CD. Coffret Rameau 2014 (27 cd ERATO)

ERATO coffret Rameau 27 cdCD. Coffret Rameau 2014 (27 cd ERATO). Nul ce coffret Ă©vĂ©nement pour l’annĂ©e Rameau 2014 rĂ©capitule 40 ans d’interprĂ©tation ramĂ©llienne : comme souvent, les approches les plus pertinentes sont extrahexagonales, voire anglo-saxonnes… Paillard et Harnoncourt, puis McGegan et Gardiner, surtout William Christie qui rĂ©invente Rameau en lui restituant sa poĂ©tique symphonique singulière… voilĂ  autant d’interprètes majeurs qui font de la rĂ©Ă©dition anniversaire Ă©laborĂ©e par Erato pour l’annĂ©e Rameau 2014 et en 27 cd, une somme Ă©vĂ©nement. Evidemment CLIC de classiquenews. Le coffret prend valeur d’odyssĂ©e discographique dĂ©voilant les jalons marquants de l’interprĂ©tation ramellienne depuis 40 ans – c’est dire son importance d’autant plus cruciale pour les 250 ans de la disparition du compositeur en 2014. Commençons par les pionniers, certes perfectibles mais si bien inspirĂ©s. Telle deux bornes rĂ©fĂ©rentielles, règnent en premiers marqueurs de rĂ©fĂ©rence propre aux annĂ©es 1970 : le Castor et Pollux d’Harnoncourt en 1972, puis Les Indes galantes par l’Ă©quipe française de Valence impliquĂ©e deux ans plus tard par Jean-François Paillard, en 1974.

CLIC_macaron_2014Reconnaissons Ă  Vienne, le flux expressif du premier dĂ©fenseur des instruments d’époque : sans parfaitement maĂ®triser l’intelligibilitĂ© de notre langue, Harnoncourt sait instiller avec le mordant parfois acide dont il a le secret, cette ossature interne intensĂ©ment dramatique qui creuse la profondeur poĂ©tique et tragique de la partition : les danses y acquièrent un statut autre que celui de simples et artificielles pauses : la construction complexe avec choeurs gagnent le pari de la clartĂ© et l’orchestre sait mordre par son approche affĂ»tĂ©e. De fait Harnoncourt mĂŞme s’il n’a pas approfondi par la suite se rĂ©vèle le premier grand interprète du Rameau dramaturge. En particulier sur instruments d’Ă©poque- ceux de son Concentus Musicus de Vienne-, restituant pour la première fois des balances et des dynamiques expressives proches du XVIIIème.

 

 

 

Joyaux ramélliens

 

Paillard jean francoisValence, 1974. Immense surprise que l’approche de Jean-François Paillard dont dĂ©jĂ  le conception du continuo, la volontĂ© de clartĂ© et de transparence du choeur, le choix de certains solistes dont l’inoubliable John Elwes (Tacmas, Adario), au timbre soyeux, clair, intelligible d’une tendresse hĂ©roĂŻque sans apprĂŞt (un modèle pour tous ceux qui viendront après lui), indique la voie Ă  suivre pour la redĂ©couverte de Rameau. En 1974, sa lecture des Indes Galantes est bien celle pionnière et fondatrice d’une vĂ©ritĂ© (Ă©quilibres tĂ©nues des pupitres, coloration humaine et nostalgique des ballets…) que bientĂ´t portera Ă  l’excellence William Christie, et que fort Ă©tonnament certains baroqueux actuels, parmi les plus rĂ©cents, continuent d’ignorer…  En comparaison, l’orchestre si lourd de l’OpĂ©ra de Paris avec Leppard en 1980 -lire ci après) paraĂ®t indigne de la scène parisienne : « Papillon inconstant » est chez Paillard, d’une infinie poĂ©sie, instrumentalement, vocalement. Un modèle pour tous, par sa justesse, son Ă©lĂ©gance, Ă  dĂ©faut d’avoir tous les moyens. Mais l’esprit de Rameau règne aux cĂ´tĂ©s de Paillard (disparu en avril 2013) … remercions Erato d’en avoir gardĂ© la mĂ©moire.

En 1980, l’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris dirigĂ© par Raymond Leppard ne partage pas malheureusement une telle Ă©thique instrumentale et ce malgrĂ© une distribution assez Ă©poustouflante comptant plusieurs chanteurs acteurs d’un aplomb psychologique exceptionnel : surtout Von Stade, puis Eda-Pierre et le royal  Van Dam. … soit des valeurs sĂ»res du star système d’alors, son Dardanus est de facto orchestralement hors sujet : empâtĂ©, sirupeux, restituĂ© de façon confuse et approximative (le clavecin bavard Ă  souhait comble un manque de rigueur scientifique);  en cela vite dĂ©passĂ© par les baroqueux de la gĂ©nĂ©ration suivante : plus lĂ©gers, fins, prĂ©cis,  caractĂ©risĂ©s,  mordants. Triste constat pour les Français Ă  propos de leur patrimoine. Les avancĂ©es viennent outre Manche, de la part de deux britanniques Mc Gegan et Gardiner, avant le NewYorkais – et français de coeur-, Christie.

nicholas_mcgeganLe miracle londonien de Nicholas McGegan (nĂ© en 1950). Si en 1980, l’OpĂ©ra de Paris assène un Rameau ampoulĂ©, instrumentalement indĂ©fendable,  l’aurore des vertus stylistiques vient de Londres oĂą un mois après Leppard Ă  Paris,  l’exceptionnel et flamboyant Mc Gegan, – trentenaire d’une insolente certitude en dĂ©cembre 1980, enregistre le plus inventif et le plus irrĂ©sistible des opĂ©ras hĂ©roĂŻques et pastoraux conçus en 1749 par le duo Cahusac et Rameau : NaĂŻs.  D’un ouvrage commandĂ© pour la Paix, les auteurs très Ă  la mode et particulièrement inspirĂ©s conçoivent un drame musical au souffle jamais Ă©coutĂ© jusque lĂ , ou l’inventivitĂ© mĂ©lodique de Rameau engendre une partition comme son sujet sur l’amour de Neptune,  d’une continuitĂ© fluviale et ocĂ©anique gorgĂ©e d’Ă©nergie permanente.  La force vient lĂ  encore de l’intelligence de la conception musicale qui imprime un dĂ©veloppement organique nouveau,  les sĂ©quences (courts airs,  rĂ©citatifs alanguis et extatiques,  choeurs de rage,  ballets fusionnĂ©s Ă  l’action) semblent se dĂ©duire les uns des autres en une perspective sonore unique qui se mĂ©tamorphose au fur et Ă  mesure du temps dramatique.  La poĂ©sie du propos (Neptune foudroyĂ© donc humanisĂ© par l’amour que suscite la belle nymphe NaĂŻs), l’Ă©clat et la profondeur du geste global dont un orchestre aux vrais accents d’Ă©poque (bois insolemment savoureux : hautbois et bassons saisissants), mais aussi deux chanteurs idĂ©alement touchants par leur sobriĂ©tĂ© et leur tendresse font toute la valeur de cet enregistrement britannique absolument majeur.  La seule rĂ©serve vient de la langue,  parfois d’une articulation molle ou trop sombre malgrĂ© un sens inouĂŻ de la caractĂ©risation individuelle : que ce Neptune humanisĂ© en tĂ©nor a de grâce et d’ardeur hĂ©roĂŻque,  sans compter NaĂŻs dont l’air du II : « je ne sais quel ennui me presse » reste l’un des plus inspirĂ©s de Rameau.

Gardiner john eliot sir bach rameauOutre la PlatĂ©e revigorante (Ă  dĂ©faut d’être rĂ©ellement poĂ©tique et trouble) de Minkowski – qui depuis a bien perdu en profondeur ramĂ©llienne : ses rĂ©centes BorĂ©ades de 2014 – brouillonne, dĂ©monstratives donc creuses-, n’ont guère convaincu-, le champion absolu aux cĂ´tĂ©s des McGegan et avant Christie, demeure « l’autre Britannique », Sir John Gardiner (nĂ© en 1943). Dans le sillon du formidable NaĂŻs de son compatriote McGegan, Gardiner dirige alors les grands Rameau au festival d’Aix en 1980, bĂ©nĂ©ficiant de stars (dont Jessye Norman en Phèdre pour Hippolyte en 1983 : hĂ©las l’enregistrement n’a jamais Ă©tĂ© commercialisĂ© mĂŞme s’il existe…) ou justement l’ultime ouvrage de Rameau, rĂ©pĂ©tĂ© mais interdit finalement Ă  cause de son livret trop audacieux et irrĂ©vĂ©rencieux mĂŞme : Les BorĂ©ades de 1982. Erato dans la foulĂ©e des soirĂ©es aixoises a enregistrĂ© cet absolu discographique guère Ă©galĂ© depuis : tant par le style nerveux et souple de l’orchestre (scintillements et audaces cynĂ©gĂ©tiques – cors et clarinettes- de l’ouverture – formidable contredanse en rondeau qui ferme le I : tonicitĂ©, mordant, souplesse chorĂ©graphique disent ici l’absolu libertĂ© de l’écriture orchestrale), tempĂ©rament des solistes (l’Alphise de Jennifer Smith y incarne avec finesse et gravitĂ©, l’amour douloureux de la reine de Bactriane avec une profondeur psychologique bouleversante ; elle chantera plus tard La Folie dans PlatĂ©e de Minko en 1988-, Philip Langridge, John Aller, François Le Roux…), au mĂ©rite de Gardiner revient aussi la sensibilitĂ© instrumentale, hautement dramatique de la direction. Les annĂ©es 1980 ont Ă©tĂ© dĂ©cisives pour Rameau. L’enregistrement prend mĂŞme valeur de première mondiale car l’opĂ©ra ne fut jamais crĂ©Ă© l’annĂ©e oĂą meurt Rameau en 1764: sa modernitĂ© et ses Ă©clairs instrumentaux rejaillissent ici de façon superlative. Encore un joyau qui accrĂ©dite la valeur de la box Erato.

Christie William portrait 290La rĂ©volution interprĂ©tative vient d’un maĂ®tre absolu en l’occurrence William Christie  : c’est qu’en plus de la force tendre de son orchestre, Bill cultive comme personne le souci de l’Ă©loquence linguistique et du verbe, le nerf et la nostalgie des danses, l’effusion tendre du sentiment amoureux de forme pastorale. Son Hippolyte et Aricie enregistrĂ© Ă  Garnier en 1995 s’impose enfin par la somptuositĂ© incisive,  opulente,  rageusement dramatique comme superbement chorĂ©graphique et d’une poĂ©sie nostalgique dans les ballets et divertissements, de l’orchestre des Arts Florissants dont on sent bien que le chef fondateur en a rĂ©glĂ© le moindre effet, le plus initime accent, la nuance la plus tĂ©nue… c’est une version première de rĂ©fĂ©rence. Comme l’est Les BorĂ©ades de Gardiner, rĂ©alisĂ© 12 ans auparavant. Evidemment, la Phèdre de Lorraine Hunt y brille d’un Ă©clair intĂ©rieur bouleversant, convoquant chez Rameau toutes les hĂ©roĂŻnes tragiques de Racine.

Diction superlative et structurante, plateau de solistes d’un relief individualisĂ©… la vision du chef souverain rĂ©tablit la violence racinienne des passions contenues dans le premier opĂ©ra de Rameau (1733) qui frappe tout autant par son invention audacieuse, dĂ©lirante,  fantastique (sublime acte des enfers). Voici restituĂ© le gĂ©nie de Rameau rĂ©inventeur de la tragĂ©die baroque française dont il fait un spectacle total.

MĂŞme Ă©vidence irrĂ©sistible pour ses FĂŞtes d’HĂ©bĂ© (live de 1997) qui dĂ©livre la mĂŞme magie envoĂ»tante mais sur un canevas autre, celui tout aussi abouti convaincant et expĂ©rimental de l’opĂ©ra ballet. L’ouvrage de 1739 trouve ici les qualitĂ©s distinctives de son Hippolyte : profil convaincant des protagonistes (mĂŞme si l’on trouve parfois l’Hippolyte de Padmore un rien trop minaudant, une once affecté…,  pulsation Ă©nergisante et organique d’un orchestre flamboyant et si finement caractĂ©risĂ© qui rĂ©alise l’unitĂ© et la profonde continuitĂ© des 3 entrĂ©es chacune – poĂ©sie,  musique, danse-, affirmant le raffinement de chaque discipline sans attĂ©nuer l’intelligence de la totalitĂ©. Sophie Daneman,  Paul Agnew s’y montrent entre autres irrĂ©sistibles,  comme dans La Guirlande, acte de ballet enregistrĂ© en 2000 avec le mĂŞme esprit raffinĂ©, dĂ©licat, pĂ©tillant mĂŞlĂ© Ă  la grâce la plus tendre : oĂą a-t-on Ă©laborĂ© un Rameau aussi humain, nostalgique,  trĂ©pidant?  C’est bien tout le charme d’une Ă©poque sensuelle et raffinĂ©e dont La Pompadour amie maĂ®tresse du roi Ă©tait alors la grande organisatrice… ayant trouvĂ© en Rameau, son ambassadeur le mieux inspirĂ©.

NicholasMcGegan450pxEn 1997, retour d’un McGegan qui rĂ©cidive non plus au service d’un drame hĂ©roĂŻque Ă  grand effectif mais dans la miniature d’un acte de ballet : Pigmalion. 17 ans après un Nais Ă©poustouflant par son souffle Ă©pique ou Neptune apprend l’amour le dieu y est incarnĂ© par un tĂ©nor tendre: (superbe option), le chef affirme une profondeur poĂ©tique et amoureuse comme davantage ciselĂ©e : sans perdre sa superbe vivacitĂ©,  McGegan l’un des premiers ramelliens qui compte avant Gardiner caresse chaque inflexion du hĂ©ros frappĂ© impuissant dĂ©muni face au miracle de l’amour. La justesse de la direction produit les mĂŞmes prodiges que NaĂŻs mĂŞme si lĂ  encore le Britannique ne maĂ®trise pas comme Christie l’Ă©loquence tendue et sculptĂ©e de la langue,  choix des chanteurs oblige.  Mais l’intention,  le style Ă  dĂ©faut d’une accentuation parfaite rejoignent ici la totale comprĂ©hension du chef face Ă  la source première de la magie ramellienne: sa musique d’un raffinement et d’une Ă©lĂ©gance suprĂŞmes. Il n’y a qu’à Ă©couter comment le maestro (trop absent en France) exprime la mĂ©tamorphose de Pigmalion dans le seul flot organique et continu de la divine musique, celle des ballets de plus en plus inspirĂ©s, lĂ©gers, aĂ©riens… L’enregistrement confirme les affinitĂ©s de McGegan et de Rameau.

minkowski marcLa suite d’après les Surprises de l’Amour, donc succession de sĂ©quences purement orchestrales qui en soit est un pari lĂ©gitime car il dĂ©montre Ă  juste titre l’ampleur du gĂ©nie symphonique de Rameau, montre un Marc Minkowski fidèle Ă  lui-mĂŞme, limitĂ© dans ses effets… pĂ©taradants. Certes vivace mais essentiellement dĂ©monstratif : c’est enlevĂ© mais creux. VoilĂ  une limite singulièrement discriminante pour le chef des Musiciens du Louvre qui chez Rameau oĂą il faut de la profondeur (McGegan, puis Gardiner et Christie se sont rĂ©vĂ©lĂ©s sur ce registre dĂ©cisifs), se borne Ă  dĂ©fendre une machinerie instrumentale riche en surenchère : ses Ă©pisodes langoureux manquant spĂ©cifiquement de ce trouble et de cette grâce qui font le charme inĂ©narrable de William Christie (Ă©couter ici ZĂ©phyre ou la Guirlande oĂą le pastoralisme qui exprime la fusion des coeurs en extase avec le sĂ©millant chant des oiseaux, marque un point d’accomplissement de l’esthĂ©tique Pompadour : moins creux justement que veut bien nous le faire accroire les commentateurs jamais en reste d’une vision rĂ©ductrice et schĂ©matique par mĂ©connaissance : nostalgique et d’une pudeur mariĂ©e Ă  l’élĂ©gance la plus pure). Evidemment la PlatĂ©e de Minko, avec l’incomparable Jennifier Smith, remplacĂ©e ensuite sur la scène par Delunsch et surtout l’exceptionnelle Annick Massis-, reste le joker indiscutable du chef des Musiciens du Louvre : la comĂ©die sarcastique et cynique va bien Ă  sa direction lĂ  encore plus mordante que profonde…

Christie_William_dirigeant_rameau_faceChristie : l’accomplissement symphonique et la poĂ©sie souveraine. La poĂ©tique et l’esthĂ©tique que dĂ©veloppe William Christie et ses Arts Florissants Ă  l’encontre de Rameau demeure certainement l’apport le plus convaincant dans l’interprĂ©tation ramĂ©llienne depuis les 20 dernières annĂ©es. Le chef inscrit Rameau dans une ambition symphonique qui montre Ă  quel point l’orchestrateur hĂ©doniste et sensuel Ă©gale l’audace du thĂ©oricien savant et expĂ©rimental…  A l’appui de son Zoroastre, tout autant dramatique et orchestralement très abouti, n’écoutez que la dernière partie des FĂŞtes d’HĂ©bĂ© pour comprendre tout ce que peut apporter Bill l’enchanteur Ă  la lyre ramĂ©lienne : ce drame sous jacent qui souterrain enracine les personnages dans une tragĂ©die prĂ©alable, d’une infinie pudeur, d’une expression Ă  l’élĂ©gance alliant, combinaison si rare ailleurs, raffinement, naturel, sincĂ©ritĂ©. L’équilibre sonore des instrumentistes des Arts Florissants mariĂ©s Ă  l’éloquence mĂ©ditative des choeurs achèvent de produire un tableau d’un dramatise irrĂ©sistible. La fin de la seconde entrĂ©e La Musique puis enchaĂ®nĂ©e, la IIIème entrĂ©e : La Danse, sous la direction de Christie dĂ©voile une profondeur d’intention insoupçonnĂ©e : une grâce sombre, un esthĂ©tisme  idĂ©al dĂ©jĂ  crĂ©pusculaire, les ors scintillants et l’ombre mystĂ©rieuse Ă  la fois. La direction d’un maestro hautement inspirĂ© rĂ©tablit le dĂ©veloppement organique du flot musical : chaque sĂ©quence semble naĂ®tre de la prĂ©cĂ©dente, indiquant une vaste perspective purement musicale qui unit toutes les parties et vainc la tentation de la fragmentation : voilĂ  qui rĂ©tablit ce souci de la cohĂ©rence interne d’un Rameau immense symphoniste, prĂ©berlozien en somme (cf. l’ivresse opulente du Tambourin en rondeau qui revendique la suprĂ©matie de la seule musique emportĂ©e par l’énergie dansante ; idem pour l’arabesque frĂ©nĂ©tique, subtilement enjouĂ©e de la Contredanse finale). Une filiation prĂ©romantique qui accrĂ©dite encore grâce Ă  la vision de William Christie, la modernitĂ© inclassable de Rameau le rĂ©formateur.  Avec Bill, ce Rameau poète et coloriste approche Ă©videmment non plus le Boucher lascif (et quand mĂŞme malgrĂ© sa virtuositĂ© chromatique, essentiellement dĂ©coratif) mais plutĂ´t par ce miroitement de teintes nuancĂ©es et rares, l’éclat lunaire et cuivrĂ©, nostalgique et introspectif,- saturnien donc infiniment mystĂ©rieux- de … Watteau. Du dĂ©but Ă  la fin de ces FĂŞtes d’HĂ©bĂ©, la clartĂ© et l’esthĂ©tisme de la direction saisit par son Ă©lĂ©gance, son panache dramatique, sa frĂ©nĂ©sie nerveuse (pulsion et vitalitĂ© de l’air « L’objet qui règne dans mon âme » d’un Mercure – Jean-Paul FauchĂ©court Ă  la diction irrĂ©sistible : l’orchestre des Arts Flo s’y montre d’une souplesse proche du sublime !). Un accomplissement qui se rapproche Ă©videmment par l’intelligence de la vision de son Hippolyte et Aricie, pour nous d’une profondeur et d’une sincĂ©ritĂ© poĂ©tique inĂ©galĂ©e.

Il manque à cette quasi intégrale des oeuvres lyriques majeures de Rameau, le fameux Castor et Pollux de Christie édité chez un autre label… mais, pour McGegan et Gardiner anthologique, Paillard immensément touchant, surtout Christie ardent et sincère ambassadeur de la poétique raméllienne, le coffret de 27 cd édité par ERATO pour l’année Rameau 2014 est l’événement incontournable de cet an de célébration aux apports divers.

ERATO coffret Rameau 27 cdRAMEAU 2014 : The opera collection, 27 cd ERATO. Christie : Hippolyte et Aricie, Les Fêtes d’Hébé, Zoroastre, La Guirlande, Zéphyre. Gardiner : Les Boréades. Harnoncourt : Castor et Pollux. Leppard : Dardanus. Minkowski : Les Surpises de l’Amour (suite orchestrale), Platée. McGegan : Naïs, Pigmalion. Paillard : Les Indes Galantes.

Rameau : Platée par William Christie et Robert Carsen (2014)

La PlatĂ©e de l’Enchanteur Bill … Rameau : PlatĂ©e par William Christie. 17 fĂ©vrier – 2 avril 2014. Vienne, Paris, New York.  Il n’est rien de comparable Ă  la forme dĂ©lirante, virtuose de la comĂ©die satirique PlatĂ©e. Rameau y rĂ©invente la langue lyrique, bouleversant les convenances poĂ©tiques, rĂ©servant Ă  l’orchestre lĂ  encore une libertĂ© et une fantaisie inĂ©dites. C’est aussi sur le plan de l’Ă©criture vocale une partition sans Ă©quivalent Ă  l’Ă©poque; oĂą se distingue surtout l’air de la Folie, qui comme PhaĂ©ton et son char, a dĂ©robĂ© la lyre d’Apollon : elle est dĂ©jantĂ©e, fulgurante Ă  l’acte II ; ce sont surtout tout au long de l’ouvrage, les coassements et onomatopĂ©es mordantes de la reine des grenouilles ou nymphe de marais, trop vaniteuse, qui se râpait coquette courtisĂ©e par Jupiter soi-mĂŞme, pour laquelle le compositeur se surpasse dans l’Ă©criture d’une langue musicale si proche de la nature et du coeur humain : PlatĂ©e mĂŞme ridicule est surtout essentiellement humaine.

 

 

Ridicule et sublime Platée

 

Jelyotte_platee_christie_by_Coypel_En encyclopĂ©diste musicien et fils des Lumières, Rameau le thĂ©oricien observe, comprend, rivalise avec le rĂ©el. Sa thĂ©orie fameuse des corps sonores s’incarne dans PlatĂ©e avec une fantaisie irrĂ©sistible.
MĂŞme Rousseau applaudit et Maret synthĂ©tise l’accueil et la rĂ©ception d’une oeuvre forte qui comme Hippolyte (1733) frappe et dĂ©concerte les esprits, du vivant mĂŞme de Rameau : ” Lully a pu sĂ©duire ; mais Rameau aujourd’hui Ă©tonne, subjugue, transporte “…
Sur le plan dramatique et mĂŞme psychologique, la fable mythologique n’est pas qu’un prĂ©texte. Annonçant Offenbach et ses parodies grecques (OrphĂ©e aux enfers, La belle HĂ©lène …), Rameau prĂ©serve aussi la justesse et la vĂ©ritĂ© du sujet : le musicien accorde un traitement musical particulier Ă  son hĂ©roĂŻne. MĂŞme raillĂ©e, humiliĂ©e, ridiculisĂ©e par Jupiter et Mercure – afin d’Ă©pingler aussi la jalousie excessive de Junon-, la grenouille PlatĂ©e dĂ©montre une sincĂ©ritĂ© touchante qui la rend pathĂ©tique voire bouleversante. C’est lĂ  le gĂ©nie de Rameau : en maĂ®tre inĂ©galĂ© des contrastes, le musicien sait divertir autant que toucher l’âme (son grand dessin confessĂ©).

Christie William portrait 290C’est bien le but de la mĂ©canique sonore : autant de science dans l’Ă©criture (que Rousseau lui reproche tant) ne vise in fine qu’un seul but : Ă©mouvoir et toucher ; saisir, transporter, … enchanter. Pari rĂ©ussi. PlatĂ©e est bien le sommet des comĂ©dies lyriques en France au XVIIIè siècle (annonçant La Caravane du Caire de GrĂ©try, Les Troqueurs de Dauvergne – grand continuateur avec Mondonville de Rameau… c’est Ă  dire les jalons Ă  venir dans le genre opĂ©ra comique)… Il n’est pas de partitions plus libres et inventives que PlatĂ©e. A la fois poète et inventeur, le grand faiseur de tragĂ©dies lyriques depuis Hippolyte et Aricie,  surprend lĂ  oĂą on ne l’attendait pas : la comĂ©die.

Production Ă©vĂ©nement pour les 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau. Grands spĂ©cialistes et dĂ©fenseurs enchanteurs d’un Rameau aussi  gĂ©nial que tendre, William Christie et Les Arts Florissants abordent enfin le chef d’oeuvre de Rameau. 13 dates, Vienne, Paris, New-York

Vienne : 6 dates
Theater an der Wien (Autriche)
les 17,19,21,24,26,28 février 2014

 

Paris : 6 dates
Opéra-comique
les 20,22,24,25,27,30 mars 2014

 

New York, version concert
Lincoln center Alice Tully Hall
le 2 avril 2014, 19h30
Illustration : Pierre Jelyotte (1717-1797), interprète lĂ©gendaire de PlatĂ©e et tĂ©nor favori de Rameau. Portrait de Jelyotte en PlatĂ©e par Coypel vers 1745, au moment de la crĂ©ation de l’opĂ©ra de Rameau

 

 

 

La Platée de Robert Carsen

Christie_william_maxpeopleworld700428Pour exprimer le dĂ©sir de plaire et de briller donc dĂ©voiler la naĂŻvetĂ© d’une proie trop ridicule ; pour Ă©pingler tout autant la barbarie et la cruautĂ© de ceux qui en exploite les faiblesses, Robert Carsen transporte l’action mythologique de PlatĂ©e dans le milieu très chic factice et arrogant donc parisien, de la mode…  Une relecture qui n’oublie pas l’essence satiriqe de la partition et la formidable fĂ©erie musicale d’un Rameau au sommet alors de ses possibilitĂ©s. L’action sur les planches fait la satire des dieux et des mortels ; la fosse rĂ©enchante a contrario grâce au seul chant virtuose de l’orchestre, ce théâtre dĂ©senchantĂ©.

269 ans après sa crĂ©ation devant le Roi Ă  Versailles, dans le théâtre amĂ©nagĂ© dans les Grandes Ecuries face au château, PlatĂ©e nous parle encore. Il fallait donc retrouver la modernitĂ© facĂ©tieuse voire sĂ©ditieuse et un rien insolente de PlatĂ©e Ă  notre Ă©poque. MalgrĂ© le statisme formel et le poids des conventions qui gère la continuitĂ© du drame de la comĂ©die (chaque acte est conclu par un grand divertissement dansĂ©), l’opĂ©ra n’empĂŞche pas la libertĂ© du poète en particulier la fantaisie gĂ©niale du compositeur qui y signe l’une de ses partitions les plus inventives. Carsen rĂ©tablit l’effervescence tripartite de l’oeuvre qui nous parle aujourd’hui : son sujet antique (très mordant voire cynique), la convention de l’époque de Louis XV, les rĂ©fĂ©rences (visuelles et scĂ©nographiques) Ă  notre Ă©poque moderne : PlatĂ©e se dĂ©roule dans le milieu de la mode, faisant paraĂ®tre dĂ©filĂ©, mannequins, jusqu’à la silhouette du crĂ©ateur vedette Karl Lagerfeld, son catogan, ses lunettes emblĂ©matiques…

 

 

 

Nymphe vaniteuse et … touchante

L’acuité du verbe dans Platée s’appuie sur une satire féroce du genre humain et divin : ni les mortels ni les dieux ne sont épargnés. Il n’est qu’une autre œuvre qui égale les pointes sarcastiques du livret : Candide de Voltaire qui lui est postérieure. Ici l’on rit aux dépens d’une reine grenouille trop vaniteuse ; comment peut-elle penser être belle et avoir séduit jusqu’à Jupiter le dieu des dieux ? En fait Platée pourrait comme Falstaff être chacun de nous, proie d’une machination collective qui s’achève en forme de procès et d’humiliation publique. En Platée repose le désir de chacun de vouloir plaire, être aimé. Pour Robert Carsen, Platée est donc une fashion victime, détruite dans les rêts de la politique du tout image. Dans ses rêves intimes, Platée voudrait elle aussi être une déesse, une star, une lolita adulée sur les plateaux. En cela, le personnage de la Folie lui renvoie comme dans un miroir, le visage de son orgueil réalisé. Un monstre délirant et terrifiant, fascinant et spectaculaire.  Le génie de Rameau par sa musique et les milles accents maladroits de son chant si humain, est d’en faire une figure pathétique et touchante.

PlatĂ©e est une nymphe des marais, moins grenouille que caractère travesti sur la scène lyrique : homme (l’illustre tĂ©nor JĂ©lyotte Ă  la tessiture impressionnante et au jeu d’acteur visiblement tout aussi Ă©tendu et convaincant) incarnant un rĂ´le dĂ©lirant bouffon, «  burlesque »,  comme jamais l’opĂ©ra français n’en avait livrĂ© : monstre de la foire, laideron magnifique et nymphomane maladroite (et donc ridicule) ayant de fait une singularitĂ© que Jupiter et sa clique d’intriguants s’entendent Ă  exploiter … pour attĂ©nuer la jalousie de Junon. La voix du tĂ©nor JĂ©lyotte devait incarner concrètement la voix singulière de PlatĂ©e. Ici, le cadre pastoral est un prĂ©texte : il s’agit d’un huit clos psychologique, Ă  la fois drame et tragĂ©die domestique qui tourne Ă  la machination sociale.

Après Les BorrĂ©ades, Armide de Lully, Robert Carsen retrouve la complicitĂ© de William Christie : rĂ©enchanter la lyre magicienne de Rameau pour qui se dĂ©veloppe la sensibilitĂ© des acteurs chanteurs sur la scène, car de PlatĂ©e Ă  La Folie, l’opĂ©ra de 1745 regorge de personnages immenses, vĂ©ritables dĂ©fis et points d’accomplissement pour les plus grands interprètes, chefs et chanteurs. On se souvient de la PlatĂ©e de Minkowski avec les Folies mĂ©morables d’Annick Massis et de Mireille Delunsch. Mais la baguette de Minkowski tirait trop la partition vers sa face bouffonne quitte Ă  durcir et Ă©paissir le trait (vers la caricature satirique). William Christie, interprète inĂ©galĂ© d’Hippolyte et Aricie (le premier opĂ©ra de Rameau en 1733), de Castor et Pollux ou de Zoroastre, devrait apporter chez PlatĂ©e, cette once de tendresse humaine, prĂ©sente en filigrane dans le personnage, une nuance qui rĂ©tablit l’immense sensibilitĂ© d’un Rameau très fin psychologue (si souvent Ă©cartĂ© chez beaucoup de chefs trop rapides voire rĂ©ducteurs).

Rameau : Platée parsienne par Carsen et Christie

 

Illustrations : le tĂ©nor JĂ©lyotte, illustre crĂ©ateur en 1745 de la nymphe PlatĂ©e, William Christie, William Christie Ă  Vienne (© MaxPPP) ; La folie par Simone Kermes dans la mise en scène très chic parisien de Robert Carsen (© Monika Rittershaus 2014 OpĂ©ra de Vienne). La nouvelle production prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en mars 2014 a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă©e Ă  Vienne en fĂ©vrier 2014 sous la direction de Paul Agnew. En mars 2014, Salle Favart, c’est l’immense ramĂ©lien William Christie qui dirige ses chers Arts Florissants pour sa première PlatĂ©e …

Livres. Harry Haskell : Les voix d’un renouveau. Editions Actes Sud (rĂ©Ă©dition 2013)

Livres. Harry Haskell : Les voix du renouveau Editions Actes Sud (réédition 2013)

En 1829, Mendelssohn recrĂ©e Ă  Leipzig La Passion selon Saint Mathieu de Bach ; en 1832, Paris comptait dĂ©jĂ  ses ” concerts historiques ” qui remontaient les oeuvres oubliĂ©es et perdues des compositeurs anciens et baroques…
On voit bien que l’intĂ©rĂŞt pour l’interprĂ©tation des ouvrages du passĂ© ne remonte pas Ă  aujourd’hui. Cependant en relevant la question des instruments requis, de la recherche sur le style, la technique, les enjeux esthĂ©tiques et humains, le courant dit des baroqueux, dĂ©ferlant sur l’Europe Ă  partir des annĂ©es 1970, a rĂ©ussi Ă  intĂ©grer l’Histoire musicale ; le phĂ©nomène de sociĂ©tĂ© est devenu pensĂ©e majeure … la mode s’est muĂ©e en posture structurelle et analytique, pratique instrumentale et vocale essentielle dans l’approche des oeuvres anciennes et baroque mais aussi classiques, romantiques et mĂŞme pour toutes les oeuvres pour lesquelles se posent la question de l’interprĂ©tation la plus juste. Ne faudrait-il pas alors parler de meilleure interprĂ©tation musicale et non plus de lecture “  authentique  “?

 

 

Harry Haskell, réédition actualisée

Les Voix d’un renouveau, version 2013

 

Haskell_Harry_renouveau_voix_actes_sud_Laurent_slaarsEditĂ© en 1988 tout d’abord, le texte de Harry Haskell est ici traduit pour la première fois en français, ce qui a suscitĂ© des complĂ©ments nĂ©cessaires et une actualisation liĂ©e aux dernières avancĂ©es de la pratique “ historiquement informĂ©e “.
Certes les derniers Centres de recherche en France n’y sont que citĂ©s (CMBV et Palazzetto Bru Zane …) : il aurait Ă©tĂ© pertinent de consacrer aux courant français un chapitre tout aussi dĂ©veloppĂ© que pour Mendelssohn au XIXè, car c’est en France que se dĂ©veloppe aujourd’hui, une nouvelle pensĂ©e musicologique et musicale, historique et esthĂ©tique, des oeuvres du passĂ©.
De mĂŞme, on reste Ă©tonnĂ© que l’orchestre Les Siècles fondĂ© et dirigĂ© par François Xavier Roth ou l’expĂ©rience formatrice et exemplaire Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne du JOA Jeune Orchestre Atlantique sur instruments anciens, n’y figurent pas, quand des artistes et chefs et leurs ensembles, pourtant moins dĂ©cisifs, y sont copieusement remerciĂ©s…
Nonobstant ces limites, l’horizon parcouru permet cependant de revivre les Ă©tapes d’un mouvement majeur de l’interprĂ©tation musicale, vis Ă  vis de toutes les oeuvres (et pas seulement baroques). 

Arnold Doltmesch, Wanda Landowska, Alfred Deller, mais plus anciens encore, D’Indy en France, pionnier des redĂ©couvreurs de Rameau par exemple, s’illuminent ainsi d’une flamme nouvelle qui rĂ©sonne jusqu’Ă  nos oreilles contemporaines.
L’apport le plus pertinent du texte reste son Ă©valuation nuancĂ©e du concept d’authenticitĂ© ; il remet en question de façon critique, le statut des instruments anciens : il ne suffit pas de jouer sur des instruments d’Ă©poque, ni de chanter selon les techniques avĂ©rĂ©es par les TraitĂ©s pour rĂ©ussir une interprĂ©tation… Encore faut il ĂŞtre capable de goĂ»t et de flexibilitĂ© comme d’instinct. ” Chanter pour convaincre “ dit William Christie, le pape de la rĂ©volution baroqueuse en France … On ne contestera plus Ă  ” Bill le dĂ©fricheur ” et le rĂ©inventeur si inspirĂ© de Rameau entre autres que pour tout, prime d’abord la musicalitĂ© ineffable de l’interprète, seul capable de rendre vivant et touchant le rĂ©pertoire ancien : “ Avant le concert, 95% de recherche et de technique ; pendant le concert, 95% de musique “. Tout est dit, et de magistrale manière.
VoilĂ  qui rend tout aussi valides les dĂ©marches ” historiquement informĂ©es ” des orchestres modernes Ă  l’Ă©preuve du style ancien : ainsi Chailly Ă  Leipzig, ainsi Abbado Ă  Lucerne ou encore l’exceptionnel geste lumineux, analytique et si vivant du jeune Bruno Procopio (chef et claveciniste franco-brĂ©silien), capable en 2012 et 2013 de rĂ©ussir l’approche des oeuvres baroques françaises avec les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas ! Incroyable dĂ©fi qui ressuscite les exploits de la rĂ©volution baroqueuse Ă  l’Ă©poque des Harnoncourt, Kuijken, Leonhardt, car les musiciens vĂ©nĂ©zuĂ©liens sur instruments modernes dĂ©couvrent actuellement et le jeu baroque et le rĂ©pertoire baroque français (du Rameau essentiellement, c’est Ă  dire le plus difficile).En restituant l’Ă©popĂ©e de l’interprĂ©tation des musiques anciennes, le livre de  Harry Haskell rĂ©capitule des siècles d’approches critiques et polĂ©miques  Ă  propos des partitions et de leur interprĂ©tation. En soulignant les avancĂ©es et les prises de risques des plus inspirĂ©s, l’auteur nous offre en filigrane, les clĂ©s pour perpĂ©tuer le feu sacrĂ©, car … osons le dire, les nouvelles gĂ©nĂ©rations d’interprètes  pour la majoritĂ©, n’ont guère autant de tempĂ©rament ni d’audace que leurs ainĂ©s, vĂ©ritable pionniers rĂ©formateurs,  il y a maintenant 40 ans … Lecture essentielle.

 

Harry Haskell : Les voix d’un renouveau. La musique ancienne et son interprĂ©tation de Mendelssohn Ă  nos jours. Traduction de l’ amĂ©ricain et actualisation : Laurent Slaars. Parution : octobre 2013.  Editions Actes Sud, 384 pages. ISBN 978-2-330-00607-5. Prix indicatif : 30,00€