COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. Milan, Scala, le 6 mars 2019. Moussorgski : La Khovanchina. Gergiev / Martone

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone. Depuis sa création in loco, en 1926, La Khovanchina de Moussorgski n’a pas été beaucoup représenté à La Scala, et toujours, jusqu’en 1973 (année de la visite du Bolchoï de Moscou à Milan), dans une traduction italienne. En 1981, Milan fait un nouveau grand pas en renonçant à la version (fortement coupée) de Rimski-Korsakov, Russlan Raichev dirigeant la partition orchestrée par Chostakovitch, dans un spectacle de Yuri Liubimov. En 1997, c’est une production très traditionnelle (signée par Leonid Baratov) que vient diriger Valery Gergiev à la tête des forces du Mariinsky, spectacle que nous avions pu voir à l’Opéra de Montpellier trois ans plus tôt, lors d’une tournée de la phalange pétersbourgeoise en France. Vingt-un ans plus tard, le maestro ossète revient diriger l’ouvrage dans la maison scaligère, mais cette fois avec la phalange scaligère en fosse. Sa baguette intelligente et vigoureuse sait alterner à merveille brutalité et intimisme, violence et poésie, quand le Chœur maison, qui a fort a faire ici, se couvre de gloire dans chacune de ses interventions.

 
 
 

Gergiev dirige une KHOVANTCHINA captivante à la Scala

 
 
 

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De son côté, la distribution se montre d’un haut niveau, la plupart des interprètes réussissant des incarnations d’une intensité indéniable. Le chant un peu rude de Mikhaïl Petrenko ne l’empêche pas de camper un Ivan Khovanski fier et inébranlable. Le tempérament et la présence de Sergeï Skorokhodov lui permettent de faire face aux contradictions qui déchirent Andreï Khovanski jusqu’au sacrifice final. Evgeny Akimov, à la voix claire et percutante, est un Golitsine vibrant, et Alexey Markov un Chaklovity agressif et menaçant. Le magnifique basse Stanislav Trofimov a la stature physique et l’ampleur vocale de Dossifeï ; il possède par ailleurs ce qui fait d’un homme un chef religieux et un guide spirituel que ses fidèles suivent dans la mort : le charisme, l’autorité, l’intériorité. Enfin, la superbe mezzo Ekaterina Semenchuck campe une Marfa digne d’admiration, voix longue, pleine, chaleureuse, aussi prenante dans la douceur que dans la véhémence, la plus attachante, sans doute, de toute cette galerie de personnages poignants.

Confiée à Mario Martone, la production situe l’action dans une Russie post-apocalyptique, la scénographie (signée par Margherita Palli) laissant entrevoir une raffinerie de pétrole bombardée, où s’amassent voitures calcinées et des monceaux de tôles rouillées. On ne peut s’empêcher de penser à Mad Max ou à Blade Runner en contemplant cette atmosphère désolée particulièrement réussie. A l’exception de Marfa et Dossifeï, chaque protagoniste ne paraît soucieux que de rabaisser et brutaliser son interlocuteur, chaque groupe populaire semble perpétuellement en quête d’un souffre-douleur à importuner ou tabasser… Une impression de glauque qui ne disparaîtra, si contradictoire que cela puisse paraître, qu’avec la scène finale d’immolation collective : les croyants s’avancent vers une immense boule de feu qui grandit peu à peu et finit par engloutir tout le monde…

 
 
 

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Mais pourquoi n’entend-on pas plus souvent cette partition marquée du sceau du génie ?

 
 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, Opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 6 mars 2019. Modest Petrovic Moussorgski : La Khovanchina. Valery Gergiev / Mario Martone.

 
 
 
 
 
 

CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live)

LSO rachmaninov symphony n3 balakirev russia cd valery gergiev cd review critique cd compte rendu classiquenews novembre 2015CD, compte rendu critique. Rachmaninov : Symphonie n°3. Valery Gergiev, novembre 2014 (1 cd LSO Live). L’opus 44 de Rachmaninov en la mineur accuse et la présence occidentale dans l’oeuvre du symphonisme, le plus ardent parmi les créateurs russes après Tchaikovski, défendant toujours une active énergie de la nostalgie dans un langage flamboyant qui l’affirme comme un immense créateur pour l’orchestre. La Symphonie n°3 combine idéalement tentation panique du repli mélancolique, voire dépressif, et esprit de conquête intérieur sur des démons personnels. Gergiev comprend parfaitement cette ambiguité inhérente à la sensibilité d’un Rachmaninov tiraillé : pulsion de vie et effondrement amer… Ecrite en 1936 aux USA, créée en novembre 1936, sous la direction de Leopold Stokowski à Philadelphie, la 3ème clame ses humeurs sombres, âpres, toujours suractive. Rachmaninov le déraciné, fait chanter avec force (particulièrement l’allegro moderato du premier mouvement) son amour pour sa patrie avec une intensité rare qui renoue avec la partition purement instrumentale antérieure (L’ÃŽle des morts de 1909), avant la grand Å“uvre des Danses Symphoniques de 1940.

Le raffinement de l’orchestration, incises trépidantes et toujours très actives des cordes, cors majestueux, flûtes et hautbois dansants et insinueux, scintille avec mesure sous la baguette d’un Gergiev très scrupuleux, toujours parfaitement allant et précisément dramatique. L’Adagio exprime une douceur attendrie recueillie qui se recentre dans le chant du violon solo, avec des couleurs et accents typiquement américains (sentimentalisme… que Gergiev sait tempérer en russe qu’il est, évitant le pathos démonstratif et appuyé dans lequel trop de chefs s’embourbe).

Dans le dernier mouvement, vif, dont l’énergie chorégraphique éperdue et conquérante rappelle Borodine, Gergiev se montre très attentif à mille nuances qui écarte à qui sait les percevoir, l’étoffe du clinquant Rachmaninov de la pleine maturité américaine, d’une démonstration hollywoodienne. La mise en place très précise des pupitres (déjà parfaite dans l’intervention du contrebasson et du célesta dans le second mouvement, produit les mêmes bénéfices : Rachmaninov y semble parcourir et fouiller toutes ses émotions les plus ténues, recomposant sa propre légende personnelle avec une finesse instrumentale et une cohérence dans son déroulement qui souligne la sincérité de la construction. La pâte du LSO London Symphony Orchestra évite toute lourdeur, révélant une superbe finesse instrumentale, une sensualité ardente et souple (6’27 du 3ème mouvement) tout en marquant chaque jalon de la formidable énergie finale. Tout cela va dans le sens d’une caractérisation scintillante de l’écriture instrumentale, moins, et c’est une tendance légitime et juste, vers une approche contrastée par masses. De sorte que malgré les soubresauts rythmiques, Gergiev fait souffler une langueur noble et simplement chantante, magistralement nostalgique. En définitive, ne voudrait-il pas nous confirmer ce qui demeure le caractère le plus emblématique de Rachmaninov, son romantisme éperdu, viscéral, jusqu’au boutiste qui en fait le dernier des grands symphonistes russes tendances classiques, aux côtés des Stravinsky, Prokofiev, Chostakovitch, eux aussi bien trempés mais plus perméables à la modernité musicale.

Gergiev valery LSO maestro chef d orchestreLe patriote Balakirev exprime une passion explicite pour la Russie historique et éternelle dont Russia manifeste clairement l’orgueil, une certaine fierté enivrée. Le pilier du Groupe des Cinq y évoque l’histoire russe à travers les 3 volets représentatifs : paganisme, gouvernements populaires, empire moscovite, chacune correspondant à une mélodie populaire spécifique. Créée à Saint-Pétersbourg en 1864, révisée en 1887, la partition offre un véritable condensé d’inspiration russe noble, très inspirée par le folklore populaire. Malgré la grandeur épique, le chef sait construire l’ouverture sur l’intériorité, la suggestion, le raffinement là encore d’une orchestration fine et qui conclue la pièce dans un murmure. Une élégance rare, une subtilité de ton font toute la saveur de cette approche qui respire et s’enflamme sans contraintes ni effets superfétatoires. En somme, un chant musical qui sous la baguette du chef s’écoule et se déploie comme une seconde langue.

CD, compte rendu critique. Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 opus 44, 1935-1936. Mily Balakirev (1837-1910) : Russia, seconde ouverture d’après 3 thèmes populaires russes, 1864, révision de 1907. LSO Londons SYmphony Orchestra. Valery Gergiev, direction.  Enregistrement réalisé au Barbican Center de Londre en novembre 2014. 1 cd LSO Live.

DVD. Tchaikovski : Eugène Oneguine (Netrebko, Gergiev, 2013)

oneguine onegin netrebko dvd deutsche grammophon dg0735115-1La production qu’affichait le Met de New York en septembre 2013 restait prometteuse avec dans le rôle de Tatiana, -la jeune femme écartée par l’ours cynique et désabusé Onéguine, l’incandescente diva austrorusse Anna Netrebko. Velours ample et voluptueux, sur les traces de Mirella Freni, la soprano a tout pour emporter le caractère conçu par Tchaïkovski entre amertume, solitude, dignité. De la jeune femme ivre et tendre, amoureuse : celle de la lettre, à l’épouse mariée par devoir et dignité, la cantatrice incarne toutes les nuances d’une féminité complète, ardente et palpitante. On se souvient que les premières représentations pour l’ouverture de la saison 13-14 avaient été marquées par les manifestations antiPoutine du groupe Queer Nation, pour fustiger les mesures antigay du président russe dont sont proches Gergiev et la soprano vedette.

Le spectacle a été créé en 2011 en Grande-Bretagne et met en avant une lecture très classique de l’opéra dans ses costumes et décors XIXème qu’aucun regard décalé ne vient perturber. Pour autant, malgré son classicisme de mise, parfois banal, le dispositif permet de se concentrer sur les chanteurs, tous parfaitement investis pour faire monter le baromètre. la cohérence du plateau, sur le plan vocal assure la réussite globale du spectacle : Netrebko affiche une sensualité radieuse, celle d’une amoureuse sincère, loyale, encore pleine de fraîcheur à l’acte I. Puis, la femme mariée déploie un large ambitus avec toujours les couleurs et le velours d’un timbre somptueux. Mais plus que l’érotisme du timbre féminin, c’est la justesse de l’intonation entre sincérité et passion qui trouble le plus.

D’autant que l’Onéguine du baryton Mariusz Kwiecien, soigne lui aussi l’élégance chambriste  du chant, éclairant les blessures secrètes qui fondent son personnage solitaire, secret, d’une pudeur philantropique maladive. Parfois étrangement glacial, parfois d’une tendresse farouche. Eclatant, parfois trop claironnant, c’est à dire pas assez nuancé, Piotr Beczala attire néanmoins et légitimement, tous les regards sur son Lenski, intense, stylé, déchirant. Pour autant, nous avons encore en tête l’envoûtante fusion du couple Fleming/Hvorostovsky dans la mise en scène de Carsen, production précédente, sommet théâtral depuis 1997. Pas sûr que celle-ci ne la fasse oublier : la vision scénique et drammaturgique n’est pas aussi raffinée et mordante que celle de Carsen. Différemment à la production scénique originelle, le film vidéo en plans rapprochés soignés sait compenser le manque de sentiments parfois exposés par une mise en scène trop classique. Autant dire que ce dvd mérite le meilleur accueil, en dépit de nos infimes réserves : la passion destructrice s’accomplit ici, dans le pur respect de la lyre tchaïkovskienne.

Tchaikovsky: Eugene Oneguine. Mariusz Kwiecien (Onegin), Anna Netrebko (Tatyana), Piotr Beczala (Lensky), Oksana Volkova (Olga), Alexei Tanovitski (Gremin). Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet, Valery Gergiev, direction. Deborah Warner, mise en scène.  2 dvd 073 5114 Deutsche Grammophon.

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées TCE, le 1er juin 2013. Berlioz : Benvenuto Cellini. Sergei Semishkur, Anastasia Kalagina, … Valery Gergiev, direction musicale

Gergiev dirigeantPour célébrer son centenaire, le Théâtre des Champs-Elysées a tenu à donner au public parisien l’un des ouvrages qui fit partie du gala d’ouverture de 1913 : Benvenuto Cellini de Berlioz. Et c’est à toute l’équipe du Mariinsky de Saint-Pétersbourg qu’a été confiée cette mission. Une façon également de prendre le pouls de l’école de chant russe actuelle.
Disons-le tout net : pour la plupart d’entre des chanteurs, le style français demeure manifestement étranger, ainsi que leur prononciation de la langue de Molière, souvent confuse et peu compréhensible.
Grande triomphatrice de la soirée, la Theresa de la soprano Anastasia Kalagina : le timbre se révèle à la fois corsé et adamantin, l’émission rayonne, haute et claire, et le soin apporté à la diction permet de comprendre son texte sans avoir quasiment à lever les yeux des surtitres. La mezzo Ekaterina Semenchuk ne fait qu’une bouchée de la partition du page Ascanio, grande voix presque surdimensionnée pour ce rôle. Mais, après une première partie pâteuse et grossie, elle surprend après l’entracte, comme revenue à davantage de naturel vocal, dans son air – visiblement rétabli au dernier moment par le chef – à l’abattage ravageur et soulevant une ovation méritée de la part du public.

 

 

L’école de chant russe au service de l’opéra français

 

Le Balducci de Yuri Vorobiev se tire avec les honneurs de sa partie, alors que le Fieramosca du ténor Andei Popov, aigre et métallique – mais très sonore, avec ce placement très acéré – déconcerte, surtout en ayant dans l’oreille le baryton éclatant de Robert Massard. Belle surprise également que la présence, dans les courtes mais très impressionnantes interventions du Pape, de Mikhail Petrenko, déployant sa somptueuse basse, large et enveloppante, couronnée par une élocution presque parfaite.
Quant au rôle-titre, il demeure en dehors de cette musique et cette esthétique musicale, ténor aux inflexions parfois barytonantes, aux aigus musclés mais atteints souvent en force, et privé – sans doute par sécurité – de ses airs, réduisant ainsi le personnage à la portion congrue.
Belle performance du chœur, à la couleur superbe, mais davantage dans le son que dans les mots.
Dirigeant avec fougue son orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev effectue un curieux arrangement entre les versions de Dresde et Paris, permettant aux musiciens de faire rutiler leurs instruments, mais perdant parfois de vue la couleur particulière de cette musique au profit du seul éclat.
Au final, une soirée intéressante, qui a permis de découvrir quelques-uns des talents qu’abrite en son sein le Mariinsky de Saint-Pétersbourg, chanteurs qu’on aurait néanmoins préféré entendre dans une autre œuvre davantage adaptée à leurs vastes moyens. Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir pris ce rendez-vous avec cette œuvre singulière de Berlioz, qu’on attend de réentendre, cette fois avec le style qui lui convient vraiment.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 1er juin 2013. Hector Berlioz : Benvenuto Cellini. Livret de Leon de Wailly et Henri Auguste Barbier. Avec Benvenuto Cellini : Sergei Semishkur ; Theresa : Anastasia Kalagina ; Ascanio : Ekaterina Semenchuk ; Balducci : Yuri Vorobiev ; Fieramosca : Andrei Popov ; Clément VII : Mikhail Petrenko ; Bernardino : Oleg Sychov ; Le tavernier : Andrei Zorin ; Francesco : Dmitry Koleushko ; Pompeo : Sergei Romanov. Chœur du Théâtre Mariinsky ; Chef de chœur : Andrei Petrenko. Orchestre du Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction musicale

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Nijinsky, Waltz, chorégraphes. Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Stravinsky portrait faceCentenaire du Sacre du printemps de Stravinsky au tce, théâtre des champs élysées,  Il y a cent ans, le Théâtre des Champs Élysées était la scène d’une révolte musicale parmi les plus célèbres de l’histoire. La première du Sacre du Printemps le 29 mai 1913 … il y a juste 100 ans. Le tumulte fut tellement troublant que la police dut intervenir, pendant la représentation, pour maîtriser une partie furieuse de l’élégant public surexcité. Quand nous pensons aux huées lamentables des groupuscules lors des premières de Medea de Cherubini et de Don Giovanni cette année, constatons que le Théâtre des Champs Élysées est toujours bastion d’une modernité contestée. Et le tremplin des parisiens toujours aptes à fomenter un scandale pas toujours légitime…

 

 

Centenaire d’une modernité intacte

 

Pour fêter le centenaire dans l’esprit le plus brillant et le plus fabuleux, le ballet et l’orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint Petersburg vient avec son maestro Valery Gergiev pour un programme ” sacré ” : la reconstitution de la chorégraphie originale de Nijinsky du Sacre du Printemps, avec costumes et décors également reconstitués, et la création française d’un nouveau Sacre par la célèbre chorégraphe contemporaine allemande Sasha Waltz.

Le sujet brûlant de la soirée du centenaire est sans doute la composition de Stravinsky. Mais elle n’aurait jamais vu le jour sans la commande des Ballets Russes. La chorégraphie de Nijinsky reconstituée par Millicent Hodson et Kenneth Archer présentée d’abord, étonne toujours à cause de sa modernité. Les danseurs classiques du ballet Mariinsky sont peu habitués aux pieds tordus de la chorégraphie, mais ils sont au même temps très impliqués dans cette résurrection minutieuse. L’ambiance est celle d’un primitivisme païen dramatique et coloré. Le mélange d’ingénuité folklorique avec une certain mysticisme est très saisissant. Nous avons l’impression d’être réellement transportés dans une Russie ancestrale, passionnante / passionnée mais surtout pas romantique. Mention spéciale pour la danseuse qui interprète l’élue, très convaincante dans ses mouvements extatiques avant son sacrifice. Elle paraît certainement habitée par des forces supérieures. Si l’oeuvre chorégraphique de Nijinsky n’est pas pour tous les goûts, surtout pas pour ceux qui n’aiment que les cygnes mourants, son Sacre de Printemps conserve tout l’attrait et l’intérêt d’une oeuvre clé, révolutionnaire ; saluons cette reconstitution et souhaitons la revoir dans nos salles françaises.

Le Sacre de Sasha Waltz
, quoi que moins descriptif et coloré, maintient l’ambiance tribale, ajoutant davantage de tension au livret. Plutôt abstraite, la chorégraphie contemporaine présente la femme comme une figure forte prête à se battre, comme un véritable sujet. L’entrain endiablé de la danse impressionne, souvent expressionniste, toujours très physique. Ici il s’agît d’un rituel plus conflictuel et chaotique que solennel et mystique comme chez Nijinsky. L’abondance et la diversité des mouvements, des curves insolentes, des sauts insolites, mais aussi des très belles lignes et des tableaux frappants rehaussent l’aspect chaotique, presque apocalyptique de la chorégraphie. Si la danse semble d’une grande difficulté physique exigeant un sens permanent des attaques et de l’endurance, elle est plus vertigineuse et osée qu’acrobatique. L’appropriation et la reinterprétation de Waltz pose des questions à la fois vagues et profondes. Comme c’est souvent le cas, son style a un effet confondant sur l’audience, plutôt perplexe, jamais insensible.

Après chaque chorégraphie, la salle est inondée d’applaudissements, les plus chaleureux étaient pour l’orchestre du Théâtre Mariinsky dirigé par Valery Gergiev. Leur seule prestation, d’une force rythmique et d’un brio capable de déclencher une émeute, rappelle l’atmosphère scandaleuse lié à la création. La puissance de l’orchestre, la direction bouleversante et électrisante de Gergiev, spectaculaire dans les dissonances, avec ses timbres ensorcelants… sont les véritables vedettes de la soirée. Le primitivisme intellectualisé de la musique jouée avec tempérament et caractère est contagieux. Il paraît se transmettre dans les corps du public et stimuler davantage les danseurs. Concert du centenaire épatant : le sentiment de mysticisme et de transcendance porté par les deux chorégraphies n’est pas près de nous quitter.

Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 31 mai 2013. Centenaire du Sacre du Printemps. Vaslav Nijinsky, Sasha Waltz, chorégraphes. Ballet du Théâtre Mariinsky. Orchestre du Théâtre Mariinsky. Valery Gergiev, direction.

Salle II du Mariinsky

Arte. Gala d’ouverture sous la direction de Gergiev. Une nouvelle salle au Mariinsky pour les 60 ans de Gergiev le magnifique. Pour ses 60 ans, et les 25 ans de collaboration avec son orchestre de Saint-Pétersbourg (Orchestre du Théâtre de Mariinsky), Valery Gergiev inaugure en grande pompe la nouvelle salle du Théâtre historique, extension à la mesure de ses projets pharaoniques en Russie. Le tsar de la baguette joue ici plusieurs extraits d’opéras et de ballets sur les musiques de Mozart, Verdi, Bizet, Rossini, Stravinsky, Moussorgski, Beethoven, Gounod, et surtout le maître en ces lieux, Tchaïkovski. La troupe du Mariinsky est complète, incluant danseurs, musiciens et les équipes techniques pour un gala de prestige affirmant le niveau musical et technique atteint aujourd’hui par le chef, refondateur du lustre culturel à Saint-Pétersbourg.

 

 

 

Mariinsky_gergiev_opera_gala_2013Entre autres stars lyriques participant au spectacle : Anna Netrebko, Olga Borodina, René Pape … et les danseurs étoiles : Olga Esina, Alexandre Sergueiev, … sans omettre le pianiste Denis Matsuev et l’altiste Yuri Basmet …  Curieusement et intelligemment, la programmation est surtout européenne, évitant les poncifs d’une autocélébration de l’art russe ; certes il y a bien la scène de Boris (mais elle est si sublime) cependant, Gergiev équilibre en jouant Mozart, Rossini, Bizet … Eclectisme et culturelle universelle bienheureux. Best of de la soirée inaugural de la salle II du Mariinsky, enregistrée le 2 mai 2013.

 

 

 

Théâtre Mariinsky II
Gala inaugural 2013
Le Théâtre Mariinsky II : Gala inaugural 2013
Arte, dimanche 22 décembre 2013, 23h35

 

 

Gergiev joue la 5ème de Prokofiev

arte_logo_175Concert. Arte, le 9 juin 2013, 19h   … Du propre aveu de Valery Gergiev, Prokofiev est son compositeur préféré.
Et l’on comprend mieux qu’il consacre une grande partie de ses efforts à défendre son œuvre, en s’attelant notamment à diriger l’intégrale de ses symphonies en concert.
La présente captation s’insère dans un vaste cycle consacré au compositeur russe.  Ainsi, Gergiev dirige-y-il trois semaines durant et dans plusieurs villes russes, les 7 symphonies et les 5 concertos pour piano.
Pour cette immersion prokofievienne, Valery Gergiev est à la tête de « son » orchestre, celui du théâtre Mariinsky de St Peterbourg. A l’instar de Mengelberg avec le Concertgebouw d’Amsterdam, Karajan avec le philharmonique de Berlin, Mravinsky avec le Philharmonique de Leningrad, Gergiev s’est façonné un outil orchestral en assumant depuis 1988, la direction musicale de l’orchestre. En bientôt un quart de siècle, il a fait de cet ensemble l’un des orchestres les plus recherchés au monde.

Réalisateur : Sébastien Glas / Coproduction : Idéale Audience, EuroArts Music & The Mariinsky Theatre