CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE 2021 : Riccardo MUTI à la barre le 1er janvier 2021 pour la … 6è fois !

CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE 2021 : Riccardo MUTI à la barre le 1er janvier 2021 pour la … 6è fois !
musikverein saal concert du nouvel an 2016njk14_TRY_0497Le Concert du Nouvel An à Vienne 2021 (1er janvier 2021) sera dirigé (encore: pour la sixième fois), par Riccardo Muti. Après Willi Boskovsky (depuis 1955) puis Lorin Maazel (5 fois), l’idée de confier les rennes du Philharmonique de Vienne au Nouvel An à un chef différent avait fait son chemin. Ainsi au fil des années, se sont succédé Herbert von Karajan (1987), Claudio Abbado (1988 et 1991), Carlos Kleiber (1989 et 1992), Zubin Mehta (5 fois : 1990, 1995, 1998, 2007, 2015), Riccardo Muti (5 fois : 1993, 1997, 2000, 2004, 2018), Nikolaus Harnoncourt (2001 et 2003), Seiji Ozawa (2002), Mariss Jansons (2006, 2012, 2016), Georges Prêtre (2008 et 2010), Daniel Barenboim (2009 et 2014), Franz Welser-Möst (2011 et 2013), Gustavo Dudamel (2017), Christian Thielemann (2019) et Andris Nelsons (2020). Martial souvent carré, mais toujours furieusement dramatique car c’est aussi un chef lyrique doué pour la mise en place, Riccardo Muti revient donc pour la 6è fois au Musikverein de Vienne. Ce n’est pourtant pas les jeunes talents qui manquent aujourd’hui.
LIRE notre critique du concert du Nouvel An à Vienne 2020, 1er janvier 2020, direction : Andris Nelsons (grisant mais pas éblouissant)

Concert du NOUVEL AN 2020 à Vienne

CONCERT DU NOUVEL AN 2019FRANCE MUSIQUE, mer 1er janv 2020, 11h, 14h. VIENNOISERIE SYMPHONIQUE. Concert du Nouvel An à VIENNE / Philharmonique de Vienne, 1er janvier 2020. En direct du Musikverein de Vienne : c’est l’événement international organisé par l’Union Européenne de Radio-Télévision et diffusé dans près de 100 pays à travers le monde, le concert du nouvel an à Vienne par la phalange orchestrale la plus élégante au monde, les Wiener Philharmoniker. L’audience globale de cette diffusion en direct est estimée à plus de 50 millions de téléspectateurs, dont 3 millions de téléspectateurs français. Suscitant de telle chiffre d’audience, assurément le classique a de beaux jours devant lui ; l’expérience vaut d’être vécue, coupe de champagne et petits fours à disposition : c’est pour nous le meilleur moyen de fêter l’an neuf.

france2-logoCONCERT & ESCAPADE à VIENNE… France 2 va plus loin, comme depuis 4 ans à présent, prolongeant le concert symphonique proprement dit par un second volet, à 14h, et dans la foulée du concert, touristique et patrimonial, à la découverte de la Vienne historique, culturelle, mélomane. Stéphane Bern a donc pour mission d’emmener les téléspectateurs à la découverte de la capitale autrichienne, de ses lieux emblématiques, dont plusieurs endroits secrets typiquement viennois. La France se déclarerait-elle amoureuse de sa consœur européenne, la plus mélomane en réalité ? En direct sur FRANCE MUSIQUE.

________________________________________________________________________________________________

Le concert du Nouvel An à VIENNE 2020
en direct à partir de 11h10
Orchestre Philharmonique de Vienne
Andris Nelsons, direction
Diffusion en direct sur France Musique

bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 00289479757792019 voit la prise de direction du chef letton, Andris Nelsons, leader parmi les nouveaux maestros de l’écurie DG Deutsche Grammophon, interprète déjà remarqué dans les symphonies de Bruckner, de Chostakovitch, et avec les instrumentistes viennois, des 9 symphonies de Beethoven. L’intégrale est déjà parue chez DG. Ce n’est donc pas la première fois que le chef dirige les instrumentistes. Mais c’est pour lui, son premier Concert du Nouvel An. Un passage obligé pour tout grand maestro digne de ce nom… Pour programme de ce premier bain viennois, « le nec plus ultra » de la musique viennoise, Valses, Polkas, Ouvertures… interprétées par des instrumentistes de rêve, parfaits héritiers d’une tradition très ancienne célébrée dans le monde entier.
L’année nouvelle n’est pas neutre pour l’institution : 2020 marque les 150 ans du Muzikverein, siège de l’Orchestre Philharmonique de Vienne ; c’est aussi le 250ème anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven, dont l’orchestre jouera plusieurs Contredanses.
Par ce concert, les Wiener Philharmoniker souhaitent offrir en signe d’espérance pour l’année à venir, un message d’amitié et de paix.Une leçon de fraternité concrète, telle que l’aurait assurément cautionné Beethoven lui-même. Andris Nelsons, 41 ans, est né à Riga. Il est le directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Boston et chef permanent de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (avec lequel il a donc enregistré les Symphonies de Chostakovitch et de Anton Bruckner).

________________________________________________________________________________________________

Programme du CONCERT DU NOUVEL AN A VIENNE 2020 : 

Première partie

Carl Michael Ziehrer,
Die Landstreicher : Ouvertüre
(The Vagabonds : Ouverture)

Josef Strauss, Liebesgrüße
(Love’s Greetings), Waltz op. 56

Josef Strauss,
Liechtenstein-Marsch op. 36

Johann Strauss Jr.,
Blumenfest-Polka (Flower Festival Polka) op. 111

Johann Strauss Jr.,
Wo die Zitronen blüh’n (Where the Lemon Trees Blossom)
Waltz, op. 364

Eduard Strauss,
Knall und Fall (Without Warning)
Polka rapide, op. 132

 

 

 

Deuxième partie

Franz von Suppé,
Leichte Kavallerie: Ouvertüre (Light Cavalry: Ouverture)

Josef Strauss, Cupido,
Polka française op. 81

Johann Strauss Jr.,
Seid umschlungen, Millionen!
(Be Embraced, You Millions!)
Waltz op. 443

Eduard Strauss,
Eisblume (Ice Flower),
Polka mazur op. 55, Arrangement: Wolfgang Dörner

Josef Hellmesberger Jr.
Gavotte

Hans Christian Lumbye,
Postillon Galop, op. 16/2, Arrangement: Wolfgang Dörner

Ludwig van Beethoven,
12 Contretänze (Twelve Contredanses) WoO 14
(Nos. 1, 2, 3, 7, 10 & 8)

Johann Strauss Jr.,
Freuet euch des Lebens (Enjoy Life),
Waltz op. 340

Johann Strauss Jr.,
Tritsch-Tratsch Polka (Chit-chat Polka),
Polka rapide op. 214

Josef Strauss,
Dynamiden, Waltz op. 173

et toujours en fin de concert deux indémodables
les deux Strauss, père et fils

La Marche de Radetski (du père, Johann I)
Le beau Danube bleu (du fils, Johann II)

 

 

nouvel-an-vienne-concert-neujahrskonzert-wienn-critique-review-concert-classiquenews-1-janvier-2020
________________________________________________________________________________________________

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

ESCAPADE VIENNOISE  à 14h
Passion viennoise par Stéphane Bern…

Avec Bertrand de Billy, chef d’orchestre, au théâtre An Der Wien, S Bern s’essaie à la direction d’orchestre à la Haus der Musik, avant de partager une spécialité autrichienne emblématique, le Kaiserschmarrn au café de l’Opéra.
Sur les traces de la famille Strauss, les rois de la valse, notre guide rencontre leurs descendants actuels, Eduard et Thomas Strauss, qui dévoilent un étonnant et traditionnel ascenseur : le Pater Noster. Éloïse Kohn, pianiste française, et Christoph Koncz, second violon principal de l’Orchestre Philharmonique de Vienne, invitent, en une brillante démonstration, à identifier les mécanismes de la valse viennoise.

Curiosité, gourmandise, exploration… Stéphane Bern rejoint le cœur de la ville, où il se lance dans la fabrication de bonbons artisanaux avec Christian Mayer ; dans une église, à la rencontre du jeune quatuor de violoncelles Die Kolophonistinnen ; dans les anciennes caves d’une communauté religieuse transformées par Erich Emberger en restaurant-musée dédié à la famille impériale ; à la splendide bibliothèque nationale, en compagnie d’Anne-Sophie Banakas, jeune historienne française installée à Vienne… Au fil des rencontres, il s’agit de comprendre ce qui fait de Vienne, pour la dixième année consécutive, « la ville la plus agréable du monde ».

________________________________________________________________________________________________

COMPTE RENDU, concert. VIENNE. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019)

COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN. A 59 ans, le wagnérien et straussien (Richard), Christian Thielemann, plus habitué de Dresde et de Bayreuth que de Vienne, affecte un geste un rien prussien, … possède-t-il réellement le sens de l’élégance viennoise, celle des Johann Strauss fils et père, Josef et Edouard aussi ? Car les valses et épisodes symphoniques de Johann fils, vedette viennoise majeure pour cet esprit léger, et davantage, appellent un caractère spécifique entre abandon et allusion, suggestion et subtilité qui doit éblouir non pas dans cette « légèreté » partout annoncée (qu’est ce que cette musique dite “légère” en réalité ? Le vocable comprend une infinité d’acceptations…). Ici, dans l’écrin désigné du rituel Straussien, le Musikverein, il ne doit être question que de finesse, subtilité mélodique, orchestration raffinée, ivresse évocatoire…

 

 

 

thielemann-christian-maestro-wiener-philharmoniker-concert-nouvel-an-2019-critique-review

 

 

 

Après les Welser-Möst, Dudamel, Jansons, … voici Thielemann : cravatte rayée, le directeur du festival de Pâques de Salzbourg (les directeurs du Festival estival autrichien étaient présents dans la salle), qui est aussi le directeur musical de la Staatskapelle de Dresde, retrouve le Wiener Philharmoniker pour ce programme festif. Les connaisseurs retrouvent dans la disposition typiquement viennoise de l’orchestre, les 6 contrebasses placées en fond, face au chef sous l’orgue du Musikverein de Vienne, véritable colonne sonore assurant une structure et une carrure emblématiques. Le chef a déjà dirigé les Wiener Philharmoniker : on ne peut donc pas parler de baptême orchestral. Le programme d’emblée est très classique : rien que des valses et des polkas ; pas d’étrangers, ni de chanteurs invités (comme l’a fait Karajan à son époque, à la fin des années 1980). Mis à l’honneur aux côtés des frères Strauss (Johann II, Josef et Edouard), une autre dynastie de compositeurs et musiciens viennois, les Hellmesberger, père et fils…

Thielemann : UN GESTE UN RIEN MARTIAL ? Le programme annoncé résolument austro-hongrois, commence par la Schönfeld March op. 422 de Carl Michael Ziehrer: le ton est donné, martial et un rien sec et tendu dans la scansion rythmique. Ziehrer a composé opérettes et ballets (comme Johann Strauss II) : l’écriture est assez quelconque, déployant un caractère ronflant, fort en panache démonstratif, à la façon d’une marche militaire, ou d’une parade appuyée, rythme et accents prussiens à l’envi; baguette épaisse et ronde, d’une martialité trop revendiquée, Thielemann n’est guère dans le style élégantissime qui a fait les meilleurs fait qui l’ont précédé dans cet exercice. Pourtant le Musikverein est plus connu pour l’élégance de sa programmation et la finesse des auteurs programmés. On craint le pire pour la suite…

strauss josef portrait classiquenewsHeureusement, le chef respecte le code et l’esprit du rituel de l’an neuf à Vienne avec la très belle valse qui suit, la première du programme : « Transactions Waltz » op. 184 de Josef Strauß: Josef est le premier cadet malheureux de Johann : mort en 1870 (à 43 ans) : l’ingénieur qui rejoint l’entreprise familiale et orchestral en 1850 (à 23 ans car son ainé Johann est lui-même épuisé) – mort éreinté en tournée en Pologne…  Or le génie de Josef musicalement est aussi élevé que celui de Johann : on s’en aperçoit à chaque session de ce concert du nouvel an. Josef serait même souvent plus sombre et ambivalent, riche et profond que son ainé… De fait, Transactions Wazl s’affiche immédiatement plus sombre, et grave au début, pour mieux faire surgir le thème principal, dans le raffinement des timbres des bois, énoncé par les cordes et des flûtes aériennes : la finesse s’invite enfin, enivrée dans cette séquence, qui s’avance à pas feutrée en pleine magie… saluons l’intelligence des climats, le raffinement de l’orchestration, la caresse de la mélodie principale, délicate nostalgie grâce à un équilibre très subtil entre cordes et les bois… avec la harpe, d’une ineffable nostalgie. Soulignons la profondeur et la sensibilité étonnante de Josef Strauss fauché trop tôt, son aptitude spécifique pour le développement symphonique, à la fois dramatique et allusif, et aussi de façon général, une réflexion sur le sens même de la valse, entre désir et mort. Josef nous paraît plus sombre encore que Johann II. Un maître à mieux connaître et plus écouter assurément.

Thielemann nous réserve ensuite une surprise qui pourrait être révélation : de Josef Hellmesberger (fils): Elfin Dance. Immédiatement saisissante, la finesse étincelante grâce aux nuances aiguës, vibrées, rondes du « xylophone »d’une partition inscrite dans les nuages. Hellmesberger fut professeur de violon au Conservatoire de Vienne et aussi fondateur avec son fils du Quatuor Hellmesberger (1849). Avouons que le compositeur ne manque pas d’inspiration ni de subtilité. Éthéré et aérien est cet elfe, un pur esprit – le style et l’écriture sont très sensuels (pizz des cordes, doublées par les flûtes) – comme Mendelssohn dans Le Songe d’une nuit d’été (envol et boucle aérienne de Puck)? Thielemann est dans son élément : ambassadeur d’une musique pleine d’élégance et de finesse, résolument et littéralement « légère ».

Enfin voici le premier morceau du compositeur vedette : Johann STRAUSS II (fils): sur un rythme effréné, l’Express, polka schnell op. 311 est bien une Polka rapide – on regrette cependant la nervosité un peu sèche ; un rien hystérique (là encore systématique et trop appuyée) de Thielemann qui dirige comme un prussien, vif, nerveux, droit. de toute évidence, et dans ce tableau précis, il manque de souplesse comme de retenue.

Du même Strauss fils, « Pictures of the North Sea », waltz op. 390 / Images de la mer du nord développe écriture et texture orchestrales. L’épisode symphonique à l’essence poétique et chorégraphique débute dans le sombre … déroulant un premier tapis envoûté, quasi tragique, puis un souffle profond grave pour que surgisse enfin l’éblouissante mélodie (wagnérien dans sa houle et ses phrases continues : d’emblée Thielemann le wagnérien est à son affaire ici) : on admire le métier du chef, capable d’heureux équilibres sonores, la finesse des flûtes, le chant ciselé des clarinettes parfaitement détaillées, comme enivrées, caressantes…
Pourtant à l’inverse, et dans le même temps, regrettons quelques écarts de conduite dans la direction : des contrastes trop marqués, et appuyés : la frénésie du geste empoigne la valse avec une dureté prussienne propre au chef berlinois : il n’a pas la finesse de son aîné le regretté Nikolaus Harnoncourt (né en 1929 et décédé en 2016), spécialiste et passionné de valses viennoise qui dirigea le Wiener en de nombreuses occasions les Philharmoniker et le Concert du Nouvel An, à 2 reprises : 2001 et 2003. Ronflant, sec, Thielemann déçoit globalement, malgré les trouvailles sonores évoquées précédemment. Sa baguette manque de fluidité malgré le sujet aquatique de la valse choisie.

Autre frère, pas assez connu et mis dans l’ombre de Johann, leur ainé : Eduard Strauß: « Post-Haste », est une polka schnell op. 259, pour laquelle Thielemann cisèle la coupe et l’esprit de syncope (évocation de la course de la diligence) ; ici encore, on remarque les limites du chef car Thielemann détaille certes l’instrumentation mais manque de précision comme d’imagination: sa direction relève d’un système métrique, militaire dans cette cadence au galop, trépidant, trop mécanique…
STRAUSS eduard edouard classiquenews valses de viennes concert nouvel an vienne 2019 220px-EduardStrauss edouard syraussFotoUn petit mot sur Edouard, le dernier fils Strauss et l’héritier de la dynastie. Il est mort en 1916, en pleine guerre, trouve sa voie spécifique, comparée à celle de ses deux frères ainés, par une écriture plus frénétique, qui s’est spécialisé dans les polkas rapides / ainsi cette « Polka-schnell ». Rongé par le ressentiment contre ses frères, et pourtant héritier enviable de la dynastie familiale (et orchestrale), il dissout cependant en 1901, l’orchestre Strauss et, surtout, pendant trois journées (honteuses) d’octobre 1907, brûle nombre de papiers, manuscrits et forcément partitions de ses frères Strauss : destruction catastrophique d’un héritier insensé devenu fou. Nombre de documents et de partitions de Josef et de Johann seraient ainsi partis en fumée.  L’histoire de la famille Strauss relève d’un roman feuilleton, et l’on s’étonne malgré le succès populaire de leurs valses et mazurkas, qu’aucune série télévisée ne soit encore emparé de leur saga. A suivre…

Après la pause de la mi journée (le concert a commencé à 11h), reprise avec l’évocation du Johann compositeur d’opérettes : c’est Offenbach qui pourtant son rival en France, aurait exhorté le Viennois à composer des opérettes. Grand bien que cette proposition confraternelle et constructive. Ainsi l’ouverture du Baron Tzigane… la plus célèbre avec celle de La Chauve Souris, … ainsi le motif de la valse dépasse la seule occurrence épisodique, pour atteindre une évocation pleine de nostalgie … tzigane et purement symphonique (par le motif ourlé de la clarinette) ; dans cette pièce de caractère, à l’ambition dramatique manifeste, Thielemann soigne le panache sombre et grave, avec un très bel effet de texture caressant chaque motif, en particulier au hautbois, sinueux et pastoral. Là encore on peut regretter le geste un peu lourd du chef plus prussien que viennois.

Pourtant, se détache ensuite finesse et légèreté dans « La Ballerine » opus 227 de Josef Strauß, polka française, et ses fin de phrases, suspendues en deux accents, détachés, retenus… véritable hymne à la souplesse élastique. Avec La vie d’artiste opus 316, de Johann II, le ballet de l’Opéra de Vienne s’invite au concert : comme un réveil au matin, le premier couple du corps de ballet de l’Opéra (Wiener Staatsballet) s’ébranle sur la terrasse et dans les couloirs et circulations du bâtiment : l’élégance et la facétie (gestuelles des mains) des 5 couples en blanc et noir imposent une leçon de souplesse acrobatique, – un moment de raffinement collectif magnifié évidemment pas la somptueuse musique, moins allusive que descriptive, dans la cadre des décors et intérieurs de l’Opéra viennois. L’institution fête ses 150 ans en 2019, ayant été inauguré en 1869. Prestige revendiqué et histoire célébrée au moment où ce sont deux français qui dirigent la Maison, Dominique Meyer, intendant général et l’ex danseur étoile à Paris, Manuel Legris, directeur de la danse. Johann Strauss redouble de tendresse feutrée dans cette page très raffinée qui est l’objet d’une réalisation télévisuelle audacieuse (plans inclinés de la caméra dont jouent les danseurs, très complices).

Puis, d’Eduard Strauß: « Opera Soirée » / Une soirée à l’opéra est une polka française op. 162 (à deux temps), polka assez lente, au rythme plus appuyé que la polka mazurka qui est encore plus lente et ralentie avec des temps suspendus…  : Une soirée à l’opéra semble mieux convenir à la carrure prussienne de Thielemann – sans écarter facétie ni délicatesse avec une palette de nuances (piccolo) très finement détaillées ; voici la séquence où le chef dévoile une direction plus nettement enjouée, pleine de sous entendue comme d’élégance.

De Johann STRAUSS II (fils): « Eva Waltz », la valse d’Eva extrait de l’opéra Le Chevalier Pazman se distingue en un début magnifique (somptuosité profonde et noble des cors, puis en dialogue avec les contrebasses – valse atténuée comme un rêve, une réitération onirique liée au personnage d’Eva dans l’opérette de Johann II. C’est Cendrillon réinventée, sa présentation au bal… puis du même opéra, Thielemann a sélectionné une nouvelle pièce de caractère, extrait du même opéra : « Csárdás ». Comme celle de la sublime Chauve Souris, celle qui permet à la comtesse hongroise de s’alanguir jusqu’à la pâmoison, et aussi à la soprano requise, d’éblouir par sa virtuosité profonde, voici une autre facette du génie de Johann II, pleine de facétie heureuse, d’intelligence sauve et lumineuse, de grâce et de finesse. Le Concert télévisé étant aussi une carte postale soulignant les trésors patrimoniaux autochtones, voici les danseurs du Ballet de l’Opéra de Vienne, soit dans un château de basse Autriche, un couple de touristes, parodique, décalé qui s’ennuie puis s’éveille à la pure danse, en rejoignant 3 autres couples de danseurs dans la galerie haute Renaissance. Là encore reconnaissons que la réalisation comme l’alliance de Strauss et de la danse sont idéalement complémentaire, dans un tableau qui s’achève en extérieur, sur une collection de rythmes et de folklores bien trempés, où règne la noblesse du thème hongrois principal (la czardas est de style aristocratique), joué selon la tradition par les paysans pour les moissons ou les noces villageoises.

Johann fils règne en maître absolu avec la Marche égyptienne op. 335 : festival de timbres et d’effets orientalisants et rutilants, parfaitement caractérisés et utilisés à bon escient : d’abord grosse caisse, clarinette mystérieuse, cordes voluptueuse : c’est une séquence entonnée comme une marche militaire, mais enchantée – panache onirique des trompettes et des cors, au souffle inouï, qui égale le meilleur Saint-Saëns, celui oriental de l’orgie / bacchanale dans Samson et Dalila. Thielemann est chez lui, dirigeant sans baguette avec une décontraction affichée, assumée ; lorsque les instrumentistes viennois entonnent en « la la la », le chœur du motif égyptien (qui rappelle aussi Verdi dans ses ballets d’Aida). Tout s’achève dans le lointain en second plan, superbe effet de spatialisation : festif et interactif, le tableau suscite l’enthousiasme de la salle, et la joie des musiciens, heureux d’avoir ainsi surpris l’audience internationale.

Enfin, après “la Valse entracte” de Joseph Hellmesberger fils: d’une délicatesse soyeuse et enivrante (les pizzicati délicats des violons), celle d’un rêve éveillé, auquel Thielemann réserve son attention la plus nuancé, ce sont deux pages parmi les plus raffinées des fils Strauss, Johann II, l’incontournable : « In Praise of Women », polka mazur op. 310 / Eloge des femmes : hymne féministe qui tombe à pic après nos hontes contemporaines (cf les mouvements #Metoo, et #balancetonporc) où règnent flûtes, piccolo, clarinettes et bassons : (finesse d’élocution, irrésistible élégance et souveraine retenue… en un équilibre impeccable cordes et cuivres)… et le rythme très lent, le plus lent, de la polka mazurka ; puis la musique des sphères opus 235 du cadet tout aussi génial, Josef : grande valse, et la plus inspirée du compositeur, où flûtes / harpe se détachent, signifiant là aussi une aube qui se lève… pourtant, le bas blesse : à la délicatesse suggestive de la partition, nous regrettons l’enflure qui finit par être ennuyeuse, et même agaçante du chef, … trop pompier, ignorant volontaire de toute légèreté. Quel dommage.
nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1Enfin c’est le rituel de fin, pour tout concert du nouvel An qui se respecte. Après proclamer les vœux de l’Orchestre, chef et musiciens jouent d’un seul tenant et sans interruption – quand les prédécesseurs commençaient les premières mesures, puis prononçaient les vœurs, enfin reprenaient à son début la partition : voici l’extase fluviale promise et tant attendue, emblème de l’art de vivre viennois : Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils) : avouons que Thielemann sait écarter toute épaisseur et boursoufflure, instillant ce climat du rêve qui fait briller les cors, recherche les effets de textures moins la transparence, d’où ce sentiment d’opulence, de grain sensuel (les clarinettes) – sommet de naturel et de grâce – la partition d’abord chorale, finit ainsi sa course d’une éloquence et sublime manière, comme chant légitimement célébré de l’élégance viennoise à l’international.

Oui certains nous rétorquerons : pourquoi boudez ainsi son plaisir ? Le Beau Danube Bleu suffit à répondre et militer finalement en faveur de la baguette explicitement symphonique de Thielemann. Nous ne parlons pas sciemment de La marche de Radetsky de Johann Strauss le père : bonus pour amuser un public qui souhaite participer en claquant des mains, soulignant encore et encore la frénésie rythmique d’un tube plus que célébré. Daniel Barenboim avait bien raison de bouder cette séquence car la partition fut composée pour célébrer la victoire sur des manifestants et étudiants tués outrageusement contre leur appel à liberté. Qu’on se le dise.

Carrure prussienne mais sensibilité instrumentale d’un gourmand gourmet, Christian Thielemann nous ravit quand même, dans ce concert qui sans être mémorable – ceux de Georges Prête, Nikolaus Harnoncourt, Gustavo Dudamel, Mariss Jansons (2016) l’ont été – , nous permet de marquer dans la légèreté moyenne, à défaut d’exquise finesse, ce 1er jour de l’année nouvelle 2019.

Retrouvez le cd et le dvd du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE, 1er janvier 2019, sous la direction de Christian Thielemann, à paraître mi janvier chez Sony classical.

 

 

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philhamroniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019) : Valses, polkas, extraits d’opéras, ouverture de Johann STRAUSS II, Josef STRAUSS, Edouard STRAUSS, Josef Hellmesberger…

 

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 Nos autres comptes rendus et critiques des CONCERTS DU NOUVEL AN à VIENNE :

 

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel…

mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An réalise un rêve cathodique et solidaire : succès planétaire depuis des décennies pour ce rendez vous diffusé en direct par toutes les chaînes nationales du monde et qui le temps des fêtes, rassemblent toutes les espérances du monde, en une très large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues à un prix exorbitant destiné aux fortunés de la planète) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette année c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (résident à Saint-Pétersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempé qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’événement célèbre l’insouciance par la finesse et l’élégance, celle des valses des Strauss, Johann père et fils bien sûr, ce dernier particulièrement à l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frères (tout aussi talentueux que leur ainé), Eduard dont 2016 marque le centenaire.

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les télévisions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilà assurément à un moment important de célébration collective, le moment musical et symphonique le plus médiatisé au monde. En plus des talents déjà avérés des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est évidemment le nouvel invité, pilote de la séquence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques). A presque 36 ans, ce 1er janvier 2017, le jeune maestro vénézuélien a concocté un programme pour le moins original qui en plus de sa jeunesse – c’est le plus jeune chef invité à conduire l’orchestre dans son histoire médiatique, crée une rupture : moins de polkas et de valses tonitruantes, voire trépidantes, mais un choix qui place l’introspection et une certaine retenue intérieure au premier plan ; pas d’esbroufe, mais un contrôle optimal des nuances expressives, et aussi, regard au delà de l’orchestre, comme habité par une claire idée de la sonorité ciblée, une couleur très suggestive, mesurée, intérieure qui s’inscrit dans la réflexion et la nostalgie…? Voilà qui apporte une lecture personnelle et finalement passionnante de l’exercice 2017 : Gustavo Dudamel dont on met souvent en avant la fougue et le tempérament débridé, affirme ici, en complicité explicite avec les musiciens du Philharmonique de Vienne, une direction millimétrée, infiniment suggestive, d’une subtilité absolue, qui colore l’entrain et l’ivresse des valses, polkas et marches des Strauss et autres, par une nouvelle sensibilité introspective. De toute évidence, le maestro vénézuélien, enfant du Sistema, nous épate et convainc de bout en bout. Relevons quelques réussites emblématiques de sa maestrià viennoise. En lire PLUS

 

 

————————

Zubin Mehta / Concert du Nouvel An à VIENNE 2015
L’hommage au génie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An à VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/

 

Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/

 

Mariss Jansons / Concert du Nouvel An à VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/

 

Georges Prêtre / Concert du nouvel AN à VIENNE 2010

 

CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE, aujourd’hui à 11h (France 2)

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1FRANCE 2, aujourd’hui, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE (Musikverein). C’est désormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss père et fils : une dose irrésistible de raffinement et d’élégance (viennoise) pour souligner (et fêter) le passage à la nouvelle année. Que nous réservera 2019 ? Augurons à tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition écologique, une justice fiscale enfin réalisée, moins d’arrogance de nos politiques et de nos élus sensés nous représenter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester… et un pouvoir plus humain, proche, réactif. Evidemment à l’époque des Strauss père et fils, dans ce tte Vienne fin de siècle, les événements historiques et les évolutions sociétales avaient peu de chose en commun avec notre actualité, celle des gilets jaunes et du Jupiter élyséen… Gageons que 2019 améliore la vie de chacun. Avec toujours, l’émotion musicale en partage et en intensité.
strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Cette année pour le 1er janvier 2019, le chef autrichien Christian Thielemann grand wagnérien et straussien de grande classe (autrichienne) assure le pilotage du concert philharmonique le plus médiatisé de l’année. LIRE aussi notre critique LIVRE la dynastie STRAUSS père & fils (Actes Sud)

FRANCE 2, FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11hlogo_france_musique_DETOURE
Vienna Philharmonic / Christian Thielemann, directionfrance2-logo
2019 New Year’s Concert
VISITER le site du Philharmonique de Vienne / Christian Thielemann
http://www.wienerphilharmoniker.at/concerts/concert-detail/event-id/%209913

Diffusion en direct sur France Musique et France 2

 

 

 

 

 

Programme annoncé :

 

Carl Michael Ziehrer: Schönfeld March op. 422*

Josef Strauß: Transactions Waltz op. 184

Josef Hellmesberger (ii): Elfin Dance

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Express, polka schnell op. 311**

Pictures of the North Sea, waltz op. 390

Eduard Strauß: Post-Haste, polka schnell op. 259

 

 

pause

 

 

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils) : Overture to the operetta The Gypsy Baron

Josef Strauß: The Ballerina op. 227**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Artists’ Life, waltz op. 316

The Bayadère, polka schnell op. 351

Eduard Strauß: Opera Soirée, polka française op. 162**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Eva Waltz from the opera Knight Pázmán**

Csárdás from the opera Knight Pázmán

Egyptian March op. 335

Joseph Hellmesberger (ii): Entr’acte Waltz**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): In Praise of Women, polka mazur op. 310

Josef Strauß: Music of the Spheres, waltz op. 235

 

 

RITUEL DE FIN :

Marche de Radetzky (Johann STRAUSS père)

Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils)

 

 

 

 

Programme 2019 à paraître en dvd et cd chez SONY classical fin janvier 2019 :

 

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1

CONCERT DU NOUVEL AN A VIENNE (1er janvier 2019)

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1FRANCE2, FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN. C’est désormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss père et fils : une dose irrésistible de raffinement et d’élégance (viennoise) pour souligner (et fêter) le passage à la nouvelle année. Que nous réservera 2019 ? Augurons à tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition écologique, une justice fiscale enfin réalisée, moins d’arrogance de nos politiques et de nos élus sensés nous représenter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester… et un pouvoir plus humain, proche, réactif. Evidemment à l’époque des Strauss père et fils, dans ce tte Vienne fin de siècle, les événements historiques et les évolutions sociétales avaient peu de chose en commun avec notre actualité, celle des gilets jaunes et du Jupiter élyséen… Gageons que 2019 améliore la vie de chacun. Avec toujours, l’émotion musicale en partage et en intensité.
strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Cette année pour le 1er janvier 2019, le chef autrichien Christian Thielemann grand wagnérien et straussien de grande classe (autrichienne) assure le pilotage du concert philharmonique le plus médiatisé de l’année. LIRE aussi notre critique LIVRE la dynastie STRAUSS père & fils (Actes Sud)

FRANCE 2, FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11hlogo_france_musique_DETOURE
Vienna Philharmonic / Christian Thielemann, directionfrance2-logo
2019 New Year’s Concert
VISITER le site du Philharmonique de Vienne / Christian Thielemann
http://www.wienerphilharmoniker.at/concerts/concert-detail/event-id/%209913

Diffusion en direct sur France 2

 

 

 

 

 

Programme annoncé :

 

Carl Michael Ziehrer: Schönfeld March op. 422*

Josef Strauß: Transactions Waltz op. 184

Josef Hellmesberger (ii): Elfin Dance

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Express, polka schnell op. 311**

Pictures of the North Sea, waltz op. 390

Eduard Strauß: Post-Haste, polka schnell op. 259

 

 

pause

 

 

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils) : Overture to the operetta The Gypsy Baron

Josef Strauß: The Ballerina op. 227**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Artists’ Life, waltz op. 316

The Bayadère, polka schnell op. 351

Eduard Strauß: Opera Soirée, polka française op. 162**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Eva Waltz from the opera Knight Pázmán**

Csárdás from the opera Knight Pázmán

Egyptian March op. 335

Joseph Hellmesberger (ii): Entr’acte Waltz**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): In Praise of Women, polka mazur op. 310

Josef Strauß: Music of the Spheres, waltz op. 235

 

 

RITUEL DE FIN :

Marche de Radetzky (Johann STRAUSS père)

Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils)

 

 

 

 

Programme 2019 à paraître en dvd et cd chez SONY classical fin janvier 2019 :

 

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel…

mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An réalise un rêve cathodique et solidaire : succès planétaire depuis des décennies pour ce rendez vous diffusé en direct par toutes les chaînes nationales du monde et qui le temps des fêtes, rassemblent toutes les espérances du monde, en une très large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues à un prix exorbitant destiné aux fortunés de la planète) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette année c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (résident à Saint-Pétersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempé qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’événement célèbre l’insouciance par la finesse et l’élégance, celle des valses des Strauss, Johann père et fils bien sûr, ce dernier particulièrement à l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frères (tout aussi talentueux que leur ainé), Eduard dont 2016 marque le centenaire. Affaibli par une maladie tenace, Jansons a récemment quitté le Concergebouw d’Amsterdam et a réduit considérablement la voilure, amenuisant le nombre de ses concerts annuels… Privilégiés, les Viennois le retrouvent ainsi, pour sa 3ème session à la tête des Wiener Philharmoniker, à l’occasion de ce 3ème Concert du Nouvel An avec lui. Pourtant lors de ce programme réjouissant où a résonné parmi l’effervescence straussienne, la frénésie mordante et nerveuse, racée et tendue de Chabrier (Espana remise en forme sous l’aspect d’une suite de Valse par Waldteufel), c’est un maestro très solide et d’une suggestivité dans les morceaux le plus poétiques qui s’est affirmé pour le plus grand plaisir de l’audience et des instrumentistes. Nerf, souplesse mais surtout de notre point de vue, retenue introspective et rêveuse, pourtant idéalement préservée (« pas de sucre sur le miel » selon le chef, très avisé, et donc à juste titre partisan d’un jeu sobre et d’un style économe).
Formé à Leningrad puis à Vienne, Mariss Jansons a derechef démontrer son étonnante maîtrise de la direction, dans un programme original, malgré le rituel et le déjà vu propre à la cérémonie cathodique diffusée en mondiovision, entre sensibilité sûre et finesse suggestive. Un modèle de direction.

C’est d’abord Robert Stolz (compositeur de musique légère port en 1975) et sa « Uno-Marsch », partition choisie pour célébrer les 70 ans des Nations Unies (la présence de Ben Kimoon a été remarqué par les caméras assurant la réalisation) : affirmation festive et martiale, esprit de parade,… et grâce au chef, d’emblée finesse d’orchestration (piccolo, triangle, cuivres et trompettes…). Surgit immédiatement par les couleurs et les rythmes de l’orchestre, le chatoiement dynamique d’une rue pavoisée, celle des célébrations populaires et collectives…

 

 

jansons-mariss-concert-du-nouvel-an-2016-vienne-582-review-critique-classiquenews

 

 

De Johann Strauss fils (II), Jansons joue ensuite plusieurs morceaux plus dans le thème du concert et de l’occurence. Schatz-Walzer. opus 418 ou la Valse du trésor, extrait de Baron Tzigane : sonne comme une romance mélancolique (cordes aux rythmes entraînants). Le Concert du Nouvel mieux que dans la salle, se délecte à la télé (éventuellement coupe de champagne à la main) : le réalisateur comme chaque année s’en donne à cœur joie : osant des raccourcis, des vues vertigineusess, et toujours propre au kitsch viennois, la multitude des bancs de fleurs fraâiches (la rose est très exposée cette année), au premier plan… Sur le dvd du concert, déjà annoncé chez Sony classical le 9 janvier prochain, le spectateur pourra mesurer les vertus de la réalisation : vues serrées sur les cariatides de la salle, ou les caissons peints du plafond du splendide rectangle doré… Dans cette partition, le grotesque, le fantasque voisinent avec la finesse mélancolique de la valse en une succession d’épisodes intensément dramatiques car le morceau s’inscrit dans la continuité d’une opérette, comme peut l’être l’ouverture irrésistible de la Chauve Souris.

Puis c’est Violetta, Polka française, op. 404 où le rythme trinaire fait place à une musique binaire ; cette première Polka est lente : rythmée astucieusement par la caisse claire. Redevable au geste clair et sans enflures de Jansons, les superbes ralentis stylés, où cuivres, vents et bois s’accordent aux cordes enivrées… avec l’éclat lumineux de la flûte au chant continu. Ce qui frappe d’emblée chez Johann II, c’est comme pour ses frères, le raffinement de la sonorité, dû à la richesse très réfléchie de l’orchestration. La seconde Polka du même (Vergnügungszug. Polka, schnell, op. 281) évoque le Train de plaisir ; polka plus rapide, l’entrain des instrumentistes exprime le galop de la machine, la loco vapeur, emblème de toute une société récemment industrielle, ivre de sensations nouvelles liées à la vitesse nouvellement maîtrisée.

Au chapitre des compositeurs moins connus, Carl Michael Ziehrer, mort en 1922, paraît avec sa Weaner Madl’n Walzer (Valse des jeunes filles de Vienne) op. 388. Pas sûr que les Strauss (surtout le plus menacé, Edi ou Eduard, le cadet de la fratrie) aient été flattés de voir le compositeur au programme de leur concert, car Ziehrer fut un rival redoutable pour le dernier Strauss à entretenir la flamme de l’orchestre familial… Ici l’art du sifflement par les musiciens eux-mêmes (sur un tapis de harpe) en est la composante – effet de surprise recherché-, principale : les jeunes filles de Vienne y sont donc sifflées avec un tact et une nuance comique irrésistible. La séduction de la partition s’impose dès le début en une aube instrumentale pleine de finesse entonnée d’abord par les clarinettes…

Rival de Ziehrer donc, Eduard Strauss reparaît avec Mit Extrapost. Galopp, op. 259 (le courrier express). C’est le frère le plus talentueux, et pourtant moins connu aujourd’hui que Johann ou Josef… : sa polka sur le courrier express, affirme une maîtrise éblouissante du galop en une finesse d’orchestration spécifique (qui avait été l’an dernier, la révélation du concert du Nouvel An 2015). Pour la réalisation visuelle du concert, les producteurs cultivent toujours un sens de la mise en scène pleine de facétie (parfois un rien potache) : avant que le chef n’entame les premières mesures, un postier apporte la baguette de Johann fils lui-même : finesse, subtilité, clarté, sens de l’élégance supérieure à tout ce qui a été écouté jusque là. Culminant par son entrain au sommet de l’orchestre, le chant du Piccolo indique un
tourbillon, une ivresse, une transe instrumentale jamais lourde ni appuyée. Du grand art.

Après l’entracte, retour à l’orchestration expressive et raffinée des Strauss père et fils.

De Johann Strauss II, les spectateurs savourent la diversité dramatique de l’Ouvertüre zu Eine Nacht in Venedig (Wiener Fassung) / Ouverture d’une nuit à Venise : scintillement dramatique lié au drame qui s’ouvre ici : marche entraînante puis carnaval bariolé où le génie de Johann II maîtrise l’art de chauffer à blanc tous les pupitres dans un galop de plus en plus entraînant avec un succession d’épisodes dramatiques, finement caractérisés, d’une allégresse soutenue, libérée, entre malice et nostalgie. Une combinaison poétique délicate dont Jansons comprend la subtilité mécanique.

D’Eduard Strauss, Ausser Rand und Band. Polka schnell, op. 168, chef et musiciens éclairent l’allant irrépressible de la Polka (mot à mot « déchainée »). L’orchestre atteint une ivresse et une transe lumineuse et scintillante … avec pour les téléspectateurs, les danseurs du ballet de l’Opéra de Vienne, qui exprime la frénésie de la vie industrielle dans l’hippodrome viennois.

 

 

 

Le 1er janvier 2016, le letton Mariss Jansons dirige le concert du Nouvel An à Vienne

Mariss Jansons,
un chef inspiré au sommet de l’élégance viennoise

 

 

JANSSONS-320-JANSONS-MARISS-nouvel-an-2016-konzert-wien-presentation-classiquenews-jansons1002_marco_borggreve_hochSphärenklänge.Walzer, op. 235 ou Musique des sphères de Josef Strauß est l’une des révélations de ce programme mêlant brio et poésie. La partition est un bijou joué en pianissimos, d’où jaillit une valse d’une finesse allusive, comme l’éveil d’une belle endormie. Jansons convainc par ses apports spécifiques, cette finesse naturelle dans la poésie du lointain, dirigée avec une intelligence des nuances et une sensibilité intérieure idéale. Le morceau est bien celle d’un esthète doué d’un goût très juste : Josef Strauss était ingénieur, poète, peintre, et donc compositeur comme ses frères, Johann et Eduard.Pour rompre avec la succession symphonique ordinaire, Jansons joue la carte de la complémentarité non sans pertinence : il a réclamé le concours des Petits chanteurs de Vienne, institution autrichienne qui chantent ici deux polkas. N’oublions pas que la mélodie du Beau Danube Bleue fut d’abord conçue comme un chant choral pour voix d’hommes avant de devenir la célèbre valse que l’on sait. Rien de plus naturel donc que de programmer les deux Polkas chantées : Johann Strauss II : Sängerslust. Polka francaise, op. 328, puis Josef Strauss : Auf Ferienreisen. Polka schnell, op. 133 / En voyage de vacances.

Puis après la musique pour entracte de Fürstin Ninetta – Entr’acte zwischen 2. und 3. Akt, d’une intériorité tendre pour laquelle le chef dirige mains nues comme pour donner plus de coeur (valse scintillante et pudique, frappante elle aussi par la magie de ses plans lointains d’une admirable expressivité, mélancolique), Mariss Jansons offre un beau contraste stylistique. Aux côtés des élégants Viennois, voici le meilleur représentant de la valse française, favori d el’Empereur Napoléon III, Émile Waldteufel, avec España, valse op. 236 : inspirée par les thèmes de Chabrier, la valse de Waldteufel impose une classe folle : dramatique, racée, nerveuse et pourtant elle aussi d’une élégance et d’un maintien héroïque, frétillant comme une parade enjouée, populaire, l’ivresse d’une tauromachie scintillante et même insolente… Nouvel épisode scénique : le cymbalier évente ses confrères et aussi une partie du public située derrière eux… Nerveuse, colorée, plein de caractère, la séquence éblouit par son chien et le tempérament que sait insuffler le maestro. L’énergie est brillante et le panache, somptueux.

Enfin, voici le volet final du programme, après deux courtes séquences, très contrastées l’une à l’autre : Seufzer-Galopp, op. 9 de Johann Strauss père (sa première incursion avant la marche de Radetzky) : galop vif et pétillant, plein d’un humour déjanté avec en contrepoint, les 4 phrases d’une mécanique endormie (entonné par les musiciens) : les soupirs justement de ce « galop des soupirs ».
Puis c’est la fameuse libellule de Josef Strauss (Die Libelle. Polka mazur, op. 204) : polka mesurée et rêveuse, expressive mais tendre, entre mélancolie, noblesse, où la vibration suspendue dominante vient des bois (clarinettes en particulier… qui tel un bourdonnement calibré exprime le vol frémissant et saccadé de la libellule). Là encore la finesse suggestive du chef d’une flexibilité poétique très convaincante, enchante.

Pour finir, le concert mêle le visuel et la musique, soit l’orchestre et les danseurs dans l’indémodable Valse de l’Empereur / Kaiser-Walzer, op. 437. Les danseurs de l’Opéra de Vienne sont à Schönnbrun. Dans les salons puis dans les jardins illuminés du Versailles autrichien, c’est un rêve éveillé (et donc dansé) ou une nuit d’ivresse amoureuse ; les 10 danseurs, hommes et femmes s’enivrent ; les couples se forment et se défend au gré du parcours… le blond dérobe aux autres toutes les belles dans un décapotable, le petit matin venu. Avec une vue sur le Belvédère des plus enchanteresses… La réalisation est particulièrement soignée demandant des danseurs, les vertus d’excellents acteurs. Avouons que nous aimons aussi chaque Concert du Nouvel An à Vienne pour la créativité affichée du Ballet de l’Opéra.

Enfin, après une ultime Polka (Auf der Jagd. Polka schnell, op. 373), c’est à dire « A la chasse » : polka très entraînante ou tomber de rideau plein de pétillante frénésie (et vrai hymne à l’ivresse collective), voici celui que l’on attend tous, morceau de bravoure pour l’orchestre et son chef invité, d’un charme fluvial et liquide inusable : Le Beau Danube Bleu de Johann II. Là encore le cérémoniel prend le dessus… Après avoir entonné les premières mesures, le chef s’arrête, se tourne vers le public et lance les vœux de bonne nouvelle année (entonné par tous les instrumentistes et fortissimo), pour un Beau Danube Bleu, parmi les plus enivrants jamais écoutés sous le plafond doré : allusive, nerveuse, palpitante, aux équilibres millimétrés, la direction éblouit par sa cohérence poétique et organique. Attentif aux couleurs et à aux scintillements de timbres, le chef s’est dépassé plus encore qu’en début et milieu de programme. Sa maîtrise personnelle des plans sonores, qui évidemment rappellent l’immense chef lyrique, réorganise la perception du paysage orchestral chez Strauss avec une stimulante excitation. C’est un feu d’artifice idéal pour cette conclusion symphonique (avec pour les téléspectateurs, des nombreuses vues des villes situées sur les rives du Danube).

jansons-mariss-concert-du-nouvel-an-2016Enfin, tout Concert du Nouvel An ne serait pas réussi s’il n’était… interactif. La Marche de Radetzki, de Johann Père permet au public de frapper des mains au rythme de l’orchestre et sous la conduite complice du chef : l’exercice est devenu un poncif du concert, particulièrement apprécié des spectateurs et idéalement télégénique. La partition de Johann père, célèbre la victoire autrichienne contre les Piémontais en 1848. Retour donc, en un mouvement symétrique qui rétablit l’équilibre du cycle, à l’esprit de marche militaire (mais ô combien sublimé) entonné au début, en hommage aux Nations unies. La frénésie d’une parade populaire, porté par l’enthousiasme de l’armée victorieuse s’épanouit…le chef s’est éclipsé un moment laissant tout l’orchestre joué seul, puis revient baguette en mains, salué par un public debout, ravi, conquis, énergisé pour l’année nouvelle 2016. Bravo maestro. DVD et CD du concert du Nouvel An à Vienne 2016 sont annoncés chez Sony classical le 9 janvier 2016.