FORCE DU DESTIN. Kaufmann, Netrebko, TĂ©zier : trio gagnant chez VERDI

Vague verdienne en juin 2014FRANCE MUSIQUE, dim 2 juin 2019, 20h. VERDI : La FORCE DU DESTIN. Le Royal Opera House, pour sa nouvelle production 2019 de La Forza del destino de Verdi (avril 2019) rĂ©unit un cast proche de la perfection. Car il faut de la puissance, de la finesse et une attention mĂ©ticuleuse au profil de chaque protagoniste. Dans cet opĂ©ra oĂč brĂ»le l’amour le plus contrariĂ© et donc d’essence tragique, la mise en scĂšne de Christof Loy se montre Ă  la hauteur de ce drame noir oĂč comme toujours sur la scĂšne lyrique romantique, la grandeur morale des individus Ă©prouvĂ©s, se dĂ©voile en fin d’action
 au moment de leur mort.

Le chant vermine souffle son meilleur sur la scĂšne londonienne, grĂące aux personnalitĂ©s aussi charismatiques que Jonas Kaufmann, Anna Netrebko et Ludovic TĂ©zier : soit 3 immenses solistes, aujourd’hui recherchĂ©s par toutes les scĂšnes internationales (Trio prometteur que Bastille avait accueilli pour Don Carlo du mĂȘme Verdi). Leurs talents complĂ©mentaires Ă©clairent en rĂ©alitĂ© une action qui est loin d’ĂȘtre aussi dĂ©sastreuse et confuse que d’aucun le disent ; par manque de connaissance, et par snobisme (parisien
 comme toujours). On dit d’ailleurs la mĂȘme chose de nombreux opĂ©ras verdiens, dont Il Trovatore, Le TrouvĂšre. Rien d’opaque ni de complexe ici, d’autant que la mise en scĂšne de Loy, respecte, elle, la cohĂ©rence originelle du livret (a contrario d’un Tcherniakov qui aujourd’hui n’hĂ©site plus Ă  rĂ©Ă©crire chaque livret des opĂ©ras qu’il dĂ©nature ainsi allĂšgrement).

Jonas Kaufmann rĂ©ussit Ă  phraser comme jamais, offrant un chant ciselĂ©, intelligible et profond
. comme au thĂ©Ăątre. Il Ă©claire chez Alvaro, la lente et progressive modification psychologique, de l’ardeur effrĂ©nĂ©e voire irrĂ©flĂ©chie Ă  la noblesse dĂ©tachĂ©e, la plus sage
 belle performance dans la subtilitĂ©. La Leonora (Ă  ne pas confondre avec sa « sƓur » tragique du mĂȘme prĂ©nom dans Il Trovatore) d’Anna Netrebko confirme l’excellente verdienne, vibratile, irradiante, habitĂ©e par une urgence intĂ©rieure, un souci de la loyautĂ© jusqu’à la mort et l’abnĂ©gation la plus totale (Ă  la fois, amante coupable et mortifiĂ©e mystique en quĂȘte de salut).

En Carlo di Vargas, Ludovic TĂ©zier convainc tout autant par la beautĂ© du chant et sa soliditĂ© expressive. AffĂ»tĂ© mĂȘme dans son duo avec Alvaro / Kaufmann : « Voi che sĂŹ larghe cure » qui fusionnent les deux voix idĂ©alement caractĂ©risĂ©es.
Face au trio tragique et hĂ©roĂŻque, deux personnages comiques, plus lĂ©gers se distinguent aussi grĂące Ă  l’intelligence de leurs interprĂštes respectifs : Padre Guardiano et Melitone (qui rappelle la truculence bonhomme du sacristain au premier acte de Tosca de Puccini) : ainsi Ă  Londres, Ferrucio Furlanetto et Alessandro Corbelli ajoutent chacun Ă  la finesse thĂ©Ăątrale de la production.

A notre (humble) avis, la prestation tout aussi enlevĂ©e de Veronica Simeoni en Preciosilla manque elle de finesse, donc tombe plus bas, dans la gouaille caricaturale. Dommage pour la soprano qui aurait dĂ» ĂȘtre inspirĂ©e par l’excellence de ses partenaires prĂ©citĂ©s.

Faiblesse d’autant plus malheureuse qu’ici aucun comprimerai (seconds rĂŽles) n’est laissĂ© dans la confusion ou l’imprĂ©cision (comme souvent) ; ne citons que le Calatrava de Robert Lloyd, ou l’Alcade de Michael Mofidian


Nous ne dirons rien des dĂ©cors (inutile prĂ©cision s’agissant d’une diffusion radiophonique)

VoilĂ  une approche vocalement exceptionnelle qui souligne chez Verdi sa force Ă©motionnelle : la vengeance dont il est question, la malĂ©diction consentie et assumĂ©e des deux amants malheureux, leur course effrĂ©nĂ©e au salut (qui les mĂšne au delĂ  d’une expĂ©rience terrestre),
 tout est exprimĂ© avec une grande finesse. Superbe lecture.

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VOIR le TEASER du spectacle LA FORZA DEL DESTINO de VERDI Ă  COVENT GARDEN Royal Opera House (avril 2019)

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DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte)

CLIC D'OR macaron 200DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte). Coffret Ă©vĂ©nement qui complĂšte l’offre Ă©galement en dvd rĂ©capitulatif Ă©ditĂ© ce NoĂ«l par BelAirclassiques et dĂ©diĂ© Ă  l’école russe du Bolshoï
 Quoiqu’on en dise, Tchaikovski aura permi aux chorĂ©graphes et danseurs internationaux de perfectionner leur art, qu’il s’agisse de l’acrobatie virtuose et un rien froide, ou de l’élĂ©gance racĂ©e sublimement incarnĂ©e
 Voici 3 ballets qui restent 
 inaltĂ©rables.

ROYAL BALLET tchaikovsky the ballets 3 dvd set sleeping beauty ntucracker swan lake annonce critique dvd review classiquenews decembre cadeau de NOEL 2018Parlons d’abord du LAC DES CYGNES / Swan Lake version Osipova / Golding / Gruzin. EnregistrĂ© en mars 2015 au Royal Opera House, Covent Garden, et retransmise dans les cinĂ©mas du monde entier, le ballet fĂ©erique de Piotr Illiytch rĂ©unit deux tĂȘtes d’affiche du Royal Ballet, l’étoile russe Natalia Osipova (originaire du Bolshoi) et le canadien, Matthew Golding, nouveau duo pour ce lac attendu. La conception d’Anthony Dowell, qui date de 1987, s’inspire de l’originale de 1895 (Petipa / Ivanov), souhaite aussi rĂ©actualiser le propos en incluant des inserts venus de diffĂ©rents chorĂ©graphes plus contemporains, emblĂ©matiques Ă  Londres : en particulier Frederick Ashton. Sans omettre des citations de l’époque de Tchaikovski. Il en rĂ©sulte un mĂ©lange parfois confus, qui affecte le trĂšs haut niveau du Corps de Ballet londonien, pourtant au meilleur de sa forme, autant dans la rĂ©alisation synchronisĂ©e des ensembles, que dans le soutien au solos virtuoses (superbe Rothbart de Gary Avis). Technicienne, Natalia Osipova n’est pas une actrice affĂ»tĂ©e, ce qui altĂšre son double emploi : Odette, le cygne blanc, et Odile, le cygne noir. Expressive en Odette, elle manque de relief et de profondeur, mais aussi de prĂ©cision dans la noirceur d’Odile. RacĂ© certes mais uniforme dans sa posture disciplinaire, Matthew Golding fait finalement un prince Siegfried plus hautain qu’humain, ce qui nuit Ă  la finesse Ă©motionnelle de ses duos avec Odile / Odette. Evidemment, l’ampleur de ses portĂ©s est magistrale. LĂ  encore, une approche mĂ©canique, virtuose
 mais froide et distanciĂ©e qui ignore totalement l’empathie et la connexion avec sa partenaire. Dans la fosse, Boris Gruzin fait feu de tout bois, rĂ©alisant de la matiĂšre et soie tchaikovskienne, un scintillement orchestral continu. Trop technique et glaçante, la lecture ne dĂ©trĂŽne pas l’excellent duo Svetlana Zakharova / Roberto Bolle Ă  Milan en 2004
 Oui on nous dira nostalgie, nosltalgie, et « goood old times »  mais quand mĂȘme.

LA BELLE AU BOIS DORMANT version Nuñez, Muntagirov. Tout autre est la conception, elle aussi éclectique mais mieux assemblée et conçue de Monica Mason et Christopher Newton : à partir de la chorégraphie de Marius Petipa, ils conservent les ajouts signés Ashton, Wheeldon, Dowell, tout en redessinant la volupté onirique du conte originel français (Perrault)
grĂące aux costumes et dĂ©cors signĂ©s par Olivier Messel. Il en rĂ©sulte une lecture Ă  la fois majestueuse et trĂšs fine sur le plan de la caractĂ©risation psychologique des personnages. On prĂ©fĂšre souvent grossir et Ă©paissir le ballet de Tchaikovski en faisant ronfler les rĂ©fĂ©rences Ă  la solennitĂ© Grand SiĂšcle, au risque d’écarter tout ce qui relĂšve du drame : rien de tel ici. Car rayonne en un trio irrĂ©sistible trois danseurs-acteurs prodigieux littĂ©ralement : Marianela Nunez (Princesse Aurora, Ă  la fois proche et Ă©nigmatique), Kristen McNally (sidĂ©rante Carabosse par laquelle surgit la catastrophe et l’emprise des tĂ©nĂšbres, mais avec quelle Ă©conomie gestuelle : sa pantomime est du trĂšs grand art), enfin le Prince de Vladimir Muntagirov trouve le ton juste et la balance parfaite entre puissance athlĂ©tique et prĂ©sence affĂ»tĂ©e, sans omettre une excellente interaction avec ses partenaires, dans toutes les situations. VoilĂ  qui nous change du « rien que technique et virtuositĂ© solistique » du Lac des cygnes prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©. Le geste souple et habitĂ© de Koen Kessels rend service Ă  une partition colorĂ©e et raffinĂ©e dont il sait retirer toute boursouflure. Magistral.

casse-noisette_royal-ballet_4CASSE NOISETTE, 2016 : les 90 ans de Peter Wright. Le Royal Ballet fĂȘte ainsi les 90 ans du metteur en scĂšne et producteur Peter Wright, dans l’une de ses rĂ©alisations les plus emblĂ©matiques (et applaudies). CrĂ©Ă©e en 1984, la conception enchante en respectant l’empire du rĂȘve qui montre comment le magicien Drosselmeyer emmĂšne la jeune Clara jusqu’au monde enneigĂ© de la FĂ©e DragĂ©e, et au royaume des bonbons. Les aventures qui s’en suivent saisissent par leurs pĂ©ripĂ©ties contrastĂ©es voire martiales : le casse-noisette Hans-Peter se transforme en prince
 Mais Wright offre Ă  partir de la nouvelle onirique d’Hoffmann (Casse noisette et le roi des souris, 1816), une rĂ©flexion trĂšs fine de la magie de NoĂ«l, sachant et questionner le sens de la fĂ©erie et l’expĂ©rience morale qu’en tirent les jeunes protagonistes. Saluons l’excellent Gary AVIS, magicien dĂ©miurge, d’une prĂ©sence convaincante, entre autoritĂ© et mystĂšre. Il accompagne Clara dans son rite qui est aussi l’issue heureuse d’un envoĂ»tement diabolique, car son neveu Hans-Peter a Ă©tĂ© transformĂ© par le roi des souris, en casse-noisette, or seul l’amour d’une jeune fille pourra l’en libĂ©rer.
casse-noisette_royal-ballet_3Au premier acte, confrontĂ©e Ă  un immense sapin (qui ne cesse de grandir Ă  mesure que le songe devient rĂ©el), Clara rayonne par son angĂ©lisme jamais miĂšvre (trĂšs juste Francesca Hayward). Le Casse-noisette devient prince (seyant et habile Federico Bonelli)
 Au pays de la FĂ©e DragĂ©e, les danses de caractĂšres se succĂšdent avec variĂ©tĂ© et virtuositĂ©. Jusqu’au suprĂȘme pas de deux de la FĂ©e DragĂ©e, auquel l’étoile Lauren Cuthbertson rĂ©serve son Ă©lĂ©gance mĂ»re d’une sublime souplesse : face Ă  la Clara attendrie et naĂŻve de Hayward, Cuthbertson Ă©blouit par sa grĂące adulte. Le charme de la production, dĂ©fendu par des solistes de premier plan, semble atemporel. IrrĂ©sistible.

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DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte).

DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017)

caurier-et-leiser-duo-de-metteurs-en-scene-a-lopera-par-classiquenews-pour-angers-nantes-opera-saison-2017-2018-couronnement-de-poppee-octobre-2017-Patrice-Caurier-et-Moshe-LeiserDVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017). A Covent Garden, la Butterfly du duo de metteurs en scÚne, Patrice Caurier et Moshe Leiser, passionnément suivis à Angers Nantes opéra sous la direction de Jean-Paul Davois, offre une apparente simplicité qui du reste, sainte vertu de nos jours, demeure lisible, laissant la part belle à la sublime musique puccinienne.

 
   
 
 
 

ROH Covent Garden, 2017

Un Puccini rageur et dépressif
grĂące Ă  l’équation JAHO / PAPPANO

 
 
 

PUCCINI butterfly pappano jaho puente leiser caurier critique opera dvd classiquenews opus arteLes metteurs ajoutent en filigrane une rĂ©flexion sur la fragilitĂ© du rĂȘve de Cio Cio San qui croit au simulacre de ce mariage arangĂ© auquel sa jeunesse naĂŻve s’accroche comme Ă  une vocation. Les noces de Butterfly sont en pacotilles pour tous, sauf dans le cƓur de ce papillon trop dĂ©licat. RĂȘve Ă©perdu de la geisha (de 17 ans), exercice exotique de l’officier amĂ©ricain
 l’écart est bien soulignĂ© et la carte postale japonisante de Puccini a parfaitement creusĂ© son lit cynique et ironique jusqu’à la tragĂ©die du suicide qui clĂŽt ce drame domestique.
Les metteurs en scùne n’en rajoutent pas : ils restent à hauteur d’yeux de Cio-Cio-San, humble servante d’une parodie nuptiale à moindres frais.
Car l’intensitĂ© et la vĂ©ritĂ© se concentrent assurĂ©ment dans le jeu tout en nuances et incarnation profonde de la soprano albanaise Ermonela Jaho ; la cantatrice est actuellement une somptueuse et dĂ©chirante Traviata, et sa Butterfly britannique de 2017, frappe elle aussi par ce jeu intime, cette caractĂ©risation qui surgit de l’intĂ©rieur, exprimant tous les replis d’une psychĂ© en traumatisme, dĂ©chirĂ©e par la douleur et l’abandon. L’expressivitĂ© et le relief d’un chant pas toujours trĂšs juste saisissent cependant par leur justesse et l’intelligence de l’intonation.
Et son falot de faux mari Pinkerton ? Marcelo Puente es techniquement trop juste (aigus serrĂ©s et vibrato systĂ©matisĂ©) : le tĂ©nor sait cependant exprimer un lĂ©ger trouble car il se prend au jeu de cette mascarade des plus cyniques. Le jeu de dupe n’en est que plus amer quand la pauvre fille comprend qu’elle a Ă©tĂ© trompĂ©e, abandonnĂ©e.
CLIC D'OR macaron 200
deshong elizabeth suzuki butterfly puccini review critique classiquenews DVD OPUS ARTE covent gardenRien à dire à la Suzuki moelleuse et maternelle, d’Elizabeth
DeShong
: la mezzo partage avec Jaho, une intelligence dramatique qui Ă©blouit de bout en bout, elle Ă©claire leur duo, immense dignitĂ© et sincĂ©ritĂ© dans la solitude, le dĂ©nuement, et la misĂšre. Saluons enfin Carlo Bosi, Goro impeccable et lui aussi trĂšs juste. Enfin dans la fosse, Antonio Pappano, maĂźtre des troupes du Covent Garden, sait foudroyer, nuancer quand il faut, par saccades millimĂ©trĂ©s : on sait que le chef affectionne la direction Ă©ruptive et expressionniste ; ses Puccini sont de ce point de vue toujours trĂšs efficaces. Il fait parler et crier l’orchestre avec une rare intensitĂ©. Voici donc une production loin d’ennuyer. Bien au contraire. A voir indiscutablement.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH Covent Garden, 1 DVD Opus Arte, 2017

 
 
   
 
 

PUCCINI : Madama Butterfly
TragĂ©die japonaise en trois actes, livret de Giuseppe et Giacosa et Luigi Illica – CrĂ©ation, Scala de MIlan, le 17 fĂ©vrier 1904
Mise en scĂšne: Moshe Leiser et Patrice Caurier

Cio-Cio-San : Ermonela Jaho
Pinkerton: Marcelo Puente
Sharpless: Scott Hendricks
Suzuki: Elizabeth DeShong
Goro: Carlo Bosi
Le Bonze : Jeremy White
Yamadori: Yuriy Yurchuk
Kate Pinkerton : Emily Edmonds
Le commissaire impérial : Gyula Nagy

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction

Enregistrement réalisé au ROH, Covent Garden le 30 mars 2017

1 DVD Opus Arte OA 1268 D – 2h8mn + bonus : 11 mn

 
 
 

 

Cinéma : Les Noces de Figaro par McVicar

nozze di figaro, noces de figaro covent garden royal opera house londres david Mc Vicar presentation review announce classiquenewsCinĂ©ma, ce soir 19h30 : Les Noces de Figaro par McVicar depuis le Royal Opera House Covent Garden, Londres. Figaro romantique
 CrĂ©Ă©e dĂ©jĂ  en 2006 sur le mĂȘmes planches, cette production des Noces de Figaro de Mozart et son librettiste Da Ponte (1786), d’aprĂšs Beaumarchais (La Folle journĂ©e ou le Mariage de Figaro), transpose la fiĂšvre rĂ©volutionnaire des serviteurs, du XVIIIĂš d’avant 1789
 en 1830 soit Ă  l’Ă©poque de la Restauration. McVicar imagine donc un Figaro …. romantique. Mais si l’ordre monarchique fait son retour, le Figaro hier campĂ© par le baryton Erwin Schrott, a gagnĂ© en certitude et dĂ©termination, n’hĂ©sitant directement Ă  dĂ©fier le comte Almaviva, tandis que aux cĂŽtĂ©s de cette lutte des classes (dominĂ©s / dominants), se joue aussi une guerre sociale : la guerre des sexes Ă  travers l’alliance des femmes : la Comtesse et Suzanne, vraies maĂźtresses de cet Ă©chiquier fragile, innerve regards, jeu d’acteurs et mouvements, en une fresque Ă©motionnelle vive. DĂ©cors, gestes, dĂ©placements sont millimĂ©trĂ©s comme d’habitude chez David McVicar qui prĂ©serve toujours la parfaite lisibilitĂ© de l’action sans omettre l’expression des intentions parallĂšles. En 2015 pour la reprise de la production des Noces de Figaro de Mozart par Mc Vicar, l’opĂ©ra londonien affiche une nouvelle distribution : avec toujours l’infatigable et trĂšs fĂ©lin Erwin Shrott dans un rĂŽle qu’il sert Ă  merveille (Figaro), Anita Hartig (Susanna), StĂ©phane Degout (Almaviva), Ellie Dehn (la Comtesse), Kate Lindsey (Cherubino)…

 

 

Infos, réservation, salles de cinéma partenaires de la diffusion

Les Noces de Figaro par McVicar sur le site de la Royal Opera House Covent Garden Londres

 

 

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Erwin Shrott, Figaro Ă©ruptif et fĂ©lin Ă  Londres dans les Noces de Figaro de Mozart transposĂ© par Mc Vicar Ă  l’Ă©poque de la Restauration (DR)

 

 

erwin-schrott-figaro mc vicar presentation classiquenews review announce account of nozze di figaro noces de figaro de mozart-verdi-berlioz-gounod-meyerbeer-and-baby-Erwin-Schrott-Mozart-Verdi-Berlioz-Gounod-MeyerbeerLe Baryton uruguyen, ex compagnon de la diva austro russe Anna Netrebko, a toujours cultivĂ© ses affinitĂ©s mozartiennes : avec Don Giovanni, Figaro est son emploi de prĂ©dilection oĂč rayonne sa fĂ©linitĂ© mĂąle et son sens de la prĂ©sence scĂ©nique.

Extrait de la biographie portrait rĂ©alisĂ©e en 2008 par  notre rĂ©dacteur Lucas Irom : “Erwin Schrott, nouvelle icĂŽne lyrique ? Une basse qui barytone avec un magnĂ©tisme dramatique et colorĂ© comme peu autour de lui
 une diction amusĂ©e, hĂ©doniste, sanguine et palpitante offrant une incarnation nerveuse chez Mozart (Figaro, Les noces), mais aussi cette gravitĂ© sombre du timbre qui lui permet de jouer sur les registres du chant viril Don Giovanni, MĂ©phistophĂ©lĂšs
 : l’art vocal de l’uruguyen Erwin Schrott (36 ans en 2008, nĂ© Ă  Montevideo en 1972) se taille une part majeure parmi les jeunes tempĂ©raments de la scĂšne lyrique actuelle.

 

Acteur-chanteur
Le chanteur est dĂ©jĂ  un acteur aguerri. Sur les 8 personnages abordĂ©s dans son premier disque chez Decca, de Mozart, Verdi et Gounod Ă  Meyerbeer et Berlioz, l’interprĂšte a incarnĂ© sur scĂšne
 5 rĂŽles. Pas si mal, pour un talent rĂ©cent de plus en plus indiscutable
 Avant de chanter, le jeune homme lava des voitures et aida ses parents dans le restaurant familial, Ă  l’époque oĂč l’Uruguay traversait l’une de ses crises Ă©conomiques les plus difficiles. Du mĂ©tier de chanteur et de l’opĂ©ra en gĂ©nĂ©ral, le baryton-basse avoue avoir tout appris de la pianiste et metteuse en scĂšne, Emilia Rosa, aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©e. Quittant l’AmĂ©rique du Sud, le jeune interprĂšte rejoint l’Italie pour parfaire son apprentissage vocal: Leo Nucci lui prodigue de prĂ©cieux conseils. A Montevideo, Erwin Schrott se distingue Ă  22 ans, en 1994, dans le rĂŽle de Roucher, d’Andrea ChĂ©nier, un rĂŽle qui lui offre une premiĂšre incarnation ample et dramatique. Suivant le conseil de Mirella Freni, le jeune artiste sait prĂ©server son talent en choisissant des rĂŽles expressifs “confortables”, au risque mesurĂ©: Colline (La BohĂšme), Masetto (Don Giovanni), Timur (Turandot), Ramfis (AĂŻda), 
 un apprentissage de longue haleine, Ă  l’implication progressive et constante qui lui permet de fouiller son approche psychologique des caractĂšres sans porter atteinte Ă  son timbre.

Leporello et Don Giovanni
En 1998, le baryton (26 ans) remporte le premier prix du Concours Operalia de Placido Domingo. L’ascension ne tarde comme l’exposition dans des rĂŽles plus audacieux: Pharaon (MoĂŻse et Pharaon de Rossini) sous la baguette de Muti, surtout Leporello et Don Giovanni (chantĂ© pour la premiĂšr fois en 2004 Ă  Whashington), comme Figaro, font de lui un mozartien Ă  la sanguinitĂ© extravertie, non dĂ©nuĂ© d’une exigence linguistique. Il ne s’agit pas de dĂ©ployer une palette vocale riche et ample, il faut aussi incarner les Ă©tats Ă©motionnels de la musique. Un dĂ©fi que le chanteur souhaite relever avec assiduitĂ©. Ainsi, trouvant son Figaro de 2006, un rien trop “volcanique”, l’interprĂšte veille Ă  ciseler davantage la vĂ©ritĂ© de son approche scĂ©nique et vocale.

Aujourd’hui, l’artiste recherche Ă  raffiner davantage chacun des rĂŽles qu’il a abordĂ©s sur scĂšne: Narbal (Les Troyens de Berlioz), Macbeth (Verdi), OnĂ©guine (TchaĂŻkovski), comme il recherche Ă  Ă©largir sa palette Ă©motionnelle grĂące Ă  de nouveaux rĂŽles, dont quelques Belliniens: Rodolfo (La Sonnambula), Giorgio (I Puritani)


erwin schrott don giovanni mozart baden baden 2013 1A l’étĂ© 2008, Erwin Schrott chante Leporello Ă  Salzbourg (dans la mise en scĂšne de Claus Guth sous la direction de Bertrand de Billy), avant d’aborder Don Giovanni au Metropolitan de New York, Escamillo (Carmen) Ă  la Scala sous la baguette de Barenboim, et Figaro, dans Les Noces de Figaro, Ă  Vienne, la capitale autrichienne oĂč, il y a quelques annĂ©es, il dĂ©sespĂ©rait de ne jamais trouver d’engagement aprĂšs avoir Ă©chouĂ© au Concours Hans Gabor Belvedere. A force de tĂ©nacitĂ©, l’artiste a su dĂ©montrĂ© son immense talent
 un talent qui pourrait devenir art majeur s’il travaille encore sa diction et la finesse de ses rĂŽles. Promis Ă  une belle carriĂšre, Erwin Schrott, compagnon Ă  la ville de la soprano autrichienne et russe, Anna Netrebko, nous offrira un prochain accomplissement en chantant avec sa compagne. En attendant ce duo miraculeux (Don Giovanni de Mozart filmĂ© en 2013 Ă  Baden Baden oĂč Netrebko joue Donna Anna), le baryton pourrait bien devenir la nouvelle icĂŽne lyrique des annĂ©es Ă  venir. “

erwin_schrott_arias_frizza_deccaPortrait rĂ©alisĂ© Ă  l’occasion de la sortie de son premier album chez Decca : Erwin Schrott : arias. un rĂ©cital lyrique qui mĂȘle Mozart (6 airs sur les 12 au total), Verdi (Don Carlos, Les VĂȘpres Siciliennes, chantĂ©s en Français), Berlioz (La Damnation de Faust), Gounod (Faust), Meyerbeer (Robert le diable)
 Mozartien, Verdien, mais aussi MĂ©phistophĂ©lĂšs au rire sardonique, le baryton-basse nous offre une palette dramatique particuliĂšrement riche et convaincante.  Erwin Schrott: Arias 1 cd Decca. Avec l’Orquestra de la Comunitat Valenciana. Riccardo Frizza, direction (2008)

 

Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : Guillaume Tell, opĂ©ra en quatre actes d’aprĂšs un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. GĂ©rald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy 
 Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scĂšne; Paolo Fantin, dĂ©cors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumiĂšres.

finley covent garden pappano royal opera house critique compte rendu

 

 

 

 

L’opĂ©ra au cinĂ©ma est depuis quelques annĂ©es une pratique plĂ©biscitĂ©e qui permet au plus grand nombre, souvent en fauteuils plus confortables que dans les salles habituelles, et Ă  moindre coĂ»t, de suivre les saisons lyriques de part le monde. C’est pourquoi CLASSIQUENEWS a fait le choix de rendre compte  des retransmissions d’opĂ©ra au cinĂ©ma
  C’est le dernier opĂ©ra de la saison 2014/2015 qui a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en direct de Londres dans le monde entier en ce dimanche aprĂšs midi. Pour clore sa saison, le Royal Opera House propose Ă  son public une nouvelle production l’ultime chef d’oeuvre de Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell. L’oeuvre est prĂ©sentĂ©e dans sa version française, la version originale (crĂ©Ă©e en1829 Ă  l’OpĂ©ra de Paris); celle en italien, la plus jouĂ©e pourtant, fut crĂ©Ă©e Ă  Lucques en 1831. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a invitĂ© une distribution internationale avec quelques artistes de premier plan comme GĂ©rald Finley, John Osborn, Nicolas Courjal; et c’est le metteur en scĂšne Damiano Michieletto qui a Ă©tĂ© convoquĂ© pour monter ce Guillaume Tell.

 

 

 

Chanteurs crédibles mais scÚne visuelle provocante, ce Guillaume Tell londonien marque les esprits

Guillaume Tell occupe le Royal Opera House

 

finley guillaume tell rossini royal opera house covent garden comptre rendu critique classiquenewsSi Damiano Michieletto fourmille d’idĂ©es, notamment pour marquer l’oppression de la Suisse par l’armĂ©e autrichienne, il n’Ă©tait peut-ĂȘtre pas nĂ©cessaire de rĂ©aliser une mise en scĂšne aussi brutale dont le summum est  atteint dans la scĂšne de viol au troisiĂšme acte. D’ailleurs le scandale a Ă©tĂ© tel (des huĂ©es ont, semble-t-il ponctuĂ© ladite reprĂ©sentation et ont vilipendĂ© le metteur en scĂšne aux saluts finaux) que Michieletto a Ă©tĂ© contraint d’Ă©dulcorer sĂ©rieusement la scĂšne en question (plus de scĂšne de nuditĂ©, plus de cris de dĂ©tresse). Inutile aussi le finale de l’acte deux au cours duquel Guillaume, Walter et le choeur se mettent torse nu pour s’asperger de sang de synthĂšse; Que Michieletto veuille centrer sa mise en scĂšne autour de l’oppression autrichienne, soit, ce parti pris est acceptable et assez crĂ©dible, mais il pousse son concept trop loin : – l’allusion est mĂšre de poĂ©sie et d’équilibre thĂ©Ăątral : en montrant trop et de façon aussi rĂ©pĂ©titive finit par agacer. Ce que nous regrettons aussi au milieu de dĂ©cors, plutĂŽt rĂ©ussis (la prĂ©sence de terre sur tout pour signifier la terre nourriciĂšre, l’amour de la terre, au sens amour de la patrie – s’avĂšre ĂȘtre une idĂ©e excellente), et de lumiĂšres superbes, ce sont des costumes et des accessoires totalement hors sujet. Soit, au XIVe siĂšcle le canon avait fait son apparition (il Ă©tait arrivĂ© en France vers 1313) mais les mitraillettes, mitrailleuses et autres revolvers Ă©taient totalement inconnus en 1307, n’ayant fait leur apparition dans l’Ă©quipement militaire qu’au XXe siĂšcle, et Ă©voluant sans cesse entre les deux guerres (elles Ă©quipaient les armĂ©es amĂ©ricaines et europĂ©ennes pendant la seconde guerre mondiale). Dommageable Ă©galement l’idĂ©e de faire Ă©voluer solistes et choeur dans un espace rĂ©duit alors que la scĂšne du Royal Opera House permet de faire plus et mieux. (Photo ci avant : Gerald Finley)

Vocalement, en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Guillaume Tell Ă©tant prĂ©sentĂ© dans sa version originale, la version française, nous pouvions nous inquiĂ©ter pour la diction; contredisant nos craintes, elle Ă©tait excellente, mĂȘme si elle Ă©tait parfois alĂ©atoire dans quelques scĂšnes de choeur. Pour le rĂŽle titre, le Royal Opera House a invitĂ© le baryton canadien GĂ©rald Finley; Il est dans une forme exceptionnelle et campe un Guillaume impĂ©rial d’un bout Ă  l’autre de la reprĂ©sentation. Finley nous montre un Guillaume certes tiraillĂ© par des sentiments contradictoires mais prenant les bonnes dĂ©cisions quand il le faut, soutenu en cela par sa femme et son fils puis par Mathilde, soutien de toute la famille Tell Ă  partir du troisiĂšme acte. Saluons Ă©galement une diction quasi parfaite et l’ovation largement mĂ©ritĂ©e qu’il reçoit tant pour son interprĂ©tation de la priĂšre “Sois immobile” et aux saluts finaux. C’est John Osborn qui prĂȘte ses traits et sa voix Ă  Arnold Melcthal; le tĂ©nor amĂ©ricain, qui connait bien le rĂ©pertoire rossinien, et Guillaume Tell en particulier a Ă©voluĂ© de façon surprenante et de façon trĂšs positive. La voix et ferme et les aigus balancĂ©s avec une assurance remarquable; et tout comme Finley la diction est excellente. TiraillĂ© entre son amour pour Mathilde et son amour pour son pays, c’est l’assassinat de son pĂšre par Gessler qui le pousse Ă  rejeter l’ennemie de sa patrie, dut-il pour cela sacrifier l’amour qu’il lui porte; Osborn reçoit un accueil chaleureux trĂšs mĂ©ritĂ© pour son interprĂ©tation d’ “Asile hĂ©rĂ©ditaire” projetĂ©, incarnĂ© avec une sensibilitĂ© poignante. CĂŽtĂ© femmes saluons la trĂšs belle Mathilde de Malin Byström et l’honorable Hedwige de Enkelejda Shkosa; Sofia Fomina campe certes un Jemmy juvĂ©nile et courageux mais elle est un cran en dessous de ses deux collĂšgues. ComplĂ©tant avec talent la distribution des rĂŽles principaux, Nicolas Courjal incarne un Gessler cruel Ă  souhait; et si la mise en scĂšne dessert Mathilde et les Suisses, elle permet Ă  Courjal de s’Ă©panouir telle une fleur 
 mortellement venimeuse. Parmi les rĂŽles secondaires, saluons les trĂšs belle performances de Eric Halfvarson (Melcthal), Alexander Vinogradov (Walter Furst) et Michael Colvin (Rodolphe). Si les solistes ont rĂ©alisĂ© des prouesses remarquables, le choeur, personnage Ă  part mais indispensable dans Guillaume Tell, a Ă©tĂ© lui aussi exceptionnel. Les effectifs ont Ă©tĂ© quasiment doublĂ©s pour l’occasion et ont Ă©tĂ© parfaitement prĂ©parĂ©s par leur chef de choeur, Renato Balsadonna. Musicalement et vocalement, la performance est idĂ©ale et la diction est presque parfaite car au cours de quelques scĂšnes, notamment dans les ensembles, elle n’Ă©tait pas toujours trĂšs nette.

 

 

 

19081196528_d41e058579 CLive Barda

 

 

Dans la fosse, l’Orchestre du Royal Opera House, survoltĂ©, joue Ă  la perfection. Antionio Pappano qui connait le chef d’oeuvre de Rossini par coeur, ses explications durant les reportages d’entractes sont d’ailleurs parfaitement claires et trĂšs concises, dirige son orchestre avec maestria, ciselant chaque,scĂšne, chaque note, tel l’orfĂšvre travaillant un chef d’oeuvre; gĂ©nĂ©reux en tempi vifs, Pappano parvient Ă  trouver un juste milieu entre la fosse et le plateau. Une fois passĂ©s les alĂ©as de la premiĂšre avec sa dose de scandale, de huĂ©es et autres interpellations Ă  son Ă©gard, Pappano peut enfin diriger une oeuvre qu’il aime tout particuliĂšrement et pour laquelle il trouve toujours de nouveaux angles d’approche. L’ouverture, joyau instrumental est menĂ©e tambour battant donnant ainsi le ton de la soirĂ©e. Et les “bravo” qui fusent aprĂšs entre la fin de l’ouverture et le dĂ©but du premier acte saluent Ă  juste titre une interprĂ©tation dynamique.

Musicalement et vocalement, cette nouvelle production de Guillaume Tell, -absent Ă  Londres depuis 1992-, est remarquable par la rĂ©union de multiples talents qui se transcendent pour sublimer l’ultime opĂ©ra de Rossini; en revanche scĂ©niquement Damiano Michieletto donne un coup d’Ă©pĂ©e dans l’eau. Certes il y a beaucoup d’idĂ©es mais aucune n’est vĂ©ritablement mise en valeur tant la mise en scĂšne est brutale, lourde et souvent rĂ©pĂ©titive, inutilement sanguinolente, inutilement sauvage. La scĂšne de viol au troisiĂšme acte, toute Ă©dulcorĂ©e qu’elle soit, n’Ă©tait pas nĂ©cessaire – mĂȘme si comme le prĂ©cise Kasper Holten (le directeur gĂ©nĂ©ral du Covent Garden) chaque occupation est oppressive et entraine forcĂ©ment des exactions de ce type. Souhaitons tout de mĂȘme que le succĂšs soit au rendez-vous des derniĂšres reprĂ©sentations de la sĂ©rie et donc de la fin de la saison 2014/2015 du Royal Opera House.

 

 

 

Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell, opĂ©ra en quatre actes d’aprĂšs un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. GĂ©rald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy ; Enkelejda Shkosa, Hedwige; Nicolas Courjal, Gessler; Eric Halfvarson, Melctal; Michael Colvin, Rodolphe; Samuel Dale Jonhson, Leuthold; Enea Scala, Ruodi. Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scĂšne; Paolo Fantin, dĂ©cors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumiĂšres.

Londres. Butterfly au ROH Covent Garden

pucciniLondres, ROH, Covent Garden. Puccini : Madama Butterfly. Du 20 mars au 11 avril 2015. La production londonienne est prometteuse. ScĂ©nographiĂ©e par le duo provocateur mais thĂ©Ăątralement toujours abouti, Leiser-Caurier, sous la direction de Nicola Luisotti, voici une lecture du drame de Cio Cio San qui devrait frapper l’audience grĂące entre autres Ă  la distribution apparemment cohĂ©rente : Opolais, Jagde, Viviani, Bosi, Shkosa. En 1904, Puccini aborde la rive japonaise en sachant Ă©viter les imageries caricaturales grĂące Ă  une Ă©criture d’un raffinement harmonique extrĂȘme dont le sens de la couleur et le chromatisme ciselĂ© rĂ©inventent la notion mĂȘme d’orientalisme plus qu’ils ne l’illustrent. Le compositeur renouera avec ce scintillement exotique Ă  l’orchestre presque 20 ans plus tard, Turandot, princesse chinoise crĂ© Ă  Milan en 1926, Ă  titre posthume…
A Nagasaki, si l’officier amĂ©ricain Pinkerton (tĂ©nor) se marie avec la geisha Cio Cio San dite aussi Butterfly (soprano), il vit tout cela comme un jeu sans consĂ©quence. C’est pourtant dans l’esprit de la jeune femme, un mariage rĂ©el dont naĂźt rapidement un garçon : Puccini, comme Massenet Ă  son Ă©poque, exploite les forces et mouvements contradictoires. FacĂ©tie insouciante de l’amĂ©ricain, chant tragique et solitaire puis suicidaire et dĂ©sespĂ©rĂ© de Cio Cio San. Le compositeur renforce par l’orchestre la psychologie des personnages, en particulier la figure de la geisha dont les relations avec ses semblables sont complexes et nettement dĂ©favorables. Jeune prostituĂ©e, elle inspire l’exclusion. C’est la solitude de plus en plus accablante pour l’hĂ©roĂŻne, et son abandon / trahison par Pinkerton qui achĂšvent toute rĂ©sistance. Au final, Cio Cio San n’a jamais existĂ© et son fils est mĂȘme repris par la femme vĂ©ritable de Pinkerton… La vraie revanche de Butterfly reste le chant orchestral exceptionnellement raffinĂ© que lui rĂ©serve Puccini qui n’a jamais semblĂ© plus inspirĂ© par une figure fĂ©minine. Ni Tosca, ni Turandot ni mĂȘme Mimi, ne semblent doublĂ©es par un orchestre aussi raffinĂ©, harmoniquement miroitant, d’une texture scintillante aussi sophistiquĂ©e que Ravel ou Debussy.

boutonreservationMadame Butterfly de Puccini au Royal Opera House de Covent Garden, Londres
8 représentations : les 20,23,28,31 mars puis 4,6,9 et 11 avril 2015
Production déjà présentée en 2011
Nicola Luisotti, direction
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scĂšne

Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Giordano : Andrea Chenier opra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprs la vie du poĂšte AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard…

Lorsqu’il compose Andrea Chenier en 1896, Umberto Giordano (1867-1948) ne pensait certainement pas que son opĂ©ra en quatre actes, inspirĂ© de la vie du poĂšte français guillotinĂ© pendant la terreur, serait plus connu pour certains de ses arias plus que dans sa totalitĂ©. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a confiĂ© la mise en scĂšne Ă   David McVicar, un habituĂ© de la scĂšne lyrique londonienne,  et le rĂŽle titre au tĂ©nor allemand Jonas Kaufmann.

 

 

 

trop lisse esprit révolutionnaire au Royal Opera House mais

sidérant Chénier de Jonas Kaufmann

 

 

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoDavid McVicar qui nous a habituĂ©  à des mises en scĂšne hors-normes comme par exemple Rigoletto oĂč il n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă   introduire une courte scĂšne sexuelle lors de la fĂȘte du duc de Mantoue ou Faust avec son cabaret L’Enfer, rĂ©alise lĂ  une mise en scĂšne trĂšs, peut-tre trop, sage avec un premier acte terne Ă©trangement Ă  propice  l’endormissement. Les trois actes suivants  montrent une rĂ©volution française trĂšs Ă©dulcorĂ©e avec peu de mouvements de foules, aucun sans culottes et quasiment aucune chanson rĂ©volutionnaire sauf une carmagnole qui prĂ©cĂšde de peu le procĂšs de ChĂ©nier. Bien sĂ»r les costumes, les dĂ©cors et les lumiĂšres sont superbes mais il manque dans la mise en scĂšne le brin de vie, voire l’accent de folie qui caractĂ©rise habituellement le travail de McVicar. Sur le plateau, la distribution est totalement dominĂ©e par l’Andrea de Jonas Kaufmann. Le tĂ©nor allemand qui effectuait une prise de rĂŽle s’est emparĂ© du personnage avec panache et profondeur faisant siens les sentiments contradictoires du rĂŽle titre. De sa voix particuliĂšre, rugueuse et ciselĂ©e Ă  la fois, l’artiste souligne toutes les audaces et les nuances psychologiques de la partition redoutable de Giordano; l’improvviso (Colpito qui m’avete  Un di all’azzuro spazio) au premier acte et Un bel di di maggio au quatriĂšme sont interprĂ©tĂ©s avec Ă©lĂ©gance et intelligence.

Fine comdienne Eva Maria Westbroek  campe une Maddalena de Coigny à la fois provocatrice et sensuelle, sensible et aussi apeurĂ©e; mais vocalement la performance est inĂ©gale. TrĂšs Ă   l’aise dans le mĂ©dium, la soprano faillit cependant dans les extrĂ©mitĂ©s de la tessiture haute: ses aigus sont parfois tendus comme si, tĂ©tanisĂ©e par le dĂ©fi, Eva Maria Westbroek peinait Ă   se lĂącher complĂštement; du coup l’aria de Maddalena “La mamma morta” manque de panache comme de souffle mĂȘme s’il est interprĂ©tĂ© avec un engagement mĂ©ritoire.

Le Carlo GĂ©rard de Zeljko Lucic, esprit vilain-, est certes vocalement un peu monochrome mais scĂ©niquement solide; si nous aurions apprĂ©ciĂ© d’Ă©couter un peu plus de nuances, notamment dans “Nemico della patria” chantĂ© de maniĂšre un peu brutale. NĂ©anmoins Lucic brosse un portrait touchant de Carlo dont l’amour pour Maddalena le fait changer de camp avec un certaine noblesse. Notons aussi la jolie Bersi de Denyce Graves et des comprimari intelligemment distribuĂ©s. Le choeur du Royal Opera House, bien prĂ©parĂ©, comme d’habitude, fait une prestation trĂšs honorable ; il aurait certainement pu mieux faire si David McVicar avait seulement Ă©tĂ© plus inspirĂ©.

Dans la fosse Antonio Pappano dirige l’orchestre du Royal Opera avec style. Il prend le chef d’oeuvre de Giordano à son compte travaillant en amont avec chacun, solistes, orchestre, choeur ciselant la partition avec la rigueur et la minutie qui le payent. Pendant toute la soirĂ©e,  Pappano, attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau,  tient son orchestre d’une main ferme.  La tenue est dramatique et la direction soignĂ© l’impact expressif de chaque scĂšne,  intimiste ou collective.

C’est, malgrĂ© une mise en scĂšne trop sage, une production qui a le mĂ©rite de mettre en avant une oeuvre mĂ©connue dont seuls quelques airs ont imprimĂ© les mĂ©moires grĂące, notamment, à Maria Callas qui contribua à sortir nombre d’oeuvres de l’oubli. L’immense succĂšs de la soirĂ©e est en grande partie du Ă  un Jonas Kaufmann mouvant et rayonnant, vocalement trĂšs en forme; nĂ©anmoins les partenaires du tĂ©nor allemand ne dĂ©mĂ©ritent absolument pas tant ils s’engagent  pour la dĂ©fense d’une oeuvre qui gagne grandement  ĂȘtre davantage Ă©coutĂ©e.

 

 

Jonas Kaufmann, le plus grand tĂ©nor du monde !Poitiers. Cinma “le Castille”, le 29 janvier 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chenier opĂ©ra en quatre acte sur un livret de Luigi Illica d’aprĂšs la vie du poĂšte AndrĂ© Chenier (1762-1794). Jonas Kaufmann, Andrea Chenier; Eva Maria Westbroek, Maddalena di Coigny, Zeljko Lucic, Carlo GĂ©rard; Denyce Graves, Bersi; Elena Zilio, Madelon; Rosalind Plowright, Contessa di Coigny; Roland Wood, Roucher; Peter Colman-Wright, Pietro Fleville; Eddie Wade, Fouquier-Tinville; Adrian Clarke, Mathieu; Carlo Bosi, L’incroyable; Peter Hoare, l’abbĂ©; Jrmy White, Schmidt; John Cunningham, Major Domo; Yuriy Yurchuk, Dumas. Orchestre du Royal Opera House, choeur du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. David McVicar, mise en scĂšne; Robert Jones, dĂ©cors; Jenny Tiramani, costumes; Adam Silverman, lumiĂšres.