CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva (NĂ©zet-SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon). Voici donc la suite du cycle Mozart en provenance de Baden Baden 2015 et pilotĂ© par le chef Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et le tĂ©nor Roland Villazon : ces Noces / Nozze marque le dĂ©jĂ  quatrième opus sur les 7 ouvrages de maturitĂ© initialement choisis. Ce live confirme globalement les affinitĂ©s mozartiennes du chef quĂ©bĂ©cois nĂ© en 1975,et qui poursuit son irrĂ©pressible ascension : il vient d’être nommĂ© directeur musical du Metropolitan Opera de New York. Hormis quelques rĂ©serves, la tenue gĂ©nĂ©rale, vivace, qui exprime et la vĂ©ritĂ© des profils et l’ivresse rythmĂ©e de cette journĂ©e Ă©tourdissante, convainc. Soulignons d’abord, la prestation superlative vocalement et dramatiquement de la soprano vedette de la production. Elle fut Marguerite du Faust de Gounod Ă  Baden Baden (Festival de PentecĂ´te 2014) : la voici en Comtesse d’une ivresse juvĂ©nile et adolescente irrĂ©sistible, saisissant la couleur nostalgique d’une jeune Ă©pouse mariĂ©e trop tĂ´t et qui a perdu trop vite sa fraicheur (quand elle n’était que Rosine….). Sonya Yoncheva renouvelle totalement l’esprit du personnage en en rĂ©vĂ©lant l’essence adolescente avec une grâce et une finesse absolues : son « Porgi amor » ouvrant le II, est affirmation toute en dĂ©licatesse d’une aube tendre et angĂ©lique Ă  jamais perdue : l’aveu d’un temps de bonheur irrĂ©mĂ©diablement Ă©vanoui : dĂ©chirante prière d’une âme Ă  la mĂ©lancolie remarquablement Ă©noncĂ©e. Ce seul air mĂ©rite les meilleures apprĂ©ciations. Car Sonya Yoncheva a contrairement Ă  la plupart de ses consĹ“urs, le charme, la noblesse, la subtilitĂ© et… surtout le caractère et l’âge du personnage. Inoubliable incarnation (mĂŞme charme Ă  la langueur irrĂ©sistible dans le duo Ă  la lettre du II : Canzonetta sull’aria).

 

 

 

Une Rosina nostalgique inoubliable
La comtesse blessée, adolescente de Sonya Yoncheva

 

 

EXCELLENCE FEMININE....A ses côtés, deux autres chanteuses sont du même niveau : incandescentes, naturelles, vibrantes : la Susanne (pourtant au timbre mûre) de Christiane Karg (de plus en plus naturelle et expressive : sensibilité de son ultime air avec récitatif au IV : « Giunse alfin il momento / Deh vient , non tardar, o gioia bella… »), et surtout l’épatante jeune soprano Angela Brower, vrai tempérament de feu dans le rôle travesti de Chérubin. Les 3 artistes éblouissent à chacune de leur intervention et dans les ensembles. Même Regula Mühlemann fait une Barberine touchante (cherchant son épingle dans le jardin : parabole du trouble et de l’oubli semés tout au long de l’action) au début du IV. Exhaustif et scrupuleux, Yannick Nézet Séguin respecte l’ordre originel des airs et séquences de l’acte III ; il dirige aussi tout l’acte IV avec l’air de Marceline (« il capo e la capretta » : épatante Anne-Sofie von Otter, plus fine actrice que chanteuse car

Diva d'aujourd'hui : Sonya Yoncheva chante Irisl’instrument vocal est Ă©raillĂ©), et le grand rĂ©cit de Basilio (sur l’art bĂ©nĂ©fique de se montrer transparent : « In quagli anni », chantĂ© par un Rolando Villazon, malheureusement trop outrĂ© et maniĂ©rĂ©, cherchant a contrario de tout naturel Ă  trouver le dĂ©tail original qui tue ; cette volontĂ© de faire rire (ce que fait le public de bonne grâce) est Ă©tonnante puis dĂ©concertante ; dommage (rien Ă  voir avec son chant plus raffinĂ© dans l’Enlèvement au sĂ©rail, prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ©). Face Ă  lui, le Curzio de Jean-Paul FauchĂ©court est mordant et vif Ă  souhait, soulignant la verve de la comĂ©die sous l’illusion et les faux semblants du drame domestique. Contre toute attente, le Comte Almaviva de Thomas Hampson montre de sĂ©rieuses usures dans la voix et un chant constamment en retrait, – ce malgrĂ© la justesse du style et l’aplomb des intentions, et pourtant d’une prĂ©cision Ă  peine audible (mĂŞme si l’orchestre est placĂ©e derrière les chanteurs selon le dispositif du live Ă  Baden Baden). Le Figaro un rien rustre et sanguin de Luca Pisaroni est percutant quant Ă  lui, trop peut-ĂŞtre avec une couleur rustique qui contredit bien des Figaro plus policĂ©s, mieux nuancĂ©s (Hermann Prey).

 

 

seguin_yannick_nezet_chef_maetroSur instruments modernes, l’orchestre palpite et s’enivre au diapason de cette journĂ©e Ă  perdre haleine avec la couleur trĂ©pidante, ronde du pianoforte dans rĂ©citatifs et airs ; pourtant jamais prĂ©cipitĂ©e, ni en manque de profondeur, la baguette de Yannick NĂ©zet-SĂ©guin ne se dilue, toujours proche du texte, du sentiment, de la finesse : l’expressivitĂ© souple assure le liant de ce festival enfiĂ©vrĂ© qui marque en 1786 la première coopĂ©ration entre Da Ponte et Mozart, inspirĂ©s par Beaumarchais (le mariage de Figaro, 1784). Pour l’excellence des parties fĂ©minines, – le sommet en Ă©tant la subtilitĂ© adolescente de la Comtesse de Sonya Yoncheva, pour l’allure palpitante de l’orchestre grâce Ă  la vivacitĂ© nerveuse du chef, ce live de Baden Baden mĂ©rite tous les Ă©loges. Au regard des accomplissements ainsi rĂ©alisĂ©s, les rĂ©serves Ă©mises ne sont que broutilles face Ă  la cohĂ©rence d’ensemble. Saluons donc la rĂ©ussite collective de ce 4è Mozart Ă  ranger au mĂ©rite du duo d’initiateurs NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon Ă  Baden Baden.
CLIC de classiquenews de juillet 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Mozart : Les Noces de Figaro / Le Nozze di Figaro. Sonya Yoncheva, Angela Brower, Christiane Karg, Anne Sofie von Ottter, Regula Mühlemann, Jean-Paul Fauchécourt, Luca Pisaroni, Thomas Hampson, Rolando Villazon… Vocalensemble Rastatt, Chamber orchestra of Europe. Yannick Nézet Séguin, direction — 3 cd Deutsche Grammophon 479 5945 / CLIC de classiquenews de juillet 2016

Cinéma : Les Noces de Figaro par McVicar

nozze di figaro, noces de figaro covent garden royal opera house londres david Mc Vicar presentation review announce classiquenewsCinĂ©ma, ce soir 19h30 : Les Noces de Figaro par McVicar depuis le Royal Opera House Covent Garden, Londres. Figaro romantique… CrĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2006 sur le mĂŞmes planches, cette production des Noces de Figaro de Mozart et son librettiste Da Ponte (1786), d’après Beaumarchais (La Folle journĂ©e ou le Mariage de Figaro), transpose la fièvre rĂ©volutionnaire des serviteurs, du XVIIIè d’avant 1789… en 1830 soit Ă  l’Ă©poque de la Restauration. McVicar imagine donc un Figaro …. romantique. Mais si l’ordre monarchique fait son retour, le Figaro hier campĂ© par le baryton Erwin Schrott, a gagnĂ© en certitude et dĂ©termination, n’hĂ©sitant directement Ă  dĂ©fier le comte Almaviva, tandis que aux cĂ´tĂ©s de cette lutte des classes (dominĂ©s / dominants), se joue aussi une guerre sociale : la guerre des sexes Ă  travers l’alliance des femmes : la Comtesse et Suzanne, vraies maĂ®tresses de cet Ă©chiquier fragile, innerve regards, jeu d’acteurs et mouvements, en une fresque Ă©motionnelle vive. DĂ©cors, gestes, dĂ©placements sont millimĂ©trĂ©s comme d’habitude chez David McVicar qui prĂ©serve toujours la parfaite lisibilitĂ© de l’action sans omettre l’expression des intentions parallèles. En 2015 pour la reprise de la production des Noces de Figaro de Mozart par Mc Vicar, l’opĂ©ra londonien affiche une nouvelle distribution : avec toujours l’infatigable et très fĂ©lin Erwin Shrott dans un rĂ´le qu’il sert Ă  merveille (Figaro), Anita Hartig (Susanna), StĂ©phane Degout (Almaviva), Ellie Dehn (la Comtesse), Kate Lindsey (Cherubino)…

 

 

Infos, réservation, salles de cinéma partenaires de la diffusion

Les Noces de Figaro par McVicar sur le site de la Royal Opera House Covent Garden Londres

 

 

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Erwin Shrott, Figaro Ă©ruptif et fĂ©lin Ă  Londres dans les Noces de Figaro de Mozart transposĂ© par Mc Vicar Ă  l’Ă©poque de la Restauration (DR)

 

 

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Extrait de la biographie portrait rĂ©alisĂ©e en 2008 par  notre rĂ©dacteur Lucas Irom : “Erwin Schrott, nouvelle icĂ´ne lyrique ? Une basse qui barytone avec un magnĂ©tisme dramatique et colorĂ© comme peu autour de lui… une diction amusĂ©e, hĂ©doniste, sanguine et palpitante offrant une incarnation nerveuse chez Mozart (Figaro, Les noces), mais aussi cette gravitĂ© sombre du timbre qui lui permet de jouer sur les registres du chant viril Don Giovanni, MĂ©phistophĂ©lès… : l’art vocal de l’uruguyen Erwin Schrott (36 ans en 2008, nĂ© Ă  Montevideo en 1972) se taille une part majeure parmi les jeunes tempĂ©raments de la scène lyrique actuelle.

 

Acteur-chanteur
Le chanteur est déjà un acteur aguerri. Sur les 8 personnages abordés dans son premier disque chez Decca, de Mozart, Verdi et Gounod à Meyerbeer et Berlioz, l’interprète a incarné sur scène… 5 rôles. Pas si mal, pour un talent récent de plus en plus indiscutable… Avant de chanter, le jeune homme lava des voitures et aida ses parents dans le restaurant familial, à l’époque où l’Uruguay traversait l’une de ses crises économiques les plus difficiles. Du métier de chanteur et de l’opéra en général, le baryton-basse avoue avoir tout appris de la pianiste et metteuse en scène, Emilia Rosa, aujourd’hui décédée. Quittant l’Amérique du Sud, le jeune interprète rejoint l’Italie pour parfaire son apprentissage vocal: Leo Nucci lui prodigue de précieux conseils. A Montevideo, Erwin Schrott se distingue à 22 ans, en 1994, dans le rôle de Roucher, d’Andrea Chénier, un rôle qui lui offre une première incarnation ample et dramatique. Suivant le conseil de Mirella Freni, le jeune artiste sait préserver son talent en choisissant des rôles expressifs “confortables”, au risque mesuré: Colline (La Bohème), Masetto (Don Giovanni), Timur (Turandot), Ramfis (Aïda), … un apprentissage de longue haleine, à l’implication progressive et constante qui lui permet de fouiller son approche psychologique des caractères sans porter atteinte à son timbre.

Leporello et Don Giovanni
En 1998, le baryton (26 ans) remporte le premier prix du Concours Operalia de Placido Domingo. L’ascension ne tarde comme l’exposition dans des rôles plus audacieux: Pharaon (Moïse et Pharaon de Rossini) sous la baguette de Muti, surtout Leporello et Don Giovanni (chanté pour la premièr fois en 2004 à Whashington), comme Figaro, font de lui un mozartien à la sanguinité extravertie, non dénué d’une exigence linguistique. Il ne s’agit pas de déployer une palette vocale riche et ample, il faut aussi incarner les états émotionnels de la musique. Un défi que le chanteur souhaite relever avec assiduité. Ainsi, trouvant son Figaro de 2006, un rien trop “volcanique”, l’interprète veille à ciseler davantage la vérité de son approche scénique et vocale.

Aujourd’hui, l’artiste recherche à raffiner davantage chacun des rôles qu’il a abordés sur scène: Narbal (Les Troyens de Berlioz), Macbeth (Verdi), Onéguine (Tchaïkovski), comme il recherche à élargir sa palette émotionnelle grâce à de nouveaux rôles, dont quelques Belliniens: Rodolfo (La Sonnambula), Giorgio (I Puritani)…

erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1A l’étĂ© 2008, Erwin Schrott chante Leporello Ă  Salzbourg (dans la mise en scène de Claus Guth sous la direction de Bertrand de Billy), avant d’aborder Don Giovanni au Metropolitan de New York, Escamillo (Carmen) Ă  la Scala sous la baguette de Barenboim, et Figaro, dans Les Noces de Figaro, Ă  Vienne, la capitale autrichienne oĂą, il y a quelques annĂ©es, il dĂ©sespĂ©rait de ne jamais trouver d’engagement après avoir Ă©chouĂ© au Concours Hans Gabor Belvedere. A force de tĂ©nacitĂ©, l’artiste a su dĂ©montrĂ© son immense talent… un talent qui pourrait devenir art majeur s’il travaille encore sa diction et la finesse de ses rĂ´les. Promis Ă  une belle carrière, Erwin Schrott, compagnon Ă  la ville de la soprano autrichienne et russe, Anna Netrebko, nous offrira un prochain accomplissement en chantant avec sa compagne. En attendant ce duo miraculeux (Don Giovanni de Mozart filmĂ© en 2013 Ă  Baden Baden oĂą Netrebko joue Donna Anna), le baryton pourrait bien devenir la nouvelle icĂ´ne lyrique des annĂ©es Ă  venir. “

erwin_schrott_arias_frizza_deccaPortrait rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de la sortie de son premier album chez Decca : Erwin Schrott : arias. un rĂ©cital lyrique qui mĂŞle Mozart (6 airs sur les 12 au total), Verdi (Don Carlos, Les VĂŞpres Siciliennes, chantĂ©s en Français), Berlioz (La Damnation de Faust), Gounod (Faust), Meyerbeer (Robert le diable)… Mozartien, Verdien, mais aussi MĂ©phistophĂ©lès au rire sardonique, le baryton-basse nous offre une palette dramatique particulièrement riche et convaincante.  Erwin Schrott: Arias 1 cd Decca. Avec l’Orquestra de la Comunitat Valenciana. Riccardo Frizza, direction (2008)

 

CD. Mozart : les nouvelles Noces de Figaro par Teodor Currentzis

Mozart_currentzis_nozzeCD Ă  venir. Mozart : Les Noces de Figaro. Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical. Un sang neuf nous viendrait-il de Russie ? Celui qui scrupuleux dans la prĂ©cision des options interprĂ©tatives restitue comme Harnoncourt depuis le dĂ©but de son aventure, chez Monteverdi hier … aujourd’hui chez Mozart, une frĂ©nĂ©sie suractive qui rĂ©tablit l’Ă©nergie sanguine, physique, organique de la musique, devrait se distinguer dans ces nouvelles Nozze de Mozart Ă  paraĂ®tre chez Sony classical en fĂ©vrier 2014. Teodor Currentzis (nĂ© en Grèce en 1972) s’attèle Ă  un projet ambitieux oĂą le chant mozartien a usĂ© maints baroqueux et des plus illustres. Le challenger de Gergiev, nouveau maestro initiĂ© aux approches historiquement informĂ©es,  inaugure son contrat nouvellement signĂ© avec Sony. L’Ă©lève d’Ylia Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (comme Gergiev et Byshkov), dont on a ici mĂŞme louĂ© Didon et EnĂ©e de Purcell (avec dĂ©jĂ  la dĂ©concertante Simone Kermes – laquelle aimerait tant rivaliser avec Cecilia Bartoli…), s’attaque  sur instruments anciens (ceux de son orchestre Musicaeterna), Ă  la trilogie mozartienne avec ce premier volet dĂ©diĂ© aux Nozze. Cosi puis Don Giovanni suivront ensuite chez le mĂŞme Ă©diteur, respectivement Ă  l’automne 2014, puis d’ici la rentrĂ©e 2015.

 

 

 

Teodor Currentzis signera-t-il pour Sony des Nozze décisives ?

RĂ©inventer les Noces

 

L’AthĂ©nien impĂ©tueux dĂ©fend ses conceptions musicales depuis Perm, ancienne citĂ© florissante grâce Ă  la fabrication des armes dont il fait depuis quelques annĂ©es (Ă  partir de 2011 prĂ©cisĂ©ment quand il fut nommĂ© directeur musical de l’OpĂ©ra local) un nouveau foyer lyrique et musical de premier plan… C’est Ă  Perm que le chef a rĂ©uni instrumentistes et chanteurs pour enregistrer Les Noces de Figaro de Mozart. RĂ©vĂ©lĂ© comme chef principal Ă  l’OpĂ©ra de Novosibirsk (2004-2010), Currentzis a affirmĂ© un tempĂ©rament intensĂ©ment dramatique avec son partenaire et homme de théâtre Dmitri Tcherniakov dont la scĂ©nographie expressionniste et âpre, dĂ©voilant les fissures profondes d’ĂŞtre dĂ©calĂ©s ou inadaptĂ©s a de facto renouvelĂ© la perception des oeuvres abordĂ©es avec le chef grec : Aida (2004), Macbeth (2008), Wozzeck (2009), Don Giovanni (2010, prĂ©sentĂ© Ă  Aix)…

En vĂ©ritĂ© sa première approche des Nozze remonte Ă  2008 : dĂ©jĂ  dĂ©poussiĂ©rĂ©es et comme rĂ©vitalisĂ©es par une direction palpitante voire haletante. Fougueux, prĂŞt Ă  toutes les audaces comme Ă  tous les dĂ©fis, le jeune maestro aime relire, dĂ©poussiĂ©rer, rĂ©inventer ce geste audacieux qui a fait la valeur des pionniers de la rĂ©volution baroque depuis les annĂ©es 1960. C’est pourquoi afficher son nom sur une production est souvent l’indice d’une rĂ©appropriation originale et personnelle de la partition concernĂ©e.
Pour autant, sa furie énergique est-elle juste et légitime dans ses choix ? Que vaut son Mozart et sa direction lyrique au regard des options et des choix esthétiques assumés ?

 

 

Currentzis, directeur Ă©lectrique

 

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CĂ´tĂ©s chanteurs, les variations et cadences improvisĂ©es sont rĂ©tablies (abellimenti – embellissements, usage familier Ă  l’Ă©poque) ; les vibrato Ă©videmment exclus sauf s’ils sont justifiĂ©s par la situation ; en chef esthète critique et analytique, Currentzis surprend surtout par l’activitĂ© de la musique, la palette dynamique d’un orchestre pĂ©tillant, pĂ©tulant, sĂ©millant oĂą la participation permanente du pianoforte (rĂ©citatifs et tutti orchestraux, comme si Mozart lui-mĂŞme dirigeait tout en improvisant et jouant de son forte-piano – hammerklavier-), la couleur fondante et liante du luth (plus inhabituel) … font la diffĂ©rence ; les cors redoublent de mordant, les cordes exultent souvent. Or il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de dĂ©tails. La vitalitĂ© fiĂ©vreuse qu’affirme et cisèle le chef quadra exprime souvent vertiges, aspirations, langueurs, la sauvagerie comme la spiritualitĂ© d’une partition essentiellement de rupture et rĂ©volutionnaire. Tout s’agence pour une relecture vive et haletante du chef d’oeuvre de Mozart et de Da Ponte. L’architecture et la gestion des contrastes, la pulsation, l’Ă©quilibre des balances, le jeu nerveux et hypersensible du chef pourrait bien signer une nouvelle rĂ©fĂ©rence de l’opĂ©ra mozartien. Contre les effets de la simplification, voilĂ  un geste engagĂ© qui rugit et murmure avec une intensitĂ© Ă©ruptive. Et les milles dĂ©tails s’invitant dans le tourbillon du geste comme du banquet orchestral prĂ©servent surtout la furieuse tension de la partition. De quoi nous mettre en appĂ©tit et annoncer ainsi une trilogie Ă  suivre… Tant de louables intentions et la rĂ©alisation dramatique sauront-ils nous sĂ©duire ?

 

 

RĂ©ponse dans le mag cd de classiquenews.com d’ici dĂ©but fĂ©vrier prochain. Parution des Nozze di Figaro par Teodor Currentzis : le 17 fĂ©vrier 2014 (3 cd Sony classical).