FORCE DU DESTIN. Kaufmann, Netrebko, BĂ©zier : trio gagnant chez VERDI

Vague verdienne en juin 2014FRANCE MUSIQUE, dim 2 juin 2019, 20h. VERDI : La FORCE DU DESTIN. Le Royal Opera House, pour sa nouvelle production 2019 de La Forza del destino de Verdi (avril 2019) réunit un cast proche de la perfection. Car il faut de la puissance, de la finesse et une attention méticuleuse au profil de chaque protagoniste. Dans cet opéra où brûle l’amour le plus contrarié et donc d’essence tragique, la mise en scène de Christof Loy se montre à la hauteur de ce drame noir où comme toujours sur la scène lyrique romantique, la grandeur morale des individus éprouvés, se dévoile en fin d’action… au moment de leur mort.

Le chant vermine souffle son meilleur sur la scène londonienne, grâce aux personnalités aussi charismatiques que Jonas Kaufmann, Anna Netrebko et Ludovic Bézier : soit 3 immenses solistes, aujourd’hui recherchés par toutes les scènes internationales (Trio prometteur que Bastille avait accueilli pour Don Carlo du même Verdi). Leurs talents complémentaires éclairent en réalité une action qui est loin d’être aussi désastreuse et confuse que d’aucun le disent ; par manque de connaissance, et par snobisme (parisien… comme toujours). On dit d’ailleurs la même chose de nombreux opéras verdiens, dont Il Trovatore, Le Trouvère. Rien d’opaque ni de complexe ici, d’autant que la mise en scène de Loy, respecte, elle, la cohérence originelle du livret (a contrario d’un Tcherniakov qui aujourd’hui n’hésite plus à réécrire chaque livret des opéras qu’il dénature ainsi allègrement).

Jonas Kaufmann réussit à phraser comme jamais, offrant un chant ciselé, intelligible et profond…. comme au théâtre. Il éclaire chez Alvaro, la lente et progressive modification psychologique, de l’ardeur effrénée voire irréfléchie à la noblesse détachée, la plus sage… belle performance dans la subtilité. La Leonora (à ne pas confondre avec sa « sœur » tragique du même prénom dans Il Trovatore) d’Anna Netrebko confirme l’excellente verdienne, vibratile, irradiante, habitée par une urgence intérieure, un souci de la loyauté jusqu’à la mort et l’abnégation la plus totale (à la fois, amante coupable et mortifiée mystique en quête de salut).

En Carlo di Vargas, Ludovic Tézier convainc tout autant par la beauté du chant et sa solidité expressive. Affûté même dans son duo avec Alvaro / Kaufmann : « Voi che sì larghe cure » qui fusionnent les deux voix idéalement caractérisées.
Face au trio tragique et héroïque, deux personnages comiques, plus légers se distinguent aussi grâce à l’intelligence de leurs interprètes respectifs : Padre Guardiano et Melitone (qui rappelle la truculence bonhomme du sacristain au premier acte de Tosca de Puccini) : ainsi à Londres, Ferrucio Furlanetto et Alessandro Corbelli ajoutent chacun à la finesse théâtrale de la production.

A notre (humble) avis, la prestation tout aussi enlevée de Veronica Simeoni en Preciosilla manque elle de finesse, donc tombe plus bas, dans la gouaille caricaturale. Dommage pour la soprano qui aurait dû être inspirée par l’excellence de ses partenaires précités.

Faiblesse d’autant plus malheureuse qu’ici aucun comprimerai (seconds rôles) n’est laissé dans la confusion ou l’imprécision (comme souvent) ; ne citons que le Calatrava de Robert Lloyd, ou l’Alcade de Michael Mofidian…

Nous ne dirons rien des décors (inutile précision s’agissant d’une diffusion radiophonique)

Voilà une approche vocalement exceptionnelle qui souligne chez Verdi sa force émotionnelle : la vengeance dont il est question, la malédiction consentie et assumée des deux amants malheureux, leur course effrénée au salut (qui les mène au delà d’une expérience terrestre),… tout est exprimé avec une grande finesse. Superbe lecture.

______________________________

VOIR le TEASER du spectacle LA FORZA DEL DESTINO de VERDI Ă  COVENT GARDEN Royal Opera House (avril 2019)

___________________

DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte)

CLIC D'OR macaron 200DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte). Coffret événement qui complète l’offre également en dvd récapitulatif édité ce Noël par BelAirclassiques et dédié à l’école russe du Bolshoï… Quoiqu’on en dise, Tchaikovski aura permi aux chorégraphes et danseurs internationaux de perfectionner leur art, qu’il s’agisse de l’acrobatie virtuose et un rien froide, ou de l’élégance racée sublimement incarnée… Voici 3 ballets qui restent … inaltérables.

ROYAL BALLET tchaikovsky the ballets 3 dvd set sleeping beauty ntucracker swan lake annonce critique dvd review classiquenews decembre cadeau de NOEL 2018Parlons d’abord du LAC DES CYGNES / Swan Lake version Osipova / Golding / Gruzin. Enregistré en mars 2015 au Royal Opera House, Covent Garden, et retransmise dans les cinémas du monde entier, le ballet féerique de Piotr Illiytch réunit deux têtes d’affiche du Royal Ballet, l’étoile russe Natalia Osipova (originaire du Bolshoi) et le canadien, Matthew Golding, nouveau duo pour ce lac attendu. La conception d’Anthony Dowell, qui date de 1987, s’inspire de l’originale de 1895 (Petipa / Ivanov), souhaite aussi réactualiser le propos en incluant des inserts venus de différents chorégraphes plus contemporains, emblématiques à Londres : en particulier Frederick Ashton. Sans omettre des citations de l’époque de Tchaikovski. Il en résulte un mélange parfois confus, qui affecte le très haut niveau du Corps de Ballet londonien, pourtant au meilleur de sa forme, autant dans la réalisation synchronisée des ensembles, que dans le soutien au solos virtuoses (superbe Rothbart de Gary Avis). Technicienne, Natalia Osipova n’est pas une actrice affûtée, ce qui altère son double emploi : Odette, le cygne blanc, et Odile, le cygne noir. Expressive en Odette, elle manque de relief et de profondeur, mais aussi de précision dans la noirceur d’Odile. Racé certes mais uniforme dans sa posture disciplinaire, Matthew Golding fait finalement un prince Siegfried plus hautain qu’humain, ce qui nuit à la finesse émotionnelle de ses duos avec Odile / Odette. Evidemment, l’ampleur de ses portés est magistrale. Là encore, une approche mécanique, virtuose… mais froide et distanciée qui ignore totalement l’empathie et la connexion avec sa partenaire. Dans la fosse, Boris Gruzin fait feu de tout bois, réalisant de la matière et soie tchaikovskienne, un scintillement orchestral continu. Trop technique et glaçante, la lecture ne détrône pas l’excellent duo Svetlana Zakharova / Roberto Bolle à Milan en 2004… Oui on nous dira nostalgie, nosltalgie, et « goood old times »… mais quand même.

LA BELLE AU BOIS DORMANT version Nuñez, Muntagirov. Tout autre est la conception, elle aussi éclectique mais mieux assemblée et conçue de Monica Mason et Christopher Newton : à partir de la chorégraphie de Marius Petipa, ils conservent les ajouts signés Ashton, Wheeldon, Dowell, tout en redessinant la volupté onirique du conte originel français (Perrault)
grâce aux costumes et décors signés par Olivier Messel. Il en résulte une lecture à la fois majestueuse et très fine sur le plan de la caractérisation psychologique des personnages. On préfère souvent grossir et épaissir le ballet de Tchaikovski en faisant ronfler les références à la solennité Grand Siècle, au risque d’écarter tout ce qui relève du drame : rien de tel ici. Car rayonne en un trio irrésistible trois danseurs-acteurs prodigieux littéralement : Marianela Nunez (Princesse Aurora, à la fois proche et énigmatique), Kristen McNally (sidérante Carabosse par laquelle surgit la catastrophe et l’emprise des ténèbres, mais avec quelle économie gestuelle : sa pantomime est du très grand art), enfin le Prince de Vladimir Muntagirov trouve le ton juste et la balance parfaite entre puissance athlétique et présence affûtée, sans omettre une excellente interaction avec ses partenaires, dans toutes les situations. Voilà qui nous change du « rien que technique et virtuosité solistique » du Lac des cygnes précédemment présenté. Le geste souple et habité de Koen Kessels rend service à une partition colorée et raffinée dont il sait retirer toute boursouflure. Magistral.

casse-noisette_royal-ballet_4CASSE NOISETTE, 2016 : les 90 ans de Peter Wright. Le Royal Ballet fête ainsi les 90 ans du metteur en scène et producteur Peter Wright, dans l’une de ses réalisations les plus emblématiques (et applaudies). Créée en 1984, la conception enchante en respectant l’empire du rêve qui montre comment le magicien Drosselmeyer emmène la jeune Clara jusqu’au monde enneigé de la Fée Dragée, et au royaume des bonbons. Les aventures qui s’en suivent saisissent par leurs péripéties contrastées voire martiales : le casse-noisette Hans-Peter se transforme en prince… Mais Wright offre à partir de la nouvelle onirique d’Hoffmann (Casse noisette et le roi des souris, 1816), une réflexion très fine de la magie de Noël, sachant et questionner le sens de la féerie et l’expérience morale qu’en tirent les jeunes protagonistes. Saluons l’excellent Gary AVIS, magicien démiurge, d’une présence convaincante, entre autorité et mystère. Il accompagne Clara dans son rite qui est aussi l’issue heureuse d’un envoûtement diabolique, car son neveu Hans-Peter a été transformé par le roi des souris, en casse-noisette, or seul l’amour d’une jeune fille pourra l’en libérer.
casse-noisette_royal-ballet_3Au premier acte, confrontée à un immense sapin (qui ne cesse de grandir à mesure que le songe devient réel), Clara rayonne par son angélisme jamais mièvre (très juste Francesca Hayward). Le Casse-noisette devient prince (seyant et habile Federico Bonelli)… Au pays de la Fée Dragée, les danses de caractères se succèdent avec variété et virtuosité. Jusqu’au suprême pas de deux de la Fée Dragée, auquel l’étoile Lauren Cuthbertson réserve son élégance mûre d’une sublime souplesse : face à la Clara attendrie et naïve de Hayward, Cuthbertson éblouit par sa grâce adulte. Le charme de la production, défendu par des solistes de premier plan, semble atemporel. Irrésistible.

________________________________________________________________________________________________

DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte).

DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, … Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017)

caurier-et-leiser-duo-de-metteurs-en-scene-a-lopera-par-classiquenews-pour-angers-nantes-opera-saison-2017-2018-couronnement-de-poppee-octobre-2017-Patrice-Caurier-et-Moshe-LeiserDVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, … Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017). A Covent Garden, la Butterfly du duo de metteurs en scène, Patrice Caurier et Moshe Leiser, passionnément suivis à Angers Nantes opéra sous la direction de Jean-Paul Davois, offre une apparente simplicité qui du reste, sainte vertu de nos jours, demeure lisible, laissant la part belle à la sublime musique puccinienne.

 
   
 
 
 

ROH Covent Garden, 2017

Un Puccini rageur et dépressif
grâce à l’équation JAHO / PAPPANO

 
 
 

PUCCINI butterfly pappano jaho puente leiser caurier critique opera dvd classiquenews opus arteLes metteurs ajoutent en filigrane une réflexion sur la fragilité du rêve de Cio Cio San qui croit au simulacre de ce mariage arangé auquel sa jeunesse naïve s’accroche comme à une vocation. Les noces de Butterfly sont en pacotilles pour tous, sauf dans le cœur de ce papillon trop délicat. Rêve éperdu de la geisha (de 17 ans), exercice exotique de l’officier américain… l’écart est bien souligné et la carte postale japonisante de Puccini a parfaitement creusé son lit cynique et ironique jusqu’à la tragédie du suicide qui clôt ce drame domestique.
Les metteurs en scène n’en rajoutent pas : ils restent à hauteur d’yeux de Cio-Cio-San, humble servante d’une parodie nuptiale à moindres frais.
Car l’intensité et la vérité se concentrent assurément dans le jeu tout en nuances et incarnation profonde de la soprano albanaise Ermonela Jaho ; la cantatrice est actuellement une somptueuse et déchirante Traviata, et sa Butterfly britannique de 2017, frappe elle aussi par ce jeu intime, cette caractérisation qui surgit de l’intérieur, exprimant tous les replis d’une psyché en traumatisme, déchirée par la douleur et l’abandon. L’expressivité et le relief d’un chant pas toujours très juste saisissent cependant par leur justesse et l’intelligence de l’intonation.
Et son falot de faux mari Pinkerton ? Marcelo Puente es techniquement trop juste (aigus serrés et vibrato systématisé) : le ténor sait cependant exprimer un léger trouble car il se prend au jeu de cette mascarade des plus cyniques. Le jeu de dupe n’en est que plus amer quand la pauvre fille comprend qu’elle a été trompée, abandonnée.
CLIC D'OR macaron 200
deshong elizabeth suzuki butterfly puccini review critique classiquenews DVD OPUS ARTE covent gardenRien à dire à la Suzuki moelleuse et maternelle, d’Elizabeth
DeShong
: la mezzo partage avec Jaho, une intelligence dramatique qui éblouit de bout en bout, elle éclaire leur duo, immense dignité et sincérité dans la solitude, le dénuement, et la misère. Saluons enfin Carlo Bosi, Goro impeccable et lui aussi très juste. Enfin dans la fosse, Antonio Pappano, maître des troupes du Covent Garden, sait foudroyer, nuancer quand il faut, par saccades millimétrés : on sait que le chef affectionne la direction éruptive et expressionniste ; ses Puccini sont de ce point de vue toujours très efficaces. Il fait parler et crier l’orchestre avec une rare intensité. Voici donc une production loin d’ennuyer. Bien au contraire. A voir indiscutablement.

________________________________________________________________________________________________

DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, … Pappano / Caurier Leiser / ROH Covent Garden, 1 DVD Opus Arte, 2017

 
 
   
 
 

PUCCINI : Madama Butterfly
TragĂ©die japonaise en trois actes, livret de Giuseppe et Giacosa et Luigi Illica – CrĂ©ation, Scala de MIlan, le 17 fĂ©vrier 1904
Mise en scène: Moshe Leiser et Patrice Caurier

Cio-Cio-San : Ermonela Jaho
Pinkerton: Marcelo Puente
Sharpless: Scott Hendricks
Suzuki: Elizabeth DeShong
Goro: Carlo Bosi
Le Bonze : Jeremy White
Yamadori: Yuriy Yurchuk
Kate Pinkerton : Emily Edmonds
Le commissaire impérial : Gyula Nagy

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction

Enregistrement réalisé au ROH, Covent Garden le 30 mars 2017

1 DVD Opus Arte OA 1268 D – 2h8mn + bonus : 11 mn

 
 
 

 

Cinéma : Les Noces de Figaro par McVicar

nozze di figaro, noces de figaro covent garden royal opera house londres david Mc Vicar presentation review announce classiquenewsCinĂ©ma, ce soir 19h30 : Les Noces de Figaro par McVicar depuis le Royal Opera House Covent Garden, Londres. Figaro romantique… CrĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2006 sur le mĂŞmes planches, cette production des Noces de Figaro de Mozart et son librettiste Da Ponte (1786), d’après Beaumarchais (La Folle journĂ©e ou le Mariage de Figaro), transpose la fièvre rĂ©volutionnaire des serviteurs, du XVIIIè d’avant 1789… en 1830 soit Ă  l’Ă©poque de la Restauration. McVicar imagine donc un Figaro …. romantique. Mais si l’ordre monarchique fait son retour, le Figaro hier campĂ© par le baryton Erwin Schrott, a gagnĂ© en certitude et dĂ©termination, n’hĂ©sitant directement Ă  dĂ©fier le comte Almaviva, tandis que aux cĂ´tĂ©s de cette lutte des classes (dominĂ©s / dominants), se joue aussi une guerre sociale : la guerre des sexes Ă  travers l’alliance des femmes : la Comtesse et Suzanne, vraies maĂ®tresses de cet Ă©chiquier fragile, innerve regards, jeu d’acteurs et mouvements, en une fresque Ă©motionnelle vive. DĂ©cors, gestes, dĂ©placements sont millimĂ©trĂ©s comme d’habitude chez David McVicar qui prĂ©serve toujours la parfaite lisibilitĂ© de l’action sans omettre l’expression des intentions parallèles. En 2015 pour la reprise de la production des Noces de Figaro de Mozart par Mc Vicar, l’opĂ©ra londonien affiche une nouvelle distribution : avec toujours l’infatigable et très fĂ©lin Erwin Shrott dans un rĂ´le qu’il sert Ă  merveille (Figaro), Anita Hartig (Susanna), StĂ©phane Degout (Almaviva), Ellie Dehn (la Comtesse), Kate Lindsey (Cherubino)…

 

 

Infos, réservation, salles de cinéma partenaires de la diffusion

Les Noces de Figaro par McVicar sur le site de la Royal Opera House Covent Garden Londres

 

 

figaro_david mc vicar figaro mozart cinema 2015 classiquenews 605x300

 

Erwin Shrott, Figaro Ă©ruptif et fĂ©lin Ă  Londres dans les Noces de Figaro de Mozart transposĂ© par Mc Vicar Ă  l’Ă©poque de la Restauration (DR)

 

 

erwin-schrott-figaro mc vicar presentation classiquenews review announce account of nozze di figaro noces de figaro de mozart-verdi-berlioz-gounod-meyerbeer-and-baby-Erwin-Schrott-Mozart-Verdi-Berlioz-Gounod-MeyerbeerLe Baryton uruguyen, ex compagnon de la diva austro russe Anna Netrebko, a toujours cultivé ses affinités mozartiennes : avec Don Giovanni, Figaro est son emploi de prédilection où rayonne sa félinité mâle et son sens de la présence scénique.

Extrait de la biographie portrait rĂ©alisĂ©e en 2008 par  notre rĂ©dacteur Lucas Irom : “Erwin Schrott, nouvelle icĂ´ne lyrique ? Une basse qui barytone avec un magnĂ©tisme dramatique et colorĂ© comme peu autour de lui… une diction amusĂ©e, hĂ©doniste, sanguine et palpitante offrant une incarnation nerveuse chez Mozart (Figaro, Les noces), mais aussi cette gravitĂ© sombre du timbre qui lui permet de jouer sur les registres du chant viril Don Giovanni, MĂ©phistophĂ©lès… : l’art vocal de l’uruguyen Erwin Schrott (36 ans en 2008, nĂ© Ă  Montevideo en 1972) se taille une part majeure parmi les jeunes tempĂ©raments de la scène lyrique actuelle.

 

Acteur-chanteur
Le chanteur est déjà un acteur aguerri. Sur les 8 personnages abordés dans son premier disque chez Decca, de Mozart, Verdi et Gounod à Meyerbeer et Berlioz, l’interprète a incarné sur scène… 5 rôles. Pas si mal, pour un talent récent de plus en plus indiscutable… Avant de chanter, le jeune homme lava des voitures et aida ses parents dans le restaurant familial, à l’époque où l’Uruguay traversait l’une de ses crises économiques les plus difficiles. Du métier de chanteur et de l’opéra en général, le baryton-basse avoue avoir tout appris de la pianiste et metteuse en scène, Emilia Rosa, aujourd’hui décédée. Quittant l’Amérique du Sud, le jeune interprète rejoint l’Italie pour parfaire son apprentissage vocal: Leo Nucci lui prodigue de précieux conseils. A Montevideo, Erwin Schrott se distingue à 22 ans, en 1994, dans le rôle de Roucher, d’Andrea Chénier, un rôle qui lui offre une première incarnation ample et dramatique. Suivant le conseil de Mirella Freni, le jeune artiste sait préserver son talent en choisissant des rôles expressifs “confortables”, au risque mesuré: Colline (La Bohème), Masetto (Don Giovanni), Timur (Turandot), Ramfis (Aïda), … un apprentissage de longue haleine, à l’implication progressive et constante qui lui permet de fouiller son approche psychologique des caractères sans porter atteinte à son timbre.

Leporello et Don Giovanni
En 1998, le baryton (26 ans) remporte le premier prix du Concours Operalia de Placido Domingo. L’ascension ne tarde comme l’exposition dans des rôles plus audacieux: Pharaon (Moïse et Pharaon de Rossini) sous la baguette de Muti, surtout Leporello et Don Giovanni (chanté pour la premièr fois en 2004 à Whashington), comme Figaro, font de lui un mozartien à la sanguinité extravertie, non dénué d’une exigence linguistique. Il ne s’agit pas de déployer une palette vocale riche et ample, il faut aussi incarner les états émotionnels de la musique. Un défi que le chanteur souhaite relever avec assiduité. Ainsi, trouvant son Figaro de 2006, un rien trop “volcanique”, l’interprète veille à ciseler davantage la vérité de son approche scénique et vocale.

Aujourd’hui, l’artiste recherche à raffiner davantage chacun des rôles qu’il a abordés sur scène: Narbal (Les Troyens de Berlioz), Macbeth (Verdi), Onéguine (Tchaïkovski), comme il recherche à élargir sa palette émotionnelle grâce à de nouveaux rôles, dont quelques Belliniens: Rodolfo (La Sonnambula), Giorgio (I Puritani)…

erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1A l’étĂ© 2008, Erwin Schrott chante Leporello Ă  Salzbourg (dans la mise en scène de Claus Guth sous la direction de Bertrand de Billy), avant d’aborder Don Giovanni au Metropolitan de New York, Escamillo (Carmen) Ă  la Scala sous la baguette de Barenboim, et Figaro, dans Les Noces de Figaro, Ă  Vienne, la capitale autrichienne oĂą, il y a quelques annĂ©es, il dĂ©sespĂ©rait de ne jamais trouver d’engagement après avoir Ă©chouĂ© au Concours Hans Gabor Belvedere. A force de tĂ©nacitĂ©, l’artiste a su dĂ©montrĂ© son immense talent… un talent qui pourrait devenir art majeur s’il travaille encore sa diction et la finesse de ses rĂ´les. Promis Ă  une belle carrière, Erwin Schrott, compagnon Ă  la ville de la soprano autrichienne et russe, Anna Netrebko, nous offrira un prochain accomplissement en chantant avec sa compagne. En attendant ce duo miraculeux (Don Giovanni de Mozart filmĂ© en 2013 Ă  Baden Baden oĂą Netrebko joue Donna Anna), le baryton pourrait bien devenir la nouvelle icĂ´ne lyrique des annĂ©es Ă  venir. “

erwin_schrott_arias_frizza_deccaPortrait rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de la sortie de son premier album chez Decca : Erwin Schrott : arias. un rĂ©cital lyrique qui mĂŞle Mozart (6 airs sur les 12 au total), Verdi (Don Carlos, Les VĂŞpres Siciliennes, chantĂ©s en Français), Berlioz (La Damnation de Faust), Gounod (Faust), Meyerbeer (Robert le diable)… Mozartien, Verdien, mais aussi MĂ©phistophĂ©lès au rire sardonique, le baryton-basse nous offre une palette dramatique particulièrement riche et convaincante.  Erwin Schrott: Arias 1 cd Decca. Avec l’Orquestra de la Comunitat Valenciana. Riccardo Frizza, direction (2008)

 

Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : Guillaume Tell, opĂ©ra en quatre actes d’après un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. GĂ©rald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy … Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scène; Paolo Fantin, dĂ©cors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumières.

finley covent garden pappano royal opera house critique compte rendu

 

 

 

 

L’opĂ©ra au cinĂ©ma est depuis quelques annĂ©es une pratique plĂ©biscitĂ©e qui permet au plus grand nombre, souvent en fauteuils plus confortables que dans les salles habituelles, et Ă  moindre coĂ»t, de suivre les saisons lyriques de part le monde. C’est pourquoi CLASSIQUENEWS a fait le choix de rendre compte  des retransmissions d’opĂ©ra au cinĂ©ma…  C’est le dernier opĂ©ra de la saison 2014/2015 qui a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en direct de Londres dans le monde entier en ce dimanche après midi. Pour clore sa saison, le Royal Opera House propose Ă  son public une nouvelle production l’ultime chef d’oeuvre de Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell. L’oeuvre est prĂ©sentĂ©e dans sa version française, la version originale (crĂ©Ă©e en1829 Ă  l’OpĂ©ra de Paris); celle en italien, la plus jouĂ©e pourtant, fut crĂ©Ă©e Ă  Lucques en 1831. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a invitĂ© une distribution internationale avec quelques artistes de premier plan comme GĂ©rald Finley, John Osborn, Nicolas Courjal; et c’est le metteur en scène Damiano Michieletto qui a Ă©tĂ© convoquĂ© pour monter ce Guillaume Tell.

 

 

 

Chanteurs crédibles mais scène visuelle provocante, ce Guillaume Tell londonien marque les esprits

Guillaume Tell occupe le Royal Opera House

 

finley guillaume tell rossini royal opera house covent garden comptre rendu critique classiquenewsSi Damiano Michieletto fourmille d’idĂ©es, notamment pour marquer l’oppression de la Suisse par l’armĂ©e autrichienne, il n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas nĂ©cessaire de rĂ©aliser une mise en scène aussi brutale dont le summum est  atteint dans la scène de viol au troisième acte. D’ailleurs le scandale a Ă©tĂ© tel (des huĂ©es ont, semble-t-il ponctuĂ© ladite reprĂ©sentation et ont vilipendĂ© le metteur en scène aux saluts finaux) que Michieletto a Ă©tĂ© contraint d’Ă©dulcorer sĂ©rieusement la scène en question (plus de scène de nuditĂ©, plus de cris de dĂ©tresse). Inutile aussi le finale de l’acte deux au cours duquel Guillaume, Walter et le choeur se mettent torse nu pour s’asperger de sang de synthèse; Que Michieletto veuille centrer sa mise en scène autour de l’oppression autrichienne, soit, ce parti pris est acceptable et assez crĂ©dible, mais il pousse son concept trop loin : – l’allusion est mère de poĂ©sie et d’équilibre théâtral : en montrant trop et de façon aussi rĂ©pĂ©titive finit par agacer. Ce que nous regrettons aussi au milieu de dĂ©cors, plutĂ´t rĂ©ussis (la prĂ©sence de terre sur tout pour signifier la terre nourricière, l’amour de la terre, au sens amour de la patrie – s’avère ĂŞtre une idĂ©e excellente), et de lumières superbes, ce sont des costumes et des accessoires totalement hors sujet. Soit, au XIVe siècle le canon avait fait son apparition (il Ă©tait arrivĂ© en France vers 1313) mais les mitraillettes, mitrailleuses et autres revolvers Ă©taient totalement inconnus en 1307, n’ayant fait leur apparition dans l’Ă©quipement militaire qu’au XXe siècle, et Ă©voluant sans cesse entre les deux guerres (elles Ă©quipaient les armĂ©es amĂ©ricaines et europĂ©ennes pendant la seconde guerre mondiale). Dommageable Ă©galement l’idĂ©e de faire Ă©voluer solistes et choeur dans un espace rĂ©duit alors que la scène du Royal Opera House permet de faire plus et mieux. (Photo ci avant : Gerald Finley)

Vocalement, en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Guillaume Tell Ă©tant prĂ©sentĂ© dans sa version originale, la version française, nous pouvions nous inquiĂ©ter pour la diction; contredisant nos craintes, elle Ă©tait excellente, mĂŞme si elle Ă©tait parfois alĂ©atoire dans quelques scènes de choeur. Pour le rĂ´le titre, le Royal Opera House a invitĂ© le baryton canadien GĂ©rald Finley; Il est dans une forme exceptionnelle et campe un Guillaume impĂ©rial d’un bout Ă  l’autre de la reprĂ©sentation. Finley nous montre un Guillaume certes tiraillĂ© par des sentiments contradictoires mais prenant les bonnes dĂ©cisions quand il le faut, soutenu en cela par sa femme et son fils puis par Mathilde, soutien de toute la famille Tell Ă  partir du troisième acte. Saluons Ă©galement une diction quasi parfaite et l’ovation largement mĂ©ritĂ©e qu’il reçoit tant pour son interprĂ©tation de la prière “Sois immobile” et aux saluts finaux. C’est John Osborn qui prĂŞte ses traits et sa voix Ă  Arnold Melcthal; le tĂ©nor amĂ©ricain, qui connait bien le rĂ©pertoire rossinien, et Guillaume Tell en particulier a Ă©voluĂ© de façon surprenante et de façon très positive. La voix et ferme et les aigus balancĂ©s avec une assurance remarquable; et tout comme Finley la diction est excellente. TiraillĂ© entre son amour pour Mathilde et son amour pour son pays, c’est l’assassinat de son père par Gessler qui le pousse Ă  rejeter l’ennemie de sa patrie, dut-il pour cela sacrifier l’amour qu’il lui porte; Osborn reçoit un accueil chaleureux très mĂ©ritĂ© pour son interprĂ©tation d’ “Asile hĂ©rĂ©ditaire” projetĂ©, incarnĂ© avec une sensibilitĂ© poignante. CĂ´tĂ© femmes saluons la très belle Mathilde de Malin Byström et l’honorable Hedwige de Enkelejda Shkosa; Sofia Fomina campe certes un Jemmy juvĂ©nile et courageux mais elle est un cran en dessous de ses deux collègues. ComplĂ©tant avec talent la distribution des rĂ´les principaux, Nicolas Courjal incarne un Gessler cruel Ă  souhait; et si la mise en scène dessert Mathilde et les Suisses, elle permet Ă  Courjal de s’Ă©panouir telle une fleur … mortellement venimeuse. Parmi les rĂ´les secondaires, saluons les très belle performances de Eric Halfvarson (Melcthal), Alexander Vinogradov (Walter Furst) et Michael Colvin (Rodolphe). Si les solistes ont rĂ©alisĂ© des prouesses remarquables, le choeur, personnage Ă  part mais indispensable dans Guillaume Tell, a Ă©tĂ© lui aussi exceptionnel. Les effectifs ont Ă©tĂ© quasiment doublĂ©s pour l’occasion et ont Ă©tĂ© parfaitement prĂ©parĂ©s par leur chef de choeur, Renato Balsadonna. Musicalement et vocalement, la performance est idĂ©ale et la diction est presque parfaite car au cours de quelques scènes, notamment dans les ensembles, elle n’Ă©tait pas toujours très nette.

 

 

 

19081196528_d41e058579 CLive Barda

 

 

Dans la fosse, l’Orchestre du Royal Opera House, survoltĂ©, joue Ă  la perfection. Antionio Pappano qui connait le chef d’oeuvre de Rossini par coeur, ses explications durant les reportages d’entractes sont d’ailleurs parfaitement claires et très concises, dirige son orchestre avec maestria, ciselant chaque,scène, chaque note, tel l’orfèvre travaillant un chef d’oeuvre; gĂ©nĂ©reux en tempi vifs, Pappano parvient Ă  trouver un juste milieu entre la fosse et le plateau. Une fois passĂ©s les alĂ©as de la première avec sa dose de scandale, de huĂ©es et autres interpellations Ă  son Ă©gard, Pappano peut enfin diriger une oeuvre qu’il aime tout particulièrement et pour laquelle il trouve toujours de nouveaux angles d’approche. L’ouverture, joyau instrumental est menĂ©e tambour battant donnant ainsi le ton de la soirĂ©e. Et les “bravo” qui fusent après entre la fin de l’ouverture et le dĂ©but du premier acte saluent Ă  juste titre une interprĂ©tation dynamique.

Musicalement et vocalement, cette nouvelle production de Guillaume Tell, -absent Ă  Londres depuis 1992-, est remarquable par la rĂ©union de multiples talents qui se transcendent pour sublimer l’ultime opĂ©ra de Rossini; en revanche scĂ©niquement Damiano Michieletto donne un coup d’Ă©pĂ©e dans l’eau. Certes il y a beaucoup d’idĂ©es mais aucune n’est vĂ©ritablement mise en valeur tant la mise en scène est brutale, lourde et souvent rĂ©pĂ©titive, inutilement sanguinolente, inutilement sauvage. La scène de viol au troisième acte, toute Ă©dulcorĂ©e qu’elle soit, n’Ă©tait pas nĂ©cessaire – mĂŞme si comme le prĂ©cise Kasper Holten (le directeur gĂ©nĂ©ral du Covent Garden) chaque occupation est oppressive et entraine forcĂ©ment des exactions de ce type. Souhaitons tout de mĂŞme que le succès soit au rendez-vous des dernières reprĂ©sentations de la sĂ©rie et donc de la fin de la saison 2014/2015 du Royal Opera House.

 

 

 

Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell, opĂ©ra en quatre actes d’après un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. GĂ©rald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy ; Enkelejda Shkosa, Hedwige; Nicolas Courjal, Gessler; Eric Halfvarson, Melctal; Michael Colvin, Rodolphe; Samuel Dale Jonhson, Leuthold; Enea Scala, Ruodi. Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scène; Paolo Fantin, dĂ©cors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumières.

Londres. Butterfly au ROH Covent Garden

pucciniLondres, ROH, Covent Garden. Puccini : Madama Butterfly. Du 20 mars au 11 avril 2015. La production londonienne est prometteuse. ScĂ©nographiĂ©e par le duo provocateur mais théâtralement toujours abouti, Leiser-Caurier, sous la direction de Nicola Luisotti, voici une lecture du drame de Cio Cio San qui devrait frapper l’audience grâce entre autres Ă  la distribution apparemment cohĂ©rente : Opolais, Jagde, Viviani, Bosi, Shkosa. En 1904, Puccini aborde la rive japonaise en sachant Ă©viter les imageries caricaturales grâce Ă  une Ă©criture d’un raffinement harmonique extrĂŞme dont le sens de la couleur et le chromatisme ciselĂ© rĂ©inventent la notion mĂŞme d’orientalisme plus qu’ils ne l’illustrent. Le compositeur renouera avec ce scintillement exotique Ă  l’orchestre presque 20 ans plus tard, Turandot, princesse chinoise crĂ© Ă  Milan en 1926, Ă  titre posthume…
A Nagasaki, si l’officier amĂ©ricain Pinkerton (tĂ©nor) se marie avec la geisha Cio Cio San dite aussi Butterfly (soprano), il vit tout cela comme un jeu sans consĂ©quence. C’est pourtant dans l’esprit de la jeune femme, un mariage rĂ©el dont naĂ®t rapidement un garçon : Puccini, comme Massenet Ă  son Ă©poque, exploite les forces et mouvements contradictoires. FacĂ©tie insouciante de l’amĂ©ricain, chant tragique et solitaire puis suicidaire et dĂ©sespĂ©rĂ© de Cio Cio San. Le compositeur renforce par l’orchestre la psychologie des personnages, en particulier la figure de la geisha dont les relations avec ses semblables sont complexes et nettement dĂ©favorables. Jeune prostituĂ©e, elle inspire l’exclusion. C’est la solitude de plus en plus accablante pour l’hĂ©roĂŻne, et son abandon / trahison par Pinkerton qui achèvent toute rĂ©sistance. Au final, Cio Cio San n’a jamais existĂ© et son fils est mĂŞme repris par la femme vĂ©ritable de Pinkerton… La vraie revanche de Butterfly reste le chant orchestral exceptionnellement raffinĂ© que lui rĂ©serve Puccini qui n’a jamais semblĂ© plus inspirĂ© par une figure fĂ©minine. Ni Tosca, ni Turandot ni mĂŞme Mimi, ne semblent doublĂ©es par un orchestre aussi raffinĂ©, harmoniquement miroitant, d’une texture scintillante aussi sophistiquĂ©e que Ravel ou Debussy.

boutonreservationMadame Butterfly de Puccini au Royal Opera House de Covent Garden, Londres
8 représentations : les 20,23,28,31 mars puis 4,6,9 et 11 avril 2015
Production déjà présentée en 2011
Nicola Luisotti, direction
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène

Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Giordano : Andrea Chenier opra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprs la vie du poète AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard…

Lorsqu’il compose Andrea Chenier en 1896, Umberto Giordano (1867-1948) ne pensait certainement pas que son opĂ©ra en quatre actes, inspirĂ© de la vie du poète français guillotinĂ© pendant la terreur, serait plus connu pour certains de ses arias plus que dans sa totalitĂ©. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a confiĂ© la mise en scène Ă   David McVicar, un habituĂ© de la scène lyrique londonienne,  et le rĂ´le titre au tĂ©nor allemand Jonas Kaufmann.

 

 

 

trop lisse esprit révolutionnaire au Royal Opera House mais

sidérant Chénier de Jonas Kaufmann

 

 

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoDavid McVicar qui nous a habituĂ©  à des mises en scène hors-normes comme par exemple Rigoletto oĂą il n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă   introduire une courte scène sexuelle lors de la fĂŞte du duc de Mantoue ou Faust avec son cabaret L’Enfer, rĂ©alise lĂ  une mise en scène très, peut-tre trop, sage avec un premier acte terne Ă©trangement Ă  propice  l’endormissement. Les trois actes suivants  montrent une rĂ©volution française très Ă©dulcorĂ©e avec peu de mouvements de foules, aucun sans culottes et quasiment aucune chanson rĂ©volutionnaire sauf une carmagnole qui prĂ©cède de peu le procès de ChĂ©nier. Bien sĂ»r les costumes, les dĂ©cors et les lumières sont superbes mais il manque dans la mise en scène le brin de vie, voire l’accent de folie qui caractĂ©rise habituellement le travail de McVicar. Sur le plateau, la distribution est totalement dominĂ©e par l’Andrea de Jonas Kaufmann. Le tĂ©nor allemand qui effectuait une prise de rĂ´le s’est emparĂ© du personnage avec panache et profondeur faisant siens les sentiments contradictoires du rĂ´le titre. De sa voix particulière, rugueuse et ciselĂ©e Ă  la fois, l’artiste souligne toutes les audaces et les nuances psychologiques de la partition redoutable de Giordano; l’improvviso (Colpito qui m’avete  Un di all’azzuro spazio) au premier acte et Un bel di di maggio au quatrième sont interprĂ©tĂ©s avec Ă©lĂ©gance et intelligence.

Fine comdienne Eva Maria Westbroek  campe une Maddalena de Coigny à la fois provocatrice et sensuelle, sensible et aussi apeurĂ©e; mais vocalement la performance est inĂ©gale. Très Ă   l’aise dans le mĂ©dium, la soprano faillit cependant dans les extrĂ©mitĂ©s de la tessiture haute: ses aigus sont parfois tendus comme si, tĂ©tanisĂ©e par le dĂ©fi, Eva Maria Westbroek peinait Ă   se lâcher complètement; du coup l’aria de Maddalena “La mamma morta” manque de panache comme de souffle mĂŞme s’il est interprĂ©tĂ© avec un engagement mĂ©ritoire.

Le Carlo GĂ©rard de Zeljko Lucic, esprit vilain-, est certes vocalement un peu monochrome mais scĂ©niquement solide; si nous aurions apprĂ©ciĂ© d’Ă©couter un peu plus de nuances, notamment dans “Nemico della patria” chantĂ© de manière un peu brutale. NĂ©anmoins Lucic brosse un portrait touchant de Carlo dont l’amour pour Maddalena le fait changer de camp avec un certaine noblesse. Notons aussi la jolie Bersi de Denyce Graves et des comprimari intelligemment distribuĂ©s. Le choeur du Royal Opera House, bien prĂ©parĂ©, comme d’habitude, fait une prestation très honorable ; il aurait certainement pu mieux faire si David McVicar avait seulement Ă©tĂ© plus inspirĂ©.

Dans la fosse Antonio Pappano dirige l’orchestre du Royal Opera avec style. Il prend le chef d’oeuvre de Giordano à son compte travaillant en amont avec chacun, solistes, orchestre, choeur ciselant la partition avec la rigueur et la minutie qui le payent. Pendant toute la soirĂ©e,  Pappano, attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau,  tient son orchestre d’une main ferme.  La tenue est dramatique et la direction soignĂ© l’impact expressif de chaque scène,  intimiste ou collective.

C’est, malgrĂ© une mise en scène trop sage, une production qui a le mĂ©rite de mettre en avant une oeuvre mĂ©connue dont seuls quelques airs ont imprimĂ© les mĂ©moires grâce, notamment, à Maria Callas qui contribua à sortir nombre d’oeuvres de l’oubli. L’immense succès de la soirĂ©e est en grande partie du Ă  un Jonas Kaufmann mouvant et rayonnant, vocalement très en forme; nĂ©anmoins les partenaires du tĂ©nor allemand ne dĂ©mĂ©ritent absolument pas tant ils s’engagent  pour la dĂ©fense d’une oeuvre qui gagne grandement  être davantage Ă©coutĂ©e.

 

 

Jonas Kaufmann, le plus grand tĂ©nor du monde !Poitiers. Cinma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chenier opĂ©ra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’après la vie du poète AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard; Denyce Graves, Bersi; Elena Zilio, Madelon; Rosalind Plowright, Contessa di Coigny; Roland Wood, Roucher; Peter Colman-Wright, Pietro Fleville; Eddie Wade, Fouquier-Tinville; Adrian Clarke, Mathieu; Carlo Bosi, L’incroyable; Peter Hoare, l’abbĂ©; Jrmy White, Schmidt; John Cunningham, Major Domo; Yuriy Yurchuk, Dumas. Orchestre du Royal Opera House, choeur du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. David McVicar, mise en scène; Robert Jones, dĂ©cors; Jenny Tiramani, costumes; Adam Silverman, lumières.