CinĂ©ma. L’Elektra de ChĂ©reau en direct du Met

TĂ©lĂ©, Arte. La fulgurante ELEKTRA de Patrice ChĂ©reauCinĂ©ma. Strauss : ELEKTRA, le 30 avril 2016, 18h45. En direct du Metropolitan opera New York, samedi 30 avril 2016,1845h. RĂŽle incandescent, voix hurlante embrasĂ©e proche de la rupture et du cri primal, animĂ©e par une fureur vengeresse … que seul son frĂšre Oreste saura apaiser (en prenant sa dĂ©fense et l’aidant Ă  rĂ©aliser son projet), Elektra est l’un des rĂŽles pour soprano les plus ambitieux, du fait de l’Ă©criture du chant, du fait a surtout de la prĂ©sence scĂ©nique du personnage quasiment toujours en scĂšne (comme Suzanna dans les Noces de Figaro de Mozart ou Ă  prĂ©sent depuis la crĂ©ation mondiale rĂ©alisĂ©e Ă  Nantes le 19 avirl dernier, Maria Republica dans l’opĂ©ra Ă©ponyme signĂ© François Paris, d’aprĂšs Agostin-Gomez Arcos). Il n’y a guĂšre que lorsque sa mĂšre paraĂźt, criminelle irresponsable, Klytemnestre, que sa fille Ă©reintĂ©e, possĂ©dĂ©e, rentre dans le silence (pour mieux rugir ensuite).
Pas d’Ă©quivalent Ă  ce profil de jeune femme dĂ©truite et impuissante dont la fureur humiliĂ©e se dĂ©verse dans un chant Ă©ruptif et animal jamais Ă©coutĂ©, Ă©crit, dĂ©ployĂ© auparavant… Nina Stemme s’empare du personnage avec une intensitĂ© fĂ©line, organique, animale, dans la mise en scĂšne – mythique-, de Patrice ChĂ©reau, laquelle fait ses dĂ©buts attendus Ă  New York. Aux cĂŽtĂ©s de la wagnĂ©rienne Nina Stemme, l’immense Waltraud Meier reprend le rĂŽle de la mĂšre fauve, hallucinĂ©e (Klytemnestre), cepedant que Adrianne Pieczonka et le baryton basse Eric Owen, incarnent les personnages non sans profondeur et d’une humanitĂ© bouleversante, CrysotĂ©mis et Oreste). Ainsi la terrible lĂ©gende des Atrides peut se dĂ©ployer en un thĂ©Ăątre de sang et de terreur sublime sur la scĂšne du Metropolitan. La vision essentiellement thĂ©Ăątrale de ChĂ©reau, son travail sur le profil de chaque silhouette, en restituant la place du thĂ©Ăątre sur la scĂšne lyrique, bascule l’opĂ©ra de Strauss vers une arĂšne haletante, Ă  la tension irrĂ©sistible. Au centre de cette furieuse imprĂ©cation fĂ©minine, les retrouvailles de la soeur et du frĂšre : Elektra / Oreste, sont un sommet de vĂ©ritĂ©, un rencontre bouleversante.

LIRE aussi notre critique dĂ©veloppĂ©e du DVD ELEKTRA (Aix en Provence 2013) – Elektra : Evelyn Herlitzius – KlytĂ€mnestra : Waltraud Meier‹Chrysothemis : Adrianne Pieczonka – Orest : Mikhail Petrenko… Essa Pekka Salonen, direction.

EXTRAIT de la critique du dvd, en 2013 : L’espace scĂ©nique et ses dĂ©cors (monumentaux/intimes) reste Ă©touffant et ne laisse aucune issue Ă  ce drame tragique familial. Chacun des protagonistes, chacun des figurants exprime idĂ©alement cette fragilitĂ© inquiĂšte, ce dĂ©sĂ©quilibre inhĂ©rent Ă  tout ĂȘtre humain. Le doute, l’effroi, la panique intĂ©rieure font partie des cartes habituelles de ChĂ©reau (une marque qu’il partage avec les rĂ©alisations de la chorĂ©graphes Pina Bausch) : l’homme de thĂ©Ăątre aura tout apportĂ© pour la vĂ©ritĂ© de l’opĂ©ra, ciselant le moindre dĂ©tail du jeu de chaque acteur. Dans la fosse, disposant d’un orchestre qui n’est pas le mieux chantant, Salonen sculpte la matiĂšre musicale avec une Ă©pure tranchante, un sens souvent jubilatoire de l’acuitĂ© expressionniste. Volcan qui Ă©ructe ou dragon qui souffle et respire avant l’attaque et le brasier, l’orchestre se met au diapason de cette vision scĂ©nographie Ă  jamais historique. On regrette d’autant plus ChĂ©reau Ă  l’opĂ©ra qu’aucun jeune scĂ©nographe aprĂšs lui, parmi les nouveaux noms, ne semblent partager un tel sens du thĂ©Ăątre… (Benjamin Ballifh)

+ D’INFOS sur le site du Metropolitan Opera de New York, page dĂ©diĂ©e ELEKTRA

CD. Richard Strauss : Elektra (Evelyn Herlitzius, Thielemann, 2014)

CLIC D'OR macaron 200elektra strauss thielemann herlitzius papeCD, critique. Richard Strauss : Elektra (Evelyn Herlitzius, Thielemann, 2014). EnregistrĂ©e Ă  la Philharmonie de Berlin, en janvier 2014, voici la nouvelle rĂ©alisation Ă©ditĂ©e par Deutsche Grammophon pour fĂȘter l’annĂ©e Richard Strauss. Soulignons des noms dĂ©jĂ  remarquĂ©s dans cette distribution dresdoise qui compte avec celle aixoise de ChĂ©reau (juillet 2013) : l’Elektra embrasĂ©e d’Evelyn Hertzilius et le mezzo sombre, hallucinĂ© de Waltraud Meier dans le duo fille / mĂšre, duo axial si capital dans le dĂ©voilement de chaque personnalitĂ© fĂ©minines, opposĂ©e, affrontĂ©e ; ici sans le support visuel du dvd et la fulgurante mise en scĂšne du Français, les voix paraissent un rien “attĂ©nuĂ©es” : criarde, parfois laide mais si investie et expressionniste pour la premiĂšre : – avec le recul, totalement engagĂ©e, prĂȘte Ă  prendre tous les risques, et mieux convaincante en seconde partie Ă  partir de sa confrontation finale avec sa sƓur ChrysotĂ©mis puis surtout avec son frĂšre Oreste, revenu en associĂ© de sa sƓur pour leur acte vengeur : Evelyn Herlitzius nous rappelle un Luana de Vol, mĂȘme implication au delĂ  de la vocalitĂ©, d’une mĂȘme humanitĂ© brĂ»lĂ©e, capable enfin comme peu de nous rappeler combien l’opĂ©ra straussien est d’abord du thĂ©Ăątre, une formidable opportunitĂ© de caractĂ©risation qui passe autant par le corps que le voix ; Ă  ses cĂŽtĂ©s, petite et usĂ©e, parfois sans soutien Waltraud Meier (malgrĂ© un sens du texte digne du thĂ©Ăątre : verbe entĂąchĂ© de sang et de culpabilitĂ© de cette peur animale qui fait de l’immense Waltraud une Kundry et une Atride, ici, passionnante Ă  Ă©couter) ne peut masquer une voix qui a beaucoup perdu).

 

 

 

Passionnante Evelyn Herlitzius

 

Herlitzius evelynHeureusement l’Oreste de RenĂ© Pape est somptueux de noblesse mĂąle et droite : un loup tenu dans l’ombre prĂȘt Ă  porter le coup de la vengeance sous la chauffe de sa sƓur extĂ©nuĂ©e, irradiante. En ChrysotĂ©mis, Anne Schwanewilms straussienne mĂ©ritante pourtant dans le rĂŽle entre autres de la MarĂ©chale du Chevalier Ă  la rose). reste terne et sans l’angĂ©lisme ivre du personnage (son rapport avec Elektra hurlante qui profĂšre Ă  sa sƓur pĂ©trifiĂ©e sa malĂ©diction est hĂ©las sans Ă©clat : la voix de ChrysotĂ©mis n’est pas assez caractĂ©risĂ©e et contrastĂ©e avec Elektra). Dommage.

L’orchestre quant Ă  lui en dĂ©pit de sa robe somptueuse, de sa sonoritĂ© rayonnante et si naturelle (historiquement) pour Strauss,  – avec des dĂ©tails jouissifs, … patine, fait du surplace. Il Ă©tonne par son dramatisme statique : la faute en incombe Ă  Christian Thielemann, trop Ă©pais, trop riche et voluptueux : pas assez tranchant, fluide et thĂ©Ăątral (tout le final est d’une pompe monolithique assez assommante). La direction de Salonen pour la production aixoise Ă©tait d’une toute autre fulgurance. Quant Ă  Karajan, il savait insuffler l’Ă©clair et la foudre qui manquent tellement ici. Mais tout n’est pas Ă  Ă©carter : les retrouvailles d’Elektra avec son frĂšre est un grand moment, le meilleur assurĂ©ment, car les voix sont ici superbement habitĂ©es et Herlitzius profite en son rĂ©alisme embrasĂ©, du mĂ©tal fraternel d’un RenĂ© Pape de grande classe. Le baryton basse trouve exactement les couleurs sombres et lugubres, se faisant d’abord passĂ© pour mort, et finalement au nom rĂ©vĂ©lĂ© d’Elektra, confesse son identitĂ© princiĂšre et se rĂ©pand en compassion avant le fameux air en monologue, le plus bouleversant de l’opĂ©ra – oĂč la bĂȘte se fait humaine et aimante : C’est ici que Evelyn Herlitzius confirme que son incarnation est bien celle de toute sa carriĂšre..; et que l’orchestre se montre rien que narratif, sans gouffres amĂšres, sans lyrisme exsangue, sans troubles ni vertiges Ă©perdus. L’enregistrement vaut par ce dĂ©sĂ©quilibre, mais il reste intĂ©ressant voire captivant grĂące aux deux chanteurs, le frĂšre et la sƓur. Pape, viril cynique, monstre tendre ; Herlitzius, incandescente, irrĂ©sistible mĂȘme en ses faiblesses vocales…  CLIC de classiquenews pour eux deux.

Richard Strauss:  Elektra. Evelyn Herlitzius (Elektra), Anne Schwanewilms (Chrysotemis), Waltraud Meier (Clytemnestre), Rene Pape (Oreste), Staatskapelle Dresden. Christian Thielemann, direction. 2cd Deutsche Grammophon 002890479 3387.

Télé. Arte : Richard Strauss, un génie controversé, le 11 juin à 21h

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56Arte : Richard Strauss, un gĂ©nie controversĂ©, le 11 juin Ă  21h. Arte diffuse ce portrait docu de Richard Strauss en «  gĂ©nie controversĂ©e » . pour les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur bavarois, nĂ© en 1864. Le regard est forcĂ©ment sĂ©lectif : sont Ă©voquĂ©s poĂšmes symphoniques (Don Juan, Don Quichotte
) : un terreau expĂ©rimental et purement instrumental, menĂ© jusqu’aux ultimes annĂ©es du XIXĂšme finissant
 grĂące auquel Strauss se forge sa propre identitĂ© musicale, bientĂŽt appliquĂ©e Ă  l’opĂ©ra. En prince de l’instrumentation, le compositeur qui a pu bĂ©nĂ©ficier d’un foyer familial propice Ă  sa maturation artistique, affirme alors un tempĂ©rament unique sur le plan des audaces harmoniques, de la construction dramatique
 Evidemment sur le registre lyrique sont mentionnĂ©s, le Chevalier Ă  la rose, crĂ©Ă© triomphalement Ă  Dresde – foyer des crĂ©ations straussiennes par excellence, en 1911 : toute l’Europe cultivĂ©e se pressa lors pour applaudir Ă  ce miracle musical qui renoue avec la grĂące et le raffinement mozartiens (de fait, le rĂŽle d’Octavian est un personnage travesti comme celui de Cherubin dans les Noces de Figaro, principe classique par excellence et avant l’époque des LumiĂšres, tant de fois utilisĂ© Ă  l’ñge baroque de Vivaldi Ă  Haendel)

Aux cĂŽtĂ©s de la carriĂšre du compositeur d’opĂ©ras (Elektra, SalomĂ© Ă©galement crĂ©Ă©es Ă  Dresde en 1905 puis 1908 sont Ă©voquĂ©es), le parcours du chef d’orchestre est prĂ©cisĂ©ment jalonnĂ© : Meiningen oĂč Hans van Bulow l’appelle Ă  ses cĂŽtĂ©s, puis Weimar (1889) oĂč il rencontre Brahms, Wagner et surtout la soprano Pauline de Ahna qui deviendra son Ă©pouse
 Weimar synthĂ©tise alors sa double renommĂ©e : compositeur adulĂ© de Don Juan, chef cĂ©lĂ©brĂ© dans Tristan une Isolde de Wagner, compositeur qu’il adore tout en prenant distance avec sa conception messianique de la musique.
Le docu souligne combien Strauss fut au dĂ©but du siĂšcle, le tenant de la modernitĂ© lyrique, auteur d’une musique furieuse, spectaculaire et raffinĂ©e Ă  la fois, faisant de Dresde, ce lieu d’expĂ©rimentation, vĂ©ritable laboratoire des avancĂ©es et renouvellements lyriques avec Elektra et Salomé  Dommage que les grandes oeuvres orchestrales ne sont pas Ă©voquĂ©es ni mĂȘme citĂ©es : La Femme sans ombre, HĂ©lĂšne Ă©gyptienne, puis les opĂ©ras crĂ©pusculaires et nostalgiques Capriccio, DaphnĂ© ou l’Amour de Danaé 

strauss mosaique richard straussUn gĂ©nie empĂȘtrĂ© dans la honte
 Le chapitre que l’on attend concerne la collusion honteuse de Strauss avec le rĂ©gime nazi : une complaisance qui dure 12 annĂ©es et qui n’est pas Ă  son honneur ni Ă  son avantage. Aux jeux Olympiques de Berlin en 1936, Strauss, prĂ©sident de la chambre de musique du Reich compose l’hymne olympique, il est le compositeur le plus cĂ©lĂšbre en Allemagne depuis les annĂ©es 1920
 Hitler et Gobbels utilisent et instrumentalisent Ă  des fins de propagande sa cĂ©lĂ©britĂ© honorable, d’autant que l’humanisme lettrĂ© et classique de Strauss n’a jamais Ă©tĂ© militant ni engagĂ©. Son Ă©ducation le conduit Ă  se soumettre et servir le pouvoir : comme il l’a fait auprĂšs de l’Empereur François Joseph, puis Guillaume II, enfin Hitler. Cet aveuglement reste dĂ©concertant, d’autant que dans lettres et conversations rapportĂ©es, Strauss exprime clairement sa distance d’un rĂ©gime dont il annonce trĂšs vite la fin attendue. En 1944, il fait une visite au camp de musiciens de Theresienstadt pour y faire libĂ©rer la grand mĂšre de sa belle fille : Strauss avait la naĂŻvetĂ© de croire que son crĂ©dit et son statut suffiraient Ă  obtenir cette libĂ©ration sans la rĂ©sistance des tortionnaires
 Evidemment, personne n’est libĂ©rĂ©. VoilĂ  qui en dit long sur cet aveuglement de la honte. En 1949, le chef hongrois juif Solti soutient sa totale dĂ©nazification et l’accueille triomphalement dan la ville de ses anciens succĂšs : Dresde. Tout un symbole. Avec les Quatre derniers lieder (qui sont en vĂ©ritĂ© 5 Ă  prĂ©sent), – hymne flamboyant et mĂ©lancolique, Strauss semble faire amande honorable, prier pour son rachat et en mĂȘme temps exprimer un adieu qui est renoncement au monde.
Le témoignages des artistes : Thomas Hampson (qui chante Mandryka dans Arabella à Salzbourg 2014 aux cÎtés de René Fleming), la mezzo Brigitte Fassbaender (interprÚte légendaire de Octavian
 qui témoigne son harcÚlement des fans que sa prise de rÎle à suscité à Munich en 1979), le chef Christian Thielemann 


Soirée Richard Strauss sur Arte

premiĂšre partie de programme

arte_logo_2013Concert Ă  Dresde pour les 150 ans : Christian Thielemann dirige au Semperoper de Dresde, la Staatskapelle de Dresde dans un cycle comprenant des extraits symphoniques et lyriques : Elektra, Le Chevalier Ă  la rose, Feuersnot et surtout perles orchestrales nĂ©obaroques : l’ouverture de HĂ©lĂšne l’Égyptienne et en particulier le final de DaphnĂ© qui narre musicalement la mĂ©tamorphose de la nymphe aimĂ©e d’Apollon en laurier, selon la lĂ©gende fĂ©erique et fantastique lĂ©guĂ©e par Ovide entre autres.

seconde partie de programme

arte_logo_2013La Femme sans ombre de Richard StraussDocumentaire de Reinhold Jaretszky : portrait de Richard Strauss en” gĂ©nie controversĂ©”. Bilan sur sa carriĂšre pendant le rĂ©gime hitlĂ©rien : Strauss compositeur germanique vivant incontournable ne fut-il qu’instrumentalisĂ© par les nazis ou chercha-t-il sciemment Ă  pactiser avec le diable pour recueillir privilĂšges et statuts officiels? Sa complicitĂ© avĂ©rĂ©e alors avec le chef Clemens Krauss lui aussi complaisant vis Ă  vis du rĂ©gime hitlĂ©rien ajoute au trouble… NommĂ© prĂ©sident de la Chambre de musique du Reich dĂšs 1933, adoubĂ© par Hitler, auteur d’hymnes de pure obĂ©issance (comme celui pour les Jeux Olympiques de 1936), Strauss mĂȘme s’il dĂ©missionna de sa charge prĂ©sidentielle, prit parti pour son librettiste juif, Zweig, au moment de la crĂ©ation de La Femme silencieuse en 1935 (sous la direction de Karl Böhm)… Le documentaire offre un large spectre d’analyse, soulignant combien le gĂ©nie de l’artiste fut grand, mais plus douteuses ses errances politiques et culturelles… A chacun de se faire son propre jugement. L’immense stature du compositeur dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš s’affirme elle de façon indiscutable.

 

Arte. Mercredi 11 juin 2014,20h50. Soirée Richard Strauss : concert et docu.

DVD. Richard Strauss : Elektra (Meier, Salonen, Chéreau, 2013)

ELEKTRA chereau straussDVD. Richard Strauss : Elektra (ChĂ©reau, 2013). La production aixoise de 2013 s’impose Ă  nous aprĂšs le dĂ©cĂšs de Patrice ChĂ©reau : le document Ă©ditĂ© aujourd’hui en dvd prend valeur de testament artistique d’un metteur en scĂšne qui avant cette Elektra lĂ©gendaire avait de la mĂȘme façon rĂ©volutionnĂ© en 1976 avec Boulez, la perception du Ring de Wagner Ă  Bayreuth (de surcroĂźt pour le centenaire du festival lyrique wagnĂ©rien). On retrouve ici le rĂ©alisateur StĂ©phane Metge qui avait dĂ©jĂ  rĂ©ussit la captation du sublime et noir opĂ©ra de Janacek : De la maison des morts, autre accomplissement de ChĂ©reau Ă  Aix.
ChĂ©reau s’immerge dans la psychĂ© des ĂȘtres, aucun n’est vraiment coupable ou littĂ©ralement conformes Ă  ce que l’on attend de lui, ni totalement blanc ni fatalement noir : l’homme de thĂ©Ăątre bannit les frontiĂšres habituelles, gomme les manichĂ©ismes caricaturaux, façonnant de Clytemnestre, le visage d’une mĂšre faible, dĂ©truite elle aussi par le poids du crime qu’elle a commanditĂ© (Waltraud Meier articulĂ©e, thĂ©Ăątrale, diseuse lĂ©gendaire qui avait dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle chez Nikolaus Lehnoff Ă  Salzbourg en 2010) ; sa fille, corps suant, souffrant, sensuel : Evelyn Herlitzius incarne idĂ©alement ce thĂ©Ăątre lyrique physique avant d’ĂȘtre vocal, dramatique avent d’ĂȘtre lyrique qui est la marque mĂȘme de ChĂ©reau Ă  l’opĂ©ra. A elles deux, le spectacle vaut bien des palmes. Moins Ă©vidente la ChrysothĂ©mis d’Adrianne Pieczonka qui reste Ă©paisse et moins soucieuse du verbe que ses partenaires. Les hommes sont eux aussi accablĂ©s, victimes, noirs.

chereau aix elektra meierL’espace scĂ©nique et ses dĂ©cors (monumentaux/intimes) reste Ă©touffant et ne laisse aucune issue Ă  ce drame tragique de famille. Chacun des protagonistes, chacun des figurants exprime idĂ©alement cette fragilitĂ© inquiĂšte, ce dĂ©sĂ©quilibre inhĂ©rent Ă  tout ĂȘtre humain. Le doute, l’effroi, la panique intĂ©rieure font partie des cartes habituelles de ChĂ©reau (une marque qu’il partage avec les rĂ©alisations de la chorĂ©graphes Pina Bausch) : l’homme de thĂ©Ăątre aura tout apportĂ© pour la vĂ©ritĂ© de l’opĂ©ra, ciselant le moindre dĂ©tail du jeu de chaque acteur. Dans la fosse, disposant d’un orchestre qui n’est pas le mieux chantant, Salonen sculpte la matiĂšre musicale avec une Ă©pure tranchante, un sens souvent jubilatoire de l’acuitĂ© expressionniste. Volcan qui Ă©ructe ou dragon qui souffle et respire avant l’attaque et le brasier, l’orchestre se met au diapason de cette vision scĂ©nographie Ă  jamais historique. On regrette d’autant plus ChĂ©reau Ă  l’opĂ©ra qu’aucun jeune scĂ©nographe aprĂšs lui, parmi les nouveaux noms, ne semblent partager un tel sens fulgurant, incandescent du thĂ©Ăątre. DVD Ă©vĂ©nement, forcĂ©ment CLIC de classiquenews.com.

CLIC D'OR macaron 200Richard Strauss : Elektra, opĂ©ra en un acte. ‹Livret d’Hugo von Hofmannsthal d’aprĂšs Electre de Sophocle
Elektra : Evelyn Herlitzius‹KlytĂ€mnestra : Waltraud Meier‹Chrysothemis : Adrianne Pieczonka‹Orest : Mikhail Petrenko
Orchestre de Paris‹Direction musicale : Esa-Pekka Salonen
Mise en scÚne : Patrice Chéreau

Réalisation: Stéphane Metge
Bonus: Interview de Patrice Chéreau
DurĂ©e: 1h50 min + 23 min (docu, entretiens) – Image: Couleur, 16/9, NTSC. Audio: PCM Stereo, Dolby Digital 5.1
Sous-titres: FR / ANGL / ALL / ITAL / ESP
Zones: Toutes zones – 1 disque(s) – Date de sortie: 20-05-2014

L’incandescente Elektra de ChĂ©reau sur Arte

TĂ©lĂ©,  Arte. Strauss : Elektra par ChĂ©reau. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. Dans une arĂšne dĂ©pouillĂ©e qui laisse tout voir du mouvement des figures sur la scĂšne, l’action tragique aux accents expressionnistes hystĂ©riques se dĂ©voile retrouvant la noblesse Ă©purĂ©e et la grandeur austĂšre des drames d’Eschyle et de Sophocle. Patrice ChĂ©reau nous laisse une vision personnelle et trĂšs engagĂ©e de la mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra. Il reste l’un des plus rĂ©cents rĂ©formateurs du thĂ©Ăątre lyrique. Dans cette production du troisiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss (et son premier ouvrage avec l’immense poĂšte Hugo van Hofmannsthal), ChĂ©reau travaille le corps de ses interprĂštes comme s’il s’agissait d’une facette de l’ñme. Sans a priori le metteur en scĂšne redĂ©finit les enjeux psychologiques de chacun des protagonistes, en fouillant en particulier le livret parvenu, en interrogeant chaque mot du texte d’Hofmannsthal.

 

 

 Télé, Arte. La fulgurante ELEKTRA de Patrice Chéreau

 

 

Patrice ChĂ©reau laisse avec Elektra (crĂ©Ă© en 1909),  son ultime scĂ©nographie Ă  l’opĂ©ra,  l’une de ses rĂ©alisations les plus abouties.  Fille tiraillĂ©e entre le dĂ©sir de vengeance de celui qui lui a donnĂ© l’amour -son pĂšre Agamemnon-, et la volontĂ© de tuer celle qui ne lui a rien donnĂ©,  sa mĂšre Clytemnestre (qui a tuĂ© le pĂšre), la pauvre fille crie son impuissante volontĂ©, elle hurle sa douleur solitaire (car sa sƓur ChrysostĂ©mis elle veut tourner la page et vivre), c’est d’abord une victime blessĂ©e,  une ombre errante en quĂȘte d’identitĂ©;  en s’appuyant sur les intentions de Strauss et de son librettiste, ChĂ©reau brosse un nouveau portrait d’Elektra en Ă©clairant sa relation avec la mĂšre
 InterprĂšte familiĂšre et qui connaĂźt idĂ©alement le rĂŽle de Clytemnestre, la mezzo incandescente Waltraud Meier rĂ©pond magnifiquement au travail de ChĂ©reau. .. c’est aussi aux cĂŽtĂ©s de la fille,  la figure ambiguĂ« et bouleversante de la mĂšre qui frappe immĂ©diatement.
CrĂ©Ă©e Ă  l’étĂ© 2013 (festival d’Aix en Provence juillet 2013), la production d’Elektra que diffuse Arte montre combien Chereau dĂ©cĂ©dĂ© en octobre 2013, plaçait l’humain au centre de son travail avec un sens de l’économie et du rythme sans Ă©quivalent (sauf peut ĂȘtre Pina Baush, celle du Sacre du printemps
.). MĂȘme ivresse fulgurante, mĂȘme fascination pour le chant du corps embrasĂ© dont la danse/transe relaie la vocalitĂ© de la musique quand cette derniĂšre ne suffit plus. Production Ă©vĂ©nement d’autant plus opportune pour l’annĂ©e 2014 du 150 Ăšme anniversaire de Strass et aussi comme hommage Ă  l’apport de Patrice Chereau Ă  la scĂšne lyrique. En lire +, lire notre critique du spectacle Elektra de Strauss par ChĂ©reau (Aix 2013)

 

Télé,  Arte. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. 

 

 

L’incandescente Elektra de ChĂ©reau sur Arte

TĂ©lĂ©,  Arte. Strauss : Elektra par ChĂ©reau. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. Dans une arĂšne dĂ©pouillĂ©e qui laisse tout voir du mouvement des figures sur la scĂšne, l’action tragique aux accents expressionnistes hystĂ©riques se dĂ©voile retrouvant la noblesse Ă©purĂ©e et la grandeur austĂšre des drames d’Eschyle et de Sophocle. Patrice ChĂ©reau nous laisse une vision personnelle et trĂšs engagĂ©e de la mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra. Il reste l’un des plus rĂ©cents rĂ©formateurs du thĂ©Ăątre lyrique. Dans cette production du troisiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss (et son premier ouvrage avec l’immense poĂšte Hugo van Hofmannsthal), ChĂ©reau travaille le corps de ses interprĂštes comme s’il s’agissait d’une facette de l’ñme. Sans a priori le metteur en scĂšne redĂ©finit les enjeux psychologiques de chacun des protagonistes, en fouillant en particulier le livret parvenu, en interrogeant chaque mot du texte d’Hofmannsthal.

 

 

 Télé, Arte. La fulgurante ELEKTRA de Patrice Chéreau

 

 

Patrice ChĂ©reau laisse avec Elektra (crĂ©Ă© en 1909),  son ultime scĂ©nographie Ă  l’opĂ©ra,  l’une de ses rĂ©alisations les plus abouties.  Fille tiraillĂ©e entre le dĂ©sir de vengeance de celui qui lui a donnĂ© l’amour -son pĂšre Agamemnon-, et la volontĂ© de tuer celle qui ne lui a rien donnĂ©,  sa mĂšre Clytemnestre (qui a tuĂ© le pĂšre), la pauvre fille crie son impuissante volontĂ©, elle hurle sa douleur solitaire (car sa sƓur ChrysostĂ©mis elle veut tourner la page et vivre), c’est d’abord une victime blessĂ©e,  une ombre errante en quĂȘte d’identitĂ©;  en s’appuyant sur les intentions de Strauss et de son librettiste, ChĂ©reau brosse un nouveau portrait d’Elektra en Ă©clairant sa relation avec la mĂšre
 InterprĂšte familiĂšre et qui connaĂźt idĂ©alement le rĂŽle de Clytemnestre, la mezzo incandescente Waltraud Meier rĂ©pond magnifiquement au travail de ChĂ©reau. .. c’est aussi aux cĂŽtĂ©s de la fille,  la figure ambiguĂ« et bouleversante de la mĂšre qui frappe immĂ©diatement.
CrĂ©Ă©e Ă  l’étĂ© 2013 (festival d’Aix en Provence juillet 2013), la production d’Elektra que diffuse Arte montre combien Chereau dĂ©cĂ©dĂ© en octobre 2013, plaçait l’humain au centre de son travail avec un sens de l’économie et du rythme sans Ă©quivalent (sauf peut ĂȘtre Pina Baush, celle du Sacre du printemps
.). MĂȘme ivresse fulgurante, mĂȘme fascination pour le chant du corps embrasĂ© dont la danse/transe relaie la vocalitĂ© de la musique quand cette derniĂšre ne suffit plus. Production Ă©vĂ©nement d’autant plus opportune pour l’annĂ©e 2014 du 150 Ăšme anniversaire de Strass et aussi comme hommage Ă  l’apport de Patrice Chereau Ă  la scĂšne lyrique. En lire +, lire notre critique du spectacle Elektra de Strauss par ChĂ©reau (Aix 2013)

 

Télé,  Arte. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. 

 

 

Strauss : l’Elektra de Patrice ChĂ©reau (Aix 2013)

TĂ©lĂ©,  Arte. Strauss : Elektra par ChĂ©reau. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. Patrice ChĂ©reau nous laisse une vision personnelle et trĂšs engagĂ©e de la mise en scĂšne Ă  l’opĂ©ra. Il reste l’un des plus rĂ©cents rĂ©formateurs du thĂ©Ăątre lyrique. Dans cette production du troisiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss (et son premier ouvrage avec l’immense poĂšte Hugo van Hofmannsthal), ChĂ©reau travaille le corps de ses interprĂštes comme s’il s’agissait d’une facette de l’Ăąme.  Dans une arĂšne dĂ©pouillĂ©e qui laisse tout voir du mouvement des figures sur la scĂšne, l’action tragique aux accents expressionnistes hystĂ©riques se dĂ©voile retrouvant la noblesse Ă©purĂ©e et la grandeur austĂšre des drames d’Eschyle et de Sophocle. Sans Ă  priori le metteur en scĂšne redĂ©finit les enjeux psychologiques de chacun des protagonistes, en fouillant en particulier le livret parvenu, en interrogeant chaque mot du texte d’Hofmannsthal.

 

elektra,M116011Patrice ChĂ©reau laisse avec Elektra (crĂ©Ă© en 1909),  son ultime scĂ©nographie Ă  l’opĂ©ra,  l’une de ses rĂ©alisations les plus abouties.  Fille tiraillĂ©e entre le dĂ©sir de vengeance de celui qui lui a donnĂ© l’amour -son pĂšre Agamemnon-, et la volontĂ© de tuer celle qui ne lui a rien donnĂ©,  sa mĂšre Clytemnestre (qui a tuĂ© le pĂšre), la pauvre fille crie son impuissante volontĂ©, elle hurle sa douleur solitaire (car sa sƓur ChrysostĂ©mis elle veut tourner la page et vivre), c’est d’abord une victime blessĂ©e,  une ombre errante en quĂȘte d’identitĂ©;  en s’appuyant sur les intentions de Strauss et de son librettiste, ChĂ©reau brosse un nouveau portrait d’Elektra en Ă©clairant sa relation avec la mĂšre… InterprĂšte familiĂšre et qui connaĂźt idĂ©alement le rĂŽle de Clytemnestre, la mezzo incandescente Waltraud Meier rĂ©pond magnifiquement au travail de ChĂ©reau. .. c’est aussi aux cĂŽtĂ©s de la fille,  la figure ambiguĂ« et bouleversante de la mĂšre qui frappe immĂ©diatement.
CrĂ©Ă©e Ă  l’Ă©tĂ© 2013 (festival d’Aix en Provence juillet 2013), la production d’Elektra que diffuse Arte montre combien Chereau dĂ©cĂ©dĂ© en octobre 2013, plaçait l’humain au centre de son travail avec un sens de l’Ă©conomie et du rythme sans Ă©quivalent (sauf peut ĂȘtre Pina Baush, celle du Sacre du printemps….). MĂȘme ivresse fulgurante, mĂȘme fascination pour le chant du corps embrasĂ© dont la danse/transe relaie la vocalitĂ© de la musique quand cette derniĂšre ne suffit plus. Production Ă©vĂ©nement d’autant plus opportune pour l’annĂ©e 2014 du 150 Ăšme anniversaire de Strass et aussi comme hommage Ă  l’apport de Patrice Chereau Ă  la scĂšne lyrique.

Télé,  Arte. Dimanche 16 mars 2014, 23h25. 

Avec Clytemnestre (Waltraud Meier), ChrysotĂ©mis (Adrianne Pieczonka), Elektra (Evelyn Herlitzius)… Mise en scĂšne : Patrice ChĂ©reau. Orchestre de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction. EnregistrĂ© en juillet 2013 au festival d’Aix en Provence.

elektra_strauss_hofmannsthal_chereau_aix_2014

  

Ce que nous en pensons …..On sait en voyant un spectacle de ChĂ©reau combien le corps, les gestes millimĂ©trĂ©s, le jeu des mouvements et des regards et la face expressive des chanteurs acteurs seront mis en avant. De fait, cette Elektra aixoise n’échappe Ă  cette rĂšgle. L’homme de thĂ©Ăątre fait de chaque opĂ©ra investi et questionnĂ©s selon sa grille, d’abord une performance thĂ©Ăątrale et
 physique.

Au dĂ©but, ces laveuses, balais et seaux d’eau (pour enlever les traces des crimes ensanglantĂ©s qui y ont Ă©tĂ© commis?), le dialogue hystĂ©rique et exclusivement fĂ©minin entre les partisanes de la princesse Elektra et ses dĂ©nonciatrices
 installent un climat d’abattoir, de terreur, de conspiration Ă  la fois malsaine et animale. Le choix de la grande niche monumentale – vide et nĂ©ant en miroir de la solitude de la princesse -, mais aussi ombre mouvante avec le soleil qui se dĂ©place comme sur un cadran solaire est magnifique dans son Ă©pure austĂšre et antique. Il rappelle aussi que tout se passe ici en une journĂ©e.

C’est d’ailleurs le seul insigne de l’AntiquitĂ© grecque ici abordĂ©e par Strauss et son librettiste Hofmannsthal. C’est peu dire que le travail du scĂ©nographe s’est concentrĂ© surtout sur la relation entre Elektra et sa mĂšre Clytemnestre : une mĂšre dĂ©truite elle aussi, dĂ©vorĂ©e par ses rĂȘves de terreur et ses nuits sans sommeil. ApeurĂ©e, inquiĂšte, mais aussi hallucinĂ©e par la nĂ©cessitĂ© d’un nouveau sacrifice, Waltraud Meier fait une performance saisissante. Plus encore captivante, Elektra elle-mĂȘme dont ChĂ©reau transmet au delĂ  des cris et des hurlements fĂ©lins, la blessure secrĂšte d’une Ăąme jeune sevrĂ©e trop tĂŽt, en manque d’amour et de tendresse, endeuillĂ©e par la mort de son pĂšre assassinĂ© qui lui avait tout donné  bouleversante humanitĂ©.

Lire aussi notre dossier sur le personnage d’Elektra, figure fĂ©minine fascinante de l’opĂ©ra de Richard Strauss, aux cĂŽtĂ©s de SalomĂ©, DaphnĂ©, HĂ©lĂšne …

Illustration : P.Victor Artcomart 2014

 

Compte-rendu : Aix-en-Provence. Grand ThĂ©Ăątre de Provence, le 10 juillet 2013. Strauss, Elektra. Evelyn Herlitzius, Waltraud Meier, Adrianne Pieczonka… Orchestre de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction. Patrice ChĂ©reau, mise en scĂšne.

Elektra Aix ChĂ©reauC’Ă©tait le grand Ă©vĂ©nement de cette saison 2013 du festival d’Aix-en-Provence (derniĂšre reprĂ©sentation le 13 juillet dernier).
Une superproduction (en partenariat avec la Scala, le Met, le Liceu, les opĂ©ras de Berlin et Helsinki) dont laffiche faisait dĂ©jĂ  saliver. Le rĂ©sultat s’est rĂ©vĂ©lĂ© encore supĂ©rieur aux attentes, extraordinaire Ă  tous points de vue et bouleversant de la premiĂšre Ă  la derniĂšre seconde.

 

 

Intelligence et profondeur

 

Tout dans la mise en scĂšne de Patrice ChĂ©reau, depuis la scĂ©nographie jusqu’Ă  la direction d’acteurs, met en valeur le drame implacable qui se dĂ©roule sous nos yeux. Il offre une lecture plus psychologique qu’ « expressionniste », sans diminuer la force du drame, et surtout avec une lintelligence et la sensibilitĂ© qui ont fait sa renommĂ©e. Si le dĂ©cor aux tons gris reste fidĂšle aux descriptions d’une cour intĂ©rieure de palais grec, le fond de la scĂšne est entiĂšrement occupĂ© par une alcĂŽve vide que l’on imagine accueillant autrefois une statue du roi Agamemnon. Cette absence devient aussi omniprĂ©sente pour le public que pour Elektra, qui vit recluse comme une mendiante en attendant que son pĂšre soit vengĂ©.

La chanteuse Evelyn Herlitzius se fond Ă  merveille dans ce rĂŽle de femme blessĂ©e, sans jamais verser dans l’hystĂ©rie caricaturale. Elle possĂšde une rare palette d’expressions qui la rend beaucoup plus cohĂ©rente et fouillĂ©e.
D’un strict point de vue vocal, le timbre n’est pas trĂšs joli, le vibrato envahissant et les attaques parfois fausses. Mais peut-ĂȘtre est-ce le prix Ă  payer pour offrir au public un tel impact en salle et une telle expressivitĂ©. Seule une voix aussi large peut passer l’immense orchestre straussien avec aisance, profitant dune projection proprement hallucinante. Sans doute les retransmissions gommeront-elles cette dimension spectaculaire pour faire ressortir les dĂ©fauts techniques.

L’art de l’Ă©quivoque

La grande inventivitĂ© de cette production est Ă©galement la lecture donnĂ©e par ChĂ©reau du personnage de KlytĂ€mnestra et de sa relation avec sa fille. Traditionnellement, la reine rĂ©gicide Ă  MycĂšnes est interprĂ©tĂ©e de maniĂšre outranciĂšre, si ce n’est expressionniste, se rĂ©fugiant dans une vaine cruautĂ© pour expier son crime. Ici, le metteur en scĂšne exploite l’ambiguĂŻtĂ© de leurs rapports, oscillant entre l’aversion et une complicitĂ© presque tendre : ainsi Elektra enlace affectueusement sa mĂšre avant de l’inviter Ă  se trancher la gorge. Waltraud Meier, une grande habituĂ©e du rĂŽle, achĂšve par ses talents d’actrice de rendre le personnage plus humain et plus sensible, si bien que lon se prend pour elle dune Ă©trange empathie.

Elektra entretient Ă©galement une relation trĂšs ambiguĂ« avec avec sa soeur Chrysothemis, Ă  qui Adrianne Pieczonka prĂȘte sa voix ample et fruitĂ©e. Si son interprĂ©tation est plus discrĂšte, la mise en scĂšne exploite de façon intĂ©ressante le trouble incestueux qui saisit les deux soeurs, notamment dans leur second duo. Mikhail Petrenko incarne avec sa voix sombre et sa haute stature un bel Oreste, mais scĂ©niquement presque maladroit.

Une performance unique

Chez Strauss, le personnage principal est souvent dĂ©tenu par l’orchestre. Esa Pekka-Salonen, Ă  la tĂȘte de lOrchestre de Paris, tient la gageure. Rarement l’on aura entendu la partition servie aussi admirablement : Ă  l’art de la prĂ©cision et des dĂ©tails orchestraux s’ajoute une gestion magistrale du flux orchestral. Les crescendos sont gĂ©rĂ©s Ă  la perfection, et finissent par Ă©clater avec une force implacable qui vous laisse rivĂ© Ă  votre siĂšge. L’Orchestre de Paris, gĂ©nĂ©ralement quelque peu routinier, s’enflamme Ă  Aix sous la baguette du chef finlandais et dĂ©borde littĂ©ralement d’Ă©nergie, transfigurĂ©.
Au-delĂ  de l’incroyable degrĂ© technique, de la qualitĂ© de chacun des Ă©lĂ©ments qui composent ce spectacle, – chanteurs, orchestre, mise en scĂšne -, la vĂ©ritable et rare cohĂ©rence de l’ensemble est Ă  saluer. Une performance qui fera date, Ă  n’en pas douter.

Aix-en-Provence. Grand Théùtre de Provence, le 10 juillet 2013. Richard Strauss, Elektra. Tragédie en un acte dHugo von Hofmannsthal, créée à Dresde en 1909. Avec : Evelyn Herlitzius, Elektra ; Waltraud Meier, KlytÀmnestra ; Adrianne Pieczonka, Chrysothemis ; Mikhail Petrenko, Orest ; Tom Randle, Aegisth. Coro Gulbenkian ; Orchestre de Paris. Esa-Pekka Salonen, direction. Patrice Chéreau, mise en scÚne.

Elektra de Richard Strauss

elektra_opera_bastille_2013Paris, OpĂ©ra Bastille, jusqu’au 1er dĂ©cembre 2013. Strauss : Elektra   …   La piĂšce de Wilde, Elektra cimente l’une des collaborations les plus fructueuses Ă  l’opĂ©ra, aprĂšs celle de Mozart et Da Ponte ou avant eux, Monteverdu et Busenello, Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal : ils se rencontrent pour produire d’aprĂšs la piĂšce de thĂ©Ăątre de Oscar Wilde, un opĂ©ra efficace, fulgurant, sauvage, dĂšs 1906.
Orchestre gigantesque, voix poussĂ©es dans leurs derniers retranchements, le post-wagnĂ©risme flambe une derniĂšre fois dans cette tragĂ©die en un acte d’une violence et d’une noirceur inouĂŻes. Dans Elektra, les forces de la psychĂ© sont Ă  l’oeuvre : comment une fille peut-elle rompre le lien Ă  la mĂšre ? C’est Ă  dire achever de rĂ©aliser sa vengeance sur celle qui a fait assassiner son pĂšre pour en Ă©pouser un autre… Ivre d’impuissance, Ă©prouvant Ă  son comble le sentiment de l’injustice, l’hystĂ©rique ne parvient pas Ă  surmonter l’horreur d’un drame familial. Et tout est lĂ , dans les rugissements fauves d’un orchestre apocalyptique qui pourtant expriment l’insoutenable folie d’une seule Ăąme Ă©prouvĂ©e. Un orchestre ocĂ©an, miroir d’une solitude apeurĂ©e… Avec Elektra, Richard Strauss dĂ©montre qu’il est dĂ©sormais possible de composer un opĂ©ra aprĂšs Wagner.

Richard Strauss (1864-1949)
Elektra, 1909
LIVRET DE HUGO VON HOFMANNSTHAL
TRAGÉDIE EN UN ACTE, OP. 58 (1909)

Robert Carsen, mise en scĂšne

Paris, Opéra Bastille, du 27 octobre au 1er décembre 2013.

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Elektra de Richard Strauss

elektra_opera_bastille_2013Elekra de Strauss … Paris, OpĂ©ra Bastille, jusqu’au 1er dĂ©cembre 2013  …   La piĂšce de Wilde, Elektra cimente l’une des collaborations les plus fructueuses Ă  l’opĂ©ra, aprĂšs celle de Mozart et Da Ponte ou avant eux, Monteverdu et Busenello, Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal : ils se rencontrent pour produire d’aprĂšs la piĂšce de thĂ©Ăątre de Oscar Wilde, un opĂ©ra efficace, fulgurant, sauvage, dĂšs 1906.
Orchestre gigantesque, voix poussĂ©es dans leurs derniers retranchements, le post-wagnĂ©risme flambe une derniĂšre fois dans cette tragĂ©die en un acte d’une violence et d’une noirceur inouĂŻes. Dans Elektra, les forces de la psychĂ© sont Ă  l’oeuvre : comment une fille peut-elle rompre le lien Ă  la mĂšre ? C’est Ă  dire achever de rĂ©aliser sa vengeance sur celle qui a fait assassiner son pĂšre pour en Ă©pouser un autre… Ivre d’impuissance, Ă©prouvant Ă  son comble le sentiment de l’injustice, l’hystĂ©rique ne parvient pas Ă  surmonter l’horreur d’un drame familial. Et tout est lĂ , dans les rugissements fauves d’un orchestre apocalyptique qui pourtant expriment l’insoutenable folie d’une seule Ăąme Ă©prouvĂ©e. Un orchestre ocĂ©an, miroir d’une solitude apeurĂ©e… Avec Elektra, Richard Strauss dĂ©montre qu’il est dĂ©sormais possible de composer un opĂ©ra aprĂšs Wagner.

Richard Strauss (1864-1949)
Elektra, 1909
LIVRET DE HUGO VON HOFMANNSTHAL
TRAGÉDIE EN UN ACTE, OP. 58 (1909)

Robert Carsen, mise en scĂšne

Paris, Opéra Bastille, du 27 octobre au 1er décembre 2013.

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