COMPTE RENDU, critique, opéra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY. On l’attendait comme le loup blanc, mieux : comme le nouveau messie venu (enfin) renouveler le genre lyrique passablement Ă©reintĂ© par de faux metteurs en scĂšne. Qu’allions nous alors (re)dĂ©couvrir dans ces Nozze miraculeuses oĂč brĂ»le le dĂ©sir et se consume l’amour en une transe collective, Ă  la fois nostalgique et facĂ©tieuse ? Qu’apporte rĂ©ellement Ă  l’opĂ©ra, le cinĂ©aste James Gray, lui qui Ă  50 ans, trĂšs marquĂ© par le style intello esthĂšte de l’Actor studio, a marquĂ© le cinĂ©ma amĂ©ricain depuis une dĂ©cennie, grĂące Ă  des cadrages et une photographie qui citent souvent 
 la modernitĂ© inusable d’un Degas ? En rĂ©alité  une (trop) sage mise en mouvement d’un incomparable chef d’Ɠuvre. Et si la musique trop divine de Wolfgang rendait le dĂ©fi de la reprĂ©sentation, dĂ©finitivement stĂ©rile ? La proposition de James Gray nous paraĂźt objectivement moins pertinente qu’au cinĂ©ma. Mais cela aurait pu ĂȘtre pire et tourner au dĂ©tournement spatial de la part du rĂ©cent rĂ©alisateur d’Ad Astra. Pourtant ayant encore vu rĂ©cemment The city of Z, dont l’action inscrite de la forĂȘt amazonienne (bolivienne) fait paraĂźtre comme d’un songe, une reprĂ©sentation de Cosi fan tutte, nous espĂ©rions ĂȘtre surpris, tout au moins touchĂ©s par le spectacle annoncĂ© comme majeur par le TCE


 
 

 
 

GRAY UN PEU GRIS…

  

 

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SAINE MAIS SAGE FIDELITÉ AUX TEXTES
 Architecture mĂ©ridionale vaguement sĂ©villane au I ; costumes outrageusement espagnols (Lacroix) ; situations dramatiques respectueuses du livret assez sage de da Ponte, du moins plus bourgeoises que rĂ©volutionnaires de la source Beaumarchais. On est parfois mĂȘme dans un pastiche kitch d’un XVIIIĂš exacerbĂ©, un rien pĂ©taradant. La vogue Marie-Antoinette, vomissant ses mouches, ses rubans et ses macarons
, sĂ©vit toujours. La lecture politique du conflit entre le Comte Almaviva qui fait valoir son droit de cuissage / jambage, et son valet Figaro, fiancĂ© dĂ©fenseur de sa future Ă©pouse Suzanne, reste une affaire strictement domestique. Observateur de la rĂ©alitĂ©, voire analyste sans l’avouer, Gray prolonge du cinĂ©ma Ă  l’opĂ©ra, son perfectionnisme visuel presque maladif. Il agrĂ©mente la vĂ©ritĂ© des sĂ©quences grĂące Ă  quelques objets / accessoires qui disent tout, clairement, synthĂ©tiquement: miroir, guitare
 qui passant de mains en mains dĂ©terminent l’idĂ©e des rĂ©seaux et des conspirations (fĂ©minines) contre le despote Almaviva. MĂȘme dans les replis de cette action fermĂ©e, entre maĂźtres et serviteurs, l’amĂ©ricain apporte une lecture pointilliste et plutĂŽt classique qui s’intĂ©resse de prĂšs Ă  chaque mouvement des corps, chaque geste, toujours trĂšs signifiants. Un travail d’acteurs
 de cinĂ©ma.

PLATEAU UN PEU TIEDE
 Gorge serrĂ©e et naturel en berne, le Comte Almaviva de StĂ©phane Degout a l’intelligence d’enrichir son personnage en Ă©vitant la caricature. Le despote est moins brutal et grossier qu’ailleurs. Ouf. Profonde voix suave, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni apporte la touche de fĂ©minitĂ© complĂ©mentaire, habitĂ©e quoique parfois trop languissante, que transforme enfin, une tenue vocale trĂšs claire et lumineuse. La voix exprime le sentiment et c’est tant mieux : en l’occurrence, l’ennui et la nostalgie d’une Ă©pouse dĂ©laissĂ©e (et trompĂ©e) quoiqu’encore jeune.
Le Figaro de Robert Gleadow occupe tous les espaces et potentialitĂ©s du personnage : comĂ©dien autant que chanteur, la technique a quand mĂȘme du mal Ă  canaliser un trop plein de puissance et de vibrato. Bref un acteur dĂ©voilĂ©, mais un chanteur trĂšs peu mozartien. MĂȘme le jeune talent attendu ici, la soprano ElĂ©onore Pancrazi fait un Cherubin peu fluide, qui se cherche encore

BientĂŽt PlatĂ©e chez Rameau, le tĂ©nor percutant comme une trompette mais nuancĂ© comme le diseur baroque qu’il est, et magnifiquement, Ă©blouit par contre en Basilio : sorte de lĂąche insolent, canaille frustrĂ©e mais persiflante Ă  souhait. Le chanteur français, lui, manifeste un plaisir Ă©vident dans le jeu thĂ©Ăątral, d’autant qu’ici moyens et intentions sont idĂ©alement justes.

 

 

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Chef aux mouvements carrĂ©s mais vifs, et orchestre (sur instruments d’époque) rĂ©alisent un Mozart nuancĂ© mais comme fonctionnarisĂ© ; qui manque de respiration comme de souffle ; sans guĂšre de surprise. A croire qu’une certaine ĂąpretĂ© ciselĂ©e par Harnoncourt n’a jamais existĂ© ? Classique, mĂ©ticuleusement respectueuse des didascalies et indications de da Ponte, cette production cinĂ©matographique de James Gray fonctionne de toute Ă©vidence. Elle ne marque pas non plus les esprits. C’est un peu tiĂšde et trop sage.

 

 
 
 

 
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COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. Opera biffa en quatre actes K. 492. Livret de Lorenzo Da Ponte, d’aprĂšs La Folle journĂ©e ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Direction musicale : Jérémie Rhorer.
Mise en scĂšne : James Gray.

Scénographie : Santo Loquasto. Costumes : Christian Lacroix. LumiÚre : Bertrand Couderc.

Avec Anna Aglatova (Suzanne),
Robert Gleadow (Figaro),
Stéphane Degout (le comte Almaviva),
Vannina Santoni (la comtesse Almaviva),
ÉlĂ©onore Pancrazi (ChĂ©rubin).

 

 

 

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Photos / illustrations © Vincent Pontet / TCE service de presse

Les Noces de Figaro de James Gray

noces-de-figaro-mozart-james-gray-opera-concert-critique-classiquenews-tce-nocesFRANCE 5. MOZART : James Gray met en scĂšne les Noces de Figaro, sam 14 dĂ©c 2019. 22h25. C’est la production dont tout le milieu parisien s’est gargarisĂ© ; annonçant le prodige grĂące Ă  la (premiĂšre) contribution du rĂ©alisateur au cinĂ©ma James Gray Ă  l’opĂ©ra
 IL est vrai que dans son chef d’oeuvre qui traite de l’illusion qui rend fou, le hĂ©ros archĂ©ologue surprend en pleine Amazonie bolivienne, une reprĂ©sentation de Cosi fan tutte
 Cette production des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart est enregistrĂ© au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es (Paris). L’opĂ©ra buffa en quatre actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte d’aprĂšs Le Mariage de Figaro ou La folle JournĂ©e de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1784). est donc prĂ©sentĂ© comme l’un des Ă©vĂ©nements lyriques de la rentrĂ©e 2019, Depuis son Lion d’argent Ă  la Mostra de Venise en 1994 pour son premier film, Little Odessa jusqu’à son rĂ©cent Ad Astra, le cinĂ©aste amĂ©ricain James Gray s’il a marquĂ© le cinĂ©ma amĂ©ricain, reste surtout plus connu en Europe qu’aux USA. Depuis ces vingt derniĂšres annĂ©es, il s’est distingué par son Ă©criture, une direction d’acteurs ambitieuse et trĂšs personnelle. Sa filmographie (The Yard, Two lovers, La nuit nous appartient, The Immigrant
) est marquĂ©e par un style romanesque et un goĂ»t prononcĂ© pour les fresques et chroniques Ă  dominante sociale et familiale. Grand amateur de littĂ©rature lyrique, les Noces seront ses premiers pas de metteur en scĂšne d’opĂ©ra.

AprĂšs Idomeneo, La ClĂ©mence de Titus, Cosi fan tutte et Don Giovanni, voici le cinquiĂšme opus mozartien que JĂ©rĂ©mie Rhorer dirige avenue Montaigne. À la tĂȘte de son ensemble, Le Cercle de L’Harmonie.

Distribution :
James Gray : mise en scĂšne‹ / JĂ©rĂ©mie Rhorer : direction musicale
Santo Loquasto: scĂ©nographie – ‹GlysleĂŻn Lefever : chorĂ©graphie‹  -  Christian Lacroix : costumes   –  ‹Bertrand Couderc : lumiĂšre

Anna Aglatova : Suzanne  - ‹Robert Gleadow : Figaro‹  -  StĂ©phane Degout : Le Comte Almaviva‹  -  Vannina Santoni : La Comtesse Almaviva  - ElĂ©onore Pancrazi : ChĂ©rubin  -‹Carlo Lepore : Bartolo  - ‹Jennifer Larmore : Marceline‹  -  Florie Valiquette : Barberine  -‹Mathias Vidal : Basilio.
Matthieu LĂ©croart : Antonio  -  ‹Rodolphe Briand : Curzio.

Le Cercle de l’Harmonie

CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatriĂšme opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’ĂȘtre nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂŽte 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂŽt et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine
.). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grĂące et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante priĂšre d’une Ăąme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consƓurs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et
 surtout le caractĂšre et l’ñge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂȘme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses cĂŽtĂ©s, deux autres chanteuses sont du mĂȘme niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mĂ»re) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilitĂ© de son ultime air avec rĂ©citatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella  »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempĂ©rament de feu dans le rĂŽle travesti de ChĂ©rubin. Les 3 artistes Ă©blouissent Ă  chacune de leur intervention et dans les ensembles. MĂȘme Regula MĂŒhlemann fait une Barberine touchante (cherchant son Ă©pingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semĂ©s tout au long de l’action) au dĂ©but du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick NĂ©zet SĂ©guin respecte l’ordre originel des airs et sĂ©quences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : Ă©patante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grĂące) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’EnlĂšvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂȘme si l’orchestre est placĂ©e derriĂšre les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂȘtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la premiĂšre coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grĂące Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4Ăš Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula MĂŒhlemann, Jean-Paul FauchĂ©court, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon
 Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick NĂ©zet SĂ©guin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

Cinéma : Les Noces de Figaro par McVicar

nozze di figaro, noces de figaro covent garden royal opera house londres david Mc Vicar presentation review announce classiquenewsCinĂ©ma, ce soir 19h30 : Les Noces de Figaro par McVicar depuis le Royal Opera House Covent Garden, Londres. Figaro romantique
 CrĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2006 sur le mĂȘmes planches, cette production des Noces de Figaro de Mozart et son librettiste Da Ponte (1786), d’aprĂšs Beaumarchais (La Folle journĂ©e ou le Mariage de Figaro), transpose la fiĂšvre rĂ©volutionnaire des serviteurs, du XVIIIĂš d’avant 1789
 en 1830 soit Ă  l’Ă©poque de la Restauration. McVicar imagine donc un Figaro …. romantique. Mais si l’ordre monarchique fait son retour, le Figaro hier campĂ© par le baryton Erwin Schrott, a gagnĂ© en certitude et dĂ©termination, n’hĂ©sitant directement Ă  dĂ©fier le comte Almaviva, tandis que aux cĂŽtĂ©s de cette lutte des classes (dominĂ©s / dominants), se joue aussi une guerre sociale : la guerre des sexes Ă  travers l’alliance des femmes : la Comtesse et Suzanne, vraies maĂźtresses de cet Ă©chiquier fragile, innerve regards, jeu d’acteurs et mouvements, en une fresque Ă©motionnelle vive. DĂ©cors, gestes, dĂ©placements sont millimĂ©trĂ©s comme d’habitude chez David McVicar qui prĂ©serve toujours la parfaite lisibilitĂ© de l’action sans omettre l’expression des intentions parallĂšles. En 2015 pour la reprise de la production des Noces de Figaro de Mozart par Mc Vicar, l’opĂ©ra londonien affiche une nouvelle distribution : avec toujours l’infatigable et trĂšs fĂ©lin Erwin Shrott dans un rĂŽle qu’il sert Ă  merveille (Figaro), Anita Hartig (Susanna), StĂ©phane Degout (Almaviva), Ellie Dehn (la Comtesse), Kate Lindsey (Cherubino)…

 

 

Infos, réservation, salles de cinéma partenaires de la diffusion

Les Noces de Figaro par McVicar sur le site de la Royal Opera House Covent Garden Londres

 

 

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Erwin Shrott, Figaro Ă©ruptif et fĂ©lin Ă  Londres dans les Noces de Figaro de Mozart transposĂ© par Mc Vicar Ă  l’Ă©poque de la Restauration (DR)

 

 

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Extrait de la biographie portrait rĂ©alisĂ©e en 2008 par  notre rĂ©dacteur Lucas Irom : “Erwin Schrott, nouvelle icĂŽne lyrique ? Une basse qui barytone avec un magnĂ©tisme dramatique et colorĂ© comme peu autour de lui
 une diction amusĂ©e, hĂ©doniste, sanguine et palpitante offrant une incarnation nerveuse chez Mozart (Figaro, Les noces), mais aussi cette gravitĂ© sombre du timbre qui lui permet de jouer sur les registres du chant viril Don Giovanni, MĂ©phistophĂ©lĂšs
 : l’art vocal de l’uruguyen Erwin Schrott (36 ans en 2008, nĂ© Ă  Montevideo en 1972) se taille une part majeure parmi les jeunes tempĂ©raments de la scĂšne lyrique actuelle.

 

Acteur-chanteur
Le chanteur est dĂ©jĂ  un acteur aguerri. Sur les 8 personnages abordĂ©s dans son premier disque chez Decca, de Mozart, Verdi et Gounod Ă  Meyerbeer et Berlioz, l’interprĂšte a incarnĂ© sur scĂšne
 5 rĂŽles. Pas si mal, pour un talent rĂ©cent de plus en plus indiscutable
 Avant de chanter, le jeune homme lava des voitures et aida ses parents dans le restaurant familial, Ă  l’époque oĂč l’Uruguay traversait l’une de ses crises Ă©conomiques les plus difficiles. Du mĂ©tier de chanteur et de l’opĂ©ra en gĂ©nĂ©ral, le baryton-basse avoue avoir tout appris de la pianiste et metteuse en scĂšne, Emilia Rosa, aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©e. Quittant l’AmĂ©rique du Sud, le jeune interprĂšte rejoint l’Italie pour parfaire son apprentissage vocal: Leo Nucci lui prodigue de prĂ©cieux conseils. A Montevideo, Erwin Schrott se distingue Ă  22 ans, en 1994, dans le rĂŽle de Roucher, d’Andrea ChĂ©nier, un rĂŽle qui lui offre une premiĂšre incarnation ample et dramatique. Suivant le conseil de Mirella Freni, le jeune artiste sait prĂ©server son talent en choisissant des rĂŽles expressifs “confortables”, au risque mesurĂ©: Colline (La BohĂšme), Masetto (Don Giovanni), Timur (Turandot), Ramfis (AĂŻda), 
 un apprentissage de longue haleine, Ă  l’implication progressive et constante qui lui permet de fouiller son approche psychologique des caractĂšres sans porter atteinte Ă  son timbre.

Leporello et Don Giovanni
En 1998, le baryton (26 ans) remporte le premier prix du Concours Operalia de Placido Domingo. L’ascension ne tarde comme l’exposition dans des rĂŽles plus audacieux: Pharaon (MoĂŻse et Pharaon de Rossini) sous la baguette de Muti, surtout Leporello et Don Giovanni (chantĂ© pour la premiĂšr fois en 2004 Ă  Whashington), comme Figaro, font de lui un mozartien Ă  la sanguinitĂ© extravertie, non dĂ©nuĂ© d’une exigence linguistique. Il ne s’agit pas de dĂ©ployer une palette vocale riche et ample, il faut aussi incarner les Ă©tats Ă©motionnels de la musique. Un dĂ©fi que le chanteur souhaite relever avec assiduitĂ©. Ainsi, trouvant son Figaro de 2006, un rien trop “volcanique”, l’interprĂšte veille Ă  ciseler davantage la vĂ©ritĂ© de son approche scĂ©nique et vocale.

Aujourd’hui, l’artiste recherche Ă  raffiner davantage chacun des rĂŽles qu’il a abordĂ©s sur scĂšne: Narbal (Les Troyens de Berlioz), Macbeth (Verdi), OnĂ©guine (TchaĂŻkovski), comme il recherche Ă  Ă©largir sa palette Ă©motionnelle grĂące Ă  de nouveaux rĂŽles, dont quelques Belliniens: Rodolfo (La Sonnambula), Giorgio (I Puritani)


erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1A l’étĂ© 2008, Erwin Schrott chante Leporello Ă  Salzbourg (dans la mise en scĂšne de Claus Guth sous la direction de Bertrand de Billy), avant d’aborder Don Giovanni au Metropolitan de New York, Escamillo (Carmen) Ă  la Scala sous la baguette de Barenboim, et Figaro, dans Les Noces de Figaro, Ă  Vienne, la capitale autrichienne oĂč, il y a quelques annĂ©es, il dĂ©sespĂ©rait de ne jamais trouver d’engagement aprĂšs avoir Ă©chouĂ© au Concours Hans Gabor Belvedere. A force de tĂ©nacitĂ©, l’artiste a su dĂ©montrĂ© son immense talent
 un talent qui pourrait devenir art majeur s’il travaille encore sa diction et la finesse de ses rĂŽles. Promis Ă  une belle carriĂšre, Erwin Schrott, compagnon Ă  la ville de la soprano autrichienne et russe, Anna Netrebko, nous offrira un prochain accomplissement en chantant avec sa compagne. En attendant ce duo miraculeux (Don Giovanni de Mozart filmĂ© en 2013 Ă  Baden Baden oĂč Netrebko joue Donna Anna), le baryton pourrait bien devenir la nouvelle icĂŽne lyrique des annĂ©es Ă  venir. “

erwin_schrott_arias_frizza_deccaPortrait rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de la sortie de son premier album chez Decca : Erwin Schrott : arias. un rĂ©cital lyrique qui mĂȘle Mozart (6 airs sur les 12 au total), Verdi (Don Carlos, Les VĂȘpres Siciliennes, chantĂ©s en Français), Berlioz (La Damnation de Faust), Gounod (Faust), Meyerbeer (Robert le diable)
 Mozartien, Verdien, mais aussi MĂ©phistophĂ©lĂšs au rire sardonique, le baryton-basse nous offre une palette dramatique particuliĂšrement riche et convaincante.  Erwin Schrott: Arias 1 cd Decca. Avec l’Orquestra de la Comunitat Valenciana. Riccardo Frizza, direction (2008)

 

CD. Mozart : les nouvelles Noces de Figaro par Teodor Currentzis

Mozart_currentzis_nozzeCD Ă  venir. Mozart : Les Noces de Figaro. Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical. Un sang neuf nous viendrait-il de Russie ? Celui qui scrupuleux dans la prĂ©cision des options interprĂ©tatives restitue comme Harnoncourt depuis le dĂ©but de son aventure, chez Monteverdi hier … aujourd’hui chez Mozart, une frĂ©nĂ©sie suractive qui rĂ©tablit l’Ă©nergie sanguine, physique, organique de la musique, devrait se distinguer dans ces nouvelles Nozze de Mozart Ă  paraĂźtre chez Sony classical en fĂ©vrier 2014. Teodor Currentzis (nĂ© en GrĂšce en 1972) s’attĂšle Ă  un projet ambitieux oĂč le chant mozartien a usĂ© maints baroqueux et des plus illustres. Le challenger de Gergiev, nouveau maestro initiĂ© aux approches historiquement informĂ©es,  inaugure son contrat nouvellement signĂ© avec Sony. L’Ă©lĂšve d’Ylia Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (comme Gergiev et Byshkov), dont on a ici mĂȘme louĂ© Didon et EnĂ©e de Purcell (avec dĂ©jĂ  la dĂ©concertante Simone Kermes – laquelle aimerait tant rivaliser avec Cecilia Bartoli…), s’attaque  sur instruments anciens (ceux de son orchestre Musicaeterna), Ă  la trilogie mozartienne avec ce premier volet dĂ©diĂ© aux Nozze. Cosi puis Don Giovanni suivront ensuite chez le mĂȘme Ă©diteur, respectivement Ă  l’automne 2014, puis d’ici la rentrĂ©e 2015.

 

 

 

Teodor Currentzis signera-t-il pour Sony des Nozze décisives ?

RĂ©inventer les Noces

 

L’AthĂ©nien impĂ©tueux dĂ©fend ses conceptions musicales depuis Perm, ancienne citĂ© florissante grĂące Ă  la fabrication des armes dont il fait depuis quelques annĂ©es (Ă  partir de 2011 prĂ©cisĂ©ment quand il fut nommĂ© directeur musical de l’OpĂ©ra local) un nouveau foyer lyrique et musical de premier plan… C’est Ă  Perm que le chef a rĂ©uni instrumentistes et chanteurs pour enregistrer Les Noces de Figaro de Mozart. RĂ©vĂ©lĂ© comme chef principal Ă  l’OpĂ©ra de Novosibirsk (2004-2010), Currentzis a affirmĂ© un tempĂ©rament intensĂ©ment dramatique avec son partenaire et homme de thĂ©Ăątre Dmitri Tcherniakov dont la scĂ©nographie expressionniste et Ăąpre, dĂ©voilant les fissures profondes d’ĂȘtre dĂ©calĂ©s ou inadaptĂ©s a de facto renouvelĂ© la perception des oeuvres abordĂ©es avec le chef grec : Aida (2004), Macbeth (2008), Wozzeck (2009), Don Giovanni (2010, prĂ©sentĂ© Ă  Aix)…

En vĂ©ritĂ© sa premiĂšre approche des Nozze remonte Ă  2008 : dĂ©jĂ  dĂ©poussiĂ©rĂ©es et comme rĂ©vitalisĂ©es par une direction palpitante voire haletante. Fougueux, prĂȘt Ă  toutes les audaces comme Ă  tous les dĂ©fis, le jeune maestro aime relire, dĂ©poussiĂ©rer, rĂ©inventer ce geste audacieux qui a fait la valeur des pionniers de la rĂ©volution baroque depuis les annĂ©es 1960. C’est pourquoi afficher son nom sur une production est souvent l’indice d’une rĂ©appropriation originale et personnelle de la partition concernĂ©e.
Pour autant, sa furie énergique est-elle juste et légitime dans ses choix ? Que vaut son Mozart et sa direction lyrique au regard des options et des choix esthétiques assumés ?

 

 

Currentzis, directeur Ă©lectrique

 

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CĂŽtĂ©s chanteurs, les variations et cadences improvisĂ©es sont rĂ©tablies (abellimenti – embellissements, usage familier Ă  l’Ă©poque) ; les vibrato Ă©videmment exclus sauf s’ils sont justifiĂ©s par la situation ; en chef esthĂšte critique et analytique, Currentzis surprend surtout par l’activitĂ© de la musique, la palette dynamique d’un orchestre pĂ©tillant, pĂ©tulant, sĂ©millant oĂč la participation permanente du pianoforte (rĂ©citatifs et tutti orchestraux, comme si Mozart lui-mĂȘme dirigeait tout en improvisant et jouant de son forte-piano – hammerklavier-), la couleur fondante et liante du luth (plus inhabituel) … font la diffĂ©rence ; les cors redoublent de mordant, les cordes exultent souvent. Or il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de dĂ©tails. La vitalitĂ© fiĂ©vreuse qu’affirme et cisĂšle le chef quadra exprime souvent vertiges, aspirations, langueurs, la sauvagerie comme la spiritualitĂ© d’une partition essentiellement de rupture et rĂ©volutionnaire. Tout s’agence pour une relecture vive et haletante du chef d’oeuvre de Mozart et de Da Ponte. L’architecture et la gestion des contrastes, la pulsation, l’Ă©quilibre des balances, le jeu nerveux et hypersensible du chef pourrait bien signer une nouvelle rĂ©fĂ©rence de l’opĂ©ra mozartien. Contre les effets de la simplification, voilĂ  un geste engagĂ© qui rugit et murmure avec une intensitĂ© Ă©ruptive. Et les milles dĂ©tails s’invitant dans le tourbillon du geste comme du banquet orchestral prĂ©servent surtout la furieuse tension de la partition. De quoi nous mettre en appĂ©tit et annoncer ainsi une trilogie Ă  suivre… Tant de louables intentions et la rĂ©alisation dramatique sauront-ils nous sĂ©duire ?

 

 

RĂ©ponse dans le mag cd de classiquenews.com d’ici dĂ©but fĂ©vrier prochain. Parution des Nozze di Figaro par Teodor Currentzis : le 17 fĂ©vrier 2014 (3 cd Sony classical).