COMPTE-RENDU, opéra, GENEVE,Grand-Théâtre, 30 avril 2019. CHARPENTIER : Médée. L Garcia Alarcón / David Mc Vicar

COMPTE-RENDU, opéra, GENEVE,Grand-Théâtre, 30 avril 2019. CHARPENTIER : Médée. L Garcia Alarcón / David Mc Vicar. On attendait la tension, la démesure, la grandeur tragique, mais aussi l’intime, la plainte, la magie. On sort partagé. Cette réalisation scénique est admirable, cohérente, accomplie, tout comme la performance musicale, de haut niveau. Mais chacun semble exercer son art dans un registre incompatible. La transposition triviale, parfois boulevardière, réduit la tragédie à une trahison suivie d’un accès de folie criminelle. L’émotion est ramenée à la lecture d’un fait divers horrible. Certes, Créuse souffre de l’embrasement interne de sa somptueuse robe, la puissance démoniaque de Médée électrocute les gardes chargés de se saisir d’elle, des diables et diablesses surgissent, pour une bacchanale effrénée. C’est beau, mais on demeure spectateur. Où sont cette démesure, la force paroxystique, le surnaturel ?

 

 

 

McVicar, l’anti-mythe

 

 

 

On ne présente plus David Mc Vicar, auquel on est redevable depuis vingt ans de tant de réussites, ainsi son Wozzeck donné ici même en 2017. Toute l’action se déroule dans l’espace d’un somptueux salon sur lequel s’ouvrent trois hautes portes vitrées. Nous sommes à Londres durant la seconde guerre mondiale. Les changements à vue (ainsi la carlingue d’un avion de chasse où Créuse et Oronte vont s’installer) et de judicieux éclairages suffiront à permettre la variété des tableaux. Les nombreux costumes, uniformes militaires, tenues de soirée, travestissements des danseurs, sont autant de réussites.

La dissonance entre le texte chanté, la musique instrumentale et le cadre visuel est d’autant plus flagrante que la direction d’acteur, millimétrée, nous vaut parfois de véritables caricatures (ainsi, la distinction de l’officier de marine opposée à la désinvolture grossière de l’aviateur). On frôle plus d’une fois le théâtre de boulevard et Broadway. Des défections du public qui se font jour à la faveur des entractes confirment notre perplexité : la catalyse que l’on espère ne se réalise que rarement, dans les moments où l’on oublie cette histoire substituée, qui relève du fait divers.

CHARPENTIER critique classiquenews critique opera medee_gpiano_c_gtg_magali_dougados-0506-thumbMédée, la plus paroxystique des héroïnes, femme et magicienne, barbare et tendre, exilée, vulnérable par son amour, sacrifiera tout après s’être sacrifiée. Malgré cet amour, ses efforts, ses renoncements, elle n’appartient pas à ce monde d’aristocrates affairistes. Dès son premier air « un dragon assoupi », sa puissance est manifeste, terrifiante. La prise de rôle de Anna Caterina Antonacci est pleinement convaincante. Sa voix ample, dans une tessiture qui lui convient à merveille, se déploie avec toutes les expressions attendues. Elle est Médée, dont elle a la maturité et la passion. Plus qu’aucun autre, le rôle de Médée exige une diction parfaite, propre à illustrer le poème de Thomas Corneille, et c’est un modèle que celle de notre prima donna. Son engagement est absolu, sa résistance surhumaine, tant au plan dramatique que pour ce qui relève de la voix. Il n’est pas de récitatif d’air ou de duo qui laisse indifférent. Lorsqu’elle chante « Je sens couler mes larmes », avec tendresse et douleur, comment retenir les nôtres ? La duplicité, le mensonge, les arrangements douteux, la trahison entraîneront sa vengeance et ses crimes, et malgré l’horreur qu’ils nous inspirent, on l’acquitterait volontiers, tant elle nous fait partager sa souffrance et sa folie.

CHARPENTIER critique opera classiquenews medee_pg_c_gtg_magali_dougados-0156-thumbChanteur accompli, particulièrement familier de ce rĂ©pertoire, Cyril Auvity campe un Jason, imbu de sa personne, inconstant, faible, fourbe dès la deuxième scène, habile, touchant par ses dĂ©fauts, trop humains. La voix est rayonnante, ample, souple, longue d’une articulation exemplaire avec un style exemplaire. Le CrĂ©on de Williard White ne manque pas de noblesse. Bien timbrĂ©e, parfois instable, la basse est puissante mais pĂŞche par une prononciation teintĂ©e de couleurs anglo-saxonnes. Après son affrontement avec MĂ©dĂ©e, son air de la folie est de belle facture. Sa fille, CrĂ©use, la rivale de MĂ©dĂ©e, est chantĂ©e par Keri Fuge, beau soprano, Ă©panoui, qui donne une subtilitĂ© psychologique inattendue au personnage. Charles Rice – dont on se souvient de la prestation dans Viva la mamma ! – nous vaut un Oronte de qualitĂ©, juste dans son expression. La NĂ©rine d’Alexandra Dobos-Rodriguez fait partie des heureuses dĂ©couvertes de la soirĂ©e. D’une aisance vocale rare, son Ă©mission et son jeu nous sĂ©duisent. Il faut encore signaler Magali LĂ©ger, que l’on apprĂ©cie dans le rĂ©pertoire baroque français, dans trois petits rĂ´les Ă  sa mesure, comme JĂ©rĂ©mie SchĂĽtz et Mi-Young Kim. Le ChĹ“ur du Grand Théâtre , pleinement investi, donne le meilleur de lui-mĂŞme, puissant, Ă©quilibrĂ©, d’une diction souveraine. Son jeu scĂ©nique est exemplaire. Le corps de ballet, virtuose, frĂ©quemment sollicitĂ©, dans les styles les plus variĂ©s, participe Ă  la rĂ©ussite visuelle du spectacle.

charpentier critique opera classiquenews medee_gpiano_c_gtg_magali_dougados-0257-thumbComme Ă  Londres, le prologue est amputĂ© et n’en subsiste que l’ouverture. Ce qui nous vaut un autre contresens : sĂ©duisant, dĂ©coratif, tendre et enlevĂ©, ce qui sied idĂ©alement Ă  l’allĂ©gorie chantant les mĂ©rites de Louis XIV, elle dĂ©tonne lorsqu’elle est accolĂ©e Ă  la première scène, oĂą les Ă©lĂ©ments du drame sont exposĂ©s. L’allègement de certains rĂ©citatifs sauve l’essentiel. Conduits avec justesse, fluiditĂ© et expressivitĂ©, ceux-ci s’intègrent parfaitement au flux musical conduit par Leonardo Garcia AlarcĂłn. Il en va de mĂŞme des abondantes danses et divertissements, qui prolongent le drame, lorsqu’ils n’y participent pas directement, et lui donnent sa respiration. C’est un constant rĂ©gal que la vie qu’il insuffle Ă  sa Capella Mediterranea : du continuo (avec la merveilleuse Monika Pustilnik, entre autres) aux cordes, aux vents et Ă  la percussion, l’équilibre, le relief, les couleurs sont plus prĂ©sents que jamais. Son attention au chant ne se relâche pas, et si, rarement quelques dĂ©calages sont perceptibles, ils sont immĂ©diatement corrigĂ©s.

Au sortir de cette extraordinaire prestation, on se prend à rêver de ce qu’aurait pu réaliser un metteur en scène, musicien, ayant compris le sens profond ainsi que la force du poème de Thomas Corneille, comme celui de la musique magistrale de Charpentier…

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra, GENEVE, Grand-Théâtre, 30 avril 2019.

M.-A. CHARPENTIER : Médée. Leonardo Garcia Alarcón / David Mc Vicar. Anna Catrina Antonacci, Cyril Auvity, William White, Keri Fuge, Charles Rice. Crédit photographique © GTG – Magali Dougados

 

 

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie)

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français.

 

 

Bien que l’amour…

Christie, maître du Baroque poétique et amoureux

 

 

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsC’est l’attention au verbe, Ă  chaque image du mot, chaque Ă©motion du texte et une Ă©coute d’un chanteur Ă  l’autre, d’un instrumentiste Ă  l’autre qui subliment la chair suave et indiciblement nostalgique des poèmes regroupĂ©s ici. Qu’elles soient Iris, Climène… les amoureuses s’alanguissent ou restent inatteignables donc fantasmĂ©es. Mais Ă  l’acuitĂ© du chant, prĂ©cis, mesurĂ©, rĂ©pond l’évanescence enivrĂ©e des suggestions musicales. Lambert amoureux, La Fontaine perspicace pertinent (Epitaphe d’un paresseux sur la musique du grand Couperin – excusĂ© du peu…), HonorĂ© d’Ambruys (secret, doux, Ă  l’énigmatique tendresse : Le doux silence de nos bois), … tous et chacun sont nos guides dans cette carte en tendresse, ce labyrinthe des coeurs Ă©prouvĂ©s, un temps inquiets, en attente, en dĂ©sir voire en souffrance mais toujours accomplis. Le charme opère ; le geste esquisse le plus subtile des dessins immatĂ©riels mais la musique du verbe s’inscrit dans notre esprit. Et grâce au magicien Christie, – peintre des nuances musicales-, le rĂŞve de l’amour tremble et frĂ©tille comme un dĂ©licieux songe que la musique fait durer, au delĂ  des siècles.
Plus mordant et espiègle, le maître nous abreuve aussi de la pointe plus affûtée du rire parodique ou de la comédie délirante, préservée dans les Scènes et Intermèdes pour Le Mariage forcé de Molière, musique de Charpentier. Les trois chanteurs : Marc Mauillon,
Cyril Auvity, Lisandro Abadie
redoublent de connivente facétie, chacun apportant l’acuité caressante de son timbre complémentaire.
Aux côtés du raffinement, c’est dans le style collectif, la vérité et la sincérité des interprètes qui nous touchent infiniment. A noter parmi les instrumentistes des Arts florissants ici réduits au diapason de ce rêve chambriste, l’excellente gambiste Myriam Rignol dont on sait à présent l’intelligence musicale et la virtuosité tout en raffinement parmi son propre ensemble, Les Timbres (pour nous l’un des meilleurs ensembles récents dédiés à la musique baroque). Programme miraculeux. Et donc CLIC de classiquenews de l’été 2016. Un disque que l’on emporte avec nous sur l’île déserte et déjà, sur la plage en juillet et en août 2016.

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… Airs sérieux et boire. Les Arts Florissants. William Christie, direction. 1 cd Harmonia Mundi HAF 8905276.

 

CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601)

charpentier stances du cid airs de cour cyril auvity glossa cd review critique classiquenews presentation 1540-1CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601). Difficile de demeurer insensible Ă  la dĂ©clamation fluide et naturelle, très articulĂ©e de la haute-contre française Cyril Auvity, au sommet de ses facultĂ©s vocales et expressives,et toujours prĂŞt Ă  relever les dĂ©fis de partitions mĂ©connues comme ici ou de programme thĂ©matiquement pertinents, surtout cohĂ©rents. Un prochain disque Ă  paraĂ®tre d’ici dĂ©cembre 2016, dĂ©diĂ© aux Motets de ClĂ©rambault (totalement inĂ©dits et pourtant d’une puissance dramatique absolue) le prouvera encore (rĂ©alisĂ© grâce Ă  la volontĂ© dĂ©fricheuse de l’organise Fabien Armengaud et son excellent ensemble SĂ©bastien de Brossard). Enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015, le prĂ©sent recueil Stances du Cid incarne un standard du rĂ©cit français traversĂ© par l’Ă©thique morale, un rien rigide mais toujours Ă©tonnamment noble et solennel, d’un hĂ©roĂŻsme loyal sans Ă©gal, presque shakesparien tel qu’il fut portĂ© sous Louis XIII et au dĂ©but du règne de Louis XIV par l’illustre Pierre Corneille.

 

 

 

Cyril Auvity captive par un chant tendre, nuancé, flexible

Langoureuse lyre du Grand Siècle

 

 

AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmCyril Auvity construit ce programme rĂ©jouissant autour de la particularitĂ© de sa voix et de celle de l’air de cour. Le style vocal du chanteur, parfaitement intelligible et d’une tenue dramatique naturelle (mi air mi rĂ©cit), souvent franche et directe exprime parfaitement les tourments et les doutes du Cid, dès les 3 premiers airs de Charpentier (“fait-il punir le père de Chimène? ….(…) Tous mes plaisirs sont morts “…, dilemne central du cĹ“ur hĂ©roĂŻque, tiraillĂ© entre amour et honneur, dĂ©sir et dĂ©voir). La tendresse subtilement Ă©noncĂ©e du Cid paraĂ®t sans fadeur ni prĂ©ciositĂ© maniĂ©riste dans un chant droit, timbrĂ©, aux phrasĂ©s dĂ©licats et mesurĂ©s. C’est l’offrande – en sol mineur, tonalitĂ© de la douceur ardente, entre prière et Ă©nergie intĂ©rieure voire tristesse osbcure finale-, d’un compositeur Ă©pris de prosodie exacte et efficace (moins de 2mn pour chaque), et en 1680, dĂ©jĂ  postĂ©rieure Ă  lapièce de Corneille de près de 40 ans… Le timbre de Cyril Auvity exprime le tourment et le dĂ©sarroi voire l’impuissance du jeune Rodrigue qui bien que guerrier aguerri ne maĂ®trise rien des Ă©lans du cĹ“ur.
charpentier marc antoineMarc-Antoine Charpentier diffuse ses airs de cours – mĂ©lodies que tout un chacun peut entonner chez lui, partout dans ses dĂ©placements et devant sa famille ou ses amis-, dans les colonnes du Mercure Galant, fondĂ© par un proche Jean Donneau de VisĂ©. Aux cĂ´tĂ©s de Marc-Antoine Charpentier, le chanteur joint d’autres mĂ©lodies au texte tout autant Ă©loquent, matière Ă  articuler et nuancer la projection vivante et colorĂ©e du texte poĂ©tique, signĂ©es du poitevin Michel Lambert Ă©tabli Ă  Puteaux (remarquĂ© et favorisĂ© par MouliniĂ© puis Richelieu et les OrlĂ©ans, puis proche de Lully qui Ă©pouse d’ailleurs sa fille Madeleine) … Lambert, Charpentier, deux immenses gĂ©nies de la lyre poĂ©tique, intime et introspectives de l’âme baroque. En tĂ©moignent dans ce recueil Ă©patant : la volontĂ© fĂ©brile de l’amant trahi entre volontĂ© puis faiblesse de l’une des plus longues (plus de 4mn) : “Non je ne l’aime plus” ; langueur en forme de chaconne de Ma bergère de Lambert… L’extase langoureuse, le rĂŞve amoureux dĂ©chirĂ© (“Vous me donnez la mort”… de “Rendez-moi mes plaisirs / ma Sylvie”…de Charpentier), la quĂŞte d’un dĂ©sir insatisfait… tout est dit ici avec une attention superlative au texte, Ă  la rĂ©sonance intime de chaque note, donc de chaque image Ă©motionnelle qu’elle fait naĂ®tre. Grand diseur baroque ici de l’introspection poĂ©tique (la psychanalyse serait-elle finalement nĂ©e Ă  l’Ă©poque de Corneille, et dans cette poĂ©tique musicale de l’air de cour, plus tard sublimĂ© derechef et davantage parlĂ©e dans le théâtre de Racine… ?). VoilĂ  qui donne matière Ă  notre imaginaire et comble pour l’heure notre exigence linguistique et poĂ©tique. L’intelligence des enchaĂ®nements approche l’excellence d’un envoĂ»tement finement graduĂ© (Ă©coutez les plages 11 puis 12 : de la Bergère magnifique au bois de Tirsis, arcadie miroir des peines secrètes et silencieuses… ) oĂą s’affirme en cours de programme l’acuitĂ© expressive des instruments en concert, ceux du jeune ensemble L’Yriade. Superbe rĂ©alisation et tenue vocale de premier plan. CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid. Airs de Marc Antoine Charpentier, Michel Lambert. Pièces instrumentales de François Couperin. L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601 (enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Parution le 15 fĂ©vrier 2016.

Reportage vidéo. Les Funérailles de la Reine Marie-Thérèse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683)

marie-therese-d-autriche-portrait-reine-versaillesReportage vidĂ©o. Les FunĂ©railles de la Reine Marie-ThĂ©rèse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683). A Versailles, alors que le concours pour renouveler les compositeurs de la Chapelle royale vient de se clĂ´re, la Reine meurt Ă  la fin de juillet 1783. Très vite il faut composer dans l’urgence une musique cĂ©rĂ©monielle, Ă  la fois solennelle et profonde : Mar-Antoine Charpentier Ă©crit alors l’un des plus beaux et des plus bouleversants De Profundis de toute la musique française, annonçant par ses climats graves et dĂ©sespĂ©rĂ©s, fervents et mystĂ©rieux, les grandes messes du XVIIIè et les Requiem spectaculaires de Berlioz ou de Verdi… Programme original dĂ©fendu par les solistes, Chantres, Pages de la MaĂ®trise du CMBV, La RĂŞveuse… (continuo par Benjamin Perrot et Florence Bolton), sous la direction d’Olivier Schneebeli © studio CLASSIQUENEWS.COM. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham.

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, CathĂ©drale Saint-Pierre, Histoires sacrĂ©es, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier Ă  Rennes. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂ®tre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂ®tre de l’oratorio, genre rebaptisĂ© en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂą Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en musique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de théâtre, contrastes saisissants… LIRE notre prĂ©sentation complète du programme Carissimi / Charpentier par le ChĹ“ur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Stradivaria et Christian Gangneron, Ă  Rennes

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews


boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes OpĂ©ra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrĂ©es de Charpentier par Angers Nantes OpĂ©ra 2015 © Jef Rabillon

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mis en scène.

Que donne une troupe lyrique en itinĂ©rance ? Que vaut l’expĂ©rience d’un chĹ“ur habituĂ© aux salles d’opĂ©ra, confrontĂ© comme ici aux nouveaux dĂ©fis d’un trĂ©teau placĂ© dans une Ă©glise, Ă  la rencontre de nouveaux spectateurs ? Acoustique rĂ©verbĂ©rante incontrĂ´lable, dispositif scĂ©nique alĂ©atoire dĂ©pendant de la configuration du lieu (lequel Ă  priori n’est pas conçu pour un spectacle), nouveaux profils de spectateurs… les Ă©preuves ne manquent pour cette nouvelle production dĂ©fendue par Angers Nantes OpĂ©ra et dont l’enjeu (exemplaire) est d’oser la rencontre avec de nouveaux spectateurs, hors du théâtre lyrique traditionnel et dans une forme repensĂ©e pour l’occasion. SubventionnĂ©s par les impĂ´ts des contribuables, les maisons d’opĂ©ras entretiennent souvent une routine qui ne profitent qu’Ă  ceux qui connaissent dĂ©jĂ  le lyrique (et qui donc font la route pour aller l’entendre). Ici, grâce Ă  l’initiative d’Angers Nantes OpĂ©ra, de son directeur idĂ©alement engagĂ©, Jean-Paul Davois, le principe est tout autre et mĂŞme inverse, tout en respectant l’accessibilitĂ© du spectacle pour le plus grand nombre, en particulier pour celles et ceux pour lesquels aller Ă  l’opĂ©ra est trop difficile, du seul fait de la distance pour s’y rendre. PlutĂ´t que de venir Ă  l’opĂ©ra, c’est l’opĂ©ra qui s’invite dans les villes du territoire.

 

 

 

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Angers Nantes OpĂ©ra diffuse l’opĂ©ra hors les murs

Le Lyrique dans les territoires

 

Le choix des Ĺ“uvres est rĂ©flĂ©chi : les oratorios romains de Carissimi, crĂ©ateur du genre dans la Rome du XVIIè ; les Histoires sacrĂ©es de Charpentier, son Ă©lève et tout autant gĂ©nial … les deux formes sont effectivement conçus pour l’Ă©glise et son acoustique. Rien Ă  dire donc sur la trilogie sacrĂ©e Ă  laquelle nous assistons, dans le site oĂą nous la dĂ©couvrons. L’exemple moral de Jonas, de Pierre ou de JephtĂ© – figures lumineuses (ou sombre dans le cas du traĂ®tre Pierre) de l’Ancien et du Nouveau Testament-, prend une dimension naturelle, presque Ă©vidente sous la voĂ»te de l’Ă©glise Notre-Dame de SablĂ©. C’est un prolongement aguerri Ă  SablĂ© car depuis septembre, en ouverture de sa nouvelle saison lyrique, Angers Nantes OpĂ©ra a fait tourner la production dans plusieurs Ă©glises de Nantes.

L’Ă©loquence des gestes, la succession des Ă©pisodes d’un dramatisme resserrĂ© parfois fulgurant prennent un sens rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans la rĂ©alisation du metteur en scène Christian Gangneron : or les obstacles ne sont pas minces pour rĂ©ussir une telle production. Le nombre des choristes en ferait pâlir plus d’un : 30 chanteurs sur la scène et prĂ©sents en totalitĂ© tout au long de chaque sĂ©quence ; il faut un solide mĂ©tier pour vaincre et Ă©carter l’effet de la masse comme de la confusion. Pari relevĂ© pourtant d’autant que chaque choriste mis en avant selon son tempĂ©rament, invitĂ© Ă  chanter et Ă  jouer, dĂ©fend trois partitions dont l’enjeu est bien la dramatisation Ă©difiante des actes de l’Histoire sacrĂ©e. Le jeu expressif prĂ©serve la surenchère et s’inscrit constamment dans une mesure qui rend intelligible chaque situation dramatique. La cohĂ©rence renforce la sĂ©duction du triptyque : l’air de Jonas, dĂ©chirant de la part de celui qui connaĂ®t mieux que personne la vacuitĂ© de la nature humaine, prĂ©figure dĂ©jĂ  en ouverture, la prière dĂ©chirante de JephtĂ© puis de sa fille, Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectacle. UnitĂ© stimulante du triptyque.

 

 

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Chaque drame contient un air, point fort psychologique et dramatique : sous la lumière et sur ce fond noir qui dĂ©coupe les profils, chaque sĂ©quence prend des allures de tableau vivant, convoquant la comĂ©die populaire de Latour, le tĂ©nĂ©brisme Ă©blouissant du Caravage. Christian Gangneron reprend en vĂ©ritĂ© un spectacle dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© en 1987 mais ici, dans une configuration toute autre, oĂą le nombre des acteurs chanteurs sur le plateau a considĂ©rablement modifiĂ© les moyens de rĂ©alisation. Les voix habituĂ©es au grand rĂ©pertoire lyrique (XIXème essentiellement) articulent pourtant, s’ingĂ©nient Ă  caractĂ©riser sans Ă©largir chaque intervention vocale. L’intonation est subtilement calibrĂ©e, le style remarquable d’attention Ă  l’autre ; et le format sonore global rĂ©pond malgrĂ© la forte rĂ©verbĂ©ration Ă  l’obligation d’intelligibilitĂ© (conduit par le chef des chĹ“urs d’Angers Nantes opĂ©ra, Xavier Ribes) : l’Ă©quilibre avec les instrumentistes de Stradivaria reste dĂ©lectable du dĂ©but Ă  la fin.

Vocalement, les parties solistes les plus exigeantes sont confiĂ©s Ă  3 solistes très convaincants : le tĂ©nor HervĂ© Lamy (Jonas d’abord, puis très Ă©mouvant père de JephtĂ©), l’excellent Francisco Fernández-Rueda (intense, ardent, prĂ©cis : son Pierre est humain et finement tiraillĂ©), surtout – rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e : la soprano d’origine algĂ©rienne Hadhoum Tunc qui Ă©blouit par sa subtilitĂ© et sa grande maĂ®trise technique dans le rĂ´le de la fille de JephtĂ©. La jeune cantatrice n’est pas seulement naturelle et idĂ©alement fluide malgrĂ© la très grande tension du rĂ´le, c’est aussi une actrice convaincante qui sait nuancer son caractère dans ce souci des Ă©quilibres prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©s.

La surprise est donc totale et la curiositĂ© comme l’enseignement moral, subtilement rĂ©alisĂ©s. Les initiatives de ce type sont rares : inĂ©dites mĂŞme dans l’Hexagone. Un ChĹ“ur qui s’engage et se dĂ©passe ;  un metteur en scène jouant finement des allusions cinĂ©matographiques et picturales pour la clarification de sommets baroques… autant de composantes qui nous font vivre le lyrique et l’expĂ©rience du spectacle vivant, diffĂ©remment, dans l’intensitĂ© et la proximitĂ©. Stimulante aventure.
La production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra poursuit sa tournĂ©e en novembre 2015 Ă  Rennes (CathĂ©drale, le 4 novembre) puis en 2016, Ă  Angers : incontournable. Consulter le site d’Angers Nantes OpĂ©ra pour connaĂ®tre les dernières dates des reprises du spectacle Histoires SacrĂ©es, Carissimi / Marc-Antoine Charpentier.

 

 

 

Compte rendu, concert. SablĂ© sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrĂ©es : Carissimi (Jonas, JephtĂ©), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). ChĹ“ur d’Angers Nantes opĂ©ra (Xavier Ribes, direction). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mise en scène.

 

Illustrations : photos Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2015

Carissimi et Charpentier à Sablé

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneSablĂ© sur Sarthe, CathĂ©drale, Histoires sacrĂ©es, 16 octobre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier Ă  SablĂ© sur Sarthe. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂ®tre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂ®tre de l’oratorio, genre rebatisĂ© en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂą Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en mussique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au dĂ©but des annĂ©es 1660 (Ă  17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expĂ©rience de l’oratorio tel qu’il Ă©tait pratiquĂ© alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend Ă  leurs cĂ´tĂ©s, Ă  maĂ®triser une langue sensuelle et dramatique d’une sĂ©duction inconnue en France. L’auteur de MĂ©dĂ©e (1693), fut nommĂ© au poste prestigieux de maĂ®tre de musique Ă  la Sainte-Chapelle de Paris (1698, Ă  55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’Ă©tait pas trompĂ© en prĂ©fĂ©rant alors Charpentier Ă  Lully, pour ses comĂ©dies ballets, quand Lully prĂ©fĂ©ra s’engager avec passion dans le genre de la tragĂ©die lyrique. MĂŞme s’il n’eut aucun poste officiel Ă  Versailles, Charpentier très apprĂ©ciĂ© du parti italophile (Duc de Chartres), suscita nĂ©anmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composĂ©es pour les messes du Grand Dauphin (dĂ©but des annĂ©es 1680).

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boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Sablé sur Sarthe, Cathédrale
vendredi 16 octobre 2015, 20h

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4  novembre 2015, 20h 

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes OpĂ©ra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les Ă©glises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrĂ©e par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions reprĂ©sentĂ©es appellent Ă  l’humilitĂ©, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les hĂ©ros Ă©prouvĂ©s suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrĂ©s. Jonas est avalĂ© par la baleine parce qu’il avait dĂ©sobĂ©i Ă  l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humiliĂ© parce qu’il a reniĂ© sa foi ; surtout, chez Carissimi, JephtĂ© doit immoler son bien le plus prĂ©cieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres Ă©pisodes Ă  l’OpĂ©ra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou IdomĂ©nĂ©e devant tuer son fils Idamante… mais Ă  la diffĂ©rence de JephtĂ© dĂ©finitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. DĂ©veloppĂ© puis perfectionnĂ© pour les Oratoriens de Philippe de NĂ©ri (dont l’ordre fut officialisĂ© par le Pape GrĂ©goire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expĂ©riences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhĂ©sion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisĂ© par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la RĂ©forme. Dans les annĂ©es 1640, Carissimi reprend Ă  son compte les modèles de musique sacrĂ©e théâtrale fixĂ©e par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au dĂ©but du XVIIè : il en dĂ©coule cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1660 : continuitĂ©, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pĂ©nitente (DR)

 

 

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes OpĂ©ra. Baroque, Histoires sacrĂ©es, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂ®tre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂ®tre de l’oratorio, genre rebatisĂ© en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂą Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en mussique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au dĂ©but des annĂ©es 1660 (Ă  17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expĂ©rience de l’oratorio tel qu’il Ă©tait pratiquĂ© alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend Ă  leurs cĂ´tĂ©s, Ă  maĂ®triser une langue sensuelle et dramatique d’une sĂ©duction inconnue en France. L’auteur de MĂ©dĂ©e (1693), fut nommĂ© au poste prestigieux de maĂ®tre de musique Ă  la Sainte-Chapelle de Paris (1698, Ă  55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’Ă©tait pas trompĂ© en prĂ©fĂ©rant alors Charpentier Ă  Lully, pour ses comĂ©dies ballets, quand Lully prĂ©fĂ©ra s’engager avec passion dans le genre de la tragĂ©die lyrique. MĂŞme s’il n’eut aucun poste officiel Ă  Versailles, Charpentier très apprĂ©ciĂ© du parti italophile (Duc de Chartres), suscita nĂ©anmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composĂ©es pour les messes du Grand Dauphin (dĂ©but des annĂ©es 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes OpĂ©ra dans les Ă©glises de Nantes dès le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et Ă  Angers Ă  la CollĂ©giale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les Ă©glises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrĂ©e par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions reprĂ©sentĂ©es appellent Ă  l’humilitĂ©, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les hĂ©ros Ă©prouvĂ©s suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrĂ©s. Jonas est avalĂ© par la baleine parce qu’il avait dĂ©sobĂ©i Ă  l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humiliĂ© parce qu’il a reniĂ© sa foi ; surtout, chez Carissimi, JephtĂ© doit immoler son bien le plus prĂ©cieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres Ă©pisodes Ă  l’OpĂ©ra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou IdomĂ©nĂ©e devant tuer son fils Idamante… mais Ă  la diffĂ©rence de JephtĂ© dĂ©finitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. DĂ©veloppĂ© puis perfectionnĂ© pour les Oratoriens de Philippe de NĂ©ri (dont l’ordre fut officialisĂ© par le Pape GrĂ©goire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expĂ©riences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhĂ©sion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisĂ© par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la RĂ©forme. Dans les annĂ©es 1640, Carissimi reprend Ă  son compte les modèles de musique sacrĂ©e théâtrale fixĂ©e par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au dĂ©but du XVIIè : il en dĂ©coule cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1660 : continuitĂ©, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pĂ©nitente (DR)

 

 

En Vendée, William Christie dirige Actéon de Charpentier

titien-diane-acteon-580ThirĂ© (VendĂ©e). William Christie dirige ActĂ©on de Charpentier, les 29,30 aoĂ»t 2014. Marc-Antoine Charpentier (1643 – 1704) continue d’ĂŞtre rĂ©gulièrement entendu grâce au dĂ©but de son te Deum qui sert toujours de gĂ©nĂ©rique aux diffusions en eurovision. Rares les connaisseurs qui savent que Charpentier fut Ă  l’Ă©poque de Lully, donc sous le règne de Louis XIV, l’un des auteurs français baroques les plus importants, les mieux inspirĂ©s, comme en tĂ©moignent sa musique sacrĂ©e, surtout ses drames et opĂ©ras dont le raffinement harmonique, le sens supĂ©rieur du drame, appris entre autres pendant sa formation romaine auprès de l’immense Carissimi, excellent dans le genre théâtral. MĂ©dĂ©e, la descente d’Apollon aux enfers, et ActĂ©on tĂ©moignent d’une sensibilitĂ© rare et exceptionnelle qui trouve de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique, en Angleterre, son pendant musicien, aussi douĂ© et subtil que le Français, Purcell lui-mĂŞme – ou l’OrphĂ©e britannique : on remarque chez les deux compositeurs contemporains, ce mĂŞme sens du drame, cette Ă©conomie expressive qui dĂ©coule directement du modèle carissimien, le don pour la langueur, la sensualitĂ©, les contrastes saisissants, dans le sillon du maĂ®tre pour tous, Claudio Monteverdi. A l’Ă©poque oĂą Charpentier Ă©crit ActĂ©on, Purcell compose pour un lycĂ©e de jeunes filles, son chef d’oeuvre absolu : Didon et EnĂ©e (vers 1689).  Purcell est hantĂ© par la mort et fascinĂ© par la fragilitĂ© humaine : ce qui transparaĂ®t aussi dans le drame de Charpentier oĂą face Ă  la puissance de l’amour, la rage de Diane et la jalousie de Junon, se dresse, fiertĂ© dĂ©risoire, la frĂŞle ambition d’ActĂ©on dont le seul dĂ©faut fut ici de surprendre dans son bois, Diane et ses compagnes…
Après la brouille de Molière avec Lully, Charpentier qui demeure Ă©cartĂ© de la Cour de Versailles mĂŞme s’il est particulièrment apprĂ©ciĂ© du roi, compose les parties musicales de ses dernières comĂ©dies-ballets, La comtesse d’Escarbagnas et Le Malade imaginaire.  MaĂ®tre de Musique du Grand Dauphin, puis de la Sainte Chapelle, Charpentier est une figure majeure de la musique française du XVIIème : ses fins chromatismes, son architecture harmonique soulignent quel audacieux crĂ©ateur il fut Ă  l’Ă©poque oĂą la France Baroque invente son vocabulaire et sa langue propres, Ă  partir de la source italienne.

Charpentier est ActĂ©on…

Mis Ă  distance par le surintendant Lully qui avait bien percĂ© le gĂ©nie de ce rival potentiel, Charpentier est d’abord le directeur des spectacles Ă  la cour de Marie de Lorraine, duchesse de Guise : il y Ă©chafaude sa propre conception des spectacles, divertissements, cantates, histoires sacrĂ©es ou drames mythologiques comme cet ActĂ©on, vĂ©ritable opĂ©ra de poche, vraissemblablement crĂ©Ă© au dĂ©but des annĂ©es 1680 Ă  Paris, Ă  l’hĂ´tel de Guise, oĂą le compositeur a certainement chantĂ© le rĂ´le titre. La mythologie offre de nombreux sujets sur l’amour tragique voire sanglant : le bel ActĂ©on chasse dans les bois lorsqu’il tombe sur Diane et ses suivantes au bain. OutragĂ©e par cette incursion, la dĂ©esse le transforme en cerf : il sera dĂ©vorĂ© par ses propres chiens.
Fils du dieu mineur AristĂ©e qui est le fils d’Apollon, et de la fille de Cadmos, AutonoĂ©, ActĂ©on est Ă©levĂ© par le centaure Chiron et devient un chasseur expĂ©rimentĂ©. Diodore de Sicile puis Euripide apportent une autre version expliquant le châtiment de Diane, elle aussi dĂ©esse de la chasse et souveraine des bois : orgueilleux, ActĂ©on se serait vantĂ© d’ĂŞtre meilleur chasseur que la dĂ©esse qu’il aimait pourtant… C’Ă©tait un dĂ©faut de trop que Diane prend soin de châtier. Enfin Pausanias Ă©voque le culte dont il faisait l’objet Ă  Orchomène en BĂ©otie. Dans l’opĂ©ra de Charpentier, ActĂ©on est le prince de Thèbes, adorĂ© de ses sujets et tragiquement pleurĂ© par ses compagnons de chasse Ă  la fin de l’action.

Marc-Antoine Charpentier : Actéons, vers 1684.
Festival Dans les Jardins de William Christie
ThirĂ© (VendĂ©e), les 29 et 30 aoĂ»t 2014. Sur le Miroir d’eau, Ă  20h30.

Marc-Antoine Charpentier
[1645-1704]
Actéon (H 481), pastorale, ou opéra de chasse, en cinq scènes
créé vers 1684. Livret de Marc-Antoine Charpentier, d’après Les Métamorphoses d’Ovide

 

 

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Personnages :
Actéon
Diane
Daphné
Hayle
Arthebuse
Junon
Choeur des Chasseurs
Choeur des Nimphes de Diane

Résumé, synopsis :
Le charme de cette tragĂ©die pastorale et cynĂ©gĂ©tique tient Ă  la subtile correspondance entre les paysages de la nature mis au diapason des sentiments Ă©prouvĂ©s par les protagonistes. Du bain de Diane, Ă©vocation idyllique d’un bois rĂ©confortant… au tĂ©nèbres de Thèbes endeuillĂ©e par la mort de son prince ActĂ©on, Charpentier peint comme un peintre douĂ© d’une exceptionnelle sensibilitĂ© panthĂ©iste, les passions humaines les plus tĂ©nues.
D’abord, dans la scène d’ouverture, Charpentier souligne l’entrain des chasseurs conduits par ActĂ©on, poursuivant l’ours qui ravage les bois de Diane. A l’action des hommes rĂ©pond la langueur partagĂ©e de la dĂ©esse et de ses compagnes qui Ă©tablissent dans un bocage reculĂ©, le lieu de leur bain. DaphnĂ©, Hyade, ArthĂ©buse cĂ©lèbrent la douceur de l’endroit prĂ©servĂ© du regard humain comme des flammes dĂ©vorantes de l’amour (ce “tyran des cĹ“urs”). La nature apaise des tourments amoureux : par le chant d’ArthĂ©buse, Charpentier dĂ©voile les vertus apaisantes des bois secrets de Diane. les nymphes confessent qu’il est doux de mĂ©priser les ardeurs d’un dieu trompeurs…
A midi, ActĂ©on Ă©puisĂ© abandonne ses compagnons pour faire retraite Ă  l’ombre des bois. Le jeune chasseur si fier de sa libertĂ© surprend et observe Diane en son bocage tranquille. Mais la dĂ©esse dĂ©masque l’espion et jure de se venger : malgrĂ© la dĂ©fense d’ActĂ©on, elle le transforme en un magnifique cerf qui est chassĂ© par ses propres compagnons et dĂ©vorĂ© par ses chiens.
C’est Junon outragĂ©e (l’infidĂ©litĂ© de son Ă©poux Jupiter) et solidaire de Diane qui explique aux chasseurs qu’ils viennent de tuer le prince ActĂ©on, hĂ©ros adulĂ© Ă  Thèbes. La partition s’achève sur le choeur de dĂ©ploration des chasseurs, endeuillĂ©s par la perte de leur prince.

acteon-diane-580-380-Livret :
Le Choeur des Chasseurs
Allons, marchons, courons, hastons nos pas.
Quelle ardeur du soleil qui brusle nos campagnes;
Que le pénible accès des plus hautes montagnes
Dans un dessein si beau ne nous retarde pas.

Scène I
Actéon
DĂ©esse par qui je respire,
Aimable Reyne des forĂŞts,
L’ours que nous poursuivons dĂ©sole ton empire
Et c’est pour immoler Ă  tes divins attraits
Que la chasse icy nous attire.
Conduis nos pas, guide nos traits,
DĂ©esse par qui je respire,
Aimable Reyne des forĂŞts.

Deux Chasseurs
Vos vœux sont exaucés et par le doux murmure
Qui vient de sortir de ce bois
le ciel vous en assure,
Suivons ce bon augure.
Allons, marchons, courons, …

Scène II
Diane, Daphné, Hayle, Arthébuse,
Choeur de Nymphes

Diane
Nymphes, retirons-nous dans ce charmant Boccage.
Le cristal de ses pures eaux,
Le doux chant des petits Oyseaux,
Le frais et l’ombrage sous ce vert feuillage
Nous ferons oublier nos pénibles travaux.
Ce ruisseau loin du bruit du monde
Nous offre son onde,
Délassons-nous dans ce flots argentés,
Nul mortel n’oserait entreprendre
De nous y surprendre,
Ne craignons point d’y mirer nos beautĂ©s.

Le Choeur de Nimphes
Charmante fontaine,
Que votre sort est doux,
Notre aymable Reyne
Se confie Ă  vous.
D’un tel avantage
L’Idaspe et le Tage
Doivent estre jaloux.

Daphné et Hyale
Loin de ces lieux tout cœur profane;
Amants, fuyez ce beau séjour,
Vos soupirs et le nom de l’amour
Troubleraient le bain de Diane.
Nos cœurs en paix dans ces retraites
Goustent de vrais contentemens.
Gardez-vous, importuns amans,
D’en troubler les douceurs parfaites.

Arthébuse
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran des cĹ“urs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Arthébuse
Les biens qu’il nous promet
N’en ont que l’apparence,
Ne laissons point flatter
Par ses appas trompeurs
Notre trop crédule espérance.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs,…

Arthébuse
Pour nous attirer dans ses chaines
Il couvre ses pièges de fleurs,
Nimphes, armez-vous de rigueurs
Et vous rendrez ces ruses vaines.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran de nos coeurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs,…

Scene III

Actéon
Diane,
Choeur de Nymphes

Actéon
Amis, les ombres raccourcies
Marquant sur nos plaines fleuries
Que le soleil a fait la moitié de son tour,
Le travail m’a rendu le repos nĂ©cessaire;
Laissez moi seul resver dans ce lieu solitaire
Et ne me renvoyez que sur la fin du jour.
Agréable vallon, paisible solitude,
Qu’avec plaisir sur vos cyprès
Un amant respirant le frais
Vous feroit le récit de son inquiétude;
Mais ne craignez de moy ny plaintes ny regrets.
Je ne connois l’amour que par la renommĂ©e
Et tout ce qu’elle en dit me le rend odieux.
Ah ! S’il vient m’attaquer, ce Dieu pernicieux,
Il verra ses projets se tourner en fumée.
Liberté, mon cœur, liberté.
Du plaisir de la chasse,
Quoy que l’amour fasse,
Sois toujours seulement tenté.
Liberté, mon cœur, liberté.
Mais quel objet frappe ma vue ?
C’est Diane et ses sĹ“urs, il n’en faut point douter.
Approchons nous sans bruit, cette route inconnue
M’offrira quelqu’endroit propre Ă  les Ă©couter.

Diane
Nimphes, dans ce buisson
quel bruit viens-je d’entendre ?

Actéon
Ciel ! Je suis découvert.

Le Choeur de Nimphes
Oh ! Perfide mortel,
Oze tu bien former le dessein criminel
De venir icy nous surprendre.

Actéon
Que feray-je, grands Dieux ?
Quel conseil dois-je prendre ?
Fuyons, fuyons !

Diane
Tu prends Ă  fuyr un inutile soin,
Téméraire chasseur, et pour punir ton crime
Mon bras divin poussĂ© du courroux qui m’anime
Aussi bien que de prez te frappera de loin.

Actéon
DĂ©esse des chasseurs, escoutez ma deffence.

Diane
Parle, voyons quelle couleur,
Quelle ombre d’innocence
Tu puis donner Ă  ta fureur.

Actéon
Le seul hazard et mon malheur
Font toute mon offense.

Diane
Trop indiscret chasseur,
Quelle est ton insolence !
Crois-tu de ton forfait déguiser la noirceur
Aux yeux de ma divine essence ?
Que cette eau que ma main fait rejaillir sur toy
Apprenne Ă  tes pareils Ă  s’attaquer Ă  moy !

Le Choeur de Nimphes
Vante toy maintenant, profane,
D’avoir surpris Diane
Et ses sœurs dans le bain,
Va pour te satisfaire,
Si tu le peux faire,
Le conter au peuple Thébain.

Scene IV

Actéon

Actéon
Mon cœur, autre fois intrépide,
Quelle peur te saisit ?
Que vois-je en ce miroir liquide ?
Mon visage se ride,
Un poil affreux me sert d’habit,
Je n’ay presque plus rien de ma forme première,
Ma parole n’est plus qu’une confuse voix.
Ah ! Dans l’estat ou je me voys,
Dieux qui m’avez formĂ© du noble sang des Roys,
Pour espargner ma honte
Ostez moy la lumière.

Scene V

Actéon, transformé en Cerf,
le Choeur des Chasseurs

Le Choeur des Chasseurs
Jamais trouppe de chasseurs
Dans le cours d’une journĂ©e
Fut-elle plus fortunée,
Jamais trouppe de chasseurs
Reçut-elle un jour du ciel plus de faveurs.
Actéon, quittez la resverie,
Venez admirer la furie
De vos chiens acharner sur ce cerf aux abois.
Quoy ! N’entendez-vous pas nos voix ?
Que vous perdez, grand prince, Ă  resver dans un bois,
Croyez qu’Ă  nos plaisirs vous porterez envie,
Et dans tous le cours de la vie
Un spectacle si doux ne s’offre pas deux foix.

Scene VI

Junon,
Choeur des Chasseurs

Junon
Chasseurs, n’appelez plus qui ne peut vous entendre.
Actéon, ce héros a Thèbes adoré,
Sous la peau de ce cerf a vos yeux déchiré
Et par ses chiens dévorés
Chez les morts vient de descendre.
Ainsi puissent périr les mortels odieux
Dont l’insolence extrĂŞme
Blessera désormais les Dieux,
La puissance suprĂŞme.

Le Choeur des Chasseurs
Hélas, Déesse, hélas !
De quoy fut coupable
Ce héros aymable
Pour mĂ©riter l’horreur de si cruel trĂ©pas ?

Junon
Son infortune est mon ouvrage
Et Diane en vangeant l’outrage
Qu’il fit Ă  ses appas
N’a que prestĂ© sa main Ă  ma jalouse rage.
Ouy Jupiter, perfide espous,
Que ta charmante Europe au ciel prenne ma place
Sans craindre mes transports jaloux.
Mais si jusqu’Ă  son cĹ“ur n’arrivent pas mes coups,
Actéon fut son sang et je jure à sa race
Une implacable haine, un Ă©ternel courroux.

Elle s’envole.

Le Choeur des Chasseurs
HĂ©las, est-il possible
Qu’au printemps de ses ans ce hĂ©ros invincible
Ayt vu trancher le cours de ses beaux jours.
Quel cœur, à ce malheur, ne seroit pas sensible.
Faisons monter nos cris jusqu’au plus haut des airs,
Que les rochers en retentissent,
Que les flots Ă©cumans des mers,
Que les aquilons en mugissent,
Qu’ils pĂ©nètrent jusqu’aux enfers.
ActĂ©on n’est donc plus,
Et sur les rives sombres
Le modelle des souverains,
Le soleil naissant des Thébains
Est confondu parmy les ombres.

 

 

 

Festival-William-Christie-2013-9_gallery_fullLe festival imaginé et accueilli par William Christie dans ses jardins de Thiré en Vendée, s’adresse au plus large public ; il veille à l’enchantement des sens comme aux vertus de la transmission : en jardinier musicien pédagogue, « Bill » que tout un chacun pourra croiser dans son domaine, les jours de concert, se soucie de la professionnalisation et de la transmission aux jeunes interprètes ; ainsi, les opéras en plein air, les mini concerts et les promenades musicales (qui invitent les auditeurs à parcourir les allées et bosquets du domaine) permettent aux jeunes talents de réaliser et accomplir leur cheminement artistique : rien n’est comparable aujourd’hui pour un jeune, à l’expérience des Arts Flo. Les festivaliers familiers des lieux (d’une beauté il est vrai à couper le souffle) y retrouvent les jeunes tempéraments, fougueux, vifs, prometteurs, du Jardin des Voix, l’Académie vocale fondée par William Christie : ceux de l’année en cours, ceux des promotions précédentes (cette année : Elodie Fonnard, Rachel Redmond -sopranos-, Emilie Renard -mezzo-, Sean Clayton, Reinoud Von Mechelen, Zachary Wilder – ténors… ). Jeunes chanteurs et instrumentistes, musiciens accomplis des Arts Flo offrent l’espace d’une semaine l’une des programmations les plus raffinées dans un cadre unique au monde. C’est un festival majeur de l’été qui fait de la Vendée, un lieu désormais incontournable en France au mois d’août.

 

 

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RĂ©servations par internet sur les sites :
www.vendee.fr
www.festivalchezwilliamchristie.vendee.fr

Par téléphone : 02 51 44 79 85

Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particulièrement accessibles. L’ensemble des activités musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mêmes comparés à d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critère permet une accessibilité totale pour tous et fait de Thiré, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le défendre totalement). Jugez plutôt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + Méditations (20/12 euros)… Ne tardez pas à réserver car dates et places sont limitées.

 

 

Illustrations : Acteon surprend Diane au bain, Diane chasseresse se venge d’Acteon par Titien (DR)

 

 

 

Charpentier: David & Jonathas. Christie. Paris, Opéra Comique, du 14 au 24 janvier 2013

William Christie ressuscite David et Jonathas de Charpentier: Paris, Opéra Comique, 14-24 janvier 2013

Marc-Antoine Charpentier

David et Jonathas, 1688

tragédie biblique

CrĂ©Ă© Ă  Aix en Provence Ă  l’Ă©tĂ© 2012, le spectacle trouve dans la mise en scène rĂ©alisĂ©e une nouvelle vĂ©ritĂ© dramatique et théâtrale qui renforce son architecture musicale et la continuitĂ© des scènes bibliques abordĂ©es. A l’origine, il s’agit d’une reprĂ©sentation ou tragĂ©die biblique destinĂ©e en 1688 au Collège des JĂ©suites Louis-le-Grand dont les Ă©pisodes dialoguaient avec une autre tragĂ©die en latin dĂ©diĂ©e Ă  la figure de SaĂĽl. Les deux drames approfondissaient l’enseignement des reprĂ©sentations et le sens de la geste David contre SaĂĽl… Les rĂ´les tous masculins, Ă©taient confiĂ©s Ă  de jeunes garçons, sopranistes ou altistes: David est un tĂ©nor aigu, Jonathas, un soprano; SaĂĽl, un baryton…

SaĂĽl contre David…

David_jonathas_charpentier_christie_charpentierDans la production rĂ©glĂ©e par William Christie auquel on doit une excellente version discographique de l’Ĺ“uvre de Charpentier, la soprano Ana Quintans joue Jonathas, tandis que Pascal Charbonneau incarne David. Très proches voire amants, David, fils de JessĂ© et vainqueur du GĂ©ant philistin Goliath, et Jonathas, incarnent une alliance amicale exemplaire car elle reste dans la mise en scène, pure et sans dĂ©rapage. Or Jonathas est le fils du roi SaĂĽl qui voit en David, certes ce jeune musicien apaisant ses crises d’inquiĂ©tude, surtout un jeune rival outrageusement douĂ©, capable de prĂ©cipiter sa chute…  Parmi les rĂ©ussites indiscutables du spectacle dĂ©voilĂ© Ă  Aix 2012, soulignons la plainte de David Ă  la fin du V quand, au sommet poĂ©tique et expressif de l’action, David pleure la perte du seul ĂŞtre qu’il aimait…

En un travail de relecture apportant ses rĂ©sultats discutables, le metteur en scène invente une action destinĂ©e en thĂ©orie Ă  intensifier les interactions entre le trio de protagonistes: David, Jonathas, SaĂĽl. Ainsi, David aurait causĂ© accidentellement la mort de la femme de SaĂĽl… voilĂ  qui souligne davantage la rancĹ“ur du roi vis Ă  vis du jeune champion, David. Etait-ce bien nĂ©cessaire ?

Fin dramaturge, William Christie tout en Ă©clairant la langue raffinĂ©e de Charpentier (suavitĂ© mĂ©lodique italienne, mesure et nuance françaises), cisèle le parcours dramatique de l’opĂ©ra, sa veine tragique qui coule scellant le destin des trois protagonistes: la mort de Jonathas, le suicide de SaĂĽl, la prière dĂ©chirante du victorieux jeune roi David, pleurant la mort de son jeune frère et amant…

Victoire de David, mort de Jonathas

L’action reprend la narration et les Ă©vocations des Livres de Samuel, sur la dĂ©faite de SaĂĽl et de son fils, sur le triomphe final de David. Dans les montagnes de GelboĂ«, oĂą il mène une lutte sans merci contre les philistins parmi lesquels s’est refugiĂ© celui qu’il pourchasse toujours, David, SaĂĽl, premier souverain d’IsraĂ«l, paraĂ®t telle une figure centrale, rongĂ©e et dĂ©vorĂ©e par l’angoisse; sans signe clair du ciel, se sentant abandonnĂ© par Dieu, SaĂĽl demande Ă  une sorcière nĂ©cromancienne (pourtant interdite par ses propres lois) de lui rĂ©vĂ©ler son destin prochain: par son entremise SaĂĽl peut consulter l’esprit de son prĂ©cĂ©desseur, le prophète visionnaire Samuel. Dieu soutient plutĂ´t les Philistins surtout le destin du jeune israĂ©lite David, alors soumis Ă  l’exil par le vieux roi. Si SaĂĽl s’obstine contre David, il en paiera le prix…

Acte I. Charpentier exprime le contexte martial: David et le roi des Philistins, Achis entendent signer une paix profitable avec SaĂĽl mais c’est compter sans l’intriguant Joabel, faux ami de David et jaloux qui conspire auprès de Achis: la guerre totale pourrait tuer David et garantir pour Achis, la voie du triomphe politique: il faut se battre contre SaĂĽl !

Acte II. SaĂĽl entend Joabel: abandonnĂ© de Dieu, il doute de la prophĂ©tie de la sorcière (mort de Jonathas, son fils, l’ami de David; triomphe de David…): il affrontera les Philistins et entend tuer David, fĂ»t-il le meilleur ami de son fils.

Acte III. SaĂĽl aveuglĂ© par ses terreurs secrètes, n’entend ni l’appel de David, ni l’offre pacifique d’Achis, ni mĂŞme l’exhortation de  son fils Jonathas… Agent de la malĂ©diction et de la tragĂ©die, Joabel triomphe.

Acte IV. Dans des adieux déchirants, David salue son jeune ami Jonathas: il sait que chacun devra assumer son destin qui passe par la souffrance et la perte. Achis de son côté est prêt à la bataille.

Acte V. Au terme de la guerre, Jonathas mortellement blessĂ© paraĂ®t. SaĂĽl suicidaire est ivre de dĂ©sespoir mais d’une totale impuissance. Au comble de la douleur et alors que son fidèle ami meurt dans ses bras, David pleure la perte de Jonathas (“Jamais amour plus fidèle et plus tendre eut-il un sort plus malheureux ?”). SaĂĽl se tue en maudissant David. Joabel est mort dans le choc des armes. Achis paraĂ®t et fait comprendre Ă  David qu’il est le nouveau roi d’IsraĂ«l: saisi par la douleur et le deuil, le nouveau souverain laisse s’imposer la clameur de ses troupes victorieuses sans participer vraiment Ă  HĂ©bron, Ă  la liesse gĂ©nĂ©rale. Son triomphe valait-il la mort de son ami ?

Charpentier: David et Jonathas Ă  l’OpĂ©ra-Comique
Tragédie biblique en cinq actes et un prologue, 1688.
Livret du Père Bretonneau.
Les Arts Florissants
William Christie
, direction
Andreas Homoki, mise en scène

6 représentations parisiennes :
Le lundi 14 janvier 2013 Ă  20:00
Le mercredi 16 janvier 2013 Ă  20:00
Le vendredi 18 janvier 2013 Ă  20:00
Le dimanche 20 janvier 2013 Ă  15:00
Le mardi 22 janvier 2013 Ă  20:00
Le jeudi 24 janvier 2013 Ă  20:00