CUENCA (Espagne), Festival de musique sacrée. Auditorio, le 24 mars 2016 : Messe en si mineur de JS BACH. Les Arts Florissants, William Christie

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55BACH by BILL. Compte rendu, CUENCA (Espagne, Castilla-La Mancha). 55Ăšme Festival de musique religieuse, Auditorio, jeudi 24 mars 2016. JS BACH : Messe en si mineur. Les Arts Florissants, William Christie. Sommet musical Ă  Cuenca. On l’attendait impatiemment, cette nouvelle lecture de la Messe en si de Bach par William Christie. C’est absolument le bon timing pour le chef fondateur des Arts Florissants. Une premiĂšre d’autant plus attendue Ă  Cuenca, pour le festival de musique religieuse que le concert inaugure une tournĂ©e dĂ©sormais marquante dans l’histoire de l’Ensemble qui passera par Paris (Philharmonie, ce 26 mars soit demain) puis Versailles (Chapelle royale), avant les autres dates dont Ă  nouveau l’Espagne, Ă  Barcelone en juin prochain.
ImmĂ©diatement ce qui frappe c’est l’Ă©nergie juvĂ©nile que Bill insuffle Ă  son orchestre d’une formidable ductilitĂ© expressive et aux chanteurs formant le choeur des Arts Florissants. La vitalitĂ© du geste sait ĂȘtre dĂ©taillĂ©e, analytique sans omettre la profondeur et la justesse des intonations, ce pour chaque sĂ©quence. Il en dĂ©coule une vision architecturale d’une clartĂ© absolue qui Ă©claire d’une lumineuse façon toute la structure de l’Ă©difice ; comme s’il s’agissait d’en souligner la profonde unitĂ©, l’irrĂ©sistible cohĂ©rence, alors qu’il s’agit d’un cycle que Bach a conçu sur 25 ans, sans concevoir a priori la fabuleuse totalitĂ© que nous saluons aujourd’hui.

Dans la Messe en si mineur de Bach, les Arts Florissants signent une lecture jubilatoire, ardente et juvénile,

Bouleversant Bach de Bill

Messe en si de Bach par William ChristieParmi les joyaux de cette rĂ©alisation, soulignons l’Ă©blouissante comprĂ©hension de la Messe dans sa globalitĂ©, comme l’intelligence des enchaĂźnements des sĂ©quences solistiques, chorales, instrumentales… car si l’on prend presque toutes les entrĂ©es des arias, ce sont les instruments (flĂ»tes, hautbois d’amour, violon…) qui sont aux cĂŽtĂ©s des chanteurs, particuliĂšrement exposĂ©s. Sous la direction de William Christie, les vertigineux contrastes d’un Ă©pisode l’autre, se rĂ©vĂšlent avec une acuitĂ© dramatique exceptionnelle ; chaque choeur d’une exultation jubilatoire, affirme le sentiment d’avoir franchi un seuil dans l’ascension de la montagne. Peu Ă  peu, chaque Ă©pisode choral marque les jalons d’une Ă©lĂ©vation collective, – gradation d’une ascension, emportant musiciens et public, en un continuum ininterrompu de prĂšs d’1h30mn.
Le Kyrie initial affirme l’ampleur de la vision Ă  la fois “sereine et gĂ©nĂ©reuse” pour reprendre les mots du Maestro ; et ce sentiment de solennitĂ© est enrichi par la profondeur et un souffle irrĂ©pressible. Puis les choeurs (Gloria in excelsis Deo, avec l’Ă©clat de la trompette ; Gratias agimus tibi ; Cum Sancto Spiritu…) affirment l’avancĂ©e de l’assemblĂ©e des croyants : tout un monde nouveau, Ă©blouissant les attend au sommet des cimes Ă©voquĂ©es. MaĂźtre des contrastes, Bill cisĂšle l’expressivitĂ© mordante des solos, en particulier, Ă  l’inquiĂ©tude tenace du contre-tĂ©nor (premier air : Qui sedes), la certitude bienheureuse du croyant dans la joie incarnĂ©e par la basse (air qui suit immĂ©diatement : Quoniam tu solus Sanctus). Ces contrastes -magnifiquement enchaĂźnĂ©s-, relĂšvent d’une maĂźtrise absolue de l’Ă©loquence, mais aussi, qualitĂ© davantage explicite chez le fabuleux choeur, celle d’une exceptionnelle intelligibilitĂ© : maĂźtre de la dĂ©clamation française, William Christie se distingue plus encore chez Bach, par un souci inouĂŻ du texte dont on comprend et saisit chaque mot ; d’ailleurs le travail du choeur est l’autre point fort d’une approche inoubliable : le chef mĂ©lange les chanteurs, comme un peintre, sur sa palette, obtenant des couleurs, des accents, des combinaisons d’une Ă©tonnante activitĂ© linguistique. C’est tout d’un coup l’armĂ©e des chĂ©rubins qui fourmille dans un ciel misĂ©ricordieux, une nuĂ©e scintillante et linguistiquement miroitante dont le raffinement n’avait jamais atteint Ă  ce degrĂ© de finesse comme d’Ă©lĂ©gance. Autre temps fort de la Messe, le surgissement de la mort, aprĂšs le duo Et in unum Dominum Jesum Christum (du Credo) : sur les mots : “Crucifixus etiam pro nobis”, le choeur fait basculer le cycle dans la gravitĂ© lugubre, un gouffre noir et sombre sans lumiĂšre s’ouvre Ă  nos pieds : dĂ©pression collective, amertume imprĂ©vue, inquiĂ©tude et angoisse… L’impact est foudroyant et la justesse du geste, irrĂ©sistible.
L’ensemble des solistes reste convaincant, mais c’est essentiellement la parure orchestrale, la trĂšs haute tenue de chaque soliste instrumental (palmes spĂ©ciales Ă  la corniste qui accompagne la basse dans le premier air dĂ©jĂ  citĂ©) qui convainc. Le choeur est l’autre protagoniste clĂ© de cette rĂ©alisation exemplaire : l’exaltation, la justesse, l’articulation, l’Ă©lan gĂ©nĂ©ral qui convoque l’assemblĂ©e des croyants s’imposent Ă  nous sans artifice. Et d’une rayonnante ivresse juvĂ©nile.
Quant au maestro, son engagement Ă  dĂ©fendre l’universalitĂ© de la partition (d’une vĂ©ritĂ© oecumĂ©nique), sa profonde poĂ©sie comme son dramatisme hautement expressif… tout s’accordent Ă  ciseler une lecture essentiellement cohĂ©rente et unitaire. Sans omettre nous le soulignons un art remarquable des enchaĂźnements dont la succession des Qui tollis peccatis (grave et intĂ©rieur), Qui sedes (pour haute contre), enfin Quoniam tu solus Sanctus (basse) surprend par la ductilitĂ© des passages ; un lien d’une indĂ©fectible plasticitĂ© reliant les Ă©pisodes l’un Ă  l’autre, comme s’il s’agissait des volets d’un mĂȘme et seul retable. Tour Ă  tour, l’auditeur passe de l’interrogation profonde Ă  l’exultation contagieuse en une continuitĂ© bouleversante par sa sincĂ©ritĂ©. L’expĂ©rience est exaltante et mĂ©morable ; elle a fait l’Ă©vĂ©nement Ă  Cuenca ; en fin de concert, le public conquis a rĂ©servĂ© une ovation lĂ©gitime et tenace au formidable ensemble des Arts Florissants. C’est en effet le grand retour de William Christie Ă  Cuenca, depuis plus de 10 annĂ©es. Programme en tournĂ©e (Paris, Philharmonie le 26 mars 2016 ; Versailles,  Chapelle royale, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin ; Leipzig, le 19 juin…), Ă  ne pas manquer. Voir les dates sur le site des Arts Florissants.

Compte rendu, concert. CUENCA (Espagne), 55Úme Festival de musique religieuse. Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232. Katherine Watson, Tim Mead (contre-ténor), Reinoud van Mechellen (ténor), André Morsch (basse). Les Arts Florissants (Choeur et Orchestre). William Christie, direction

CUENCA, le quotidien du Festival 2016

CUENCA-2016-vignette-carre-cartel-smrc55CUENCA (Espagne). Le Quotidien du 55Ăšme Festival de musique sacrĂ©e.  Retrouvez ici chaque jour, l’actualitĂ© du premier festival de musique sacrĂ© en Espagne, le temps de notre sĂ©jour 2016, soit 4 jours, les 22, 23, 24 et 25 mars 2016. Nous revoici Ă  Cuenca, perle architecturale de la province de Castilla La Mancha, Ă©crin rĂȘvĂ©, aux contours inĂ©dits, posĂ© sur son rocher et qui accueille cette annĂ©e pas moins de 16 concerts, chacun fruit d’une programmation musicale particuliĂšrement choisie, rĂ©flĂ©chie, conçue par la directrice artistique Pilar Tomas dont l’intelligence accorde le gĂ©nie des lieux Ă  un choix de partitions souvent remarquable. Le rythme des concerts (pas plus de deux par jour), la situation des programmes qui investissent les nombreuses Ă©glises de la citĂ© historique, sans omettre le vaste Auditorio qui accueille les grands concerts sacrĂ©s font de Cuenca, l’un des festivals de musique sacrĂ© les plus singuliers et mĂ©morables d’Europe.

 

 

ESPAGNE, Castilla La Mancha : festival de Cuenca 2016De surcroĂźt pendant la Semaine Sainte, oĂč les processions se succĂšdent jour aprĂšs jour, l’offrande musicale s’intensifie, tient le festivalier en haleine. Les lieux font le festival : mĂȘme Salzbourg ne dispose pas d’une telle diversitĂ© de lieux en un site aussi resserrĂ©. Certes il faut avoir les genoux bien accrochĂ©s et tenir le rythme c’est Ă  dire monter et descendre les rues pavĂ©es, Ă©troites  ; quitter une chapelle ou la cathĂ©drale puis descendre vers l’Auditorio, dĂ©couvrir la sublime Ă©glise San Miguel ou les rayonnages quasi abstraits qui forment l’abside de La Merced, la plupart des bĂątiments offrant une vue inouĂŻe alentour… Sans omettre les hĂŽtels perchĂ©s sur le rocher donnant directement sur les collines environnantes;  sculptĂ©es, aux formes organiques tels que le peintre Patinir les a peint Ă  sa façon : un paysage minĂ©ral et naturel d’une beautĂ© Ă  couper le souffle. VoilĂ  qui compose le cadre du festival sacrĂ© de Cuenca. Pour cette 55Ăšme Ă©dition, le Festival de Cuenca met Ă  l’honneur l’Allemagne, avec l’ensemble Vocalconsort Berlin, en rĂ©sidence.

 

 

Toutes les infos sur le Festival de Cuenca 2016 (Espagne) / 55Ăš Ă©dition de la SMR, Semana de Musica Religiosa de Cuenca / Du 19 au 27 mars 2016

 

 

CONCERTS événements à ne pas manquer :

 

Vendredi 25 mars, VENDREDI SAINT
Espacio Torner, 12h

Leipzig Quartet
Beethoven : Quatuors opus 133, opus 131
Kurtag : Officium breve opus 28

20h30, Auditorio
RĂ©cital Scarlatti, Vivaldi et Ferrandini (ll pianto di Maria)
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Concert / Harry Bicket, direction

 

Concerts dĂ©jĂ  vus, sujets d’un prochain compte rendu :

Premier soir, mardi 22 mars 2016, premier concert lors de notre sĂ©jour. Spectacle dramatique et musical inspirĂ© par le texte de CervantĂšs, La ConquĂȘte de Jerusalem par Godefroy de Bouillon, rĂ©alisation sous la direction artistique de Juan Sanz. Les musiques de Francisco Guerrero, Mateo Flecha, Juan del Enzima rythment le drame mĂ©diĂ©val, vĂ©ritable geste sacrĂ©. En terre espagnole oĂč le Reconquista a tant marquĂ© l’histoire locale, entendre par exemple le Muezzin sur les remparts de Jerusalem prend un tour frappant… C’est une immersion dans l’Ă©criture dramatique de Cervantes, dans une rĂ©alisation trĂšs fluide et vivante oĂč la musique (c’est notre seule rĂ©serve) reste confinĂ©e Ă  un rĂŽle de pure illustration fugace, d’intermĂšde entre deux tableaux, de mise en contexte en sĂ©quances trop courtes. On aurait imaginĂ© une pantomime musical pour le dernier combat (tragique) entre le chrĂ©tien TancrĂšde et la musulmane Clorinde… Prochaine critique complĂšte Ă  venir.

 

 

Mercredi 23 mars, MERCREDI SAINT
17h, Eglise San Miguel. La Grande Chapelle, Albert Recasens
Sebastian Duron : Lamentations / Semaine Sainte Ă  La Chapelle Royale vers 1700

20h30, Eglise de La Merced. SOS : Songs of Suffering
Lamentations de Jérémie
Alonso Lobo, Thomas Tallis, James Wood (né en 1953)
Commande du festival SMR de Cuenca, 55Ăšme Ă©dition

 

 

JEUDI 24 MARS 2016, Jeudi Saint Ă  Cuenca
12h
, CathĂ©drale : Chapelle de l’Esprit Saint
Froberger, Weckmann
Christian Rieger, clavecin et orgue

20h30, Auditorio
Jean-SĂ©bastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants. William Christie, direction

Messe en si de Bach par William ChristieC’est le temps fort du Festival de Cuenca 2016. “Bill” revient Ă  Bach, en explorant la ferveur plurielle que Bach a dĂ©posĂ© dans son testament sacrĂ© ; un cycle qui malgrĂ© sa genĂšse chaotique, fondĂ©e sur le recyclage de partitions prĂ©cĂ©dentes, Ă  travers un processus de collage long et compliquĂ©, rĂ©vĂšle aujourd’hui sa profonde unitĂ©, son souffle ardent qui approche les Passions selon Saint-Mathieu et Saint-Jean. La formidable ductilitĂ© des choeurs des Arts Florissants, le sens dramatique du chef fondateur, William Christie dont la maĂźtrise de l’Ă©loquence baroque n’est plus Ă  prouver font de ce grand retour Ă  Bach, l’Ă©vĂ©nement de ce printemps. William Christie dĂ©fend les splendeurs de ce cycle au sein d’une tournĂ©e importante dans toute l’Europe. Cuenca en est l’une des Ă©tapes majeures, au moment de la Semaine Sainte, en un temps oĂč la rĂ©flexion et la mĂ©ditation sur la Passion et la Mort de JĂ©sus s’imposent…. C’est mĂȘme avant Paris (Philharmonie) et Versailles, avant Barcelone en juin prochain, que William Christie fait un grand retour Ă  Cuenca oĂč il offre la premiĂšre date de la tournĂ©e Bach. EvĂ©nement majeur. A Paris (Philharmonie, le 26 mars 2016 ; Versailles, le 27 mars ; Barcelone, le 16 juin, Leipzig, le 19 juin…) LIRE notre compte rendu complet de La Messe en si mineur de JS BACH par Les Arts Florissants / William Christie Ă  Cuenca, le 24 mars 2016.

 

 

 

 

Festival de Cuenca 2016

cuenca-cathedrale-570ESPAGNE. Festival de Cuenca : 19>27 mars 2016. C’est l’un des plus anciens festivals de musique sacrĂ©e en Europe, un Salzbourg ibĂ©rique ayant lui aussi sa ville haute, ses superbes Ă©glises posĂ©es sur un pic rocher qui offre une vue vertigineuse sur la nature environnante (digne du peintre Patinir). Le Festival de Cuenca (dans la rĂ©gion de Castilla-La Mancha) qui s’appelle aussi en espagnol “Semana de musica religiosa de Cuenca” / Semaine de musique religieuse”, parce qu’il se dĂ©roule pendant la Semaine Sainte (donc sur le rythme des nombreuses processions dans la vieille ville) a tout pour plaire : le charme d’un bourg historiquement trĂšs riche ; des Ă©glises prĂ©servĂ©es intactes et d’une grande diversitĂ© dont la sublime CathĂ©drale (et ses multiples chapelles du gothique au baroque tardif), un environnement Ă©blouissant et aussi une gastronomie locale Ă  dĂ©couvrir absolument Ă  condition de connaĂźtre Ă©videmment les bonnes adresses (et de commander sa table quelques jours avant, Semaine Sainte oblige : les espagnols convergent vers le vieux Cuenca pour y mesurer et pour y vivre cet esprit de fiĂšvre collective et d’intense expĂ©rience musicale au temps du Festival de musique sacrĂ©e).

cabeceraSMRC2015-1Pour sa derniĂšre Ă©dition, la directrice artistique Pilar Tomas, vĂ©ritable Ăąme du festival a choisi l’Allemagne comme pays invitĂ©, avec le Vocalconsort de Berlin comme artiste rĂ©sident. On ne sera donc pas surpris d’y Ă©couter, en liaison avec le calendrier liturgique pascal (du lundi au samedi saint, aprĂšs le week end des Rameaux), plusieurs oeuvres germaniques mĂ©diĂ©vales, renaissantes et baroques. La 55 Ăšme Ă©dition du festival de Cuenca du 19 au 27 mars promet donc d’ĂȘtre particuliĂšrement convaincante. Parmi nos coups de coeurs de cette Ă©dition trĂšs prometteuse : le programme Duron sublimĂ© par La Grande Chapelle et Albert Recasens le 23 mars ; Ă©videmment le programme phare dĂ©fendu en 2016 par Les Arts Florissants et William Christie : la Messe en si mineur de Bach, le lendemain 24 mars ; enfin, le concert du Samedi saint (dans la CathĂ©drale de Cuenca, le 26 mars dĂ©fendu par l’ensemble en rĂ©sidence cette annĂ©e : Vocalconsort Berlin (James Wood, direction), arche emblĂ©matique de la programmation du Festival : entre musique ancienne et crĂ©ation : Hector Parra (1976) : Breathing (crĂ©ation mondiale, commande du festival de Cuenca) puis Missa a 4 de William Byrd. Eclectique, multiple, mais singuliĂšrement cohĂ©rente, la direction artistique Ă  Cuenca, grĂące Ă  Pilar Tomas, a incarnĂ© un modĂšle du genre, entre pertinence, rythme, poĂ©sie et diversitĂ©. Festical incontournable, coups de coeur CLASSIQUENEWS 2016.

 

 

 

 

En voici nos 12 temps forts :

Samedi de la Passion, 19 mars 2016 (concert 1)
Eglise San Miguel, 19h
Concert Vivaldi : Salve Regina, Motet in furore, Laudate pueri
Roberta Mamelli, soprano
Modo Antiquo. Federico Maria Sardelli, direction

Dimanche des Rameaux, 20 mars 2016 (concert 2)
Eglise San Pedro
Wolfgang Rihm (1952) : Vigilia, 2006
Singer Pur
Ensemble Musikfabrik

Lundi Saint, 21 mars 2016 (concert 3)
Salla de Camara, Teatro Auditorio Ă  Cuenca, 17h
Cantates de Jean-SĂ©bastien Bach
Accademia del Piacere
Fahmi Alqhai, direction

idem (concert 4)
Eglise San Miguel, 20h30
Jean-SĂ©bastien Bach : Sonatas et Partitas pour violon
BWV 1001 Ă  1006
Christian Tetzlaff, violon

Mardi Saint, 22 mars 2016 (concert 6)
Teatro Auditorio, 20h30
Miguel de CervantĂšs, 1547-1616
La ConquĂȘte de Jerusalem par Godefroy de Boullon
Musiques de Guerrero, Flecha, Juan del Enzima, …
La Danserye
Capella Prolationum
Compania Antiqua Escena
Juan Sanz, mise en scĂšne

Mercredi Saint, 23 mars 2016 (concert 7)
Eglise San Miguel, 17h
Sebastian Duron : Semana Santa en la Real Capilla, vers 1700
(Psaume, Lamentations, Villancico de Pasion…)
La Grande Chapelle
Albert Recasens, direction

Eglise de la Merced, 20h30
SOS : Songs of Suffering
Lamentation de Jérémie
Oeuvres de Lobo, Tallis, James Wood (1953)
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction
Arnim Fries, projection vidéo

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Coup de coeur de classiquenews 2016 :
Jeudi Saint, 24 mars 2016 (concert 10)
Teatro Auditorio, 20h30
KATHERINE WATSON, soprano
EMMANUELLE DE NEGRI, soprano
TIM MEAD, contre-ténor
REINOUD VAN MECHELEN, tenor
ANDRÉ MORSCH, basse
Jean-SĂ©bastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants
William Christie, direction

Vendredi Saint, 25 mars 2016 (concert 12)
Teatro Auditorio, 20h30
RĂ©cital Scarlatti, Vivaldi, Albinoni, Vivaldi
Giovanni Battista Ferrandini : Il pianto di Maria
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Consort
Harry Bicket, direction

Samedi Saint, 26 mars 2016 (concert 13)
O Celestial Medicina
Canciones, Villanescas spirituelles de Guerrero
Armonia Concertada
Maria Cristina Kiehr, soprano
Sara Agueda, harpe double

Cathédrale de Cuenca, 20h
Hector Parra (1976) : Breathing
(création mondiale, commande du festival de Cuenca)
William Byrd : Missa a 4
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction

Dimanche de la RĂ©surrection, 27 mars 2016 (concert 16)
Eglise de la Asuncion, Tarancon, 18h
Sebastian Duron : El Blando Susurro
Cantadas y tonadas sacras
Raquel Andueza, soprano
La Galania

Ne pas manquer aussi :
Visite acoustique au Musée du Trésor de la Cathédrale
Dimanche des Rameaux, Jeudi, Vendredi et Samedi Saint
Visiter le site du festival de Cuenca 2016, 55Ăšme Semana de Musica Religiosa

 

 

 

 

 

cabeceraSMRC2015-1Renseignements, informations pratiques sur le site du Festival de Cuenca 2016, 55Ăš Semana de Musica Religiosa de Cuenca (Castilla La Mancha, Espagne)

 

 

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Rencontre – Entretien avec Pilar Tomas, directrice du Festival de Cuenca (Espagne)


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Actrice majeure de la culture en Espagne, Pilar Tomas a fait du festival de Cuenca (Semana de musica religiosa de Cuenca SMR) l’un des festivals de musique sacrĂ©e les plus marquants parmi les offres europĂ©ennes actuelles. Il ne s’agit pas simplement de dĂ©velopper une programmation musicale dans la citĂ© historique de Castille vĂ©ritable joyau architectural d’une rare cohĂ©rence. CUENCA est devenue une rĂ©fĂ©rence en matiĂšre artistique mais aussi l’exemple d’une exceptionnelle activitĂ© dont le propre est de susciter un questionnement trĂšs fĂ©cond sur le thĂšme du sacrĂ©, associant les concerts dans les Ă©glises ou dans l’auditorium (Auditorio) aux autres disciplines notamment celles liĂ©es Ă  l’image (peintures, vidĂ©o, cinĂ©ma. …). Le festivalier sait alors qu’il va vivre pendant la Semaine Sainte un cheminement impressionnant qui se prĂ©cise de concerts en programmes avec une intelligence rare et un rythme envoĂ»tant ; cette exigence artistique dont classiquenews a rendu compte plusieurs annĂ©es durant explique la rĂ©ussite du Festival de Cuenca grĂące au profil atypique de sa directrice artistique. GĂ©nĂ©reuse, entiĂšre, passionnĂ©e, Pilar Tomas est une personnalitĂ© qui compte en sachant acclimater l’exigence  du sens et le goĂ»t de la dĂ©couverte Ă  la notion mĂȘme de festival. Elle a su renouveler l’expĂ©rience musicale Ă  sa source. Le divertissement et la dĂ©lectation y ont cours autant que la rĂ©flexion et l’Ă©ducation. Vivre Cuenca au moment du dimanche Pascal reste un temps fort de l’agenda europĂ©en. Entretien avec une grande dame de la musique.

 

 

 

Quelle sont les points forts de votre carriĂšre avant votre arrivĂ©e Ă  la tĂȘte de la Semana de MĂșsica Religiosa de Cuenca?

Mon travail de gestionnaire de la musique a commencĂ© en organisant plusieurs  sĂ©ries et cycles de concerts pour la Radio Nationale d’Espagne. AprĂšs cette expĂ©rience particuliĂšrement formatrice, j’ai pris la direction de la FundaciĂłn Caja Madrid, - aujourd’hui disparue. Je pilotais alors non seulement l’organisation des concerts mais Ă©galement la recherche, l’Ă©dition et la diffusion du patrimoine musical.

 

 

 

Quelles sont les points clĂ©s de la rĂ©ussite de votre projet artistique au sein de la Semana de MĂșsica Religiosa de Cuenca?

Le bagage antĂ©rieur a Ă©tĂ© dĂ©terminant pour mon projet en tant que directrice de la Semana de MĂșsica Religiosa de Cuenca. Dans les annĂ©es 60, nous avons crĂ©Ă© l’Institut de Musique Religieuse, ce travail pionnier a Ă©tĂ© dĂ©terminant pour la sauvegarde du patrimoine et pour crĂ©er les inventaire des archives musicales espagnoles.

Le sens majeur du Festival de Cuenca repose sur  la qualité des artistes invités ; je reste concaincue que seule une programmation exigeante a toutes les chances de fidéliser les publics. Nous abordons un vaste répertoire dans la Semana, du chant grégorien aux commandes de musique contemporaine. Plusieurs de nos commandes de musique contemporaine ont reçu par la suite de nombreux prix nationaux.

Nous croisons Ă©galement d’autres disciplines, plusieurs de nos projets interagissent  avec la littĂ©rature ainsi que les arts visuelles par le biais des nombreuses expositions organisĂ©es vidĂ©o dans les diverd lieux mis a dispositiin pour le festival pascal : video, photographie, projection, installations, productions Ă©clectiques dont la pluralitĂ© des champs et des formes investis suscitent le questionnement et invite Ă  une rĂ©flexion et une participation sur le sens des oeuvres exposĂ©es Ă  la pĂ©riode concernĂ©e, en l’occurrence Ă  Cuenca, la Semaine Sainte.
Alites

La prĂ©sence du rĂ©pertoire mĂ©diĂ©val, jamais programmĂ© auparavant dans un grand festival en Espagne et celle de la musique de chambre, nous a permis de diffuser un rĂ©pertoire inhabituel et novateur. Il sagit toujours de susciter la dĂ©couverte ; dans cette mĂȘme dynamique, nous soutenons les jeunes artistes et les solistes confirmĂ©s qui ont eu peu d’opportunitĂ© de jouer en Espagne.

J’ai Ă©galement mis en Ɠuvre un partenariat entre le Festival et les responsables des patrimoines architecturaux de la RĂ©gion (Castilla La Mancha), car on ne saurait maintenir et dĂ©velopper une programmation musicale sans l’inscrire de façon cohĂ©rente dans son territoire;  nous avons pu Ă©tablir une coopĂ©ration fructueuse qui nous a permis de rĂ©aliser des concerts dans les lieux insolites et les aidant Ă  les faire connaĂźtre tels le MonastĂšre de UclĂ©s, AlarcĂłn, Parroquia de San Clemente, BasĂ­lica de Villanueva de la Jara….

 

 

 

Quelles sont vos plus importants partenaires, ceux qui ont vraiment compté pour la construction de votre projet à Cuenca?

Ma gestion Ă  la tĂȘte de la SMRC a coĂŻncidĂ© avec la plus grande crise financiĂšre qui a traversĂ© le pays depuis ces 10 derniĂšres annĂ©es. Sans aucun doute les partenariats Ă©tablis avec la Radio Nacional, TelevisiĂłn Española, Antena 3, Tele 5 nous ont permis de rayonner bien au-delĂ  de notre public prĂ©sent au festival.

 

 

 

Quelle est le point principal de votre apport Ă  Cuenca, votre marque de fabrique en quelque sorte ?

Deux aspect m’ont particuliĂšrement prĂ©occupĂ©s et motivĂ©s : les rencontres avec les professionnels autours de notre thĂ©matique pour une meilleure clarification du fil rouge thĂ©matique propre Ă  chaque Ă©dition. Et le soins particulier apportĂ© pour chaque interprĂ©tation des Ɠuvres choisies ; en temps de crise c’est toujours plus facile de reprendre des Ɠuvres plus grand public, or nous avons pu garder une qualitĂ© internationale et nous avons toujours dĂ©nichĂ© de nouveaux talents et dĂ©fendu malgrĂ© les contraintes, les rĂ©pertoires originaux et inĂ©dits.

En tant que protagoniste de la vie culturelle et musical europĂ©enne, quels sont vos conseils pour mieux inscrire et developper la musique dans la sociĂ©tĂ© d’aujourd’hui?

Je n’ai pas de leçon Ă  donner mais plutĂŽt des pistes de rĂ©flexions ; je pense que nous devons assumer chacun nos dĂ©fis avec honnĂȘtetĂ©. Il faut une force de conviction sans faille pour garder certaines valeurs et une forte volontĂ© pour continuer Ă  transmettre certaines valeurs culturelles. Il est de notre devoir de mettre en relation la culture et l’Ă©ducation pour essayer de dĂ©passer certaines habitudes   qui conduisent directement, inectablement vers  l’ignorance.

Seuls la culture et l’Ă©ducation ont la capacitĂ© de favoriser un dĂ©veloppement humaniste. Je suis contre l’idĂ©e que seule la culture rentable a sa place dans notre sociĂ©tĂ© ; l’Art ne doit ĂȘtre assujettie Ă  sa rentabilitĂ©. Une vision humaine de notre sociĂ©tĂ©, un regard fraternel envers les gĂ©nĂ©rations futures, voilĂ  le fil conducteur de mon action.

 

 

 

Propos recueillis en septembre 2015.

 

 

 

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Les 17, 18, 19 avril 2014. 53Ăšme SMR Semana de MĂșsica religiosa de Cuenca. RĂ©cital Natalia Valentin, Office des Matines par Schola Antiqua et The Tallish Scholars

cuenca-2014-bandeau-logo-53-semana-580Cuenca 2014. La rĂ©ussite d’un festival tient outre Ă  la qualitĂ© artistique des programmes prĂ©sentĂ©s (une constante surprenante ici depuis presque 10 ans), surtout Ă  la cohĂ©rence dĂ©veloppĂ©e et dĂ©fendue au sein des lieux oĂč il prend place. La multitude d’Ă©glises et de sites favorables Ă  l’expĂ©rience du concert, – instrumental, vocal, choral-,  Ă  Cuenca (concentrĂ©s dans la ville ancienne, constituant le bourg vieux et historique, perchĂ© sur le rocher) est spĂ©cifiquement idĂ©ale pour crĂ©er un climat magique. A nouveau cette annĂ©e, cette alchimie combinatoire est devenue rĂ©alitĂ© ; ce miracle entre musique et architecture confirme la place du festival de musique sacrĂ©e Ă  Cuenca, au moment de la Semaine Sainte, parmi les plus saisissants au monde. Le festival a certes plus de 50 ans, ce qui en fait le plus ancien des Ă©vĂ©nements de musique en Espagne (et en Europe), mais il a su, grĂące au discernement de sa directrice artistique actuelle, Pilar Tomas, prĂ©server une trĂšs forte identitĂ© musicale qui sait s’appuyer sur les ressources locales.
Comme toujours, le Salzbourg de Castille La Manche, Ă  moins d’1 h en train de Madrid, captive cette annĂ©e par le respect de ses fondamentaux : rythme, cohĂ©rence, complĂ©mentaritĂ© entre les programmes prĂ©sentĂ©s et donc interaction pertinente avec les sites investis.

 

 

 

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Jeudi 17 avril, Ă  l’Ă©glise de Santa Cruz (l’Ă©glise est dĂ©saffectĂ©e, aujourd’hui Ă©crin pour les Ă©vĂ©nements culturels), est un vaisseau lumineux dont les fenĂȘtres hautes plongent Ă  vide sur la vallĂ©e alentour, offrant une vue splendide sur les collines environnantes. La pianofortiste Natalia Valentin y prĂ©sente Ă  12h30, un rĂ©cital de musique romantique française principalement dĂ©diĂ© Ă  Charles-Valentin Alkan dont 2013, dans l’ombre de Wagner et Verdi avait marquĂ© le centenaire. Le Liszt français du piano a Ă©tĂ© dĂ©fendu par l’interprĂšte tout au long de l’annĂ©e 2013 et donc jusqu’au printemps 2014, lors d’une tournĂ©e Ă©vĂ©nement (intitulĂ©e ” Mysticisme et SpiritualitĂ© “) oĂč Natalia Valentin restitue le feu mystique et l’intense dramaturgie spirituelle d’un musicien solitaire, exigeant, plus tournĂ© vers Mozart que Wagner, Ă©videmment inspirĂ©, hautement flamboyant, dont les crĂ©pitements fervents n’empĂȘchent pas une suractivitĂ© parfois narrative, sublimĂ©e cependant par une trĂšs haute virtuositĂ© et des audaces harmoniques souvent savoureuses.
C’est dire le dĂ©fi d’un tel programme pour un pianiste, d’autant plus sur un pianoforte (dont Natalia Valentin est aujourd’hui l’une des plus sensibles spĂ©cialistes). Jouant de la rĂ©verbĂ©ration du lieu, de la mĂ©canique de l’instrument (un Érard de 1853, parfaitement prĂ©parĂ© pour l’occasion), la claviĂ©riste se montre une Ă©tonnante interprĂšte, combinant des qualitĂ©s trop rares aujourd’hui pour ne pas ĂȘtre distinguĂ©es : dĂ©licatesse d’un jeu perlĂ© et sensible, rayonnante musicalitĂ© intĂ©rieure, sĂ»retĂ© de la main gauche, flexibilitĂ© poĂ©tique de la main droite, le tout confĂ©rant Ă  ce rĂ©cital exceptionnellement abouti tant sur le plan de la construction et des piĂšces choisies (donc de leur enchaĂźnement) que du style de l’interprĂšte, une profondeur entre Ă©lĂ©gance et… intĂ©rioritĂ© voire troublante gravitĂ©.

Pianoforte en transe poétique

natalia-valentin-recital-pianoforte-cuenca-2014-alkanC’est assurĂ©ment le cas dĂšs la piĂšce d’ouverture, – mise en bouche finement sĂ©lectionnĂ©e (rappelant que le compositeur Salbourgeois fut un modĂšle pour Alkan), la sublime Fantaisie en rĂ© mineur K397 d’un Mozart, d’une tendresse et d’une douleur secrĂšte irrĂ©sistible. RĂ©vĂ©lant dans les failles ouvertes de prodigieux contrastes, cette intensitĂ© juste qui frappe immĂ©diatement le cƓur comme l’Ăąme de l’auditeur. Les climats du rĂ©cital sont ainsi aussitĂŽt annoncĂ©es, dĂ©fendues, magistralement incarnĂ©es oĂč le clavier maĂźtrisĂ© est rĂ©vĂ©lateur d’Ă©tonnants vertiges mystiques et spirituels.
MĂȘme sentiment de libertĂ© ici palpitante dans le Mendelsohnn (Rondo Capricioso opus 14) dont Alkan partage la confession juive et le confort d’une origine familiale plutĂŽt aisĂ©e ; la piĂšce majeure de ce programme riche en dĂ©couvertes demeure le sommet d’une inspiration Ă  la fois dramatique c’est Ă  dire intensĂ©ment narrative… et mystique (Super Flumina Babylonis) : scĂšne de massacre et cris impuissants des victimes Ă©voquĂ©es oĂč le jeu de Natalia Valentin n’est pas seulement Ă©blouissant par sa facilitĂ© technicienne, il ouvre des climats poĂ©tiques infinis, sachant aussi clarifier la densitĂ© de l’Ă©criture, restituant l’Ă©quilibre et la lisibilitĂ© des plans sonores, en particulier les jalons de la construction harmonique. Une telle sonoritĂ©, une telle interprĂ©tation se montrent bĂ©nĂ©fiques et enthousiasmantes s’agissant d’un compositeur encore inconnu du grand public et pourtant respectĂ© de son vivant par tous ses pairs, dont Liszt, et reconnu par eux, comme un pianiste-compositeur gĂ©nial.
La pianiste insiste en fin de concert sur la coopĂ©ration de la fondation Bru-Zane de Venise (Centre de musique romantique française) pour la rĂ©alisation de ce programme alliant dĂ©couverte et accomplissement poĂ©tique, et pour l’accompagnement de toute la tournĂ©e Alkan 2012-2013-2014 (le concert sera redonnĂ© au MusĂ©e romantique de Madrid le 23 avril). Il n’est pas d’exemples mieux rĂ©ussis de rĂ©vĂ©lation musicale comme d’approfondissement interprĂ©tatif. Certes il est des piĂšces plus acadĂ©miques, voire pompeuses : le jeu tout en finesse de la pianofortiste sait en dĂ©voiler cependant le miroitement intĂ©rieur, l’activitĂ© expĂ©rimentale, et cette quĂȘte des hauteurs invisibles qui rapproche Alkan, de Liszt et de Scriabine.

Le premier disque de Natalia Valentin Ă©tait dĂ©diĂ© aux Bagatelles de Beethoven (romantisme Ă©lĂ©gantissime lĂ  encore, dĂ©voilant pourtant s’agissant de l’auteur de l’Eroica et de la 9Ăšme symphonie, plusieurs piĂšces mĂ©connues : le dĂ©frichement toujours). Gageons que l’extrĂȘme sensibilitĂ© de la musicienne ne se dĂ©voile Ă  nouveau au concert, au service de musiciens ou d’oeuvres mĂ©connus. Sa curiositĂ© la conduit Ă  Ă©largir encore le rĂ©pertoire pour l’instrument : en tĂ©moigne aussi pendant le rĂ©cital Ă  Cuenca, la piĂšce ” El Peregrino ” du compositeur ibĂ©rique MartĂ­n SĂĄnchez-AllĂș (1823-1858)  dont la pianofortiste annonce de prochains prolongements au concert comme au disque… MaĂźtrisant parfaitement l’exercice solitaire, Natalia Valentin fait attendre d’autres rĂ©alisations comme concertiste. Le cercle des interprĂštes rĂ©ellement convaincants sur le pianoforte est restreint.  De toute Ă©vidence, un immense talent Ă  suivre dĂ©sormais.

matines-cuenca-2014Matines du Vendredi Saint. L’un des temps forts du festival de Cuenca 2014 est aussi la restitution cette annĂ©e de l’Office Divin du Vendredi Saint, soit le lendemain, vendredi 18 avril, initiant un long cycle de priĂšres ritualisĂ©es en 8 ” Ă©pisodes “, rythmant toute la journĂ©e afin de recueillir et mĂ©diter le sens spirituel des Ă©vĂ©nements christiques transmis par la tradition : ce Vendredi Saint, le Christ fut crucifiĂ© et expira sur la croix. Il n’est pas de moment plus intense sur le plan sacrĂ© que cette journĂ©e dramatique, avant Ă©videmment l’aube salvatrice du Dimanche de la RĂ©surrection. C’est Ă©galement dans la rĂ©alisation des concerts, toute une symbolique de l’ombre du doute Ă  la lumiĂšre de la vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e : l’office des tĂ©nĂšbres qui s’appuie en partie sur les Lamentation de JĂ©rĂ©mie, dresse alors un pĂ©riple mĂ©ticuleusement rythmĂ© de la nuit au jour, passage suprĂȘme vers la lumiĂšre finale.
Ainsi Ă  7h30 (pour les Laudes), puis 10h (Prima et tercia), midi (Sexta), 15h (Nona), 17h (Ad Missam pre sanctificatorum), 19h30 (pour les VĂȘpres), enfin 22h30, la chapelle du Saint-Sacrement attenante au cloĂźtre de la CathĂ©drale de Cuenca accueille les festivaliers qui traversent le corps de la CathĂ©drale pour y Ă©couter deux formations chorales associĂ©es pour cet Ă©vĂ©nement : Schola Antiqua (Juan Carlo Asensio, direction) et The Tallis Scholars (Peter Philipps, direction).
Le pĂ©riple musical et liturgique (respectant l’extinction progressive des bougies du candĂ©labre placĂ© Ă  gauche de la scĂšne, bougie aprĂšs bougie aux moments phares de la cĂ©rĂ©monie) a commencĂ© en rĂ©alitĂ© dĂšs minuit et jusqu’aux premiĂšres heures du matin pour les Matines ; il fait alterner deux ensembles vocaux: plĂ©nitude trĂšs fluide et naturelle du chant grĂ©gorien pour Schola Antiqua (comprenant aussi des solos caractĂ©risĂ©s), et finesse de la polyphonie Renaissance tardive signĂ©e Tomas Luis de Victoria, celle contemporaine du peintre Greco (particuliĂšrement fĂȘtĂ© en Espagne en 2014 pour le 400Ăšme anniversaire de sa mort). PrĂ©cis, articulĂ©s, fervents, les solistes des Tallis Scholars expriment ainsi l’exhortation spirituelle et la plainte rĂ©guliĂšre des Lamentations du prophĂšte JĂ©rĂ©mie dont l’appel Ă  la conscience morale et l’autocritique sont remarquablement restituĂ©s. Pour nourrir la matiĂšre musicale du programme, Peter Philipps a puisĂ© dans l’Officium Hebdomadae Sanctae de Victoria, paru Ă  Rome en 1585 : une concordance de lieu subtilement amenĂ©e car El Greco est passĂ© par Rome, aprĂšs Venise et avant son sĂ©jour ibĂ©rique.
Outre la qualitĂ© des chanteurs, le lieu ajoute aussi Ă  la rĂ©ussite du rituel (trĂšs)matinal. Pour l’occasion, le festival a fait installer dans la galerie du cloĂźtre menant Ă  la chapelle, plusieurs meubles bas portant une rangĂ©e de bougies, comme autant de jalons lumineux dans les TĂ©nĂšbres, marquant lĂ  aussi le parcours progressif vers la rĂ©vĂ©lation promise. Il faut dĂ©cidĂ©ment venir Ă  Cuenca pour vivre ce vertige Ă  la fois musical et spirituel, trĂšs subtilement ” scĂ©nographiĂ© ” par l’Ă©quipe de la SMR Semana de MĂșsica religiosa. Car plus globalement, le temps du sĂ©jour dans la citĂ©, au moment du festival, chaque concert Ă  l’Ă©chelle de la Semaine Sainte, constitue aussi une Ă©tape dans le parcours du festivalier, faisant passer l’auditeur qu’il soit croyant ou non, du temps de la rĂ©flexion Ă  celui de la mĂ©ditation, confrontĂ© au MystĂšre de la musique, comme Ă  celui de la RĂ©surrection finale.

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Les 17, 18, 19 avril 2014. 53Ăšme SMR Semana de MĂșsica religiosa de Cuenca. RĂ©cital Natalia Valentin, Office des Matines par Schola Antiqua et The Tallish Scholars.

Illustration : Le Couronnement d’Ă©pines par Dirck Van Baburen. Le Christ Ă  la colonne par Caravaggio (DR). Toutes les photos de concert Ă  Cuenca 2014 : © S. Torralba 2014 pour la SMR (53Ăšme Semana de Musica religiosa de Cuenca 2014).

Compte rendu, festival. Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Le 19 avril 2014. Rameau: Grands Motets. Orchestre et choeur Les SiĂšcles. Maria Bayo, VĂ©ronique Bourin, Erwin Aros, Arnaud Richard
 Bruno Procopio, direction.

cuenca-2014-bandeau-logo-53-semana-580Les grands motets de Jean-Philippe Rameau sont l’équivalent pour le XVIIIĂš des VĂȘpres de Monteverdi au XVIIĂš : une Ɠuvre personnelle rĂ©vĂ©lant les possibilitĂ©s les plus invraisemblables de son auteur (gĂ©nial) et aussi dans sa dĂ©mesure expĂ©rimentale, un sommet offert Ă  l’histoire de la musique sacrĂ©e baroque (oĂč a t on vu prĂ©cĂ©demment une telle libertĂ© dans les formes et les combinaisons vocales comme chorales en France Ă  cette Ă©poque ?). En traitant un genre marquĂ© par l’esprit Grand SiĂšcle et Versaillais, illustrĂ© avant lui par Lully, Dumont, Delalande, Rameau s’empare donc trĂšs tĂŽt d’un rituel royal ambitieux dont il fait par sa trempe et sa fougue, un laboratoire d’idĂ©es et d’effets inĂ©dits. Mondonville aprĂšs lui s’en souviendra crĂ©ant aprĂšs lui, d’autres grands motets d’un souffle souverain eux aussi
 Il reste incroyable cependant que leur genĂšse soit mystĂ©rieuse: pour quel mĂ©cĂšne, Ă  quelle occasion les Motets furent-ils composĂ©s et crĂ©Ă©s ? OĂč et Ă  quelles dates prĂ©cises ? Nul ne le saura jamais sans doute. DatĂ©s avant l’installation de Rameau Ă  Paris (1722), et donc avant sa carriĂšre fulgurante comme compositeur d’opĂ©ras Ă  la cour de Louis XV, les Grands Motets concentrent cette furie inventive propre au crĂ©ateur, alors tĂącheron dans plusieurs Ă©glises et cathĂ©drales de France : Rameau excelle apparemment comme organiste douĂ©, au talent improvisateur reconnu (Ă  Dijon, Lyon, Clermont-Ferrand
). Comme le peintre Nicolas Poussin Ă  Rome dĂ©montre une maniĂšre de frĂ©nĂ©sie imaginative qui rĂ©volutionne la peinture acadĂ©mique nĂ©oclassique du XVIIĂšme (avec cette sensibilitĂ© si particuliĂšre Ă  la couleur et Ă  la nature), Rameau rĂ©alise ici dans les 3 motets concernĂ©s, un manifeste de ses possibilitĂ©s les plus audacieuses pour l’orchestre, les solistes, le chƓur. Rien n’égale dans ce corpus Ă©crit avant les opĂ©ras, l’ampleur de vue, le dramatisme lyrique et exacerbĂ©, l’invention formelle associant duos, trios, quatuor, solistes et choeur, relief instrumental (en particulier l’harmonie des bois : flĂ»tes, hautbois, bassons
). L’invention et le raffinement dĂ©fendu par Rameau reste saisissant en innovation et en trouvailles irrĂ©sistibles. C’est peu dire que les Grands Motets confirment le gĂ©nie architectural de Rameau, son Ɠuvre de thĂ©oricien, son immense sensibilitĂ© dramatique, sa sensibilitĂ© de poĂšte du sentiment ici au service de la ferveur. Ici, la thĂ©ĂątralitĂ©, le spectaculaire, l’ivresse tendre et la sensualitĂ© italienne s’y dĂ©veloppent avec un sens du raffinement, de la grandeur, absolument inouĂŻ.

 

 

Rameau restout XVIII gravureAutant dire que le cycle est l’un des plus complexes Ă  rĂ©aliser. Si les deux premiers jouĂ©s ce soir sont les plus anciens (Deus noster refugium et Quam dilecta, probablement Ă©crits Ă  Lyon dans les annĂ©es 1713-1715), In convertendo, le plus magistral du triptyque pour nous, et repris au Concert Spirituel en 1751, en reste la piĂšce maĂźtresse, tant par l’inspiration musicale que l’ambition de sa structure (en particulier le choeur final, Ă  la fois redoutable et spectaculaire). Il serait le volet central et principal d’un triptyque dĂ©jĂ  grandiose par son agencement gĂ©nĂ©ral.

 

 

Fureurs du Rameau prélyrique

En trop peu de temps de rĂ©pĂ©tition, le chef francobrĂ©silien Bruno Procopio assure l’un des concerts les plus convaincants du festival de Cuenca 2014. Il rĂ©unit ici l’orchestre français sur instruments anciens, Les SiĂšcles, en effectif resserrĂ© (soit moins de 15 instrumentistes), auxquels il a choisi le concours du violoniste Patrick Bismuth (premier violon) avec lequel il a enregistrĂ© une version rĂ©cente des PiĂšces de clavecin en concerts (1 cd Paraty).

 

 

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Le jeune maestro confirme ses affinitĂ©s avec la verve, la majestĂ©, l’immense invention d’un Rameau ici particuliĂšrement loquace et Ă©loquent, raffinĂ© et flamboyant. Articuler le texte latin, en exprimer l’ampleur dramatique, la finesse des accents tendres (solistes) ou fulgurants, rĂ©ussir la combinaison entre instruments (surtout les bois somptueusement insolents : saluons les musiciens des SiĂšcles ici, autres vedettes du concert), choeur, chanteurs solistes (associĂ©s en duos, trios, quatuors) est un dĂ©fi permanent, d’autant que le compositeur ne laisse jamais le prĂ©visible s’installer : il ose tout, surprend, redouble d’images expressives, de contrastes saisissants. Les solistes conviĂ©s honorent tous l’éclat et la profondeur de partitions saisissantes : le choix de Maria Bayo, diva ibĂ©rique cĂ©lĂ©brissime en Espagne et qui fait l’évĂ©nement de cette soirĂ©e Ă  Cuenca, – hier subtile et incandescente Calisto (dans l’opĂ©ra Ă©ponyme de Cavalli sous la direction de RenĂ© Jacobs, en une production lyrique signĂ©e Wernicke, devenue Ă  juste titre lĂ©gendaire) assume de son cĂŽtĂ©, toute l’ivresse lyrique de ses parties de soprano coloratoure avec son tempĂ©rament propre, un timbre charnel immĂ©diatement repĂ©rable, des aigus non forcĂ©s puissants qui de facto rĂ©alise totalement cette prĂ©sence de 
 l’opĂ©ra Ă  l’église.
Les autres solistes sont solides et plutĂŽt bien chantants : Arnaud Richard affirme sa noblesse grave de baryton-basse aguerri ; VĂ©ronique Bourin, en seconde soprano, excelle en une implication justement dosĂ©e ; le tĂ©nor ou haute-contre chilien Erwin Aros confirme sa flexibilitĂ© tendre Ă  l’élocution soignĂ©e (aboutissement de ses annĂ©es de formation au sein du CMBV Centre de musique baroque de Versailles) dans les airs qui demeurent les plus beaux et les plus Ă©lĂ©gants du cycle.

 

 

maria-bayo-cuenca-2014-Rameau-procopioAu clavecin ou debout pour diriger les pages chorales, le chef Bruno Procopio rĂ©cidive son aisance musclĂ©e, alliant prĂ©cision et fougue aprĂšs un prĂ©cĂ©dent Rameau rĂ©alisĂ© Ă  Caracas avec l’Orchestre Simon Bolivar (mais sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas ” pages symphoniques tirĂ©es des opĂ©ras et ballets de Rameau, 1 cd Paraty). Le geste est sĂ»r, d’une efficacitĂ© au rythme soutenu, parfois trop rapide Ă  notre goĂ»t, prĂ©cipitant ainsi le dĂ©tail, minimisant le souffle et la dĂ©tente intĂ©riorisĂ©e
 au profit de l’énergie la plus conquĂ©rante. Mais c’est bien un Rameau fougueux et mĂȘme furieusement novateur ici qui s’exprime dans toute sa libertĂ©, son originalitĂ©, un tempĂ©rament irrĂ©sistible qui prĂ©figure dĂ©jĂ  toutes ses rĂ©ussites Ă  l’opĂ©ra. ImpĂ©tueux, vif, solaire, le jeune maestro frappe un grand coup Ă  Cuenca : son concert est particuliĂšrement applaudi par le public ibĂ©rique, heureux de (re)dĂ©couvrir la vitalitĂ© Ă©blouissante du Rameau le plus inventif, le plus prometteur, le plus jubilatoire. De sorte que ce concert Ă  Cuenca, est un superbe jalon de l’annĂ©e Rameau 2014.

 

 

bruno-cuenca-les-siecles-bruno-procopio-Rameau-grands-motetsCuenca (Espagne, Castilla La Mancha). Le 19 avril 2014. Rameau: Grands Motets. Orchestre et choeur Les SiĂšcles. Maria Bayo, VĂ©ronique Bourin, Erwin Aros, Arnaud Richard
 Bruno Procopio, direction.

Illustrations : © S.Torralba pour la SMR Cuenca 2014

Festival SMR Cuenca 2014, Semana de musica religiosa :12>20 avril 2014

SMR-CUENCA-2014-folletoEspagne. SMR Cuenca 2014 : 12 > 20 avril 2014. 21 concerts Ă  Cuenca jalonnent une semaine exceptionnelle de dĂ©couvertes et d’accomplissement musical. Il n’est pas un festival en Europe comparable Ă  Cuenca pendant la Semaine Sainte. Dans la province de Castilla La Mancha Ă  seulement 1h15 en train de Madrid, la ville Cuenca concentre dans son village ancien perchĂ© entre deux riviĂšres, un site Ă©blouissant composĂ© de nombreuses Ă©glises et d’une CathĂ©drale remarquablement bien conservĂ©e. Chaque annĂ©e le festival musical a lieu pendant la semaine sainte : il en jalonne les Ă©tapes ferventes, alliant beautĂ© patrimoniale, offre musicale et dĂ©votion locale.
Les processions dans les ruelles du village haut confĂšre Ă  la Semaine de programmation musicale, un climat fervent et progressif qui va crescendo jusqu’au Lundi de PĂąques, celui de la RĂ©surrection.
CLIC D'OR macaron 200Cette annĂ©e Ă  nouveau, les concerts et la thĂ©matique Ă  l’honneur font circuler une ambiance Ă  la fois concentrĂ©e et hypnotique Ă  laquelle le festivalier ne peut que souscrire. Pilar Tomas, directrice artistique sait y prĂ©server la qualitĂ© et la cohĂ©rence des concerts, mĂȘlant les disciplines (associant photographie, peinture, sculpture et musique), faisant dialoguer les genres et les formations pour mieux inspirer l’acte musical qui est en jeu. FidĂšle Ă  ses programmations prĂ©cĂ©dentes, le festival propose de multiples concerts dans les nombreuses Ă©glises du bourg, Ă  l’Auditorio (le thĂ©Ăątre municipal), Ă  la CathĂ©drale, joyau sacrĂ© de la Castille. Concerts habituels qui animent les lieux sacrĂ©s par des chants liturgiques et les grandes oeuvres du rĂ©pertoire religieux : Messes, Leçons de TĂ©nĂšbres pour les Mercredi, Jeudi et surtout Vendredi Saints, Passions (de Bach selon la tradition Ă  Cuenca : Saint-Jean par Franz BrĂŒggen, mercredi 16 avril Ă  20h30), motets, mais aussi grande formations symphoniques et cette annĂ©e, point d’orgue, en relation avec l’annĂ©e Jean-Philippe Rameau 2014 : le concert du dimanche 19 avril 2014 (20h30) Ă  l’Auditorio : Les Grands Motets (Maria Bayo, VĂ©ronique Bourin, sopranos ; Edwin Aros, tĂ©nor. Orchestre Les SiĂšcles et Bruno Procopio, direction). Soit au total, 21 concerts alliant pertinence du rĂ©pertoire choisi et beautĂ© des lieux qui les reçoivent. Cuenca est bien l’un des meilleurs festivals europĂ©ens de musique sacrĂ©e. Voir tous les programmes

 

CUENCA 2014

53Ăšme SMR Semana de Musica religiosa de Cuenca

festival de musique religieuse pendant la Semaine Saintes

4 nuits Ă  Cuenca

Nous recommandons plus particuliĂšrement votre sĂ©jour du 16 avril au soir jusqu’au dimanche 19 au soir (4 nuitĂ©es Ă  Cuenca) : lire ici notre sĂ©lection des concerts Ă©vĂ©nements 2014, du 16 au 20 avril : La Saint-Jean de Bach par Frans Bruggen, Alkan par la pianofortiste Natalia Valentin, Office au temps du Greco, Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio

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CLIP vidĂ©o : Festival SMRC Cuenca (Espagne) 2013 – Semana de Musica Religiosa de Cuenca 2013

logo_cuenca04CLIP vidĂ©o. Temps forts du festival de Cuenca 2013. Chaque annĂ©e au moment de la Semaine Sainte, quelques jours avant PĂąques, le festival de musique sacrĂ©e de Cuenca offre un programme exceptionnel marquĂ© par la diversitĂ© des formes musicales, l’exigence, l’ouverture vers les rĂ©pertoires. Toutes les Ă©glises anciennes et la CathĂ©drale du centre historique sont investies par les programmes alliant chƓur, piano, musique de chambre, Passions et oratorios, grandes formations, crĂ©ations et pour les Mercredi, Jeudi, Vendredi Saints, les Leçons de TĂ©nĂšbres invitant Ă  la rĂ©flexion le temps de la Passion…  Temps forts de la 52Ăšme Ă©dition du festival de Musique SacrĂ©e de Cuenca (Espagne, Castilla La Mancha), du 23 au 31 mars 2013 : La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction – La Fenice, Jean TubĂ©ry, direction – CrĂ©ation mondiale de Magna Mater de Maria de Alvear (1960) … En 2014, la SMRC, la Semana de MĂșsica Religiosa de Cuenca a lieu du 12 au 20 avril 2014. La SMR Cuenca n’est pas seulement le plus ancien festival de musique d’Espagne : c’est aussi le plus captivant des festivals de musique sacrĂ©e en Europe. En lire +, dĂ©couvrir les temps forts de l’Ă©dition 2014, 53Ăšme Ă©dition

Festival SMR Cuenca 2014, Semana de musica religiosa :12>20 avril 2014

SMR-CUENCA-2014-folletoEspagne. SMR Cuenca 2014 : 12 > 20 avril 2014. 21 concerts Ă  Cuenca jalonnent une semaine exceptionnelle de dĂ©couvertes et d’accomplissement musical. Il n’est pas un festival en Europe comparable Ă  Cuenca pendant la Semaine Sainte. Dans la province de Castilla La Mancha Ă  seulement 1h15 en train de Madrid, la ville Cuenca concentre dans son village ancien perchĂ© entre deux riviĂšres, un site Ă©blouissant composĂ© de nombreuses Ă©glises et d’une CathĂ©drale remarquablement bien conservĂ©e. Chaque annĂ©e le festival musical a lieu pendant la semaine sainte : il en jalonne les Ă©tapes ferventes, alliant beautĂ© patrimoniale, offre musicale et dĂ©votion locale.
Les processions dans les ruelles du village haut confĂšre Ă  la Semaine de programmation musicale, un climat fervent et progressif qui va crescendo jusqu’au Lundi de PĂąques, celui de la RĂ©surrection.
CLIC D'OR macaron 200Cette annĂ©e Ă  nouveau, les concerts et la thĂ©matique Ă  l’honneur font circuler une ambiance Ă  la fois concentrĂ©e et hypnotique Ă  laquelle le festivalier ne peut que souscrire. Pilar Tomas, directrice artistique sait y prĂ©server la qualitĂ© et la cohĂ©rence des concerts, mĂȘlant les disciplines (associant photographie, peinture, sculpture et musique), faisant dialoguer les genres et les formations pour mieux inspirer l’acte musical qui est en jeu. FidĂšle Ă  ses programmations prĂ©cĂ©dentes, le festival propose de multiples concerts dans les nombreuses Ă©glises du bourg, Ă  l’Auditorio (le thĂ©Ăątre municipal), Ă  la CathĂ©drale, joyau sacrĂ© de la Castille. Concerts habituels qui animent les lieux sacrĂ©s par des chants liturgiques et les grandes oeuvres du rĂ©pertoire religieux : Messes, Leçons de TĂ©nĂšbres pour les Mercredi, Jeudi et surtout Vendredi Saints, Passions (de Bach selon la tradition Ă  Cuenca : Saint-Jean par Franz BrĂŒggen, mercredi 16 avril Ă  20h30), motets, mais aussi grande formations symphoniques et cette annĂ©e, point d’orgue, en relation avec l’annĂ©e Jean-Philippe Rameau 2014 : le concert du dimanche 19 avril 2014 (20h30) Ă  l’Auditorio : Les Grands Motets (Maria Bayo, VĂ©ronique Bourin, sopranos ; Edwin Aros, tĂ©nor. Orchestre Les SiĂšcles et Bruno Procopio, direction). Soit au total, 21 concerts alliant pertinence du rĂ©pertoire choisi et beautĂ© des lieux qui les reçoivent. Cuenca est bien l’un des meilleurs festivals europĂ©ens de musique sacrĂ©e. Voir tous les programmes

Festival de Musique sacré à Cuenca

le Salzbourg espagnol

Temps forts de la programmation Cuenca 2014
CUENCA (Espagne) : festival de PĂąques 2014Le festival s’ouvre avec les cours d’initiation au chant grĂ©gorien, une opportunitĂ© pour les amateurs et les festivaliers de vivre la musique sacrĂ©e dans les lieux pour laquelle elle a Ă©tĂ© conçue. Notre premier coup de coeur est le concert de la Capilla Cayrasco dans la CathĂ©drale de Cuenca (le dimanche 13 avril, 22h, concert 2) : In dĂ©votione (Eligio Luis Quinteiro, direction) : Ɠuvres de Lobo, Patiño, Hidalgo. En liaison avec l’annĂ©e GRECO 2014 : concert d’Il Pegaso lundi 14 avril Ă  17h (CathĂ©drale : El Greco Ă  Venise, l’essor des motets de chambre Ă  Venise, Ɠuvres de Martinengo, Willaert, Andrea Gabrielli, Monteverdi
). Mardi 15 avril : El agua del llanto avec la soprano Marta Almajano Ă  l’Eglise San Miguel (17h : Ɠuvres de Juan Hidalgo, Kapsberger, Del Vado, Francisco Guerau), puis crĂ©ation commande du festival Ă  20h30 Ă  l’Eglise de la Merced (Codetta / TAC : Atelier Atlantique contemporain, Ɠuvres de Morton Feldman, et une nouvelle oeuvre de Klaus Lang, commande de la SMR Cuenca 2014).

CUENCA 2014

53Ăšme SMR Semana de Musica religiosa de Cuenca

festival de musique religieuse pendant la Semaine Saintes

4 nuits Ă  Cuenca

Nous recommandons plus particuliĂšrement votre sĂ©jour du 16 avril au soir jusqu’au dimanche 19 au soir (4 nuitĂ©es Ă  Cuenca) : lire ici notre sĂ©lection des concerts Ă©vĂ©nements 2014, du 16 au 20 avril : La Saint-Jean de Bach par Frans Bruggen, Alkan par la pianofortiste Natalia Valentin, Office au temps du Greco, Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio

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Rameau 2014. Bruno Procopio dirige les Grands Motets

procopio_bruno_chemise_bleueRAMEAU 2014. Bruno Procopio dirige les Grands Motets Ă  Cuenca (Espagne), le 19 avril 2014.  Le Chef français aborde la flamme thĂ©Ăątrale des Grands Motets de Jean-Philippe Rameau : un volet sacrĂ© dans l’inspiration du compositeur français qui prĂ©lude Ă  ses accomplissements lyriques. Le concert clĂŽt le festival de musique sacrĂ©e Ă  Cuenca en avril 2014. InterprĂšte remarquĂ©, toujours exigeant de Rameau, le jeune chef et claveciniste Bruno Procopio doit Ă  ses racines latines (il est nĂ© brĂ©silien), un feu caractĂ©risĂ©, habile autant Ă  la finesse qu’à l’énergie communicante. Comme claveciniste, il a enregistrĂ© les PiĂšces pour clavecin en concerts, renouvelant l’inventivitĂ© et la libertĂ© d’une partition concertante majeure ; comme chef, il a dirigĂ© Ă  Caracas, les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar : une expĂ©rience musicale qui fut un dĂ©fi s’agissant de musiciens qui dĂ©couvrait alors le baroque français (et sur instruments modernes)
 En avril, Bruno Procopio participe aux cĂ©lĂ©brations Rameau 2014, offrant une nouvelle lecture des Grands Motets, en clĂŽture du festival de PĂąques Ă  Cuenca (SMR, Semana de Musica religiosa de Cuenca, Espagne, le 19 avril 2014), l’un des plus grands festivals europĂ©ens de musique sacrĂ©e. Entretien exclusif pour classiquenews.com.

Quelle vision souhaitez vous transmettre de Rameau en 2014 ?

J’ai commencĂ© Ă  aborder ce grand compositeur au disque en 2013, quand j’ai fait paraĂźtre deux albums que lui Ă©taient dĂ©diĂ©s, l’un comprenant les Ɠuvres orchestrales en dirigeant les Soloists of SimĂłn BolĂ­var Symphony Orchestra du Venezuela ; l’autre avec l’intĂ©grale des PiĂšces de clavecin en concerts. En clĂŽture de la Semana de Musica religiosa de Cuenca, ce 19 avril 2014, j’aborde pour la premiĂšre fois l’intĂ©grale des Motets de Rameau avec l’orchestre Les SiĂšcles (chƓur et orchestre), une formation que j’admire depuis des annĂ©es, fondĂ©e par le chef François-Xavier Roth. Pour moi, Rameau est sans doute le meilleur compositeur français du XVIII Ăšme siĂšcle et l’un de mes prĂ©fĂ©rĂ©s dans toute l’histoire de la musique. Rameau est un mĂ©lange d’art savant comme de profond enracinement du langage “français” insufflĂ© par Lully et ses contemporains.  Rameau reste encore un compositeur mĂ©connu du grand public français, j’espĂšre que 2014 permettra de rĂ©parer cette injustice.

A travers ses Grands Motets, en quoi Rameau renouvelle t-il le genre ?

Tous les Motets ont Ă©tĂ© composĂ©s dans sa jeunesse, avant son arrivĂ© Ă  Paris en 1722. La voix affirmĂ©e du compositeur est dĂ©jĂ  prĂ©sente dans les trois Motets mais un parfum du sud (l’Italie) est bien prĂ©sent dans la forme (comme l’attestent les duos, trio, les airs de virtuositĂ©). Le langage musical est trĂšs personnel, Ă©minemment français dans le traitement des ornements. Il est Ă©tonnant de voir comment ce jeune compositeur a posĂ© dĂ©jĂ  tous les jalons de son style en tant que compositeur dans ses grands motets. C’est comme s’il Ă©tait pressĂ© de montrer ce dont il est capable, et il y rĂ©ussit Ă  merveille. Dans le plus court des Motets (Quam Dilecta), Rameau arrive Ă  placer avec naturel la polyphonie chorale, des soli virtuoses, un trio. En Ă  peine vingt minutes, la partition offre un Ă©ventail complet de ses moyens expressifs. Le motet le plus important (In Convertendo) a Ă©tĂ© repris par ses soins au Concert Spirituel au printemps 1751. MalgrĂ© un important remaniement de l’Ɠuvre pour l’occasion, la critique a Ă©tĂ© sĂ©vĂšre, et le public apparemment déçu. En sachant que l’Ɠuvre comporte l’une des pages les plus rĂ©ussies de la musique sacrĂ©e française, grĂące Ă  ses chƓurs fabuleux, par sa diversitĂ© ausi, la critique nous semble ingrate et dĂ©placĂ©e, mais parfois il faut bien trois siĂšcles pour qu’un chef d’Ɠuvre soit reconnu Ă  sa juste valeur.

Bruno Procopio : les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca (Espagne)

Est-il pour vous ce grand symphoniste qui prépare déjà Berlioz, par son goût de la musique pure et des couleurs instrumentales ?

Au XVIIIĂšme siĂšcle chaque musique a sa fonction, mĂȘme si parfois elle doit ĂȘtre mondaine, donc je ne pourrais pas parler de musique pure dans l’absolu. En tout cas, sa musique pour orchestre reste avant-gardiste dans le traitement harmonique et dans l’originalitĂ© du traitement de la forme. Comme dernier survivant d’un style ancrĂ© dans les 17Ăšme et 18Ăšme siĂšcles, le plan qui lui est propre est celui de la Suite de Danses. Berlioz est l’hĂ©ritier de la nouvelle mode, celle des vĂ©ritables symphonistes français, tels Gossec, MĂ©hul, Lesueur… Si mes souvenirs son bons, Berlioz cite une seule fois Rameau dans ses Ă©crits. MalgrĂ© les 50 ans qui sĂ©parent la disparition de Rameau et les toutes premiĂšres Ɠuvres de Berlioz, il y a bien une nette rupture de point de vue.

Mais le gĂ©nie de Rameau fait d’un apparent passĂ©isme, la voie ouverte Ă  de nouvelles aventures musicales. Rameau pour moi a la mĂȘme importance et il reste aussi marginal que Carl Philipp Emanuel Bach Ă  son Ă©poque. AprĂšs Rameau, la Suite de danse sera supplantĂ©e par la musique italienne, quant au style Sensible crĂ©Ă© par CPE, il n’est qu’un appendice compris uniquement par ses admirateurs les plus proches et non des moindres : Mozart, Haydn, Beethoven.

Jouer Rameau sur instruments d’Ă©poque ou sur instruments modernes apporte quel bĂ©nĂ©fice pour un chef et pour les musiciens d’orchestre ?

Je pense que Rameau reste difficile mĂȘme pour un baroqueux averti : le langage est vraiment sophistiquĂ© et la vocalitĂ© n’est pas habituelle, donc il faut une grande connaissance du style pour apprivoiser les tournures propres au langage de Rameau. Concernant les Grand Motets, il y a une grande profusion d’ornements que nous devons Ă©tudier de prĂȘt pour savoir s’ils sont des “coulĂ©s ou des appoggiatures » par exemple, donc des notes jouĂ©es avant le temps, ou sur le temps.

Parmi les chefs qui vous ont prĂ©cĂ©dĂ©, quel serait celui qui a le mieux compris et servi l’esthĂ©tique de Rameau ? Et pourquoi ?

Je pourrais en citer plusieurs, mais celui qui aura vraiment marquĂ© l’interprĂ©tation, c’est William Christie avec ses innombrables disques dĂ©diĂ©s Ă  Rameau. Je les Ă©coute rĂ©guliĂšrement ; ils ont Ă©tĂ© trĂšs formateurs pour moi. L’Ă©lĂ©gance et l’Ă©quilibre de ses enregistrement sont un exemple pour tous les musiciens qui souhaitent aborder cette culture musicale.

Bruno Procopio dirige les Grands Motets de Rameau, à Cuenca (Espagne), en clîture du festival de musique religieuse, SMR Semana de Musica Religiosa de Cuenca, le 19 avril 2014, 20h (Auditorio). Les Grands Motets de Rameau. Maria Bayo, soprano. Solistes, chƓur et orchestre Les Siùcles. Bruno Procopio, direction.