RIGOLETTO de VERDI

Vague verdienne en juin 2014France Musique, dim 8 dĂ©c 2019, 16h : RIGOLETTO de Verdi. La tribune des critiques de disques : et vous, quelle est la meilleure versions enregistrĂ©e de l’OpĂ©ra de Verdi, Rigoletto ? Il y faut un quatuor de superbes chanteurs, Ă  la fois puissants et dramatiques, mais aussi nuancĂ©s et subtils. A savoir, d’abord une Gilda, soprano coloratoure, agile, angĂ©lique, mais ardente. Un baryton vrai acteur, dense, profond, intĂ©rieur, fin (le fameux baryton verdien) qui est le rĂŽle titre : Rigoletto,, pĂšre de la dite Gilda ; un tĂ©nor aĂ©rien, souple, suave, aristocratique : le Duc de Mantoue, ĂȘtre sans morale ni scrupule dont est tombĂ©e amoureuse Gilda (pour sa perte), enfin une basse profonde, noire, hallucinĂ©, Sparafucile : le tueur engagĂ© par Rigoletto pour sa terrible vengeance (qui tourne quand mĂȘme au fiasco)
 VoilĂ  du beau monde lyrique. Sans omettre un chef lui aussi veillant Ă  l’architecture et au souffle dramatique, comme Ă  la finesse de chaque portrait psychologique
 Parmi les grands verdiens qui ont marquĂ© le rĂŽle : Leo Nucci, Renato Bruson


Le compositeur d’opĂ©ras romantiques, Giuseppe Verdi a longtemps et toujours chercher de bons livrets pour mettre en musique ses ouvrages lyriques : dans Rigoletto, – le nom du bouffon Ă  la Cour du Duc de Mantoue, Verdi utilise et adapte la piĂšce de Victor Hugo, Le Roi malgrĂ© lui. De Hugo, Verdi transpose et magnifie en musique, le rĂ©alisme brĂ»lant de la vie de cour : haine et jalousie Ă  tous les Ă©tages, surtout complot pour affaiblir la figure du bouffon trop influent ; sa fille pourtant prĂ©servĂ©e et tenue Ă  l’écart de la barbarie courtisane, sera in fine sacrifiĂ©e ; elle est mĂȘme la victime consentante d’un assassinat qui se retourne contre celui qui l’a commanditĂ©. En croyant se venger de tous, en pilotant l’assassinat du Duc, Rigoletto creuse sa propre tombe et se prĂ©cipite dans la gueule d’une horrible et infecte tragĂ©die.
Voici donc un drame gothique noir, dans l’Italie des Romantiques, celle des trahisons, tueries, meurtres et intrigues au parfum Ă©cƓurant, dĂ©lĂ©thĂšre.
À Mantoue, au XVIe siĂšcle, Rigoletto, bouffon Ă  la cour du duc de Mantoue, – sĂ©ducteur dĂ©pravĂ©, pense protĂ©ger sa fille Gilda Ă  l’abri des regards et des convoitises. Mais Gilda est dĂ©couverte et enlevĂ©e par des courtisans qui la mĂšnent jusqu’à la chambre du duc obscĂšne, irresponsable. Trop naĂŻve, la jeune vierge s’enflamme pour son amant volage, son premier amour. Que fera le pĂšre pour se venger ? Que peut le bouffon Rigoletto contre la tribu courtisane, vĂ©ritable horde sauvage et cynique ?
A travers la chute et le deuil de Rigoletto, s’accomplit la malĂ©diction dont le bouffon Ă©tait l’objet ; au dĂ©but du drame, le comte de Monterone maudit le vil serpent qui le raille, alors qu’il est exilĂ© par le Duc
 A travers le drame hugolien, Verdi traite un thĂšme qui lui est cher : l’amour paternel, celui d’un bouffon humiliĂ© qui souhaite protĂ©ger sa fille, bien vainement.

France Musique, dim 8 déc 2019, 16h : RIGOLETTO de Verdi. La tribune des critiques de disques

Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, ténor / Tristan Raës, piano (1 cd APARTE, oct 2018)

dubois cyrille tristan raes LISZT melodies lieder O LIEB cd review cd critique classiquenews CLIC de CLASSIQUENEWS septembre 2019Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, tĂ©nor / Tristan RaĂ«s, piano (1 cd APARTE, oct 2018). Focus lĂ©gitime et opportun que celui qui ici dĂ©voile les lieder de Liszt, – si peu connus, composĂ©s dans le prolongement des transcriptions de ceux de Schubert ; mais Ă  la sensucht schubertienne, langueur nostalgique ineffable, Liszt reste, proche de sa propre sensibilitĂ© Ă©motionnelle, passionnĂ© voire captivĂ© par l’extase amoureuse ; un Ă©tat d’hyperconscience, de solitude, d’ivresse, de voluptĂ© absolues, oĂč l’on retrouve pour les lieder allemands, la fusion de la nature (communion magique avec le Rhin entre autres), de l’abandon, du rĂȘve. Les connaisseurs du piano de Liszt y retrouvent ce goĂ»t des harmonies rares et aventureuses, toutes infĂ©odĂ©es Ă©troitement Ă  l’itinĂ©raire des textes poĂ©tiques. La part du piano revendique d’ailleurs, un chant double, Ă©gal, qui n’accompagne pas, mais dialogue avec la voix et commente ce qu’elle dit : au piano (Steinway D 225, au chant complice, fusionnel), le jeu de Tristan RaĂ«s se montre irrĂ©sistible. Mais le sommet du lied lisztĂ©en demeure indiscutablement le lyrisme mesurĂ© et nuancĂ© de Die Loreley, qui comme l’Erlkönig de Schubert, que Liszt connaissait Ă©videmment, condense le pouvoir de l’hallucination jusqu’à la mort, l’attraction de la nymphe voluptueuse capable d’envoĂ»ter le batelier trop contemplatif et naĂŻf jusqu’au fond des eaux mouvantes.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’affinitĂ© du timbre et du style de Cyrille Dubois, que l’on n’attendait guĂšre dans la langue de Heine ou de Schiller (entre autres), s’affirme dans l’imaginaire des lied romantiques du plus spirituel et passionnĂ© des compositeurs romantiques. Son articulation, son intelligence prosodique dĂ©pouillĂ©e de tout artifice, creusent l’arĂȘte des mots.

Souveraine, la noblesse schumanienne du premier lied « Hohe liebe »), qui convoque la rĂȘverie et la plĂ©nitude extatique. Intonation et projection hallucinĂ©e, enivrĂ©e aux aigus parfois durs, mĂ©talliques, mais clairs, brillants se dĂ©ploient sans entrave, au service de la finesse poĂ©tique des textes. MĂȘme naturel et Ă©vidence, dans le second lied (« JugendglĂŒck de 1860), plus dĂ©clamatoire, expressif, pointu, qui convient au timbre trĂšs droit du tĂ©nor français dont on se dĂ©lecte aussi de l’infinie tendresse de phrasĂ©s enivrĂ©s : cf. « Schwebe“, 1Ăšre version posthume (14).

Les 4 mĂ©lodies françaises (d’aprĂšs Victor Hugo) ajoutent Ă©videmment l’impact poĂ©tique du verbe français, aux Ă©vocations naturelles et vĂ©gĂ©tales, teintĂ© d’un Ă©rotisme filigranĂ© (Ă©pisode printanier de « S’il est un charmant gazon », 1844)

La sĂ»retĂ© des hauteurs, l’élĂ©gance du style se dĂ©ploient plus encore dans les 3 mĂ©lodies suivantes de 1859 (dans leur seconde version respective). « Enfant si j’étais roi », altier, conquĂ©rant et fier ; « Oh quand je dors » se fait pure priĂšre, appel Ă  l’onirisme le plus Ă©vocateur, telle une berceuse au balancement exquis, hypnotique, d’essence surtout amoureuse car Hugo y dĂ©pose les miracles d’une Ăąme traversĂ©e par le saisissement Ă©perdu : le timbre angĂ©lique et tendre, brillant et sans fard, d’une sincĂ©ritĂ© juvĂ©nile de Cyrille Dubois convainc totalement. D’autant que le piano de Trsitan RaĂ«s Ă©blouit lui aussi par son sens des nuances.

CLIC D'OR macaron 200L’accomplissement se rĂ©alise dans le dernier « Comment, disaient-ils », mĂ©lodie en forme de rĂ©bus ; au dramatisme Ă  la fois inquiet (des hommes) et mystĂ©rieux, rĂȘveur (des femmes Ă©nigmatiques qui leur rĂ©pondent). Les passages en voix de tĂȘte sont idĂ©alement rĂ©alisĂ©s, indiquant comme il le fait chez les Baroques, (Rameau dont un Pygmalion rĂ©cent), un vrai tempĂ©rament taillĂ© pour le verbe ciselĂ©, Ă©vocateur. Un diseur douĂ© d’une intelligence qui Ă©coute les secrets du texte comme de la musique.
Dans les ultimes mĂ©lodies d’aprĂšs PĂ©trarque, le « Benedetto sia’l giorno » (22), indique dans la tenue impeccable de la ligne, l’extension souple et tendue de la phrase, la puretĂ© de l’articulation, la prĂ©cision des mĂ©lismes, la franchise solaire des aigus, des vertus
 belcantistes – c’est Ă  dire orthodoxes ici, rossiniennes et belliniennes, que le diseur aurait bĂ©nĂ©fice Ă  cultiver dans le futur. Le tĂ©nor est capable d’exprimer le ravissement et l’extase amoureuse fantasmĂ©, vĂ©cu par Liszt Ă  l’épreuve de PĂ©trarque. Quel autre tĂ©nor dans cette candeur naturelle, et cette franchise est capable d’un tel accomplissement aujourd’hui ? Formidable interprĂšte. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

Cd critique. LISZT : « O LIEB! », lieder. Cyrille Dubois, ténor / Tristan Raës, piano (1 cd APARTE, oct 2018).

Giselle en majestĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier

Paris, Palais Garnier : Giselle, du 27 mai au 14 juin 2016. L’OpĂ©ra de Paris affiche un sommet du ballet romantique, Giselle (1841). Giselle, Ɠuvre populaire et prestigieuse du rĂ©pertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux cĂŽtĂ©s de Raimonda, Coppelia, Les Sylphides. .., a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au ThĂ©Ăątre de l’AcadĂ©mie Royale de Musique en 1841. Le ballet rĂ©pond au goĂ»t pour le fantastique, l’étrangetĂ©, les scĂšnes saisissantes voire terrifiantes liĂ©es Ă  l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-rĂ©volutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle Ă  l’acte II, acte des fantĂŽmes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique). Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle rĂ©apparaĂźt en effet au deuxiĂšme acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancĂ©es dĂ©funtes (figure fixĂ©e par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires.

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A l’occasion des reprĂ©sentations de Giselle au Palais Garnier, le danseur Ă©toile Matthieu Ganio rĂ©pond Ă  vos questions le 1er juin 2016, lors d’un live chat : cliquez ici pour participer

Contrairement aux idĂ©es reçues, la partition d’Adam est d’une subtilitĂ© onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistrĂ© (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), rĂ©vĂ©lant Ă  travers une orchestration aussi raffinĂ©e que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte Ă©videmment les mouvements des danseurs sur la scĂšne.

Des Orientales Ă  La Wili
 Giselle, Ă©toile des ballets blancs. TirĂ© des Orientales de Victor Hugo, Ă©ditĂ©es en 1828, l’intrigue de Giselle mĂȘle aussi aux aspiration de l’hĂ©roĂŻne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme Ă©vanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectĂ©s et magnifiquement transposĂ© dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancĂ©s morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraĂźne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une Ăąme fragile et passionnĂ©e qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mĂąles trop naĂŻfs. A partir de ce mĂ©lange franco-germanique, ThĂ©ophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. DĂ©guisĂ© en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux Ă©conduit par la jeune femme dĂ©masque l’aristocrate devant la foule et la fiancĂ©e de ce dernier, Bathilde. FoudroyĂ©e par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetiĂšre (cadre habituel des ballets blancs, c’est Ă  dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autoritĂ© de la reine Myrtha. Alors peuvent se rĂ©aliser les sentiments d’une femme morte certes mais douĂ©e d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant Ă  Albrecht qui sauvĂ© par Giselle, peut Ă©pouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rĂŽle-titre est le plus convoitĂ©e des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scĂšnes dramatiques, trĂšs expressives qui font avancer l’action tragique et pathĂ©tique. La musique d’Adam a parfaitement intĂ©grĂ© la nĂ©cessitĂ© du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancĂ©e de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi Ă  la crĂ©ation en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’élan et la cohĂ©rence globale de la musique et de la chorĂ©graphie, signĂ©e Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionnĂ©, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualitĂ©s pourtant opposĂ©es de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommĂ© Etoile, PremiĂšre danseuse aprĂšs la crĂ©ation, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grĂące Ă  Giselle, le ballet blanc lĂ©gendaire

 

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Giselle au Palais Garnier Ă  Paris

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Julles Perrot

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Palais Garnier, Opéra national de Paris
Du 17 mai au 14 juin 2016

 

Nouveau Rigoletto signĂ© Claus Guth Ă  l’OpĂ©ra Bastille

RIGOLETTO-hoempage-582-390-verdi-rigoletto-presentation-nouvelle-production-opera-classiquenews-582-390Paris, Bastille. Nouveau Rigoletto par Claus Guth : 9 avril-30 mai 2016. D’aprĂšs Le roi s’amuse de Hugo, Verdi aborde le thĂšme du politique et de l’arrogance punies dans leur propre rouage : ceux qui, intrigants crapuleux et mĂ©prisants, maudissent, punissent, invectivent ou ironisent, agressent ou ridiculisent, feraient bien re rĂ©flĂ©chir Ă  deux fois avant de dĂ©nigrer. Le bouffon nain Rigoletto paie trĂšs cher son arrogance : sa propre fille sera mĂȘme sacrifiĂ©e, dĂ©truite, immolĂ©e. Et le pauvre nain en son pouvoir dĂ©risoire n’aura en fin d’action que ses larmes pour rĂ©conforter le corps refroidi de Gilda, la fille qu’il aurait du protĂ©ger avec plus de discernement. Mais Verdi surprend ici moins dans le traitement de l’histoire hugolienne dont il respecte presque Ă  la lettre la fureur barbare, l’oeil critique qui dĂ©nonce l’horreur humaine Ă  vomir, que dans sa nouvelle conception du trio vocal romantique. Dans Rigoletto, le tĂ©nor n’est pas la victime mais le bourreau inconscient, ou plutĂŽt d’une insouciance irresponsable qui reste effrayante : le Duc de Mantoue s’il considĂšre la femme comme volage (souvent femme varie) chante en rĂ©alitĂ© pour lui-mĂȘme ; en paon superbe et narcissique, volubile et infidĂšle, sĂ©ducteur collectionneur, il viole la pauvre vierge Gilda, tristement enamourĂ©e ; la horde de serpillĂšres humaines qui lui sert de courtisans conclut le portrait de la sociĂ©tĂ© humaine : une arĂšne d’acteurs infects oĂč rĂšgne le dĂ©sir d’un prince lascif et inconsistant. Dans ces eaux opaques, Rigoletto pense encore s’en sortir.  Mais le stratagĂšme qu’il met en Ɠuvre en sollicitant le concours du tueur Ă  gages, Sparafucile, pour tuer le Duc se retourne indirectement contre lui : sa fille Gilda sera la victime d’une nuit de cauchemar (dernier acte).  Fantastique, musicalement efficace et mĂȘme fulgurante, la partition de Rigoletto impose dĂ©finitivement le gĂ©nie dramatique de Verdi, un Shakespeare lyrique.

Aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor inconsistant, le baryton et la soprano sont les deux victimes expiatoires d’une tragĂ©die particuliĂšrement cynique : emblĂšmes de cette relation pĂšre / fille que Verdi n’ a cessĂ© d’illustrer et d’éclaircir dans chacun de ses opĂ©ras : Stiffelio, Simon Boccanegra,


Passion Verdi sur ArteRigoletto Ă  l’opĂ©ra
 ce n’est pas la premiĂšre fois qu’un naif se fait duper et mĂȘme tondre totalement sur l’autel du pouvoir … Dans l’ombre du Duc, pensait-il qu’en singeant les autres, c’est Ă  dire en invectivant et humiliant les autres, il serait restĂ© intouchable ? Le nain croyait-il vraiment qu’il avait sa place dans la sociĂ©tĂ© des hommes ? La Cour ducale de Mantoue, le lieu oĂč se dĂ©roule le drame, semble incarner la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre : chacun se moque de son prochain, et celui qui ridiculise, de moqueur devient moquĂ©, nouvelle dupe d’un traquenard qu’il n’avait pas bien analysé  Que donnera la nouvelle production qui tient l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris, signĂ©e Claus Guth (rĂ©putĂ© pour sa noirceur et son Ă©pure thĂ©Ăątrale – en particulier ses Mozart Ă  Salzbourg) ? Cette nouvelle production remplace le dispositif scĂ©nographiĂ© par JĂ©rĂŽme Savary, crĂ©Ă©  in loco en 1996 et repris jusqu’en 2012… RĂ©ponse Ă  partir du 9 avril 2016 et jusqu’au 30 mai 2016. A ne pas manquer, car il s’agit de la nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  Paris au printemps 2016.

 

 

 

Rigoletto de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Parisboutonreservation
Du 9 avril au 30 mai 2016 — 18 reprĂ©sentations
Claus Guth, mise en scĂšne
Nicola Luisotti, direction musicale

 

Toutes les infos, les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris

 

 

 

Claude, l’opĂ©ra de Thierry Escaich et Robert Badinter sur Arte

Lyon claude boy escaich badinterTĂ©lĂ©. Arte, dimanche 11 Mai,00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013). OpĂ©ra de Lyon, avril 2013. Pour l’OpĂ©ra de Lyon, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et le compositeur Thierry Escaich relisent Claude Gueux de Victor Hugo : il en dĂ©coule un nouvel opĂ©ra sur l’univers concentrationnaire oĂč les personnages sont en quĂȘte d’humanitĂ©. Comme tous les ouvrages de Hugo, Claude offre un portrait mordant et sans illusion d’une sociĂ©tĂ© gangrĂ©nĂ©e par ses propres errements : un monde Ă©cartĂ© de toute lumiĂšre, celle du pardon, de l’égalitĂ© des chances, du droit au dĂ©passement de ses fautes antĂ©rieures. Ici les tenants de l’autoritĂ© et de l’ordre moral sont les pires bouchers tortionnaires, et les condamnĂ©s, les victimes d’un ordre arbitraire totalement injuste.

Olivier Py dessine un climat oppressant dĂ©voilant en multiples scĂšnes simultanĂ©es le destin maudit, oubliĂ© des prisonniers de longues peines.  Au cƓur de cette parodie satire de la sociĂ©tĂ©, la barbarie d’un monde sans culture et sans Ă©ducation qui se rĂ©vĂšle Ă©videmment plus ignoble et terrifiant que l’animal: l’homme est bien ce diable qui invente contre ses semblables, le pire des cauchemars collectifs (esclavage, torture
 de ce point de vue rien n’est Ă©pargnĂ© aux spectateurs dans la premiĂšre partie) : l’opĂ©ra prison, dans son Ă©crin gestapiste, est rempli de cette terreur inhumaine qu’incarne magnifiquement le chant rien que bestial et inhumain du directeur de la prison, Jean-Philippe Lafont. Face Ă  lui, l’affamĂ©, victime du monde industriel qui prend le travail aux honnĂȘtes gens comme lui, le canut Jean-SĂ©bastien Bou (ouvrier de la filiĂšre tissus), l’honnĂȘte homme, conduit malgrĂ© lui Ă  la duplicité  puis au crime par nĂ©cessitĂ© et sentiment d’injustice.

Claude, Albin: l’amour contre la prison

CLAUDEHumanitĂ© avilie, humiliĂ©e, soumise Ă  l’autoritĂ© de gardiens extĂ©nuĂ©s, la prison de Clairvaux (acutellement lieu d’un festival de musique chaque mois d’octobre) a des allures d’asile psychiatrique pour cafards sans espĂ©rance. Ces hommes dĂ©truits symbolisent l’avenir de toute l’humanitĂ©. Alors quelle issue dans ce trou des condamnĂ©s d’oĂč l’espoir hugolien aime faire jaillir une flamme de bontĂ© ? L’élan irrĂ©sistible d’un dĂ©sir de fusion et d’amour entre les deux hommes incarcĂ©rĂ©s : Claude et Albin (le haute contre Rodrigo Ferreira), codĂ©tenu de son mitard de Clairvaux. Comme dans un opĂ©ra classique, la passion submerge les cƓurs jusqu’au delĂ  du raisonnable et parce qu’il a sĂ©parĂ© les amants apaisĂ©s, le directeur de la geĂŽle est assassinĂ© par Claude. Ce dernier est guillautinĂ©.

arte_logo_2013Efficace, suractive, la musique de Thiery Escaich (qui signe son premier opĂ©ra), paraĂźt plus narrative et strictement illustrative que vraiment inspirĂ©e. Souvent bavarde Ă  force d’effets acadĂ©miques, sans suspensions, sans transe, sans fiĂšvre comme l’aurait mĂ©ritĂ© le livret, lui trĂšs dense et cohĂ©rent, voire passionnant par les thĂšmes philosophiques qu’il soulĂšve autour du salut des condamnĂ©s. «  Justice injustice », tel Ă©tait le thĂšme retenu pour un cycle vaste et attendu par l’OpĂ©ra de Lyon. La rĂ©alisation visuelle et scĂ©nographie est Ă  la hauteur de la portĂ©e du livret : Jean-SĂ©bastien Bou s’y montre bouleversant entre fĂ©linitĂ© Ă©cƓurĂ©e et aspiration irrĂ©pressible Ă  un monde meilleur : en lui souffle la flamme ardente des hĂ©ros rĂ©volutionnaires, des visionnaires tragiques. Dommage que la musique soit aussi extĂ©rieure au sujet et finalement artificielle. Pourtant la derniĂšre image convoquant au moment du supplice, une figure de danseuse exprime astucieusement l’idĂ©e de la justice qui doit faire son Ɠuvre et dont on attend toujours dans bien des cas, l’activitĂ© libĂ©ratrice…

Télé. Arte, dimanche 11 Mai, 00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013).