MONDONVILLE : 1772 – 2022, les 250 ans de la mort

MONDONVILLE (1711 – 1772) : 250 ans de la mort de MONDONVILLE  -  La carrière de l’aristocrate narbonnais (nĂ© le 25 dĂ©cembre 1711) Jean-Joseph CassanĂ©a de Mondonville se dĂ©voile au cours des annĂ©es 1730, quand son ainĂ© Rameau perce sur la scène lyrique avec Hippolyte et Aricie, chef d’œuvre scandaleux de 1733.

Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourCadet de Rameau, de 30 ans, Mondonville s’impose d’abord au Concert Spirituel  qu’il a rejoint comme violoniste de l’orchestre, grâce à l’appui de La Pompadour ; puis il affirme ses dons de compositeur avec ses spectaculaires Grands Motets qui fusionne style opératique et textes religieux : il en écrira 17 au total, de 1734 à 1755. L’auteur démontre un sens exceptionnel de la caractérisation orchestrale, des couleurs et des harmonies qui en associant choeur et orchestre, subliment littéralement la puissance et l’expressivité des textes : grandiose majestueux du Dominus regnavit, vivacité de l’Elevaverunt flumina, impétuosité dramatique de Jordanis conversus est retrorsum dans le motet (l’un des éléments phares de son motet « In exitu Israel »). Mondonville impose un sens flamboyant de la surenchère orchestrale au théâtre avec Isbé (pastorale héroïque, 1742), surtout Le Carnaval du Parnasse (1748), Titon et l’aurore (pastorale héroïque de 1753, digne rivale de Zaïs  et Naïs, 1748 de Rameau).

1753 : la Querelle des Bouffons révèle les tempéraments

Avec Titon, en pleine Querelle des Bouffons, Mondonville se démarque des défenseurs de l’opéra italien, ses sujets « simples », sa séduction mélodique, son accessibilité ; a contrario, Mondonville entend affirmer la supériorité du style français en s’appropriant les codes de la tragédie nationale.

Mondonville est de la même génération que Dauvergne (né en 1711). Ce dernier remporte un triomphe sans précédent, avec Les Troqueurs (1753), perle comique française et offrande italianisante pendant la dite querelle.

Tempérament original, le Languedocien peut même écrire son propre livret et créer un opéra dans sa langue natale (Daphnis et Alcimadure, 1754 ; repris en français en 1755). Après la mort de Pancrace Royer, Mondonville prend la direction du Concert Spirituel.

1758, Paphos : le poète flamboyant de l’amour

Comme il avait surpris avec Titon et l’aurore, et dans la lignée du génial Rameau, réformateur du ballet, Mondonville frappe les esprits par sa flamboyante vivacité et suscite un grand succès avec ses « Fêtes de Paphos » créé en 1758. Le triptyque regroupe 3 actes, chacun ayant son thème spécifique qu’unifie le prétexte amoureux : Vénus et Adonis, Bacchus et Erigone, L’Amour et Psyché (avec Sophie Arnould)… L’œuvre, bondissante et à l’ampleur symphonique (ambition ramélienne) est joué jusqu’en 1772.  Très soucieux d’efficacité, Mondonville n’hésite pas à participer à la rédaction de ses livrets, avec Voisenon, librettiste pour Psyché et l’Amour.

La liberté de l’écriture se joue des références italiennes, assimile l’extrême virtuosité vocale (permise alors par des chanteurs aussi exceptionnels que la haute-contre Pierre Jélyote, plus tard remplacé par Joseph Legros ; ou le dessus Marie Fel, tous interprètes vedettes des opéras Rameau). Avec Dauvergne (Hercule mourant, 1761), Mondonville le pétillant, l’audacieux, est le meilleur suiveur de Rameau. Il sait s’approprier la vivacité mélodique des italiens, tout en prolongeant l’essor symphonique de Rameau.

A l’heure de Mondonville, l’Opéra de Paris réactualise les opéras de l’inégalé Lully, mais en réécrivant de la musique nouvelle, ajouté au livret (de Quinault) qui demeure, lui, inchangé (ainsi le languedocien ose reprendre en 1765 le livret du Thésée de Quinault et Lully, mais en proposant une nouvelle musique).

Une courte Ă©vocation du gĂ©nie de Mondonville ne saurait insister assez sur ses talents Ă  l’église, en particulier ses Grands Motets oĂą l’écriture impĂ©tueuse et flamboyante pour chĹ“ur et orchestre exprime comme nul autre jusque lĂ , – sauf avant lui Rameau, le sublime des Psaumes, le souffle Ă©poque des Ă©pisodes bibliques : Mondonville après Rameau a fait entrer l’opĂ©ra sous la nef. Le Languedocien a libĂ©rĂ© le fort pouvoir sensoriel et spectaculaire de la musique en exploitant comme Ă  l’opĂ©ra, tout ce qu’avait de dramatique, l’évocation du texte sacrĂ©. Cette rĂ©ussite a fait les beaux soirs du Concert Spirituel, alors salle de concert parisienne, incontournable. Le 8 octobre 2022 marque les 250 ans de la mort du compositeur des FĂŞtes de Paphos (dĂ©cĂ©dĂ© le 8 oct 1772 Ă  Belleville / Paris).

CD critique. HAYDN : Symphonies parisiennes 84 et 86. Stabat Mater (Le Concert de la Loge, J Chauvin, 2 cd ApartĂ© – nov 2019)

haydn concert de la loge stabat mater symph 84 et 86 cd critique classiquenews cd review classiquenewsCD critique. HAYDN : Symphonies parisiennes 84 et 86. Stabat Mater (Le Concert de la Loge, J Chauvin, 2 cd ApartĂ© – nov 2019). On ne cessera jamais assez de louer l’apport dĂ©cisif des instruments d’époque et de la pratique historique dans la rĂ©estimation actuelle du rĂ©pertoire classique et prĂ©romantique. En 1781, le Paris des Lumières, prĂ© rĂ©volutionnaire bouillonne d’une ardeur musicale inĂ©dite, notamment au Concert Spirituel, salle symphonique et aussi de musique sacrĂ©e comme en tĂ©moigne le programme dĂ©fendue ici par Le Concert de la Loge : les symphonies ultimes du cycle parisien de Haydn, n°84 Discrète et n°86 Capricieuse affirment une nervositĂ© toute Ă©lĂ©gante, emblĂ©matique de l’équilibre et de la facĂ©tie haydnienne, auxquels le Stabat Mater, moins connu, apporte une ampleur sacrĂ©e remarquablement Ă©laborĂ©e ; ainsi, Haydn supplante dans le genre l’œuvre de Pergolèse (crĂ©Ă©e en France en 1753), depuis lors incontournable dans les programmes des concerts parisiens. AmorcĂ© par la voix tendre du tĂ©nor, le Stabat version Haydn colore le style Empfindsamkeit d’une finesse toute viennoise, Ă  la fois grave et raffinĂ©e dans laquelle la recherche de couleur affirme une ferveur rayonnante. En 1781, soit 20 ans avant l’oratorio La CrĂ©ation, Haydn dĂ©montre une maĂ®trise absolue dans l’expression de la douleur christique et mariale. La rĂ©vĂ©lation auprès des parisiens indique clairement l’intuition visionnaire du tĂ©nor Jospeh Legros, directeur du Concert Spirituel depuis 1777.
Bel effet de commencer par la sombre Discrète, prélude idéale à la piété pudique, délicatement inaugurée du Stabat. La partition déploie le superbe timbre de l’alto Adèle Charvet (plage 1 cd1 : « O quam tristis »), sommet de cette sublimation classique de la douleur (où perce l’alliance somptueusement lacrymale des bassons / hautbois). Tant d’excellence dans la retenue du sentiment de compassion doit beaucoup à la palette poétique de CPE Bach dont les oratorios déjà recueillaient toute la riche tradition des sepolcri, genre typiquement viennois où la ferveur doloriste des sujets s’intensifiaient en une pudeur d’un raffinement inouï.

La Symphonie n°86 est un creuset d’invention mélodique, c’est elle qui retient surtout l’attention du coffret double; révélant toute la puissance du ré majeur sous le masque aimable de la distinction, une puissance parfois martiale que revendiquent les 2 trompettes et les timbales (bien exposées). L’invention de Haydn s’y concentre dans le mouvement lent en sol majeur, dont le titre « Capriccio. Largo » indique une liberté formelle inédite bien dans l’esprit d’un auteur souvent imprévisible et qui assume de superbes audaces harmoniques. Aucune baisse de tension ni d’inspiration dans le Menuet (Allegretto) qui suit, aussi vaste dans le catalogue des symphonies de Haydn, qu’il est subtilement troussé (impertinence rustique du trio). Le martèlement du Finale (Allegro con spirito) réaffirme à la fois la maîtrise de la forme sonate et l’impétuosité d’une écriture inventive qui ne s’enferme dans aucun canevas mécanique.

Nuancée, précise, souple et aérée, l’approche du Concert de la Loge restitue toute la fine parure classique (et ses équilibres sonores) d’un Haydn ici plus expérimental que conforme. Dont l’élégance inscrit clairement tout le cycle des 3 pièces, dans cette subtilité toute parisienne. Superbe programme.

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CD critique. HAYDN : Symphonies parisiennes 84 et 86. Stabat Mater (Le Concert de la Loge, J Chauvin, 2 cd ApartĂ© – nov 2019)