capable de surprendre par un itinéraire harmonique et rythmique neuf, résolument improbable, Brahms le réformiste ; voilà le visage qui s’inscrit en lettres d’or sur le coffret Chailly : n’écoutez que le début et son développement de la Symphonie n°1 (vrai poco sostenuto des cordes et transparence légère pour plus de mordant et d’âpreté voire de lumière dans cet irrépressible allant tragique initial) pour comprendre les apports du geste dépoussiéré, allégé, nerveux, jamais surexpressif du chef italien. Sans perdre la puissance et le sentiment de la carrure colossale, le chef ajoute et soigne de bout en bout, le relief d’une lisibilité entre les pupitres qui reprécise la direction de l’architecture, les justes proportions entre les pupitres. La Symphonie n°3 dès le début peut ainsi compter sur une parfaite précision lisible des bois qui citent avec d’autant plus de vitalité, la référence aux motifs folkloriques si présents dans le tissu brahmsien. La construction globale, l’édifice de Symphonies en Symphonies dévoilent par un geste précis, affiné, des arêtes vives, des passages et des modénatures insoupçonnées (lissées ou expédiées par les chefs moins scrupuleux).  Complément exaltants à la clarté architecturale des 4 Symphonies, les œuvres concertantes, pour violon ; pour violon et violoncelle, éclairent également un même souci d’élocution : le Concerto en ré (1879) s’impose évidemment parmi les meilleures réussites du coffret. C’est peu dire que le violon de Kavakos transcende le Concerto en ré (prise de 2013) par la finesse sans aucune emphase de son instrument. C’est droit, vif, précis, allégé lui aussi, dans la lumière et d’une clarté absolu (trilles aiguës inouies, d’une ciselure arachnéenne), exprimant la fusion, cet esprit d’effusion souple et tendre unissant orchestre et violon dans une seule et même caresse amoureuse : Leonidas Kavakos est Brahmsien comme Chailly : jamais dans la démonstration et la pure virtuosité, révélant des couleurs intérieures enfouies, intimes, pudiques d’une infinie douceur.

Même incandescence et même entente partagées par les deux solistes du Double Concerto (live de 2008) : le violoncelle de Truls Mork et le violon de Vadim Repin, vif argents, d’une sobriété éprise d’élégance chambriste, toujours articulée et d’une subtilité d’accents… Les nouveaux réglages de Chailly se ressentent d’autant mieux dans une œuvre qui alterne de façon souvent vertigineuse les parties dévolues à tout l’orchestre et l’incise murmurée et plus ciselée du chant à deux voix. Chambriste et concertant, comme un Concerto grosso, la partition semble différente à tout ce qui fut joué jusque là.

Riccardo Chailly dirigeantEn s’appuyant sur la tradition brahmsienne de l’orchestre de Leipzig, songeons que l’orchestre a créé en 1859 le Premier Concerto pour piano,  Riccardo Chailly peut sculpter une sonorité qui a sa base romantique des plus légitimes. En apportant un regard scrupuleux, veillant à la lisibilité des timbres comme des pupitres, le chef réussit son objectif : retrouver un Brahms plus incisif, plus transparent dont le souci de l’architecture et de la couleur se dévoilent magistralement. En somme Brahms était un moderne. Loin des clichés qui en font le suiveur conservateur et orthodoxe de Beethoven, résolument rival de Mahler à Vienne. L’histoire d’un Brahms dépoussiéré s’écrit maintenant grâce à son pionnier désormais incontournable, Riccardo Chailly.

 

 

 

Tracklisting Intégrale pour orchestre de Brahms :

 

CD1: Symphonie no. 1  op.68; Symphonie no. 3  op.90

CD2: Symphonie no. 2 op.73; Symphonie no. 4  op.98; version alternative du début de la Symphonie n°4

CD3:  Ouverture tragique op.81; Intermezzo op.116 no. 4 (arr. Paul Klengel); Intermezzo op.117 no.1 (arr. Paul Klengel); Variations sur un Thème de Haydn op.56a; Liebeslieder-Walzer op.52; Andante, Symphonie no. 1 – première de la version originale; Academic Festival Overture op.80;  Danses hongroises nos. 1, 3 & 10

CD4: Serenade no. 1 op.11; Serenade no. 2 op.16

CD5: Concerto pour violon op.77 [Leonidas Kavikos]; Concerto for Violin & Violoncelle op.102 [Vadim Repin, Truls Mörk]

CD6: Concerto pour piano no. 1  op.15 [Nelson Freire]

CD7: Concerto pour piano no.2 in B flat op.83 [Nelson Freire]

Orchestre du Concertgebouw de Leipzig

Leipzig Gewandhausorchester
Riccardo Chailly, direction

 

 

 

CD, compte rendu critique. Coffret Brahms : complete orchestral music. Integrale de la musique pour orchestre. Riccardo Chailly, direction. Gewandhaus Orchester Leipzig. 7 cd Decca 4788994 (2006-2014). Parution : mi octobre 2015.

 

 

CD, compte rendu critique : coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon).

sibelius-jean-portrait-classiquenews-eero-jarnefelt-582-594-sibelius-edition-2015CD, compte rendu critique : coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Le 8 décembre 2015 marque les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur finlandais post romantique Jean Sibelius (1865-1957). C’est aussi après Malher, l’artisan de la plus stimulante épopée symphonique du XXème siècle, aux côtés des Français Debussy et Ravel. Auteur d’un catalogue resserré porté par une exigence formelle de plus en plus radicale, le symphoniste fait évoluer le langage musical à l’époque de Mahler et après lui : Deutsche Grammophon édite en un coffret événement, l’héritage musical détenu dans ses archives sonore. Une somme incontournable qui souligne l’accomplissement de l’écriture orchestrale pure (7 Symphonies par Bernstein, Okko Kamu et surtout Karajan qui dirige ici les Symphonies 4,5,6 et 7). C’est aussi l’occasion de mesurer l’ampleur poétique de son cycle pour orchestre, choeur et solistes (soprano et baryton) :  Kullervo opus 7 (version originale par Jorma Panula, Turku Philharmonic orch), tous les poèmes symphoniques (En saga, Rakastava, Finlandia, l’excellente Chevauchée nocturne et aurore opus 55…), évidement le Concerto pour violon par Anne Sophie Mutter et André Prévin, sans omettre les subtiles mélodies pour basse et bartyon (solistes : Kim Borg et Tom Krause) ; le coffret comprend également la musique de chambre (Quatuor Voix intimes / Voces intime opus 56 (Emerson Quartet) et bien sûr les musiques de scène dont la Suite Christian II par Neeme Järvi (Gothenburg Symphony Orch), Pelléas et Mélisande opus 46 par Horst Stein et l’Orchestre de la Suisse romande ; les Scènes historiques I et II (opus 25 et 66), Scaramouche et Le Cygne blanc opus 54, surtout les deux Suites de La Tempête (Jussi Jalas, Hungarian State Symphony Orch). Un festival orchestral varié et affûté au service d’un maître de l’écriture symphonique dans la première moitié du XXème siècle. Les amateurs seront comblés, les curieux non encore convaincus, très intéressés et mis en appétit. Coffret «  Sibelius édition » , 14 cd Deutsche Grammophon, CLIC de classiquenews.com (livret notice en anglais et allemand).

Contenu du coffret. Aux côtés de l’intégrale des 7 Symphonies dominées par Karajan et son sens du détail et du scintillement orchestral, chacun des 14 cd recèle de nombreuses pépites. Nous mentionnons ici les interprétations qui nous paraissent les plus méritantes, dans un coffret globalement incontournable. Kellervo (cd 6) de plus d’1h de durée, enregistré en 1996 jaillit tel un gemme au souffle épique qui est aussi porté par des ondulations psychiques souterraines, ce que la lecture en provenance du fonds Naxos manifeste clairement, affirme la pensée narrative et dramatique de Sibelius. D’autant que la baguette de Jorma  Panula ne manque ni de précision et d’une saine vitalité jamais creuse. L’approche tout en soignant l’illustration d’une geste national – ancrée par son sujet et la langue des solistes et du choeur dans les brumes nordiques finnoises sait aussi déployer une formidable tonalité poétique qui outrepasse le propos historique et narratif : le dernier tableau  (la mort de Kellervo) est d’abord un superbe poème symphonique aux éclairs choraux d’une profondeur délectable.

CLIC D'OR macaron 200Cd 7. En saga  (Marriner 1972) fait retentir ce grand souffle naturaliste qui fait de Sibelius le grand chantre de la nature, un poète symphoniste d’une trempe  exceptionnelle, orchestrateur millimétré au diapason de son extraordinaire sensibilité instrumentale. Même ciselure  et justesse de ton dans le triptyque Rakastava opus 14 (même chef, même année). L’ultra célèbre FINLANDIA par Neeme Järvi (1995) rétablit sous le sujet patriote, l’intention et la sensibilité panthéiste du compositeur dont la science instrumentale et le souffle évitent fort heureusement tout académisme : le style houleux et océanique du grand Sibelius s’y déverse avec une sensualité généreuse.

La chevauchée nocturne opus 55 fait toute la valeur du cd 8 (Järvi, 1995) : le chef toujours inspiré explore à l’envi l’imaginaire sans limite du formidable conteur Sibelius menant tambour battant et avec un souffle haletant sa narration si singulière. L’ouverture Les Océanides déploie un même sens éperdu et lyrique, entre extase et illuminations en série : le feu millimétré de Neeme Järvi décidément très inspiré se montre très convaincant.

Cd 9. Autre argument du coffret le Concerto pour violon par le violon cristallin vif argent d’Anne-Sophie Mutter  (1995) portée par le geste amoureux de Prévin, lui-même pilote de la Staatskapelle  de Dresde : du très grand Mutter.

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotLe cd 11 a une toute autre pertinence : il révèle l’acuité sibélienne dans le registre chambriste avec point d’orgue l’excellente lecture par les Emerson du Quatuor opus 56 “Voces intimae” / voix intimes (opus majeur de la maturité, commencé à Londres, achevé à Paris en avril 1909),  fleuron des Quatuor du XXè avec l’apport d’un Janacek (Lettres intimes) : l’art de la quintessence, de la litote, si présent chez Sibelius fait merveille, dans une langue économe, sobre, précise, affûtée que le Quatuor Emerson (2004) sait articuler avec une vivacité jamais tranchante : vive, sincère, juste (éclairs introspectifs, à la fois mordants et flexibles de l’Adagio ; sauvagerie aérienne du Scherzo).

jarvi neeme maestro sibelius clic de classiquenews edition sibeliusL’expérience symphonique, l’une des plus excitantes du XXème, vécue à l’écoute des oeuvres de Sibelius, se poursuit avec les derniers cd de cette intégrale DG où à la diversité des partitions, formellement de mieux en mieux dessinées et structurées, répond le geste de plusieurs sibéliens, chefs désormais reconnus depuis les Bernstein, Karajan à juste titre légendaires. Cd 12 : la Suite Roi Christian II opus 27 culmine par son lyrisme radieux d’une opulence instrumentale irrésistible grâce à la direction vive et détaillée, structurée et dramatique, très oxygénée de Neeme Järvi (lequel confirme ainsi ses affinités sibéliennes tout au long du coffret : Gothenburg symphony orch., été 1995). De même, le souffle régénérateur et la force tellurique mesurée, toujours dans le sens d’un scintillement instrumental intimiste et panthéiste de Horst Stein demeure anthologique pour les 9 séquences de l’éblouissante fresque pour Pelléas et Mélisande, offrande de Sibelius à l’onirisme de Maeterlinck. Ouverture incandescente, portrait féerique de Mélisande puis sa mort d’un renoncement maîtrisé, entre abandon et accomplissement, sont l’insigne d’un immense sibélien (Orchestre de la Suisse Romande, juin et juillet 1978).

jussi_jalasLe cd13 dévoile l’ardente fièvre communicative qui anime l’excellent maestro Jussi Jalas (1908-1985) et l’Orchestre d’état Hongrois (ses archives viennent du fonds Decca ici intégré aux bandes DG pour l’exhaustivité de l’intégrale Sibelius 2015 : les Scènes Historiques (2 Suites) opus 25 et 66 ; surtout la musique de scène pour la pièce de Strindberg : Le Cygne blanc (Suite opus 54 – Budapest juin 1975) : que le chef fait palpiter d’une nécessité intérieure à la fois lumineuse et impérieuse. Rayonne dans le cd 14, ultime composante de l’intégrale Sibelius Deutsche Grammophon, les visions à présent bien identifiées et électrisantes des deux chefs parmi les plus sibéliens de ces dernières années, deux tempéraments qui demeurent les piliers de cette intégrale : Neeme Järvi et Jussi Jalas. Le premier sait exprimer toute l’ivresse suspendue des deux Valses triste (opus 44) et romantique (opus 62b) quand le second marque les esprits par un sens prodigieux de l’intensité et de l’incandescence pour les deux Suites de La Tempête opus 109, musique de scène pour la pièce de Shakespeare dont Sibelius fait surgir ce fantastique enchanté d’une totale séduction (dont l’enchantement inquiétant de la chanson d’Ariel entre autres…,  enregistrement de 1971). Coffret événement, élu CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotCd coffret. Compte rendu critique, Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Symphonies 1 à 7, Kullervo, En saga, Karelia Suite, Rakastava, Finlandia, Chevauchée nocturne, Luonnotar, Les Océanides, Tapiola, Concerto pour violon, mélodies, Quatuor Voces Intimae, Talvikuva, Suite Roi Christian II, Palléas et Mélisande, Scènes Historiques, La Tempête… Anne-Sophie Mutter, Neeme Järvi, Jussi Jalas, Okko Kamu, Leonard Bernstein, Herbert von Karajan. 14 cd deutsche Grammophon 00289 479 5102. CLIC de classiquenews octobre 2015.

CD. Verdi: the complete works (Decca)

cd. Verdi:the complete works (75 cd Decca)

Coffret Verdi 2013

Verdi l’intégrale 2013

Verdi

the complete works

75 cd Decca

C’est une barre qui vaut son pesant d’or. Un lingot discographique de première valeur. Nous l’attendions avec impatience: le coffret du centenaire Verdi 2013 édité par Universal (en partenariat avec EMI classics pour les deux légendaires Vespri Siciliani et Giovanna d’Arco) dépasse nos espérances. Tout Verdi en 75 cd, 2 livrets aux textes développés avec pour certains opéras (Don Carlo et Don Carlos, La Forza del destino, …) deux versions différentes qui s’éclairent l’une l’autre. Soit 30 opéras intégraux, d’Oberto (1839) à Falstaff (1893).

decca_verdi_complete_worksEn plus des ouvrages lyriques, le coffret comprend aussi le Quatuor (Quartetto Italiano, 1951), les Quatre Pièces Sacrées (Solti, 1979), le Requiem (Solti, 1968 ) et quelques perles oubliées, pépites complémentaires (mélodies, arias, musiques de ballets, oeuvres sacrées dont la Messe Solennelle… avec Juan Diego Florez en 2000) qui contenteront les amateurs et les curieux.

Les 30 opéras présentés sont numérotés en respectant la chronologie de création: en un clin d’œil, l’heureux mélomane comprend l’enchaînement des ouvrages, la succession des cycles de composition, les reprises, les modifications opérées de sujet en sujet: dans le premier groupe, d’Oberto de 1840 à Stiffelio de 1850, se détache le corpus des premiers essais lyriques (Oberto donc, Un giorno di regno, Nabucco et I Lombardi (1843) ; puis les opéras romantiques et historiques (Ernani, I due Foscari de 1844, Giovanna d’Arco et Alzira de 1845, Attila de 1846 ; viennent les accomplissements tardifs des années 1840: Macbeth, I Masnadieri, Jérusalem de 1847, Il corsaro de 1848, Legnano et Luisa Miller d’après Schiller de 1849, enfin Stiffelio de 1850.
Le second groupe concerne les réalisations de la pleine maturité du compositeur, quand il ne s’agit plus de démontrer sa valeur mais confirmer son génie lyrique à l’échelle européenne et même mondial (Aida au Caire, La Forza del destino à Saint-Pétersbourg…), en particulier vis à vis de la déferlante wagnérienne: voici les 12 ouvrages suivants par ordre de présentation du coffret et selon la chronologie des créations: la trilogie exemplaires composée de Rigoletto (1851), Il trovatore et La Traviata de 1853 ; I Vespri Sicilianni (1855), Simon Boccanegra (version tardive de 1881 par Boito, après la création de 1857) ; Un ballo in maschera (1859) ; les deux ouvrages clés, chacun présenté dans leurs deux versions : La Forza del destino (Saint-Pétersbourg, 1862 et Milan, 1869) ; Don Carlo en 5 actes selon la version complète de Modène (1886), version parisienne en français, et version italienne ; Aida (1871) ; Otello (1887) enfin le dernier chef d’œuvre, sommet et testament lyrique de la carrière, Falstaff de 1893, attestant de la dernière vitalité (solaire) d’un Verdi contemporain du vérisme.

La conception des deux livrets qui suivent l’ensemble du corpus discographiques est exemplaire et depuis les débuts des éditions lyriques de Decca et Deutsche Grammophon, fidèles à une réputation non usurpée: chaque ouvrage est présenté dans son contexte avec surtout le résumé de l’action où chaque situation d’importance comporte la plage du cd correspondante: un plus très efficace et même d’un lumineux apport pour qui souhaite immédiatement identifier une scène clé de l’ouvrage concerné.

Evidemment l’essor de la discograhie verdienne n’a pu se réaliser que grâce au tempérament des orchestres et des chefs engagés, surtout grâce à l’intelligence interprétative de quelques chanteurs de premier plan. De ce point de vue, le coffret Decca (marque apparaissant seule sur le boîtier extérieur et sur tous les écrins cd, sert comme une sorte de bilan pour le siècle passé, de l’après guerre au début du XXIè (de l’Aïda de Renata Tebaldi en 1959 sous la direction de Karajan et de Nabucco de 1965 avec l’Abigaelle de Elena Souliotis… au deux enregistrements les plus récents: Otello avec Domingo à l’Opéra Bastille en 1993 et La Forza del destino version Saint-Pétersbourg 1862 par Gergiev et ses troupes russes (bel hommage à la création de l’ouvrage du vivant de Verdi), en 1995 (avec Nikolai Putilin, Galina Gorchakova, Olga Borodina).

Verdi : l’intégrale 2013

the complete works

L’argument du coffret vient de la sélection intelligente des versions choisies, entre opéras de jeunesse peu connus et sommets du catalogue : les lectures de Marriner (Oberto), Gardelli (Un Giorno di regno, I Due Foscari, Attila, Il Corsaro, Stiffelio…) et Luisi (Alzira, Jérusalem, Aroldo), défendant les méconnus, aux côtés des grands verdiens dont surtout ici Solti (Don Carlo), Karajan (Aïda), Abbado (Don Carlos, Macbeth, Simon Boccanegra…), Kleiber (La Traviata), Giulini (Rigoletto, Il Trovatore, Falstaff…) permettent l’exhaustivité convaincante de la proposition dans sa globalité. Aux côtés des chefs de renom, saluons l’ère des grands verdiens réunis: Bergonzi, Tebaldi, Nucci, Piero Capuccilli (le doge des Due Foscari, Rigoletto, Boccanegra…), Bruson (Macbeth), Pavarotti (Ernani, Un Ballo in maschera), Sutherland, Domingo (Carlos, Otello), Carreras, Ricciarelli,…

Parmi les versions majeures, retenons en particulier: Un Giorno di regno avec Jessye Norman, Fiorenza Cossoto, José Carreras sous la direction de Lamberto Gardelli en 1973 ; Nabucco avec le même chef et l’Abigaelle de Elena Souliotis, et dans le rôle titre Tito Gobi (prise viennoise de 1965) ; I Lombardi sous la direction des troupes du Met et James Levine avec Patricia Racette, Luciano Pavarotti, Samuel Ramey (1996) ; Ernani (Pavarotti, Sutherland, Bonynge, 1987) ; l’extraordinaire Doge de Piero Cappucilli poir I due Foscari (trop rare encore sur les scènes) : Carreras, Ricciarelli (Gardelli, Vienne, 1976) ; l’unique et éblouissante Giovanna d’Arco de Montserrat Caballé (avec Placido Domingo, en une prise londonienne de 1972) ; oui sans réserve pour le Macbeth de Piero Capuccilli (avec Shirley Verrett, Nicolai Ghiaurov, Placido Domingo, sous la baguette racée et shakespearienne de Claudio Abbado, 1976) ; saluons aussi Il Corsaro de José Carreras (avec Jessye Norman en Medora. Gardelli, 1975) ; la subtile Luisa Miller de Montserrat Caballé (Pavarotti, Milnes… Peter Maag, 1975)…

Concernant le second groupe, nos préférences vont à Rigoletto (Capucilli décidément impeccable dans le rôle titre, Domingo en duc, Ileana Cotrubas en Gilda, prise viennoise Giulini de 1979) : Giulini encore pour son Trovatore de 1983 avec Domingo en Manrico et Rosalind Plowright en Leonora (Giorgio Zancanaro et Brigitte Fassbaender en Luna et Azucena) ; La Traviata d’Erich Kleiber (1976) avec le trio Cotrubas, Domingo, Milnes ; I Vespri Siciliani avec Zancanaro, Chris Merritt, Cheryl Studer (Muti, 1990) ; grand gagnant de ce coffret, au firmament des verdiens hors normes, Pierro Capucilli à nouveau dans SImon Boccanegra d’Abbado (Milan, 1977: avec Carreras, Freni, Van Dam, Ghiaurov !) ; Un Ballo in maschera de Solti (Londres 1983) avec Pavarotti, Renato Bruson, Margaret Price, Christa Ludwig… et le page de la jeune et irrésistible Kathleen Battle. Concernant La Forza del destino, dix ans séparent la version milanaise 1869 (Tomlinson, Plowright, Bruson, Carreras et l’immense Agnès Baltsa (Sinopoli, 1985) et celle saint-pétersbourgeoise de 1862 par Gergiev et ses troupes du Mariinsky (Nikolai Putilin, Galina Gorchakova, Olga Borodina… 1995) ; plus distantes encore, les deux versions du Don Carlos : la française, magnifique avec le duo Domingo, Ricciarelli (Carlos/Elisabeth), Leo Nucci en Posa, Ruggero Raimondi en Philippe II, sous la baguette élégantissime et ciselée de Claudio Abbado (1984) ; celle en italien et en 5 actes aussi (donc incluant l’acte préliminaire bellifontain) sous la baguette fauve électrique de Solti en 1965 avec Carlo Bergonzi (Carlo), Renata Tebaldi (Elisabeth un rien fatiguée et terne, seul facette voilée du cast), Grace Bumbry (Eboli), surtout Dietrich Fischer Dieskau (Posa anthologique), Ghiaurov (Philippe II), Martti Talvela (l’Inquisiteur)… voici certainement la version majeure du coffret, vraie pépite de l’ensemble… avec l’Aida de Karajan (Vienne, 1959 avec Tebaldi, Corena, Simionato, Bergonzi) ; et pour conclure, deux ouvrages de la fin Otello lecture parisienne réalisée à la Bastille neuve sous la direction de Chung en 1993 avec Domingo, Studer, Leiferkus pour un trio sentimental et étouffant assez racé : Otello, Desdémona, Iago. Enfin saluons, le choix du Falstaff de Giulini (prise live américaine, Los Angeles mai 1982) avec Bruson (Falstaff), Nucci (Ford), Ricciarelli (Alice Ford), Barbara Hendricks (Nanetta)…

Verdi: the complete works. 75 cd Decca 478 4916