Symphonie des Mille de Mahler par l’ONL Orchestre National de Lille

bloch-alexandre-mahler-symphonie-8-mille-nov-2019-annonce-critique-symphonie-classiquenewsLILLE, ONL. MAHLER : Symph n°8, les 20 et 21 nov 2019. Alexandre Bloch emporte le National de Lille dans son dernier jalon mahlĂ©rien : la 8Ăš, dite des mille par rĂ©fĂ©rence au nombre de musiciens sur le plateau : un Everest pour tout maestro, et une sorte de Nirvana pour l’amateur de sensations symphoniques… Certes Mahler n’a Ă©crit aucun opĂ©ra. Pourtant la seconde partie de sa 8Ăš Symphonie dite des mille concentre tous les styles lyriques, sur un sujet que tous les Romantiques avant lui ont tentĂ© de traiter en musique : Faust. AprĂšs Berlioz et Schumann, Liszt et Gounod, Mahler met en musique en particulier la scĂšne finale du second Faust de Goethe afin d’aborder et d’élucider le mystĂšre et le sens de la vie terrestre.
Le volet exige pas moins de 8 solistes, en plus des deux choeurs adultes, du choeur d’enfants, de l’orchestre aux effectifs ahurissants
 Symphonie opĂ©ra, cantate symphonique, la 8Ăš s’ouvre en premiĂšre partie sur le texte de l’hymne particuliĂšrement dramatique « Veni Creator spiritus », ample priĂšre chantĂ©e en latin, Ă  la gloire de Dieu, oĂč le compositeur se confronte Ă  toutes les ressources du contrepoint.

 

 

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SYMPHONIE COSMOS : planĂštes et soleils en rotation

 

 

mahler_profilLa partition cyclopĂ©enne est conçue en 2 mois et crĂ©Ă©e Ă  Munich, le 12 sept 1910 sous la direction du compositeur. C’est son dernier concert public et son plus grand triomphe en Europe. Elle est constamment chantĂ©e (sauf l’ouverture du second mouvement). La modernitĂ© de l’Ɠuvre tient surtout Ă  son plan, sans Ă©quivalent auparavant, Mahler innovant littĂ©ralement une nouvelle architecture, par sĂ©quences, selon le sens du texte, Ă  la façon d’un roman. A la diffĂ©rence des opus qui ont prĂ©cĂ©dĂ©, la 8Ăš n’a rien de tragique ni de subjectif : aucun doute, aucune angoisse, aucun trouble. PlutĂŽt l’affirmation d’une joie intime et collective Ă  l’échelle du cosmos. Car Mahler Ă©crit lui-mĂȘme au chef Mengelberg en aoĂ»t 1906 : « Imaginez l’univers entier, en train de sonner et de rĂ©sonner. Il ne s’agit plus de voix humaines, mais de planĂštes et de soleils en pleine rotation ».  C’est donc l’aboutissement de tout un cycle orchestral oĂč Mahler s’est battu avec la matiĂšre orchestrale ; s’y impliquant personnellement ; au terme de l’aventure – odyssĂ©e, il rĂ©alise l’Ɠuvre final, total, synthĂšse et miroir d’une conscience aussi accomplie qu’universelle. La 8Ăš symphonie est une symphonie cosmique. Et pour l’auditeur, l’une des expĂ©riences orchestrales les plus marquantes dont il puisse rĂȘver.
Les interprĂštes en expriment le sens et l’ampleur avec d’autant plus de justesse qu’ils se sont jetĂ©s Ă  corps perdus mais maĂźtrise totale et engagement permanent dans la rĂ©alisation des symphonies 1 Ă  8 depuis septembre 2018. Une expĂ©rience et une familiaritĂ© qui enrichissent encore leur approche du dernier vaisseau symphonique de Mahler, le plus impressionnant, le plus saisissant. 2 dates Ă©vĂ©nements Ă  Lille.

 

 

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Mercredi 20 novembre 2019, 20hboutonreservation
Jeudi 21 novembre 2019, 20h
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle

 

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/la-symphonie-des-mille-symphonie-n8/

 

 

Gustav Mahler
Symphonie n°8, dite “Des Mille”
Direction : Alexandre Bloch
Sopranos: Daniela Köhler, Yitian Luan, Elena Gorshunova / ‹Altos: Michaela Selinger, Atala Schöck / ‹TĂ©nor: Ric Furman / ‹Baryton: Zsolt Haja‹ / Basse Sebastian Pilgrim

Orchestre National de Lille‹  /  Orchestre de Picardie

Philharmonia Chorus‹ / Chef de chƓur : Gavin Carr
Jeune ChƓur des Hauts-de-France
Cheffe de chƓur : Pascale Dieval-Wils
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VIDEOS : les symphonies de MAHLER par l’Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH (intĂ©grales et explications par Alexandre Bloch):
Retrouvez toutes les symphonies de Mahler sur la chaĂźne Youtube ONLille ,
jusqu’en avril 2020.

 

 

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PrĂ©sentation par l’Orchestre National de Lille :
Pour la premiĂšre en 1910, il fallut construire une estrade spĂ©ciale dans la salle afin de pouvoir accueillir l’ensemble des musiciens. NĂ©cessitant deux chƓurs d’adultes, un chƓur d’enfants, huit solistes et un immense orchestre symphonique, la Symphonie n°8 dite “Des Mille” est la symphonie la plus dĂ©mesurĂ©e, la plus folle du cycle dans laquelle Mahler nous emporte d’un Veni creator ravageur Ă  une scĂšne faustienne qui mĂ©lange tous les genres musicaux connus. Venez vivre le gigantisme de cette Ɠuvre unique qui rĂ©unira plus de 300 artistes sur scĂšne sous la direction d’Alexandre Bloch. Lors de la premiĂšre Ă  Munich, Thomas Mann et Stefan Zweig, prĂ©sents dans le public, en Ă©taient restĂ©s sidĂ©rĂ©s.

The Symphony of a Thousand
Symphony No. 8, known as “The Symphony of a Thousand”, is the most monumental of Mahler’s symphonies. With its two adult choirs, children’s choir, eight soloists and immense symphony orchestra, this unique work has strucken since its very premiùre in 1910.

 

 

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Autour du concert
Ă  18h45
Rencontre mahlérienne

20 novembre 2019:
Bertrand Dermoncourt, directeur de la musique de Radio Classique et auteur du Retour de Gustav Mahler réunissant deux textes de Stephan Sweig

21 novembre 2019 :
Christian Wasselin auteur de Mahler : La Symphonie-Monde

En partenariat avec la
MĂ©diathĂšque Musicale Mahler
(entrĂ©e libre, muni d’un billet du concert)

 

 

 

 

 

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Symphonie n°8 de Gustav Mahler – PLAN

Du polyphonique saisissant, du dramatique lyrique

Mahler n’a pas composĂ© d’opĂ©ras proprement dit ; mais le directeur de lOpĂ©ra de Vienne qui a connu comme peu le rĂ©pertoire lyrique de Mozart et Beethoven Ă  Wagner et Strauss, a finalement Ă©crit son drame lyrique dans la seconde partie de la 8Ăš, inspirĂ© de la scĂšne finale du Faust de Goethe : vision et action spectaculaire qui imagine le hĂ©ros tant Ă©prouvĂ©, atteindre dĂ©lices et repos des bĂ©atitudes cĂ©lestes. Dans les plus hautes sphĂšres, anges, angelots, enfants bienheureux chantent, favorisent et accompagnent l’élĂ©vation et la mĂ©tamorphose (chrysalide devenue ange sanctifiĂ©) de l’ñme de Faust vers son dernier asile
 alors que les Enfants bienhereux contemple le corps du Faust qui s’élĂšve toujours, Marguerite paraĂźt, implore Marie, d’accueillir cette Ăąme nouvelle, morte et ressuscitĂ©e, Ă©ternellement jeune.

 

AprĂšs le monumental Veni Creator dont la force expressive, la complexitĂ© maĂźtrisĂ©e de l’écriture (ocĂ©an contrapuntique oĂč domine une double fugue) la sonoritĂ© colossale doivent saisir au sens strict selon les mots du compositeur le spectateur auditeur, place Ă  un cycle fraternel et compassionnel, la deuxiĂšme partie de la 8Ăš, Ă©pisode Ă©blouissant sur le plan de l’écriture orchestrale et vocale, dans lequel Mahler rĂ©tablit le lien avec l’humanitĂ©.

 

Pour plus d’unitĂ©, le Faust cite certains thĂšme du Veni Creator qui a prĂ©cĂ©dĂ©. L’architecture en est un triptyque : Andante, Scherzo, Finale, ou introduction, exposition en 3 parties, dĂ©veloppement en 3 sections, Ă©pilogue.

En ouverture (poco adagio), Mahler Ă©voque la solitude de Faust dans la montagne (prĂ©mices du Chant de la terre). Arbres, lions muets, asile d’amour


 

EXPOSITION

Aprùs le chƓur (Waldung, sie schwankt heran),

PATER ECSTATICUS et PATER PROFUNDUS entonnent leur couplet.

EXTATICUS : proie de l’amour Ă©ternel

PROFUNDUS : témoin du miraculeux amour

Le choeur des anges, portant l’essence de Faust, amorcent le 2Ăš Ă©pisode de l’exposition (« celui qui cherche et s’efforce dans la peine, sera sauvé » ;

Puis, se succùdent le chƓur des enfants bienheureux

(trÚs haut dans les cimes : « celui que vous vénérez, vous le verrez »),

le choeur des angelots qui ouvre le SCHERZO

(Jene rosen / les roses des pénitentes
).

Le choeur avec alto solo (Uns bleibt ein Erdenrest)

marque la 3Ăš et derniĂšre sĂ©quence de l’exposition

(le pur et l’impur mĂȘlĂ© dans un cƓur, ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©s

que par l’amour).

 

DEVELOPPEMENT

Le dĂ©veloppement dĂ©bute avec le choeur des angelots (Ich spĂŒre soeben)

Le choeur des enfants bienheureux (Freudig empfangen wir) qui débouche sur

 

1- L’HYMNE A LA VIERGE (Mater dolorosa) du DOCTEUR MARIANUS :

« Hochste Herrscherin der Welt », témoin de la splendeur mariale (splendide et magnifique, la reine du ciel) ;

repris par le choeur (Jungfrau, ren im schönsten Sinne /Vierge pure, sublime  »).

S’épanouit alors le thĂšme de l’Amour, pour violon et harmonium (mi maj),

pour l’entrĂ©e de la Mater dolorosa

 

 

2- Choeur d’hommes (Dir, der UnberĂŒhrbaren)

MATER GLORIOSA : Choeur des PĂ©nitentes (Du Schwebst zu Höhen / Tu vogues vers les hauteurs, si mj), – apothĂ©ose de Marie, auxquelles succĂšdent

MAGNA PECCATRIX : Saint-Luc (Bei der Liebe : elle lave et parfume les pieds du Christ)

MULIER SAMARITANA : Saint-Jean (Bei dem Bronn) : elle abreuve les lĂšvres du Sauveur

MARIA AEGYPTIACA (Bei dem hochgeweithen Orte / Par le lieu saintement consacré)

puis unies en TRIO (Die du grossen SĂŒnderinnen / accordes le pardon Ă  Faust
).

La PĂȘcheresse MARGUERITE implore Marie (Neige, neige, rĂ© maj) : sauve Marie, Faust

Choeur des enfants bienheureux

La PĂȘcheresse implore encore Marie (Vom edlen Geisterchor, si b maj)

avec point culminant (trompette du Veni Creator).

 

3- MATER GLORIOSA (Komm! Hebe dich zu höhern SphÀren, mi bémol)

repris par

DOCTOR MARIANUS (Blicket auf !), repris par le choeur

 

 

Postlude orchestral

 

EPILOGUE / FINALE

AprĂšs un mystĂ©rieux prĂ©lude orchestral, s’affirme le presque imperceptible murmure du choeur mystique (Alles vergĂ€nglische ist nur ein Gleichnis)

Immense et progressif crescendo sur le thĂšme du Veni Creator. LĂ  encore, encensant la Vierge, source de toute misĂ©ricorde et divinitĂ© la plus admirable, « l’imparfait trouve l’achĂšvement ; l’ineffable devient acte ». Et « l’Eternel FĂ©minin » porte toujours plus haut.

 

 

Comme jamais auparavant, Mahler Ă©chafaude une Ă©criture qui lui est propre ; oĂč la forme respecte le sens et les enjeux de chaque situation dramatique. Moins d’effet de masse. Mais une Ă©criture « romanesque » et purement dramatique voire opĂ©ratique qui suit le sens de l’action dramatique, celle du Faust de Goethe ; selon lequel le hĂ©ros moderne (romantique) vit une expĂ©rience spirituelle, dans l’adoration de la Vierge, qui lui permet d’ĂȘtre transcendĂ©.

 

 

BEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812)

beethovenBEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812)HEILINGENSTATD, 1802 : une nouvelle naissance. FinancĂ© par l’aristocratie viennoise, Beethoven croit un moment qu’il peut prĂ©tendre rejoindre la classe supĂ©rieure ; nenni, musicien, il reste un ĂȘtre infĂ©rieur car il n’est pas noble. BientĂŽt en 1806, le prince Lichnowski qui le dotait d’une rente confortable lui enjoint de jouer pour ses invitĂ©s selon son plaisir : Beethoven se rebiffe ; il n’est pas un serviteur : fiĂšrement, aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© congĂ©diĂ© par son protecteur, le compositeur Ă©crit : « des nobles il y aura toujours ; mais il n’y aura jamais qu’un seul Beethoven ». Le voilĂ  comme Mozart quittant Salzbourg, en artiste crĂ©ateur misĂ©rable mais libre.

 

 

 

 

volet 3 : dossier Beethoven 2020

Le BEETHOVEN ACCOMPLI : un souffle Ă©pique (1802 – 1812)

L’aprùs Heiligenstatd

 

 

Ludwig-Van-BeethovenLe sourd qui doute profondĂ©ment du sens de son Ɠuvre, part Ă  Heiligenstatd au printemps 1802 ; il n’entend plus : pour lui, concerts et carriĂšre de concertiste comme de pĂ©dagogue sont arrĂȘtĂ©s nets, impossibles. Suicidaire, il songe Ă  rompre le fil de sa vie (septembre). Acte de confession et examen de conscience sĂ©rieux, l’épisode lui permet d’analyser sa situation et de redĂ©finir dĂ©sormais ce Ă  quoi il doit prĂ©tendre : affirmer sa voix singuliĂšre, visionnaire, prophĂ©tique, mais vivre en banni ; isolĂ©, solitaire du fait de sa surditĂ© ; accepter d’aimer, et souvent de n’ĂȘtre pas aimĂ© en retour. Le coeur ardent revendique sa tendresse de fond, sa gĂ©nĂ©rositĂ© ; Beethoven demeure incompris, souvent rĂ©duit Ă  des sauts d’humeur
 pourtant dans l’affaire oĂč il tend Ă  prendre la tutelle de son neveu, le compositeur se montre soucieux de l’autre, protecteur, et d’une loyautĂ© constante. Dans cette perspective existentielle noire, l’art le sauve ; elle lui impose une Ă©thique personnelle, un idĂ©al hors normes. La composition devient une mission morale qui doit Ă©clairer la sociĂ©tĂ© pour rĂ©ussir Ă  rendre l’humanitĂ© plus Ă©voluĂ©e. Le musicien est ce guide messianique et prophĂ©tique qui Ɠuvre Ă  la sublimation du genre humain. Plus tard, Wagner prolonge cette vision de l’artiste-prophĂšte. Pour l’heure, Beethoven Ă  peine trentenaire, couche sur le papier les piliers moraux de sa prise de conscience.

RenforcĂ©, raffermi dans sa vocation reformulĂ©e, le Beethoven bien que sourd et isolĂ©, est Ă  32 ans, une nouvel ĂȘtre ; plus fougueux et radical que jamais : la Symphonie n°3 Heroica / HĂ©roĂŻque (opus 55) suit directement la rĂ©daction du Testament d’Heiligenstatd. L’ampleur du projet qu’il s’est fixĂ©, se lit dĂ©sormais dans l’architecture mĂȘme de chaque symphonie ; une construction inĂ©dite dans laquelle Beethoven Ă©difie son projet pour l’humanitĂ©. Beethoven Ă©difie, construit ; mais il produit aussi un son nouveau, inspirĂ© certes de Mozart et de Haydn, mais surtout des compositeurs français de la RĂ©volution (MĂ©hul). Les vents, les cuivres gagnent un relief particulier : signe que Ludwig connaissait Ă©troitement l’écriture des symphonistes français, grĂące entre autres Ă  Kreutzer, prĂ©sent Ă  Vienne. Au caractĂšre militaire de son inspiration, Beethoven affirme aussi un souffle nouveau Ă  la fois Ă©pique et poĂ©tique.

Alors inspirĂ© par l’idĂŽle Bonaparte, ce libĂ©rateur attendu par toute l’Europe, Beethoven achĂšve mi 1804, sa symphonie Bonaparte (HĂ©roĂŻque), hymne au monde nouveau Ă  construire, vĂ©ritable manifeste d’une humanitĂ© libĂ©rĂ©e, sublimĂ©e, accomplie. A partir de l’Eroica, Beethoven affirme sa propre voix, celle du chantre de la modernitĂ©, le prophĂšte qui offre Ă  entendre la musique du futur. Son but est d’emporter avec lui, le peuple des hommes vers ce monde meilleur, harmonique qui n’existe pas encore. Leonore ou Fidelio, aprĂšs 3 ouvertures diffĂ©rentes et deux versions est son seul opĂ©ra, achevĂ©e en 1805 / 1806, dĂ©montre l’avenir radieux d’une humanitĂ© conduite par l’amour, la fidĂ©litĂ© et la libertĂ© contre toutes les tyrannies ; surtout sa 5Ăš symphonie (et des 4 premiers coups du destin), et son double simultanĂ©, la 6Ăš « Pastorale » indique les vertus de l’homme qui combat pour son Ă©mancipation et qui sait se fondre dans l’unitĂ© prĂ©servĂ© de la Nature. Amour, libertĂ©, Nature : voilĂ  la trilogie beethovĂ©nienne, qu’il ne cesse de commenter, analyser, expliciter Ă  travers tout son Ɠuvre. Et jusqu’à sa mort le 26 mars 1827 Ă  56 ans.

De cette premiĂšre pĂ©riode de grande luciditĂ© et maturitĂ© hĂ©roĂŻque donc, datent les Ɠuvres maĂźtresses telles les Sonates Waldstein, Appassionnata ; les 3 Quatuors Razoumowski, le Quatuor n°10
 sans omettre la Fantaisie pour piano, choeur et orchestre de 1808 ni le Concerto Empereur de 1809. Son travail est encouragĂ© par le soutien des princes viennois : l’Archiduc Rodolphe (son Ă©lĂšve), Lobkowitz et Kinsky qui payent une rente annuelle (mars 1809) sans rien lui demander sauf qu’il reste Ă  Vienne (Beethoven avait fait savoir qu’il deviendrait le kapelmeister de JĂ©rĂŽme Bonaparte, souverain de Westphalie).
Au travail du bĂątisseur de cathĂ©drales symphoniques et concertantes rĂ©pond aussi une vie personnelle aussi passionnĂ©e que frustrante : Beethoven par son origine modeste n’étant jamais aimĂ© comme il le souhaite en retour. Avait-il raison de rechercher coĂ»te que coĂ»te sa bien aimĂ©e parmi les jeunes femmes de l’aristocratie viennoise ? DĂ©raisonnable ambition qui se paye au prix fort, entre dĂ©sillusions Ă  rĂ©pĂ©tition et amertume croissante.

Mai 1809, les soldats de NapolĂ©on occupent Vienne ; Beethoven perd des protecteurs qui ont tous fui la capitale impĂ©riale. Les bombardements le font atrocement souffrir. AprĂšs la victoire française de Wagram, Kinsky meurt ; Lobkowitz est ruinĂ© ; seul l’Archiduc Rodolphe survit mais aura du mal Ă  payer rĂ©guliĂšrement le reste d’une rente atrophiĂ©e.

brunvik brunswik josephine beethoven la fiancee de beethoven immortelle bien aimee classiquenews dossier Beethoven 2020Les Immortelles bien-aimĂ©es
 Parmi les aimĂ©es de Ludwig, JosĂ©phine von Brunswick (portrait ci contre Ă  gauche), jeune veuve de 24 ans Ă  peine
 qui l’aime mais renonce finalement au compositeur certes douĂ© mais qui n’est que 
roturier. L’intĂ©rĂȘt et le confort, avant l’amour et l’attraction des cƓurs. Puis paraĂźt Bettina Brentano (portrait ci dessous) Ă  partir de mai 1810 : malgrĂ© un visage marquĂ© par la petite vĂ©role, « laid » en vĂ©rité », Bettina trouve la face de Ludwig admirable et noble grĂące Ă  son front sculptural ; sa naĂŻvetĂ© d’enfant ; sa grĂące de seigneur. Intimement Ă©pris, Beethoven lui adresse des confessions profondes : « je suis le Bacchus qui vendange le vin dont s’enivre l’humanité ». Sous l’aile de cette rencontre qui semble bĂ©nie des dieux, le compositeur enivrĂ© compose la Sonate Lebewohl (Adieu), le Quatuor n°11 (dit « Quartetto serioso » par l’auteur lui-mĂȘme), le Trio L’Archiduc de 1811 (dĂ©diĂ© Ă  Rodolphe, son protecteur le plus fidĂšle et le plus fiable). Bettina connaĂźt Goethe avant Beethoven : elle fait se rencontrer les deux esprits en juillet 1812 ; Ludwig admire l’écrivain dont il a composĂ© la musique d’Egmont. Mais les deux tempĂ©raments ne se comprennent pas vĂ©ritablement ; Goethe trouve Beethoven, Ă©nergique, concentrĂ© mais radical, « dĂ©chainé » et impossible voire insupportable ; et Beethoven qui aurait rĂȘvĂ© de mettre en musique son Faust, trouve l’homme de lettres, trop obsĂ©quieux et courtisan. Un « vendu » nous rions nous aujourd’hui. Radical, extrĂȘmiste, Beethoven ? C’est que sa fureur dans sa grandeur est au diapason de son amour fraternel et de sa bontĂ©. VoilĂ  qui a Ă©chappĂ© Ă  Goethe qui malgrĂ© les envois multiples de Ludwig, restera totalement hermĂ©tique et 
 sourd.

brentano bettina aimee de beethoven portrait dossier beethoven 2020 classiquenewsEn juillet 1812, la correspondance de Beethoven laisse entendre qu’il a enfin rencontrĂ© celle qu’il attendait ; qu’il aime et qui l’aime en retour : « l’immortelle bien aimĂ©e » Ă©crit-il. Peut-ĂȘtre s’agit-il encore de JosĂ©phine von Brusnwick dont la fille Minona serait de Ludwig
 Dans l’exaltation de ce transport phĂ©nomĂ©nal, le compositeur Ă©crit les Symphonies 7 et 8, envisage mĂȘme, dĂ©jĂ , une 9Ăš, qui fermerait le triptyque. Mais en dĂ©cembre 1812, tout s’écroule, et ses rĂȘves d’une liaison installĂ©e s’écroulent dĂ©finitivement. Pour lui, la solitude d’un hĂ©ros incompris. Il faudra dĂ©sormais 6 annĂ©es pour se reconstruire et rĂ©aliser ce sommet de l’entendement humain, cime fraternelle surtout, la 9Ăš et son ode Ă  la joie, de Schiller et non de Goethe.

 

 

 

 

volet 4 : dossier Beethoven 2020
L’homme qui aimait les hommes qui le dĂ©testait
la crise (1813 – 1815)

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LIRE notre grand dossier BEETHOVEN 2020 : Ă©lĂ©ments biographiques clĂ©s, piĂšces et partitions maĂźtresses au cours de la carriĂšre Ă  Vienne…

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3DOSSIER BEETHOVEN 2020 : 250 ans de la naissance de Beethoven. L’anniversaire du plus grand compositeur romantique (avec Berlioz puis Wagner Ă©videmment) sera cĂ©lĂ©brĂ© tout au long de la saison 2020. Mettant en avant le gĂ©nie de la forme symphonique, le chercheur et l’expĂ©rimentateur dans le cadre du Quatuor Ă  cordes, sans omettre la puissance de son invention, dans le genre concertant : Concerto pour piano, pour violon, lieder et sonates pour piano, seul ou en dialogue avec violon, violoncelle
 Le gĂ©nie de Ludwig van Beethoven nĂ© en 1770, mort en 1827) accompagne et Ă©blouit l’essor du premier romantisme, quand Ă  Vienne se disperse l’hĂ©ritage de Haydn (qui deviendra son maĂźtre fin 1792) et de Mozart, quand Schubert aussi s’intĂ©resse mais si diffĂ©remment aux genres symphonique et chambriste. Venu tard Ă  la musique, gĂ©nie tardif donc (n’ayant rien composĂ© de trĂšs convaincant avant ses cantates Ă©crites en 1790 Ă  20 ans), Beethoven, avant Wagner, incarne le profil de l’artiste messianique, venu sur terre tel un Ă©lu sachant transmettre un message spirituel Ă  l’humanitĂ©.  CLASSIQUENEWS dresse le portrait de la vie de Beethoven (en 4 volets), puis distingue 4 Ă©pisodes de sa vie, particuliĂšrement dĂ©cisifs
 LIRE ici notre grand dossier BEETHOVEN  2020, biographie, partitions clĂ©s, discographie (les enregistrements majeurs, parus l’automne 2019 et pendant toute l’annĂ©e 2020)

 

 

Compte rendu, concert ; Paris ; Philharmonie de Paris, le 16 septembre 2016 ; Robert Schumann (1810-1856) : ScĂšnes du Faust de Goethe ; ChƓur d’enfants et ChƓur de l’Orchestre de Paris ; Orchestre de Paris ; Daniel Harding, direction.

daniel_harding_nomme_a_la_tete_orchestre_de_paris_meaL’Orchestre de Paris a donnĂ© ce soir son premier concert sous la direction de son neuviĂšme chef attitrĂ©. Daniel Harding a choisi une Ɠuvre aussi rare que belle et difficile : Les ScĂšnes du Faust de Goethe de Robert Schumann. Vaste partition en forme d’oratorio, elle requiert outre un orchestre fourni, un grand chƓur et un chƓur d’enfants ainsi que de nombreux solistes dont trois voix d’enfants. Daniel Harding a donc tenu dans sa main de velours, ferme et vivifiante prĂšs de 300 musiciens et chanteurs. Le rĂ©sultat est enthousiasmant. La partition de Schumann est la seule, et je pĂšse mes mots, Ă  rendre compte de la dimension philosophique de l’immense ouvrage de Goethe : Gounod a Ă©crit d’avantage une Margarethe qu’un Faust et Berlioz a manquĂ© de profondeur mĂȘme si il a su rendre compte de la dimension fantastique comme nul autre. Daniel Harding a pris Ă  bras-le-corps la partition schumanienne et a su la mener Ă  bon port c’est Ă  dire vers l’au-delĂ . Une direction ferme, nuancĂ©e, dramatique mais Ă©galement pleine de dĂ©licatesse et de finesse. Une attention permanente aux Ă©quilibres parfois complexes nous a permis d’entendre chaque mot de Goethe y compris avec les enfants solistes remarquables de prĂ©sence fragile et Ă©mouvante.

Un Faust magistral

05_Daniel Harding Filarmonica foto Silvia Lelli 2-k2mE--1200x900@Quotidiano_Inside_Italy-WebLes solistes ont tous Ă©tĂ© choisis avec soin. Les deux sopranos Hanna-Elisabeth MĂŒller et Mari Eriksmoen ont Ă©tĂ© remarquables de beautĂ© de timbre, de lumiĂšre et d’implication dramatique. Deux trĂšs belles voix de sopranos qui sont en plus de trĂšs belles femmes Ă©lĂ©gantes et rayonnantes. Le tĂ©nor d’Andrew Staples est une voix de miel et de texte limpide avec une  grande noblesse. Les deux basses Franz-Josef Selig et Tareq Nazmi sont parfaits de prĂ©sence, surtout le premier en malin. Bernarda Fink de son beau timbre noble et veloutĂ© a, dans chaque intervention, et parfois trĂšs modeste, marquĂ© une belle prĂ©sence d’artiste. Le grand triomphateur de la soirĂ©e est Christian Gerhaher dans une implication dramatique totale que ce soit dans Faust amoureux ou vieillissant et encore d’avantage en Pater Seraphicus et en Dr. Marianus. La voix est belle, jeune et moelleuse. Les mots sont ceux d’un liedersĂ€nger avec une projection parfaite de chanteur d‘opĂ©ra. Ces qualitĂ©s associĂ©es en font l’interprĂšte rĂȘvĂ© de ces rĂŽles si particuliers.
L’Orchestre de Paris a jouĂ© magnifiquement, timbres merveilleux, nuance subtiles et phrasĂ©s amples. L’orchestration si complexe de Schumann a Ă©tĂ© mise en valeur par des interprĂštes si engagĂ©s. Les chƓurs trĂšs sollicitĂ©s ont Ă©tĂ© Ă  la hauteur des attentes et tout particuliĂšrement les enfants. Ils ont Ă©tĂ© admirablement prĂ©parĂ©s par Lionel Sow, plus d’un a Ă©tĂ© saisi par la puissance dramatique des interventions.
Une trĂšs belle soirĂ©e qui est a Ă©tĂ© donnĂ©e deux fois (reprise le 18 septembre) une grande Ɠuvre qui n’a et de loin, pas assez de prĂ©sence dans nos salles. Sa complexitĂ© et le nombre des interprĂštes ne sont pas Ă©trangers Ă  cette raretĂ©. En tout cas la salle bondĂ©e a Ă©tĂ© enthousiasmĂ©. Le public est lĂ  pour cette Ɠuvre pourtant rĂ©putĂ©e difficile quand des interprĂštes de cette trempe nous l’offre ainsi. Le soir de la premiĂšre toutes les places de la vaste salle de la Philharmonie ont Ă©tĂ© occupĂ©es. Daniel Harding a ainsi amorcĂ© avec panache sa complicitĂ© avec l’Orchestre de Paris et avec le public.

Compte rendu concert ; Paris ; Philharmonie de Paris, le 16 septembre 2016 ;  Robert Schumann (1810-1856) : ScĂšnes du Faust de Goethe ; Hanna-Elisabeth MĂŒller, Mari Eriksmoen, sopranos ; Bernarda Fink, mezzo-soprano ; Andrew Staples, tĂ©nor ; Christian Gerhaher, baryton ; Franz-Josef Selig, Tareq Nazmi, basses ; ChƓur d’enfants et ChƓur de l’Orchestre de Paris : Lionel Sow, Chef de chƓur ; Orchestre de Paris ; Direction, Daniel Harding.
Photo : Silvia Lelli

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont (Haselböck, 1cd Alpha)

beethoven egmont haselbock bernarda bobro cd review critique classiquenews 3760014194726CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont  (Haselböck, 1cd Alpha). RECONSTITUTION BEETHOVENIENNE. FondĂ© en 1985 par Martin Haselböck, il y a plus de 30 ans, l’orchestre sur instruments anciens, Orchester Wiener Akademie n’a certes pas la hargne et la radicalitĂ© extrĂ©miste, ĂŽ combien passionnante du Concentus Musicus de Vienne du regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt ; mais le geste audacieux, dont la sonoritĂ© profite ici essentiellement des cuivres, – superbes de panache Ă©corchĂ© (les cors triomphants et idĂ©alement Ăąpres) rendent service à  l’Ɠuvre choisie, entre thĂ©Ăątre et musique. Dans Egmont dont on ne joue gĂ©nĂ©ralement que l’ouverture, Beethoven imagine plusieurs musiques de scĂšne, pour assurer les enchaĂźnements ou explorer une atmosphĂšre :  hĂ©ros romantique par excellence, Egmont, libĂ©rateur des Pays-Bas inspire Ă  Goethe dĂšs la conception de la piĂšce, une place importante Ă  la musique, notamment pour la mort des personnages : KlĂ€rchen ou surtout Egmont ; de mĂȘme la fin du drame devait dans l’esprit du dramaturge se rĂ©aliser par une symphonie de victoire (jouĂ©e ici). Auteur rĂ©formateur douĂ© d’un souffle puissant, Beethoven fut sollicitĂ© dĂšs 1809, Ă  l’occasion d’une reprise du drame goethĂ©en : il livre davantage qu’une simple mise en musique de certains passages : une ouverture, plusieurs intermĂšdes, des airs accompagnĂ©s pour soprano et orchestre… c’est toute une rĂ©flexion musicale (sur la libertĂ©) qui enrichit la perception du drame, et facilite aussi son dĂ©roulement.  Si dans la piĂšce originelle, dans la seconde moitiĂ© du XVIĂš, Egmont doit se battre contre l’occupant espagnol, les autrichiens en 1809 doivent lutter contre l’invasion des troupes de NapolĂ©on : dans l’esprit du musicien, le parallĂšle est clair et permet d’exprimer clairement les intentions dĂ©mocratiques et politiques de Ludwig. IndĂ©pendamment de la reprĂ©sentation de la piĂšce de Goethe, Beethoven obtint du poĂšte son approbation pour concevoir un drame autonome articulĂ© Ă  partir des seules morceaux de sa musique : il en dĂ©coule ce mĂ©lodrame, sorte de rĂ©sumĂ© de la piĂšce de Goethe, sur un texte validĂ©, Ă©crit par Friedrich Mosengell en 1821. La version jouĂ©e dans cet album est celle plus tardive, d’un libĂ©ralisme assagi selon la censure viennoise, rĂ©Ă©crit par Franz Grillparzer en 1834.

Musique goethéenne de Beethoven : Egmont, 1809-1834

En conclusion du cycle goethĂ©en, Martin Haselböck ajoute la cĂ©lĂšbre ouverture  opus 124, “la consĂ©cration de la maison”, en particulier pour la rĂ©ouverture du thĂ©Ăątre Ă  Vienne, Ă  Josefstadt, fin septembre 1822. La “maison” c’est le thĂ©Ăątre lui-mĂȘme : nouvelle piĂšce de circonstance de Carl Meisl pour laquelle Beethoven composa aussi une musique de scĂšne. Dans la “clartĂ© sĂšche” de la salle du thĂ©Ăątre, Beethoven dirigea lui-mĂȘme la partition portĂ©e par une claire et progressive aspiration Ă  la lumiĂšre, exultation et joie fraternelle. Le thĂ©Ăątre est toujours en place : le lieu comme d’autres sites viennois qui ont accueilli la crĂ©ation de nouvelles Ɠuvres beethovĂ©niennes Ă  Vienne, forment la singularitĂ© du projet actuel “Resound Beethoven”, jouer Beethoven dans les salles pour lesquelles le compositeur a Ă©crit… VoilĂ  un nouveau chantier qui fait de Vienne, une citĂ© incroyablement musicienne, ajoutant donc aux circuits Mozart, Haydn, Porpora, Schubert ou Johann Strauss II, – entre autres, celui en cours de rĂ©alisation dĂ©volu aux crĂ©ations de Beethoven.

Le rĂ©citant pour Egmont est l’acteur Herbert Föttinger – directeur actuel de la salle Josefstadt. La musique de Beethoven accentue et rythme les accents passionnĂ©s d’une action cĂ©lĂ©brant le courage et la volontĂ© dĂ©diĂ©s Ă  l’esprit de libĂ©ration finale. La langue de Goethe a dĂ©terminĂ© l’ivresse guerriĂšre d’une musique qui aprĂšs tension et contrastes savamment mesurĂ©s, cible essentiellement sa conclusion en forme d’implosion libĂ©ratrice. On Ă©mettra des rĂ©serves sur la version rĂ©cente en anglais (2Ă 15) – fĂ»t-elle rĂ©citĂ©e par un acteur Ă  la mode… le nerf, le muscle acĂ©rĂ© et vif argent, une certaine Ă©conomie Ɠuvrant pour l’exacerbation du drame exemplaire (Egmont donne tout, – sa ferveur et sa vie- pour l’idĂ©al libertaire qui porte toute sa carriĂšre). Haselböck mise beaucoup sur l’incise des contrastes, parfois au dĂ©triment d’une certaine Ă©lĂ©gance instrumentale dont Vienne avait cependant la spĂ©cialitĂ© : mais la fureur viscĂ©rale, l’autodĂ©termination globale, directe, franche exprimĂ©e par tous les pupitres, et la sonoritĂ© si fine et affĂ»tĂ©e des timbres d’Ă©poque, sans omettre l’excellent soprano de Bernarda Bobro, Ă  la fois claire et charnel, fondent la valeur de cet enregistrement, en tout point fidĂšle Ă  la furiĂ  guerriĂšre et fraternelle du grand Ludwig.

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont version  Grillparzer, 1834 (cd1) / version anglaise ((cd2, 2015). Bernarda Bobro, soprano. Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck, direction. Enregistrement réalisé à Vienne en octobre 2015 au Théùtre in der Josefstadt. 2 cd Alpha.

Marco Guidarini dirige Mefistofele de Boito Ă  Prague

prague-opera-narodni-divadlo-prague-opera-580-380Prague, 22 janvier>29 mai 2015. Boito : Mefistofele. Marco Guidarini. La genĂšse du Mefistofele (1868-1881) de Boito est longue et difficile : Ă  chaque reprise aprĂšs l’Ă©chec retentissant de la crĂ©ation initiale (5h de spectacle!) Ă  La Scala de Milan en 1868, Boito comme dĂ©passĂ© par un trop plein d’idĂ©es formelles, recoupe, taille, rĂ©Ă©crit en 1875, 1876 enfin en 1881, dĂ©voilant la formation que nous connaissons. DĂšs le prologue -conçu comme un final symphonique exprimant la souverainetĂ© de Mefistofele parmi les anges et les chĂ©rubins soumis-, le souffle goethĂ©en portĂ© par le livret rĂ©digĂ© par le compositeur lui-mĂȘme, saisit : violence, passion, lyrisme Ă©chevelĂ© sont au diapason et Ă  la hauteur du mythe littĂ©raire. Ne serait-ce que pour cet ample portique qui atteint le grandiose palpitant d’une cathĂ©drale, la partition sait enchanter avec une redoutable efficacitĂ©, entre l’opĂ©ra et l’oratorio (un clin d’oeil au final du premier acte de Tosca de Puccini, lui aussi sur le thĂšme d’un vaste Te Deum atteint la mĂȘme surenchĂšre chorale et orchestrale, voluptueuse, terrifiante et spectaculaire).

Le Faust de Boito, 1868-1881

Dans le Prologue – fresque orchestrale inouĂŻe, aux dimensions du Mahler de la Symphonie des mille, Boito souligne le dĂ©monisme de Mefistofele qui mĂ©prisant l’homme et sa nature corruptible, jure en prĂ©sence des crĂ©atures cĂ©lestes, de prĂ©cipiter le vertueux Faust, tout philosophe qu’il soit. va-t-il pour autant rĂ©ussir ?

boito-arrigo-mefistofele-operaSynopsis, argument. EmpĂȘtrĂ© par les tableaux divers du roman homĂ©rique de Goethe, Boito respecte tant bien que mal le fil de la narration originelle oĂč peu Ă  peu le docteur Faust pourtant conscient des limites de l’homme et de sa nature, s’enfonce dans les tourments de la tentation et de l’expĂ©rience sensorielle. A Francfort pendant la fĂȘte de la RĂ©surrection, Faust qui cĂ©lĂšbre l’avĂšnement du printemps accepte l’offre du dĂ©mon Mefistofele face aux miracles et prodiges dont il sera bĂ©nĂ©ficiaire (Acte I).  Au II, alors que Mefistofele dĂ©tourne la duĂšgne Marta, Faust peut roucouler avec Marguerite en son jardin d’amour. TrĂšs vite, le revers tragique d’une vie insouciante montre ses effets effrayants : au III, c’est la visite de Faust coupable dans la prison de Marguerite, incarcĂ©rĂ©e pour avoir commis un double meurtre : empoisonner sa mĂšre (pour que son amant la visite) et noyer son enfant ! Mais Mefistofele se souciant de la seule chute morale de Faust  entraĂźne son sujet passif dans le sabbat des sorciĂšres, oĂč paraĂźt surtout l’irrĂ©sistible HĂ©lĂšne, la plus belle femme du monde Ă  laquelle Faust dĂ©sormais ensorcelĂ© voue son Ăąme (IV).
MalgrĂ© tous ces prodiges oĂč tout est offert au philosophe : amour, richesse, joyaux et femme sublime, … le coeur du docteur n’est pas apaisĂ© : au ciel, il destine sa vraie nature… morale. Mefistofele avouant sa dĂ©faite finale, Ă©clate d’un rire sardonique. Ainsi l’opĂ©ra mephistophĂ©lique dĂ©bute sur l’apothĂ©ose du DĂ©mon puis s’achĂšve par son rire sardonique.

La partition est l’une des plus ambitieuses de son auteur dont le gĂ©nie dramatique se dĂ©voile sans limites : Boito aprĂšs avoir dans sa jeunesse militante conspuĂ© le thĂ©Ăątre de Verdi, devient son librettiste prĂ©fĂ©rĂ©, rĂ©alisant la construction d’Otello et de Falstaff (les ultimes chefs d’oeuvre de Verdi) et surtout reprenant l’architecture complexe de Simon Boccanegra. Mefistofele profite Ă©videmment du travail de Boito avec Verdi.

 

 
 
 

Agenda : Mefistofele de Boito Ă  l’OpĂ©ra de Prague

 
 
Guidarini © R. DuroselleL’excellent chef italien, symphoniste, bel cantiste et tempĂ©rament lyrique, Marco Guidarini, dirige Ă  l’OpĂ©ra de Prague (Narodni Divadlo) Mefistofele de Boito, en janvier, fĂ©vrier et mars 2015 :  soit au total 8 reprĂ©sentations Ă  l’affiche pragoise : 22,24 et 30 janvier, 5 et 22 fĂ©vrier puis 10 mars 2015 (puis le 15 avril et le 29 mai 2015). La direction du maestro cofondateur du rĂ©cent Concours Bellini (dont il assure la sĂ©lection des laurĂ©ats) est l’atout majeur de cette nouvelle production praguoise.

RĂ©servez votre place pour cet Ă©vĂ©nement d’un raffinement orchestral flamboyant sur le site de l’opĂ©ra de Prague  / narodni-divadlo.

 
 

 
 

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Renata-Tebaldi-1960La version enregistrĂ©e sous la direction de Tulio Serafin Ă  Rome en 1958 fait valoir la sensualitĂ© raffinĂ©e de l’orchestration comme son souffle Ă©pique dĂšs le prologue (domination du dĂ©mon sur la cohorte des anges et des ChĂ©rubins), la cour d’amour entre Faust et Marguerite, le sabbat orgiaque et le culte d’HĂ©lĂšne…) :  Renata Tebaldi chante Marguerite aux cĂŽtĂ©s de Mario del Monaco (Faust) et Cesare Siepi (Mefistofele). Decca. L’intĂ©grale de l’opĂ©ra Mefistofele est l’objet d’une rĂ©Ă©dition Ă©vĂ©nement au sein du coffret rĂ©unissant tous les enregistrements de Renata Tebaldi pour Decca : “Reanta Tebaldi, Voce d’angelo, The complete Decca recordings, 66 cd (1951 (La BohĂšme, Madama Butterfly), Un Ballo in maschera (1970).