L’Italienne à Alger à TOURS

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigTOURS, Opéra. ROSSINI : L’Italienne à Alger. 1er, 3, 7 fév 2019. A l’époque où Rossini doué d’une inspiration débordante, jaillissante, multiple, compose serias et buffas, avec une déconcertante facilité, l’heure est à la facétie confrontant non sans équivoques savoureuses et travestissements délicieux voire sulfureux, Occident et Orient. En un aller retour des mieux inspirés. A Venise, Rossini présente en mai 1813, L’Italienne à Alger ; puis à Milan sur la scène de La Scala, en août 1814, c’est Le Turc en Italie. En si peu de temps, croiser les regards, jouer des points de vue pour nourrir des situations de plus en plus délirantes, relève d’un génie exceptionnel. Et tout cela prépare au sommet du genre buffa que demeure Le Barbier de Séville créé sur la scène de l’Argentina de Rome en 1816.

Isabella, maîtresse à Alger

L’italienne est un dramma giocoso (dans la tradition piquante, libre de Mozart) : l’intelligence féminine y est célébrée, tandis que les hommes qu’ils soient algériens ou italiens (le bey, Lindoro, Taddeo…) n’y paraissent que trop faibles ou crédules… Même l’épouse en titre du sultan, Elvira, bien que répudiée, tient tête, reste loyal à celui qui l’a écartée ; elle reçoit même pour son édification, une belle leçon de domestication conjugale, de la part de l’Occidentale par laquelle se réalise le drame …

SYNOPSIS. Acte I : Isabella, héroïne centrale, est aimée de Lindoro, tenu en esclavage à Alger par le bey Mustafa. Ce dernier entend se débarrasser de son épouse encombrante Elvira en la donnant justement à Lindoro. Lequel résiste car il aime toujours sa belle Isabella, laquelle surgit après un naufrage sur les côtes algériennes… Le bey découvre les charmes de la belle italienne Isabella et s’en éprend aussitôt.
Dans l’acte II, Isabella victorieuse a assujetti le bey Mustafa. Elle prend soin de garder auprès d’elle Lindoro qu’elle aime toujours. Isabella entend réconcilier Mustafa avec son épouse Elvira ; le bey fulmine, à la fois frustré et décontenancé par cette italienne incontrôlable (fameux quintette « Ti presento di mia mano… »). L’Italienne va plus loin : elle souhaite élever la dignité du bey à celle de « Papataci », titre fantaisiste et invention pure, grâce à laquelle, en une cérémonie parodique digne de Molière (le Bourgeois Gentilhomme), elle moque la naïveté et l’orgueil du sultan… lequel doit rester muet et sage devant toute adversité (s’il veut se montrer digne de cette insigne dignité).
En effet, les italiens (Isabella, Lindoro et Tadeeo qui accompagnaient la jeune femme) quittent le palais du bey et se sauvent en bateau. Obligé au silence et à l’inaction, Mustafa n’a plus que sa belle Elvira pour le reconforter et lui pardonner.

Avant Rosina, dans le Barbier de Séville (mezzo-soprano), Rossini confie à une alto, le personnage volontaire et redoutable d’Isabella, femme forte, au tempérament bien trempé. C’est une furie calculatrice qui a l’intelligence d’une stratège : séduisante et manupulatrice.
La verve de Rossini est à son sommet : jamais plus, après l’Italienne à Alger, le compositeur ne développera une telle facilité génial dans le genre buffa délirant. Le raffinement et l’invention de l’écriture s’y montrent égaux dans l’acte I et puis II, ce qui n’est pas forcément le cas dans les opéras qui suivent.

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ROSSINI : L’Italienne à Alger à L’Opéra de TOURS
3 représentations seulement

Vendredi 1er f̩vrier 2019 Р20hboutonreservation
Dimanche 3 f̩vrier 2019 Р15h
Mardi 5 f̩vrier 2019 Р20h

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RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/l-italienne-a-alger

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ROSSINI : L’Italienne à Alger
Dramma giocoso en 2 actes
Créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto de Venise
Livret de Angelo Anelli

Coproduction Opéra National de Lorraine, Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Direction musicale: Gianluca Martinenghi
Mise en scène: David Hermann
Assisté de Karin Maria Piening
Décors: Rifail Ajdarpasic
Costumes: Bettina Walter
Lumières: Fabrice Kebour
Assistant: lumières Alexis Koch
Masques: Cécile Kretschmar

Isabella: Chiara Amarù
Mustafà: Burak Bilgili
Lindoro: Patrick Kabongo
Elvira: Jeanne Crousaud
Taddeo: Pierre Doyen
Zulma: Anna Destraël
Haly: Aimery Lefèvre

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours
La production créée en 2012, passée par Nancy en juin 2018, brille par son efficacité, une intelligence dramatique qui révèle le génie buffa de Rossini. Belle réussite.

DOSSIER. Les 200 ans du Barbier de Séville de Rossini

rossini_portraitDOSSIER. Bicentenaire du Barbier de Séville de Rossini : 20 février 1816 – 20 février 2016. La partition est l’une des plus enjouées et palpitantes du jeune Gioacchino ; certainement son chef d’oeuvre dans le genre buffa. Pourtant, l’on aurait tort d’y voir rien qu’un ouvrage comique de pure divertissement ; car le profil psychologique des caractères, leur évolution tout au long de l’action, révèle une profondeur et une cohérence globale… digne du Mozart des Nozze di Figaro / Noces de Figaro. D’ailleurs, Le Barbier de Séville se déroule précisément AVANT l’action de l’opéra mozartien. Rosine, jeune fille à marier, n’est pas encore la comtesse esseulée voire dépressive chez Mozart ; et Figaro a déjà tout d’un serviteur loyal mais épris de liberté et d’égalité, en somme un héros digne des Lumières. Une jeune beauté qu’on enferme, des classes sociales qui s’effacent pour que règne l’amour et l’émancipation d’une jeune femme (voir le duo entre le jeune comte, faux soldat, Lindoro le jeune comte et son “double” fraternel ici, le barbier Figaro), sans omettre l’air de la calomnie de Basilio (maître de musique)… Rossini signe en vérité, sous couvert d’un vaudeville léger, faussement badin, la critique en règle de la société. Ses rythmes trépidants, ses finales endiablés, se formules répétées qui semblent même trépigner, tout indique une nouvelle ambition qui élève l’opéra buffa en genre “noble”, le miroir juste et vrai de la société contemporaine. En cela Rossini avait parfaitement compris dans sa musique, l’acidité déguisée, la charge satirique joliment troussée de Beaumarchais dont Les Noces de Figaro et le Barbir de Séville sont les enfants.

rossini opera buffa rossini barbier de seville turco in italiaCréé à Rome au Teatro Argentina, le 20 février 1816, Le Barbier de Séville est l’Å“uvre d’un génie précoce de 24 ans. Cette notoriété acquise très tôt lui permettra de devenir à Paris, en novembre 1823, le compositeur unanimement célébré, personnalité incontournable de la France de la Restauration (le compositeur écrit même une pièce tout autant délirante pour le Sacre du Souverain : Le Voyage à Reims de 1825). En 1816, Rossini incarne le nouvel âge d’or, de la comédie napolitaine. Celle magnifiée sublimée par ses prédécesseurs, Cimarosa et Paisiello. Avant Rossini, les deux musiciens italiens apportent au genre buffa, un raffinement inédit, une fraîcheur de ton qui renoue en fait avec les comédies irrésistibles des Napolitains du XVIIème (Vinci, Leo… remis à l’honneur par Antonio Florio dans les années 2000). Alors que l’Autriche et toute l’Europe se passionne pour l’opéra buffa, mieux apprécié que le seria qui s’asphyxie sous ses propres codes et règles musicales, Rossini élève la comédie en un genre aussi riche et profond grâce à de nouveaux éléments, pathétiques, héroïues voire tragiques. C’est un mélange des genres qui renoue de facto avec la pétillance des opéras baroques du XVIIè, quand sur la scène vénitienne par exemple avec Monteverdi, Cavalli et Cesti, tragique et comiques étaient fusionnés avec grâce.

VOCALITA. Des Baroques italiens, Rossini prolonge aussi la vocalità virtuose : l’ornementation, l’agilité sont des caractères du bel canto rossinien, avec cette élégance et cette subtilité du style qui écarte d’emblée la seule technicité mécanique. Le chant de Rossini suit un idéal expressif qui tranche directement avec la violence réaliste des Donizetti et Verdi à venir. En cela la leçon de Rossini sera pleinement cultivée par son cadet, Bellini, qui partage le même modèle d’élégance et de finesse, portant et favorisant un legato d’une souplesse agile exceptionnelle. Chez Rossini, toutes les tessitures (ténor et basses compris) doivent être d’une fluidité volubile ; puissantes mais flexibles. Ce sont les Callas, Sutherland, Caballe, Horne qui dans les années 1960 et 1970, au moment de la révolution baroqueuse, retrouvent les secrets d’un art vocal parmi les plus exigeants et difficiles au monde.

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigINTRIGUE. Après les turqueries savamment exploitées que sont L’Italienne à Alger et le Turc en Italie, croisement Orient – Occident des plus cocasses, Rossini reprend l’intrigue sulfureuse du Barbier de Séville de Beaumarchais (1775), pour 40 ans plus tard, en produire sa propre version musicale. En cela il entend surpasser Le Barbier de Séville de son prédécesseur Giovanni Paisiello, créé en 1782 à Saint-¨étersbourg, et depuis considéré comme un ouvrage comique insurpassable. Quand Paisiello fait du vieux barbon obscène Bartolo, le pilier de l’intrigue, figure aussi délirante que ridicule (Donizetti allait bientôt s’en inspirer dans Don Pasquale, mais avec une nouvelle profondeur pathétique), Rossini préfère organiser son propre drame autour de Rosina, dont en en accentuant avec finesse la caractérisation, le compositeur faisait une nouvelle figure, ambivalente, séductrice et suave mais aussi malicieuse et ambitieuse : formant trio avec Figaro et Lindoro / Almaviva, la sémillante beauté crée une série de situations bondissantes, confrontations et quiproquos rocambolesques, dramatiquement savoureux comme l’intelligence de Rossini savait les cultiver. La caractérisation des personnages, la construction dramatique qui cultive des somptueux ensembles finaux, la saveur mélodique, le raffinement du chant et de l’écriture orchestrale (Rossini était en cela héritier des Viennois Haydn et Mozart) distinguent le génie rossinien, si naturel et diversifié dans le déroulement du Barbier de Séville de 1816.

Elsa Dreisig, la mezzo dont on parle

VOIR notre grand reportage vidéo dédié au 26è Concours international de Chant de Clermont-Ferrand où les épreuves de sélection comprenaient les rôles de Rosine et de Figaro pour une nouvelle production du Barbier de Séville pour la saison 2015 – 2016. Au terme du Concours d’octobre 2015, c’est la jeune mezzo Elsa Dresig qui remportait les sessions sélectives, incarnant une Rosine de rêve, palpitante, ardente, fraîche et pourtant volontaire comme déterminée, maîtrisant surtout l’écriture agile et virtuose de Rossini.