REPORTAGE VIDEO : Création mondiale de Maria Republica de François Paris (volet 2/2)

maria-republica-photo-2-582-390-homepage-annonce-teaser-classiquenewsGrand reportage vidĂ©o. CrĂ©ation mondiale de Maria Republica, Partie 2/2 : le spectacle en crĂ©ation… Thèmes, sujets, rĂ©alisation scĂ©nographique, personnages, l’Ă©criture musicale, … A quoi ressemble et quels sont les points de force du premier opĂ©ra de François Paris, MARIA REPUBLICA crĂ©Ă© le 19 avril 2016 Ă  Nantes, Théâtre Graslin. Entretien avec François Paris (compositeur), Gilles Rico (Metteur en scène), Jean-Claude Fall (auteur du livret)… Reportage vidĂ©o exclusif © classiquenews.com 2016 — rĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

VOIR aussi le teaser vidéo de Maria Republica, création mondiale présentée par Angers Nantes Opéra

PARIS-francois-opera-maria-republica-angers-nantes-opera-avril-2016-2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquo-CARRE-vignette-300-300Le premier opéra de François Paris est un événement lyrique, la production en création mondiale à ne pas manquer. Inspiré du roman de Agustín Gómez-Arcos, l’opéra affirme une fulgurance dramatique, électrique, hypnotique qui en s’appuyant sur le livret de Jean-Claude Fall exprime le combat d’une femme violée, torturée, détruite sur l’autel du fascisme et que l’Eglise complice de la terreur, entend « régénérée » en l’accueillant en son sein. Le miracle de la partition vient du raffinement de l’écriture (4 tempéraments, microtonalités d’une précision inouïe, vrais défis pour les musiciens interprètes, chef, instrumentistes, chanteurs…).

Commande d’Angers Nantes Opéra, souhaitée et accompagnée par Jean-Paul Davois, directeur de la Maison lyrique, la partition saisit littéralement par la justesse de ses accents, la violence et la force de son déroulement dramatique auquel la (première) mise en scène de Gilles Rico apporte onirisme, intensité, expressivité, profonde cohérence. Durant 2 heures, l’action va jusqu’à son inéluctable dénouement : des flammes inquiétantes, insidieuses… éclats / éclairs de tension progressive … jusqu’au feu final, salvateur, libératoire. Maria Republica est une rebelle insoumise que le choix de sa mort rend sublime ; sa lutte pour la fraternité et l’humanité, contre tous les racismes et les extrêmismes gagne une hauteur universelle. L’opéra Maria Republica est un chef d’oeuvre absolu qui place l’opéra tel un écrin critique à l’esthétisme stupéfiant.  Opéra en création à Nantes, Théâtre Graslin, pour 5 dates événements : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Production coup de coeur de CLASSIQUENEWS, élue « CLIC de CLASSIQUENEWS » d’avril 2016. REPORTAGE OPERA by CLASSIQUENEWS © studio CLASSIQUENEWS — Réalisation : Philippe-Alexandre Pham, avril 2016

 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes OpĂ©ra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagĂ©, fort, critique… Le spectacle est l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est Ă  Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

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Illustrations : Maria et ses visions © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

LIRE notre prĂ©sentation complète de l’opĂ©ra en crĂ©ation Ă  Nantes le 19 avril 2016 : MARIA REPUBLICA de François Paris

 

REPORTAGE VIDEO : Création mondiale de Maria Republica de François Paris (volet 1/2)

maria-republica-photo-2-582-390-homepage-annonce-teaser-classiquenewsGrand reportage vidĂ©o. CrĂ©ation mondiale de Maria Republica, Partie 1/2 : travail prĂ©paratoire, du roman Ă  l’Ĺ“uvre scĂ©nique. Comment s’est dĂ©roulĂ© l’Ă©laboration du premier opĂ©ra de François Paris, MARIA REPUBLICA crĂ©Ă© le 19 avril 2016 Ă  Nantes, Théâtre Graslin. Entretien avec François Paris (compositeur), Gilles Rico (Metteur en scène), Jean-Claude Fall (auteur du livret)… Reportage vidĂ©o exclusif © classiquenews.com 2016 — rĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

 

 

VOIR aussi le teaser vidéo de Maria Republica, création mondiale présentée par Angers Nantes Opéra

 

VOIR aussi notre VOLET 2/2 : MARIA REPUBLICA, opĂ©ra en crĂ©ation Ă  Nantes. La rĂ©alisation du spectacle, les thèmes, l’Ă©criture musicale, les personnages… 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes OpĂ©ra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagĂ©, fort, critique… Le spectacle promet d’ĂŞtre l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est Ă  Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

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Illustrations : Maria et ses visions © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

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VIDEO, teaser, annonce. MARIA REPUBLICA de François Paris, création mondiale

maria-republica-vignette-carre-classiquenewsVIDEO, teaser. OPERA, crĂ©ation : MARIA REPUBLICA Ă . NANTES, Théâtre Graslin. Premières impressions d’un Ă©vĂ©nement lyrique Ă  ne pas manquer. Classiquenews a pu assister aux premières sessions de travail de l’Ă©quipe artistique portant la prochaine crĂ©ation de l’opĂ©ra MARIA REPUBLICA. Le premier ouvrage lyrique du compositeur François Paris d’après la pièce et le roman de l’espagnol  Agustin Gomez-Arcos cible très prĂ©cisĂ©ment le combat d’une femme dĂ©truite sur l’autel du despotisme et de l’hypocrisie en particulier celle de l’Ă©glise. Arcos cite le franquisme et sa politique de terreur comme la complicitĂ© de l’Ă©glise, machine Ă  rĂ©Ă©duquer les âmes Ă©garĂ©es.

Anarchiste et rebelle contre les tenants du pouvoir tyrannique, Maria pourtant condamnée, défend la sainte liberté : pas de liberté supérieure à celle du choix de sa propre mort. Et la pute rouge, incarcérée mais en réalité insoumise, ménage le temps qui lui est imposé pour réaliser sa vengeance : tout faire sauter dans ce couvent de fausses religieuses aux agissements sataniques à vomir.

D’un traumatisme vĂ©cu sous le franquisme, le metteur en scène Gilles Rico dont c’est la première mise en scène, signe une rĂ©alisation directe et franche qui sait tout dĂ©noncer avec une mesure visuelle et un sens exceptionnel de l’Ă©lĂ©gance esthĂ©tique : exprimer, dĂ©noncer tout en sensibilitĂ© picturale et visions fantastiques.

 

 

MARIA REPUBLICA : une rebelle mystique

 

Gilles Rico maĂ®trise l’essence de l’opĂ©ra comme action théâtrale, soucieux de la clartĂ© dramatique et construit l’Ă©preuve de Maria, comme un combat universel.

CREATION majeure Ă  NANTES : MARIA REPUBLICA, rebelle mystique

 
 

gilles-rico-c-jef-rabillon MARIA REPUBLICA -798x576 On y dĂ©note certaines rĂ©fĂ©rences aux gravures dĂ©moniaques et dĂ©nonciatrices que Goya a  produit entre rĂ©alisme cynique et horreur crĂ©pusculaire. Gilles Rico fait son propre terreau du baroque anarchiste d’Arcos, en dĂ©duit ce grand macabre, théâtre Ă©coeurant de la manipulation et de la corruption humaine : dans ce jeu du dĂ©goĂ»t magnifique, les officiants – ici la RĂ©vĂ©rende mère et ses acolytes voilĂ©es professent une religion dĂ©moniaque et pratiquent des rituels sataniques oĂą la pure cruautĂ© s’expose et torture les pauvres âmes Ă  “rĂ©formater”. La force des tableaux (scène de spiritisme, de possession, de viol…; parodie religieuse quand Maria prononce ses voeux..), leur beautĂ© onirique, le rythme du drame musical qui se dĂ©roule en 2h sans entracte comme un film noir, une odyssĂ©e au souffle inextinguible jusqu’au dĂ©nouement expiatoire… construisent un nouvel opĂ©ra dense, barbare, qui en respectant sa source littĂ©raire, est surtout drame musical efficace et cohĂ©rent  oĂą le raffinement de l’Ă©criture apporte aussi sa couleur hypnotique.

 

 

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PARIS-francois-opera-maria-republica-angers-nantes-opera-avril-2016-2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquo-CARRE-vignette-300-300 L’une des qualitĂ©s maĂ®tresses de l’Ă©criture de Francois Paris est son souci permanent dune vocalitĂ© constamment audible, sertie d’Ă©clats millimetrĂ©s Ă  l’orchestre dont la parure sonore s’enrichit d’une bande sonore Ă©lectronique produite en temps rĂ©el et respectant les tempi du chef (excellent Daniel Kawka, pilotant ses musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain). En dĂ©coulent plusieurs sĂ©quences envoĂ»tantes, d’une vĂ©ritĂ© Ă  la fois dĂ©chirante et poĂ©tique, entre songe et rĂ©alitĂ©, … celle entre autres oĂą au comble de la souffrance Maria et son frère devenu Christ de supplice derrière elle, entonnent un chant viscĂ©ral, beau et lugubre, cri-berceuse des opprimĂ©s dĂ©sespĂ©rĂ©s mais tenaces. La distribution promet de tenir les promesses d’une partition envoĂ»tante, mĂŞlant horreur et onirisme. A travers le corps suppliciĂ© de Maria, se dresse le cri des grands martyrs, des rebelles mythiques. Superbe crĂ©ation.

 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes OpĂ©ra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagĂ©, fort, critique… Le spectacle promet d’ĂŞtre l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est Ă  Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

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Illustrations : Maria (bras ouverts et poings serrĂ©s) et le Christ sauvage © photo Jeff Rabillon Angers Nantes OpĂ©ra 2016 – Maria et ses visions, maria et Rosa © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

 

 

Création lyrique : MARIA REPUBLICA à Nantes

Nantes. Maria Republica, crĂ©ation. 19-28 avril 2016. CrĂ©ation attendue, prometteuse portĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra. TragĂ©die contemporaine inspirĂ©e par la barbarie du Franquisme, celle relatĂ©e par l’Espagnol AgustĂ­n GĂłmez-Arcos (nĂ© Andalou en 1933), dès les annĂ©es 1960, l’opĂ©ra en crĂ©ation, Maria Republica, dresse fièrement l’Ă©tendard de ses valeurs, d’autant plus actuelles et marquantes que l’actualitĂ© la plus rĂ©cente Ă  Paris, a dĂ©montrĂ© les vertus fondamentales de la RĂ©publique pour affirmer la volontĂ© du vivre ensemble, contre la haine du vivre contre les autres. LibertĂ© contre terreur. La verve cynique, lyrique, nourrie de saine espĂ©rance et de dĂ©pression dĂ©cisive de l’Ă©crivain ibĂ©rique imagine la transformation d’une prostituĂ©e condamnĂ©e et maudite en rebelle Carmen, figure rouge de la rĂ©sistance magnifique (tout est perdu mais tout est possible) ; entre les murs du couvent oĂą elle doit se repentir, Maria Republica se relève meurtrie, accablĂ©e mais plus forte que jamais. La souffrance et l’obstination qui a percĂ©, l’a rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Le texte de 1966, âpre et mordant, enivrĂ© et tendre aussi, inspire au compositeur François Paris, un nouvel opĂ©ra, nouvel Ă©crin pour contenir et projeter la violence d’un drame Ă©difiant, fraternel, bouleversant.

ANO-maria-republica-classiquenews-home-582-390-annonce-opera-creation-angers-nantes-operaLA RESISTANCE PLUS FORTE QUE LA HAINE. La vie d’AgustĂ­n GĂłmez-Arcos (dĂ©cĂ©dĂ© en 1998) est Ă  elle seule un roman, semĂ©e d’Ă©preuves comme de dĂ©fis. NĂ© en 1933 Ă  Enix (Andalousie), l’enfant d’une fratrie de 9, connaĂ®t privation, brimades, tyrannie quand Franco s’empare du pouvoir en 1939. Le fascisme muselle les libertĂ©s, torture toute forme de rĂ©sistance. InquiĂ©tĂ© Ă  cause de son homosexualitĂ©, l’Ă©crivain rejoint Barcelone, puis l’Angleterre enfin la France Ă  partir de 1966 ; catharsie libĂ©ratoire, activitĂ© de reconstruction comme de rĂ©sistance aussi, l’Ă©criture prend une importance vitale. Textes, romans et pièces de théâtre prĂ©cisent une sensibilitĂ© ardente qui a luttĂ© contre la dictature, s’est exilĂ©e, a choisi une nouvelle langue pour exprimer et diffuser sa propre voix militante et engagĂ©e (L’Agneau carnivore, Ă©crit en français, publiĂ© en 1975), dĂ©nonçant la passivitĂ© silencieuse, la lâchetĂ© collective, l’Ă©chec de la vie et de la sociĂ©tĂ© quand s’affirment l’absence de solidaritĂ©, de rĂ©sistance fraternelle. Après L’Agneau carnivore, Maria Republica paru en 1983, prolonge les figures fĂ©minines du refus après Ana Non (1977). Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d’emprunt, en 1993, L’Ange de chair, en 1995… Une grande Ă©criture pour souhaitons-le, un grand opĂ©ra.
Grâce Ă  la direction affĂ»tĂ©e de Jean-Paul Davois, Angers Nantes OpĂ©ra  poursuit sa quĂŞte de sens, une exigence rare dans l’espace lyrique en France. Exigence qui honore la direction de l’actuelle maison d’opĂ©ra entre Angers et Nantes : encore marquĂ©e par les attentats de Paris, notre sociĂ©tĂ© a besoin de s’interroger en profondeur sur elle-mĂŞme : l’opĂ©ra, porteur d’une culture critique et engagĂ©e, doit certes divertir tout en posant les bonnes questions : une humanitĂ© fraternelle est-elle encore possible ?

 

 

 

Maria Republica de François Paris
d’après AgustĂ­n GĂłmez-Arcos
Création, première mondiale
Daniel Kawka, direction musicale
Gilles Rico, mise en scène

NANTES Théâtre Graslin
5 représentations
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

Opéra pour 7 chanteurs, 15 instrumentistes et ensemble électronique
Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

avec
Sophia Burgos, Maria Republica
Noa Frenkel, La révérende Mère

Solistes XXI
Direction : Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster,
Raphaële Kennedy

Ensemble orchestral contemporain
Direction : Daniel Kawka

CIRM, centre national de création musicale
Direction:  François Paris

Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

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Compositeurs dégénérés à Montpellier

direction Daniel KawkaMontpellier, OpĂ©ra. Musiques dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, Kawka, 13,14 novembre 2015 Ă  l’OpĂ©ra Berlioz / Le Corum. 2015 : 70ème anniversaire de la libĂ©ration des camps nazis. MĂ©ticuleux et oragnisĂ©s, les nazis interdisent les compositeurs juifs dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s : Ă©videmment Mendelsshon, Schoenberg, Weill, Zemlinsky, Korngold, … et leurs collègues jugĂ©s trop modernes : Stravinsky ou Hindemith. DĂ©portĂ© en 1942, le compositeur polonais Simon Laks, a Ă©tĂ© chef de l’orchestre du camp d’Auschwitz. D’autres musiciens, comme Bloch ou Rathaus (connu entre autres pour son opĂ©ra sur un thème d’actualitĂ© : Fremde Erde, 1929), durent s’exiler aux États-Unis.

Pour honorer la mĂ©moire de ces Justes ayant dĂ©fendus l’art et l’humanisme jusqu’aux portes de l’enfer et de la barbarie, l’Orchestre de Montpellier joue leurs partitions, dont certaines demeurent mĂ©connues. Grand spĂ©cialiste de Boulez et de tous les classiques du XXè siècle, sublime interprète d’un rĂ©cent cd Ravel avec son orchestre nouvellement crĂ©Ă© (OSE : Concertos pour piano de Ravel et Florent Schmitt), l’excellent chef Daniel Kawka s’engage les 13 et 14 novembre dans un programme symphonique rare, d’Ĺ“uvres inĂ©dites.

 

 

 

Compositeurs dégénérés, musiques interditesboutonreservation
Compositeurs interdis sous le IIIè reich
Vendredi 13 novembre 2015 Ă  20h
Samedi 14 novembre 2015 Ă  17h

Berthold Goldschmidt (1903–1996) : 
Passacaglia pour orchestre opus 4
Simon Laks (1901–1983) : 
Poème pour violon et orchestre
Ernest Bloch (1880-1959)
 : Suite Baal Shem pour violon et orchestre
Karol Rathaus
 : Symphonie n° 3 opus 50

Dorota Anderszewka, violon
Orch national Montpellier Languedoc-Roussillon

 

 

Salon-prĂ©lude le vendredi 13 novembre 2015 Ă  19 h – confĂ©rence rencontre Ă  propos des oeuvres jouĂ©es, par les Ă©tudiants du DĂ©partement de musicologie de l’UniversitĂ© Paul-ValĂ©ry de Montpellier

 

 

 

CD, compte rendu critique. Ravel / Schmitt. Larderet, Ose, Daniel Kawka, direction (1 cd)

L'Orchestre OSE de Daniel Kawka Ă©tincelle, Ă©blouit, convainc !CD, compte rendu critique. Ravel / Schmitt. Larderet, Ose, Daniel Kawka, direction (1 cd Ars produktion). L’excellent Daniel Kawka s’attache pour ce premier disque avec Ose le nouvel orchestre qu’il a fondĂ© depuis 2013, au Ravel somptueusement coloriste et d’un souci rythmique tout autant ciselĂ©, trouble, impĂ©tueux, souvent dĂ©concertant. Preuve est faite que le maestro aborde comme peu aujourd’hui le rĂ©pertoire français du XXè avec une finesse convaincante voire enchanteresse.  D’emblĂ©e, le programme rĂ©jouit par sa justesse de lecture et l’intelligence du couplage, regroupant 3 Ĺ“uvres esthĂ©tiquement proches, datables du dĂ©but des annĂ©es 1930. La superbe lecture du Concerto pour piano pour la main gauche (1929) de Ravel, convainc : dès le dĂ©but, les climats scintillants, riches en rĂ©sonances multiples (effet de gong), associant parfums d’Asie et rumeurs guerrières, comme en un voile obscur et diffus fourmillent, menaçants et suractifs, avant que les cordes orientent magiquement et subtilement le flux musical, vers la lumière enfin reconquise : dĂ©chirement et aube oĂą jaillissent des harmonies dissonantes d’un monde instable. C’est euphorie orchestrale aux miroitement inouĂŻs montre l’hypersensibilitĂ© du chef et de ses instrumentistes : ils offrent un tapis exceptionnellement vibrant et palpitant au pianiste soliste, lui aussi en phase Ă©motionnelle avec ses confrères. L’intĂ©rioritĂ©, l’appel Ă  la paix, au rĂŞve, au songe s’expriment et se  libèrent au fur et Ă  mesure ; l’Ă©quilibre prĂ©servĂ© piano et instrumentiste rĂ©tablit cette verve narrative de l’Allegro central, oĂą Ravel fait scintiller chaque famille d’instruments avec un relief mordant parfois jazzy (les deux Concertos font suite Ă  la dĂ©couverte par Ravel de l’urbanitĂ© amĂ©ricaine lors d’un voyage aux States, de 5 mois en 1928), produisant cette facĂ©tie presque innocente que Daniel Kawka sait ciseler avec la finesse et ce goĂ»t de la vibration dĂ©taillĂ©e, entre ivresse et quasi implosion contrĂ´lĂ©e, que nous lui connaissons (et qui faisait par exemple tout l’intĂ©rĂŞt de ses Wagner dijonais en 2014). La jubilation des instruments fait sens avec d’autant plus de cohĂ©rence que le chef caractĂ©rise chaque sĂ©quence sans omettre le flux organique qui les relie l’une Ă  l’autre.

kawka daniel daniel profilIntercalaire d’un onirisme non moins prenant, et ici enregistrĂ©e en première mondiale, la version pour piano et orchestre du poème symphonique “j’entends dans le lointain” d’un Florent Schmitt sexagĂ©naire (1929), est une sublime immersion poĂ©tique de 11 mn (inspirĂ©e du vers du LautrĂ©amont des Chants de Maldoror) qui comme les deux Ravel, fait valoir et la brillance feutrĂ©e du soliste et les couleurs de l’orchestre, sans omettre, la maĂ®trise du chef Ă  assembler les parties en une totalitĂ© organique, d’un flux mobile et irisĂ©. Du matĂ©riau musical façonnĂ© par l’Ă©lève de Massenet et de FaurĂ© et qui fut Prix de Rome en 1900 puis membre de l’Institut en 1936, Daniel Kawka fait entendre les Ă©lans cosmiques d’une partition qui soigne et l’intime et l’expression d’un espace plus vaste, parfois inquiĂ©tant parfois flamboyant, colorĂ© par le cri, la douleur, l’angoisse nĂ©s de la guerre. Sans jamais Ă©paissir la texture orchestrale, toujours partisan de la clartĂ© et d’une souveraine transparence, le maestro très inspirĂ© par le rĂ©pertoire offre une leçon de direction, Ă  la fois claire et profondĂ©ment habitĂ©e. Schmitt fait entendre sa rĂ©signation face Ă  la fatalitĂ© : rien n’empĂŞche la barbarie humaine, rien ne peut juguler l’horreur qu’a l’homme Ă  produire l’innommable. D’une sensualitĂ© debussyste et d’une douleur faurĂ©enne, la partition originellement pour piano seule (et l’une des plus difficiles du rĂ©pertoire comme l’est le Gaspard de la nuit de Ravel), dĂ©ploie des sonoritĂ©s inĂ©dites, fortes, intenses, violentes au diapason d’une conscience qui semble mesurer la terreur absolue qu’impose la guerre. Le geste du chef rĂ©tablit la gravitĂ© inquiĂ©tante de la partition : l’une des plus captivantes de son auteur avec La TragĂ©die de SalomĂ© ou “Le petit elfe Ferme-l’Ĺ“il“, toutes deux, partitions du dĂ©but de la carrière de Schmitt (propres aux annĂ©es 1910).

 

 

Daniel Kawka et son orchestre OSE Ă©blouissent dans Ravel

 

 

CLIC D'OR macaron 200Le programme se conclut avec le Concerto en sol, achevĂ© en 1931, en trois mouvements : Allegramente, Adagio assai et Presto, d’une ivresse constellĂ©e de subtilitĂ©s instrumentales et rythmiques d’une acuitĂ© permanente. Le chef exploite toutes les nuances et chaque accent qui intensifient l’ambiguitĂ© harmonique et rythmique en particulier dans le mouvement lent (Adagio assai) : Ă  travers l’hyperactivitĂ© des instruments et la complicitĂ© qu’Ă©tablit le piano avec ses partenaires (flĂ»te, surtout cor anglais), toute la rĂŞverie lointaine s’exprime et se libère en une extase collective irrĂ©sistible. La course finale (Presto) engagĂ©e par le clavier suivi par bois et cuivres avant le basson impĂ©tueux revĂŞt des allures de marche volubile et lunaire d’un allant aussi vif que dĂ©taillĂ©. L’option instrumentale qui rĂ©tablit les justes proportions que souhaitait Ravel, en particulier les cordes Ă  maximum 60 musiciens, apporte ses bĂ©nĂ©fices, accusant la clartĂ© et la transparence de la texture enfin restituĂ©e. Dans les deux Ravel; le pianiste suit, en complice Ă©clairĂ©, le souci des nuances et l’Ă©quilibre instrumental dĂ©fendus par le chef : une entente indiscutable fait rayonner l’affinitĂ© des interprètes avec les Ĺ“uvres choisies. Immense coup de coeur et donc CLIC de classiquenews de septembre 2015.

 

 

CD, compte rendu critique. Ravel / Schmitt. Larderet, Ose, Daniel Kawka, direction. Enregistré en février 2015 à Grenoble (1 cd ARS Produktion DSD)

 

 

 

Tournée Mahler par Daniel Kawka et son nouvel orchestre : " OSE "

 

 

 

VIDEO : VOIR aussi notre reportage vidéo Daniel Kawka et OSE jouent Mahler : Mort à Venise, le chant malhérien avec le baryton Vincent Le Texier

 

 

 

CHEFS, ORCHESTRES. OSE le meilleur orchestre actuel parmi les plus récents grâce à l’inspiration du chef Daniel Kawka

Kawka_daniel 483 profil chef portrait valideCHEFS, ORCHESTRES. OSE le meilleur orchestre actuel parmi les plus récents grâce à l’inspiration du chef Daniel Kawka. Le chef français Daniel Kawka a gagné son pari : créer un nouvel orchestre, à l’énergie et au regard différent sur les oeuvres. La nouvelle formation baptisée « OSE », sur instruments modernes défend avec audace, une nouvelle approche des oeuvres dans un esprit critique collégial et inventif. La ville de Lyon à travers son 9ème Prix de l’esprit d’entreprendre a distingué le chef français pour son projet, défi culturel et humain. Le dessein d’OSE : « Innover et penser l’orchestre et la musique symphonique autrement ». Ainsi explicitée, l’intention paraît banale mais quand elle est concrètement réalisée, c’est tout le classique et ses publics qui y gagnent en bénéfices. Spécialiste du répertoire moderne et contemporain, le chef Daniel Kawka se montre aussi un interprète accompli, et très inspiré dans les partitions romantiques françaises ou germaniques (sa récente direction de la Tétralogie de Wagner à Dijon, puis de Pelléas et Mélisande pour Angers Nantes Opéra… avait saisi par sa puissance ciselée, son dramatisme intérieur, un scintillement instrumental et des jeux d’équilibre sonore, rares qui captivent). En témoigne le premier disque d’OSE / Daniel Kawka dédié aux Concertos pour piano de Ravel et de Schmitt. Gageons qu’en exceptionnel orfèvre de la texture orchestrale, Daniel Kawka saura faire redécouvrir la magie du Ravel orchestrateur entre autres… dans son Concerto pour piano.

 

 

 

flash focus de classiquenews – l’actualitĂ© dĂ©cryptĂ©e : CHEFS, ORCHESTRES
Un chef français récompensé pour son audace orchestrale

Daniel Kawka lauréat du 9ème Prix de l’esprit d’entreprendre (Lyon)

 

ose-logo-rond-blanc-noir-150x120« Daniel Kawka a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ© ce lundi 18 mai 2015 lors de la cĂ©rĂ©monie du Prix de l’esprit d’entreprendre pour son activitĂ© Ă  la tĂŞte de l’orchestre symphonique Ose, dont il est le fondateur et le directeur musical. OrganisĂ© par Acteurs de l’économie – La Tribune au musĂ©e des Confluences de Lyon, la cĂ©rĂ©monie a mis Ă  l’honneur onze entrepreneurs qui ont su concilier efficacitĂ© Ă©conomique et intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, autant de trajectoires de vie qui ont valeur d’exemple », prĂ©cise le communiquĂ© de l’Orchestre OSE.
Daniel Kawka a précisé : « c’est une belle reconnaissance de la créativité et de l’audace de cette aventure collective », tout en souhaitant l’adhésion de nouveaux partenaires pour « réenchanter le monde avec la poésie des sons ».

 

 

 

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agenda, cd

 

Prochain concert pour le chef et l’orchestre Ose : le 24 août 2015 au Festival Berlioz (Côte Saint-André), une semaine avant la sortie internationale de leur disque consacré à Maurice Ravel et Florent Schmitt.

Prochain cd de l’Orchestre OSE : Concertos pour piano de Ravel et de Schmitt par OSE et Daniel Kawka (soliste : Vincent Larderet) – Ă  paraĂ®tre dĂ©but septembre 2015.

 

 

 

VOIR

Daniel Kawka, François Larderet : programme RAVEL / SCHMITT

Daniel Kawka et OSE jouent Mahler. Reportage exclusif sur la genèse et les objectifs de la création de l’orchestre OSE par Daniel Kawka (à l’occasion du programme Mahler avec Vincent Le Texier : Mort à Venise : le voyage mahlérien).

 

 

Paris. Maison de Radio France, Studio 104. Festival Présences 2015. Le 20 février 2015. Rizo Salom, Vazquez, Adams. Ensemble Orchestral Contemporain. Daniel Kawka, direction

presences-festival-2015-les-deux-ameriques-fevrier-6---21-fevrier-2015-fond-coloreSous une pluie battante,  la Seine s’enroulant tel un drapé de soie noire à ses pieds, le vaisseau d’argent laqué de la Maison de la Radio offrit un pendant splendide aux réclames mordorées de la Nuit des Césars qui sévissait sur la circulation Place du Châtelet. Paris a souvent de ces curieux rapprochements d’une rive à l’autre et entre deux méandres du fleuve le plus lumineux du monde.  Présences 2015 achevait sa traversée des Amériques par un concert étonnant,  riche en surprises exaltantes.

Pour commencer, El Juego de Luis Fernando Rizo Salom, est une série de pièces aux intentions ludiques mais à la construction plutôt chaotique.  On comprend le propos du compositeur sans beaucoup de peine, mais la portée musicale demeure assez limitée et quasiment anecdotique.  Après le jeu,  une exploration formidable du son de l’alto et des touches impressionnistes par moments des sons latino-américains. Souvent parent pauvre des concerti, l’alto à la sonorité plus ronde que le violon demeure un instrument dont l’intérêt est à découvrir.  Dans Desjardins/Des prés,  Herbert Vazquez transfigure le son même de l’instrument dans des rocailles virtuoses qu’il juxtapose sur des rythmes tropicaux et des danses issues du folkore caraïbe et, même, des harpes du Veracruz.  Pari réussi pour ce magnifique concerto, qui ne fait pas du pur nationalisme ou de la monstration de la latinité, mais sait doser l’esprit d’à propos de cette musique dansante et des lignes chromatiques de l’alto dans une toute nouvelle virtuosité.  Herbert Vazquez sublime ainsi le jeu de Christophe Desjardins et l’implication de l’Ensemble Orchestral Contemporain.

Le concert s’achève sur le reliquat de pièces symphoniques de la Son of Chamber Symphony de John Adams,  un petit bijou mais d’une portée plus décorative et narrative qu’originale.  Pour bien saisir le génie d’Adams, autant écouter Nixon in China ou El Niño.  Cette dernière eut été d’ailleurs d’une grande cohérence avec la thématique de Présences en 2015.

OSE : l'Orchestre nouvelle génération créé par Daniel KawkaCe concert est l’exemple type de l’équilibre et de l’excellence.  Tout d’abord avec la maîtrise et la sophistication du jeu de l’altiste Christophe Desjardins, splendide dans le jeu d’orchestre et virtuose dans les soli. Nous découvrons cet artiste avec plaisir et faisons des vœux pour un avenir plein de succès dans la création.  De même notre écoute a chaviré pour le formidable Ensemble Orchestral Contemporain.  On entend aisément quand la passion et l’amour de la musique meut un artiste et c’est le cas des membres de cet ensemble qui surpassent en subtilité, justesse et inventivité même le trop connoté Ensemble Intercontemporain.  Venu des contreforts des Alpes, l’EOC, nous ravit par la sensibilité et la simplicité. L’Auditeur parisien, habitué à l’EIC, peut affirmer ici que les chapelles sont tenues souvent par les prédicateurs austères.  A la tête de son impeccable EOC, le très talentueux Daniel Kawka (son fondateur et chef principal), précis, sensible, au geste juste et équilibré,  nous offre des moments de ravissement continu que nous aurions aimé se poursuivre.

Présences 2015,  s’achève sous une pluie d’étoiles aux rives du 16ème arrondissement de Paris.  Juste derrière la réplique de la Statue de la Liberté qui regarde depuis la Seine sa grande sœur Américaine bien au delà des mers, au Nouveau Monde.

 

 

Concert 12
Studio 104 – Vendredi 20 Février 2015

Luis Fernando Rizo Salom – El juego
Pour flûte basse, percussion, piano, violon, alto et violoncelle

Herbert Vazquez – Desjardins/Des prés
Concerto pour alto

John Adams – Son of Chamber Symphony

Christophe Desjardins – alto
Ensemble Orchestral Contemporain
Daniel Kawka, direction

VIDEO. Daniel Kawka : OSE, l’orchestre nouvelle gĂ©nĂ©ration. Mort Ă  Venise, le chant mahlĂ©rien

OSE_visuel_197REPORTAGE VIDEO. En 2014, le chef français Daniel Kawka inaugure avec son nouvel orchestre OSE et avec la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier, son nouveau programme symphonique dĂ©diĂ© Ă  Gustav Mahler : ” Mort Ă  Venise, le chant mahlĂ©rien “, une immersion passionnante dans l’Ă©criture poĂ©tique, visionnaire, enivrĂ©e du compositeur postromantique, contemporain de Richard Strauss. Le concert associe les partitions maĂ®tresses du Mahler symphoniste (Adagietto de la 5ème Symphonie, Adagio de la 10ème) aux deux corpus lyriques, sommets de la littĂ©rature des lieder pour orchestre : les RĂĽckert lieder aux contrastes printaniers et intimes, les Kindertotenlieder, chants dĂ©chirants pour les enfants morts. IdentitĂ©, rĂ©pertoire, missions du nouvel orchestre OSE… Reportage vidĂ©o exclusif studio CLASSIQUENEWS.tv © 2014.

Prochains concerts de l’Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction :

Programme ” L’Oiseau de feu “ – Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
Stravinsky : L’Oiseau de feu, Tchaikovsky : Concerto pour violon, Bizet : L’ArlĂ©sienne
violon solo : Rachel Kolly d’Alba

Les 10, 11 et 12 juillet 2014
(L’estival de la Bâtie, Château de la Bâtie, 42130 Saint-Etienne le Molard)

Festival Berlioz, le 21 août 2014

Programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise
Le 30 septembre 2014 Ă  Aix en Provence
30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

Informations, réservations sur le site de l’Orchestre Ose

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Approfondir
Daniel Kawka, le nouvel orchestre OSEEn LIRE + 

 

 

OSE_visuel_197Ose est le nouvel orchestre fondé par le chef Daniel Kawka. Fonctionnement coopératif, dialogue et égalité parmi les musiciens forment un nouveau type de collectif dont les valeurs partagées assurent une nouvelle qualité d’interprétation. Pour sa première tournée (en Rhône-Alpes, puis à Aix en Provence au Grand Théâtre en septembre 2014), chef et instrumentistes abordent l’amour et la mort du chant mahlérien (avec la complicité du baryton Vincent Le Texier)… Le Chant Mahlérien : mort à Venise met en lumière la flamme crépusculaire d’un Mahler éprouvé, accablé et finalement, subtilement transfiguré … alchimie des timbres, équilibre des pupitres, dynamiques et balances réinvesties, souci du phrasé spécifique, le travail des musiciens d’Ose défendent avec passion et transparence l’un des programmes mahlériens les mieux conçus à ce jour. En lire +

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Daniel Kawka et son orchestre OSE jouent TchaĂŻkovsky, Stravinsky, Strauss

TournĂ©e Mahler par Daniel Kawka et son nouvel orchestre : " OSE "Montreux (Suisse). Daniel Kawka et OSE jouent Tchaikovsky, Strauss… Le 23 mai 2014, 20h. Festival symphonique Ă  Montreux… Chaque concert prĂ©sentĂ© par OSE, le nouvel orchestre de l’excellent chef (trop mĂ©connu encore en France) Daniel Kawka promet une immersion captivante dans l’univers musical concernĂ©. Les programmes conçus par le maestro – grand spĂ©cialiste du rĂ©pertoire symphonique-, innovent, osent (c’est le cas de le dire au regard de la nouvelle phalange qu’il vient de fonder), proposant une approche originale et toujours remarquablement approfondie. Ce retour aux sources, ce questionnement analytique et synthĂ©tique sont les Ă©lĂ©ments essentiels de Daniel Kawka. Le chef nous a rĂ©galĂ© hier chez Wagner (Tristan und Isolde ou Le Ring dans une approche musicalement irrĂ©prochable et fĂ©conde) et plus rĂ©cemment encore Debussy dont il a su dĂ©voiler l’écoulement organique et Ă©motionnel de PellĂ©as et MĂ©lisande dans une production Ă©vĂ©nement Ă  Angers Nantes OpĂ©ra en mars dernier.

Aujourd’hui, à Montreux, avec le même souci d’exactitude et de plénitude, Daniel Kawka dirige un nouveau programme intitulé : STRA STRA TCHA !, élocution humoristique qui sur un mode décomplexé et démocratique, relit/relie trois auteurs symphonistes de premier plan propres au passage du XIXè et du XXè, en ce postromantisme déjà moderne : l’extrême sensibilité ivre et tendre, mais aussi intensément tragique du Concerto pour violon de Tchaïkovsky (1877-1879), les derniers éclairs miroitants du Stravinsky d’avant Le Sacre (L’oiseau de feu, 1910 : un pur joyau narratif à l’allant chorégraphique qui s’inscrit dans l’odyssée des Ballets Russes à Paris), enfin le sublime Strauss de la dernière maturité, celui des Quatre derniers lieder : hymne nocturne lui aussi à la nuit, à l’ivresse, l’extase perdue. Le plus grand symphoniste post romantique avoue dans ce cycle pour voix de soprano (timbre chéri) et orchestre, son aveu de renoncement, un adieu déchirant au monde en un cycle crépusculaire, flamboyant, embrasé.

 

 

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ose-logo-rond-blanc-noir-petit4Copieux et généreux, le programme STRA STRAS TCHA est aussi une gageure artistique dont la forme éclectique est un vrai défi pour l’orchestre : concerto, ballet, symphonisme lyrique. Les 3 compositeurs fêtés ainsi à Montreux ont tous les trois séjourné dans la ville suisse : Strauss a composé deux de ses lieder avec orchestre à Montreux en 1947 ; clin d’oeil à la ville mélomane dont l’auditorium Stravinsky accueille désormais régulièrement les programmes de Daniel Kawka.

Programme : Stra-Stra-Tcha!

TchaĂŻkovsky : concerto pour violon
Stravinsky : l’Oiseau de Feu
Strauss : Vier Letzte Lieder

Rachel Kolly d’Alba, violon
Diana Gouglina, mezzo
Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction

stra stra tcha ose kawka montreuxVendredi 23 mai, 20h15
Montreux, Auditorium Stravinsky,
avenue Claude Nobs 5, 1820 Montreux (CH)

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vidéo :
Voir notre reportage vidéo de l’orchestre OSE, récemment créé par Daniel Kawka (Mahler : le chant mahlérien, mort à Venise avec Vincent Le Texier, filmé à Échirolles en février 2014 : programme repris le 30 septembre 2014 au Grand Théâtre de Provence, Aix en Provence (13).s

+ d’infos sur le site de l’orchestre OSE, l’orchestre symphonique nouvelle génération

 

Daniel Kawka et son orchestre OSE jouent TchaĂŻkovsky, Stravinsky, Strauss

TournĂ©e Mahler par Daniel Kawka et son nouvel orchestre : " OSE "Montreux (Suisse). Daniel Kawka et OSE jouent Tchaikovsky, Strauss… Le 23 mai 2014, 20h. Festival symphonique Ă  Montreux… Chaque concert prĂ©sentĂ© par OSE, le nouvel orchestre de l’excellent chef (trop mĂ©connu encore en France) Daniel Kawka promet une immersion captivante dans l’univers musical concernĂ©. Les programmes conçus par le maestro – grand spĂ©cialiste du rĂ©pertoire symphonique-, innovent, osent (c’est le cas de le dire au regard de la nouvelle phalange qu’il vient de fonder), proposant une approche originale et toujours remarquablement approfondie. Ce retour aux sources, ce questionnement analytique et synthĂ©tique sont les Ă©lĂ©ments essentiels de Daniel Kawka. Le chef nous a rĂ©galĂ© hier chez Wagner (Tristan und Isolde ou Le Ring dans une approche musicalement irrĂ©prochable et fĂ©conde) et plus rĂ©cemment encore Debussy dont il a su dĂ©voiler l’écoulement organique et Ă©motionnel de PellĂ©as et MĂ©lisande dans une production Ă©vĂ©nement Ă  Angers Nantes OpĂ©ra en mars dernier.

Aujourd’hui, à Montreux, avec le même souci d’exactitude et de plénitude, Daniel Kawka dirige un nouveau programme intitulé : STRA STRA TCHA !, élocution humoristique qui sur un mode décomplexé et démocratique, relit/relie trois auteurs symphonistes de premier plan propres au passage du XIXè et du XXè, en ce postromantisme déjà moderne : l’extrême sensibilité ivre et tendre, mais aussi intensément tragique du Concerto pour violon de Tchaïkovsky (1877-1879), les derniers éclairs miroitants du Stravinsky d’avant Le Sacre (L’oiseau de feu, 1910 : un pur joyau narratif à l’allant chorégraphique qui s’inscrit dans l’odyssée des Ballets Russes à Paris), enfin le sublime Strauss de la dernière maturité, celui des Quatre derniers lieder : hymne nocturne lui aussi à la nuit, à l’ivresse, l’extase perdue. Le plus grand symphoniste post romantique avoue dans ce cycle pour voix de soprano (timbre chéri) et orchestre, son aveu de renoncement, un adieu déchirant au monde en un cycle crépusculaire, flamboyant, embrasé.

 

 

Kawka_daniel_chef_570

 

 

ose-logo-rond-blanc-noir-petit4Copieux et généreux, le programme STRA STRAS TCHA est aussi une gageure artistique dont la forme éclectique est un vrai défi pour l’orchestre : concerto, ballet, symphonisme lyrique. Les 3 compositeurs fêtés ainsi à Montreux ont tous les trois séjourné dans la ville suisse : Strauss a composé deux de ses lieder avec orchestre à Montreux en 1947 ; clin d’oeil à la ville mélomane dont l’auditorium Stravinsky accueille désormais régulièrement les programmes de Daniel Kawka.

Programme : Stra-Stra-Tcha!

TchaĂŻkovsky : concerto pour violon
Stravinsky : l’Oiseau de Feu
Strauss : Vier Letzte Lieder

Rachel Kolly d’Alba, violon
Diana Gouglina, mezzo
Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction

stra stra tcha ose kawka montreuxVendredi 23 mai, 20h15
Montreux, Auditorium Stravinsky,
avenue Claude Nobs 5, 1820 Montreux (CH)

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vidéo :
Voir notre reportage vidéo de l’orchestre OSE, récemment créé par Daniel Kawka (Mahler : le chant mahlérien, mort à Venise avec Vincent Le Texier, filmé à Échirolles en février 2014 : programme repris le 30 septembre 2014 au Grand Théâtre de Provence, Aix en Provence (13).s

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Un éblouissant Pelléas et Mélisande à Angers, les 11 et 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaOPERA. Angers: PellĂ©as et MĂ©lisande. Les 11 et 13 avril 2014. Avec StĂ©phanie d’Oustrac, Armando Nogera, Jean-François Lapointe… La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et théâtral. Sous la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂ´les principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

CLIC_macaron_2014Extrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcèlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂą Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scène par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystère impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirène fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂ´le. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystère permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scène terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂ®trise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scène souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂ®me. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂ´le lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

 

Angers Nantes Opéra : le Pelléas éblouissant d'Emmanuelle Bastet (reportage 1/2)

 

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.
VOIR les 2 volets de notre grand reportage PellĂ©as et MĂ©lisande de Claude Debussy, la nouvelle production Ă©vĂ©nement d’Angers Nantes OpĂ©ra :
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 1
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 2

 

 

 

 

 

Reportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidéo (2/2). Angers Nantes Opéra. Pelléas et Mélisande. Contrairement à bien des réalisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginée par Bob Wilson par exemple),  la mise en scène d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le réalisme d’une intrigue étouffante, au temps psychologique resserré, aux références cinématographiques et picturales, efficaces, esthétiques. Ce retour du théâtre à l’opéra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la réalité d’une famille aristocratique à l’agonie apporte aux héros de Maeterlinck, une présence nouvelle dont la personnalité se révèle dans chaque détails ténus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’éléments qui restituent à la partition sa chair et sa mémoire émotionnelle, d’où jaillit et prend corps chacun des tempéraments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  où chaque élément du décor pèse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  répond un esthétisme souvent éblouissant qui emprunte au langage cinématographique d’un Hitchcok … des images poétiques dont la puissance suggestive révise aussi les tableaux de l’américain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenêtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de Pelléas et Melisande (scène de la tour), en un tableau qui restera mémorable ; échappée salutaire également à la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fébrilement, l’espoir d’un monde condamné… Lire notre compte rendu critique de Pelléas et Mélisande présenté par Angers Nantes Opéra

VIDEO : visionner le reportage 1

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes. Théâtre Graslin, le 27 mars 2014. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera, Jean-François Lapointe… Emmanuelle Bastet, direction. Daniel Kawka, direction

pelelas_melisande-ANO_kawkaCompte rendu, opĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande … Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scène d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du théâtre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vèle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’Ă©lĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂą jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂą chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pèse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok … des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂŞtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scène de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamnĂ©…
A cela s’invite l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e de l’orchestre qui sous la direction souple, Ă©vocatrice,  prĂ©cise de Daniel Kawka diffuse un sensualisme irrĂ©sistible mis au diapason des innombrables images et rĂ©fĂ©rences marines du livret. C’est peu dire que le chef, immense wagnĂ©rien et malhĂ©rien, Ă©lĂ©gantissime, nuancĂ©, aborde la partition avec une Ă©conomie, une mesure boulĂ©zienne,  sachant aussi Ă©clairer avec une clartĂ© exceptionnelle la continuitĂ© organique d’une texture orchestrale finement tressĂ©e (imbrication des thèmes, rĂ©vĂ©lĂ©e ; accents instrumentaux, filigranĂ©s : bassons pour Golaud, hautbois et flĂ»tes amoureux pour MĂ©lisande et PellĂ©as…, sans omettre de somptueuses vagues de cordes au coloris parfois tristanesque : un rĂ©gal). Le geste comme les options visuelles rĂ©chauffent un ouvrage qui souvent ailleurs, paraĂ®t distanciĂ©, froid, inaccessible. La rĂ©alisation scĂ©nographique perce l’Ă©nigme ciselĂ©e par Debussy en privilĂ©giant la chair et le drame, exaltant salutairement le prodigieux chant de l’orchestre, flamboyant, chambriste, viscĂ©ralement psychique. A Daniel Kawka d’une hypersensibilitĂ© poĂ©tique, toujours magistralement suggestive, revient le mĂ©rite d’inscrire le mystère (si proche musicalement et ce dès l’ouverture, du Château de Barbe Bleue de Bartok, – une Ĺ“uvre qu’il connaĂ®t tout aussi profondĂ©ment pour l’avoir dirigĂ©e Ă©galement pour Angers Nantes OpĂ©ra), de rĂ©tablir avec la mĂŞme Ă©vidence musicale, le retour au dĂ©but, comme  une boucle sans fin : les derniers accords renouant avec le climat Ă©nigmatique et suspendu de l’ouverture. PellĂ©as rejoint ainsi le Ring dans l’Ă©noncĂ© d’un recommencement cyclique. L’analyse et la vivacitĂ© qu’apporte le chef se rĂ©vèlent essentielles aussi pour la rĂ©ussite de la nouvelle production. On s’incline devant une telle vibration musicale qui sculpte chaque combinaison de timbres dans le respect d’un Debussy qui en plein orchestre, est le gĂ©nie de la couleur et de la transparence.

 

 

 

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Pelléas éblouissant, théâtral, cinématographique

Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcèlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂą Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scène par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Tout au long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystère impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirène fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂ´le. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystère permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scène terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂ®trise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scène souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂ®me. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂ´le lĂ  aussi.
Mais Emmanuelle Bastet rĂ©tablit Ă©galement la place d’un autre personnage qui semble ailleurs confinĂ© dans un rĂ´le ajoutĂ© par contraste, sans rĂ©elle Ă©paisseur : Yniold (Ă©patante ChloĂ© Briot), le fils de Golaud dont le spectacle fait un observateur permanent du monde des adultes, de l’attirance de plus en plus irrĂ©pressible des adolescents PellĂ©as et Melisande, de la nĂ©vrose criminelle de son “petit” père Golaud. La jeune âme scrute dans l’ombre la tragĂ©die silencieuse qui se dĂ©roule sous ses yeux… elle en absorbe les tensions implicites, tous les secrets confinĂ©s dans chaque tiroir de l’immense bibliothèque qui fait office de cadre unique. Le poids de ce destin familial affecte l’innocence du garçon manipulĂ© malgrĂ© lui par son père dans l’une des scènes de voyeurisme les plus violentes de l’opĂ©ra. Comment Yniold se sortira d’un tel passif? La clĂ© de son personnage est magistralement exprimĂ©e ainsi dans une vision qui rĂ©tablit aux cĂ´tĂ©s de l’Ă©rotisme et de la folie,  l’innocence d’un enfant certainement traumatisĂ© qui doit dans le temps de l’opĂ©ra, rĂ©ussir malgrĂ© tout, le passage dans le monde inquiĂ©tant et troublant des adultes. Son air des moutons prend alors un sens fulgurant renseignant sur ses terribles angoisses psychiques.  De part en part, la conception nous a fait pensĂ© au superbe film de Losey,  Le messager oĂą il est aussi question d’un enfant pris malgrĂ© lui dans les rets d’une liaison interdite entre deux ĂŞtres dont il est l’observateur et le messager.

pelleas melisande noguera doustrac angers nantes opera stephanie-d-oustrac_Dernier membre de ce quatuor nantais,  le PellĂ©as enivrĂ© d’Armando Noguera dont le chant incarnĂ© (Debussy lui rĂ©serve les airs les plus beaux, souvent d’un esprit très proche de ses mĂ©lodies) nourrit la claire voluptĂ© de chaque duo avec MĂ©lisande.  Certes le timbre a sonnĂ© plus clair (ici mĂŞme dans La Bohème, Le Viol de Lucrèce, surtout pour La rose blanche… ), mais la sensualitĂ© parcourt toutes ses apparitions avec toujours, cette prĂ©cision dans l’articulation de la langue, elle, exemplaire. Chaque duo (la fontaine des aveugles, la tour, la grotte) marque un jalon dans l’immersion du rĂŞve et de la fĂ©erie amoureuse,  l’accomplissement se produisant au IV oĂą mĂ»r et dĂ©terminĂ©,  PellĂ©as affronte son destin, dĂ©clare ouvertement son amour quitte Ă  en mourir (sous la dague de Golaud). Ce passage de l’adolescence Ă  l’âge adulte se rĂ©vèle passionnant (terrifiant aussi comme on l’a vu pour Yniold,  son neveu). Mais sa mise Ă  mort ne l’aura pas empĂŞcher de se sentir enfin libre, maĂ®tre d’un amour qui le dĂ©passe et l’accomplit tout autant.

Pictural (il y a  aussi du Balthus dans les poses alanguies, d’une fĂ©linitĂ© adolescente de la MĂ©lisande animale d’Oustrac), psychologique, cinĂ©matographique, gageons que ce nouveau PellĂ©as restera comme l’Ă©vĂ©nement lyrique de l’annĂ©e 2014. Sa perfection visuelle, sa prĂ©cision théâtrale (vĂ©ritable huit clos sans choeur apparent), la puissance et l’envoĂ»tement de l’orchestre (transfigurĂ© par la direction du chef Daniel Kawka) renouvelle notre approche de l’ouvrage. Un choc Ă  ne pas manquer… Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et Debussy. A l’affiche jusqu’au 13 avril 2014. A Nantes, les 30 mars, 1er avril. A Angers, les 11 et 13 avril 2014.

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

Radio. Diffusion sur France Musique, samedi 5 avril 2014, 19h. 

Illustrations : Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014

Le Pelléas de Daniel Kawka, grand entretien

Kawka_daniel 483 profil chef portrait valideNouveau PellĂ©as Ă  Nantes et Ă  Angers. Grand entretien avec Daniel Kawka. A Nantes puis Angers, Ă  partir du 23 mars et jusqu’au 13 avril 2014, le chef d’orchestre Daniel Kawka dirige l’œuvre au noir française, Ă©clat convaincant d’un « après Wagner » : PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy (1902). La nouvelle production portĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, associe Ă  une distribution superlative rĂ©unissant StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera et Jean-François Lapointe (MĂ©lisande, PelĂ©as, Golaud) – 3 prises de rĂ´les pour chacun des chanteurs-, l’ardente sensibilitĂ© d’un maestro taillĂ© pour les partition fleuve dont il dĂ©voile en un scintillement nuancĂ©, les facettes psychologiques et les enjeux dramatiques. Entretien avec un immense musicien dont l’humilitĂ© est proportionnelle Ă  sa finesse dĂ©sormais emblĂ©matique, qu’il s’agisse de Wagner dont il vient de diriger le Ring Ă  l’OpĂ©ra de Dijon, de Wagner toujours, pour un Tristan lĂ©gendaire, ou Bartok dont il a prĂ©cĂ©demment dirigĂ© pour Angers Nantes OpĂ©ra, l’envoĂ»tant Château de Barbe Bleue : Daniel Kawka nous rappelle très justement que peut-ĂŞtre, pour les mĂ©lomanes soucieux de cohĂ©rence et d’explication sensĂ©e, MĂ©lisande resurgit au dĂ©but de l’opĂ©ra de Debussy lĂ  oĂą l’opĂ©ra de Dukas (Ariane et Barbe Bleue) l’avait fait disparaĂ®tre : l’une des reines prisonnières du souverain avait profitĂ© de son arrestation par les paysans, pour s’échapper dans une forĂŞt, celle lĂ  mĂŞme peut-ĂŞtre oĂą Golaud la dĂ©couvre la toute première fois…
En fin analyste, surtout en témoin éveillé, le chef nous dévoile ici plusieurs clés de lecture sur une partition trouble et lumineuse à la fois dont l’éloquence secrète prépare à bien des « levers du jour » esthétiques.

 

 

 

Daniel Kawka dirige Pelléas et Mélisande de Debussy

les grands entretiens de classiquenews.com

 

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Wagnérisme. Vous venez de diriger le Ring de Wagner à l’Opéra de Dijon. On parle souvent de l’ombre wagnérienne sur Debussy. Qu’en est-il dans Pelléas précisément ?

Daniel Kawka : L’ombre de Wagner y est indĂ©niable bien sĂ»r, Ă©videmment « assimilĂ©e ». On ne peut ignorer ce maillage si fin, si subtil et ouvragĂ© de motifs conducteurs qui posent le dĂ©cor, teintent les lignes vocales, irradient de leur prĂ©sence et maintiennent dans un mĂŞme espace dramaturgique, beautĂ© plastique, sens et mystère, ainsi qu’un principe de cohĂ©rence mĂ©lodique et polyphonique, de fluiditĂ© formelle et expressive, structurateurs entre les actes.
NĂ©anmoins ces motifs ne sont pas des rĂ©fĂ©rences thĂ©matiques immĂ©diates attachĂ©es Ă  un personnage, Ă  un lieu, une situation  etc…. (on sait combien Debussy en critiquait le principe). Elles opèrent sur un plan plus subtilement symbolique, s’immiscent dans des espaces poĂ©tiques permettant le prolongement de la pensĂ©e, de l’action… Ainsi le motif de “l’incommunicabilitĂ©” constitue-t-il l’armature mĂ©lodique du dialogue entre MĂ©lisande et Golaud (acte II scène 2), alors que semblent rĂ©gner entre eux dans cet instant marital intime, tendresse et compassion.
Comment ne pas penser Ă  l’introduction du 3ème acte de Tristan par ailleurs après la premier choc tensionnel opposant Golaud et MĂ©lisande Ă  la fin de la mĂŞme scène 2 de l’acte II ? ExpressivitĂ© intense, dĂ©solation, Ă  travers la sonoritĂ© expressive et dĂ©chirante des cordes.

Le poème de Maeterlinck, la musique de Debussy. Diriez-vous comme le compositeur l’a laissé sous-entendre que la musique exprime ce que les mots ne peuvent plus dire? En l’occurrence dans Pelléas, pouvons-nous constater que le chant de l’orchestre se montre plus explicite que la portée des dialogues ? Avez-vous un exemple précis ?

Daniel Kawka : Oui assurĂ©ment. Les exemples abondent. Nous avons Ă©voquĂ© ce maillage subtil d’une quarantaine de motifs, cellules « idĂ©es symboles » qui parcourent l’oeuvre entière et constituent ainsi un infra texte musical qui porte le sens au-delĂ  du sens, prolongent et magnifient les situations poĂ©tiques, renforcent le mystère, peignent le dĂ©cor, nouent les situations.
Tous les commentateurs et analystes ont louĂ© la prosodie debussyste si naturelle, si proche de la parole. C’est cette ductilitĂ© mĂŞme qui rend le dialogue si  éminemment vivant et porteur de vraies Ă©motions. Mais il est intĂ©ressant de constater combien Debussy est allĂ© plus loin encore, Ă  travers une distribution rythme/mesure puissamment élaborĂ©e, fluide, structurant les scènes Ă  distance, crĂ©ant Ă  elle seule le mouvement de la parole et les soubresauts des affects tout Ă  la fois, enchâssant par exemple les grands dialogues de PellĂ©as et MĂ©lisande dans des mesures Ă  6/4 dans lesquels peuvent s’exprimer librement de scène en scène et dans une lente gradation le dialogue juvĂ©nile, l’Ă©moi irrĂ©pressible, l’accomplissement de l’amour.
Ainsi le chant de l’orchestre constitue-t-il Ă  lui seul l’ensemble de ces composantes, car dans une structure rythmique globale se dĂ©veloppe une infinitĂ© de petits motifs spĂ©cifiques, symboliques ou imagĂ©s, aux couleurs/timbres distincts pouvant signifier une myriade de sens,  la « prĂ©sence du destin », signifiant aussi le bruissement nocturne ou diurne de la nature, etc…
L’omniprĂ©sence de l’eau Ă  travers fontaines, grotte battue par la mer, lacs glauques, etc…, le parcours de la lumière temporel (de midi Ă  minuit) ou spatial (sortie des souterrains), trouvent une pleine dimension, magnifiĂ©e par les textures de l’orchestre, le jeu assombrissant ou Ă©clairant des modulations, du plus infime bruissement (le battement d’aile des colombes dans la scène de la tour) Ă  la tonitruance souffrante et vengeresse de la passion  (et de la jalousie), comme en tĂ©moigne la scène Golaud/Yniold.

Dans le cas de Mélisande, qu’est-ce qui fonde son mystère et ce caractère évanescent du personnage selon vous?

Daniel Kawka : Le mystère de sa prĂ©sence : jeune femme seule, dĂ©couverte en pleurs, en peur, au bord d’une fontaine dans une sombre et inquiĂ©tante forĂŞt. Son intuition Ă  “fleur” qui la lie Ă  la fois au monde qu’elle a “Ă©pousĂ©” et l’en distingue fondamentalement, depuis cet Ă©nigmatique “il fera peut ĂŞtre naufrage…” (Ă©voquant le bateau qui l’a conduite Ă  Allemonde et en quitte le port, comme une prĂ©monition d’un naufrage Ă  venir, celui de PellĂ©as, le sien, pressenti), jusqu’Ă  cet Ă©nigmatique “je vois une rose dans les tĂ©nèbres”, “rĂ©vĂ©lation absolue”, la rose comme symbole de l’amour pur, du don de soi” (Terrasson).
Sa beautĂ© innocente, incarnĂ©e par sa chevelure, louĂ©e tour Ă  tour par Golaud, PellĂ©as et Arkel ; sa fragilitĂ© enfin qui en fait un ĂŞtre de chair et un “Ă©ternel fĂ©minin” Ă  la fois dont le destin est de s’éteindre avant mĂŞme de se consumer dans la passion charnelle. Un être idĂ©al, insondable, fragile et profond Ă  la fois.
Si l’on pousse quelque peu l’investigation, revenant Ă  Maeterlinck et Ă  son Ariane et barbe bleue, MĂ©lisande, une des femmes captives se serait échappĂ©e, au moment de l’agression de Barbe Bleue par les paysans, la couronne Ă©tant un des bijoux dont les femmes se seraient parĂ©s en captivitĂ©, et avec lequel elle se serait enfui. D’oĂą son effroi, son “amnĂ©sie”, et une relative absence de la parole.  Il est aussi intĂ©ressant de noter que MĂ©lisande s’exprime peu dans la durĂ©e de l’ouvrage, dans cet univers quasiment exclusivement masculin.. . : « Je ne t’ai presque pas entendue » dit PellĂ©as au cours de l’ultime scène amoureuse.

Que représente pour vous la figure de Pelléas, sa trajectoire tragique ?

Daniel Kawka : L’ĂŞtre en devenir qui dĂ©couvre le monde, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui mĂŞme dans une trajectoire  fulgurante et tragique. Celui qui “doit s’en aller”, depuis la première scène, leitmotiv verbal, mais ne part pas pour consumer son destin Ă  travers la rĂ©vĂ©lation de l’amour Ă  travers un ultime baiser.

Sur le plan strictement dramaturgie, quels seraient pour vous les temps forts de Pelléas, comme on distingue en général l’acte II de Tristan ?

La scène 4 de l’acte IV bien sĂ»r. Le climax et le dĂ©nouement en somme. De scène en scène, de rebonds en Ă©clats, ce sont bien sĂ»r trois moments de Golaud qui portent la tension et la conduisent Ă  ce paroxysme ultime que sera le crime, en dehors de l’espace du château (Ă©clairĂ©s eux-mĂŞmes par trois moments “ascensionnels” en Ă©cho et croisĂ©s des intimes rencontres de PellĂ©as et MĂ©lisande) : scène du retour de la chasse blessĂ©, premier choc “frontal” et violent entre lui et MĂ©lisande, l’hallucinante scène 4 de l’acte III avec Yniold, et enfin la terrifiante scène d’Absalon, acte IV scène 2.

Parlez-nous de l’orchestre de Debussy dans Pelléas ? En quoi la texture et les alliages de timbres se montrent-ils debussystes ?

Daniel Kawka : Tout Debussy est contenu dans PellĂ©as. Ce serait un lieu commun d’en Ă©voquer la transparence, l’infinitude du jeu des timbres, la palette des couleurs doublĂ©e d’une science et d’une intuition spatio temporelle phĂ©nomĂ©nale. Evidemment le timbre orchestral est indissociable du flux dramaturgique et des situations poĂ©tiques qu’il peint, engendre et exprime. DensitĂ©, intensitĂ©, épaisseur, allègement chambriste, dĂ©pendent aussi, et sans dissociation de ces variations infinies de changement de tempi, animĂ©, plus animĂ© en pleine clartĂ©, modĂ©rĂ©, très modĂ©rĂ©, sans lenteur, retenu, très retenu, serrez etc… qui influent directement sur le grain orchestral et cette science des motifs qui diffracte l’espace, allège ou densifie la poyphonie. On a évidemment parlé d’impressionnisme sonore Ă  propos de l’orchestre debussyste car il propose un infini dĂ©tail d”articulations, de motifs ciselĂ©s, giratoires, bref, de jeux d’Ă©chos, de dynamiques très subtiles, de mĂ©lodies de timbres qui ne peuvent ĂŞtre dissociĂ©es par ailleurs de sa science harmonique. L’expressivitĂ© est confiĂ©e aux cordes certes mais aux mixtures bois aussi, aux cors qui dĂ©peignent la profondeur insondable de l’âme tout comme le dĂ©cor de la nature. Les cuivres avec leur jeux souvent en sourdines ne pèsent jamais et sont autant de variations de couleurs, mystĂ©rieuses et expressives.
La sonoritĂ© de trompette doublant par instant les phrases d’Arkel  à l’acte V ou renforçant de son timbre voilĂ© l’ultime comptine enfantine, 6 mesures avant la fin de l’oeuvre est une trouvaille absolue.
Il y a lĂ  une adĂ©quation totale entre lumière des modulations (qui rĂ©pondent encore Ă  une tradition romantique et postromantique du pouvoir Ă©clairant et assombrissant des tonalitĂ©s, bien que Debussy pratique l’ellipse par des jeux de modulations parallèles, de glissement, de suspension, de mixages entre Ă©criture tonale et modale d’une incroyable modernitĂ©) et sa relation pensĂ©e et structurĂ©e aux timbres de l’orchestre. Les nocturnes, La mer, Jeux, y sont dĂ©jĂ  pressentis, Dukas, Ravel, Roussel et bien d’autres encore sont certainement redevables à l’orchestre de Debussy, Ă  celui de PellĂ©as en particulier, et la lumineuse et incandescente sortie des souterrains vers la plein lumière fĂ»t probablement un modèle Ă  bien « des levers du jour ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, mars 2014.

 

 

 

Le nouveau PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra

 

Angers Nantes Opéra : Pelléas idéalAngers Nantes Opéra. Debussy: Pelléas et Mélisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes Opéra, Pelléas et Mélisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production très attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois réaliste et onirique, la mise en scène d’Emmanuelle Bastetdevrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poétique… Elle a rencontré pour la première fois Pelléas au moment de la mise en scène de l’opéra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) à Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rêvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau Pelléas, la metteure en scène retrouve son compliceTim Northam, qui signe les costumes et la scénographie, et avait déjà été à ses côtés pour les productions précédemment réalisées pour Angers Nantes Opéra : Lucio Silla de Mozart et Orphée et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le Pelléas de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rêve amoureux. Esthétiquement, le spectacle relève le défi : les références à Hitchcock, aux espaces énigmatiques et ouverts du peintre américain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions présentes mais silencieuses, violence aussi à peine cachée, omniprésence nouvelle d’un personnage jusque là tenu dans l’ombre… la nouvelle production de Pelléas présentée par Angers Nantes Opéra permet au théâtre de réinvestir la scène, aux chanteurs, d’y paraître tels les fabuleux acteurs d’un film à suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrésolu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destiné à la mort : Pelléas et Mélisande dans Allemonde. Au réalisme du décor (immense bibliothèque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale très présente encore avec ses mystères et ses filiations, ses intrigues oubliées et tues) s’oppose le rêve des deux amants… A chaque retrouvaille correspond un épanchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte réaliste. Cette présence du rêve et de l’harmonie avait déjà suscité dans la mise en scène d’Orphée et Eurydice des épisodes réussis dont pour le tableau des Champs Élysées, l’évocation de l’enfance des époux, brève et saisissante échappée dans l’innocence… Ici, la présence d’un corps étranger (Mélisande) dans une famille « bourgeoise « au passé mémoriel précipite le drame et rend visible ce qui était tenu caché ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et précisément décrits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une décor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. Genneviève et même Pelléas qui en part sans être capable de le quitter, restent à demeure dans un château pourtant étouffant comme … un cercueil. Comme exténués avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux. En lire +

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce éponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scène : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumière : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

Chœur d’Angers Nantes Opéra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € à 30 € / Réduit : de 50€ à 20 € / Très réduit : de 30 € à 10 €. Places Premières : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

 

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande par Emmanuelle Bastet à Angers Nantes Opéra

Angers Nantes Opéra : Pelléas idéalAngers Nantes Opéra. Debussy: Pelléas et Mélisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes Opéra, Pelléas et Mélisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production très attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois réaliste et onirique, la mise en scène d’Emmanuelle Bastet devrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poétique… Elle a rencontré pour la première fois Pelléas au moment de la mise en scène de l’opéra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) à Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rêvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scène retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂ´tĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂŞve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relève le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre… la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au théâtre de rĂ©investir la scène, aux chanteurs, d’y paraĂ®tre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destiné à la mort : Pelléas et Mélisande dans Allemonde. Au réalisme du décor (immense bibliothèque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale très présente encore avec ses mystères et ses filiations, ses intrigues oubliées et tues) s’oppose le rêve des deux amants… A chaque retrouvaille correspond un épanchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte réaliste. Cette présence du rêve et de l’harmonie avait déjà suscité dans la mise en scène d’Orphée et Eurydice des épisodes réussis dont pour le tableau des Champs Élysées, l’évocation de l’enfance des époux, brève et saisissante échappée dans l’innocence… Ici, la présence d’un corps étranger (Mélisande) dans une famille « bourgeoise « au passé mémoriel précipite le drame et rend visible ce qui était tenu caché ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. Genneviève et mĂŞme PellĂ©as qui en part sans ĂŞtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un château pourtant Ă©touffant comme … un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂŞtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂ®tre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scène de la chevelure (emblème qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂŞtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂŞtre cependant manipulatrice… Le mystère qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂą l’Ă©coute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold … Rêve ou réalité ?
Visuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particulièrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂŞtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂ´le travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son père Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s… Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scènes les plus violentes de l’opĂ©ra … L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scène d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite âme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement émotionnel qui fait naître la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-être pas de rétablir la cohérence d’une œuvre dans son déroulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours à cacher ou sans les dire précisément.
C’est donc un opéra d’atmosphère où la mémoire et le rêve submergent le réel, où l’inconscient surgit là où on ne l’attend pas, où les actes de la psyché se manifestent différemment et de façon imprévisible, dont les enjeux et l’activité souterraine pourront nous être enfin révélés à Nantes et à Angers à partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce Ă©ponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scène : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumière : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChĹ“ur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € à 30 € / Réduit : de 50€ à 20 € / Très réduit : de 30 € à 10 €. Places Premières : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

OSE, le nouvel orchestre de Daniel Kawka joue Mahler

Kawka_daniel_OSE_orchestreOrchestre OSE. Daniel Kawka. Concert Gustav Mahler. Ce jour, Ă  Saint-Priest (69, 17h), le chef Daniel Kawka offre un sublime programme Gustav Mahler avec son nouvel orchestre OSE et la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier… Ose est le nouvel orchestre fondĂ© par le chef Daniel Kawka. Fonctionnement coopĂ©ratif, dialogue et Ă©galitĂ© parmi les musiciens forment un nouveau type de collectif dont les valeurs partagĂ©es assurent une nouvelle qualitĂ© d’interprĂ©tation. Pour sa première tournĂ©e (en RhĂ´ne-Alpes, puis Ă  Aix en Provence au Grand Théâtre en septembre 2014), chef et instrumentistes abordent l’amour et la mort du chant mahlĂ©rien (avec la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier)… Le Chant MahlĂ©rien : mort Ă  Venise met en lumière la flamme crĂ©pusculaire d’un Mahler Ă©prouvĂ©, accablĂ© et finalement, subtilement transfigurĂ© … alchimie des timbres, Ă©quilibre des pupitres, dynamiques et balances rĂ©investies, souci du phrasĂ© spĂ©cifique, le travail des musiciens d’Ose dĂ©fendent avec passion et transparence l’un des programmes mahlĂ©riens les mieux conçus Ă  ce jour. En lire +

OSE_daniel_575

programme

1ère partie

Kindertoten Lieder / Chants pour voix et orchestre
(20 min environ)

Symphonie n°10, Adagio / Pour orchestre seul
(25 min environ)

Entracte

2ème partie
Ruckert Lieder / Chants pour voix et orchestre
(25 min environ)

Symphonie n°5, Adagietto « Mort à Venise »
Pour orchestre seul (10 min environ)

 

 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigAgenda 2014 :
TournĂ©e Gustav Mahler par l’Orchestre Ose
Vincent Le Texier, baryton
Daniel Kawka, direction
5 dates en janvier et février 2014
pour vivre le grand frisson wagnérien

Aprofondir:

Lire notre dossier spécial Rückert lieder (1901-1902)
Lire notre dossier spécial Kindertotenlieder (1901-1904)

 

OSE_logo_NOIR8 février 2014 : Théâtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque œuvre est précédée d’une lecture de lettres d’amour écrites de Gustav Mahler et adressées à Alma Mahler

Informations, rĂ©servations sur le site de l’Orchestre Ose

boutonreservation

Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise est repris le 30 septembre 2014 Ă  Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

 

 

Tournée. OSE, le nouvel orchestre de Daniel Kawka, les 7 et 8 février 2014

Kawka_daniel_OSE_orchestreOrchestre OSE. Daniel Kawka. Concert Gustav Mahler: Mort Ă  Venise. Les 7 et 8 fĂ©vrier 2014. A Privas 07) puis Saint-Priest (69), le chef Daniel Kawka offre un sublime programme Gustav Mahler avec son nouvel orchestre OSE et la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier…  Ose est le nouvel orchestre fondĂ© par le chef Daniel Kawka. Fonctionnement coopĂ©ratif, dialogue et Ă©galitĂ© parmi les musiciens forment un nouveau type de collectif dont les valeurs partagĂ©es assurent  une nouvelle qualitĂ© d’interprĂ©tation. Pour sa première tournĂ©e (en RhĂ´ne-Alpes, puis Ă  Aix en Provence au Grand Théâtre en septembre 2014), chef et instrumentistes abordent l’amour et la mort du chant mahlĂ©rien (avec la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier)… Le Chant MahlĂ©rien : mort Ă  Venise met en lumière la flamme crĂ©pusculaire d’un Mahler Ă©prouvĂ©, accablĂ© et finalement, subtilement transfigurĂ© … alchimie des timbres, Ă©quilibre des pupitres, dynamiques et balances rĂ©investies, souci du phrasĂ© spĂ©cifique, le travail des musiciens d’Ose dĂ©fendent avec passion et transparence l’un des programmes mahlĂ©riens les mieux conçus Ă  ce jour. En lire +

OSE_daniel_575

programme

1ère partie

Kindertoten Lieder / Chants pour voix et orchestre
(20 min environ)

Symphonie n°10, Adagio / Pour orchestre seul
(25 min environ)

Entracte

2ème partie
Ruckert Lieder / Chants pour voix et orchestre
(25 min environ)

Symphonie n°5, Adagietto « Mort à Venise »
Pour orchestre seul (10 min environ)

 

 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigAgenda 2014 :
TournĂ©e Gustav Mahler par l’Orchestre Ose
Vincent Le Texier, baryton
Daniel Kawka, direction
5 dates en janvier et février 2014
pour vivre le grand frisson wagnérien

Aprofondir:

Lire notre dossier spécial Rückert lieder (1901-1902)
Lire notre dossier spécial Kindertotenlieder (1901-1904)

2 dates événements :

 

OSE_logo_NOIR7 février 2014 : Théâtre de Privas, Privas (07), 20h30

OSE_logo_NOIR8 février : Théâtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque œuvre est précédée d’une lecture de lettres d’amour écrites de Gustav Mahler et adressées à Alma Mahler

Informations, rĂ©servations sur le site de l’Orchestre Ose

boutonreservation

Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise est repris le 30 septembre 2014 Ă  Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

 

 

TournĂ©e. OSE, le nouvel orchestre de Daniel Kawka, jusqu’au 8 fĂ©vrier 2014

Kawka_daniel_OSE_orchestreOrchestre OSE. Daniel Kawka. Concert Gustav Mahler: Mort Ă  Venise. Du 24 janvier au 8 fĂ©vrier 2014. A partir du film de Visconti qui sur les traces de Thomas Mann, imagine le compositeur Gustav Mahler vivant ses derniers instants Ă  Venise Ă  l’Ă©poque d’une Ă©pidĂ©mie, l’Orchestre Ose et Daniel Kawka cĂ©lèbrent les feux flamboyants de ce romantisme enivrant spĂ©cifiquement vĂ©nitien (lagunaire) Ă  partir du fameux Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler (1902), vĂ©ritable emblème du film : le mouvement est selon les sources accompagnant la genèse de la Symphonie, un hymne amoureux Ă  son Ă©pouse, Alma Mahler. Ose est le nouvel orchestre fondĂ© par le chef Daniel Kawka. Fonctionnement coopĂ©ratif, dialogue et Ă©galitĂ© parmi les musiciens forment un nouveau type de collectif dont les valeurs partagĂ©es assurent  une nouvelle qualitĂ© d’interprĂ©tation. Pour sa première tournĂ©e (en RhĂ´ne-Alpes, puis Ă  Aix en Provence au Grand Théâtre en septembre 2014), chef et instrumentistes abordent l’amour et la mort du chant mahlĂ©rien (avec la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier)… Le Chant MahlĂ©rien : mort Ă  Venise met en lumière la flamme crĂ©pusculaire d’un Mahler Ă©prouvĂ©, accablĂ© et finalement, subtilement transfigurĂ© … alchimie des timbres, Ă©quilibre des pupitres, dynamiques et balances rĂ©investies, souci du phrasĂ© spĂ©cifique, le travail des musiciens d’Ose dĂ©fendent avec passion et transparence l’un des programmes mahlĂ©riens les mieux conçus Ă  ce jour.

 
 
 

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programme

1ère partie

Kindertoten Lieder / Chants pour voix et orchestre
(20 min environ)

Symphonie n°10, Adagio / Pour orchestre seul
(25 min environ)

Entracte

2ème partie
Ruckert Lieder / Chants pour voix et orchestre
(25 min environ)

Symphonie n°5, Adagietto « Mort à Venise »
Pour orchestre seul (10 min environ)

 

 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigAgenda 2014 :
TournĂ©e Gustav Mahler par l’Orchestre Ose
Vincent Le Texier, baryton
Daniel Kawka, direction
5 dates en janvier et février 2014
pour vivre le grand frisson wagnérien

Aprofondir:

Lire notre dossier spécial Rückert lieder (1901-1902)
Lire notre dossier spécial Kindertotenlieder (1901-1904)

5 dates événements :

 

OSE_logo_NOIR24 janvier 2014 : La Rampe, Echirolles (38), 20h

OSE_logo_NOIR28 janvier 2014 : Le Grand Angle, Voiron (38), 20h

OSE_logo_NOIR29 janvier 2014 : Le Dôme Théâtre, Albertville (73), 20h30

OSE_logo_NOIR7 février 2014 : Théâtre de Privas, Privas (07), 20h30

OSE_logo_NOIR8 février : Théâtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque œuvre est précédée d’une lecture de lettres d’amour écrites de Gustav Mahler et adressées à Alma Mahler

Informations, rĂ©servations sur le site de l’Orchestre Ose

boutonreservation

Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise est repris le 30 septembre 2014 Ă  Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

 
 

Compte-rendu, concert. Echirolles. La Rampe, scène nationale, vendredi 24 janvier 2014. Le chant mahlĂ©rien : mort Ă  Venise. Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction. Concert inaugural de la tournĂ©e ” le chant mahlĂ©rien “.

Echirolles. La Rampe, scène national, vendredi 24 janvier 2014. Le chant mahlĂ©rien : mort Ă  Venise. Orchestre OSE. Daniel Kawka, direction. Gustav Mahler : Symphonie n°10 (Adagio), Symphonie n°5 (Adagietto). RĂĽckert lieder, Kindertotenlieder (Vincent Le Texier, baryton). Concert inaugural de la tournĂ©e ” le chant mahlĂ©rien “.

 

 

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ImmĂ©diatement le geste et la vision de Daniel Kawka dirigeant son premier concert en tournĂ©e avec les instrumentistes de son nouvel  orchestre Ose,  frappe par son esthĂ©tique clairement chambriste. Une quĂŞte permanente d’homogĂ©nĂ©itĂ©, de transparence, le chant pur d’une voix intĂ©rieure jamais impĂ©rieuse qui superbement dĂ©fendue par l’ocĂ©an des cordes (l’unisson soyeux du combiné  violons-altos est le pilier de la vision) exprime au plus juste les tiraillements autobiographiques de Mahler.
Du reste, le programme très pertinemment conçu, veille Ă  rĂ©tablir la place de la confession, pas dĂ©versoir ni bavardage… mais tĂ©moignage pudique et sincère dont la douleur Ă©tale nourrit ici la prĂ©sence des deux plages purement symphoniques : d’abord l’aboutissement mystique de l‘Adagio de la 10 ème Symphonie (placĂ© en ouverture : dĂ©fi redoutable relevĂ© par les musiciens du nouvel orchestre), puis voluptĂ© ineffable de l’Adagietto de la 5ème, vĂ©ritable dĂ©claration amoureuse pour l’aimĂ©e de toute une existence: Alma.
La rĂ©alisation en est d’autant plus charnue mais limpide et coulante et fluide qu’ici seules les cordes ciselĂ©es, – ourlĂ©es / nimbĂ©e par l’aĂ©rienne harpe, rĂ©alisent par paliers l’Ă©lĂ©vation quasi spirituelle de cet aveu d’amour.

 

Orchestre coopératif

Renoncement mystique d’abord,  puis ivresse voire extase Ă©motionnelle…. l’Ă©chelle des affects est Ă©tendue,  impressionnante… Ă  la mesure de la vision du chef suractif qui imagine demain pour la phalange crĂ©Ă©e avec l’audace des pionniers, un fonctionnement collĂ©gial et Ă©galitaire oĂą tout un chacun quelle que soit sa place dans l’orchestre est rĂ©munĂ©rĂ© de la mĂŞme façon … une sorte de coopĂ©rative intelligente et respectueuse oĂą chacun ayant trouvĂ© sa juste voix contribue Ă  l’activitĂ© collective.
On est loin des orchestres fonctionnarisĂ©s et strictement hiĂ©rarchisĂ©s qui bien que grassement subventionnĂ©s ne se posant plus aucune question. .. tournent en rond en termes de rĂ©pertoire comme dans la conception de l’interprĂ©tation.  Toujours les mĂŞmes Ĺ“uvres … jouĂ©es de la mĂŞme façon. .. voilĂ  qui rassure effectivement tout le monde.
A Grenoble, rien de tel ; c’est la première Ă©tape de la tournĂ©e Le chant mahlĂ©rien, jouer Mahler, -grand rĂ© dĂ©couvert du XX ème siècle (Ă  partir des annĂ©es 1950 seulement grâce Ă  Leonard Bernstein entre autres…) dans une sĂ©ries de salles oĂą le fait symphonique n’est pas si naturel, de surcroĂ®t dĂ©fendu par un nouvel orchestre et dans un programme dense mais passionnant, relève du courage, du dĂ©fi voire de…  l’inouĂŻ. Mais le concert ne doit-il pas aussi nous surprendre, dans le choc inespĂ©rĂ© d’une dĂ©couverte ?

De facto, l’orchestre de Daniel kawka porte bien son nom : il ajoute Ă  son fonctionnement dĂ©mocratique et coopĂ©ratif… l’inĂ©dit,  l’Ă©tonnant,  et par cette programmation très originale, …. les saveurs de l’Ă©laborĂ© en rien Ă©litiste.

Jouer l’Adagio puis l’Adagietto -accomplissements purement symphoniques-, rĂ©inscrit très justement l’Ă©criture mahlĂ©rienne dans l’essor du symphonisme dĂ©but de siècle,  champion des audaces purement orchestrales aux cĂ´tĂ©s de Strauss (tiens voilĂ  une autre idĂ©e originale : confronter Strauss et Mahler ? Certainement prochain avatar Ă  mettre au crĂ©dit des nouveaux chantiers d’Ose car le chef n’en manque pas, loin de lĂ …).
Joindre en complément les deux cycles de lieder : les Rückert puis les Kindertotenlieder, est un rappel fort éloquent de la place du chant et de la voix dans les massifs orchestraux malhériens.

AssociĂ©s au verbe suggestif du baryton Vincent Le Texier, – voix carrĂ©e, affirmĂ©e, d’un viril Ă©vocateur, les musiciens conduits par un chef Ă  l’Ă©coute de plus en plus introspective du texte, font l’expĂ©rience d’un chambrisme mis au diapason des proportions  et de l’Ă©mission vocales ;  le souci des dynamiques, l’Ă©quilibre voix / orchestre constamment ciselĂ© rĂ©tablissent la version originelle des deux ensembles lyriques pour voix d’homme.  Pas accompagnateur mais nouveau partenaire instrumentalement caractĂ©risĂ© et parfois subtilement individualisĂ©… le collectif orchestral gagne un nouveau statut… celui d’une assemblĂ©e de solistes inspirĂ© par le jeu concertant.

Hier wagnĂ©rien nuancĂ© (Ă  Dijon, en octobre  2013, pour un Ring retaillĂ© et donc vilipendĂ© mais musicalement Ă©poustouflant), d’une force de conviction et d’approfondissement peu commune, Daniel Kawka s’engage aujourd’hui avec son propre orchestre pour le chant malhĂ©rien ; subtile approche qui rĂ©serve surprises et splendeurs de l’Ă©toffe orchestrale d’un compositeur musicien pas si jouĂ© que cela.

Le programme subtilement conçu et agencĂ© exprime comme le geste interprĂ©tatif, une comprĂ©hension admirable des enjeux malhĂ©riens. C’est de loin de ce point de vue – conception scientifique et nouvel esthĂ©tisme collĂ©gial-, l’un des concerts Mahler les plus enthousiasmants auxquels nous ayons assistĂ©. Longue vie au maestro et Ă  Ose,  son nouvel orchestre. Ne manquez pas les prochains rvs d’Ose, un collectif de musiciens Ă  suivre dĂ©sormais.

La tournĂ©e Le chant mahlĂ©rien : mort Ă  Venise, se poursuit jusqu’au 8 fĂ©vrier 2014. Voir notre prĂ©sentation complète du programme dĂ©fendu par l’orchestre OSE et son chef fondateur, Daniel Kawka. Consultez aussi le site de l’Orchestre OSE (Daniel Kawka, direction)

 

 

5 dates événements :

 

OSE_logo_NOIR24 janvier 2014 : La Rampe, Echirolles (38), 20h

OSE_logo_NOIR28 janvier 2014 : Le Grand Angle, Voiron (38), 20h

OSE_logo_NOIR29 janvier 2014 : Le Dôme Théâtre, Albertville (73), 20h30

OSE_logo_NOIR7 février 2014 : Théâtre de Privas, Privas (07), 20h30

OSE_logo_NOIR8 février : Théâtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque œuvre est précédée d’une lecture de lettres d’amour écrites de Gustav Mahler et adressées à Alma Mahler

Informations, réservations sur le site de l’Orchestre Ose

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Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise est repris le 30 septembre 2014 Ă  Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

 

 

 

CD. Denisov : Au plus haut des cieux. Daniel Kawka (Harmonia Mundi)

 
Denisov, edison_daniel_kawkaCD. Denisov : Au plus haut des cieux. Daniel Kawka (Harmonia Mundi). 12 solistes d’exception en empathie concertante sous la baguette de Daniel Kawka, illustrent cet art millimĂ©trĂ© de la conversation atmosphĂ©rique tel qu’Edison Denisov (dĂ©cĂ©dĂ© en 1996) l’a subtilement maĂ®trisĂ©e dans le premier volet du programme, la Symphonie de chambre n°1 (1982). Les musiciens soulignent sans appui d’aucune sorte la transparence du flux polyphonique, jusqu’au murmure d’une forme ciselĂ©e qui s’achève dans le silence.Ce souci du timbre converge finalement vers le chant: Denisov Ă©tant fascinĂ© par la voix humaine comme en tĂ©moigne le cycle poĂ©tique et vocal ” Au plus haut des cieux ” (qui donne le titre du programme), datĂ© de 1987 ; dans une forme lĂ  encore des plus raffinĂ©es, Denisov reste subjuguĂ© par le texte de Georges Bataille dont l’hypersensibilitĂ© sĂ©ditieuse, sĂ©rie de tableaux visionnaires, ajoute aux couleurs instrumentales. En Ă©cho aux vers de Bataille, Denisov s’est ouvert sur sa propre expĂ©rience parfois douloureuse de l’impuissance viscĂ©ral de l’ĂŞtre confrontĂ© Ă  son destin, au vide de la nuit, au dĂ©sert sans fin de son errance solitaire… La musique n’apaise pas : elle nourrit la quĂŞte (l’infini du bleu) et la tension qui en dĂ©coule ; c’est ce qu’expriment admirablement les musiciens ; chacun des sept Ă©pisodes vocaux accumule le dĂ©sir et l’attente, l’espoir et le dĂ©sespoir, ponctuĂ© par les courts intermezzi purement instrumentaux qui font respirer une trame parsemĂ©e d’Ă©clairs et de conflits intĂ©rieurs, de dĂ©sirs enivrĂ©s qui veulent atteindre cet inaccessible but cĂ©leste : ” au plus haut des cieux, les anges… “. Hautbois fĂ©dĂ©rateur, cloche et cĂ©lesta scintillants et suggestifs… l’orchestre fait entendre cet appel ardent et humain vers les cimes, la puretĂ© impossible, le dĂ©passement de soi qui s’effondre toujours. EspĂ©rance, chute, mais volontĂ© sublimĂ©e par la divine musique…

QuĂŞte, prĂ©monitions…

Le sentiment du vide et du nĂ©ant le plus sinistre se prĂ©cise aussi dans le cycle des mĂ©lodies, Cinq romances d’Anna Akhmatova (1988) d’après les textes dĂ©sespĂ©rĂ©s de la poĂ©tesse russe. La musique est conçue par l’Ă©pouse de Denisov, d’une fluiditĂ© toute ” denisovienne “, avec un souci des images poĂ©tiques, du sens progressif, de la prosodie suggestive.

On ne s’Ă©tonne plus du tempĂ©rament raffinĂ© du chef français, depuis toujours habitĂ© et portĂ© par la passion palpitante des Ĺ“uvres contemporaines. ApĂ´tre de Boulez, Daniel Kawka enchante littĂ©ralement chez Denisov: le scrupule et l’attention millimĂ©trĂ©e aux nuances les plus infimes, la musique se fait verbe: elle rĂ©ussit mĂŞme lĂ  oĂą le mot vacille. Flamboyante et accomplie dans sa formulation poĂ©tique grâce Ă  un chef qui en a saisit toute la portĂ©e salvatrice et infinie. De l’Ă©clatement au constat d’une amertume qui cite parfois Mahler (hautbois rĂŞveur et mordant), l’Ă©criture de Denisov gagne une cohĂ©rence de ton Ă©blouissante sous la direction d’un chef visiblement touchĂ© par son message de dĂ©passement comme de transcendance sonore. L’agitation (le dĂ©but comme une boĂ®te ouverte dĂ©livrant les effluves d’une tempĂŞte intĂ©rieure) et les prĂ©monitions de la Symphonie n°2 atteignent une surexpressivitĂ© maĂ®trisĂ©e qui disent idĂ©alement l’angoisse irrĂ©pressible du compositeur dont l’Ĺ“uvre de 1994 avait annoncĂ© un accident. Rien n’est gratuit ni bĂ©nin: en inscrivant l’Ă©criture de Denisov au cĹ“ur de l’expĂ©rience humaine, tel un chant en miroir, Daniel Kawka signe ici l’un de ses plus beaux disques : secret, mystĂ©rieux, incarnĂ©, pudique. Superbe accomplissement.

Edison Denisov (1929-1996): Au plus haut des cieux. Symphonie de chambre N°1, N°2. Au plus haut des cieux, Cinq romances d’Anna Akhmatova. Brigitte PeyrĂ©, soprano. Ensemble Orchestral Contemporain. Daniel Kawka, direction. 1 cd Harmonia Mundi 3 149020 526828

 

 

 

 

Daniel Kawka dirige l’Orchestre OSE

Kawka_daniel_OSE_orchestreOrchestre OSE. Daniel Kawka. Concert Gustav Mahler: Mort Ă  Venise. Du 24 janvier au 8 fĂ©vrier 2014. A partir du film de Visconti qui sur les traces de Thomas Mann, imagine le compositeur Gustav Mahler vivant ses derniers instants Ă  Venise Ă  l’Ă©poque d’une Ă©pidĂ©mie, l’Orchestre Ose et Daniel Kawka cĂ©lèbrent les feux flamboyants de ce romantisme enivrant spĂ©cifiquement vĂ©nitien (lagunaire) Ă  partir du fameux Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler (1902), vĂ©ritable emblème du film : le mouvement est selon les sources accompagnant la genèse de la Symphonie, un hymne amoureux Ă  son Ă©pouse, Alma Mahler.

 

 

 

OSE, la tournée 2014

Le chant mahlérien, Mort à Venise

A partir du 24 janvier 2014, l’Orchestre OSE et Daniel Kawka inaugurent leur activitĂ© musicale, dĂ©diant leur premier programme Ă  l’univers bouleversant du compositeur Gustav Mahler, vĂ©ritable gĂ©nie symphoniste Ă  l’Ă©poque oĂą Richard Strauss dĂ©veloppe sa propre Ă©criture orchestrale … 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigLa grâce qui prend son envol Ă  partir des combinaisons de harpes et des cordes sert de passerelle entre deux grands cycles de mĂ©lodies : les RĂĽckert lieder et les Kindertotenlieder ... le premier marquĂ© par l’essor d’un amour naissant, le second par la dĂ©sespoir du deuil nĂ© des enfants morts (une Ă©preuve endurĂ©e par Gustav Malher après la perte de ses deux jeunes filles) … A leur crĂ©ation en 1905 Ă  Vienne, les deux cycles chantĂ©s suscitent un immense succès jamais dĂ©menti jusqu’Ă  nos jours. Pour clore ce superbe programme, Daniel Kawka dont la passion pour l’oeuvre mahlĂ©rienne est incontestable, ajoute l‘Adagio de la Symphonie n°10 (composĂ©e Ă  partir de 1910, laissĂ©e inachevĂ©e Ă  la mort de l’auteur en 1911), autre accomplissement irrĂ©sistible sur le plan du dĂ©veloppement orchestral … un appel aux cimes, l’expĂ©rience d’une conscience Ă©prouvĂ©e ayant enfin rĂ©solu ses angoisses et ses inquiĂ©tudes passĂ©es. Il est d’autant plus pertinent d’associer cycle de lieder et adagios symphoniques que l’Ă©criture du Mahler symphoniste se nourrit de ses propres mĂ©lodies Ă©crites pour la voix.

 

OSE_daniel_575

 

programme

1ère partie

Kindertoten Lieder / Chants pour voix et orchestre
(20 min environ)

Symphonie n°10, Adagio / Pour orchestre seul
(25 min environ)

Entracte

2ème partie
Ruckert Lieder / Chants pour voix et orchestre
(25 min environ)

Symphonie n°5, Adagietto « Mort à Venise »
Pour orchestre seul (10 min environ)

 

 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigAgenda 2014 :
TournĂ©e Gustav Mahler par l’Orchestre Ose
Vincent Le Texier, baryton
Daniel Kawka, direction
5 dates en janvier et février 2014
pour vivre le grand frisson wagnérien

Aprofondir:

Lire notre dossier spécial Rückert lieder (1901-1902)
Lire notre dossier spécial Kindertotenlieder (1901-1904)

5 dates événements :

 

OSE_logo_NOIR24 janvier 2014 : La Rampe, Echirolles (38), 20h

OSE_logo_NOIR28 janvier 2014 : Le Grand Angle, Voiron (38), 20h

OSE_logo_NOIR29 janvier 2014 : Le Dôme Théâtre, Albertville (73), 20h30

OSE_logo_NOIR7 février 2014 : Théâtre de Privas, Privas (07), 20h30

OSE_logo_NOIR8 février : Théâtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque œuvre est précédée d’une lecture de lettres d’amour écrites de Gustav Mahler et adressées à Alma Mahler

Informations, rĂ©servations sur le site de l’Orchestre Ose

boutonreservation

Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise est repris le 30 septembre 2014 Ă  Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théâtre de Provence (13)

 

 OSE_575_orchestre

 

OSE, l’orchestre nouvelle gĂ©nĂ©ration

OSE_visuel_197Le chef Daniel Kawka lance en 2013 un nouvel orchestre d’un genre nouveau: OSE. Plus inventif, plus direct, plus audacieux dans l’expĂ©rience orchestrale … et donc plus interactif, en s’adressant directement Ă  tous ceux qui souhaitent suivre et vivre Ă  ses cĂ´tĂ©s une nouvelle aventure musicale au coeur de l’expĂ©rience orchestrale. Le dialogue qu’il propose Ă  ses futurs abonnĂ©s est d’un nouveau type. Les premiers concerts (comme un prĂ©lude) se sont rĂ©alisĂ©s en juillet et octobre 2013, avant la grande tournĂ©e ” le chant mahlĂ©rien : Mort Ă  Venise ” (oeuvres symphoniques de Gustav Mahler) en janvier et fĂ©vrier 2014.

La première saison musicale de l’Orchestre dĂ©bute vĂ©ritablement en 2014 du 22 janvier au 9 fĂ©vrier 2014, avec plusieurs concerts en Suisse (Montreux) et en France. C’est une tournĂ©e très prometteuse sur le thème ” Mahler Ă  Venise “, avec le baryton Vincent le Texier … Nouveau dans ses missions, nouveau par son fonctionnement, nouveau dans sa façon de vivre la musique … Ose est un orchestre de musiciens professionnels qui entend renouveler totalement l’approche de la musique classique, l’expĂ©rience du concert classique, la relation avec les musiciens … L’originalitĂ© du concept en revient au chef Daniel Kawka, initiateur du projet, qui offre ainsi une nouvelle manière de vivre l’expĂ©rience symphonique.

 

 

Le concept OSE
OSE_logo_NOIRPortĂ© par le succès populaire des premiers concerts symphoniques de son nouvel orchestre en 2011 et 2012, Daniel Kawka a crĂ©Ă© OSE, l’Orchestre Symphonique nouvelle gĂ©nĂ©ration, Ă  partir d’un noyau de 100 instrumentistes professionnels, jouant sur instrument modernes. Le but est clair : innover, partager, sublimer … Inventer de nouvelles formes de concerts et de pratiques musicales artistes/publics ; exprimer une nouvelle vision de la musique symphonique ; favoriser l’Ă©motion et le partage de l’expĂ©rience orchestrale… quoi de plus magique et exaltant que de vibrer ensemble ? C’est le dĂ©fi que propose aujourd’hui l’Orchestre OSE.

PersonnalitĂ© humaine attachante et gĂ©nĂ©reuse, Daniel Kawka a crĂ©Ă© l’Ensemble Orchestral Contemporain il y a plus de 20 ans (1992) dont l’activitĂ© et l’engagement pour le rĂ©pertoire moderne et contemporain, de Mahler Ă  Boulez et Denisov … (lire notre critique du cd EDISON DENISOV : Au plus haut des cieux) s’inscrit durablement et de façon exemplaire dans le paysage symphonique hexagonal ; le travail mĂ©ticuleux sur le sens des partitions, la complicitĂ© nĂ©e entre les interprètes, le charisme du chef surtout qui assure l’excellence de chaque session font de l’EOC, l’un des acteurs majeurs parmi les orchestres français dignes de ce nom. Classiquenews a rĂ©gulièrement accompagnĂ© les champs de recherche et de rĂ©alisation de l’orchestre de Daniel Kawka, et saluĂ© au moment de leurs publications les disques parus dans la continuitĂ© des concerts.

Parmi les accomplissements discographiques rĂ©alisĂ©s sous la direction de Daniel Kawka, citons : DĂ©rives I et II de Pierre Boulez (NaĂŻve), Denisov : Au plus haut des cieux (album dĂ©diĂ© Ă  l’oeuvre d’Edison Denisov (Harmonia Mundi) … entre autres parmi les sommets discographiques emblĂ©matiques de leur dĂ©marche artistique, sans omettre l’excellente monographie consacrĂ©e Ă  l’oeuvre aux rĂ©fĂ©rences picturales d’Hugues Dufour (Hugues Dufour : Les MĂ©tĂ©ores). DĂ©frichement, audace, risques assumĂ©s … Daniel Kawka peut ĂŞtre fier de son parcours avec l’EOC. Avec l’orchestre de la RAI, Danial Kawka a Ă©galement livrĂ© pour le centenaire Barber, un disque Ă©blouissant comprenant le Concert pour piano et 3 Essays (rĂ©alisĂ© en 2008).

kawka_daniel_wagner_2013_chef_dijon_opera_443En tant que chef invitĂ©, Daniel Kawka Ă©tonne, surprend, convainc dans tous les projets qui lui sont proposĂ©s ; prolongeant l’expĂ©rience du plateau comme chef dirigeant les concerts symphoniques, il est aussi un superbe interprète lyrique.
Classiquenews a tout autant soulignĂ© l’acuitĂ© et la finesse analytique de sa direction, d’une Ă©loquence millĂ©mĂ©trĂ©e souvent exceptionnelle, sachant ciseler l’expression du drame mais aussi assurer les liens organiques des parties entre elles comme un vĂ©ritable architecte ; Ă  ce titre, Daniel Kawka est l’un des chefs les plus captivants de notre Ă©poque : nous nous souvenons de son Château de Barbe Bleue rĂ©cemment repris Ă  Angers Nantes OpĂ©ra, ou encore, l’excellent Tristan und Isolde de Wagner (mise en scène d’Olivier Py) Ă  Dijon : l’Ă©coulement de l’acte II Ă©tait Ă  lui seul d’une tension poĂ©tique Ă  couper le souffle … grands moments dĂ©cidĂ©ment, permis par un musicien sensible et d’une rare pertinence. La production lĂ©gendaire Ă©tait d’autant plus remarquable qu’elle n’est jamais venue Ă  Paris ! En octobre 2013, Daniel Kawka a dirigĂ© le Ring de Wagner pour commĂ©morer le bicentenaire 2013 de Wagner: un nouveau cycle interprĂ©tatif qui sur le plan musical s’est imposĂ© comme une nouvelle expĂ©rience wagnĂ©rienne incontournable au cours de l’annĂ©e Wagner 2013 : souplesse du geste, clartĂ©, articulation, Ă©loquence de la direction, profondeur et justesse poĂ©tique de la vision, le Wagner de Daniel Kawka s’est rĂ©vĂ©lĂ© totalement passionnant (d’autant plus convaincant que le chef a du faire travailler un orchestre quasiment montĂ© au dernier moment pour cette aventure lyrique dijonaise) … VoilĂ  autant de raisons qui soulignent le lancement de l’Orchestre OSE, tel un Ă©vĂ©nement majeur en France.

Compte rendu. Wagner : Der Ring. Daniel Kawka, direction (Dijon, le 13 octobre 2013)

VnsxJtQY62_201310223GL1UUUC7DCompte rendu. Wagner : Der Ring. Daniel Kawka, direction (Dijon, le 13 octobre 2013). A Dijon : un certain Ring, pas le Ring … Commençons par le malentendu qui n’a pas manquĂ© de troubler la juste Ă©valuation de ce Ring dijonais plutĂ´t froidement accueilli par certains medias, trop attachĂ©s Ă  une vision classique voire conservatrice de La TĂ©tralogie wagnĂ©rienne. La production de l’OpĂ©ra de Dijon souffrirait ainsi de deux maux impardonnables : ses coupures (plutĂ´t franches … mais cohĂ©rentes car elles Ă©vitent les Ă©pisodes rĂ©pĂ©titifs d’un opĂ©ra Ă  l’autre)) ; ses inclusions contemporaines, regards actuels signĂ©s du compositeur en rĂ©sidence Ă  Dijon (Brice Pauset), lequel qui non seulement rĂ©invente certains Ă©pisodes mais surtout rĂ©arrange la partition pour rĂ©ussir les transitions entre les sĂ©quences qui ont Ă©chappĂ© Ă  la coupe…  Double forfait de lèse majestĂ© oĂą c’est Wagner qu’on assassine…
C’Ă©tait oubliĂ© que ce Ring produit et portĂ© par le directeur de l’OpĂ©ra de Dijon, Laurent Joyeux (lequel en signe aussi la mise en scène et qui a pilotĂ© toute la conception dramatique et artistique), est avant tout une relecture en forme de rĂ©duction qui s’assume en tant que telle : une sorte d’ ” avant-goĂ»t ” destinĂ© non aux purs wagnĂ©riens, nostalgiques de Bayreuth (ceux lĂ  mĂŞme qui crient au scandale), mais aux nouveaux publics, Ă  tout ceux qui ne connaissant pas Wagner ou si peu, n’ayant jamais (ou que trop rarement) passĂ© la porte de l’opĂ©ra, ” osent ” s’aventurer ici en terres wagnĂ©riennes pour en goĂ»ter les dĂ©lices … vocaux, musicaux, visuels. A en juger par les très nombreux rappels en fin de cycle (après Siegfried puis Le CrĂ©puscule des  Dieux), la maison dijonaise a amplement atteint ses objectifs, un pourcentage de nouveaux spectateurs très sensible,  jeunes et nouveaux ” wagnĂ©riens “, ainsi convertis sont venus pour la première fois Ă  l’OpĂ©ra de Dijon grâce Ă  cette expĂ©rience singulière.
Donc exit les critiques sur l’outrage fait Ă  la TĂ©tralogie originelle… Tout est question de perspective et de culture : la France n’a jamais aimĂ© les adaptations d’après les grandes oeuvres. L’immersion allgĂ©e dans le monde Wagner reste efficace. Ce Ring diminuĂ©, retaillĂ© pour ĂŞtre Ă©coutĂ© et vu sur 2 jours (concept de dĂ©part), tient ses promesses et mĂŞme rĂ©serve de sublimes dĂ©couvertes. Car pour les wagnĂ©riens, comme nous, non bornĂ©s, les coupes, la rĂ©Ă©criture du flux dramatique n’empĂŞchent pas, au contraire, une rĂ©alisation musicale proche de la perfection. Un miracle artistique opportunĂ©ment orchestrĂ© pour l’annĂ©e du bicentenaire Wagner 2013.

Quelques faiblesses pour commencer …

 

Parlons d’abord des faiblesses (mineures en vĂ©ritĂ©) de ce Ring retaillĂ©. Perdre le vĂ©ritable tableau des nornes qui ouvre le CrĂ©puscule, pour celui rĂ©Ă©crit par Pauset, reste une erreur (affaire de goĂ»t) : mĂŞme si l’inclusion contemporaine placĂ©e en introduction Ă  Siegfried  rĂ©capitule en effet ce qui a prĂ©cĂ©dĂ© (La Walkyrie) et prĂ©pare Ă  l’action hĂ©roĂŻque Ă  venir, ne pas entendre Ă  cet endroit prĂ©cis, la musique de Wagner est difficile Ă  supporter : le gain  dans cette substitution n’est pas Ă©vident : l’auditeur/spectateur y a perdu l’un des tableaux les plus envoĂ»tants de la TĂ©tralogie. Et dĂ©buter l’Ă©coute de Siegfried par le prisme d’une musique viscĂ©ralement ” Ă©trangère “, est une expĂ©rience qui relève de l’Ă©preuve. Avouons que rentrer dans l’univers WagnĂ©rien par ce biais a Ă©tĂ© abrupt, soit presque 20 minutes de musique tout Ă  fait inutile. Certes on a compris le principe du regard contemporain sur Wagner mais sur le plan dramatique, nous prĂ©fĂ©rons vraiment l’Ă©pisode originel. Infiniment plus poĂ©tique et plus Ă©pique.

De mĂŞme, d’un point de vue strictement dramatique, l’enchaĂ®nement entre l’avant dernier et l’ultime tableau du CrĂ©puscule (changement de dĂ©cor oblige : installation de l’immense portique architecturĂ© en fond de scène) impose un temps d’attente silencieux trop important qui nuit gravement Ă  la continuitĂ© du drame. L’impatience gagne les rangs des spectateurs. On note aussi certains ” dĂ©tails ” dans la rĂ©alisation des choeurs (pendant le rĂ©cit de Siegfried aux chasseurs, ou plus loin, au moment du mariage de BrĂĽnnhilde et de Gunther dans Le CrĂ©puscule) … rĂ©duits Ă  3 ou 4 voix masculines (quand plusieurs dizaines de choristes sont initialement requis)… Qu’importe, la rĂ©duction et la version coupĂ©e ont Ă©tĂ© annoncĂ©es donc ici assumĂ©es. L’important est ailleurs.  Infiniment plus bĂ©nĂ©fique.

 

 

Fosse miraculeuse

 

kawka_daniel_wagner_2013_chef_dijon_opera_443Daniel Kawka, orfèvre du tissu wagnĂ©rien … Car ce qui se passe dans la fosse… est un pur miracle. Un dĂ©fi surmontĂ© (après le dĂ©sistement du premier orchestre partenaire) et sublimĂ© grâce au seul talent du chef invitĂ© Ă  diriger ce Ring musicalement anthologique : Daniel Kawka. Disciple admirateur de Boulez, le maestro français, fondateur de l’Ensemble Orchestral contemporain, dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans Tristan ici mĂŞme (mis en scène par Olivier Py) se rĂ©vèle d’une sensibilitĂ© gĂ©niale par sa direction analytique et si subtilement architecturĂ©e. Il Ă©blouit par son sens des Ă©quilibres sonores, des balances instrumentales, une conception hĂ©doniste et brillante, lĂ©gère et transparente, surtout organique de l’orchestre wagnĂ©rien ; la baguette accomplit un travail formidable sur la partition, sachant fusionner le temps, l’espace, les passions qui submergent les protagonistes : la prouesse tient du gĂ©nie tant ce rĂ©sultat  esthĂ©tiquement si accompli, s’inscrit a contrario du principe de coupures et de sĂ©quençage de ce Ring Wagner/Pauset.  Du dĂ©but Ă  la fin, l’Ă©coute est happĂ©e/captivĂ©e par le sens de la continuitĂ© et de l’aspiration temporelle. D’une articulation superlative, chaque pupitre restitue le tissu symphonique selon les Ă©pisodes avec un brio sonore (cuivres ronds, bois mordants, cordes aĂ©riennes…) et une profondeur exceptionnellenent riche sur le plan Ă©motionnel. Les Ă©tagements idĂ©alement rĂ©alisĂ©s expriment la suractivitĂ© orchestrale, ce continuum permanent d’intentions et de connotations, de rĂ©itĂ©rations, variations ou dĂ©veloppements entremĂŞlĂ©es qui composent l’Ă©toffe miroitante de l’orchestre wagnĂ©rien. Si parfois les tutti semblent attĂ©nuĂ©s (couverts de facto par la scène), le relief des couleurs, la vision interne qui restitue au flot musical, sa densitĂ© vivante, offrent une expĂ©rience unique. VoilĂ  longtemps qu’un tel Wagner nous semblait irrĂ©alisable : chambriste, psychologique, Ă©motionnel, l’orchestre dit tout ce que les chanteurs taisent malgrĂ© eux. Combien l’apport du chef serait dĂ©cuplĂ© dans un cycle intĂ©gral ! Voici assurĂ©ment l’argument le plus indiscutable de ce Ring dijonais.
DIJON_siegfried_bruhnnilde_2013Parmi les plus Ă©blouissantes rĂ©ussites musicales des deux derniers volets auxquels nous avons assistĂ© : le rĂ©veil de BrĂĽnnhilde par Siegfried (clĂ´turant Siegfried) puis dans Le CrĂ©puscule, l’intermède musical qui prĂ©cède le viol de BrĂĽnnhilde par Gunther/Siegfried (bouleversant miroir des pensĂ©es de la  sublime amoureuse), enfin  la dernière scène oĂą la veuve du hĂ©ros restitue l’anneau malĂ©fique avant de se jeter dans les flammes du bĂ»cher salvateur et purificateur … Ces trois pages resteront des moments inoubliables : Sabine Hogrefe qui avait Ă©tĂ© sous la direction du chef et dans la mise en scène dĂ©jĂ  citĂ©e, une Isolde captivante, incarne Ă  Dijon, une BrĂĽnnhilde fine et incandescente ; ici, mĂŞme complicitĂ© Ă©vidente avec le chef dans un rapport idĂ©al entre fosse et plateau : un dispositif  spĂ©cialement amĂ©nagĂ© comme Ă  Bayreuth qui Ă©tage sous la scène les instrumentistes sur 5 niveaux.
Les aigus rayonnants et d’une santĂ© vocale sont Ă  faire frĂ©mir, surtout sa justesse psychologique est Ă  couper le souffle. On comprend dès lors que ce ce rĂ©veil de l’ex Walkyrie est surtout celui d’une demi dĂ©esse qui devient femme mortelle, dĂ©sormais prĂŞte (ou presque au dĂ©part de cette rencontre avec Siegfried) Ă  aimer le hĂ©ros, vainqueur de Wotan. Incroyable mĂ©tamorphose obligĂ©e qui prend tout son sens ici, grâce Ă  la subtilitĂ© de l’actrice, grâce au chant tout en nuances de l’orchestre dans la fosse. Ainsi jaillissent toutes les Ă©motions, la fragilitĂ© et l’innocence des deux âmes (Siegfried/BrĂĽnnhilde) qui se dĂ©couvrent et se (re)connaissent alors pour la première fois (la rencontre est l’un des thèmes les plus bouleversants de l’opĂ©ra wagnĂ©rien, ici rĂ©alisĂ© de façon irrĂ©sistible).

 

 

Siegfried, jeune Rimbaud en devenir, du poétique au politique

Aux cĂ´tĂ©s de BrĂĽnnhilde, son partenaire tout aussi convaincant, le Siegfried du jeune Daniel Brenna sert admirablement la conception du metteur en scène  qui fait du hĂ©ros mythique non plus ce naĂŻf guerrier bientĂ´t manipulĂ© et envoĂ»tĂ© par les Gibishugen, mais un jeune poète, ardent et  impatient, vibrant au diapason de la nature, âme curieuse et agissante, carnet de notes en main, sorte de Rimbaud voyageur, Ă  l’Ă©coute du monde et des Ă©pisodes naturels : d’une mĂŞme acuitĂ© tonifiante que celui de sa partenaire, le chant du tĂ©nor est exemplaire en clartĂ©, en projection du verbe, de juvĂ©nilitĂ© solaire. Quelle lecture diffĂ©rente Ă  tant de visions conformes oĂą pèsent souvent le poids de l’Ă©pĂ©e, … voire l’inconsistance d’un jeu souvent primaire.
Ici Laurent Joyeux suit la ligne des coupes et ce plan volontaire qui favorise la clartĂ© psychologique des individus et qui fait dans le sĂ©quençage produit, une scène en forme de huit clos théâtral Ă  quelques personnages (surtout dans Le CrĂ©puscule des dieux oĂą l’opĂ©ra s’ouvre directement sur le dialogue des Gibishchugen Gunther et son demi frère Hagen, sans donc les deux Ă©pisodes des nornes et de la rencontre entre Siegfried et les filles du Rhin) : innocent et impulsif, portĂ© par le dĂ©sir de conquĂŞte puis par le pur amour, Siegfried devient sous l’effet d’un breuvage malĂ©fique, animal politique, outrageusement trompĂ©, … il est alors capable des pires agissements, trompant, blessant, humiliant son Ă©pouse. Il ne revient Ă  lui-mĂŞme qu’au moment d’expirer, – après avoir Ă©tĂ© odieusement assassinĂ© par Hagen : on voit bien ce passage du poĂ©tique au politique, de l’amour au pouvoir qui dĂ©truit toute humanitĂ©, sous l’effet de l’anneau maudit. La ligne psychodramatique est claire et offre de superbes visuels, comme cette aile blanche gigantesque qui est la couche de BrĂĽnnhilde, … lit d’Ă©veil, lit nuptial pour ses amours avec Siegfried : … d’une puretĂ© symbolique digne d’un Magritte (certainement le plus beau tableau de toute la soirĂ©e).

 

 

DIJON_RING_wagner_crepusculeAu terme de ce dĂ©senchantement annoncĂ© programmĂ© (Le CrĂ©puscule des dieux), la mort de Siegfried se fait mort du poète, perte immense (irrĂ©mĂ©diable et fatale) pour le salut de notre monde (un tapis noir, un drapeau noir couvrent dĂ©sormais le sol et l’architecture dans un espace dĂ©sormais sans illusions ni espĂ©rance).
Il faut bien alors le geste salvateur d’une BrĂĽnnhilde, veuve enfin clairvoyante (elle jette l’anneau dans le Rhin qui revient ainsi aux filles du Rhin) pour que la malĂ©diction prenne fin et que se prĂ©cise la possibilitĂ© d’une renaissance (Ă  travers le jeune garçon – nouveau Siegfried des temps futurs, qui en fin d’action, est prĂŞt Ă  rĂ©ouvrir le grand livre de l’histoire)… Mais les hommes tirent-ils leçon du passĂ© ? Rien n’est moins sĂ»r. La question a gardĂ© toute son actualitĂ©, rehaussĂ©e par une musique dĂ©cidĂ©ment singulière, inouĂŻe …  sublimement dĂ©fendue Ă  Dijon.

 

Le Ring de Wagner à  l’OpĂ©ra de Dijon, jusqu’au 15 octobre 2013.

 

Dijon. OpĂ©ra Auditorium, le 13 octobre 2013. Wagner/Pauset : Der Ring. Siegfried, Le CrĂ©puscule des dieux. Daniel Kawka, direction. Laurent Joyeux, mise en scène. SIEGFRIED : avec Sabine Hogrefe (BrĂĽnnhilde), Daniel Brenna (Siegfried), Thomas E. Brauer (Der wanderer), Florian Simson (Mime), 6 garçons de la MaĂ®trise de Dijon (les oiseaux de la forĂŞt). LE CREPUSCULE DES DIEUX : avec Sabine Hogrefe (BrĂĽnnhilde), Daniel Brenna (Siegfried), Nicholas Folwell (Gunther), Christian HĂĽbner (Hagen), Manuela Bress (Waltraute), Josefine Weber (Gutrune) …
Illustrations : Opéra de Dijon 2013 © G.Abegg 2013

 

Compe rendu. Der Ring Ă  l’OpĂ©ra de Dijon par Daniel Kawka

Compte rendu, critique, Opéra. Dijon. Opéra Auditorium, le 13 octobre 2013. Der Ring de Richard Wagner. Daniel Kawka, direction musicale. Laurent Joyeux, mise en scène.
Commençons par le malentendu qui n’a pas manquĂ© de troubler la juste Ă©valuation de ce Ring dijonais plutĂ´t froidement accueilli par certains medias, trop attachĂ©s Ă  une vision classique voire conservatrice de La TĂ©tralogie wagnĂ©rienne. La production de l’OpĂ©ra de Dijon souffrirait ainsi de deux maux impardonnables : ses coupures (plutĂ´t franches … mais cohĂ©rentes car elles Ă©vitent les Ă©pisodes rĂ©pĂ©titifs d’un opĂ©ra Ă  l’autre)) ; ses inclusions contemporaines, regards actuels signĂ©s du compositeur en rĂ©sidence Ă  Dijon (Brice Pauset), lequel qui non seulement rĂ©invente certains Ă©pisodes mais surtout rĂ©arrange la partition pour rĂ©ussir les transitions entre les sĂ©quences qui ont Ă©chappĂ© Ă  la coupe…  Double forfait de lèse majestĂ© oĂą c’est Wagner qu’on assassine…

 

 

A Dijon : un certain Ring, pas le Ring …

 

C’Ă©tait oubliĂ© que ce Ring produit et portĂ© par le directeur de l’OpĂ©ra de Dijon, Laurent Joyeux (lequel en signe aussi la mise en scène et qui a pilotĂ© toute la conception dramatique et artistique), est avant tout une relecture en forme de rĂ©duction qui s’assume en tant que telle : une sorte d’ ” avant-goĂ»t ” destinĂ© non aux purs wagnĂ©riens, nostalgiques de Bayreuth (ceux lĂ  mĂŞme qui crient au scandale), mais aux nouveaux publics, Ă  tout ceux qui ne connaissant pas Wagner ou si peu, n’ayant jamais (ou que trop rarement) passĂ© la porte de l’opĂ©ra, ” osent ” s’aventurer ici en terres wagnĂ©riennes pour en goĂ»ter les dĂ©lices … vocaux, musicaux, visuels. A en juger par les très nombreux rappels en fin de cycle (après Siegfried puis Le CrĂ©puscule des  Dieux), la maison dijonaise a amplement atteint ses objectifs, un pourcentage de nouveaux spectateurs très sensible,  jeunes et nouveaux ” wagnĂ©riens “, ainsi convertis sont venus pour la première fois Ă  l’OpĂ©ra de Dijon grâce Ă  cette expĂ©rience singulière.
Donc exit les critiques sur l’outrage fait Ă  la TĂ©tralogie originelle… Tout est question de perspective et de culture : la France n’a jamais aimĂ© les adaptations d’après les grandes oeuvres. L’immersion allgĂ©e dans le monde Wagner reste efficace. Ce Ring diminuĂ©, retaillĂ© pour ĂŞtre Ă©coutĂ© et vu sur 2 jours (concept de dĂ©part), tient ses promesses et mĂŞme rĂ©serve de sublimes dĂ©couvertes. Car pour les wagnĂ©riens, comme nous, non bornĂ©s, les coupes, la rĂ©Ă©criture du flux dramatique n’empĂŞchent pas, au contraire, une rĂ©alisation musicale proche de la perfection. Un miracle artistique opportunĂ©ment orchestrĂ© pour l’annĂ©e du bicentenaire Wagner 2013.

 

 

Quelques faiblesses pour commencer …

 

Parlons d’abord des faiblesses (mineures en vĂ©ritĂ©) de ce Ring retaillĂ©. Perdre le vĂ©ritable tableau des nornes qui ouvre le CrĂ©puscule, pour celui rĂ©Ă©crit par Pauset, reste une erreur (affaire de goĂ»t) : mĂŞme si l’inclusion contemporaine placĂ©e en introduction Ă  Siegfried  rĂ©capitule en effet ce qui a prĂ©cĂ©dĂ© (La Walkyrie) et prĂ©pare Ă  l’action hĂ©roĂŻque Ă  venir, ne pas entendre Ă  cet endroit prĂ©cis, la musique de Wagner est difficile Ă  supporter : le gain  dans cette substitution n’est pas Ă©vident : l’auditeur/spectateur y a perdu l’un des tableaux les plus envoĂ»tants de la TĂ©tralogie. Et dĂ©buter l’Ă©coute de Siegfried par le prisme d’une musique viscĂ©ralement ” Ă©trangère “, est une expĂ©rience qui relève de l’Ă©preuve. Avouons que rentrer dans l’univers WagnĂ©rien par ce biais a Ă©tĂ© abrupt, soit presque 20 minutes de musique tout Ă  fait inutile. Certes on a compris le principe du regard contemporain sur Wagner mais sur le plan dramatique, nous prĂ©fĂ©rons vraiment l’Ă©pisode originel. Infiniment plus poĂ©tique et plus Ă©pique.

De mĂŞme, d’un point de vue strictement dramatique, l’enchaĂ®nement entre l’avant dernier et l’ultime tableau du CrĂ©puscule (changement de dĂ©cor oblige : installation de l’immense portique architecturĂ© en fond de scène) impose un temps d’attente silencieux trop important qui nuit gravement Ă  la continuitĂ© du drame. L’impatience gagne les rangs des spectateurs. On note aussi certains ” dĂ©tails ” dans la rĂ©alisation des choeurs (pendant le rĂ©cit de Siegfried aux chasseurs, ou plus loin, au moment du mariage de BrĂĽnnhilde et de Gunther dans Le CrĂ©puscule) … rĂ©duits Ă  3 ou 4 voix masculines (quand plusieurs dizaines de choristes sont initialement requis)… Qu’importe, la rĂ©duction et la version coupĂ©e ont Ă©tĂ© annoncĂ©es donc ici assumĂ©es. L’important est ailleurs.  Infiniment plus bĂ©nĂ©fique.
Fosse miraculeuse
kawka_daniel_wagner_2013_chef_dijon_opera_443Daniel Kawka, orfèvre du tissu wagnérien
Car ce qui se passe dans la fosse… est un pur miracle. Un dĂ©fi surmontĂ© (après le dĂ©sistement du premier orchestre partenaire) et sublimĂ© grâce au seul talent du chef invitĂ© Ă  diriger ce Ring musicalement anthologique : Daniel Kawka. Disciple admirateur de Boulez, le maestro français, fondateur de l’Ensemble Orchestral contemporain, dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© dans Tristan ici mĂŞme (mis en scène par Olivier Py) se rĂ©vèle d’une sensibilitĂ© gĂ©niale par sa direction analytique et si subtilement architecturĂ©e. Il Ă©blouit par son sens des Ă©quilibres sonores, des balances instrumentales, une conception hĂ©doniste et brillante, lĂ©gère et transparente, surtout organique de l’orchestre wagnĂ©rien ; la baguette accomplit un travail formidable sur la partition, sachant fusionner le temps, l’espace, les passions qui submergent les protagonistes : la prouesse tient du gĂ©nie tant ce rĂ©sultat  esthĂ©tiquement si accompli, s’inscrit a contrario du principe de coupures et de sĂ©quençage de ce Ring Wagner/Pauset.  Du dĂ©but Ă  la fin, l’Ă©coute est happĂ©e/captivĂ©e par le sens de la continuitĂ© et de l’aspiration temporelle. D’une articulation superlative, chaque pupitre restitue le tissu symphonique selon les Ă©pisodes avec un brio sonore (cuivres ronds, bois mordants, cordes aĂ©riennes…) et une profondeur exceptionnellenent riche sur le plan Ă©motionnel. Les Ă©tagements idĂ©alement rĂ©alisĂ©s expriment la suractivitĂ© orchestrale, ce continuum permanent d’intentions et de connotations, de rĂ©itĂ©rations, variations ou dĂ©veloppements entremĂŞlĂ©es qui composent l’Ă©toffe miroitante de l’orchestre wagnĂ©rien. Si parfois les tutti semblent attĂ©nuĂ©s (couverts de facto par la scène), le relief des couleurs, la vision interne qui restitue au flot musical, sa densitĂ© vivante, offrent une expĂ©rience unique. VoilĂ  longtemps qu’un tel Wagner nous semblait irrĂ©alisable : chambriste, psychologique, Ă©motionnel, l’orchestre dit tout ce que les chanteurs taisent malgrĂ© eux. Combien l’apport du chef serait dĂ©cuplĂ© dans un cycle intĂ©gral ! Voici assurĂ©ment l’argument le plus indiscutable de ce Ring dijonais.
Parmi les plus Ă©blouissantes rĂ©ussites musicales des deux derniers volets auxquels nous avons assistĂ© : le rĂ©veil de BrĂĽnnhilde par Siegfried (clĂ´turant Siegfried) puis dans Le CrĂ©puscule, l’intermède musical qui prĂ©cède le viol de BrĂĽnnhilde par Gunther/Siegfried (bouleversant miroir des pensĂ©es de la  sublime amoureuse), enfin  la dernière scène oĂą la veuve du hĂ©ros restitue l’anneau malĂ©fique avant de se jeter dans les flammes du bĂ»cher salvateur et purificateur … Ces trois pages resteront des moments inoubliables : Sabine Hogrefe qui avait Ă©tĂ© sous la direction du chef et dans la mise en scène dĂ©jĂ  citĂ©e, une Isolde captivante, incarne Ă  Dijon, une BrĂĽnnhilde fine et incandescente ; ici, mĂŞme complicitĂ© Ă©vidente avec le chef dans un rapport idĂ©al entre fosse et plateau : un dispositif  spĂ©cialement amĂ©nagĂ© comme Ă  Bayreuth qui Ă©tage sous la scène les instrumentistes sur 5 niveaux.
Les aigus rayonnants et d’une santĂ© vocale sont Ă  faire frĂ©mir, surtout sa justesse psychologique est Ă  couper le souffle. On comprend dès lors que ce ce rĂ©veil de l’ex Walkyrie est surtout celui d’une demi dĂ©esse qui devient femme mortelle, dĂ©sormais prĂŞte (ou presque au dĂ©part de cette rencontre avec Siegfried) Ă  aimer le hĂ©ros, vainqueur de Wotan. Incroyable mĂ©tamorphose obligĂ©e qui prend tout son sens ici, grâce Ă  la subtilitĂ© de l’actrice, grâce au chant tout en nuances de l’orchestre dans la fosse. Ainsi jaillissent toutes les Ă©motions, la fragilitĂ© et l’innocence des deux âmes (Siegfried/BrĂĽnnhilde) qui se dĂ©couvrent et se (re)connaissent alors pour la première fois (la rencontre est l’un des thèmes les plus bouleversants de l’opĂ©ra wagnĂ©rien, ici rĂ©alisĂ© de façon irrĂ©sistible).

 

 

Siegfried, jeune Rimbaud en devenir, du poétique au politique

 

Aux cĂ´tĂ©s de BrĂĽnnhilde, son partenaire tout aussi convaincant, le Siegfried du jeune Daniel Brenna sert admirablement la conception du metteur en scène  qui fait du hĂ©ros mythique non plus ce naĂŻf guerrier bientĂ´t manipulĂ© et envoĂ»tĂ© par les Gibishugen, mais un jeune poète, ardent et  impatient, vibrant au diapason de la nature, âme curieuse et agissante, carnet de notes en main, sorte de Rimbaud voyageur, Ă  l’Ă©coute du monde et des Ă©pisodes naturels : d’une mĂŞme acuitĂ© tonifiante que celui de sa partenaire, le chant du tĂ©nor est exemplaire en clartĂ©, en projection du verbe, de juvĂ©nilitĂ© solaire. Quelle lecture diffĂ©rente Ă  tant de visions conformes oĂą pèsent souvent le poids de l’Ă©pĂ©e, … voire l’inconsistance d’un jeu souvent primaire.
Ici Laurent Joyeux suit la ligne des coupes et ce plan volontaire qui favorise la clartĂ© psychologique des individus et qui fait dans le sĂ©quençage produit, une scène en forme de huit clos théâtral Ă  quelques personnages (surtout dans Le CrĂ©puscule des dieux oĂą l’opĂ©ra s’ouvre directement sur le dialogue des Gibishchugen Gunther et son demi frère Hagen, sans donc les deux Ă©pisodes des nornes et de la rencontre entre Siegfried et les filles du Rhin) : innocent et impulsif, portĂ© par le dĂ©sir de conquĂŞte puis par le pur amour, Siegfried devient sous l’effet d’un breuvage malĂ©fique, animal politique, outrageusement trompĂ©, … il est alors capable des pires agissements, trompant, blessant, humiliant son Ă©pouse. Il ne revient Ă  lui-mĂŞme qu’au moment d’expirer, – après avoir Ă©tĂ© odieusement assassinĂ© par Hagen : on voit bien ce passage du poĂ©tique au politique, de l’amour au pouvoir qui dĂ©truit toute humanitĂ©, sous l’effet de l’anneau maudit. La ligne psychodramatique est claire et offre de superbes visuels, comme cette aile blanche gigantesque qui est la couche de BrĂĽnnhilde, … lit d’Ă©veil, lit nuptial pour ses amours avec Siegfried : … d’une puretĂ© symbolique digne d’un Magritte (certainement le plus beau tableau de toute la soirĂ©e).
Au terme de ce dĂ©senchantement annoncĂ© programmĂ© (Le CrĂ©puscule des dieux), la mort de Siegfried se fait mort du poète, perte immense (irrĂ©mĂ©diable et fatale) pour le salut de notre monde (un tapis noir, un drapeau noir couvrent dĂ©sormais le sol et l’architecture dans un espace dĂ©sormais sans illusions ni espĂ©rance).
Il faut bien alors le geste salvateur d’une BrĂĽnnhilde, veuve enfin clairvoyante (elle jette l’anneau dans le Rhin qui revient ainsi aux filles du Rhin) pour que la malĂ©diction prenne fin et que se prĂ©cise la possibilitĂ© d’une renaissance (Ă  travers le jeune garçon – nouveau Siegfried des temps futurs, qui en fin d’action, est prĂŞt Ă  rĂ©ouvrir le grand livre de l’histoire)… Mais les hommes tirent-ils leçon du passĂ© ? Rien n’est moins sĂ»r. La question a gardĂ© toute son actualitĂ©, rehaussĂ©e par une musique dĂ©cidĂ©ment singulière, inouĂŻe …  sublimement dĂ©fendue Ă  Dijon.

Le Ring de Wagner à  l’OpĂ©ra de Dijon, jusqu’au 15 octobre 2013.

 

Dijon. OpĂ©ra Auditorium, le 13 octobre 2013. Wagner/Pauset : Der Ring. Siegfried, Le CrĂ©puscule des dieux. Daniel Kawka, direction. Laurent Joyeux, mise en scène. SIEGFRIED : avec Sabine Hogrefe (BrĂĽnnhilde), Daniel Brenna (Siegfried), Thomas E. Brauer (Der wanderer), Florian Simson (Mime), 6 garçons de la MaĂ®trise de Dijon (les oiseaux de la forĂŞt). LE CREPUSCULE DES DIEUX : avec Sabine Hogrefe (BrĂĽnnhilde), Daniel Brenna (Siegfried), Nicholas Folwell (Gunther), Christian HĂĽbner (Hagen), Manuela Bress (Waltraute), Josefine Weber (Gutrune) …

 

CD. Daniel Kawka transcende Denisov

CD. Denisov: au plus haut des cieux, Daniel Kawka (1 cd Harmonia mundi)

Denisov_kawka_au_haut_cieux_cd_harmonia_mundi_daniel_kawka12 solistes d’exception en empathie concertante sous la baguette de Daniel Kawka, illustrent cet art millimĂ©trĂ© de la conversation atmosphĂ©rique tel qu’Edison Denisov (dĂ©cĂ©dĂ© en 1996) l’a subtilement maĂ®trisĂ©e dans le premier volet du programme, la Symphonie de chambre n°1 (1982). Les musiciens soulignent sans appui d’aucune sorte la transparence du flux polyphonique, jusqu’au murmure d’une forme ciselĂ©e qui s’achève dans le silence.

Ce souci du timbre converge finalement vers le chant: Denisov Ă©tant fascinĂ© par la voix humaine comme en tĂ©moigne le cycle poĂ©tique et vocal ” Au plus haut des cieux ” (qui donne le titre du programme), datĂ© de 1987 ; dans une forme lĂ  encore des plus raffinĂ©es, Denisov reste subjuguĂ© par le texte de Georges Bataille dont l’hypersensibilitĂ© sĂ©ditieuse, sĂ©rie de tableaux visionnaires, ajoute aux couleurs instrumentales. En Ă©cho aux vers de Bataille, Denisov s’est ouvert sur sa propre expĂ©rience parfois douloureuse de l’impuissance viscĂ©ral de l’ĂŞtre confrontĂ© Ă  son destin, au vide de la nuit, au dĂ©sert sans fin de son errance solitaire… La musique n’apaise pas : elle nourrit la quĂŞte (l’infini du bleu) et la tension qui en dĂ©coule ; c’est ce qu’expriment admirablement les musiciens ; chacun des sept Ă©pisodes vocaux accumule le dĂ©sir et l’attente, l’espoir et le dĂ©sespoir, ponctuĂ© par les courts intermezzi purement instrumentaux qui font respirer une trame parsemĂ©e d’Ă©clairs et de conflits intĂ©rieurs, de dĂ©sirs enivrĂ©s qui veulent atteindre cet inaccessible but cĂ©leste : ” au plus haut des cieux, les anges… “. Hautbois fĂ©dĂ©rateur, cloche et cĂ©lesta scintillants et suggestifs… l’orchestre fait entendre cet appel ardent et humain vers les cimes, la puretĂ© impossible, le dĂ©passement de soi qui s’effondre toujours. EspĂ©rance, chute, mais volontĂ© sublimĂ©e par la divine musique…

QuĂŞte, prĂ©monitions…

Le sentiment du vide et du nĂ©ant le plus sinistre se prĂ©cise aussi dans le cycle des mĂ©lodies, Cinq romances d’Anna Akhmatova (1988) d’après les textes dĂ©sespĂ©rĂ©s de la poĂ©tesse russe. La musique est conçue par l’Ă©pouse de Denisov, d’une fluiditĂ© toute ” denisovienne “, avec un souci des images poĂ©tiques, du sens progressif, de la prosodie suggestive.

On ne s’Ă©tonne plus du tempĂ©rament raffinĂ© du chef français, depuis toujours habitĂ© et portĂ© par la passion palpitante des Ĺ“uvres contemporaines. ApĂ´tre de Boulez, Daniel Kawka enchante littĂ©ralement chez Denisov: le scrupule et l’attention millimĂ©trĂ©e aux nuances les plus infimes, la musique se fait verbe: elle rĂ©ussit mĂŞme lĂ  oĂą le mot vacille. Flamboyante et accomplie dans sa formulation poĂ©tique grâce Ă  un chef qui en a saisit toute la portĂ©e salvatrice et infinie. De l’Ă©clatement au constat d’une amertume qui cite parfois Mahler (hautbois rĂŞveur et mordant), l’Ă©criture de Denisov gagne une cohĂ©rence de ton Ă©blouissante sous la direction d’un chef visiblement touchĂ© par son message de dĂ©passement comme de transcendance sonore. L’agitation (le dĂ©but comme une boĂ®te ouverte dĂ©livrant les effluves d’une tempĂŞte intĂ©rieure) et les prĂ©monitions de la Symphonie n°2 atteignent une surexpressivitĂ© maĂ®trisĂ©e qui disent idĂ©alement l’angoisse irrĂ©pressible du compositeur dont l’Ĺ“uvre de 1994 avait annoncĂ© un accident. Rien n’est gratuit ni bĂ©nin: en inscrivant l’Ă©criture de Denisov au cĹ“ur de l’expĂ©rience humaine, tel un chant en miroir, Daniel Kawka signe ici l’un de ses plus beaux disques : secret, mystĂ©rieux, incarnĂ©, pudique. Superbe accomplissement.

Edison Denisov (1929-1996): Au plus haut des cieux. Symphonie de chambre N°1, N°2. Au plus haut des cieux, Cinq romances d’Anna Akhmatova. Brigitte PeyrĂ©, soprano. Ensemble Orchestral Contemporain. Daniel Kawka, direction. 1 cd Harmonia Mundi 3 149020 526828