COMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH

classica-festival-canada-logo-vignette-classiquenews-annonce-concerts-festivals-operaCOMPTE-RENDU, critique, concert. QUÉBEC, Festival CLASSICA 2019. Saint-Benoit de Mirabel, le 6 juin 2019. “Les chants du crĂ©puscule” : StĂ©phane TĂ©treault, Kateryna Bragina, violoncelles. Duos de JACQUES OFFENBACH. C’est un visage mĂ©connu d’Offenbach que nous dĂ©voile ce soir le violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault, partenaire familier du Festival CLASSICA… Marc Boucher, directeur de CLASSICA, a le souci du compagnonnage et le respect sacrĂ© des itinĂ©raires artistiques ; qu’il s’agisse de prise de risques, de dĂ©frichement, d’évolution notoire : en tĂ©moigne l’accomplissement auquel nous assistons ce soir, celui du violoncelliste StĂ©phane TĂ©treault – trop peu connu en France hĂ©las, dont le tempĂ©rament sensible et expressif Ă©gale les plus grands noms du violoncelle. On savait le jeune interprète capable de fulgurances ; nous l’avions dĂ©couvert l’an dernier (CLASSICA 2018 dans plusieurs programmes : Tango, Mathieu et aussi Rolling Stones : transcriptions pour quatuor instrumental). Ici la diversitĂ© des formes et des rĂ©pertoires servis n’empĂŞchent pas la profondeur. C’est que l’artiste est prĂ©sent depuis ses dĂ©buts sur la scène de Classica : 9 annĂ©es d’un parcours sans fautes, qui affirme aujourd’hui une puissance Ă©motionnelle rare, irrĂ©sistible, originale. L’Ă©quivalent en France des gestes si percutants des Patrick Langot (dernier cd : Præludio), Christian-Pierre La Marca… sans omettre le jeune Edgar Moreau, lui aussi très inspirĂ© par Offenbach, ou de l’ambassadrice du Festival Menuhin Ă  GSTAAD, l’Ă©blouissante Sol Gabetta). Au QuĂ©bec, pour son festival CLASSICA, Marc Boucher a laissĂ© carte blanche ce soir au violoncelliste qui a choisi sa consĹ“ur ukrainienne Kateryna Bragina elle aussi violoncelliste, comme partenaire de ce fabuleux concert.

Bicentenaire OFFENBACH 2019Son mĂ©rite est de prĂ©senter en crĂ©ation un programme inĂ©dit, et de dĂ©voiler une facette mĂ©connue d’Offenbach : une dĂ©couverte mĂŞme pour beaucoup en cette annĂ©e du 200è anniversaire de la naissance de Jacques, lui aussi violoncelliste Ă  Paris, instrumentiste cachetoneur, dont la volontĂ© Ă  percer dans la Capitale française Ă©gale sa très grande culture lyrique : dans la fosse des théâtres parisiens, Jacques Offenbach apprend son mĂ©tier, se passionne pour le théâtre, suit l’actualitĂ© lyrique de la capitale… En dĂ©coulent ces pièces somptueuses que StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© (parmi un myriade difficile Ă  dĂ©partager) : Offenbach en verve et en imagination, se rĂ©alise dans moult partitions pour deux violoncelles, c’est le cĹ“ur de cette soirĂ©e, qui lève le voile ainsi sur un compositeur Ă  la verve et au dramatisme aussi flamboyant qu’Ă©blouissant : l’opĂ©ra italien (Rossini), la vocalitĂ  ardente sont ici sublimĂ©s par une Ă©criture qui sait aussi colorer et nuancer, Ă  l’aulne des opĂ©ras français et germaniques que Offenbach, violoncelliste virtuose, connaĂ®t comme sa poche.

Fidèle au titre du concert, « les chants du crĂ©puscule », StĂ©phane TĂ©treault a sĂ©lectionnĂ© des climats plus schubertiens que weberiens, autant de perles qui lui permettent de creuser la sincĂ©ritĂ© de son instrument. Jamais le violoncelle n’a semblĂ© au plus prĂŞt de sa nature spirituelle et intime. Le violoncelliste nous rĂ©serve un Offenbach non pas lĂ©ger et insouciant, mais plutĂ´t douĂ© d’une conscience grave voire tragique, sensible aux Ă©panchements solitaires, au renoncement murmurĂ©, au vertige de l’introspection parfois inquiĂ©tante… ; un poète des nuances miroitantes et lunaires surgit en place de l’amuseur des boulevards. En jouant trois Duos (n°1 et 3 opus 52 ; n°3 opus 53), la dĂ©couverte s’avère splendide tant l’écriture du compositeur sait ĂŞtre virtuose, profonde et introspective; lyrique jusqu’à l’ivresse. Evidemment, la sensibilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© de l’interprète permettent d’en recueillir la subtile vĂ©ritĂ© : autant de qualitĂ©s qui ressuscitent la quĂŞte d’Offenbach pour un chant franc et bouleversant, parfois dĂ©pouillĂ© et bouleversant. Celui des Contes d’Hoffmann, son grand Ĺ“uvre lyrique, fantastique et noir.

 

 

 

 

Pour CLASSICA 2019,
le violoncelliste Stéphane Tétreault rétablit
OFFENBACH, en poète crépusculaire…

 

 
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C’est bien toute la valeur de ce concert-primeur, que de s’intéresser au visage d’un Offenbach, proche des poètes saturniens et mélancoliques, volontiers introspectif, génie aussi des mélodies comme des variations et des surprises harmoniques. Stéphane Tétreault dévoile d’Offenbach, l’épaisseur insoupçonnée d’un romantique sombre et grave, mais capable aussi de finesse presqu’insouciante, totalement désarmante.

Le chant dont il est question, est celui des deux violoncelles, en fusion fluide et scintillante, en dialogue concertĂ©. StĂ©phane TĂ©treault s’il rĂ©alise souvent la partie mĂ©lodique, laisse parfois la première partie Ă  sa consĹ“ur qu’il connaĂ®t depuis plus d’une dĂ©cennie ; leur complicitĂ© et leur entente font miracle. Les timbres mĂŞlĂ©s Ă  la fois proches mais si distincts, n’en finissent pas de troubler comme s’il s’agissait du chant dĂ©doublĂ© d’un seul cĹ“ur. Le jeu les transporte aussi, en particulier dans les contrastes et les rĂ©ponses des variations du premier duo pour violoncelle (opus 52 n°3) jouĂ© en ouverture. L’Adagio, – lamento funèbre et mĂ©lancolique, est un volet central qui Ă©blouit par le chant somptueux et doloriste du violoncelle de StĂ©phane TĂ©treault dont on mesure l’infinie pudeur, le tact naturel, la souplesse articulĂ©e et accentuĂ©e, …cette Ă©lĂ©gance sombre qui saisit. Puis le galop du III (Mouvement de valse – Tempo di Marcia – Mouvement de valse) emporte et berce Ă  la fois, dans l’esprit de Johann Strauss ; Offenbach manie la finesse, l’élĂ©gance, la parodie avec un Ă©quilibre souverain. Le violoncelliste faisant chanter son violoncelle comme un acteur lyrique douĂ© d’une exceptionnelle articulation, comme s’il dĂ©fendait un texte.

On relève le même éclat mélancolique sous le masque de la virtuosité agile dans le Duo opus 53 n°1 ; l’Adagio là encore se distingue par sa solitude extrême qui tend au dénuement, à l’épure, au repli ultime. Autant d’éclairs profonds qu’Offenbach contrebalance par un jaillissement soudain d’un grande rêverie ou d’un allegro, pétillant (finale).

 

 

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Dans ce portrait d’Offenbach, en orfèvre de la matière mélancolique et lunaire, quelle belle idée d’inscrire ici, le chant crépusculaire et quasi hypnotique à deux voix, des Baroques français du début du XVIIIè ; d’abord François Couperin, souple et soyeux (Concert pour deux violoncelles, arrangement de Paul Bazelaire), d’une pudeur infinie (Chaconne) ; ensuite le moins connu encore, Jean-Baptiste Barrière (mort en 1747) à la verve opératique, quasi fantasque (Sonate pour deux violoncelles en sol majeur n°10), dramatiquement proche d’un … Rameau. C’est dire la qualité des choix défendus, et aussi la pertinence de la filiation d’Offenbach aux Baroques. La sensibilité particulière de Stéphane Tétreault, la complicité de sa consœur Kateryna Bragina font le miel de ce récital à deux voix qui vient fort opportunément renouveler notre perception d’Offenbach.

 

 

 

 

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PROCHAIN CONCERT…

classica-festival-quebec-2019-annonce-critique-presentation-sur-classiquenews-festival-CLASSICA-2019Voici Ă  coup sĂ»r, un autre concert majeur de CLASSICA 2019… Mardi 11 juin 2019,  les festivaliers retrouveront StĂ©phane TĂ©treault (Paroisse Our Lady of the Annonciation, MONT-ROYAL, 19h) dans un programme intitulĂ© « Les larmes de Jacqueline » (infos et rĂ©servation sur le site du Festival CLASSICA 2019) : Ĺ“uvres de Berlioz, Offenbach, Roussel, couplĂ© avec le Concerto pour piano n°2 du compositeur quĂ©bĂ©cois Jacques HĂ©tu (Jean-Philippe Sylvestre, piano). Avec l’Orchestre MĂ©tropolitain (Alain Trudel, direction). Billets, information : www.festivalclassica.com/programme ou au 450 912-0868.

Illustrations : © Étienne Boucher Cazabon / Festival CLASSICA 2019

 

 

  

 

 

DETAIL DU PROGRAMME :

 

 

Jacques Offenbach (1819 – 1880)

Duo pour deux violoncelles, opus 52, no 3

I. Tempo di marcia – 1ère variation – 2e variation
II. Adagio
III. Mouvement de Valse – Tempo di marcia – Mouvement de Valse

 

 

François Couperin (1668 – 1733)

Concert pour deux violoncelles

(arrangement par Paul Bazelaire)

I. PrĂ©lude – Vivement
II. Air – AgrĂ©ablement
III. Sarabande – Tendrement
IV. Chaconne – LĂ©gèrement
V. Le Je-Ne-Scay Quoy – GayĂ«ment

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 1

I. Allegro
II. Adagio
III. Rondo – Allegro

 

 

Jacques Offenbach

Duo pour deux violoncelles, opus 53, no 3

I. Allegro Moderato
II. Andante
III. Allegro

 

 

Jean-Baptiste Barrière (1707 – 1747)

Sonate pour deux violoncelles en sol majeur, no 10

I. Andante
II. Adagio
III. Allegro prestissimo