COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. Milan, Scala, le 6 mars 2019. Moussorgski : La Khovanchina. Gergiev / Martone

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone. Depuis sa création in loco, en 1926, La Khovanchina de Moussorgski n’a pas été beaucoup représenté à La Scala, et toujours, jusqu’en 1973 (année de la visite du Bolchoï de Moscou à Milan), dans une traduction italienne. En 1981, Milan fait un nouveau grand pas en renonçant à la version (fortement coupée) de Rimski-Korsakov, Russlan Raichev dirigeant la partition orchestrée par Chostakovitch, dans un spectacle de Yuri Liubimov. En 1997, c’est une production très traditionnelle (signée par Leonid Baratov) que vient diriger Valery Gergiev à la tête des forces du Mariinsky, spectacle que nous avions pu voir à l’Opéra de Montpellier trois ans plus tôt, lors d’une tournée de la phalange pétersbourgeoise en France. Vingt-un ans plus tard, le maestro ossète revient diriger l’ouvrage dans la maison scaligère, mais cette fois avec la phalange scaligère en fosse. Sa baguette intelligente et vigoureuse sait alterner à merveille brutalité et intimisme, violence et poésie, quand le Chœur maison, qui a fort a faire ici, se couvre de gloire dans chacune de ses interventions.

 
 
 

Gergiev dirige une KHOVANTCHINA captivante Ă  la Scala

 
 
 

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De son côté, la distribution se montre d’un haut niveau, la plupart des interprètes réussissant des incarnations d’une intensité indéniable. Le chant un peu rude de Mikhaïl Petrenko ne l’empêche pas de camper un Ivan Khovanski fier et inébranlable. Le tempérament et la présence de Sergeï Skorokhodov lui permettent de faire face aux contradictions qui déchirent Andreï Khovanski jusqu’au sacrifice final. Evgeny Akimov, à la voix claire et percutante, est un Golitsine vibrant, et Alexey Markov un Chaklovity agressif et menaçant. Le magnifique basse Stanislav Trofimov a la stature physique et l’ampleur vocale de Dossifeï ; il possède par ailleurs ce qui fait d’un homme un chef religieux et un guide spirituel que ses fidèles suivent dans la mort : le charisme, l’autorité, l’intériorité. Enfin, la superbe mezzo Ekaterina Semenchuck campe une Marfa digne d’admiration, voix longue, pleine, chaleureuse, aussi prenante dans la douceur que dans la véhémence, la plus attachante, sans doute, de toute cette galerie de personnages poignants.

Confiée à Mario Martone, la production situe l’action dans une Russie post-apocalyptique, la scénographie (signée par Margherita Palli) laissant entrevoir une raffinerie de pétrole bombardée, où s’amassent voitures calcinées et des monceaux de tôles rouillées. On ne peut s’empêcher de penser à Mad Max ou à Blade Runner en contemplant cette atmosphère désolée particulièrement réussie. A l’exception de Marfa et Dossifeï, chaque protagoniste ne paraît soucieux que de rabaisser et brutaliser son interlocuteur, chaque groupe populaire semble perpétuellement en quête d’un souffre-douleur à importuner ou tabasser… Une impression de glauque qui ne disparaîtra, si contradictoire que cela puisse paraître, qu’avec la scène finale d’immolation collective : les croyants s’avancent vers une immense boule de feu qui grandit peu à peu et finit par engloutir tout le monde…

 
 
 

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Mais pourquoi n’entend-on pas plus souvent cette partition marquée du sceau du génie ?

 
 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone.

 
 
 
 
 
 

CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live)

LSO rachmaninov symphony n3 balakirev russia cd valery gergiev cd review critique cd compte rendu classiquenews novembre 2015CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live). L’opus 44 de Rachmaninov en la mineur accuse et la prĂ©sence occidentale dans l’oeuvre du symphonisme, le plus ardent parmi les crĂ©ateurs russes après Tchaikovski, dĂ©fendant toujours une active Ă©nergie de la nostalgie dans un langage flamboyant qui l’affirme comme un immense crĂ©ateur pour l’orchestre. La Symphonie n°3 combine idĂ©alement tentation panique du repli mĂ©lancolique, voire dĂ©pressif, et esprit de conquĂŞte intĂ©rieur sur des dĂ©mons personnels. Gergiev comprend parfaitement cette ambiguitĂ© inhĂ©rente Ă  la sensibilitĂ© d’un Rachmaninov tiraillĂ© : pulsion de vie et effondrement amer… Ecrite en 1936 aux USA, crĂ©Ă©e en novembre 1936, sous la direction de Leopold Stokowski Ă  Philadelphie, la 3ème clame ses humeurs sombres, âpres, toujours suractive. Rachmaninov le dĂ©racinĂ©, fait chanter avec force (particulièrement l’allegro moderato du premier mouvement) son amour pour sa patrie avec une intensitĂ© rare qui renoue avec la partition purement instrumentale antĂ©rieure (L’ĂŽle des morts de 1909), avant la grand Ĺ“uvre des Danses Symphoniques de 1940.

Le raffinement de l’orchestration, incises trĂ©pidantes et toujours très actives des cordes, cors majestueux, flĂ»tes et hautbois dansants et insinueux, scintille avec mesure sous la baguette d’un Gergiev très scrupuleux, toujours parfaitement allant et prĂ©cisĂ©ment dramatique. L’Adagio exprime une douceur attendrie recueillie qui se recentre dans le chant du violon solo, avec des couleurs et accents typiquement amĂ©ricains (sentimentalisme… que Gergiev sait tempĂ©rer en russe qu’il est, Ă©vitant le pathos dĂ©monstratif et appuyĂ© dans lequel trop de chefs s’embourbe).

Dans le dernier mouvement, vif, dont l’Ă©nergie chorĂ©graphique Ă©perdue et conquĂ©rante rappelle Borodine, Gergiev se montre très attentif Ă  mille nuances qui Ă©carte Ă  qui sait les percevoir, l’Ă©toffe du clinquant Rachmaninov de la pleine maturitĂ© amĂ©ricaine, d’une dĂ©monstration hollywoodienne. La mise en place très prĂ©cise des pupitres (dĂ©jĂ  parfaite dans l’intervention du contrebasson et du cĂ©lesta dans le second mouvement, produit les mĂŞmes bĂ©nĂ©fices : Rachmaninov y semble parcourir et fouiller toutes ses Ă©motions les plus tĂ©nues, recomposant sa propre lĂ©gende personnelle avec une finesse instrumentale et une cohĂ©rence dans son dĂ©roulement qui souligne la sincĂ©ritĂ© de la construction. La pâte du LSO London Symphony Orchestra Ă©vite toute lourdeur, rĂ©vĂ©lant une superbe finesse instrumentale, une sensualitĂ© ardente et souple (6’27 du 3ème mouvement) tout en marquant chaque jalon de la formidable Ă©nergie finale. Tout cela va dans le sens d’une caractĂ©risation scintillante de l’Ă©criture instrumentale, moins, et c’est une tendance lĂ©gitime et juste, vers une approche contrastĂ©e par masses. De sorte que malgrĂ© les soubresauts rythmiques, Gergiev fait souffler une langueur noble et simplement chantante, magistralement nostalgique. En dĂ©finitive, ne voudrait-il pas nous confirmer ce qui demeure le caractère le plus emblĂ©matique de Rachmaninov, son romantisme Ă©perdu, viscĂ©ral, jusqu’au boutiste qui en fait le dernier des grands symphonistes russes tendances classiques, aux cĂ´tĂ©s des Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch, eux aussi bien trempĂ©s mais plus permĂ©ables Ă  la modernitĂ© musicale.

Gergiev valery LSO maestro chef d orchestreLe patriote Balakirev exprime une passion explicite pour la Russie historique et Ă©ternelle dont Russia manifeste clairement l’orgueil, une certaine fiertĂ© enivrĂ©e. Le pilier du Groupe des Cinq y Ă©voque l’histoire russe Ă  travers les 3 volets reprĂ©sentatifs : paganisme, gouvernements populaires, empire moscovite, chacune correspondant Ă  une mĂ©lodie populaire spĂ©cifique. CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en 1864, rĂ©visĂ©e en 1887, la partition offre un vĂ©ritable condensĂ© d’inspiration russe noble, très inspirĂ©e par le folklore populaire. MalgrĂ© la grandeur Ă©pique, le chef sait construire l’ouverture sur l’intĂ©rioritĂ©, la suggestion, le raffinement lĂ  encore d’une orchestration fine et qui conclue la pièce dans un murmure. Une Ă©lĂ©gance rare, une subtilitĂ© de ton font toute la saveur de cette approche qui respire et s’enflamme sans contraintes ni effets superfĂ©tatoires. En somme, un chant musical qui sous la baguette du chef s’Ă©coule et se dĂ©ploie comme une seconde langue.

CD, compte rendu critique. Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 opus 44, 1935-1936. Mily Balakirev (1837-1910) : Russia, seconde ouverture d’après 3 thèmes populaires russes, 1864, rĂ©vision de 1907. LSO Londons SYmphony Orchestra. Valery Gergiev, direction.  Enregistrement rĂ©alisĂ© au Barbican Center de Londre en novembre 2014. 1 cd LSO Live.

DVD. Tchaikovski : Eugène Oneguine (Netrebko, Gergiev, 2013)

oneguine onegin netrebko dvd deutsche grammophon dg0735115-1La production qu’affichait le Met de New York en septembre 2013 restait prometteuse avec dans le rĂ´le de Tatiana, -la jeune femme Ă©cartĂ©e par l’ours cynique et dĂ©sabusĂ© OnĂ©guine, l’incandescente diva austrorusse Anna Netrebko. Velours ample et voluptueux, sur les traces de Mirella Freni, la soprano a tout pour emporter le caractère conçu par TchaĂŻkovski entre amertume, solitude, dignitĂ©. De la jeune femme ivre et tendre, amoureuse : celle de la lettre, Ă  l’Ă©pouse mariĂ©e par devoir et dignitĂ©, la cantatrice incarne toutes les nuances d’une fĂ©minitĂ© complète, ardente et palpitante. On se souvient que les premières reprĂ©sentations pour l’ouverture de la saison 13-14 avaient Ă©tĂ© marquĂ©es par les manifestations antiPoutine du groupe Queer Nation, pour fustiger les mesures antigay du prĂ©sident russe dont sont proches Gergiev et la soprano vedette.

Le spectacle a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2011 en Grande-Bretagne et met en avant une lecture très classique de l’opĂ©ra dans ses costumes et dĂ©cors XIXème qu’aucun regard dĂ©calĂ© ne vient perturber. Pour autant, malgrĂ© son classicisme de mise, parfois banal, le dispositif permet de se concentrer sur les chanteurs, tous parfaitement investis pour faire monter le baromètre. la cohĂ©rence du plateau, sur le plan vocal assure la rĂ©ussite globale du spectacle : Netrebko affiche une sensualitĂ© radieuse, celle d’une amoureuse sincère, loyale, encore pleine de fraĂ®cheur Ă  l’acte I. Puis, la femme mariĂ©e dĂ©ploie un large ambitus avec toujours les couleurs et le velours d’un timbre somptueux. Mais plus que l’Ă©rotisme du timbre fĂ©minin, c’est la justesse de l’intonation entre sincĂ©ritĂ© et passion qui trouble le plus.

D’autant que l’OnĂ©guine du baryton Mariusz Kwiecien, soigne lui aussi l’Ă©lĂ©gance chambriste  du chant, Ă©clairant les blessures secrètes qui fondent son personnage solitaire, secret, d’une pudeur philantropique maladive. Parfois Ă©trangement glacial, parfois d’une tendresse farouche. Eclatant, parfois trop claironnant, c’est Ă  dire pas assez nuancĂ©, Piotr Beczala attire nĂ©anmoins et lĂ©gitimement, tous les regards sur son Lenski, intense, stylĂ©, dĂ©chirant. Pour autant, nous avons encore en tĂŞte l’envoĂ»tante fusion du couple Fleming/Hvorostovsky dans la mise en scène de Carsen, production prĂ©cĂ©dente, sommet théâtral depuis 1997. Pas sĂ»r que celle-ci ne la fasse oublier : la vision scĂ©nique et drammaturgique n’est pas aussi raffinĂ©e et mordante que celle de Carsen. DiffĂ©remment Ă  la production scĂ©nique originelle, le film vidĂ©o en plans rapprochĂ©s soignĂ©s sait compenser le manque de sentiments parfois exposĂ©s par une mise en scène trop classique. Autant dire que ce dvd mĂ©rite le meilleur accueil, en dĂ©pit de nos infimes rĂ©serves : la passion destructrice s’accomplit ici, dans le pur respect de la lyre tchaĂŻkovskienne.

Tchaikovsky: Eugene Oneguine. Mariusz Kwiecien (Onegin), Anna Netrebko (Tatyana), Piotr Beczala (Lensky), Oksana Volkova (Olga), Alexei Tanovitski (Gremin). Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet, Valery Gergiev, direction. Deborah Warner, mise en scène.  2 dvd 073 5114 Deutsche Grammophon.

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-ElysĂ©es TCE, le 1er juin 2013. Berlioz : Benvenuto Cellini. Sergei Semishkur, Anastasia Kalagina, … Valery Gergiev, direction musicale

Gergiev dirigeantPour célébrer son centenaire, le Théâtre des Champs-Elysées a tenu à donner au public parisien l’un des ouvrages qui fit partie du gala d’ouverture de 1913 : Benvenuto Cellini de Berlioz. Et c’est à toute l’équipe du Mariinsky de Saint-Pétersbourg qu’a été confiée cette mission. Une façon également de prendre le pouls de l’école de chant russe actuelle.
Disons-le tout net : pour la plupart d’entre des chanteurs, le style français demeure manifestement étranger, ainsi que leur prononciation de la langue de Molière, souvent confuse et peu compréhensible.
Grande triomphatrice de la soirée, la Theresa de la soprano Anastasia Kalagina : le timbre se révèle à la fois corsé et adamantin, l’émission rayonne, haute et claire, et le soin apporté à la diction permet de comprendre son texte sans avoir quasiment à lever les yeux des surtitres. La mezzo Ekaterina Semenchuk ne fait qu’une bouchée de la partition du page Ascanio, grande voix presque surdimensionnée pour ce rôle. Mais, après une première partie pâteuse et grossie, elle surprend après l’entracte, comme revenue à davantage de naturel vocal, dans son air – visiblement rétabli au dernier moment par le chef – à l’abattage ravageur et soulevant une ovation méritée de la part du public.

 

 

L’école de chant russe au service de l’opéra français

 

Le Balducci de Yuri Vorobiev se tire avec les honneurs de sa partie, alors que le Fieramosca du ténor Andei Popov, aigre et métallique – mais très sonore, avec ce placement très acéré – déconcerte, surtout en ayant dans l’oreille le baryton éclatant de Robert Massard. Belle surprise également que la présence, dans les courtes mais très impressionnantes interventions du Pape, de Mikhail Petrenko, déployant sa somptueuse basse, large et enveloppante, couronnée par une élocution presque parfaite.
Quant au rôle-titre, il demeure en dehors de cette musique et cette esthétique musicale, ténor aux inflexions parfois barytonantes, aux aigus musclés mais atteints souvent en force, et privé – sans doute par sécurité – de ses airs, réduisant ainsi le personnage à la portion congrue.
Belle performance du chœur, à la couleur superbe, mais davantage dans le son que dans les mots.
Dirigeant avec fougue son orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev effectue un curieux arrangement entre les versions de Dresde et Paris, permettant aux musiciens de faire rutiler leurs instruments, mais perdant parfois de vue la couleur particulière de cette musique au profit du seul éclat.
Au final, une soirée intéressante, qui a permis de découvrir quelques-uns des talents qu’abrite en son sein le Mariinsky de Saint-Pétersbourg, chanteurs qu’on aurait néanmoins préféré entendre dans une autre œuvre davantage adaptée à leurs vastes moyens. Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir pris ce rendez-vous avec cette œuvre singulière de Berlioz, qu’on attend de réentendre, cette fois avec le style qui lui convient vraiment.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 1er juin 2013. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Livret de Leon de Wailly et Henri Auguste Barbier. Avec Benvenuto Cellini : Sergei Semishkur ; Theresa : Anastasia Kalagina ; Ascanio : Ekaterina Semenchuk ; Balducci : Yuri Vorobiev ; Fieramosca : Andrei Popov ; Clément VII : Mikhail Petrenko ; Bernardino : Oleg Sychov ; Le tavernier : Andrei Zorin ; Francesco : Dmitry Koleushko ; Pompeo : Sergei Romanov. Chœur du Théâtre Mariinsky ; Chef de chœur : Andrei Petrenko. Orchestre du Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction musicale

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Nijinsky, Waltz, chorégraphes. Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Stravinsky portrait faceCentenaire du Sacre du printemps de Stravinsky au tce, théâtre des champs Ă©lysĂ©es,  Il y a cent ans, le Théâtre des Champs ÉlysĂ©es Ă©tait la scène d’une rĂ©volte musicale parmi les plus cĂ©lèbres de l’histoire. La première du Sacre du Printemps le 29 mai 1913 … il y a juste 100 ans. Le tumulte fut tellement troublant que la police dut intervenir, pendant la reprĂ©sentation, pour maĂ®triser une partie furieuse de l’Ă©lĂ©gant public surexcitĂ©. Quand nous pensons aux huĂ©es lamentables des groupuscules lors des premières de Medea de Cherubini et de Don Giovanni cette annĂ©e, constatons que le Théâtre des Champs ÉlysĂ©es est toujours bastion d’une modernitĂ© contestĂ©e. Et le tremplin des parisiens toujours aptes Ă  fomenter un scandale pas toujours lĂ©gitime…

 

 

Centenaire d’une modernitĂ© intacte

 

Pour fĂŞter le centenaire dans l’esprit le plus brillant et le plus fabuleux, le ballet et l’orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint Petersburg vient avec son maestro Valery Gergiev pour un programme ” sacrĂ© ” : la reconstitution de la chorĂ©graphie originale de Nijinsky du Sacre du Printemps, avec costumes et dĂ©cors Ă©galement reconstituĂ©s, et la crĂ©ation française d’un nouveau Sacre par la cĂ©lèbre chorĂ©graphe contemporaine allemande Sasha Waltz.

Le sujet brĂ»lant de la soirĂ©e du centenaire est sans doute la composition de Stravinsky. Mais elle n’aurait jamais vu le jour sans la commande des Ballets Russes. La chorĂ©graphie de Nijinsky reconstituĂ©e par Millicent Hodson et Kenneth Archer prĂ©sentĂ©e d’abord, Ă©tonne toujours Ă  cause de sa modernitĂ©. Les danseurs classiques du ballet Mariinsky sont peu habituĂ©s aux pieds tordus de la chorĂ©graphie, mais ils sont au mĂŞme temps très impliquĂ©s dans cette rĂ©surrection minutieuse. L’ambiance est celle d’un primitivisme paĂŻen dramatique et colorĂ©. Le mĂ©lange d’ingĂ©nuitĂ© folklorique avec une certain mysticisme est très saisissant. Nous avons l’impression d’ĂŞtre rĂ©ellement transportĂ©s dans une Russie ancestrale, passionnante / passionnĂ©e mais surtout pas romantique. Mention spĂ©ciale pour la danseuse qui interprète l’Ă©lue, très convaincante dans ses mouvements extatiques avant son sacrifice. Elle paraĂ®t certainement habitĂ©e par des forces supĂ©rieures. Si l’oeuvre chorĂ©graphique de Nijinsky n’est pas pour tous les goĂ»ts, surtout pas pour ceux qui n’aiment que les cygnes mourants, son Sacre de Printemps conserve tout l’attrait et l’intĂ©rĂŞt d’une oeuvre clĂ©, rĂ©volutionnaire ; saluons cette reconstitution et souhaitons la revoir dans nos salles françaises.

Le Sacre de Sasha Waltz
, quoi que moins descriptif et colorĂ©, maintient l’ambiance tribale, ajoutant davantage de tension au livret. PlutĂ´t abstraite, la chorĂ©graphie contemporaine prĂ©sente la femme comme une figure forte prĂŞte Ă  se battre, comme un vĂ©ritable sujet. L’entrain endiablĂ© de la danse impressionne, souvent expressionniste, toujours très physique. Ici il s’agĂ®t d’un rituel plus conflictuel et chaotique que solennel et mystique comme chez Nijinsky. L’abondance et la diversitĂ© des mouvements, des curves insolentes, des sauts insolites, mais aussi des très belles lignes et des tableaux frappants rehaussent l’aspect chaotique, presque apocalyptique de la chorĂ©graphie. Si la danse semble d’une grande difficultĂ© physique exigeant un sens permanent des attaques et de l’endurance, elle est plus vertigineuse et osĂ©e qu’acrobatique. L’appropriation et la reinterprĂ©tation de Waltz pose des questions Ă  la fois vagues et profondes. Comme c’est souvent le cas, son style a un effet confondant sur l’audience, plutĂ´t perplexe, jamais insensible.

Après chaque chorĂ©graphie, la salle est inondĂ©e d’applaudissements, les plus chaleureux Ă©taient pour l’orchestre du Théâtre Mariinsky dirigĂ© par Valery Gergiev. Leur seule prestation, d’une force rythmique et d’un brio capable de dĂ©clencher une Ă©meute, rappelle l’atmosphère scandaleuse liĂ© Ă  la crĂ©ation. La puissance de l’orchestre, la direction bouleversante et Ă©lectrisante de Gergiev, spectaculaire dans les dissonances, avec ses timbres ensorcelants… sont les vĂ©ritables vedettes de la soirĂ©e. Le primitivisme intellectualisĂ© de la musique jouĂ©e avec tempĂ©rament et caractère est contagieux. Il paraĂ®t se transmettre dans les corps du public et stimuler davantage les danseurs. Concert du centenaire Ă©patant : le sentiment de mysticisme et de transcendance portĂ© par les deux chorĂ©graphies n’est pas près de nous quitter.

Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Vaslav Nijinsky, Sasha Waltz, chorégraphes. Ballet du Théâtre Mariinsky. Orchestre du Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Salle II du Mariinsky

Arte. Gala d’ouverture sous la direction de Gergiev. Une nouvelle salle au Mariinsky pour les 60 ans de Gergiev le magnifique. Pour ses 60 ans, et les 25 ans de collaboration avec son orchestre de Saint-PĂ©tersbourg (Orchestre du Théâtre de Mariinsky), Valery Gergiev inaugure en grande pompe la nouvelle salle du Théâtre historique, extension Ă  la mesure de ses projets pharaoniques en Russie. Le tsar de la baguette joue ici plusieurs extraits d’opĂ©ras et de ballets sur les musiques de Mozart, Verdi, Bizet, Rossini, Stravinsky, Moussorgski, Beethoven, Gounod, et surtout le maĂ®tre en ces lieux, TchaĂŻkovski. La troupe du Mariinsky est complète, incluant danseurs, musiciens et les Ă©quipes techniques pour un gala de prestige affirmant le niveau musical et technique atteint aujourd’hui par le chef, refondateur du lustre culturel Ă  Saint-PĂ©tersbourg.

 

 

 

Mariinsky_gergiev_opera_gala_2013Entre autres stars lyriques participant au spectacle : Anna Netrebko, Olga Borodina, RenĂ© Pape … et les danseurs Ă©toiles : Olga Esina, Alexandre Sergueiev, … sans omettre le pianiste Denis Matsuev et l’altiste Yuri Basmet …  Curieusement et intelligemment, la programmation est surtout europĂ©enne, Ă©vitant les poncifs d’une autocĂ©lĂ©bration de l’art russe ; certes il y a bien la scène de Boris (mais elle est si sublime) cependant, Gergiev Ă©quilibre en jouant Mozart, Rossini, Bizet … Eclectisme et culturelle universelle bienheureux. Best of de la soirĂ©e inaugural de la salle II du Mariinsky, enregistrĂ©e le 2 mai 2013.

 

 

 

Théâtre Mariinsky II
Gala inaugural 2013
Le Théâtre Mariinsky II : Gala inaugural 2013
Arte, dimanche 22 décembre 2013, 23h35

 

 

Gergiev joue la 5ème de Prokofiev

arte_logo_175Concert. Arte, le 9 juin 2013, 19h   … Du propre aveu de Valery Gergiev, Prokofiev est son compositeur prĂ©fĂ©rĂ©.
Et l’on comprend mieux qu’il consacre une grande partie de ses efforts à défendre son œuvre, en s’attelant notamment à diriger l’intégrale de ses symphonies en concert.
La présente captation s’insère dans un vaste cycle consacré au compositeur russe.  Ainsi, Gergiev dirige-y-il trois semaines durant et dans plusieurs villes russes, les 7 symphonies et les 5 concertos pour piano.
Pour cette immersion prokofievienne, Valery Gergiev est à la tête de « son » orchestre, celui du théâtre Mariinsky de St Peterbourg. A l’instar de Mengelberg avec le Concertgebouw d’Amsterdam, Karajan avec le philharmonique de Berlin, Mravinsky avec le Philharmonique de Leningrad, Gergiev s’est façonné un outil orchestral en assumant depuis 1988, la direction musicale de l’orchestre. En bientôt un quart de siècle, il a fait de cet ensemble l’un des orchestres les plus recherchés au monde.

Réalisateur : Sébastien Glas / Coproduction : Idéale Audience, EuroArts Music & The Mariinsky Theatre