Compte-rendu : Caen. Théâtre de Caen, le 15 mai 2013. Myslevecek : L’Olympiade. Raffaella Milanesi, Simona Houda-Saturova… Orchestre Collegium 1704. Vaclac Luks, direction. Ursel Hermann, mise en scène.

MyslevecekLe Théâtre de Caen accueille l’orcheste pragois Collegium 1704 et son chef Vaclav Luks pour la crĂ©ation française de L’Olympiade, opera seria du compositeur tchèque Josef Myslevecek. Il s’agĂ®t d’une nouvelle production et d’une vĂ©ritable rĂ©surrection de l’oeuvre. La mise en scène est signĂ©e Ursel Hermann, très cĂ©lèbre metteur en scène allemande que nous souhaiterions voir plus souvent en France.

 

 

Il était une fois un Tchèque

 

L’Olympiade de Metastasio est certainement l’un des livrets les plus utilisĂ©s sur la scène lyrique. C’est aussi l’un des plus pertinents dans l’histoire de la musique. Mis en musique originellement par Antonio Caldara en 1733, il est ensuite reutilisĂ© par Vivaldi, Pergolèse, Galuppi, Hasse et mĂŞme Paisiello et Cimarosa, entre autres. Le compositeur Josef Mysleveck (1737 – 1781), liĂ© d’amitiĂ© avec Mozart, a eu une carrière pleine de succès. Un des rares compositeurs Ă©trangers a devenir cĂ©lèbre dans l’Italie du 18e siècle, il est surtout connu par son oeuvre lyrique. S’il existe de lĂ©gères rĂ©miniscences de Mozart dans la partition, l’opĂ©ra est surtout un bel et curieux exemple du classicisme napolitain. Dans ce sens, la voix en est l’instrument privilĂ©giĂ©.

Mais si l’orchestre de Myslevecek a un rĂ´le moins complexe, l’excellente prestation du Collegium 1704 ne fait que hausser l’attrait de la rĂ©crĂ©ation. Les musiciens dĂ©bordent d’Ă©nergie et de vivacitĂ©. Sous la direction du chef Vaclav Luks la musique de caractère brillant a davantage d’Ă©clat. Les moments Ă©lĂ©giaques sont interprĂ©tĂ©s avec âme, mais nous sommes surtout impressionnĂ©s par les morceaux de bravoure et de fureur, oĂą l’orchestre agitĂ© frappe l’audience avec un entrain et un brio particuliers. L’intensitĂ© dramatique et interprĂ©tative notamment pendant les rĂ©citatifs accompagnĂ©s laisse respirer la verve napolitaine Ă  laquelle n’est pas absente, coloration davantage convaincante, une certaine profondeur.

L’Olympiade de sentiments

D’ailleurs, la soprano italienne Raffaella Milanesi ne manque pas de profondeur dans son interprĂ©tation de MĂ©gaclès, ami de Lycidas. VĂ©ritable protagoniste de l’oeuvre, sont portrait est saisissant, et ce dans plusieurs sens. La virtuositĂ© vocale est lĂ  dès le premier air “Superbo di me stesso” avec ses trois ” rĂ©s ” redoutables, mais surtout elle impressionne par l’honnĂŞtetĂ© de sa performance. Le conflit du personnage masculin qu’elle interprète paraĂ®t le sien. Si nous sommes stimulĂ©s par sa beautĂ© plastique et son agilitĂ© vocale, son art du drame nous Ă©blouit davantage ; sa prĂ©sence, sa composition du rĂ´le complexe restent exquise, inoubliable.

La mezzo-soprano Tehila Nini Goldstein dans le rĂ´le masculin de Lycidas est beaucoup moins prĂ©sente dans la partition, mais se montre d’un contrĂ´le total dans la conduite de sa voix pendant les deux airs dont elle a droit. Dans cette Ă©dition de l’oeuvre par le chef Vaclac Luks, un air dramatique de l’Ezio de Gluck remplace le choeur final disparu. Il est chantĂ© par la soprano avec une puissance lĂ  aussi remarquable.

Simona Houda-Saturova interprète AristĂ©e, fille du Roi de Sicyone, Ă©prise de MĂ©gaclès. Sa voix lĂ©gère a pourtant un timbre particulièrement touchant. Elle a de l’entrain, et aussi un souffle remarquable, notamment lors du duo mozartien avec MĂ©gaclès. NĂ©anmoins, c’est la tendresse Ă©mouvante du personnage qui nous Ă©tonne. Son beau chant est plein de coeur, mĂŞme pendant ses vocalises virtuoses qui sont avant tout sentimentales. Sophie Harmsen est une Argène d’une grande fraĂ®cheur et plutĂ´t piquante. D’une prĂ©sence ravissante et avec beaucoup de caractère, nous retenons son air de fureur “Che non mi disse” chantĂ© de façon littĂ©ralement … furieuse!

Les deux tĂ©nors de l’opĂ©ra sont des personnages fortement contrastĂ©s. Clisthène, Roi de Sicyone est assurĂ© par Johannes Chum. Dans l’Ă©dition choisie par le chef Luks, il commence l’oeuvre avec un rĂ©citatif accompagnĂ© d’un oratorio de Myslevecek “La Passion de JĂ©sus-Christ”. Chum gère bien les vocalises virtuoses de son rĂ´le et sa voix argentĂ©e paraĂ®t plus stylisĂ©e que caractĂ©ristique. Jaroslav Brezina interprète le rĂ´le secondaire d’Aminta, oncle de Lycidas. Sa performance est d’une force inattendue. L’instrument vocal est d’une belle couleur et se projette aisĂ©ment. Le brio s’affirme mĂŞme pendant ses deux airs suscitant les applaudissements d’un public charmĂ© Ă  chaque fois.

Saluons aussi le groupe des 4 solistes du choeur composĂ© d’Alena Hellerova, Jan Mikusek, Vaclav Cizek et Tomas Kral. Ils ont une prĂ©sence intĂ©ressante dans l’oeuvre et excellent au niveau vocal. L’effet qu’il produisent sur l’audience est dĂ» Ă  la mise en scène Ă©lĂ©gante et inventive, et tout autant Ă©sotĂ©rique et mĂ©taphysique d’Ursel Hermann. Son travail avec la distribution est particulièrement remarquable, sensible et intelligent. En effet, la metteuse en scène sait pousser et repĂ©rer l’acteur cachĂ© chez chacun des chanteurs ; l’approche cultive un exemplaire souci de dĂ©voiler la signification profonde de la coloratura, moyen pyrotechnique et superficiel typique de l’opera seria. La rĂ©alisation nourrit les coeurs mais aussi les yeux. Ainsi les dĂ©cors d’un vert olympique prĂ©dominant signĂ© Hartmut Schörghofer vont dans la mĂŞme ligne stylistique de pertinence et de clartĂ©, et les simples et beaux costumes de Margit Koppendorffer sont d’une indĂ©niable qualitĂ©.

La redĂ©couverte est majeure. L’effort de  rĂ©surrection et de rĂ©habilitation de Myslevecek s’avère justifiĂ© tant le travail de toute l’Ă©quipe se rĂ©vèle convaincante. Le spectacle est encore Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Dijon le 22 et 24 mai puis les 4 et 5 juin 2013 au Grand Théâtre de Luxembourg.

Caen. Théâtre de Caen, le 15 mai 2013. L’Olympiade, opĂ©ra seria de Pietro Metastasio, mise en musique par Josef Myslevecek. Raffaella Milanesi, Simona Houda-Saturova… Orchestre Collegium 1704. Vaclac Luks, direction. Ursel Hermann, mise en scène.