CUENCA (Espagne), Festival de musique sacrée. Auditorio, le 24 mars 2016 : Messe en si mineur de JS BACH. Les Arts Florissants, William Christie

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55BACH by BILL. Compte rendu, CUENCA (Espagne, Castilla-La Mancha). 55ème Festival de musique religieuse, Auditorio, jeudi 24 mars 2016. JS BACH : Messe en si mineur. Les Arts Florissants, William Christie. Sommet musical Ă  Cuenca. On l’attendait impatiemment, cette nouvelle lecture de la Messe en si de Bach par William Christie. C’est absolument le bon timing pour le chef fondateur des Arts Florissants. Une première d’autant plus attendue Ă  Cuenca, pour le festival de musique religieuse que le concert inaugure une tournĂ©e dĂ©sormais marquante dans l’histoire de l’Ensemble qui passera par Paris (Philharmonie, ce 26 mars soit demain) puis Versailles (Chapelle royale), avant les autres dates dont Ă  nouveau l’Espagne, Ă  Barcelone en juin prochain.
ImmĂ©diatement ce qui frappe c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂŞtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui.

Dans la Messe en si mineur de Bach, les Arts Florissants signent une lecture jubilatoire, ardente et juvénile,

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette rĂ©alisation, soulignons l’Ă©blouissante comprĂ©hension de la Messe dans sa globalitĂ©, comme l’intelligence des enchaĂ®nements des sĂ©quences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrĂ©es des arias, ce sont les instruments (flĂ»tes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux cĂ´tĂ©s des chanteurs, particulièrement exposĂ©s. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un Ă©pisode l’autre, se rĂ©vèlent avec une acuitĂ© dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu Ă  peu, chaque Ă©pisode choral marque les jalons d’une Ă©lĂ©vation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de près d’1h30mn.
Le Kyrie initial affirme l’ampleur de la vision Ă  la fois “sereine et gĂ©nĂ©reuse” pour reprendre les mots du Maestro ; et ce sentiment de solennitĂ© est enrichi par la profondeur et un souffle irrĂ©pressible. Puis les choeurs (Gloria in excelsis Deo, avec l’Ă©clat de la trompette ; Gratias agimus tibi ; Cum Sancto Spiritu…) affirment l’avancĂ©e de l’assemblĂ©e des croyants : tout un monde nouveau, Ă©blouissant les attend au sommet des cimes Ă©voquĂ©es. MaĂ®tre des contrastes, Bill cisèle l’expressivitĂ© mordante des solos, en particulier, Ă  l’inquiĂ©tude tenace du contre-tĂ©nor (premier air : Qui sedes), la certitude bienheureuse du croyant dans la joie incarnĂ©e par la basse (air qui suit immĂ©diatement : Quoniam tu solus Sanctus). Ces contrastes -magnifiquement enchaĂ®nĂ©s-, relèvent d’une maĂ®trise absolue de l’Ă©loquence, mais aussi, qualitĂ© davantage explicite chez le fabuleux choeur, celle d’une exceptionnelle intelligibilitĂ© : maĂ®tre de la dĂ©clamation française, William Christie se distingue plus encore chez Bach, par un souci inouĂŻ du texte dont on comprend et saisit chaque mot ; d’ailleurs le travail du choeur est l’autre point fort d’une approche inoubliable : le chef mĂ©lange les chanteurs, comme un peintre, sur sa palette, obtenant des couleurs, des accents, des combinaisons d’une Ă©tonnante activitĂ© linguistique. C’est tout d’un coup l’armĂ©e des chĂ©rubins qui fourmille dans un ciel misĂ©ricordieux, une nuĂ©e scintillante et linguistiquement miroitante dont le raffinement n’avait jamais atteint Ă  ce degrĂ© de finesse comme d’Ă©lĂ©gance. Autre temps fort de la Messe, le surgissement de la mort, après le duo Et in unum Dominum Jesum Christum (du Credo) : sur les mots : “Crucifixus etiam pro nobis”, le choeur fait basculer le cycle dans la gravitĂ© lugubre, un gouffre noir et sombre sans lumière s’ouvre Ă  nos pieds : dĂ©pression collective, amertume imprĂ©vue, inquiĂ©tude et angoisse… L’impact est foudroyant et la justesse du geste, irrĂ©sistible.
L’ensemble des solistes reste convaincant, mais c’est essentiellement la parure orchestrale, la très haute tenue de chaque soliste instrumental (palmes spĂ©ciales Ă  la corniste qui accompagne la basse dans le premier air dĂ©jĂ  citĂ©) qui convainc. Le choeur est l’autre protagoniste clĂ© de cette rĂ©alisation exemplaire : l’exaltation, la justesse, l’articulation, l’Ă©lan gĂ©nĂ©ral qui convoque l’assemblĂ©e des croyants s’imposent Ă  nous sans artifice. Et d’une rayonnante ivresse juvĂ©nile.
Quant au maestro, son engagement Ă  dĂ©fendre l’universalitĂ© de la partition (d’une vĂ©ritĂ© oecumĂ©nique), sa profonde poĂ©sie comme son dramatisme hautement expressif… tout s’accordent Ă  ciseler une lecture essentiellement cohĂ©rente et unitaire. Sans omettre nous le soulignons un art remarquable des enchaĂ®nements dont la succession des Qui tollis peccatis (grave et intĂ©rieur), Qui sedes (pour haute contre), enfin Quoniam tu solus Sanctus (basse) surprend par la ductilitĂ© des passages ; un lien d’une indĂ©fectible plasticitĂ© reliant les Ă©pisodes l’un Ă  l’autre, comme s’il s’agissait des volets d’un mĂŞme et seul retable. Tour Ă  tour, l’auditeur passe de l’interrogation profonde Ă  l’exultation contagieuse en une continuitĂ© bouleversante par sa sincĂ©ritĂ©. L’expĂ©rience est exaltante et mĂ©morable ; elle a fait l’Ă©vĂ©nement Ă  Cuenca ; en fin de concert, le public conquis a rĂ©servĂ© une ovation lĂ©gitime et tenace au formidable ensemble des Arts Florissants. C’est en effet le grand retour de William Christie Ă  Cuenca, depuis plus de 10 annĂ©es. Programme en tournĂ©e (Paris, Philharmonie le 26 mars 2016 ; Versailles,  Chapelle royale, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin ; Leipzig, le 19 juin…), Ă  ne pas manquer. Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

Compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55ème Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

CUENCA, le quotidien du Festival 2016

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55CUENCA (Espagne). Le Quotidien du 55ème Festival de musique sacrĂ©e.  Retrouvez ici chaque jour, l’actualitĂ© du premier festival de musique sacrĂ© en Espagne, le temps de notre sĂ©jour 2016, soit 4 jours, les 22, 23, 24 et 25 mars 2016. Nous revoici Ă  Cuenca, perle architecturale de la province de Castilla La Mancha, Ă©crin rĂŞvĂ©, aux contours inĂ©dits, posĂ© sur son rocher et qui accueille cette annĂ©e pas moins de 16 concerts, chacun fruit d’une programmation musicale particulièrement choisie, rĂ©flĂ©chie, conçue par la directrice artistique Pilar Tomas dont l’intelligence accorde le gĂ©nie des lieux Ă  un choix de partitions souvent remarquable. Le rythme des concerts (pas plus de deux par jour), la situation des programmes qui investissent les nombreuses Ă©glises de la citĂ© historique, sans omettre le vaste Auditorio qui accueille les grands concerts sacrĂ©s font de Cuenca, l’un des festivals de musique sacrĂ© les plus singuliers et mĂ©morables d’Europe.

 

 

ESPAGNE, Castilla La Mancha : festival de Cuenca 2016De surcroĂ®t pendant la Semaine Sainte, oĂą les processions se succèdent jour après jour, l’offrande musicale s’intensifie, tient le festivalier en haleine. Les lieux font le festival : mĂŞme Salzbourg ne dispose pas d’une telle diversitĂ© de lieux en un site aussi resserrĂ©. Certes il faut avoir les genoux bien accrochĂ©s et tenir le rythme c’est Ă  dire monter et descendre les rues pavĂ©es, Ă©troites  ; quitter une chapelle ou la cathĂ©drale puis descendre vers l’Auditorio, dĂ©couvrir la sublime Ă©glise San Miguel ou les rayonnages quasi abstraits qui forment l’abside de La Merced, la plupart des bâtiments offrant une vue inouĂŻe alentour… Sans omettre les hĂ´tels perchĂ©s sur le rocher donnant directement sur les collines environnantes;  sculptĂ©es, aux formes organiques tels que le peintre Patinir les a peint Ă  sa façon : un paysage minĂ©ral et naturel d’une beautĂ© Ă  couper le souffle. VoilĂ  qui compose le cadre du festival sacrĂ© de Cuenca. Pour cette 55ème Ă©dition, le Festival de Cuenca met Ă  l’honneur l’Allemagne, avec l’ensemble Vocalconsort Berlin, en rĂ©sidence.

 

 

Toutes les infos sur le Festival de Cuenca 2016 (Espagne) / 55è édition de la SMR, Semana de Musica Religiosa de Cuenca / Du 19 au 27 mars 2016

 

 

CONCERTS événements à ne pas manquer :

 

Vendredi 25 mars, VENDREDI SAINT
Espacio Torner, 12h

Leipzig Quartet
Beethoven : Quatuors opus 133, opus 131
Kurtag : Officium breve opus 28

20h30, Auditorio
RĂ©cital Scarlatti, Vivaldi et Ferrandini (ll pianto di Maria)
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Concert / Harry Bicket, direction

 

Concerts dĂ©jĂ  vus, sujets d’un prochain compte rendu :

Premier soir, mardi 22 mars 2016, premier concert lors de notre sĂ©jour. Spectacle dramatique et musical inspirĂ© par le texte de Cervantès, La ConquĂŞte de Jerusalem par Godefroy de Bouillon, rĂ©alisation sous la direction artistique de Juan Sanz. Les musiques de Francisco Guerrero, Mateo Flecha, Juan del Enzima rythment le drame mĂ©diĂ©val, vĂ©ritable geste sacrĂ©. En terre espagnole oĂą le Reconquista a tant marquĂ© l’histoire locale, entendre par exemple le Muezzin sur les remparts de Jerusalem prend un tour frappant… C’est une immersion dans l’Ă©criture dramatique de Cervantes, dans une rĂ©alisation très fluide et vivante oĂą la musique (c’est notre seule rĂ©serve) reste confinĂ©e Ă  un rĂ´le de pure illustration fugace, d’intermède entre deux tableaux, de mise en contexte en sĂ©quances trop courtes. On aurait imaginĂ© une pantomime musical pour le dernier combat (tragique) entre le chrĂ©tien Tancrède et la musulmane Clorinde… Prochaine critique complète Ă  venir.

 

 

Mercredi 23 mars, MERCREDI SAINT
17h, Eglise San Miguel. La Grande Chapelle, Albert Recasens
Sebastian Duron : Lamentations / Semaine Sainte Ă  La Chapelle Royale vers 1700

20h30, Eglise de La Merced. SOS : Songs of Suffering
Lamentations de Jérémie
Alonso Lobo, Thomas Tallis, James Wood (né en 1953)
Commande du festival SMR de Cuenca, 55ème édition

 

 

JEUDI 24 MARS 2016, Jeudi Saint Ă  Cuenca
12h
, CathĂ©drale : Chapelle de l’Esprit Saint
Froberger, Weckmann
Christian Rieger, clavecin et orgue

20h30, Auditorio
Jean-SĂ©bastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants. William Christie, direction

Messe en si de Bach par William ChristieC’est le temps fort du Festival de Cuenca 2016. “Bill” revient Ă  Bach, en explorant la ferveur plurielle que Bach a dĂ©posĂ© dans son testament sacrĂ© ; un cycle qui malgrĂ© sa genèse chaotique, fondĂ©e sur le recyclage de partitions prĂ©cĂ©dentes, Ă  travers un processus de collage long et compliquĂ©, rĂ©vèle aujourd’hui sa profonde unitĂ©, son souffle ardent qui approche les Passions selon Saint-Mathieu et Saint-Jean. La formidable ductilitĂ© des choeurs des Arts Florissants, le sens dramatique du chef fondateur, William Christie dont la maĂ®trise de l’Ă©loquence baroque n’est plus Ă  prouver font de ce grand retour Ă  Bach, l’Ă©vĂ©nement de ce printemps. William Christie dĂ©fend les splendeurs de ce cycle au sein d’une tournĂ©e importante dans toute l’Europe. Cuenca en est l’une des Ă©tapes majeures, au moment de la Semaine Sainte, en un temps oĂą la rĂ©flexion et la mĂ©ditation sur la Passion et la Mort de JĂ©sus s’imposent…. C’est mĂŞme avant Paris (Philharmonie) et Versailles, avant Barcelone en juin prochain, que William Christie fait un grand retour Ă  Cuenca oĂą il offre la première date de la tournĂ©e Bach. EvĂ©nement majeur. A Paris (Philharmonie, le 26 mars 2016 ; Versailles, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin, Leipzig, le 19 juin…) LIRE notre compte rendu complet de La Messe en si mineur de JS BACH par Les Arts Florissants / William Christie Ă  Cuenca, le 24 mars 2016.

 

 

 

 

Festival de Cuenca 2016

cuenca-cathedrale-570ESPAGNE. Festival de Cuenca : 19>27 mars 2016. C’est l’un des plus anciens festivals de musique sacrĂ©e en Europe, un Salzbourg ibĂ©rique ayant lui aussi sa ville haute, ses superbes Ă©glises posĂ©es sur un pic rocher qui offre une vue vertigineuse sur la nature environnante (digne du peintre Patinir). Le Festival de Cuenca (dans la rĂ©gion de Castilla-La Mancha) qui s’appelle aussi en espagnol “Semana de musica religiosa de Cuenca” / Semaine de musique religieuse”, parce qu’il se dĂ©roule pendant la Semaine Sainte (donc sur le rythme des nombreuses processions dans la vieille ville) a tout pour plaire : le charme d’un bourg historiquement très riche ; des Ă©glises prĂ©servĂ©es intactes et d’une grande diversitĂ© dont la sublime CathĂ©drale (et ses multiples chapelles du gothique au baroque tardif), un environnement Ă©blouissant et aussi une gastronomie locale Ă  dĂ©couvrir absolument Ă  condition de connaĂ®tre Ă©videmment les bonnes adresses (et de commander sa table quelques jours avant, Semaine Sainte oblige : les espagnols convergent vers le vieux Cuenca pour y mesurer et pour y vivre cet esprit de fièvre collective et d’intense expĂ©rience musicale au temps du Festival de musique sacrĂ©e).

cabeceraSMRC2015-1Pour sa dernière Ă©dition, la directrice artistique Pilar Tomas, vĂ©ritable âme du festival a choisi l’Allemagne comme pays invitĂ©, avec le Vocalconsort de Berlin comme artiste rĂ©sident. On ne sera donc pas surpris d’y Ă©couter, en liaison avec le calendrier liturgique pascal (du lundi au samedi saint, après le week end des Rameaux), plusieurs oeuvres germaniques mĂ©diĂ©vales, renaissantes et baroques. La 55 ème Ă©dition du festival de Cuenca du 19 au 27 mars promet donc d’ĂŞtre particulièrement convaincante. Parmi nos coups de coeurs de cette Ă©dition très prometteuse : le programme Duron sublimĂ© par La Grande Chapelle et Albert Recasens le 23 mars ; Ă©videmment le programme phare dĂ©fendu en 2016 par Les Arts Florissants et William Christie : la Messe en si mineur de Bach, le lendemain 24 mars ; enfin, le concert du Samedi saint (dans la CathĂ©drale de Cuenca, le 26 mars dĂ©fendu par l’ensemble en rĂ©sidence cette annĂ©e : Vocalconsort Berlin (James Wood, direction), arche emblĂ©matique de la programmation du Festival : entre musique ancienne et crĂ©ation : Hector Parra (1976) : Breathing (crĂ©ation mondiale, commande du festival de Cuenca) puis Missa a 4 de William Byrd. Eclectique, multiple, mais singulièrement cohĂ©rente, la direction artistique Ă  Cuenca, grâce Ă  Pilar Tomas, a incarnĂ© un modèle du genre, entre pertinence, rythme, poĂ©sie et diversitĂ©. Festical incontournable, coups de coeur CLASSIQUENEWS 2016.

 

 

 

 

En voici nos 12 temps forts :

Samedi de la Passion, 19 mars 2016 (concert 1)
Eglise San Miguel, 19h
Concert Vivaldi : Salve Regina, Motet in furore, Laudate pueri
Roberta Mamelli, soprano
Modo Antiquo. Federico Maria Sardelli, direction

Dimanche des Rameaux, 20 mars 2016 (concert 2)
Eglise San Pedro
Wolfgang Rihm (1952) : Vigilia, 2006
Singer Pur
Ensemble Musikfabrik

Lundi Saint, 21 mars 2016 (concert 3)
Salla de Camara, Teatro Auditorio Ă  Cuenca, 17h
Cantates de Jean-SĂ©bastien Bach
Accademia del Piacere
Fahmi Alqhai, direction

idem (concert 4)
Eglise San Miguel, 20h30
Jean-SĂ©bastien Bach : Sonatas et Partitas pour violon
BWV 1001 Ă  1006
Christian Tetzlaff, violon

Mardi Saint, 22 mars 2016 (concert 6)
Teatro Auditorio, 20h30
Miguel de Cervantès, 1547-1616
La ConquĂŞte de Jerusalem par Godefroy de Boullon
Musiques de Guerrero, Flecha, Juan del Enzima, …
La Danserye
Capella Prolationum
Compania Antiqua Escena
Juan Sanz, mise en scène

Mercredi Saint, 23 mars 2016 (concert 7)
Eglise San Miguel, 17h
Sebastian Duron : Semana Santa en la Real Capilla, vers 1700
(Psaume, Lamentations, Villancico de Pasion…)
La Grande Chapelle
Albert Recasens, direction

Eglise de la Merced, 20h30
SOS : Songs of Suffering
Lamentation de Jérémie
Oeuvres de Lobo, Tallis, James Wood (1953)
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction
Arnim Fries, projection vidéo

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Coup de coeur de classiquenews 2016 :
Jeudi Saint, 24 mars 2016 (concert 10)
Teatro Auditorio, 20h30
KATHERINE WATSON, soprano
EMMANUELLE DE NEGRI, soprano
TIM MEAD, contre-ténor
REINOUD VAN MECHELEN, tenor
ANDRÉ MORSCH, basse
Jean-SĂ©bastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants
William Christie, direction

Vendredi Saint, 25 mars 2016 (concert 12)
Teatro Auditorio, 20h30
RĂ©cital Scarlatti, Vivaldi, Albinoni, Vivaldi
Giovanni Battista Ferrandini : Il pianto di Maria
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Consort
Harry Bicket, direction

Samedi Saint, 26 mars 2016 (concert 13)
O Celestial Medicina
Canciones, Villanescas spirituelles de Guerrero
Armonia Concertada
Maria Cristina Kiehr, soprano
Sara Agueda, harpe double

Cathédrale de Cuenca, 20h
Hector Parra (1976) : Breathing
(création mondiale, commande du festival de Cuenca)
William Byrd : Missa a 4
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction

Dimanche de la RĂ©surrection, 27 mars 2016 (concert 16)
Eglise de la Asuncion, Tarancon, 18h
Sebastian Duron : El Blando Susurro
Cantadas y tonadas sacras
Raquel Andueza, soprano
La Galania

Ne pas manquer aussi :
Visite acoustique au Musée du Trésor de la Cathédrale
Dimanche des Rameaux, Jeudi, Vendredi et Samedi Saint
Visiter le site du festival de Cuenca 2016, 55ème Semana de Musica Religiosa

 

 

 

 

 

cabeceraSMRC2015-1Renseignements, informations pratiques sur le site du Festival de Cuenca 2016, 55è Semana de Musica Religiosa de Cuenca (Castilla La Mancha, Espagne)

 

 

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Rencontre – Entretien avec Pilar Tomas, directrice du Festival de Cuenca (Espagne)


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Actrice majeure de la culture en Espagne, Pilar Tomas a fait du festival de Cuenca (Semana de musica religiosa de Cuenca SMR) l’un des festivals de musique sacrĂ©e les plus marquants parmi les offres europĂ©ennes actuelles. Il ne s’agit pas simplement de dĂ©velopper une programmation musicale dans la citĂ© historique de Castille vĂ©ritable joyau architectural d’une rare cohĂ©rence. CUENCA est devenue une rĂ©fĂ©rence en matière artistique mais aussi l’exemple d’une exceptionnelle activitĂ© dont le propre est de susciter un questionnement très fĂ©cond sur le thème du sacrĂ©, associant les concerts dans les Ă©glises ou dans l’auditorium (Auditorio) aux autres disciplines notamment celles liĂ©es Ă  l’image (peintures, vidĂ©o, cinĂ©ma. …). Le festivalier sait alors qu’il va vivre pendant la Semaine Sainte un cheminement impressionnant qui se prĂ©cise de concerts en programmes avec une intelligence rare et un rythme envoĂ»tant ; cette exigence artistique dont classiquenews a rendu compte plusieurs annĂ©es durant explique la rĂ©ussite du Festival de Cuenca grâce au profil atypique de sa directrice artistique. GĂ©nĂ©reuse, entière, passionnĂ©e, Pilar Tomas est une personnalitĂ© qui compte en sachant acclimater l’exigence  du sens et le goĂ»t de la dĂ©couverte Ă  la notion mĂŞme de festival. Elle a su renouveler l’expĂ©rience musicale Ă  sa source. Le divertissement et la dĂ©lectation y ont cours autant que la rĂ©flexion et l’Ă©ducation. Vivre Cuenca au moment du dimanche Pascal reste un temps fort de l’agenda europĂ©en. Entretien avec une grande dame de la musique.

 

 

 

Quelle sont les points forts de votre carrière avant votre arrivée à la tête de la Semana de Música Religiosa de Cuenca?

Mon travail de gestionnaire de la musique a commencĂ© en organisant plusieurs  sĂ©ries et cycles de concerts pour la Radio Nationale d’Espagne. Après cette expĂ©rience particulièrement formatrice, j’ai pris la direction de la FundaciĂłn Caja Madrid, - aujourd’hui disparue. Je pilotais alors non seulement l’organisation des concerts mais Ă©galement la recherche, l’Ă©dition et la diffusion du patrimoine musical.

 

 

 

Quelles sont les points clés de la réussite de votre projet artistique au sein de la Semana de Música Religiosa de Cuenca?

Le bagage antĂ©rieur a Ă©tĂ© dĂ©terminant pour mon projet en tant que directrice de la Semana de MĂşsica Religiosa de Cuenca. Dans les annĂ©es 60, nous avons crĂ©Ă© l’Institut de Musique Religieuse, ce travail pionnier a Ă©tĂ© dĂ©terminant pour la sauvegarde du patrimoine et pour crĂ©er les inventaire des archives musicales espagnoles.

Le sens majeur du Festival de Cuenca repose sur  la qualité des artistes invités ; je reste concaincue que seule une programmation exigeante a toutes les chances de fidéliser les publics. Nous abordons un vaste répertoire dans la Semana, du chant grégorien aux commandes de musique contemporaine. Plusieurs de nos commandes de musique contemporaine ont reçu par la suite de nombreux prix nationaux.

Nous croisons Ă©galement d’autres disciplines, plusieurs de nos projets interagissent  avec la littĂ©rature ainsi que les arts visuelles par le biais des nombreuses expositions organisĂ©es vidĂ©o dans les diverd lieux mis a dispositiin pour le festival pascal : video, photographie, projection, installations, productions Ă©clectiques dont la pluralitĂ© des champs et des formes investis suscitent le questionnement et invite Ă  une rĂ©flexion et une participation sur le sens des oeuvres exposĂ©es Ă  la pĂ©riode concernĂ©e, en l’occurrence Ă  Cuenca, la Semaine Sainte.
Alites

La prĂ©sence du rĂ©pertoire mĂ©diĂ©val, jamais programmĂ© auparavant dans un grand festival en Espagne et celle de la musique de chambre, nous a permis de diffuser un rĂ©pertoire inhabituel et novateur. Il sagit toujours de susciter la dĂ©couverte ; dans cette mĂŞme dynamique, nous soutenons les jeunes artistes et les solistes confirmĂ©s qui ont eu peu d’opportunitĂ© de jouer en Espagne.

J’ai Ă©galement mis en Ĺ“uvre un partenariat entre le Festival et les responsables des patrimoines architecturaux de la RĂ©gion (Castilla La Mancha), car on ne saurait maintenir et dĂ©velopper une programmation musicale sans l’inscrire de façon cohĂ©rente dans son territoire;  nous avons pu Ă©tablir une coopĂ©ration fructueuse qui nous a permis de rĂ©aliser des concerts dans les lieux insolites et les aidant Ă  les faire connaĂ®tre tels le Monastère de UclĂ©s, AlarcĂłn, Parroquia de San Clemente, BasĂ­lica de Villanueva de la Jara….

 

 

 

Quelles sont vos plus importants partenaires, ceux qui ont vraiment compté pour la construction de votre projet à Cuenca?

Ma gestion à la tête de la SMRC a coïncidé avec la plus grande crise financière qui a traversé le pays depuis ces 10 dernières années. Sans aucun doute les partenariats établis avec la Radio Nacional, Televisión Española, Antena 3, Tele 5 nous ont permis de rayonner bien au-delà de notre public présent au festival.

 

 

 

Quelle est le point principal de votre apport Ă  Cuenca, votre marque de fabrique en quelque sorte ?

Deux aspect m’ont particulièrement prĂ©occupĂ©s et motivĂ©s : les rencontres avec les professionnels autours de notre thĂ©matique pour une meilleure clarification du fil rouge thĂ©matique propre Ă  chaque Ă©dition. Et le soins particulier apportĂ© pour chaque interprĂ©tation des Ĺ“uvres choisies ; en temps de crise c’est toujours plus facile de reprendre des Ĺ“uvres plus grand public, or nous avons pu garder une qualitĂ© internationale et nous avons toujours dĂ©nichĂ© de nouveaux talents et dĂ©fendu malgrĂ© les contraintes, les rĂ©pertoires originaux et inĂ©dits.

En tant que protagoniste de la vie culturelle et musical europĂ©enne, quels sont vos conseils pour mieux inscrire et developper la musique dans la sociĂ©tĂ© d’aujourd’hui?

Je n’ai pas de leçon Ă  donner mais plutĂ´t des pistes de rĂ©flexions ; je pense que nous devons assumer chacun nos dĂ©fis avec honnĂŞtetĂ©. Il faut une force de conviction sans faille pour garder certaines valeurs et une forte volontĂ© pour continuer Ă  transmettre certaines valeurs culturelles. Il est de notre devoir de mettre en relation la culture et l’Ă©ducation pour essayer de dĂ©passer certaines habitudes   qui conduisent directement, inectablement vers  l’ignorance.

Seuls la culture et l’Ă©ducation ont la capacitĂ© de favoriser un dĂ©veloppement humaniste. Je suis contre l’idĂ©e que seule la culture rentable a sa place dans notre sociĂ©tĂ© ; l’Art ne doit ĂŞtre assujettie Ă  sa rentabilitĂ©. Une vision humaine de notre sociĂ©tĂ©, un regard fraternel envers les gĂ©nĂ©rations futures, voilĂ  le fil conducteur de mon action.

 

 

 

Propos recueillis en septembre 2015.

 

 

 

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Les 17, 18, 19 avril 2014. 53ème SMR Semana de Música religiosa de Cuenca. Récital Natalia Valentin, Office des Matines par Schola Antiqua et The Tallish Scholars

cuenca-2014-bandeau-logo-53-semana-580Cuenca 2014. La rĂ©ussite d’un festival tient outre Ă  la qualitĂ© artistique des programmes prĂ©sentĂ©s (une constante surprenante ici depuis presque 10 ans), surtout Ă  la cohĂ©rence dĂ©veloppĂ©e et dĂ©fendue au sein des lieux oĂą il prend place. La multitude d’Ă©glises et de sites favorables Ă  l’expĂ©rience du concert, – instrumental, vocal, choral-,  Ă  Cuenca (concentrĂ©s dans la ville ancienne, constituant le bourg vieux et historique, perchĂ© sur le rocher) est spĂ©cifiquement idĂ©ale pour crĂ©er un climat magique. A nouveau cette annĂ©e, cette alchimie combinatoire est devenue rĂ©alitĂ© ; ce miracle entre musique et architecture confirme la place du festival de musique sacrĂ©e Ă  Cuenca, au moment de la Semaine Sainte, parmi les plus saisissants au monde. Le festival a certes plus de 50 ans, ce qui en fait le plus ancien des Ă©vĂ©nements de musique en Espagne (et en Europe), mais il a su, grâce au discernement de sa directrice artistique actuelle, Pilar Tomas, prĂ©server une très forte identitĂ© musicale qui sait s’appuyer sur les ressources locales.
Comme toujours, le Salzbourg de Castille La Manche, Ă  moins d’1 h en train de Madrid, captive cette annĂ©e par le respect de ses fondamentaux : rythme, cohĂ©rence, complĂ©mentaritĂ© entre les programmes prĂ©sentĂ©s et donc interaction pertinente avec les sites investis.

 

 

 

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Jeudi 17 avril, Ă  l’Ă©glise de Santa Cruz (l’Ă©glise est dĂ©saffectĂ©e, aujourd’hui Ă©crin pour les Ă©vĂ©nements culturels), est un vaisseau lumineux dont les fenĂŞtres hautes plongent Ă  vide sur la vallĂ©e alentour, offrant une vue splendide sur les collines environnantes. La pianofortiste Natalia Valentin y prĂ©sente Ă  12h30, un rĂ©cital de musique romantique française principalement dĂ©diĂ© Ă  Charles-Valentin Alkan dont 2013, dans l’ombre de Wagner et Verdi avait marquĂ© le centenaire. Le Liszt français du piano a Ă©tĂ© dĂ©fendu par l’interprète tout au long de l’annĂ©e 2013 et donc jusqu’au printemps 2014, lors d’une tournĂ©e Ă©vĂ©nement (intitulĂ©e ” Mysticisme et SpiritualitĂ© “) oĂą Natalia Valentin restitue le feu mystique et l’intense dramaturgie spirituelle d’un musicien solitaire, exigeant, plus tournĂ© vers Mozart que Wagner, Ă©videmment inspirĂ©, hautement flamboyant, dont les crĂ©pitements fervents n’empĂŞchent pas une suractivitĂ© parfois narrative, sublimĂ©e cependant par une très haute virtuositĂ© et des audaces harmoniques souvent savoureuses.
C’est dire le dĂ©fi d’un tel programme pour un pianiste, d’autant plus sur un pianoforte (dont Natalia Valentin est aujourd’hui l’une des plus sensibles spĂ©cialistes). Jouant de la rĂ©verbĂ©ration du lieu, de la mĂ©canique de l’instrument (un Érard de 1853, parfaitement prĂ©parĂ© pour l’occasion), la claviĂ©riste se montre une Ă©tonnante interprète, combinant des qualitĂ©s trop rares aujourd’hui pour ne pas ĂŞtre distinguĂ©es : dĂ©licatesse d’un jeu perlĂ© et sensible, rayonnante musicalitĂ© intĂ©rieure, sĂ»retĂ© de la main gauche, flexibilitĂ© poĂ©tique de la main droite, le tout confĂ©rant Ă  ce rĂ©cital exceptionnellement abouti tant sur le plan de la construction et des pièces choisies (donc de leur enchaĂ®nement) que du style de l’interprète, une profondeur entre Ă©lĂ©gance et… intĂ©rioritĂ© voire troublante gravitĂ©.

Pianoforte en transe poétique

natalia-valentin-recital-pianoforte-cuenca-2014-alkanC’est assurĂ©ment le cas dès la pièce d’ouverture, – mise en bouche finement sĂ©lectionnĂ©e (rappelant que le compositeur Salbourgeois fut un modèle pour Alkan), la sublime Fantaisie en rĂ© mineur K397 d’un Mozart, d’une tendresse et d’une douleur secrète irrĂ©sistible. RĂ©vĂ©lant dans les failles ouvertes de prodigieux contrastes, cette intensitĂ© juste qui frappe immĂ©diatement le cĹ“ur comme l’âme de l’auditeur. Les climats du rĂ©cital sont ainsi aussitĂ´t annoncĂ©es, dĂ©fendues, magistralement incarnĂ©es oĂą le clavier maĂ®trisĂ© est rĂ©vĂ©lateur d’Ă©tonnants vertiges mystiques et spirituels.
MĂŞme sentiment de libertĂ© ici palpitante dans le Mendelsohnn (Rondo Capricioso opus 14) dont Alkan partage la confession juive et le confort d’une origine familiale plutĂ´t aisĂ©e ; la pièce majeure de ce programme riche en dĂ©couvertes demeure le sommet d’une inspiration Ă  la fois dramatique c’est Ă  dire intensĂ©ment narrative… et mystique (Super Flumina Babylonis) : scène de massacre et cris impuissants des victimes Ă©voquĂ©es oĂą le jeu de Natalia Valentin n’est pas seulement Ă©blouissant par sa facilitĂ© technicienne, il ouvre des climats poĂ©tiques infinis, sachant aussi clarifier la densitĂ© de l’Ă©criture, restituant l’Ă©quilibre et la lisibilitĂ© des plans sonores, en particulier les jalons de la construction harmonique. Une telle sonoritĂ©, une telle interprĂ©tation se montrent bĂ©nĂ©fiques et enthousiasmantes s’agissant d’un compositeur encore inconnu du grand public et pourtant respectĂ© de son vivant par tous ses pairs, dont Liszt, et reconnu par eux, comme un pianiste-compositeur gĂ©nial.
La pianiste insiste en fin de concert sur la coopĂ©ration de la fondation Bru-Zane de Venise (Centre de musique romantique française) pour la rĂ©alisation de ce programme alliant dĂ©couverte et accomplissement poĂ©tique, et pour l’accompagnement de toute la tournĂ©e Alkan 2012-2013-2014 (le concert sera redonnĂ© au MusĂ©e romantique de Madrid le 23 avril). Il n’est pas d’exemples mieux rĂ©ussis de rĂ©vĂ©lation musicale comme d’approfondissement interprĂ©tatif. Certes il est des pièces plus acadĂ©miques, voire pompeuses : le jeu tout en finesse de la pianofortiste sait en dĂ©voiler cependant le miroitement intĂ©rieur, l’activitĂ© expĂ©rimentale, et cette quĂŞte des hauteurs invisibles qui rapproche Alkan, de Liszt et de Scriabine.

Le premier disque de Natalia Valentin Ă©tait dĂ©diĂ© aux Bagatelles de Beethoven (romantisme Ă©lĂ©gantissime lĂ  encore, dĂ©voilant pourtant s’agissant de l’auteur de l’Eroica et de la 9ème symphonie, plusieurs pièces mĂ©connues : le dĂ©frichement toujours). Gageons que l’extrĂŞme sensibilitĂ© de la musicienne ne se dĂ©voile Ă  nouveau au concert, au service de musiciens ou d’oeuvres mĂ©connus. Sa curiositĂ© la conduit Ă  Ă©largir encore le rĂ©pertoire pour l’instrument : en tĂ©moigne aussi pendant le rĂ©cital Ă  Cuenca, la pièce ” El Peregrino ” du compositeur ibĂ©rique MartĂ­n Sánchez-AllĂş (1823-1858)  dont la pianofortiste annonce de prochains prolongements au concert comme au disque… MaĂ®trisant parfaitement l’exercice solitaire, Natalia Valentin fait attendre d’autres rĂ©alisations comme concertiste. Le cercle des interprètes rĂ©ellement convaincants sur le pianoforte est restreint.  De toute Ă©vidence, un immense talent Ă  suivre dĂ©sormais.

matines-cuenca-2014Matines du Vendredi Saint. L’un des temps forts du festival de Cuenca 2014 est aussi la restitution cette annĂ©e de l’Office Divin du Vendredi Saint, soit le lendemain, vendredi 18 avril, initiant un long cycle de prières ritualisĂ©es en 8 ” Ă©pisodes “, rythmant toute la journĂ©e afin de recueillir et mĂ©diter le sens spirituel des Ă©vĂ©nements christiques transmis par la tradition : ce Vendredi Saint, le Christ fut crucifiĂ© et expira sur la croix. Il n’est pas de moment plus intense sur le plan sacrĂ© que cette journĂ©e dramatique, avant Ă©videmment l’aube salvatrice du Dimanche de la RĂ©surrection. C’est Ă©galement dans la rĂ©alisation des concerts, toute une symbolique de l’ombre du doute Ă  la lumière de la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e : l’office des tĂ©nèbres qui s’appuie en partie sur les Lamentation de JĂ©rĂ©mie, dresse alors un pĂ©riple mĂ©ticuleusement rythmĂ© de la nuit au jour, passage suprĂŞme vers la lumière finale.
Ainsi à 7h30 (pour les Laudes), puis 10h (Prima et tercia), midi (Sexta), 15h (Nona), 17h (Ad Missam pre sanctificatorum), 19h30 (pour les Vêpres), enfin 22h30, la chapelle du Saint-Sacrement attenante au cloître de la Cathédrale de Cuenca accueille les festivaliers qui traversent le corps de la Cathédrale pour y écouter deux formations chorales associées pour cet événement : Schola Antiqua (Juan Carlo Asensio, direction) et The Tallis Scholars (Peter Philipps, direction).
Le pĂ©riple musical et liturgique (respectant l’extinction progressive des bougies du candĂ©labre placĂ© Ă  gauche de la scène, bougie après bougie aux moments phares de la cĂ©rĂ©monie) a commencĂ© en rĂ©alitĂ© dès minuit et jusqu’aux premières heures du matin pour les Matines ; il fait alterner deux ensembles vocaux: plĂ©nitude très fluide et naturelle du chant grĂ©gorien pour Schola Antiqua (comprenant aussi des solos caractĂ©risĂ©s), et finesse de la polyphonie Renaissance tardive signĂ©e Tomas Luis de Victoria, celle contemporaine du peintre Greco (particulièrement fĂŞtĂ© en Espagne en 2014 pour le 400ème anniversaire de sa mort). PrĂ©cis, articulĂ©s, fervents, les solistes des Tallis Scholars expriment ainsi l’exhortation spirituelle et la plainte rĂ©gulière des Lamentations du prophète JĂ©rĂ©mie dont l’appel Ă  la conscience morale et l’autocritique sont remarquablement restituĂ©s. Pour nourrir la matière musicale du programme, Peter Philipps a puisĂ© dans l’Officium Hebdomadae Sanctae de Victoria, paru Ă  Rome en 1585 : une concordance de lieu subtilement amenĂ©e car El Greco est passĂ© par Rome, après Venise et avant son sĂ©jour ibĂ©rique.
Outre la qualitĂ© des chanteurs, le lieu ajoute aussi Ă  la rĂ©ussite du rituel (très)matinal. Pour l’occasion, le festival a fait installer dans la galerie du cloĂ®tre menant Ă  la chapelle, plusieurs meubles bas portant une rangĂ©e de bougies, comme autant de jalons lumineux dans les TĂ©nèbres, marquant lĂ  aussi le parcours progressif vers la rĂ©vĂ©lation promise. Il faut dĂ©cidĂ©ment venir Ă  Cuenca pour vivre ce vertige Ă  la fois musical et spirituel, très subtilement ” scĂ©nographiĂ© ” par l’Ă©quipe de la SMR Semana de MĂşsica religiosa. Car plus globalement, le temps du sĂ©jour dans la citĂ©, au moment du festival, chaque concert Ă  l’Ă©chelle de la Semaine Sainte, constitue aussi une Ă©tape dans le parcours du festivalier, faisant passer l’auditeur qu’il soit croyant ou non, du temps de la rĂ©flexion Ă  celui de la mĂ©ditation, confrontĂ© au Mystère de la musique, comme Ă  celui de la RĂ©surrection finale.

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Les 17, 18, 19 avril 2014. 53ème SMR Semana de Música religiosa de Cuenca. Récital Natalia Valentin, Office des Matines par Schola Antiqua et The Tallish Scholars.

Illustration : Le Couronnement d’Ă©pines par Dirck Van Baburen. Le Christ Ă  la colonne par Caravaggio (DR). Toutes les photos de concert Ă  Cuenca 2014 : © S. Torralba 2014 pour la SMR (53ème Semana de Musica religiosa de Cuenca 2014).

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Le 19 avril 2014. Rameau: Grands Motets. Orchestre et choeur Les Siècles. Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Arnaud Richard… Bruno Procopio, direction.

cuenca-2014-bandeau-logo-53-semana-580Les grands motets de Jean-Philippe Rameau sont l’équivalent pour le XVIIIè des Vêpres de Monteverdi au XVIIè : une œuvre personnelle révélant les possibilités les plus invraisemblables de son auteur (génial) et aussi dans sa démesure expérimentale, un sommet offert à l’histoire de la musique sacrée baroque (où a t on vu précédemment une telle liberté dans les formes et les combinaisons vocales comme chorales en France à cette époque ?). En traitant un genre marqué par l’esprit Grand Siècle et Versaillais, illustré avant lui par Lully, Dumont, Delalande, Rameau s’empare donc très tôt d’un rituel royal ambitieux dont il fait par sa trempe et sa fougue, un laboratoire d’idées et d’effets inédits. Mondonville après lui s’en souviendra créant après lui, d’autres grands motets d’un souffle souverain eux aussi… Il reste incroyable cependant que leur genèse soit mystérieuse: pour quel mécène, à quelle occasion les Motets furent-ils composés et créés ? Où et à quelles dates précises ? Nul ne le saura jamais sans doute. Datés avant l’installation de Rameau à Paris (1722), et donc avant sa carrière fulgurante comme compositeur d’opéras à la cour de Louis XV, les Grands Motets concentrent cette furie inventive propre au créateur, alors tâcheron dans plusieurs églises et cathédrales de France : Rameau excelle apparemment comme organiste doué, au talent improvisateur reconnu (à Dijon, Lyon, Clermont-Ferrand…). Comme le peintre Nicolas Poussin à Rome démontre une manière de frénésie imaginative qui révolutionne la peinture académique néoclassique du XVIIème (avec cette sensibilité si particulière à la couleur et à la nature), Rameau réalise ici dans les 3 motets concernés, un manifeste de ses possibilités les plus audacieuses pour l’orchestre, les solistes, le chœur. Rien n’égale dans ce corpus écrit avant les opéras, l’ampleur de vue, le dramatisme lyrique et exacerbé, l’invention formelle associant duos, trios, quatuor, solistes et choeur, relief instrumental (en particulier l’harmonie des bois : flûtes, hautbois, bassons…). L’invention et le raffinement défendu par Rameau reste saisissant en innovation et en trouvailles irrésistibles. C’est peu dire que les Grands Motets confirment le génie architectural de Rameau, son œuvre de théoricien, son immense sensibilité dramatique, sa sensibilité de poète du sentiment ici au service de la ferveur. Ici, la théâtralité, le spectaculaire, l’ivresse tendre et la sensualité italienne s’y développent avec un sens du raffinement, de la grandeur, absolument inouï.

 

 

Rameau restout XVIII gravureAutant dire que le cycle est l’un des plus complexes à réaliser. Si les deux premiers joués ce soir sont les plus anciens (Deus noster refugium et Quam dilecta, probablement écrits à Lyon dans les années 1713-1715), In convertendo, le plus magistral du triptyque pour nous, et repris au Concert Spirituel en 1751, en reste la pièce maîtresse, tant par l’inspiration musicale que l’ambition de sa structure (en particulier le choeur final, à la fois redoutable et spectaculaire). Il serait le volet central et principal d’un triptyque déjà grandiose par son agencement général.

 

 

Fureurs du Rameau prélyrique

En trop peu de temps de répétition, le chef francobrésilien Bruno Procopio assure l’un des concerts les plus convaincants du festival de Cuenca 2014. Il réunit ici l’orchestre français sur instruments anciens, Les Siècles, en effectif resserré (soit moins de 15 instrumentistes), auxquels il a choisi le concours du violoniste Patrick Bismuth (premier violon) avec lequel il a enregistré une version récente des Pièces de clavecin en concerts (1 cd Paraty).

 

 

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Le jeune maestro confirme ses affinitĂ©s avec la verve, la majestĂ©, l’immense invention d’un Rameau ici particulièrement loquace et Ă©loquent, raffinĂ© et flamboyant. Articuler le texte latin, en exprimer l’ampleur dramatique, la finesse des accents tendres (solistes) ou fulgurants, rĂ©ussir la combinaison entre instruments (surtout les bois somptueusement insolents : saluons les musiciens des Siècles ici, autres vedettes du concert), choeur, chanteurs solistes (associĂ©s en duos, trios, quatuors) est un dĂ©fi permanent, d’autant que le compositeur ne laisse jamais le prĂ©visible s’installer : il ose tout, surprend, redouble d’images expressives, de contrastes saisissants. Les solistes conviĂ©s honorent tous l’éclat et la profondeur de partitions saisissantes : le choix de Maria Bayo, diva ibĂ©rique cĂ©lĂ©brissime en Espagne et qui fait l’évĂ©nement de cette soirĂ©e Ă  Cuenca, – hier subtile et incandescente Calisto (dans l’opĂ©ra Ă©ponyme de Cavalli sous la direction de RenĂ© Jacobs, en une production lyrique signĂ©e Wernicke, devenue Ă  juste titre lĂ©gendaire) assume de son cĂ´tĂ©, toute l’ivresse lyrique de ses parties de soprano coloratoure avec son tempĂ©rament propre, un timbre charnel immĂ©diatement repĂ©rable, des aigus non forcĂ©s puissants qui de facto rĂ©alise totalement cette prĂ©sence de … l’opĂ©ra Ă  l’église.
Les autres solistes sont solides et plutôt bien chantants : Arnaud Richard affirme sa noblesse grave de baryton-basse aguerri ; Véronique Bourin, en seconde soprano, excelle en une implication justement dosée ; le ténor ou haute-contre chilien Erwin Aros confirme sa flexibilité tendre à l’élocution soignée (aboutissement de ses années de formation au sein du CMBV Centre de musique baroque de Versailles) dans les airs qui demeurent les plus beaux et les plus élégants du cycle.

 

 

maria-bayo-cuenca-2014-Rameau-procopioAu clavecin ou debout pour diriger les pages chorales, le chef Bruno Procopio rĂ©cidive son aisance musclĂ©e, alliant prĂ©cision et fougue après un prĂ©cĂ©dent Rameau rĂ©alisĂ© Ă  Caracas avec l’Orchestre Simon Bolivar (mais sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas ” pages symphoniques tirĂ©es des opĂ©ras et ballets de Rameau, 1 cd Paraty). Le geste est sĂ»r, d’une efficacitĂ© au rythme soutenu, parfois trop rapide Ă  notre goĂ»t, prĂ©cipitant ainsi le dĂ©tail, minimisant le souffle et la dĂ©tente intĂ©riorisĂ©e… au profit de l’énergie la plus conquĂ©rante. Mais c’est bien un Rameau fougueux et mĂŞme furieusement novateur ici qui s’exprime dans toute sa libertĂ©, son originalitĂ©, un tempĂ©rament irrĂ©sistible qui prĂ©figure dĂ©jĂ  toutes ses rĂ©ussites Ă  l’opĂ©ra. ImpĂ©tueux, vif, solaire, le jeune maestro frappe un grand coup Ă  Cuenca : son concert est particulièrement applaudi par le public ibĂ©rique, heureux de (re)dĂ©couvrir la vitalitĂ© Ă©blouissante du Rameau le plus inventif, le plus prometteur, le plus jubilatoire. De sorte que ce concert Ă  Cuenca, est un superbe jalon de l’annĂ©e Rameau 2014.

 

 

bruno-cuenca-les-siecles-bruno-procopio-Rameau-grands-motetsCuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Le 19 avril 2014. Rameau: Grands Motets. Orchestre et choeur Les Siècles. Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Arnaud Richard… Bruno Procopio, direction.

Illustrations : © S.Torralba pour la SMR Cuenca 2014

Festival SMR Cuenca 2014, Semana de musica religiosa :12>20 avril 2014

SMR-CUENCA-2014-folletoEspagne. SMR Cuenca 2014 : 12 > 20 avril 2014. 21 concerts à Cuenca jalonnent une semaine exceptionnelle de découvertes et d’accomplissement musical. Il n’est pas un festival en Europe comparable à Cuenca pendant la Semaine Sainte. Dans la province de Castilla La Mancha à seulement 1h15 en train de Madrid, la ville Cuenca concentre dans son village ancien perché entre deux rivières, un site éblouissant composé de nombreuses églises et d’une Cathédrale remarquablement bien conservée. Chaque année le festival musical a lieu pendant la semaine sainte : il en jalonne les étapes ferventes, alliant beauté patrimoniale, offre musicale et dévotion locale.
Les processions dans les ruelles du village haut confère à la Semaine de programmation musicale, un climat fervent et progressif qui va crescendo jusqu’au Lundi de Pâques, celui de la Résurrection.
CLIC D'OR macaron 200Cette année à nouveau, les concerts et la thématique à l’honneur font circuler une ambiance à la fois concentrée et hypnotique à laquelle le festivalier ne peut que souscrire. Pilar Tomas, directrice artistique sait y préserver la qualité et la cohérence des concerts, mêlant les disciplines (associant photographie, peinture, sculpture et musique), faisant dialoguer les genres et les formations pour mieux inspirer l’acte musical qui est en jeu. Fidèle à ses programmations précédentes, le festival propose de multiples concerts dans les nombreuses églises du bourg, à l’Auditorio (le théâtre municipal), à la Cathédrale, joyau sacré de la Castille. Concerts habituels qui animent les lieux sacrés par des chants liturgiques et les grandes oeuvres du répertoire religieux : Messes, Leçons de Ténèbres pour les Mercredi, Jeudi et surtout Vendredi Saints, Passions (de Bach selon la tradition à Cuenca : Saint-Jean par Franz Brüggen, mercredi 16 avril à 20h30), motets, mais aussi grande formations symphoniques et cette année, point d’orgue, en relation avec l’année Jean-Philippe Rameau 2014 : le concert du dimanche 19 avril 2014 (20h30) à l’Auditorio : Les Grands Motets (Maria Bayo, Véronique Bourin, sopranos ; Edwin Aros, ténor. Orchestre Les Siècles et Bruno Procopio, direction). Soit au total, 21 concerts alliant pertinence du répertoire choisi et beauté des lieux qui les reçoivent. Cuenca est bien l’un des meilleurs festivals européens de musique sacrée. Voir tous les programmes

 

CUENCA 2014

53ème SMR Semana de Musica religiosa de Cuenca

festival de musique religieuse pendant la Semaine Saintes

4 nuits Ă  Cuenca

Nous recommandons plus particulièrement votre séjour du 16 avril au soir jusqu’au dimanche 19 au soir (4 nuitées à Cuenca) : lire ici notre sélection des concerts événements 2014, du 16 au 20 avril : La Saint-Jean de Bach par Frans Bruggen, Alkan par la pianofortiste Natalia Valentin, Office au temps du Greco, Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio

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CLIP vidĂ©o : Festival SMRC Cuenca (Espagne) 2013 – Semana de Musica Religiosa de Cuenca 2013

logo_cuenca04CLIP vidĂ©o. Temps forts du festival de Cuenca 2013. Chaque annĂ©e au moment de la Semaine Sainte, quelques jours avant Pâques, le festival de musique sacrĂ©e de Cuenca offre un programme exceptionnel marquĂ© par la diversitĂ© des formes musicales, l’exigence, l’ouverture vers les rĂ©pertoires. Toutes les Ă©glises anciennes et la CathĂ©drale du centre historique sont investies par les programmes alliant chĹ“ur, piano, musique de chambre, Passions et oratorios, grandes formations, crĂ©ations et pour les Mercredi, Jeudi, Vendredi Saints, les Leçons de TĂ©nèbres invitant Ă  la rĂ©flexion le temps de la Passion…  Temps forts de la 52ème Ă©dition du festival de Musique SacrĂ©e de Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha), du 23 au 31 mars 2013 : La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction – La Fenice, Jean TubĂ©ry, direction – CrĂ©ation mondiale de Magna Mater de Maria de Alvear (1960) … En 2014, la SMRC, la Semana de MĂşsica Religiosa de Cuenca a lieu du 12 au 20 avril 2014. La SMR Cuenca n’est pas seulement le plus ancien festival de musique d’Espagne : c’est aussi le plus captivant des festivals de musique sacrĂ©e en Europe. En lire +, dĂ©couvrir les temps forts de l’Ă©dition 2014, 53ème Ă©dition

Festival SMR Cuenca 2014, Semana de musica religiosa :12>20 avril 2014

SMR-CUENCA-2014-folletoEspagne. SMR Cuenca 2014 : 12 > 20 avril 2014. 21 concerts à Cuenca jalonnent une semaine exceptionnelle de découvertes et d’accomplissement musical. Il n’est pas un festival en Europe comparable à Cuenca pendant la Semaine Sainte. Dans la province de Castilla La Mancha à seulement 1h15 en train de Madrid, la ville Cuenca concentre dans son village ancien perché entre deux rivières, un site éblouissant composé de nombreuses églises et d’une Cathédrale remarquablement bien conservée. Chaque année le festival musical a lieu pendant la semaine sainte : il en jalonne les étapes ferventes, alliant beauté patrimoniale, offre musicale et dévotion locale.
Les processions dans les ruelles du village haut confère à la Semaine de programmation musicale, un climat fervent et progressif qui va crescendo jusqu’au Lundi de Pâques, celui de la Résurrection.
CLIC D'OR macaron 200Cette année à nouveau, les concerts et la thématique à l’honneur font circuler une ambiance à la fois concentrée et hypnotique à laquelle le festivalier ne peut que souscrire. Pilar Tomas, directrice artistique sait y préserver la qualité et la cohérence des concerts, mêlant les disciplines (associant photographie, peinture, sculpture et musique), faisant dialoguer les genres et les formations pour mieux inspirer l’acte musical qui est en jeu. Fidèle à ses programmations précédentes, le festival propose de multiples concerts dans les nombreuses églises du bourg, à l’Auditorio (le théâtre municipal), à la Cathédrale, joyau sacré de la Castille. Concerts habituels qui animent les lieux sacrés par des chants liturgiques et les grandes oeuvres du répertoire religieux : Messes, Leçons de Ténèbres pour les Mercredi, Jeudi et surtout Vendredi Saints, Passions (de Bach selon la tradition à Cuenca : Saint-Jean par Franz Brüggen, mercredi 16 avril à 20h30), motets, mais aussi grande formations symphoniques et cette année, point d’orgue, en relation avec l’année Jean-Philippe Rameau 2014 : le concert du dimanche 19 avril 2014 (20h30) à l’Auditorio : Les Grands Motets (Maria Bayo, Véronique Bourin, sopranos ; Edwin Aros, ténor. Orchestre Les Siècles et Bruno Procopio, direction). Soit au total, 21 concerts alliant pertinence du répertoire choisi et beauté des lieux qui les reçoivent. Cuenca est bien l’un des meilleurs festivals européens de musique sacrée. Voir tous les programmes

Festival de Musique sacré à Cuenca

le Salzbourg espagnol

Temps forts de la programmation Cuenca 2014
CUENCA (Espagne) : festival de Pâques 2014Le festival s’ouvre avec les cours d’initiation au chant grégorien, une opportunité pour les amateurs et les festivaliers de vivre la musique sacrée dans les lieux pour laquelle elle a été conçue. Notre premier coup de coeur est le concert de la Capilla Cayrasco dans la Cathédrale de Cuenca (le dimanche 13 avril, 22h, concert 2) : In dévotione (Eligio Luis Quinteiro, direction) : œuvres de Lobo, Patiño, Hidalgo. En liaison avec l’année GRECO 2014 : concert d’Il Pegaso lundi 14 avril à 17h (Cathédrale : El Greco à Venise, l’essor des motets de chambre à Venise, œuvres de Martinengo, Willaert, Andrea Gabrielli, Monteverdi…). Mardi 15 avril : El agua del llanto avec la soprano Marta Almajano à l’Eglise San Miguel (17h : œuvres de Juan Hidalgo, Kapsberger, Del Vado, Francisco Guerau), puis création commande du festival à 20h30 à l’Eglise de la Merced (Codetta / TAC : Atelier Atlantique contemporain, œuvres de Morton Feldman, et une nouvelle oeuvre de Klaus Lang, commande de la SMR Cuenca 2014).

CUENCA 2014

53ème SMR Semana de Musica religiosa de Cuenca

festival de musique religieuse pendant la Semaine Saintes

4 nuits Ă  Cuenca

Nous recommandons plus particulièrement votre séjour du 16 avril au soir jusqu’au dimanche 19 au soir (4 nuitées à Cuenca) : lire ici notre sélection des concerts événements 2014, du 16 au 20 avril : La Saint-Jean de Bach par Frans Bruggen, Alkan par la pianofortiste Natalia Valentin, Office au temps du Greco, Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio

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Rameau 2014. Bruno Procopio dirige les Grands Motets

procopio_bruno_chemise_bleueRAMEAU 2014. Bruno Procopio dirige les Grands Motets Ă  Cuenca (Espagne), le 19 avril 2014.  Le Chef français aborde la flamme théâtrale des Grands Motets de Jean-Philippe Rameau : un volet sacrĂ© dans l’inspiration du compositeur français qui prĂ©lude Ă  ses accomplissements lyriques. Le concert clĂ´t le festival de musique sacrĂ©e Ă  Cuenca en avril 2014. Interprète remarquĂ©, toujours exigeant de Rameau, le jeune chef et claveciniste Bruno Procopio doit Ă  ses racines latines (il est nĂ© brĂ©silien), un feu caractĂ©risĂ©, habile autant Ă  la finesse qu’à l’énergie communicante. Comme claveciniste, il a enregistrĂ© les Pièces pour clavecin en concerts, renouvelant l’inventivitĂ© et la libertĂ© d’une partition concertante majeure ; comme chef, il a dirigĂ© Ă  Caracas, les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar : une expĂ©rience musicale qui fut un dĂ©fi s’agissant de musiciens qui dĂ©couvrait alors le baroque français (et sur instruments modernes)… En avril, Bruno Procopio participe aux cĂ©lĂ©brations Rameau 2014, offrant une nouvelle lecture des Grands Motets, en clĂ´ture du festival de Pâques Ă  Cuenca (SMR, Semana de Musica religiosa de Cuenca, Espagne, le 19 avril 2014), l’un des plus grands festivals europĂ©ens de musique sacrĂ©e. Entretien exclusif pour classiquenews.com.

Quelle vision souhaitez vous transmettre de Rameau en 2014 ?

J’ai commencĂ© Ă  aborder ce grand compositeur au disque en 2013, quand j’ai fait paraĂ®tre deux albums que lui Ă©taient dĂ©diĂ©s, l’un comprenant les Ĺ“uvres orchestrales en dirigeant les Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra du Venezuela ; l’autre avec l’intĂ©grale des Pièces de clavecin en concerts. En clĂ´ture de la Semana de Musica religiosa de Cuenca, ce 19 avril 2014, j’aborde pour la première fois l’intĂ©grale des Motets de Rameau avec l’orchestre Les Siècles (chĹ“ur et orchestre), une formation que j’admire depuis des annĂ©es, fondĂ©e par le chef François-Xavier Roth. Pour moi, Rameau est sans doute le meilleur compositeur français du XVIII ème siècle et l’un de mes prĂ©fĂ©rĂ©s dans toute l’histoire de la musique. Rameau est un mĂ©lange d’art savant comme de profond enracinement du langage “français” insufflĂ© par Lully et ses contemporains.  Rameau reste encore un compositeur mĂ©connu du grand public français, j’espère que 2014 permettra de rĂ©parer cette injustice.

A travers ses Grands Motets, en quoi Rameau renouvelle t-il le genre ?

Tous les Motets ont Ă©tĂ© composĂ©s dans sa jeunesse, avant son arrivĂ© Ă  Paris en 1722. La voix affirmĂ©e du compositeur est dĂ©jĂ  prĂ©sente dans les trois Motets mais un parfum du sud (l’Italie) est bien prĂ©sent dans la forme (comme l’attestent les duos, trio, les airs de virtuositĂ©). Le langage musical est très personnel, Ă©minemment français dans le traitement des ornements. Il est Ă©tonnant de voir comment ce jeune compositeur a posĂ© dĂ©jĂ  tous les jalons de son style en tant que compositeur dans ses grands motets. C’est comme s’il Ă©tait pressĂ© de montrer ce dont il est capable, et il y rĂ©ussit Ă  merveille. Dans le plus court des Motets (Quam Dilecta), Rameau arrive Ă  placer avec naturel la polyphonie chorale, des soli virtuoses, un trio. En Ă  peine vingt minutes, la partition offre un Ă©ventail complet de ses moyens expressifs. Le motet le plus important (In Convertendo) a Ă©tĂ© repris par ses soins au Concert Spirituel au printemps 1751. MalgrĂ© un important remaniement de l’Ĺ“uvre pour l’occasion, la critique a Ă©tĂ© sĂ©vère, et le public apparemment déçu. En sachant que l’Ĺ“uvre comporte l’une des pages les plus rĂ©ussies de la musique sacrĂ©e française, grâce Ă  ses chĹ“urs fabuleux, par sa diversitĂ© ausi, la critique nous semble ingrate et dĂ©placĂ©e, mais parfois il faut bien trois siècles pour qu’un chef d’Ĺ“uvre soit reconnu Ă  sa juste valeur.

Bruno Procopio : les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca (Espagne)

Est-il pour vous ce grand symphoniste qui prépare déjà Berlioz, par son goût de la musique pure et des couleurs instrumentales ?

Au XVIIIème siècle chaque musique a sa fonction, mĂŞme si parfois elle doit ĂŞtre mondaine, donc je ne pourrais pas parler de musique pure dans l’absolu. En tout cas, sa musique pour orchestre reste avant-gardiste dans le traitement harmonique et dans l’originalitĂ© du traitement de la forme. Comme dernier survivant d’un style ancrĂ© dans les 17ème et 18ème siècles, le plan qui lui est propre est celui de la Suite de Danses. Berlioz est l’hĂ©ritier de la nouvelle mode, celle des vĂ©ritables symphonistes français, tels Gossec, MĂ©hul, Lesueur… Si mes souvenirs son bons, Berlioz cite une seule fois Rameau dans ses Ă©crits. MalgrĂ© les 50 ans qui sĂ©parent la disparition de Rameau et les toutes premières Ĺ“uvres de Berlioz, il y a bien une nette rupture de point de vue.

Mais le gĂ©nie de Rameau fait d’un apparent passĂ©isme, la voie ouverte Ă  de nouvelles aventures musicales. Rameau pour moi a la mĂŞme importance et il reste aussi marginal que Carl Philipp Emanuel Bach Ă  son Ă©poque. Après Rameau, la Suite de danse sera supplantĂ©e par la musique italienne, quant au style Sensible crĂ©Ă© par CPE, il n’est qu’un appendice compris uniquement par ses admirateurs les plus proches et non des moindres : Mozart, Haydn, Beethoven.

Jouer Rameau sur instruments d’Ă©poque ou sur instruments modernes apporte quel bĂ©nĂ©fice pour un chef et pour les musiciens d’orchestre ?

Je pense que Rameau reste difficile mĂŞme pour un baroqueux averti : le langage est vraiment sophistiquĂ© et la vocalitĂ© n’est pas habituelle, donc il faut une grande connaissance du style pour apprivoiser les tournures propres au langage de Rameau. Concernant les Grand Motets, il y a une grande profusion d’ornements que nous devons Ă©tudier de prĂŞt pour savoir s’ils sont des “coulĂ©s ou des appoggiatures » par exemple, donc des notes jouĂ©es avant le temps, ou sur le temps.

Parmi les chefs qui vous ont prĂ©cĂ©dĂ©, quel serait celui qui a le mieux compris et servi l’esthĂ©tique de Rameau ? Et pourquoi ?

Je pourrais en citer plusieurs, mais celui qui aura vraiment marquĂ© l’interprĂ©tation, c’est William Christie avec ses innombrables disques dĂ©diĂ©s Ă  Rameau. Je les Ă©coute rĂ©gulièrement ; ils ont Ă©tĂ© très formateurs pour moi. L’Ă©lĂ©gance et l’Ă©quilibre de ses enregistrement sont un exemple pour tous les musiciens qui souhaitent aborder cette culture musicale.

Bruno Procopio dirige les Grands Motets de Rameau, à Cuenca (Espagne), en clôture du festival de musique religieuse, SMR Semana de Musica Religiosa de Cuenca, le 19 avril 2014, 20h (Auditorio). Les Grands Motets de Rameau. Maria Bayo, soprano. Solistes, chœur et orchestre Les Siècles. Bruno Procopio, direction.